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4118 TRMTÊ Dfl S^fNIHESPRir.
de certaines vérités, c'est-à*dire que k science humaine s'acqctieit par raisonneiseitt et par démoostra* tion. Mais Dieu juge avec certRude de la vérité, ssns discussion ni raisonnement, par une simple vue ; amsif dans certunes limites, de Thomme doué du don de science (1). Delà, une différence âaorme entre le savant qui n'a pas le don de science et le chrétien qui le possède. Le front sillonné d'algèbre, comme dit 1er comte de Maislre, la science du premier est laborieuse dans sa marche, incertaine dans ses affirmations, limitée dans son étendue, stérile dans ses résultats.
Bien différesnte est la science du second. Libre chns ses dilures et douée de ce coup dï'œil sûr qu'elle doit au Saiut-Ësprit, elle distingue sans peine la vérité de Terreur. Elle est nette dans ses affihnaticms. L'bîsboire de la: raison, privée du don de science, est un Irvre à partie double. La première page dit : oui ; la seeonâe dit : non; résultat : zéro. Parcourez toutes les écoles de l'antiquité païenne : dans laquelle trouverez-vous une affirmation certaine, une de ces affirmations qui se sontiennent au prix de la vie ? Repassez dans ce même monde depuis leffàsion de l'Esprit de science. Partout des affirmations certaines, inébranlables, victorieuses du sophisme et du glaive.
Comme au milieu du système planétaire, yoùs voyez le soleil étincelant de lumière; ait centre du monde chrétien, vous verrez un magnifique corps de doctrine, composé de douze articles ; puis, les plus beaux génies, appliquant les vérités qu'il contient à toutes les éludes matérielles, sociales et philosophiques, composer la grande synthèse de la science catholique, à laquelle
(1) s. 77ï., 2% 2», q. 9, arl. i, ad i.
TRAITÉ DU SAlNT-ESPftlT. 4! 9
rhumanité chrétienne doit, sous tous les rapports, son évidente supérîorilé.
Elle est immense dans son étendue. Gomme la raison qm en est le principe et le flambeau, ta science du savant ordinaire est limitée dans son objet. Le monde surnaturel, c'est-à-dire plus de la moitié du domaine scientifique, ou lui échappe ou ne se montre à Ini qu'à travers des nuages obscurs. Avec quelques vérités, péniblement liées en système, elle peut faire dds spécialités saTantes ; un yrai savant, jamais. La profondeur et la synthèse lui manquent. La profondeur : elle voit les surfaces et les applications matérielles des choses; mais le ^idd divinum, caché dans le brin d'herbe aussi bien que dans le soleil, il ne s'en doute pas plus que des applications morales auxqneUes il donne lieu. La synthèse : ne connaissant pas, ou ne connaissant que tràs-împarfaitement Dieu, l'homme, le monde et leurs rapports, elle est incapable de rattacher comme il convient les connaissances de l'ordre inférieur aux vérités de Tordre supérieur, et de donner à ses travaux une utilité vraiment digne de ce nom.
Elle est féconde dans ses résultats. Le plus beau résultat de la science est de conduire l'homme à sa fin. Sa/foir avec certitude quelle est cette fin, avec la même certitude connaître les moyens qui y conduisent : voilà ce que la science humaine n'a jamais appris à personne, ce qu'elle ne lui apprendra jamais. Non-seulement le don de science agrandit toutes les sciences humaines et les coordonne; mais encore il a doté le monde d'une science dont le nom nême Ait ineonim des académies païennes; unescience^ui, à elle seule, rend pins de serrices à la société que toutes les antres ensemble.
Nous avons nommé la science des saints, scientia sanctorum.
En effet, de toutes les sciences, la science des saints est la plus magnifique, la plus étendue, la plus utile, la seule nécessaire, la seule qui fasse faire un vrai progrès à Thumanité, la seule à laquelle se rapportent nécessairement, à moins qu elles ne soient corrompues, toutes les autres sciences sociales, philosophiques, naturelles, mathématiques. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que la science des saints est la seule qui soit pleine de vérité, rien que de vérité, vérité sur Dieu, sur Fhomme et sur le monde.
Afin de dissiper une illusion, mère trop féconde d'admirations funestes, achevons de marquer la différence qui existe entre lentendement riche du don de science, et lentendement qui en est privé. « La diminution de la foi, dit Donoso Certes, qui produit la diminution de la vérité, n'entraîne pas forcément la diminution, mais l'égarement de Fentendement humain. Miséricordieux et juste en même temps, Dieu refusela vérité aux intelligences coupables, il ne leur refuse pas la vie ; il les condamne à Terreur, non à la mort. Nous avons tous vu passer devant nos yeux, ces siècles si prodigieusement incrédules et si parfaitement cultivés, qui ont laissé derrière eux, sur les flots du temps, une trace non moins lumineuse que brûlante, et qui ont brillé d'un éclat phosphorescent dans l'histoire.
« Néanmoins, fixez vos regards sur eux, fixez-les attentivement, et vous verrez que leurs splendeurs sont des incendies, et qu'ils n'ont de lumière que comme l'éclair. Le jour qui nous les montre semble venir de l'explosion de matières obscures par elles-mêmes, mais inflammables , plutôt que des pures régions où naît
cette lumière paisible, doucement étendue sur les voûtes du ciel, par le souverain pinceau d'un peintre souverain.
« Ce qui se dit des siècles peut se dire des hommes. En leur refusant ou en leur accordant la foi. Dieu leur refuse ou leur ôte la vérité : il ne leur donne ni ne leur refuse Tintelligence. L'intelligence des incrédules peut être très-élevée, et celle des croyants très-bornée. La première, toutefois, n'est grande qu'à la manière de l'abîme, tandis que la seconde est sainte à la manière d'un tabernacle; dans la première habite Terreur, dans la seconde la vérité. Dans Tabîme, la mort est avec Terreur; dans le tabernacle, la vie est avec la vérité. Voilà pourquoi il n'y a pas d'espoir pour ces sociétés qui abandonnent ce culte austère de la vérité pour Tidolatrie de l'esprit. Derrière les sophismes viennent les révolutions, et derrière les révolutions les bourreaux (1). »
Après avoir considéré le don de science en luimême, il reste à le mieux connaître en l'étudiant dans ses effets.
2** Quels sont les effets ou les applications du don de science? L'ignorant voit la surface des choses, le savant en voit le fond. L'ignorant se laisse fasciner, le savant apprécie. Ainsi, le premier effet du don de science est, comme nous l'avons indiqué, de nous faire discerner avec certitude le vrai du faux, le solide de l'imaginaire, le vrai de ce qui n'est qu'apparent. Le chrétien qui le possède sent d'instinct la fausseté des objections de l'impiété contre la religion. Loin d'ébranler sa foi, ces attaques provoquent en lui le mépris, le dégoût et Thorreur. A ses yeux, l'homme, que le christianisme
(i) Essai sur le catholicisme, etc., p. 8 et 9.
422 TRAITÉ DU SAIMT-ESFRIT.
a tiré de la barbarie, de ridolâtrie, de l'esclarage, et qui nie le christianisme, qui insulte ou qui laisse rnsidter le christianisme, qui rougit du christianisnift, qai abandonne le christianisme, est de tons les êtres le plus vil et le plus odieux, parce qu'il est le plus ingrat et le plus coupable.
Devant le jugement ferme et droit dont il est doaé viennent se briser, tels masques qu'elles empruntent les subtilités du mensonge et les arguties du sopimme. Ce discernement ne £ait pas seulement justice des so* phismes de l'incréditle^ il s'oppose encore aux sojdûsmes du monde. Dirigé par TEsprit de science, le vrai catholique voit clairement deux choses que nul aotie ne voit,
La première, c'est le néant de tout ce que le monde aime et recherche. Aveugle qui a recouvré la vue, de son r^ard divinement éclairé il pénètre de part en part la vanité des richesses, des honneurs, des plaisirs : comme il comprend une vérité matl^inar tique, il comprend que toutes ces choses réunies ne peuvent pas pins contenter une âme inunortelle^ créée pour Dieu, que Tair ne peut rassasier une bête de somme afEamée. Pour lui, nulle parole n'est plus vraie que ce cri de désespoir du plus sage et du plus heureox des rois : Vanité des vanités^ et tout e^t vanité^ mécompte et affliction de r esprit (1).
La seconde, c'est Tadmirafale beauté, la grandeur, l'utilité de tout ce que le monde redoute et fuit avec tant de soin. A la lumièi^ du don de science, il omnalt la parfaite harmonie die l'humiliation, de la pauvreté, de la souffrance avec les besoins de l'homme
(i) jBcc/., I, 2, tO.
V&4ITÉ DU SAUiT-ESPRIT. 423
déchu. Il les reiQoit, comiiie le malade reçoit le remède ^ui doii le aau^er de la mort et lui rendre la santé; oeaiœiei Bégociant reçoit le client qui vient lui offrir, en échange de quelques J)agaielles, des trésors inamiseibles. Sa devise est la paix>le de saint Paul : « Tout ce qni me paraissait gain, ma paru perte réelle à cause de Jésus-Christ* Je dis plus: tofut me semble perte, au prix de «cette haute science de Jésus-Christ mon Seigaeur, pour l'amour duquel j'ai réâohi de perdre toutes choses, les regardant coimne eu fumier, afin de gagner Jésus-Christ (i)- »
Le second effet du don de science, est d'agir sur la voLottté ^ de mettre ses actes en harmonie avec les lumières de l'entendement. Dans le chrétien aniioé de rSçprit de science, la haine dererœur, dellhérésie, de Tincrédulité,. du rationalisme n'est pas iune science spéculative. Par la vigilance sur soi-même, par Téloignemeat de toute lecture, de toute conversation anticatholique, par Texemple, par la prière, par tous les moyens en son pouvoir, il oppose une barrière aux bêtes sauvages qui ravagent le champ de la vérité.
Telles sont les dispositions de tous les justes, c'est^-àdire de tous les hommes en état de grâce. En faveur de quelques-uns, Dieu ajoute la faculté supérieure de cauimuniquer la science par la parole. C'est ce que ^aint Paul appi^le le discours de la science : sermo sdentiûs^ L'élève du. Saiutr-Ësprit qui en est doué emploie sa voix et sa plume, non plus seulement à se défendre, mais à défendiie ses frères. Veilles, études, dépenses, fatigues^ rien ne coûte à son zèle. C'est ainsi qu'à la .scîenoe qui tue, il oppose la science qui sauve*
(il) Pftift>p.,.'iii, 7, 8^
Même conduite à regard des fascinations mondaines. Si le néant des honneurs, des richesses et des plaisirs lui en inspire le mépris, le danger qu'ils présentent lui fait prendre en aversion tout ce que le monde estime. C'est le voyageur de nuit qui donne du pied contre une grosse bourse. 11 la ramasse et se croit heureux, pensant avoir trouvé un trésor. Mais, le jour venu, il Toitque cette bourse est pleine de morceaux de verre et de reptiles venimeux, et il la jette loin de lui avec indignatm.
Comme il prend en pitié cette foule tumultueuse qu'on appelle le monde ! Insensé qui se consume à poursuivre des fantômes et^à tisser des toiles d'araignées, qui s'irrite pour une injure, qui se désole pour une maladie ou un revers de fortune. Pour lui, content de la position que la Providence lui a faite, il ne désire point en sortir. S'il est pauvre, méconnu, persécuté, il se trouve heureux de ces traits de ressemblance avec son divin frère, le Verbe incarné; s'il a des richesses, il n'y attache ni sa pensée ni son cœur. Souvent même, par un acte de sublime folie, il met entre lui et les biens dangereux et trompeurs d'ici-bas, l'infranchissable barrière des trois vœux d'obéissance, de chasteté et de pauvreté.
Le troisième effet du don de science^ est de rayonner sur toutes les sciences humaines, de les orienter, de les féconder, de les ennoblir et de les affirmer. Seul le savant chrétien affirme ; les philosophes païens n'ont rien affirmé. L'affirmation est d'origine chrétienne. Nous faire connaître scientifiquement la fin de l'homme et du monde, la nature et l'harmonie des êtres, tel est le privilège exclusif de l'Esprit de science. Or, sans cette connaissance préalable, nulle science n'existe. De là, ce mot de nos Livres saints : « Vains, c'est-à-dire sans soli-
dite ni d'esprit ni de cœur, sont tous les hommes en qui n'est pas d'abord la science de Dieu (1). »
Bavards muets, loquaces mutt^Siîouté saint Augustin, Us sont pleins de mots et vides d'idées. De son côté, dans ses Confessions (Tun révolutionnaire^ Proudhon écrit ces remarquables paroles : « Il est surprenant qu'au fond de notre politique nous trouvions toujours la théologie. » Sur quoi Donoso Cortès s'exprime ainsi : « 11 n'y a ici de surprenant que la surprise de M. Proudhon. La théologie, par cela même qu'elle est la science de Dieu, est l'océan qui contient et embrasse toutes les sciences, comme Dieu est l'océan qui contient et embrasse toutes les choses (2). »
Mais la théologie suppose le don de science, comme Tenfant suppose le père. Celui qui le possède est théologien et possède en germes toutes les sciences. « En efifet, ajoute Donoso Cortès, celui-là possède la vérité politique qui connaît les lois auxquelles sont assujettis les gouvernements; celui-là possède la vérité sociale qui connaît les lois auxquelles sont soumises les sociétés humaines (3); celui-là connaît ces lois qui connaît Dieu ; celui-là connaît Dieu qui entend ce que Dieu affirme de lui-même et qui croit ce qu'il entend. La science qui a pour objet ces affirmations est la théologie. D'où il suit que toute affirmation relative à la société ou au gouvernement, suppose une affirmation relative à Dieu, ou, ce qui est la même chose, que toute vérité politique ou sociale se convertit nécessairement en une vérité théologique^
<i Si tout s'explique en Dieu et par Dieu, et si la
(!) 5ap.,xin, 1.
Çz) Essai, etc., p. 1.
(3) Il en est de môme des scieDces natureUes.
426 TRAITÉ DU aAlMT-SSFRir.
théologie est la science de Dieu, en qtai et par qui toat s'explique, la théologie est la scieace do lout ii). Cda étant, il n'yariea hors de cette scienoe, qui D'*a point de pluriel, parce que le Tout, qui e^t son ob}/et, là'eo a point* La acience politique, la science sociale n'ensteut que comsûedes classifications arbitraipe& de l'enieBder ment humain. L'homme, dans sa faiblœse, distifigae ce qui en Dieu est uni de Tunité la plus simpie» G'tft ainsi qu'il distingue les affirmations politiques, des affiimatk)as sociales et des affîrmations religieuses^ taadis qu'en Dieu il n'y a qu'une affirmation, unique,, indivisible et souYeraine. Celui q«i, parlant explicitemort de quelque chose, ignore qu'il parle implicitement de Dieii, et qui, parlant exfKlicilement de quelque science, igpore qu'il parle implicitement de théologie, que oelui-làle sache, il n'a reçu de Dieu que rintelljgenee absolument nécessaire pour être homme (2). »
Grâce au don de science répandu sur le monde, caa^ ' bien de fois les siècles chrétiens ont vu de ces théologiens admirables, par conséquent de ces Trais savaats, dans tous Les âges et dans toutes les conditions. Bernard, François d'Assise, Catherine de Sienne, Colette, bergers, laboureurs, enfants, sans lettres humaines, mais doués, qu'on nous passe le mot, du flair de la vérité, ils surent la découvrir avec un merveilleux instinct, en parler tour à tour avec une simplicité qui semblait leur être naturelle, avec une force qui entraînait les convictions les plus rebelles, avec une profondeur qui étonnait les savants et avec un bon sens tellement s^j que leurs appréciations devenaient autant d'axiomes et de règles de conduite.
(1) Par conséquent, le principe de tout savoir est le don de science.
(2) Essai, etc., p. 1 et9-
Ce doB précieux n'estpas |>erdii. Aujourd'hui encore^ oii fâut-ii chercher la scienee de la tîb, la rectitude du jugenieiit, la «rtitnde des affirmaiicms^ le coup d'œil d'ensemble qui rattache la fin aux moyens et ke moyens à la fin, le sens pratique des choses, ce grand mattre4e la TÎe, oooime parle Bossœt? Ce n'est m dans les académies littéraires, lû dans les assem* Uées politiques» ni dans les corps prétendus savants, foaî^ chesks Ycais chrétiens.
■ik La scdence de DieUy coutinse l'illustre publioiste espagnol, donne à qui la possède sagacité et force, parcie que tout à la fois elle aiguise et dilate ]'esprit« Ce qu'il y a de plus admirable pour moi dans la vie des saints et particulièrement dans celle des Pères du désert, c'est une circonstance qui, je crois, n*a pas encore été conYonablement Jippréoîée. L'homme habitué à converser avec Dieu et à s'exercer dans les contemplations divines, tontes circonstances égales d'ailleurs, surpasse les autres tm par l'intelligence et la force de sa raisom, ou par la «ftreté de son jugement, ou par l'élévation et la force de son esprit^ mais surtout^ je n'en sais aucun qui, en drconstances ^ales, ne l'emporte sur les autres par ce sens pratique et sage qu'on appelle le bon sens (1). »
3^ Quelle est k nécessité du don de science? Nous Tavons vu, le don de science nous fait discerner avec certitude le vrai du faux, le réel de l'imaginaire. Fut-il jamais plus nécessaire qu'aujourd'hui? Dans un monde qui nie Dieu, qui nie Jésus-Christ, qui nie l'Église, qui, proclamant l'égalité de toutes les religions, enveloppe la vérité et l'erreur dans un commun mépris, qui nie la distinction absolue du bien et du mal, qui appelle pro-
(i) Essai sur le Catholicisme, etc., p. 199.
grès ce qui est déviation^ lumières ce qui est ténèbres, liberté ce qui est servitude, comment discerner le vrai du faux? Dans un monde qui ne vit que pour le& richesses, pour les honneurs, pour les plaisirs, qui compte pour rien les biens de Tâme et de l'éternité, qui en est venu jusqu'à traiter de chimère le monde surnaturel tout entier, comment échapper à la fascination générale? N'est-ce pas du milieu d'un ^^aireil Babélisme qu'il faut sans cesse regarder le ciel et crier au Saint-Esprit: « Tenez mes yeux ouverts, de peur que je ne m'endorme dans la mort et que mon ennemi ne dise : Je l'ai vaincu (1). »
Ce devoir est d'autant plus pressant que l'homme se trouve placé dans l'alternative impitoyable de vivre sous l'empire de l'Esprit de science, ou sous la tyrannie de l'Esprit contraire* Quel est cet esprit directement opposé au don de science? Suivant saint Ântonin, c'est le cinquième don de Satan ^ qu'on appelle la Colère. « L'Espritde science, dit le grand théologien, repousse l'Esprit de colère, qui empêche de voir la vérité, ce qui est le but du don de science (2). » Comme la nuit succède in failliblement au jour, lorsque le soleil quitte l'horizon; ainsi l'Esprit de colère s'empare de l'âme qui perd l'Esprit de science. Cette affirmation paraît étrange. On ne voit pas d'abord l'opposition qui existe entre le don de science et la colère. Pour la saisir, il faut distinguer deux sortes de colère et se rappeler les principaux effets du don de science,
11 y a une colère juste et sainte, qui n'est nullement
(2) Spiritus scienliœ repellit spiritum irae, quœ iaipedit animum ne possit ccrnere verum, ad quod scientia attendit, iv p., lit. \ c. I.
contraire à l'Esprit de science. Telle fut la colère ou mieux rindignation de Notre-Seigneur contre les vendeurs du temple; telle la véhémence du prédicateur qui tonne contre le vice, ou la résistance énergique des propriétaires au voleur et à l'assassin. Une pareille colère, si tant est qu'elle mérite ce nom, loin d'être contraire au don de science, n'est que la science armée pour défendre, par des moyens légitimes, un bien véritable ; elle n'est pas contraire au don de science, puisqu'elle ne trouble pas la raison et qu'elle n'excède en rien les limites de la justice. Mais il y a une autre colère qui accuse un fonds de mécontentement et d'irritation, qui s'exhale pour des causes non légitimes, qui excède dans ses mouvements, qui trouble la raison et qui tend à remplacer la force du droit par le droit de la force. C'est l'ignorance armée pour la défense d'un bien ou la répulsion d'un mal plus imaginaire que réel.
Quant au don de science, qui a pour but la connaissance raisonnée et certaine de la vérité, son premier effet consiste à nous communiquer une grande rectitude de jugement; celte rectitude nous fait apprécier et estimer chaque chose à sa juste valeur; puis, agissant sur la volonté, elle règle ses actes sur les lumières de l'entendement perfectionné. Or, le don de science nous montre clairement que les biens et les maux de ce monde ne sont ni de vrais biens ni de vrais maux; que ce qui estappelé mal parles hommes, la pauvreté, l'humiliation, la souffrance, n'est pas un vrai mal; que ce qui est appelé bien par les hommes, les richesses, les honneurs, les plaisirs, n'est pas un vrai bien, mais souvent un mal et toujours un danger*
Le chrétien qui, grâce au don de science, sait tout cela et dont la volonté est à l'unisson de sa science, a
430 TRAITÉ DU &UNT-ESmiT.
mille raisons de ne pas se mettre en colère. Telles sont, entre autres, sa digaitécompromise, le scandde doaiBè, kpaix troublée, la iMiie enfaBtée, le pédbé oommii par l'usurpatiott du droit divin de la veogeanee. Une trouve aucune raisoA de s'y n^tlre. Et qui peurrail l'irriter? L'injure? mais elle est pour lui une prédeoie semence ée oAérite. L'injustioe, l'ingiatitiide? mais il connaît toute la misère humaine, et, sachttit que lot* même a besoin d'indulgence, il dit : Père, pardoim» leur, car ils ne savent ce qu'ils foot. La perte de sei biens? mais il sait qu'en les perdant, il n'a rien perds du sien ; et, avec le calme de Job, il dit : Le Seignev m'avait donné, le Seigneur m'a ôté ; comme il a fka as Seigneur U a été fait ; que le nom du Seigiewr soit béoL Ainsi des autres accidents que le monde appelle calamités, malheurs. Telle est la sérénité de rime \ rée par F Esprit de science.
Au contraire, l'âme vide de l'Esprit éb science est aussitôt remplie de i'Esprit de colère. La ndson en eit simple : cette âme se fait une fansse idée des choses. Aveugle dans ses appréciations, elle estime, elle aime, elle craint, sans règle sûre. Pour elle, les moax sont des biens, et réciproquement. Comme il lui est aussi impossible de jouir paisiblement, sans ccntradtdioo et saas inquiétude de ce qu'elle appelle bien, que de«'eb« pas chaque jourexposée à ce qu elle appelle mal, elle se trouble, elle murmure, eUe s'irrite, elle rqioasseavee violence ce qui porte atteinte à son hoohenr; en m gMt, elle tombe sous l'empire de la colère ; elle y tombe par une fausse idée de son droit, ou par une «pprédMiea inexacte des biens et des maux.
Ceci est tellement vrai que daan tonks les lingmB la colère reçoit l'épilhèie ^îaweufie; nnlle n'est mieiix
TRMTÉ DU SiUNT-ESmiT. 431
appliquée. FiHe de rîgnorance, la eoière empêche llioinfiiedeTaâsoiiner. fin lai, le flantbeaii de la raison* 8*ob9ciircit et fait platce à la forée. La yîe se concentre sur les lèmreB qui injurient, au bout du pied qui frappe, Ausle poignet qni reuTer^e (1) .
Ce qui est Trai de l'individu est Trai des peuples, vrai de rhumanité. Retirer de la terre le don de science, qu'lrurez-vens? L'ignorance des vrais biens et des vrais manu:, et avec Ilgnorance k colère, et avec la colère la guerre. Qu'est-oe que la guerretc^est la colère des rois eltdes peuples. Pourquoi te monde païen fut-il toujours en guerre? parce qu'A fut toujours eo colère. Pourquoi tftnjonrs en colère? parce que le don dé science lui manquait. Tonte son existence a été définie par saint Pftul ! te teorps deTignorance, tempera ignorant. Ap* préciateur aveugle, il se passionna constamment pour de faux biens, toujours en armes pour les conquérir ou pour les défendre. Par la même raison la guerre, dans l'ordre des idées, ne fut ni moins vive ni moins permanente que la guerre dans Tordre des faits. Cette ignorance fit périr le monde des Césars, comme elle avait fait périr le monde des géants (2).
Pourquoi depuis quatre siècles le monde moderne est-il en guerre intellectuelle et matérielle? Parce qu'il ne cesse pas d'être en colère. Pourquoi ne cesse- t-il pas d'être en colère? Parce que le don de science lui manque. Ce don lui manquant, son estime des choses devient païenne, ses appréciations païennes, ses juge-
(1) Ira dicitur esse janua vitiorum... ReinoTeDdo prohibées, id est inipediendo judicium rationis, per quod homo retrahitur a malis. S. Th., 2, 2, q. 158, art 6,, ad 3.
(2) Ibi fueruDt gigantes... siatura magoa scientes bellum,... et quonîam non babuerunt sapientiam perierunt propter suam insipienliam. Baruth, m, 26, 2S.
ments païens ; ses affections, ses tendances, ses affirmations et ses négations, païennes. Vu autrement qu'à la surface, qu'est-ce que Taffreux pêle-mêle dont nous sommes témoins? Suivant la profonde parole de FÉcriture, ce n'est pas autre chose que la grande guerre de l'ignorance, magnum, insdentiœ bellum (i) .
Guerre des idées, parce que la science divine manque ; guerre des intérêts, parce que l'aveugle passion des biens terrestres remplace Tamour dès biens spirituels ; guerre de l'homme contre Dieu, parce qu'il renie la vérité; guerre de l'homme contre l'homme, parce qu'il renie la charité; guerre de tous contre tous, qui finira par des catastrophes inconnues, à moins qu'elle ne soit arrêtée par l'Esprit de science, régnant dans la plénitude de sa lumière et de sa force. Mettre fin à un pareil fléau, conjurer de semblables malheurs, n'est-ce rien? Voilà cependant le service que seul peut rendre au monde le cinquième don du Saint-Esprit.
(1) Sap., XIV, 22.