CHAPITRE ly
(suite du précédent.)
Le Symbole des apôtres, de Nicée, de Constantinople, de saint Âthanase. — Révolte de TEsprit du mal contre le Saint-Esprit. — Macédonius. — Son histoire. — Son hérésie. ^ Concile général de Constantinople. — Il yenge la divinité du Saint-Esprit — Sa lettre synodale. — Nouvelle attaque de Satan contre le Saint-Esprit. •'Mie socinlanisme.— Histoire des deux Socin. — ^ Leur hérésie plus radicale que celle de Macédonius. — Le Ck>neile de Trente.
11 nous reste à couronner toutes les preuves directes de la divinité du Saint-Esprit par renseignement de rÉglîse. Ce qu'elle va nous apprendre est la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. En effet, il lui a été dit : (( Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à garder toutes les vérités que je vous ai confiées ; car voiti que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde (1). »
Le' Verbe incarné ne serait pas Dieu , si l'Église, avec laquelle il a promis d'être tous les jours, pendant tous les siècles , pouvait enseigner une seule fois une seule erreur, si petite qu'on la suppose, ou laisser périr une seule des vérités confiées à sa garde. Ainsi, les prolestants^qui nient la perpétuelle infaillibilité de l'Église, nient virtuellement la divinité de Notre-Sei-
(0 . 5. Matth., xxviii, 19, 20,
gneur. Leur Dieu n'est pas le vrai Dieu : c'est un Dieu impuissant ou menteur. Impuissant, puisqu'il n'a pas pu empêcher l'enseignement de l'erreur; menteur, puisqu'il ne Fa pas voulu, après avoir promis de le faire.
Or, parmi toutes les vérités dont la garde et l'enseignement ont été remis à l'Église, brille au premier rang la divinité du Saint-Esprit. Comme celle du Fils et du Père, nous la voyons écrite en caractères ineffaçables dans le Symbole des Apôtres, dans le Symbole de Nicée, dans le Symbole de Gonstantinople et dans le Symbole de saint Athanase.
Résumant avec une précision inimitable la doctrine des trois autres, ce dernier s'exprimeainsi : « La foi catholique est d'adorer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité, ne confondant point les personnes et ne séparant point la substance. En effet, autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit. Mais,duPère,et du Fils et du Saint-Esprit, la divinité est une, la gloire égale, la majesté coélemelle. Tel le Père, tel le Fils, tel le Saint-Esprit. Incréé le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit. Immense le Père , immense le Fils , immense le Saint-Esprit. Éternel le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Espril. Et cependant il n'y a pas trois éternels, mais un seul éternel ; de même il n'y a pas trois incréés ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense. Ainsi Dieu, le Père; Dieu, le Fils; Dieu, le Saint- Esprit. Et cependant il n y a pas trois Dieux, mais un seul Dieu (1).»
A la vue de l'Esprit du bien se révélant au monde
(1) In offic. Dom., od Prim.
avec tant d'éclat et marchant à grands pas à la reprise de possession des intelligences, l'Esprit du mal comprit que son empire était menacé jusque dans ses fonde? ments. Pour en conjurer la ruine, il suscite en Orient et en Occident d'innombrables négateurs du Saint-Es-Jprit. Armés de sophismes , les valentiniens, les montanistes, les sabelliens, lés ariens, les eunomiens,*d6So cendent successivement dans l'arène. Avec une man-* vaise foi et une opiniâtreté dont on ne trouve la raison d'être que dans l'inspiration satanique, ils attaquent hautement, dé vive voix et par écrit, la divinité du Sainti- Esprit, triomphalement défendue parles docteurs catholiques. Mais, quand la- passion argumente, la raison n'est jamais sûre de vaincre." Les erreurs sur le Saint- Esprit gagnent comme un cancer, jusqu'à Macédonius qui en fait une lèpre, presque aussi étendue que l'arianisme. / .
Quel fut cet homme , doirt le nom, accolé à celui d'Arius, rappelle si tristement un des plus fameux hérésiarques de la primitive Église? Macédonius était patriarche de Constantinople. Élevé à cette dignité^ en 351, par les ariens dont il partageait les erreurs, il exerça contre les novatiens et les catholiques des violences qui le rendirent odieux , même à l'empereur Constance , son protecteur. Dans un conciliabule tenu à Constantinople, en 360, et présidé par Acace et Eutrope, les ariens le déposèrent et le firent exiler de la capitale. Rétabli sur son siège par ordre de l'empereur, il se montra l'en-* nemi juré des catholiques et des ariens. Contre ces derniers, il soutint la divinité de Notre-Seigneur, et contre les premiers, il nia la divinité du Saint-Esprit, dont il fit une simple créature, plus parfaite que les autres. Un an après, en 361, l'hérésiarque, dépouillé une se-
conde fois de sa dignité, mourut, comme Arius, misérablement.
Cependant la zizanie de ses erreurs était tombée dans beaucoup de têtes séditieuses. Riches de faconde, d!artifice et de scélératesse, les macédoniens formèrent une secte si nombreuse ^ que TÉglise eut peine à Tex- ' tirper (1). Les principaux furent Marathon, évêque de Nicomédie; Êleùsius de Cyzique, ordonnés par Macédonius; Sophrone,, évêque de Pompéopolis, dans la Paphlagonie, et Çustase de Sébaste, en Arménie. Comme tons les novateurs, les macédoniens, appelés aussi Pn^matomaques, c'est-à-dire ennemis du Saint-Esprijt, ou marathoniens^ du nom.de Té vêque de Nicomédie, affectaient un extérieur grave et des mœurs austères. Grâce à cet artifice, ils séduisaient le peuple et les moines, parmi lesquels ils s'attachaient à semer leurs erreurs.
Malgré les efforts de TÉglise d'Orient, Thérésie, loin d'être étouffée, étendait ses ravages. Vingt ans de luttes inutiles firent comprendre à Théodose la nécessité d'un concile général. De concert avec le pape saint Damase, le pilBux empereur convoqua l'auguste assemblée à Constantinople, pour le mois de mai de l'an 381 (2). Elle
(1) Morî pertanto' poverâmentc lasciando il semé dé* suoi errori in nrolte teste sediâdose, che fornite poscia di eloquenza, di arte e di sceleraggine, costituirono un^ setta di tanto numéro, che la chiesa risenti per up pezzo il travaglio di esti parla. Battaglini, IsL wdv. di tutti i conciL, p. 135 éd. in fol.
(2) Macedonius Spiritû^ negabat deitatem et Dominumi eumquè coQserYum prsedicabat : sed maximus Theodosius imperator^ et Oa* masus fidei s^damas obstiterunt, quorum solidam meotem aggressioaes atque conflictus nullatenus sauciarunt. Sextœ Synod. act. xyiii. — Sententiam de damnatione Macedonii et Ëunomii, Damasus con« firmari prœcepit etiam in saacta secunda synodo, quoe prœceplo et
se trouva composée de cent cinquante évêques. A leur tête, on voyait saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégdre de Nysse, fr^re.de sjaiut Basile.; Mélèce, évêque d'Antioche; Ascolius de Thes^ salonique, et, en dehors de Tordre deaévêques, Fillustre docteur «aint Jérôme. Afin d'ôter tout prétexte, soit de nullité du concile, soit de jugement rendu sans avoir ouï les^ parties, Tempereùr demanda que les mq,cédoniens fussent convoqués ayec les catholiques. Us y furent , en effet , représentés par trentQ-rsix ^évêques, dont les deux principaux étaient : Éleusîus. de Cyzique et Mariaaus, de Lampsaque.
Entre les mains des Pères se trouvait la formule .de foi de l'Église catholique, envoyée en 353 par le pape saint Damase à Paulin, évêque d'Antioche; déplus, le Symbole de Nicée. Les évêques rendirent témoignage de la foi de leurs Églises, entièrement conforme- à ces deux monuments. Quant amx lùacé^onîens, ,ik furent entendus, leurs sophismes réfutés, et eux-mêmes convaincus d'être des novateurs, en opposition avec la foi catholique, avec la foi des apôtres. Ainsi, en proclamant solennellement la divinité du Saint-Esprit, le concile ne fit pas un nouvel article de foi ; il se contenta de constater le dogme et, en le définissant, de le mettre à Tabri des attaques de Thérésie. A l'exemple du concile de Nicée, qui, pour anéantir Tarianisme, avait ajouté quelques explications au Symbole des Apôtres, le concile de Constantinople confondit les macédoniens et assura Torlhodoxie de la doctrine, en dévelopjpant Tarticle du Symbole de Nicée sur le Saint-Esprit. i
La divinité du Saint-Esprit n'étant point attaquée, le
auctoritate ejus apud Constantinopolioi celebrata est. Vid. Baron., an. 381, n. 19.
concile de Nîcée avait dit simplement : Et au Sainte Esprit^ la sainte Église catholiqite^ etc. Expliquant ces paroles, les Pères de Constantinople ajoutèrent : Et au Saint-Esprit^ Seigneur et vivificateur^ gut proùèdè du Père^ et qui^ avec le Père et le Fils ^ est adoré et conglorifié : qui a parlé par les prophètes. La lecture solennelle de cet article fut suivie incontinent des applaudissements du concile ^t des anathèmes contre l'héréde. D'une voix unanime, les évoques s'écrièrent : « Voilà la foi de tous I voilà la foi des orthodoxes ! c'est ainsi que nous croyons tous. Malédiction et anathème à qui- Gonque tiendrait une autre doctrine que celle qui vient d'être définie, et qui attaquerait la foi de Nicée, que nous approuvons, que nous jurons, que nous prçfes-*» sons, déclaraat impies, iniques, perverses, hérétiques^ les opinions des ariens, des eunomiens,des sabelliens, des marcellianistes , des fontiniens , des apoUinaristes et de tous ceux qui adhèrent à leurs doctrines, qui les prêchent ou ^ui les favorisent (1)!»
Afin de rendre leur définition plus respectable encore s'il était possible, en lui imprimant un nouveau cachet de catholicité, les Pères de Constantinople adressèrent une lettre synodale à tous les évêques d'Occident. En voici la teneur : « A nos très-vénérables frères et collègues Damase, Ambroise, Brittcnius , Valérien et autres saints évoques, réunis dans la grande ville de Rome. Le dogme que nous avons défini doit être approuvé par nous, par vous et par tous ceux qui ne pervertissent pas la parole de la vraie foi. En effet,, il est de toute antiquité ; il est conforme à la formule du baptême ; il nous
(1) Omnes reverendissirBi episcopi claroaverunt: Hœc omnium Qde>i ; hsec orlhodoxoruui tides ; omDes sic credimus, etc. Vid. Baron, ^ an. 381, n. 39.
enseigne à croire au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; c'est-à-dire à la divinité, à la puissance et à l'unité de substance du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; à l'égalité de dignité et à la coéternité d'empire en trois faypostases ou personnes infiniment parfaites.
« De cette sorte , il n'y a plus de prise pour la pestilentielle hérésie de Sabellius, qui, confondant les personnes, détruit leurs propriétés respectives; ni pour les blasphèmes des eunomiens , des ariens et des autres qui attaquent le Saint-Esprit^ divisent Tessence, la nature ou la divinité , et introduisent dans la Trinité, qui est incréée, consubstanlielle et coéternelle, une nature postérieurement engendrée ou crée, ou d'une essence différente (1). »
il résulte de cette lettre que les évêques d'Occident étaient assemblés à Rome, avec le pape Damase, pour détruire l'hérésie de JVIacédonius, en même e mps queles évêques d'Orient Tanathématisaient à Constan-
(1) Révérend issi mis fratribus ac collegis Damaso, Ambrosio, Brittoni, Valeriano..* et cœtéris sanctis episcopis in magna urbe Roma convocatis. lia fides tum a nobis^ tum àvobis, tum ab omnibus qui Verbum verœ fideî non pervertunl, approbari débet; quippe cum antiquissima sit, et lavacro baptismatis consentanea, et nos doceat crederé in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancli, hoc est^in divinitatem, potentiam et substantiam unam Patris et Filiî^ et Spiritus sancti, sequalem dignitatem et coseternum imperium in tribus perfectissimis hypostasibus > sive in tribus perfectis personis; adeo ut neque quidquatn loci detur pestiférée Sabellii hœresi, qua confunduntur personse, hoc est, proprietales tolluntur; neque blasphemia eunomianorum^ arianorum, aut ëorum qui Spiritum sanctum oppugnant, quidquam h^beat ponderis ; quœ qutdem essentiam, naturam, sive divinitatem^ discindit, et Trinitati, quœ increata, et consubstantialiSy et coœterna est, naturam posterius genitam, aut creatam, aut quœ sit alterius essentiœ^ inducit. Apud Theodoret., lib. Y,