‹ Traité du Saint-EspritChapitre 63 sur 106 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Disproportion entre le travail et la récompense : explication. — Le monde doit un Culte au Saint-Esprit. ^— Prédicateurs de ce caite : Dieu, Notre- Seigneur, les apôtres, les Pères, TÉglise. — Témoignages. — Nécessité plu grande aujourdliui que jamais du culte du Saint-Espiit.

En haut les cœurs : Sursum corda. Les souffrances de ce temps ne sont rien, près de la future gloire qui se révéleia en nous. A la pensée du fruit de la vie éternelle, s'il nous reste quelque rayon de vraie lumière, quelque sentiment de noble ambition, nous dirons aifec TApôtre : Pour gagner le ciel^ fai fait litière de tout. Candidats de Télernité, nous imiterons le naarchandde pierres précieuses dont parle TÉvangile. Il trouve une perle qui, à elle seule, est un trésor. Au lieu de dépenser son temps à chercher, et son argent à acheter d'autres pierres, il achète celle-là, et devient le plus riche et le plus heureux des marchands.

Mais quoi! une si grande récompense pour si peu de travail! L'infini pour le fini! quel est ce mystère? Le Saint-Esprit est Tamour infini; et le ciel, c'est le r^e de Tamour infini. Le comment de la proportion nous est caché; mais le fait est incontestable. Il nous est garanti par la parole divine , et rendu sensible par des images présentes à tous les yeux. Qui n'a vu la beauté,

la grandeur y la prodigieuse multiplicité des fruits de certains arbres? Un instant médité, ce spectacle nous dit : Pour obtenir de quoi s'abriter contre les ardeurs du soleil, réchauffer son foyer, couvrir sa table de fruits succulents, pendant des années entières, il suffit à rhomme de faire le sacrifice d'un seul fruit, capable, tout au plus, de satisfaire une légère sensualité.

Celui qui multiplie d'une manière si étonnante le fruit des arbres nous a promis de multiplier, d'après la même loi, le fruit de nos œuvres : Centuplum accipiet. Qui a le droit de douter de sa parole, ou de limiter sa puissance? Les merveilles qui éclatent dans Tordre matériel ne représentent même que très-imparfaitement les miracles qui s'accomplissent dans l'ordre moral. Autant il y a de différence entre l'humble semence, mise en terre, et l'arbre magnifique, couvert, suivant la saison, de fleurs et de fruits; autant et plus il y en aura entre le plaisir momentané dont nous, faisons le sacrifice ou acceptons volontairement la privation, et les torrents de voluptés éternelles dont nous serons inondés.

Or, le fruit naît du fruit. La fruit de la vie éternelle naît des fruits du temps, et nous les connaissons. 11 reste à dire comment il faut les cultiver. 11 faut les cultiver en cultivant l'arbre qui les porte : cet arbre n'est autre que le Saint-Esprit lui-même (1). De quelle manière le cultiver? En lui rendant le culte qu'il mérite. De là, deux questions : Le monde doit-il un culte au Saint-Esprit ? quel est ce culte?

(i) Et tu colis Deum, et coleris a Deo. Recte dicitur, colo Deum : quomodo autem color a Deo ? Invenimus apud ^poslolum, Dei agricultura estis,.. Golit te ergo Deus, ut sis fructuosus; et colis Deunii ut sis fructuosus. Tibi bouum est quod te colit Deus; tibi bonum est quod colis Deum, etc. S. Aug.^ Enarrat. in ;)5. 145, d. 11, opp. t. IV, p. 2323, edit. noviss.

1*^ Le monde doit-il un culte au Saint-Esprit? QuaDd je veux obtenir la réponse à une question d'histoire ou d'astronomie, j'interroge les historiens ou les astronomes. Pour savoir si le monde doit un culte au Saint- Esprit, je m'adresse aux maîtres delà science divine. Ces maîtres sont : Dieu lui-môme, Notre-Seigneur, les Apôtres, les Pères, l'Église. Depuis l'origine du monde, tous ces maîtres n'ont qu'une voix pour dire, de génération en génération, à l'éternel soldat qu'on appelle le genre humain : Tes ennemis les plus redoutables ne sont pas ceux que tu vois, les hommes de chair et de sang. Pour toi, la vraie lutte est contre l'Esprit du mal et ses bataillons invisibles. Veux-tu connaître leur nature? elle est supérieure à la tienne. Leur caractère? ils sont la méchanceté même. Leur nombre? il est incalculable. Leurs artifices? ils sont les pères dû mensonge. Leur demeure? ils habitent l'air que tu respires et fondent sur toi plus rapides que l'oiseau de proie. Seul, un esprit peut lutter contre un esprit, et l'Esprit du bien, contre l'Esprit du mal. Se tenir caché sous l'aile de l'Esprit du bien, ou tomber sous la griffe de l'Esprit du mal, est l'inévitable condition de ton existence (1) Ainsi parlent tous ensemble les maîtres de la science. Écoutons-les chacun en particulier.

Dieu. Afin de rendre toujours présente à Thomme la nécessité du culte du Saint-Esprit, Dieu a écrit deux grands livres : le monde et la Bible. Avec une égale éloquence ces deux livres racontent les gloires du Saint-Esprit, son amour impérissable pour l'humanité et l'indispensable nécessité de son assistance. Le ciel avec ses soleils, la terre avec ses richesses, la

(1) Eph., VI, 12; Corn, a Lap., ibid; I Petr., v, 8..

mer avec ses lois, le chaos lui-même qu'il débrouille et ^u'il féconde, parlent de Lui, comme ils parlent du Fils et du Père. Plus de cent cinquante fois, l'Ancien Testament nomme, en la bénissant, la troisième personne de l'adorable Trinité. Deux cent dix fois le même hommage lui est rendu dans le Nouveau Testament.

Oue révèle cette répétition si fréquente, sinon le rôle souverain et éternel du Saint-Esprit dans Toeuvre de la création , du gouvernement et de la rédemption du monde? Que prêche-t-elle, sinon le devoir imposé aux hommes et aux anges de le tenir constamment, avec le Père et le Fils, en tête de leurs pensées, de leurs prières et de leurs adorations? Ajoutons que si, dans ce culte incessant, une préférence devait avoir lieu, ce serait en faveur du Saint-Esprit. Amour substantiel du Père et du Fils, il ne se révèle que par des bienfaits. Tous les dons de la nature et de la grâce viennent directement de lui.

Notre- Seigneur. A la voix de la Bible et des créatures se joint celle de la Vérité en personne, le Verbe incarné. Exemples et paroles, le divin Précepteur du genre humain n a rien omis pour nous faire aimer le Saint- Esprit et mettre en lui toute notre confiance. Ce qu'était Jean-Baptiste à son égard, il semble l'être lui-même à l'égard du Saint-Esprit. Le fils de Zacharie, le plus grand des enfants des hommes, est choisi pour le précurseur du Messie. Le fils de Dieu lui-même prend le rôle de précurseur à l'égard du Saint-Esprit, et paraît n'avoir d'autre but que de préparer le monde à le recevoir.

Il a résolu de se faire homme, mais il veut que sa mère soit l'épouse du Saint-Esprit. Il veut que son corps

soit formé par l'opération du Saint-Esprit. Il vent qu'an jour de son baptême le Saint-Esprit descende visiblement sur lui et qu'il le conduise au désert, afin de le préparer à sa mission. Pendant tout le cours de sa ^e mortelle, il se montre constamment sous la dépendance du Saint-Esprit. Arrive l'heure solennelle où il doit sauver le monde par son sang : c'est le Saint- Esprit qui le conduit au Calvaire. I] meurt, et c'est le Saint-Esprit qui le retire vivant du tombeau (1).

Faut-il défendre les droits du Saint-Esprit? il semble oublier les siens. Lui-même a prononcé cette sentence : « Quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui l'aura dite contre le Saint-Esprit, le pardon ne lui sera accordé ni en ce monde ni dans l'autre (2). » Faut- il loi faire place dans les âmes ? il n'hésite pas à se séparer de tout ce qu'il a de plus cher au monde, dans la crainte que sa présence ne soit un obstacle au règne absolu da Saint-Esprit (3). Telles ont été les paroles et la conduite de la seconde personne de la Trinité à l'égard de la troisième. Jamais le ciel et la terre n'ont entendu, jamais ils n'entendront rien de si éloquent, sur l'excellence du Saint-Esprit, sur le culte qui lui est dû et sur la nécessité de son règne.

Les Apôtres. Instruits à l'école du Verbe et formés par le Saint-Esprit lui-même, les apôtres parlent de sa plénitude. Devant les nouveaux fidèles et devant les pe^ sécuteurs, dans leurs écrits et dans leurs discours, toujours ils ont le Saint-Esprit sur les lèvres. Aux diacres le soin de nourrir les pauvres; à eux, la mission d'an-

(1) Matth.j IV, 1 ; xn, 18, 28; Hebr.^ ix, 14; Rom., vin, 2.

(2) Matth., XII, 32.

(3) Joan., XVI, 7.

noncer le Saint-Esprit, de le communiquer au monde et de proclamer partout l'indispensable nécessité de se soumettre à son empire. Rien de plus logique. Quelle est, en efifet, leur vocation, et pourquoi sont-ils apôtres? Leur vocation est une lutte à outrance contre FEsprit du mal, Satan, Dieu et roi du monde. Apôtres, leur raison d'être est de chasser l'usurpateur et de faire régner à sa place l'Esprit du bien.

Comme des nuées bienfaisantes, poussées par le Yent du Cénacle, ils se répandent aux quatre coins du ciel et font pleuvoir, sur toutes les parties delà terre, l'Esprit qui réside en eux. Le géant de cettegrande bataille, saint Paul, le promène pendant trente ans, de TOrient à l'Occident, et de l'Occident à l'Orient. En tous lieux il exalte les gloires du Saint-Esprit, révèle sa présence par d'éclatants miracles, et ne cesse de crier aux juifç et aux païens, aux Grecs et aux Barbares : « Recevez le Saint- Esprit ; gardez-vous de contrister le Saint-Esprit ; surtout gardez- vous de l'éteindre. Autrement, vous resterez ou vous retomberez sous l'empire de l'Esprit infernal. Qui n'a pas l'Esprit de Jésus-Christ ne lui appartient pas. Sans le Saint-Esprit, vous ne pouvez rien dans Tordre du salut, pas même prononcer le nom de l'auteur du salut et de la grâce (1). »

Ce que Paul enseigne àThessalonique, à Éphèse, à Athènes, à Corinthe, Pierre l'enseigne à Jérusalem, à Antioche, à Rome ; Barthélémy en Arménie; Thomas aux Indes; André en Scylhie; Jacques en Espagne; Matthieu en Ethiopie. Ainsi les apôtres nous apparaissent comme les hommes du Saint-Esprit. Leurs prédications, leurs voyages, leurs miracles, leur vie sublime

(1) Eph.y 1, 17; IV, 30; I Thess.y v, 19; GalaU^ v, 16, 17; Rom., vin, 9 ; I Cor.^ xii, 3.

et leur mort, non moins sublime que leur vie, peuvent se définir : le Saint-Esprit annoncé, communiqué, présenté à Tamour el à l'obéissance du monde entier. Or la conservation des êtres n'est que la continuation de leur création. Si donc le monde chrétien, formé parle Saint-Esprit, veut rester chrétien, il faut de toute nécessité qu'il demeure fidèle au principe de son origiDe. Grand sujet de réflexions pour notre époque 1

Les Pères. Aux apôtres succèdent les Pères de l'Église et les docteurs. Ils ont vu de leurs yeux la plus étonnante de toutes les révolutions : Satan chassé de son empire, et l'humanité, délivrée de l'esclavage, passera la liberté, à la lumière, aux vertus de TÉvangile. Aucun d'eux n'ignore que ce miracle de la régénération da monde, plus grand que celui delà création, commence, non à Bethléem, mais .au Cénacle, et qu'il est l'œuvre du Saint-Esprit. A perpétuer, à étendre cette œuvre merveilleuse, leur vie se consume ; comme celle des apôtres s'était consumée à l'établir. Dès les premiers siècles, rhistoire nous montre les plus beaux génies de l'Orient et de l'Occident consacrant leur savoir et leur éloquence à expliquer les prérogatives du Saint-Esprit , à venger sa divinité, à expliquer ses opérations merveilleuses, à prouver la nécessité de son règne et à solliciter pour lui les adorations du genre humain.

A l'exemple du grand Apôtre, saint Chrysostome, saint Augustin, saint Jérôme, parlent sans cesse du divin Paraclet. Dydime, saint Basile, saint Ambroise lui consacrent chacun un traité particulier. Les ouvrages immortels de saint Cyprien, de saint Athanase, de saint Cyrille, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Hilaire, de saint Léon, de saint Grégoire le Grand, de Bède le Vénérable, de saint Bernard, de Rupert, de

saint Thomas, de saint Bonaventure, de saint Bernardin, de saint Ântonin et d'une foule d'autres, sont autant de canaux dans lesquels coule à pleins bords renseignement apostolique du Saint-Esprit. A tous ces grands hommes, fondateurs des sociétés chrétiennes, rien n'est plus à cœur que d'inculquer au monde la nécessité permanente dans laquelle il se trouve de vivre sous l'empire du Saint-Esprit, ou sousTempire de Satan.

Au nom de tous, laissons parler saint Ëernard et saint Chrysostome. « Nous avons, dit le premier, deux gages de l'amour de Dieu pour nous : l'effusion du sang de Jésus-Christ, et l'effusion du Saint-Esprit. L'un ne sert de rien sans l'autre. Le Saint-Esprit n'est donné qu'à ceux qui croient en Jésus crucifié. Mais la foi ne sert de rien, si elle n'opère par la charité. Or, lac harité est un don du Saint-Esprit (1). »

Saint Chrysostome : « Sans le Saint-Esprit, les fidèles ne pourraient ni prier Dieu ni l'appeler leur père. Sans lui, il n'y aurait ni science ni sagesse dans TÉglise, ni pasteurs, ni docteurs, ni sanctificateur. En un mot, sans lui l'Église n'existerait pas (2). »

Mais s'il n'y avait ni Église, ni prêtres, ni docteurs, ni possibilité de prier, ni moyeu de profiter du sang du Calvaire, comment nous soustraire à l'empire du démon? Or, sans le Saint-Esprit, rien de tout cela n'existerait. Les parties du monde civilisées par le christianisme seraient encore comme la Chine, les Indes, l'Afrique, le Japon, le Thibet, sous la domination ab-

(1) Epist. 107 ad Thom., Prœposit. de BeverUif 4)pp. t. I, p. 294, n. 8 et \)y edit. noviss.

(2) . . . . Nisi esset Spiritus sanctus pastores et doctores in Ecclesia DOQ essent... Nisi Spirilus adesset Ecclesia non consisterez In sanct, Pentecost.j hom. i, n. 4, opp. t. Il, p. 543 j id., t. IX, p. AO ;id., t. XII, p. 296, 297.

solue du prince des ténèbres. Tel est l'enseignement traditionnel des pères de FÉglise. Se peut-il quelque chose de plus fort sur la nécessité de connaître le Saint- Esprit, de l'aimer, de l'adorer et de se soumettre à son empire ?

L'Église. Afin de le rendre ineffaçable, en le rendant populaire, l'Église a soin de traduire en actes cet enseignement fondamental. Outre le signe de la croix, dont le fréquent usage, si recommandé par elle (1), redit plusieurs fois le jour à tous ses enfants le nom et l'influence nécessaire du céleste Consolateur, elle emploie mille moyens de le tenir présent à leur pensée.

Quoiqu'il soit avec le Père et le Fils l'objet invariable de sa liturgie, elle veut qu'une fête, solennelle entre toutes, vienne chaque année, de génération en génération, rappeler à la reconnaissance des nations baptisées Celui à qui le monde doit tout : lumière, charité, liberté, civilisation dans le temps, glorification dans l'éternité.

Se présente-t-il dans sa propre vie, dans la vie des peuples, ou même dans celles des particuliers, des circonstances où la sagesse d'en haut devient particulièrement nécessaire? l'Eglise ne manque jamais de s'adresser au Saint-Esprit.

La métropole du monde catholique, Rome, est en deuil. La mort qui ne respecte rien a frappé son pontife et son roi. A Pierre il faut donner un successeur, au Fils de Dieu un vicaire. Le sacré collège est assemblé, un silence profond enveloppe le sanctuaire où va se continuer la chaîne des Pontifes. Par où commen-

(1) Un décret de Pie IX altaclie 50 jours d'indulgence à la pratique de ce signe vénérable. — Voir notre ouvrage : Le Signe de la Croix au xix« sièck.

cera Tacte décisif, qui doit remettre aux mains d'un faible mortel les destinées du monde civilisé? Lô premier mot qui s'échappe des lèvreis de tous ces vieillards, prosternés devant Dieu, c'est une invocation à l'Esprit de sagesse, l'hymne tant de fois séculaire : Veni^ Creator Spiritus.

Comme se perpétue le pontificat, ainsi se perpétue le sacerdoce. Voyez celte troupe déjeunes lévites qui s'avancent modestes et timides vers l'évoque, dont la main doit les consacrer prêtres, suivant l'ordre de Melchisédech. Hérauts de la foi, modèles des peuples, missionnaires aux lointains rivages, martyrs peut-être : s'ils ont besoin de grandes vertus, le consécrateur a besoin de grandes lumières. Pour obtenir aux premiers l'héroïsme, au second le discernement, à qui l'Église vat-elle s'adresser? au Saint-Esprit. Dans l'ordination, comme dans le conclave, l'hymne royale monte vers le ciel, et commence, en la consacrant, l'auguste cérémonie : Veni^ creator Spiritus. Ainsi, depuis le pontife placé au sommet de l'échelle sacrée, jusqu'au lévite assis sur le dernier degré, la hiérarchie de l'Église se perpétue sous l'influence de l'adorable Esprit qui la forma.

Dans son incompréhensible tendresse pour les enfants des hommes, Dieu en personne daigne habiter sur la terre : il permet que des temples lui soient élevés. Qui rendra dignes de lui ces édifices matériels? qui en fera de nouveaux cieux? Le même Esprit qui, des chastes entrailles de Marie, fit le sanctuaire du Verbe éternel. A la voix de l'Église il descendra sur ces demeures terrestres, les purifiera, les embaumera de sa divine essence; et, pour toujours, les rendra chères à Dieu et respectables aux

hommes. L'invocatiousolemidlecommeDce l'imposante dédicace et va siolUcitersur son trône l'Esprit sanctificateur : Vem, creaior Spiritus. .

Des temples plus augustes doivent être consacrés. Aux pauvres, aux orphelins, aux malades, il faut des pères et des mères, des frères et des sœurs qui épousent toutes leurs souffrances, soulagent tous leurs besoins, depuis le berceau jusqu'à la tombe et au delà. Qui opérera ce miracle, inconnu du monde avant la Pentecôte chrétienne ? L'Esprit de dévouement sera d'abord invoqué. De même qu'au jour du Cénacle, il descendra; et, sa puissante action formant.des cœurs nouveaux, le monde aura, dans les religieux et les religieuses, des générations sans cesse renaissantes d'apôtres et de martyrs de la charité : yeni^ creator Spiritm.

Grâce à de perfides intelligences avec le cœur de rhomme, l'Esprit du mal réqssit trop souvent à franchir l'enceinte de la Cité du bien. La zizanie est semée dans le champ du père de famille. A la vue de la défection des uns, de la connivence et de la lâcheté des autres, l'aJarme gagne les chefs du troupeau^ Une régénération générale ou partielle devient nécessaire. Alors l'Église recourt à ces grands moyens qu'on appelle les conciles et les missions.

Recueillie, comme les apôtres au Génaclq, elle commence invariablement par invoquer l'Esprit qui la formaetqui,en la formant, renouvela de fond en comble la face de la terre. Par ses prières et par ses chants, elle le conjure d'illuminer les intelligences ; de dicter lui-même les décisions de la foi et les règles des mœurs ; de donner l'efficacité à la parole du Verbe, de purifier les cœurs et de leur rendre,, avec la vie surnaturelle, le courage de la lutte. Sous l'influence

toujours ancienne et toujours nouvelle de TEsprit créateur, de vives lumières jaillissent sur le monde, et des transformations merveilleuses s'accomplissent dans ces nouveaux cénacles : Veni^ creator Spirùm.

Non m oins que Thomme chrétien, Thomme social a besoin du Saint-Esprit. Dans toutes les occasions solennelles, l'Église prend soin de le lui rappeler. La mort qui frappe les pontifes n'épargne pas les rois. Un trône est vacant, il faut le remplir. Donner un roi à une nation, c'est lui faire le plus précieux ou le plus funeste présent. Évêque du dehors,. protecteur, modèle et père des peuples :,. voilà les noms du roi chrétien. Dans ces. noms, quels devoirs? qui Télèvera à la hauteur de sa dignité? qui lui apprendra que le pouvoir est une charge? qui le dépouillera de lui-même pour en faire Thomme de tous? Seul le Saint-Esprit peut opérer ce difficile miracle.

L*ÉgIise le sait; et le sacre des rois n'est qu'une invocation perpétuelle à l'Esprit de force^ de lumière, de justice et de charité. Dan» cette consécration redoutable qui dit aux rois de la terre : vous êtes les vassaux du Roi du ciel, et vous devez -être ses images vivantes; à Lui vous devrez, comme le dernier de vos sujets, rendre compte de votre administration : quelles garanties de bonheur temporel pour les peuples et de salut éternel pour les âmes ! Pour les dynasties elles-mêmes, quel gage de durée! Météores passagers ou fléaux permanents : voilà ce qu'elles ont été, ce qu'elles seront toujours, si elles ne sont soutenues et dirigées par l'Esprit de Dieu : Veni^ creator Spintus.

Faire des lois et les appliquer avec discernement, c'est-à-dire tout à la fois distinguer le juste de l'injuste, frapper utilement le coupable ou absoudre courageu-

sèment rinnocent, n-importepas moins au bonheur des nations que la consécration des rois. La prospérité pablique, la paix au dedans, le respect au dehors, la fortune, rhonneUr, la liberté, la sécurité, la vie même des citoyens sont entre les mains du législateur et du juge. Quelle responsabilité !

Salomon lui-même n'en coûnaistsait pas de plus redoutable. Le paganisme, ou ne s'en doutait pas, ou n'en tenait aucun compte. Ses codes témoignent qu'il ne consultait que les règles vulgaires de la prudence humaine, ou le dictamen incertain de l'équité naturelle : trop souvent même il n'invoquait d'autres dieux que l'intérêt, le caprice ou la force^ Aux mêmes sources de droit puisent encore les peuples non chrétiens, et peu à peu ceux qui cessent de l'être. De là, le scandale de leurs législations et les iniquités de leur justice.

En sera-t-il ainsi des nations, sorties du Cénacle? nullement. L' Église veut que les législateurs et les magistrats chrétiens cherchent leurs inspirations à la source même de la vérité, et prennent pour règle invariable la loi immaculée dont TËsprit-Saint est en même temps l'auteur et l'interprète (1) : Veni, sancte Spiritus.

Pendant combien de siècles la vieille Europe n'at-elle pas vu ses assemblées politiques, ses États généraux, ses parlements, ses tribunaux ouvrir leurs sessions, en invoquant sérieusement l'Esprit de sagesse et de lumière, sans lequel toute législation est défectueuse, toute justice aveugle, toute science dangereuse ou vaine (2) ? Sa piété ne fut pas stérile. Tant

(1) Oq ne cesse de répéter^ après Bossuet, que le droit romain, c'est la raison écrite. Rien de plus faux. La vraie raison écrite, c'est le décalogiie. 11 n'y en a pas, il n'y en aura jamais d'autre.

(2) Per me reges régnant et legum conditores justa decemunt.

que le Saint-Esprit dirigea leurs travaux, les législateurs et les magistrats ne souillèrent les codes modernes d'aucune loi antichrétienne, ni les annales des tribunaux d'aucune ^orm;/^ juridique.

Faire invoquer le Saint-Esprit dans les grandes circonstances, où doivent se discuter les intérêts généraux des sociétés chrétiennes, ne suffit pasà l'Église. Elle recommande à tous ses enfants, quels que soient leur âge et leur état, de recourir à lui au commencement de leurs occupations. Ainsi, plusieurs fois le jour, sur tous les pointsdu globe, Tenfant chrétien, qui étudie les sciences sacrées ou profanes, appelle au secours de sa jeune intelligence l'Esprit de lumière, de courage et de pureté.

S'agit- il pour les générations qui entrent dans la lutte de la vie de recevoir la troisième personne de la Trinité? c'est alors que l'Église multiplie les efforts de sa sollicitude maternelle. Instructions prolongées, prières publiques et particulières, purification de l'âme par les sacrements, annonce solennelle du pontife : tout est mis en œuvre pour faire de chaque paroisse un nouveau cénacle (1).

Tels sont, avec beaucoup d'autres, les moyens sans cesse employés par l'Église pour rendre le Saint-Esprit toujours présent à la mémoire et au cœur de ses en« fants. Peut-elle nous redire avec plus de force le besoin continuel que nous avons de lui, comme hommes et comme chrétiens? Est-il pçrmis de mépriser les recommandations si pressantes de la plus sage des mères? N'y

Prov., Yiii, 15. — Vaoi enim sunt omDes homines in quibus non subest scientia Dei. Sap.; xiii, 1.

(1) Il est infiniment regrettable que ces sages intentions de rÉglise ne soient pas toujours remplies, et que, suivant un mot vulgaire, la confirmation soit escamotée au profit de la première communion.

aurait-il aucune ingratitude à oublier Gelai de qui toute créature tient tous les dons qu'elle possède ? A prétendre nous passer de Lui, environnés d'ennemis comme nous le sommes, n'y aurait-il aucun danger?

Ce danger n'est-il pas le même pour les sociétés que pour les individus? Peuvent-elles donc échappier à Talternative impitoyable de vivre sous l'empire de l'Esprit du bien, ou sous la tyrannie de l'ËsJprit du mal? Notre époque en particulier jouit-elle à cet égard de quelque immunité? Hélas! pour lelle, plus que pour toute autre, ie culte du Saint-Esprit est, au point de vue purement social, la grande nécessité du moment.

Cette époque, qui se croit si maltresse d'elle-même, où en est-elle ? Interrogeons ses actes et ses tendancies. Le luxe effréné qui la dévore et qui appelle à grands cris la formidable réaction du pauvre contre le riche, qu'on appelle le socialisme; le sacrifice perpétuel, et de jour en jour plus commun, de la conscience, de rhonneur, de l'intelligence, de la vie publique et de la vie privée, au culte de la chair ; rinsurrection générale, inouïe, opiniâtre des nations contre Dieu et contre son Christ; les torrents de doctrines empoisonnées nuit et jour répandues sur le monde, terribles semailles, qui seront inévitablement suivies d'une moisson plus terrible encore : est-ce le Saint-Esprit qui inspire et qui fait toutes ces choses? Si ce n'est pas l'Esprit de vie, c'est l'Esprit de mort.

Auquel des deuj^ appartiendra l'avenir? Qui veut le savoir dès aujourd'hui n'a que faire d'interroger la science ou la diplomatie, il lui suffit de regarder de quel côté se tournent les nations. Toute la question est là. Pour nous, si quelque chose est évident, c'est que le monde actuel doit au Saint-Esprit le même culte,

nous voulons dire les mêmes ardentes prières, que doit à son unique libérateur le malheureux suspendu par un fil au-dessus d'un abîme sans fond. Cette situation, qui la comprendra? Ce besoin, qui le sentira? Ce devoir, qui le remplira ? Personne ou à peu près ; et ce n'est pas la moindre preuve que ce que nous disons est la vérité : Terribili et et qui aufert Spiritumprincipum.

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