CHAPITRE VI
HISTOIRE DU FÏLIOQUE
Les geotateora de Macédonius répandus aa loin. — Les Priscillianistes ravagent FEspagne et nient la divinité do Saint-Esprit. — Lettre du pape saint Léon le Grand aux ëyéques d'Espagne. — Il eoséigne clairement la prpcessipn du Saint-Esprit, du Père et du Fils.^ Le Concile de Tolède fait réciter \fi Symbole avec l'addition Filioque, — Ce n'était pas une innovation : preuves, saint Thomas, l'Écriture, saint Damase. — Chant du Symbole autorisé dans les QauleA. — Défense d'y insérer le Filioque, — Plus tard, Rome ordonne de chanter le Filioque, — Raisons de sa conduite. — Plaintes mal fondées des Grecs. -^ Schisme de Photlus. — Schisme et hérésie de Michel Céralaire; il nie que le Saint-Bsprit procède du Père et du Fils. — Concile de Lyon. — Les Grecs reconnaissent la légitimité du Filioque. — Us ira* hissent leur foi. r- Concile de Florence. — Les Grecs reviennent à l'unité; puisrétomb^nt dans le BQliisme.
Veiiller sur le dépôt de la foi et fixer par ses décisions infaillibles les points en butte aux attaques de l'hérésie, est le drqit et le, devoir de l'épouse du Verbe incafné. Un depai-siède environ après le cpi^çile de Constàntinople, l'Église eut uin nouveau qiotif de fajre us^e de ce drpit inhérent à sa çqnstitiition. D'une part, les sQctateurs dQ Macédônius s'étaient. répandus au loin dans la Thrace, dans l'Hellespont et dans la Bithynie (i); d'autre part, les Vandales et autres peuples, sortis de ces contrées, avaient emporté le dogme hérétique dans leurs migrations et notamment en Espagne. Là, les Priscillianistes attaquaient ouvertement le
(1) Socr, hist.^ lib. Il, c. XLvj lib. V, c viii.
dogme de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. « Ils enseignaient que dans la sainte Trinité, il n'y a qu'une seule personne et une seule chose, appelée tour à tour le Père, le Fils, et le Saint-Esprit; que celui qui engendre n'est pas distinct de celui qui est engendré, ni de celui qui procède de l'un et de l'autre (1). »
Saint Léon le Grand occupait alors la chaire de saint Pierre. La nouvelle de cette hérésie et des ravages qu'elle faisait en Espagne, lui fut envoyée par saint Turibius, évêque d'As^orga. Le souverain Pontife le chargea de réunir en concile tous les évêques d'Espagne, afin de condamner Thérésie et d'extirper, à tout prix cette nouvelle ivraie du champ du Père de famille. Le concile eut lieu à Tolède, Fan 447. Présidé parle saint évêque d'Astorga, il condamna les hérétiques. Afin de couper le niai par la racine et de mettre l'Occident à r.abri de toutes ces erreurs, on y décida d'insérer dans le symbole dé Constantinople, le mot même du Vicaire de Jésus-Christ, qui définissait si bien la procession du Saint-Esprit, du Père et du Fils : De utroque procèssit(2).
L'addition dont il s'agit, n'était point une innovation. C'était une explication, semblable à celles que le concile de Nicée avait insérées dans le Symbole des apôtres, et le concile de Constantinople dans celui de Nicée. Saint Thomas remarque avec raison qu'elle est d'ail-
(i) Primo itaque capitulo dempnstratur quod impie sentiant de Trioitate divina^ qui et Patris et Fiiii et Spiritus saDcti unam atque eamdem asserunt esse personam, tanquam idem Deus nunc Pater, nuDC Filius^ dudc Spiritus «anctus nominetur ; nec alius sit qui ge- Duit, alius qui . genitus est> alius qui de utroque processit. S, Léo Magn.y epist. 93, c. vi.
(2) Battaglini, Istor. univ. de* conc., p. 217, 218.
leurs contenue virtuellement dans le concile même de Constantinople, approuvé par tous les Orientaux. ((Les Grecs eux-mêmes, dit-il, comprennent que la procession du Saint-Esprit a quelque rapport avec le Fils. Ils conviennent que le Saint-Esprit est T Esprit du Fils, et qu'il est du Père par le Fils. On dit même que plusieurs accordent que le Saint-Esprit est du Fils ou qu'il découle de lui, mais qu'il n'en procède pas : distinction qui semble fondée sur l'ignorance ou sur l'orgueil.
((En effet, si l'on veut y faire attention, on trouvera que le mot Procession, entre tous ceux qui expriment l'origine d'une chose quelconque, est le plus commun. Nous nous en servons pour indiquer l'origine, de quelque nature qu'elle soit : par exemple, que la ligne procède du point , le rayon du soleil, le ruisseau de la source. Tous ces exemples et d'autres encore, autorisent à dire avec vérité que le Saint-Esprit procède du Fils... Ainsi, ce dogme est implicitement contenu dans le' symbole de Constantinople qui enseigne que le Saint-Esprit procède du Père. Or, ce qui est dit du Père, il faut nécessairement le dire du Fils, puisqu'ils ne diffèrent en rien, si ce n'est que l'un est le Fils et l'autre le Père (1).»
D'ailleurs, en écrivant si nettement dans une lettre doctrinale, que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, saint Léonn'était que l'écho des vicaires de Jésus- Christ, ses prédécesseurs : Petrus per Leonem locutus est. Au temps même du concile de Constantinople, le pape saint Damase enseignait cette doctrine : (( Le Saint-Esprit n'est pas l'Esprit seulement du Père ou seulement du Fils, car il est écrit : Si quelquun aime le monde ^ F Esprit du Père n'est pas en lui. Et ail-
(1) s. Th., I p., q. 36, art. 2. Cor. — Et De Patent.^ q. 10, art. 4, ad 13.
leurs i Si quelqu'un v^ a pas t Esprit de Jésus^-Christ, il né lui appartient 'pas. Cette nominatà^n )d^ Père et du Fils indique bien qu'il s'agit du Saint-Esprit^ dont le Fils luÎHmôme dit dans l'JÉvangile : Il procède dû Fère, il prendra du mién^ et liou^ F annoncerait!} . « * . . i ^ .'. > >
Depuis le Concile de Tolède, touilles catholiques d'Ëspâgae et des Gaules récitèrent le symbde.;de^Constantinopkl £^vec Faddilkm Filwque.He la part dfiiâainisiège, nulle opposition, de la jmrt des Orientauix:^ nulle réclamatioii ne vint s'opposer à cet «lissage. Il durait depuis quatre siècles, lorsque Charlemagne rentradaii^ ses états,après avoir été couronné empereui^à Rome^ par lèpape Léon m. Or, il avàit.obtenu, pourles égiiaasde son vaste empire, l'autorisation de-ehanter à la : messe le symbole de CénstâBtinopfe. Lé9 évèq«e$ds9émblë^^. Ait-k-Chapelld, e9'607^ lui demandèrent si pnpDurait le ëhanter en public,' comme on le récitait^ en particulier, en y insérant l'addition M/io^'we. Le griand prince i*épondit qu'il" ne lui appartenait pas d'ei^ dédder, et qu'il fallait consulter le souverain. Pontife. En conséquence, deux évêques et J'abbé de Côrbie, députés du Concile, se retiidirent à Rome.
Le Pape leè accueillit avec bienveillance, knaifet refusa net(emént la periùissioh d'insérer dans le ^ym^ bole les quatre Syllabes Filioque. «Sans doute, leur
(1) Polto non Leonis id fuit novum mYentum, sed prcedeoeé^orum traditio. Nam Damasus hœc ^it i (Damas., in, conciL Rom^ apud Crescon. Collect,) Spiritus sanctus non est Patris tantummodo, aut Filii tantuipmodo Spiritus. Scriptum est enim: Siquisdilexerii mundum, non est Spirilus Patris in iîto, I Joan,, ii. Item scriptum est : Qui autem Spiritum Christi non habet, hio non estejus. Rom., viii. Nominato ilaque Pâtre et Filio, inteliigitur Spiritus sanctus, de quo Filius in Evangeiio dicil : Quia Spiritus sanctus a Pâtre procedil, et de meo accipiet, et annuntiabit vobis. Joan., xv. Apud Baron., an. 447, o. 21 .
dit-il, c est un article de foi inviolable que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ; mais oti ne peut pas insérer dans le symbole tous les articles de foi. D'ailleurSy il ne faut pas modifier, même d'une syllabe, les symboles arrêtés par les Conciles écuméniques (1). »
Pour montrer que sa résolution était immuable, le pape ordonna de graver incontinent, en grec et en latin, le symbole de Gonstantinople, sans l'addition du Filioque^ sur deuX' boucliers d'argent, dn poids de quatrevingt-cinq livres, et les fit placer dans la basilique de Saînt'Pierre, à droite et à gauche de la Confession (2)*
Disons-le en passant, ce fait et celui que nous, allons rapporter sont deux preaves monumentales de l'incorruptible fidélité de^ l'Église romaine aux traditions du passé. Non-seulement elle refuse aux prières dé Gh&rlemagne, son bienfaiteur, d'insérer dans le symbole^ de Gonstantinople quatre syllabes qui expriment nettement un article de foi ; elle-même ne chante aucun symibole à la messe. Tandis que toutes ses filles, les églises d'Orient et d'Occident, font retentir leurs basiliques du symbole de Gonstantinople, «lie s'en tient à celui des apôtres : encore né le récite-t-elle que dans Tadmiriistration du baptême et lorsque l'usage prescrit la profession de foi.: . .
Cependant les siècles marchent, et les circonstances changent avec les siècles. Toujours dirigée parle Saint-
(i) Bini.y ad Synod, Aquisgran^, t. lU, ConciL; Labbe, t. VII, p. Ii98 ; Bar,, an. 809, n. 57.
(2) Hic vero, pro amore et câutela orthodoxserfidei fecit ubisuprà (in basilica sancti Pétri), scntos argenteos duos, ^riptos utroque symbolo, unum quideni iitteris Grsecis, et alium Latinis, sedentes deitertf lœvaque super ingressum corporis, pesantes argenti libras nonàginla quatuor, etuncias sex. Anast, Biblioth. in Léon. 111, apud Bar., an. 809, n. 62.
Esprit, l'Église romaine fera plus tard ce qu'elle a d'abord refusé, également infaillible dans ses concessions et dans ses refus. Tant que la procession du Saint-Esprit n'est pas attaquée, elle persévéré dans ses anciennes traditions. Bientôtde sourdes rumeurs se font entendre. Vers lan 866, aux rumeurs succèdent des négations publiques. Elles ont pour organes, en Occident, le patriarche d'Aquilée, et en Orient, Photius, patriarche intrus de Constantinople. Pour leur répondre, comme elle avait répondu à Ârius et à Macédonius, Rom^ fait insérer dans le symbole de Constantinople l'addition Filioque, Elle-même, qui, pendant la messe, n'a jamais chanté aucun symbole, chante le symbole de Constantinople ainsi expliqué et ordonne de le chanter partout. Dès lors un immense concert de voix catholiques répond nuit et jour aux blasphèmes des novateurs (1).
La manière dont eut lieu cette mémorable addition offre un exemple nouveau de la sagesse du saint-siége et de sa prudente lenteur. Un concile nombreux fut convoqué à Rome. On représenta au souverain Pontife que depuis longtemps les églises d'Espagne, des Gaules, d'Angleterre et de Germanie étaient en possession de chanter publiquement le symbole de Constantinople; que Rome les approuvait; mais que, dans les circonstances actuelles, son refus prolongé d'insérer l'addition Filioque pouvait passer, aux yeux des malveillants, pour un blâme tacite ou pour une crainte dç professer hautement la foi ; que les ennemis de l'Église ne manqueraient pas de s'en prévaloir, et, de là, faire naître des divisions, un schisme peut-être; qu'en tout cas,
(1) ^ar., au. 883, n. 34.
c'était le meilleur moyen de confondre Photius et ses adhérents (1).
Le souverain Pontife se rendit à ces raisons, et l'auforisation fut accordée ; on en reporte la date à Tan 883. Toutefois, Rome elle-même ne commença de chanter le symbole que cent vingt-neuf ans plus tard, en 1014, sur les instances de l'empereur saint Henri. Ce grand prince, digne de Gharlemagne par ses vertus et par les éminents services qu'il avait rendus au saint-siége, étant venu à Rome pour se faire couronner, fut étonné de ne pas entendre chanter le Credo à la messe. Il en demanda la raison. « Voici , écrit l'abbé Bernon , ce qui lui fut répfondu en ma présence : L'Église de Rome n'a jamais été souillée d'aucune hérésie; mais, fidèle à la doctrine de saint Pierre, elle demeure immuable dans la foi catholique. Elle n'a donc pas besoin de professer sa foi ; c'est le devoir des églises qui ont pu ou qui peuvent Taltérer ou la perdre. » Magnifique réponse ! Néanmoins ^ sur les instances de l'empereur, le pape Benoit VIII décida que Rome elle-même chanterait désormais le symbole. Ce fut celui de Gonstantiaople avec l'addition Filioque (2).
A quelque point de vue qu'on se place, on voit que rien ne fut plus légitime et plus régulièrement fait que
(i)^aron., an. 883, n. 37 ; et an. 447, n. 23.
(â) Cum Homanoruiti presbyteri ab Henrico imperatore interrogarentur cur non post Eyangelium (ut in aliis ecclesiis fiebat), symbolum canerent? Me assistente, audivi eos ejusmodi responsum reddere> videlicet, quod romanà Ecclesia non fuisset aliquatido ulla hœreseos fœce infecta, sed secundum sancii Pétri doctrinam in soliditate catholicae fidei permaneret inconcussa : et ideo magis bis necessarium esse illud symbolûoi ësepius cantando frequentare, qui aliquando ulla bœresi potuerunt maculari. Bern, Abbas augien., De rébus ad miss, specfant,, apud Baron,, an. 447, n. 24.
cette insertion. Gomme les explications da symbole, à Nicée et à Constantinople, elle était exigée par les icirconstances. C'est Je Vicaire de Jésus-^Christ iai^mème, présidant un concile, qui l'ordonne. Enfin, elle ne ikiôdifie pas la foi, «lie Texjpliqae. « Nnl nej^eut, écrit &n ancien auteur, en prendre occasidn d'accuser la sainte et grande Église de Rome ; mère et maltresse de toutes les autres, d'avoir écrit, composé et enseigné une foi nouvelle. Ce n'est ^ni faire, ni enseigner, nî transmeittre un autre symbole,, que d'expliquer l'ancien en' vue de prévenir Faltérati<m de la foi. - -
« Bien que dépositaire de- l'autorité souveraine, elle ne refuse pas de s'humilier en répondant ce que le concile de Chalc'édoine répondit autrefois à ses détracteurs : C'est injustement qu'on m'accuse; Je n'établis ^pas ufne foi nouvelle; je renouvelle la mémoire de Tancienrie. Éclaircir un point obscur du symbole^ ce n?^est pas l'altérer. Comni6 les Pères des siècleis passés, j'ai renouvelé la foi; j'ai ajouté aux conciles de Nicée, de Constantinople et de Calcédoine; mais je n'ai rien enseigiié qui leur soit contraire. Fidèle à marcher sûr leurs traces, j'ai rencontré des points attaqués qui, de leur temps, n'étaient pas mis en question. Ce qui n'était J)as bien compris de tous, j'ai dû l'éclaircir par un met d'interprétation : voilà ce que j'ai fait (1). »
Cependant les Grecs, poussés par l'esprit d'orgueil, refusèrent obstinément de souscrire à l'addition du F/lioque. Le sectaire ambitieux qui les égarait, voulait à tout prix séparer l'Église orientale de l'Église occiidentalé. Une fois l'autorité du souverain Pontife méconnue, il espérait se faire proclamer patriarche universel. La
(1) ^tlierian., apud Bar., an* 883, n. 38.
mort fitévaHOuir ses coupables projets; mais elle n'éteignit pas l'esprit dé révolte qu'il avait soufflé.
En 1054, Michel Gérulaire, autre patriarche de Constantinople, plus audacieux que Photius, nia formellemeuft que le Saint-Esprit procède du Fils. Dans une lettre adressée à Jean, évêque de Trani , il osa conagner son hérésie, avec invitation d'eli faire part au souverain Pontife. Léon IX y tépondit, comme il convient au gardien de la foi, en excommuniant le novateur. Gérulaire, de son cMé', excommunia le Pape et avec lui toute l'Église latine) La rupture fut complète, et les Grecîs tombant dans le schisme et dans Thérésie. Telle fut, comme nous le verrons plus tard, la source de tous leurs malheurs.
Cependant TÉglise latine ne négligea rien pour ramener sa soeur à la foi de leurs père^. Après plusieurs siècles d'efibrts inutiles, ce retour tant désiré s'accomplît au concile général de Lyon, en 1274.. Réunis sous la présidence du pape Grégoire X, les évêques de FO-r^ rient et de l'Occident exprimèrent leur foi en ces termes : « Nous faisons profession de croire fidèlement et avec piété que le Saint-£sprit procède éternellement du Père et du Fils, non comme de deux; principes, mais comme d'un principe ; non par deux spirations , mais par une seule spiràtion (1).. » La réunion venait d'être jurée pour la treizième fois. Malheureusement elle ne fut pas plus durable que les autres (2). /
({) Labbe, Conc.; l. II, p. 967. — Quibus perfeclis, prœcinente pontîfice hymnum : Te Deum; denique Grsécis Latînisque verbis fidei orthodôxèe forma, repetita bis profedsione processionis Spiritus sancti a Pâtre et Filio, decantata est. Bar.yBxi. i274,.n. 18.
(2) Gosi eglitio promisero, rimanendo in tal forma stabilita per la declmaterza volta Tunionefra Greci e LdXini. Battaglinij Istor,, etc., p. 660, n. H.
Enfin, le concile de Florence réunit de nouveaa les Grecs et les Latins. Pour satisfaire les premiers, le dogm« de la procession du Saint-Esprit fut, par ordre du Pape, examiné de nouveau. Jamais discussion plus approfondie, plus longue, plus complète. Sophismes, subterfuges, négations, demi-concessions, flux immense de paroles , les Grecs eurent recours à tous les moyens pour défendre Terreur.
Dans la dix -huitième session, tenue le 10 mars 1439, Jean de Monténégro, provincial des Dominicains de Lombardie, leur ferma la bouche par un argument sans réplique. « Qu'entendez -vous par frocessions? demandat-il aux Grecs- Que voulez- vous dire, quand vous affirmez que le Saint-Esprit procède du Père? — Marc, archevêque d'Éphèse, répondit : J'entends une production par laquelle TEsprit-Saint reçoit de lui l'être et tout ce qu'il est proprement. — Fort bien, reprit le frère prêcheur , nous avons cette conclusion : le Saint-Esprit reçoit du Père l'être, ou il en procède, c'est la même chose. Voici donc comme je raisonne : De qui le Saint- Esprit reçoit l'être, de celui-là aussi il procède. Or, le Saint-Esprit reçoit l'être du Fils ; donc le Saint-Esprit procède du Fils, suivant le sens propre du mot procession, tel que vous-même l'avez défini. Que le Saint- Esprit reçoive l'être du Fils, on peut le démontrer par beaucoup de témoignages.
« Mais , interrompit Marc d'Éphèse, d'où tenez-vous que le Saint-Esprit reçoit l'être du Fils? — Votre demande me plaît, répliqua frère Jean; et je vais y répondre à l'instant même. Que le Saint-Esprit reçoive du Fils l'être, cela se prouve par le témoignage, irrécusable pour vous comme pour nous, de saint Ëpiphane, qui s'exprime ainsi : J appelle Fils celui qui est de lui, et
Samt'Esprtt cehn gui seul est des deux. D'après cette parole de saint Épiphane, si TEsprit est des deux, il reçoit donc des deux l'être. Puisque, suivant vous, recevoir l'être ou procéder, c'est la même chose. Nous savons par saint Épiphane qu'il reçoit son être du Père et du Fils (1). » L'argument était d'autant meilleur que saint Épiphane est un des Pères grecs les plus anciens et les plus vénérés des Orientaux.
Enfin, le 6 juillet 1439, jour de l'octave des apôtres saint Pierre et saint Paul, fut célébrée la dernière session du concile. En présence de l'auguste assemblée et aax applaudissements des Grecs et des Latins, on y lut le décret d'union. Il commence ainsi : « Que les cieux se réjouissent et que la terre tressaille! Le mur qui divisait l'Église d'Orient ,et l'Église d'Occident vient d'être enlevé. La paix et la concorde est rétablie sur la pierre angulaire, Jésus-Christ, qui des deux peuples n'en a fait qu'un. Noas définissons et voulons que tous croient et professent que le Saint-Esprit est éternellement du Père et du Fils; qu'il a son essence et son être subsistant à la fois du Père et du Fils; qu'il procède éternellement de l'un et de l'autre, comme d'un seul principe et par une seule spiration. Nous définissons, de plus, que l'explication Filioque a été légitimement et avec raison ajoutée au symbole, pour éclaircir la vérité et par une nécessité alors imminente (2). »
La joie de l'Église ne fut pas de longue durée. Comme l'infidèle Samarie , le schismatique Orient retomba le
(i) Mansi, t. XXXI, coi. 723. — Rohrbacher, Hist. univ.y t. XXÏ, p. 534, ^^ édition.
Ç) Definimas explicaUoneia verborum illorum FiUoque^ veritatis declarandœ gratia, et imminente necessitate, licite et ration abiiiter, fuisse symbolo appositam, etc. Apud Labhe, etc.
lendemain dans les erreurs qu'il avait abjurées la veille: mais la mesure était comble. Salmai|a:;^ar ressuscita dans Mahopiet; et, treize ans -seulement après le concile de Florence, 1, empira des Grecs subit le swt du royaume d'Israël.