‹ Traité du somnambulisme, et des différentes modifications qu'il présenteChapitre 6 sur 13 · DO · texte numérisé non relu

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cultes; car si la volonté seule agissait, pourquoi fallait-il employer le signe pour produire des effets? et, d'un autre côté, comment la malade , dans l'état de défaillance complète où elle se trouvait , aurait-elle pu avoir connaissance du signe qu'on lui faisait? Voici le résultat de mes recherches à ce sujet:

Il me fut toujours impossible de faire perdre connaissance à la malade éveillée par un simple acte de ma volonté; et quand je faisais le signe sans volonté , je produisais le même effet que si j'avais voulu agir; de sorte que ma volonté seule était sans action tant que je cherchais à agir sur la malade dans l'état de veille ; mais il n'en était plus de même quand elle était tombée en somnambulisme ou en paralysie ; car alors ma volonté seule suffisait pour la faire revenir. Ce dernier résultat , il faut l'avouer, n'était pourtant pas aussi net que le premier ; car, comme pour éviter les accidens qui auraient pu en résulter (i) , on ne laissait jamais la somnambule plus de trois ou quatre minutes sans connaissance. Il était difficile , en

(i) Elle avait annoncé que si on la laissait plus de sent ou huit minutes dans cet état, on ne pourrait plus la faire revenir , et qu'elle mourrait.

si peu de temps , de faire quelque expérience concluante; et il l'était d'autant plus, que de quelque manière qu'on s'y prît, il fallait toujours près d'une minute pour la faire revenir à elle, de sorte qu'il aurait été même impossible de s'assurer positivement de l'effet du geste qu'on employait, si Je tressaillement qu'il occasionnait à chaque fois qu'on le faisait n'avait pas fourni une preuve certaine de son action. Cette action dépendait d'autre chose que de l'effet qu'aurait pu produire le mouvement sur les sens engourdis de la malade , et voici comment je le constatai. Je me plaçai dans un endroit de la chambre , où j'étais masqué par un coin de la cheminée; je répétai sept fois (i) le geste ordinaire pendant qu'elle était sans connaissance , et sept fois elle éprouva au même instant les secousses que ce geste avait coutume de produire, ensuite elle revint tout à fait à elle. D'après ce qu'on me rapporta , les secousses avaient été en même nombre que mes gestes; elles avaient eu lieu au moment où je les faisais , et le réveil était survenu progressivement, comme quand je me plaçais auprès

(i) Quand je faisais le geste auprès de la malade, elle revenait ordinairement au troisième ou quatrième*

( 25a ) d'elle^ en un mot , rien ne manque à cette observation. Je regrette seulement que les circonstances qui me forcèrent de quitter la ville qu'habitait la malade, m'aient empêché d'en faire de nouvelles.

D'autres expériences mettent eu évidence la réalité de cette influence de la volonté. Il paraît même que ce phénomène a été le premier de ceux qu'a observés M. dePuységur, lorsque le somnambulisme s'est présenté à lui. On peut voir, dans la lettre très-curieuse qu'il écrit, encore dans rétonnement où l'avait mis ce qu'il venait de voir, que ce qui le frappa le plus, ce fut la faculté qu'il avait de diriger à volonté les pensées de son malade sur tel ou tel sujet . « Je le forçais y dit-il , de se donner beaucoup de mouvement sur une chaise , comme pour danser sur un air qu'en chantant mentalement je lui faisais répéter tout haut. » On trouve des exemples semblables dans toutes les observations magnétiques. C'est surtout dans l'histoire des premiers traitemens qui suivirent la découverte du somnambulisme, qu'on en a rendu compte de la manière la plus détaillée, parce que ce phénomène étant presque le seul qui fût connu, attirait l'attention d'une manière particulière; aussi est-ce de lui que

( 253 ) parle principalement Fournier, dans son Traité intitulé Essai sur les probabilités du somnambulisme magnétique. Il y dit, page 4$ , avoir « vu un somnambule auquel il ordonna de prendre un chapeau qui était sur une table, au milieu d'un cabinet, et d'aller le poser sur la tête d'une personne de la compagnie. Je n'exprimai point, ajoute-t-il, cette volonté en parlant , mais seulement avec un signe qui traçait la ligne que je lui donnais à parcourir, et qui venait aboutir au chapeau. Le somnambule, qui avait les yeux couverts d'un bandeau, se lève de sa chaise , suit la direction indiquée par mon doigt, s'avance vers la table, et prend le chapeau au milieu de plusieurs autres objets qui se trouvaient sur la même table... et va le placer sur la tête de lu personne indiquée. »

Je n'ai jamais eu de somnambules aussi mobiles sous l'influence de la volonté , et l'observation que j'ai citée est la plus concluante de celles qui me sont propres sur ce sujet. On a vu que ma volonté non exprimée (1) avait une

(1) Quand je me bornais à vouloir, sans faire aucun signe, l'action était beaucoup moins constante que quand je joignais un signe extérieur à la volonté mentale. Je dirai bientôt à quelle cause je pense qu'on doit attribuer cette circonstance.

( M ) véritable action sur la malade dans l'état de paralysie, et n'en avait aucune qui fût sensible instantanément dans l'état de veille.

Il y a pourtant des personnes magnétisées qui, même dans l'état de veille, paraissent soumises à la volonté de leur magnétiseur (i) : c'est ce que j'ai souvent eu occasion de remarquer sur deux malades qui faisaient le sujet des expériences que je vais rapporter (2).

Un seul geste , toujours le même ( celui qui consistait à porter rapidement la main de haut en bas devant elles) , suffisait pour produire la paralysie d'un membre^de tout le corps, ou la perte totale d'un des sens; non seulement on pouvait empêcher à volonté une des somnambules dont je parle , de voir , d'entendre , de goûter , de flairer; mais encore on pouvait la faire voir, entendre, goûter à volonté des objets différens de ceux qui étaient présens. Ainsi, en lui présentant un œillet , on pouvait

(1) Je n'ai jamais vu de pareils effets que sur des personnes que depuis long-temps on faisait tomber en somnambulisme au moyen des procédés magnétiques.

(2) Les expériences que je vais citer étaient faites sur madame Chevalier, dont j'ai déjà plusieurs fois parlé, et sur mademoiselle Salle.

( 255 ) lui faire vcrir une rose , ou faire que du tabae quelle prenait eût telle odeur désignée ; que tel mets eût tel goût, etc. J'ai vu plusieurs fois de pareilles expériences , et elles m'ont constamment présenté les mêmes résultats ; tou* jours une réussite infaillible , quand les malades savaient ce qu'on voulait produire , et des effets très-douteux quand ils l'ignoraient. Il faut ajouter que le geste vu , produisait toujours un effet quelconque, mais que cet effet ne correspondait que rarement à la volonté qu'on avait eue. Ainsi , quelquefois la malade devenait aveugle quand on avait voulu la rendre muette, ou perdait le sens de l'odorat quand on voulait la priver de l'usage des jeux (i).

(i) On imagine bien que je ne me contentais pas du témoignage de la somnambule relativement à la perte des sens, et que je faisais les expériences nécessaires pour constater la vérité des faits. Un jour, pour m'assurer si elle était réellement aveugle , j'approchai une chandelle allumée si près de ses yeux ouverts, que par mégarde je brûlai légèrement les cils. Elle ne témoigna aucune sensibilité. Souvent , pour éprouver si effectivement elle avait perdu l'odorat , j'ai tenu pendant une demi-minute un flacon d'ammoniac sous son nez, Je m'assurai que pendant ce temps- là elle respirait, et elle n'en paraissait nullement incommodée. Dans tout autre temps, si j'avais débouché un flacon d'ammoniac auprès d'elle , elle n'en aurait pas supporté l'impression une seconde.

Si on se bornait à vouloir , sans prononcer une parole , ou sans faire le signe connu des malades , on n'obtenait aucun effet. Ce qui prouve assez, suivant moi, que dans l'état de veille l'imagination seule produisait tous les effets qu'on attribuait à la volonté du magnétiseur. Au reste, il est très-important de remarquer que la persuasion où était la somnambule du pouvoir du magnétiseur , pouvait produire sur elle un effet que sa volonté à elle n'aurait pu déterminer. C'est ainsi qu'une vive frayeur produit un tremblement, la sueur, la diarrhée, et mille autres effets que ne pourrait produire non plus la volonté de celui qui les éprouve. Souvent la volonté imprimée dans le somnambulisme , paraît avoir de l'action jusque dans l'état de veille. Ainsi , j'ai vu la personne qui magnétisait les somnambules dont je parle, leur dire, quand elles étaient endormies : je veux que vous ne voyez en vous éveillant aucune des personnes qui se trouveront dans la chambre, mais que vous croyez voir telle ou telle personne qu'elle désignait et qui souvent n'était pas présente (i). La malade ouvrait les

(i) Ces expériences, semblables à celles que l'abbé Faria a souvent répétées à Paris , étaient faites à Rennes par une personne qui n'avait pas eu connaissance de ces dernières .

yeux, et sans paraître voir aucune des personnes qui l'entouraient, adressait la parole à celle qu'elle croyait voir. Cette expérience aurait été insignifiante pour moi, si je n'avais pas été sûr de la moralité de ceux qui la faisaient.

Quelquefois on faisait voira la somnambule des personnes absentes , ou mortes depuis longtemps. Quand elle ouvrait les yeux, voyant devant elle un spectre ou un fantôme, elle en était vivement émue, et il en résultait quelquefois des scènes qui auraient pu altérer sa santé.

11 serait dangereux de répéter souvent de pareilles expériences. J'avertis les magnétiseurs qui seraient tentés d'en faire de semblables , qu'il peut en résulter de graves inconvéniens pour le malade. Elles peuvent nuire tout à la fois à sa santé et à son intelligence ; elles déterminent presque toujours un trouble momentané dans les facultés intellectuelles, des migraines, des étourdissemens. Les magnétiseurs se plaisent trop souvent à faire de semblables essais pour convaincre les incrédules, mais ils manquent tout à fait leur bat; car la croyance ne peut pas commencer par des faits si étran* ges; on supposera plutôt adresse, connivence,

fourberie....; et ceux qui auront tenté ces expériences, n'auront fait que jeter de la défaveur sur le somnambulisme, en assimilant les phénomènes qu'il présente, aux tours d'adresse dont nous sommes tous les jours té* moins sur le théâtre.

Dans l'dbéissance du somnambule à la volonté de son magnétiseur, il faut donc soigneusement distinguer les cas où le magnétisé a été prévenu d'avance de l'effet qu'on voulait produire sur lui; car alors tout le monde sent qu'il sera plus naturel d'attribuer l'effet à l'imagination de celui qui l'éprouve qu'à la volonté étrangère de celui qui le commande. Ainsi, quand le magnétiseur dit à un somnambule , en lui donnant de l'eau, qu'il veut que cette eau lui paraisse avoir le goût d'eau-de-vie, si le somnambule en la goûtant s'écrie qu'il lui trouve en effet ce goût, n'est-il pas naturel d'attribuer cet effet à la persuasion où il est d'avance qu'elle doit l'avoir? Mais si le malade, en buvant une certaine quantité de cette pré^ tendue eau-de-vie, en éprouve les effets que produirait la liqueur même , pourra-t-on dire encore que ce soit chez lui l'effet de l'imagination? Sans doute il paraît bien singulier de prétendre que l'imagination d'un homme qui se

persuade qu'il boit de l'eau-de-vie puisse suffire pour l'enivrer ; mais enfin s'il était vrai qu'il pût ainsi s'enivrer en buvant de l'eau ordinaire , il serait plus raisonnable d'attribuer cet effet à la disposition dans laquelle il se trouverait, que d'en chercher la cause dans la volonté de son magnétiseur. On peut donc dire qu'il n'y a pas de doute à ce sujet, toutes les fois qu'on prévient le malade de l'effet qu'on veut produire en lui.

Mais , dira-t-on , quand on ne prononce pas une parole , quand on se borne à vouloir, par exemple , qu'un somnambule assis se lève , et prenne sur une table un livre pour le porter sur la cheminée , si on n'a manifesté celte volonté par aucun acte sensible , et que le somnambule obéisse, que s'est-il passé en lui? Faut-il croire que ses membres aient été mus directement par la volonté du magnétiseur qui a agi sur eux, comme il l'aurait fait sur son propre corps? ou bien faut-il imaginer que la pensée du magnétiseur ait été réfléchie dans la tête du magnétisé, qui alors y aurait obéi parce qu'il aurait voulu s'y conformer?

Je pense que la seconde opinion doit être adoptée, et il me paraît impossible de s'arrêter à la première; car, outre que les magnétiseurs

même se réunissent pour dire que le somnambule qui obéit pourrait ne pas le faire s'il lui répugnait d'exécuter l'ordre qu'on lui donne (ce qui nécessite que la volonté n'agisse pas directement), il est consigné dans toutes les observations semblables, que celui à qui on commande ainsi quelque chose , connaît ce qu'on lui commande, et que presque toujours même il l'annonce d'avance. On voit encore que souvent il n'obéit pas dans l'instant, mais qu'il fait diverses choses plus ou moins éloignées de celle qu'on lui prescrit, jusqu'à ce qu'enfin il vienne à faire positivement ce qu'on exige de lui. Or, cette conduite est bien celle d'un homme qui a besoin de savoir ce qu'on lui commande, pour l'exécuter ensuite en vertu de sa propre volonté. Si c'était la volonté du magnétiseur qui agît directement , ou elle ne produirait rien, ou elle produirait l'effet désiré; et celui qui exécuterait le mouvement ne saurait ce qu'il ferait qu'après qu'il l'aurait exécuté. On peut dire la même chose de tous les autres exemples cités. Quand un malade est éveillé par l'action directe d'une volonté étrangère , il n'ignore pas que c'est cette volonté qui l'éveille; et presque toutes les fois que j'ai été témoin de cette expérience , j'ai vu le

somnambule dire au magnétiseur : «Àh! vous voulez que je m'éveille; » ou bien faire voir par un signe de consentement, qu'il comprenait sa volonté. Il en est de même de tous les effets analogues quels qu'ils soient; et, suivant moi , l'influence d'une volonté étrangère non exprimée sur un somnambule, suppose toujours en lui l'existence d'une autre faculté trèsimportante, celle de la communication directe des pensées. Pour établir sa réalité, il faut que j'en cite ici quelques exemples; presque tous les suivans ont été fournis par des somnambules extatiques. La communication des pensées se présentait en effet chez eux beaucoup plus fréquemment que chez ceux des autres espèces, ce qui tient, suivant moi, à ce que l'état d'exaltation morale dans lequel ils se trouvaient ne pouvait avoir lieu sans une augmentation considérable de sensibilité du cerveau, augmentation qui favorise, entre le cerveau du somnambule et celui des assistans, une communication sympathique semblable à celle en vertu de laquelle il ressent, dans les autres parties de son corps, les douleurs qu'éprouvent les personnes qui sont en rapport avec lui.

Comme je n'ai jamais été à même de vérifier

suffisamment par moi-même la faculté dont il s'agit , et que je me trouve forcé d'avoir recours à des témoignages étrangers , j'en ai rassemblé ici un grand nombre, pour que le lecteur pût fixer son opinion d'après eux.

On trouve des faits de communication directe des pensées, consignés et constatés par des informations juridiques, dans tous les procès de magie, et je me contenterai de rapporter une partie de ceux que présente la possession des religieuses de Loudun.

L'un des exorcistes récapitulant les preuves de la possession , commence par celles qui se rattachent à la faculté dont il s'agit. Je copie textuellement le chapitre II.

« Première preuve de la possession des religieuses Urselines de Loudun; elles disaient les pensées les plus secrètes.

* Je n'eus pas plutôt commencé le premier exorcisme , que je fus entièrement convaincu que les religieuses étaient possédées des démons ; car parlant à la mère prieure du grand bien que l'on goûte dans l'oraison et de l'union avec Dieu, au même moment (i) le diable se

(i) Il faut, pour être à portée de juger convenablement

( 263 ) présenta pour m'inlerrompre, et me demanda pourquoi j'avais laissé à Marennes tant de bonnes âmes que je cultivais, pour me venir amusera Loudun avec de petites folles; et ensuite il me dit plusieurs particularités secrètes de ces personnes de Marennes , dont la mère prieure n'avait aucune connaissance. Sur cela je tirai une lettre que m'avait écrite celle qui , en partant de Marennes, m'avait dit que noue Seigneur lui avait fait connaître que j'aurais bien à souffrir dans cet emploi. Montrant donc cette lettre au démon, il dit : Voilà une lettre de ta dévote. Quœ nam Ma est ? Quelle estelle? répondis-je. Ta Magdeleine , dit-il. Je lui dis : Die proprium nomen ( dis son nom propre). Il entra en furie , et dit ta Bonnet : c'est

de ce qu'on lit dans les histoires de possession, savoir que toutes les fois que les prétendues possédées tombaient en crise ; on attribuait au diable , qu'on croyait parler par leur bouche , tout ce qu'ils disaient dans cet état ; de sorte que quand ici l'exorciste dit que le diable se présenta subitement pour i interrompre, il faut entendre que la religieuse étant subitement tombée en crise , lui dit tout ce qu'il attribue au diable. Au reste , les possédés prêtaient eux-mêmes à l'illusion , eu répondant comme s'ils avaient été le diable lui-même , et en conservant , pendant tout le tempi qu'ils étaient en crise, les manières et le caractère qu'ils attribuaient à cet esprit malfaiteur.

( 264 ) que cette fille s'appelait Magdelcine Bonnet. Elle alla depuis demeurer à Bordeaux , et y mourut en odeur de sainteté , étant estimée de tout le monde , et comme une personne qui avait beaucoup souffert pour Dieu, qui lui avait fait beaucoup de grâces et en particulier celle du don de prophétie.

« Dans cette première entrevue, le démon me dit tant de choses secrètes qui s'étaient pas^ sées à Marennes , et dont il n'y avait aucune apparence que cette religieuse eût connaissance , que je n'eus pas le moindre doute que cette déclaration ne fût du démon.

« Le lendemain , il se trouva à l'exorcisme un homme qui me témoigna désirer voir si le démon connaissait nos pensées. Je lui dis de faire un commandement dans son cœur; et après qu'il l'eut fait , je pressai le démon de faire ce que cet homme lui avait commandé. Après en avoir fait quelque refus , il alla prendre sur l'autel le carton où est l'évangile de saint Jean , et cet homme assura qu'il avait commandé en son cœur au démon de montrer le dernier évangile qui avait été dit à la messe.

« Peu après Më' de Nîmes étant à l'exorcisme , me pria de faure un commandement

( 265 ) au démon , dans un latin un peu difficile, pouf voir si le démon y répondrait. Je le fis; et peu après le démon exécuta de point en point ce qui lui avait été commandé. Msr de ±STîmes fit aussi un commandement au démon, et il obéit.

« Un de nos pères voulant éprouver s'il était vrai que les démons connussent nos pensées, fit un commandement intérieur au démon, qui était en faction, et puis il lui en fit un autre; enfin , dans l'espace d'un instant , il fit cinq ou six commandemens , et les révoquant les uns après les autres , il tourmentait ce démon en disant : Obediat ad mentem (qu'il obéisse à ma pensée). Le démon répéta tout haut tous les commandemens que ce père lui avait faits. Il commença par le premier, et puis il dit : Mais monsieur ne veut pas. Etant au septième, il dit : INous verrons si nous ferons celui-ci où il s'est enfin ûxé.

« Quand il pleurait, le démon, par une sotte extravagance, menait la mère prieure sous une gouttière. Comme je savais que c'était sa coutume, je lui faisais mentalement un commandement de me l'amener. Aussitôt elle venait, et me disait : Que veux-tu? Il fallait qu'il eut connu ma pensée, quoiqu'il fût éloigné de moi et hors de ma vue corporelle.

« 11 vint un jour à Loudun quantité de noblesse pour voir les exorcismes; et les laquais étant venus au parloir, où il y avait une séculiaire pensionnaire et aussi possédée, ces laquais, pour se divertir, la prièrent de leur dire leurs pensées. Elle leur dit qu'il fallait donc lui donner quelque chose. Ils lui donnèrent des dragées, et toute l'après-dîner elle leur dit leurs pensées. Il n'y en eut pas un qui n'avouât quelle lui avait dit son secret. Je ne veux pas donner davantage de preuves que les démons connaissent nos pensées les plus secrètes , quoiqu'il ne se soit guère passé de jour , tandis que j'ai été à Loudun , que je n'en aie eu de semblables qui m'ont entièrement convaincu que nous n'avons presque rien de caché au démon , quoique plusieurs théologiens soutiennent le contraire; mais depuis que j'ai cette expérience , je ne saurais être de leur sentiment. »

Voilà des faits dont la plupart sont constatés dans des procès -verbaux et autres pièces juridiques; et, comme je l'ai dit, on en retrouve -d'absolu nient semblables dans toutes les histoires de possession.

On trouve dans le Théâtre sacré des Cevenues y pages 58, 45, «ne déposition de Jeaa

( *67 ) Cavalier, faisant le récit de ce qui lui arriva dans la première assemblée de Camisards , où il se rendit n'étant encore âgé que de quinze à seize ans. Il y voit deux petits garçons qui tombent en crise, et découvrent positivement tout ce qui se passe en lui désignant jusqu'aux moindres mouvemens qu'il éprouvait.

(Pages 46,47 -)On trouve plusieurs exemples plus positifs encore. Un crisiaque s'écrie, en s'adressant la parole à lui-même , suivant l'usage de ces gens-là, qui attribuaient leurs jugemens latens au Saint-Esprit :

« Je te déclare , mon enfant, qu'il y a dans celte maison un homme qui a vendu mon serviteur pour une somme d'argent (il nomma 5oo liv. ou 5ooécus). Il a mangé à la même table que lui; mais je te dis que ce traître sera reconnu, et qu'il sera convaincu de son crime. Je te dis qu'il a le dessein présentement de jeter le poison qu'il a caché sur lui, ou de le mettre dans les habits de quelqu'un de la compagnie; mais je permettrai qu'il soit reconnu et nommé par son nom. »

Sur cette déclaration, on fait des perquisitions; on commence à fouiller quelques personnes; mais bientôt le crisiaque s'adressant directement au coupable, lui dit : « Ne sais-tu

( 268 ) pas, misérable, que je connais toutes choses, que je sonde le cœur et les reins, et que les plus secrètes pensées me sont découvertes? JN'appréhendes-tu pas mes jugemens terribles? Oserais-tu nier le complot que tu as fait avec les ennemis de mon peuple? Confesse, maiheureux , confesse ton crime. »

L'accusé voulut nier; mais le crisiaque, dans un redoublement d'inspiration, déclara positivement que le poison était dans la tabatière et dans la manche du justaucorps de celui qu'il tenait, de sorte qu'il fut pleinement convaincu... « J'étais présent, ajoute celui qui fait la description , et j'ai vu tout cela. »

(Pages 5i , 54). Un autre crisiaque découvre, au milieu d'une assemblée de quatre à cinq cenls protestans , deux hommes qui étaient venus pour espionner et découvrir le lieu de l'assemblée ; il déclare que l'esprit les lut montre, et s'approche de l'un d'eux pour le saisir, pendantque celui-ci, déconcerté, cherche à nier. L'autre coupable, frappé de terreur, s'approche du chef, se jette à ses pieds et confesse sa faute; l'autre en fait autant , et tous deux dirent que c'était leur extrême pauvreté qui les avait fait succomber à la tentation. 11 deviendrait fatigant de citer d'autres

( *êg )

exemples semblables ; on en trouverait un grand nombre dans le même ouvrage ; mais je veux faire voir que les convulsionnaires de saint Médard ont présenté le même phénomène. Je ne citerai pas d'exemples particuliers, mais je vais rapporter seulement deux passages qui montreront que les partisans du diacre Paris , appuyaient leurs prétentions sur les mêmes miracles que les prophètes protestans.

Voici comment s'explique M. Poncet, dans sa Réponse à l'auteur des nouvelles observations, en parlant de la découverte du secret des cœurs, parmi les convulsionnaires de saint Médard.

« Vous auriez bien moins de difficulté si vous aviez été témoin des faits. Si étant chez un convulsionnaire il vous eût dit les pensées les plus secrètes de votre cœur ; s'il vous eût averti d'une faute considérable où vous seriez tombé; s'il vous eût marqué une occasion précise où vous auriez manqué de prendre le meilleur parti, celui que votre cœur vous indiquait , pour lui en préférer un qui convenait moins, mais qui était mieux de votre goût; s'il vous eût prescrit d'y revenir, et que votre conscience vous eût répondu intérieurement que le convulsionnaire avait raison; si , dis-je,

( 27° ) ce fait qui est arrivé, ainsi que plusieurs autres aussi circonstanciés, était arrivé à vous-même^ vous en seriez resté bien étonné, vous en auriez été renversé , et vous n'auriez pu vous empêcher de reconnaître qu'un pareil avertissement venait de Dieu , et était l'effet d'une grande miséricorde sur vous.

« L'ecclésiastique de province atteste aussi qu'il y a des exemples sans nombre que plusieurs convulsionnaires découvrent les secrets des cœurs dans le plus grand détail , dire par exemple à quelqu'un : dans ce temps déterminé de votre vie , vous avez fait telle chose... dire à quelqu'un : actuellement vous avez une pensée d'orgueil ; à un autre, vous avez dit telle chose avant de venir ici. »

On lit encore sur le même sujet ( Coupd'œil, page 8), que dans plusieurs convulsionnaires , le surnaturel et le divin se manifestent par des signes indubitables; ces signes sont plusieurs prédictions justifiées par l'événement (i) , V intérieur des consciences manifesté plusieurs fois.

(i) Il est très-possible que la prévision, qui appartient aux somnambules magnétiques , se présentant chez des crisiaques qu'on regardait comme inspirés , ait souvent fait croire

Madame Guy on , si connue par l'admiration qu'avait pour elle Fénélon , dit dans l'histoire de sa vie , qu'elle avait aussi la faculté de communiquer ses pensées au père Lacombe , son confesseur , sans proférer une seule parole : voici comment elle s'exprime à ce sujet (p. 40) :

« Ce fut enfin dans cette maladie, monseigneur , que vous m'apprîtes qu'il y avait une autre manière de converser avec les créatures qui sont toutes à vous, que la parole.... J'appris alors un langage qui m'avait été inconnu jusque la. Je m'aperçus peu à peu que lorsqu'on faisait entrer le père Lacombe ou pour me confesser ou pour me communier , je ne pouvais plus lui parler , et qu'il se faisait à son égard dans mon fond , le même silence qui se faisait à l'égard de Dieu. Je compris que Dieu me voulait apprendre que les hommes pouvaient dès cette vie apprendre le langage des anges. Peu à peu je fus réduite à ne lui parler qu'en silence. Ce fut là que nous nous entendions en Dieu d'une manière ineffable et toute divine -, nos cœurs se communiquaient une

au don de prophétie chez eux ; car on n'aura pas fait de différence entre prédire une crise de maladie , et prédire tout autre événement.

( 272 ) grâce qui ne se peut dire; ce fut un pays tout nouveau pour moi... {page i/p). Pour moi, lorsque je me sers de la parole et de la plume avec les âmes, je ne le fais qu'à cause de leur faiblesse, et parce que ou ils ne sont pas assez purs pour les communications intimes , ou il faut encore user de condescendance , ou pour régler les choses du dehors »

Il me semble qu'au milieu de son langage mystique, ce qu'on peut démêler de clair, c'est qu'elle dit qu'elle avait la faculté de parler à son confesseur, et d'entendre ses exhortations sans prononcer une seule parole. On peut remarquer que madame Guyon était catholique, mais qu'elle faisait profession de la religion dominante, et devait avoir en horreur et les proteslans et les convulsionnaires jansénistes.

Quand on voit des faits parfaitement semblables se présenter à des époques si différentes, et être attestés par des hommes d'opinions si opposées, on ne peut s'arrêter à l'idée que le hasard seul les ail fait se rencontrer ; car il faut bien noter que les hommes qui ont rendu les différens témoignages que nous avons indiqués , n'avaient probablement pas connaissance des faits précédons , et certainement n®

( vfi ) cherchaient pas à s'imiter les uns les autres, Les prophètes des Cévennes ne cherchaient pas sans doute à imiter les possédés , ni les convulsionnaires de saint Médard à présenter des ressemblances avec les défenseurs de la religion protestante, nimadameGuyonavecles partisans d'une secte qu elle regardait comme une hérésie ; enfin les magnétiseurs sont bien loin de se soucier qu'on compare leurs somnambules aux convulsionnaires ou aux possédés ; l'accord qui se trouve entre les faits est un problême dont on ne peut trouver la solution qu'en admettant qu'ils étaient vrais, et produits par un même çtat insolite de l'organisa ti on.

C'est ici le lieu de parler d'une faculté qu'on ne peut séparer de la précédente. On attribue à certains crisiaques qui passaient pour inspirés ou pour possédés, la faculté de comprendre des langues dont ils n'avaient aucune connaissance antérieure. Or, il est évident que cette intelligence doit être le résultat nécessaire de la communication directe des pensées* et que celui qui peut connaître les pensées , même quand on ne les représente par aucun signe, pourra à plus forte raison les comprendre quand on se servira de paroles pour les

exprimer; aussi a-t»on toujours. vu les crisiaques qui présentaient l'une de ces facultés 9 avoir en même temps des prétentions à l'autre; et les faits que nous allons citer peuvent, jusqu'à un certain point , être considérés comme venant à l'appui des précédens; ils sont d'ail^ leurs puisés aux mêmes sources (i). Les sutvans sont extraits de la Dêmonomanie de houdun.

« M. Launay de Razillé , qui avait demeuré en Amérique , attesta que dans un voyage qu'il

(i) Il ne faut pas compter au nombre des faits qu'on peut citer en faveur de la communication directe des pensées chez les religieuses de Loudun, l'intelligence de quelques phrases courtes et composées de mots très-connus. Une pareille intelligence peut être rapportée , comme nous l'avons dit plus haut , au développement extraordinaire de la mémoire, qui rappelait vivement à leur esprit la signification de plusieurs mots dont elles n'avaient plus connaissance dans l'état de veille ; ce qui prouve qu'il en était ainsi , c'est qu'elles prononçaient elles - mêmes quelques mots de latin , et elles ne pouvaient faire usage de ces mots qu'autant qu'elles en connaissaient la signification. Mais' toutes les fois qu'il arrive qu'un crisiaque entend une langue qu'il n'est pas capable de parler, comme on ne peut pas supposer qu'il puisse avoir connaissance de la signification de signes purement conventionnels, il faut bien alors admettre qu'il acquiert directement la connaissance des pensées.

avait fait à Loudun , il avait parlé aux religieuses le langage de certains sauvages de ce pays-là, et quelles lui répondirent fort pertinemment.

« Le sieur de Nîmes, docteur de Sorbonne, ayant interrogé en grec et en allemand , eut satisfaction en Tune et l'autre langue.

« M. l'évêque de Nismes commanda en grec à la sœur Claire de lever son voile et de baisser la grille en un endroit qu'il désigna •> elle lui obéit, et fit beaucoup d'autres choses qu'il désira d'elle , ce qui fit dire publiquement au prélat qu'il fallait être athée ou fou pour ne pas croire à la possession.

« Des médecins les interrogèrent aussi en grec sur des termes de leur science qui étaient très-difficiles , et connus seulement des savans d'entre eux, et elles les expliquèrent nettement.

« Des gentilshommes de Normandie certifièrent par écrit avoir interrogé la sœur Claire de Sazilly en turc , en espagnol et en italien , et qu'elle leur répondit fort à propos (i). »

(i) Tout cela est tiré d'un ouvrage intitulé Démonomanie de Loudun, écrit dans le temps même de la possession , et j'ai cité les preuves qui en ont été extraites telles

Voilà bien des témoignages rendus par fe* témoins oculaires , du moins cités par des écrivains contemporains de ceux dont il est question.

On trouve le fait suivant dans la déposition du curé de Golleville, témoin à décharge dans l'affaire de- Marie Bucaille (i). Le curé , en exorcisant la prétendue possédée, avait dit au diable , qu'il supposait parler par sa bouche : Eoci Satana eoc kac imagine Dei (sors, Satan y du corps de cette image de Dieu ). A quoi cette fille, qui ne savait pourtant pas la langue latine, répondit en ces termes, d'un ton fort élevé : Nous le voudrions. Et ayant, le parlant , réparti : Certe cito escihitis ( certes vous sortirez bientôt ) , elle répondit : Nous sommes trop enchaînés dans le corps de la ladre et de la pourrie ; et le déposant, continuant à lui parler d'un latin un peu plus difficile les rapporte Lamenardaye, dans Y Examen de l'histoire des diables de Loudun, page 174.

(1) Intitulé Factum pour Marie-Benoît, dite la Bucaille , appelante de la réception de la plainte et de tout ce qui a été fait contre elle par le bailly de Co~ tentin ou son lieutenant-criminel, a Valogne , ainsi que de la sentence définitive prononcée le 28 janvier J699.

( *77 ) c-ile. lui dh : Detrudam vos in profondum barotri (je vous précipiterai au fond de l'abîme), elle répondit : Nous voudrions être au fond des enfers, nous y serions mieux que dans le corps de la ladre et de la pourrie. Et continuant , le parlant leur dit : Quot estis in hoc corpusculo (combien êtes-vous dans ce petit corps)? Elle répondit : Plus que tu nas de cheveux dans la tête (i).

Je ne ferai pas un plus grand nombre de citations, quoiqu'il me fût très-facile de les accumuler, mais ce serait inutile pour le présentet tous ceux qui ont un peu étudié ces sortes de matières, pourront facilement suppléer â ce que je n'ai pas dit.

Je n'ai fait que peu d'expériences directes sur l'admission de la communication des pen-

(i) Il m'est tombé entre les mains un ouvrage écrit en io5o, par Michel Psellus, précepteur de l'empereur Michel. L'auteur, qui d'ailleurs se livre à toutes sortes de superstitions , y raconte l'histoire particulière de plusieurs possessions , et l'un des interlocuteurs dit positivement qu'un possédé lui avait annoncé une maladie dont il fut en effet affligé , et qu'une femme qui n'avait aucune connaissance de l'arménien, était devenue capable d'entendre cette langue dans l'accès de la possession.

( 276 ) sées j je vais citer celle qui me paraît la plus concluante en sa faveur.

Je voyais une somnambule magnétisée par une personne en qui j'avais la plus grande confiance, et qui me raconta de sa maladie plusieurs choses qui prouvaient incontestablement qu'elle jouissait, quoiqu'à un faible degré, de la communication des pensées et de l'intelligence des langues ; malheureusement je ne m'étais jamais trouvé présent lors de l'apparition de ces phénomènes , et j'aurais pourtant beaucoup désiré pouvoir les constater par moimême. Un jour qu'on me racontait quelque chose d'elle qui me parut très-surprenant, je voulus faire une expérience que l'état de sa santé me permettait de tenter (i). Voulant

(i) Une des choses qui rendent très-difficiles les recherches sur le somnambulisme , c'est que les expériences ne peuvent être faites que sur l'homme, et presque toujours sur l'homme malade ; or , les somnambules étant naturellement inertes , et pour ainsi dire passifs relativement aux facultés dont ils jouissent, ils ne peuvent en faire usage qu'en vertu d'un effort qui leur coûte toujours plus ou moins , et qui peut nuire à leur santé. Il y aurait de la cruauté et de l'injustice à abuser de l'espèce de pouvoir qu'un magnétiseur acquiert sur le malade somnambule ; aussi me suis-je toujours trouvé très-gêné par la circonspection dont je ne voulais pas m'é-

( 279 ) éprouver si, comme on me l'annonçait, elle «tarit capable de comprendre en somnambulisme le sens de mots qu'elle ne connaissait pus dans l'état de veille , je lui demandai si elle pouvait me dire ce que c'éuit que l'encéphale. Je parlais à une femme qui n'avait reçu aucune espèce d'instruction , et je suis bien sûr qu'elle n'avait jamais entendu prononcer le mot dont je lui demandais la signification ; et j'étais donc bien loin d'espérer obtenir une réponse satisfaisante , quand je la vis se soulever sur son lit, porter la main à son front, et tracer lentement avec son doigt une ligne circulaire autour de sa tête, la faisant partir de la racine du nés , et passer derrière la bosse occipitale. On juge que je ne fus pas peu surpris de la voir me donner d'une manière aussi précise la signification du mot sur lequel je l'interrogeais. J'admirai même l'expédient dont elle s'était servie pour me montrer qu'elle m'avait compris. De quelque manière qu'elle s'y prît , il lui aurait été impossible de me faire entendre par des paroles , ce que son geste exprima si bien et si facilement. Faut- il croire, contre

carter, et les séances que j'ai pu consacrer à des recherches de pure curiosité ont-elles été très-rares.

tonte vraisemblance , que cette femme connaissait la signification du mot encéphale? Faudrait-il attribuer au hasard le rapport qu'avait son geste avec la solution de ma question? On le peut encore moins. Faut-il donc admettre que, pendant qu'à l'occasion de la question que je venais de lui faire, je pensais à l'encéphale, elle lut dans ma pensée la signification de ce mot ? Cette supposition ne me paraîtrait pas plus admissible que les autres, et je ne m'y arrêterais sûrement pas , si cette expérience ne venait à la suite de tant d'assertions et de témoignages qui se réunissent en faveur de la même faculté.

Je n'ai rien de plus concluant à dire sur ce qui m'est personnel , relativement à îa communication directe des pensées. Je peux cependant ajouter qu'une des choses qui s'élèvent le plus dans mon esprit en faveur de ce phénomène , c'est le témoignage de la personne qui magnétisait la malade, et qui me raconta que quelques dames ayant pris la résolution de faire une chose qui devait lui être très- agréable dans l'état d'indigence où elle se trouvait, elle avait voulu le lui apprendre sans prononcer nne parole, et seulement en étendant la main \çrs le creux de son estomac. Au bout de quel*

(a8i ) ques instans sa figure prit Tair de l'attention , puis bientôt après celui de la satisfaction , et elle s'écria : « Ah ! que ces dames sont bonnes ! que je les remercie ! »

J'ai été témoin assez souvent, avant et après l'époque dont je parle, de faits à peu près semblables ; mais il n'ont pas fait tant d'impression sur moi, parcequeje ne connaissais pas aussi intimement les personnes qui faisaient l'expérience, et que je ne pouvais avoir la même certitude sur leur moralité et leur bonne foi.

Ainsi, pour me résumer, je pense qu'il est absurde de supposer que, dans aucun cas, une volonté étrangère puisse agir directement sur les organes des somnambules , et encore moins sur leurs déterminations; mais il me semble qu'un nombre de faits suffisans pour entraîner la conviction, prouvent qu'il n'est pas très-rare que les somnambules aient connaissance de la volonté ou des pensées des per^ sonnes avec lesquelles ils sont en rapport , et que cette connaissance peut les déterminer à agir, et produire sur eux les mêmes effets que si on leur avait parlé.

J'ajouterai que , comme ce phénomène résulte de la communication sympathique des,

mouvemens du cerveau de celui qui commande, le somnambule connaîtra d'autant plus facilement Tordre qu'on lui donne, qu'on raccompagnera d'un geste quelconque, qui ne pouvant se faire sans un plus grand mouvement des fibres cérébrales , favorisera la communication ; c'est ce que l'expérience confirme dans tous les cas , et ce que j'ai observé moimême. Au reste , l'opinion que j'énonce a été adoptée par plusieurs magnétiseurs.

Le comte de Lutzelbourg cherchant à s'éclairer sur ce sujet, fit l'expérience suivante. Il dit à l'oreille d'un témoin ce qu'il voulait qu'une somnambule exécutât, et demanda à la malade si sa pensée la déterminait « Je la connais répondit* elle, et j'exécute ce que vous tônlez. Vous avez voulu , sans me le dire , que je me misse sur mon séant, et j'ai obéi. »

En général, les magnétiseurs aujourd'hui me paraissent admettre avec une légèreté inconcevable, l'opinion de l'influence directe de la volonté d'un homme sur un autre homme ; je ne connais pourtant aucune idée plus facile à détruire pour quiconque voudra y réfléchir avec un peu d'attention.

D'abord il n'y a rien qui nous soit si intime que notre volonté ; elle seule constitue la

(aSS)

personnalité, le moi; et si la volonté du magnétiseur s'emparait, comme on le suppose , de la personne du somnambule , celui-ci ne serait plus qu'un automate mu par des ressorts étrangers au second corps du magnétiseur.

De plus, il est de l'essence de la volonté, non seulement de se connaître elle-même et de se manifester à l'œil de la conscience, mais encore d'avoir le sentiment de son énergie et des effets qu'elle produit. Mais quel magnétiseur a le sentiment de l'action qu'il prétend exercer sur les membres du somnambule?

Je ne sais pas au reste comment les partisans de cette influence de la volonté n'ont pas été effrayés des conséquences auxquelles elle conduit. Dans leurs idées , un somnambule aveugle, agent mu par une impulsion étrangère , prendrait un poignard et l'enfoncerait dans le sein de son propre père, sans pouvoir résister à la volonté qui le dominerait , et il n'aurait connaissance de son action que quand le crime serait consommé. Heureusement il n'en est point ainsi, et tous les faits qui ont donné lieu à l'étrange opinion que je combats, ne peuvent prouverautre chose que la communication des pensées et l'influence limitée

qu'elle peut avoir sur les déterminations du somnambule.

Influence particulière des somnambules sur leur organisation.

Parmi les facultés que les somnambules présentent, il n'en est aucune qui soit plus constante que celle qui se rattache à un pouvoir particulier qu'ils possèdent sur leur or~ ganisation, ou, pour parler plus exactement, h une certaine influence tout à fait différente de celle que nous pouvons exercer dans l'état de veille. Quelques exemples vont éclaircir ceci.

L'oubli total au réveil , quoiqu'il ne soit pas absolument constant, est une des facultés les plus communes du somnambulisme, et elle est ordinairement invariable chez ceux qui la présentent : mais si , pour des raisons quelconques , les somnambules ont la volonté de se souvenir de quelque chose , ils ne manquent jamais de se le rappeler au réveil; et ce qui est remarquable, c'est que ce souvenir se pré* sente à tous sous la même forme, il leur semble avoir rêvé ce dont ils se souviennent.

Il m'e5t arrivé de causer un assez grand

( 285 ) étonnement à une malade que je magnétisais; elle ne savait pas qu'elle était somnambule , et elle croyait seulement que l'action du magnétisme la faisait dormir. Un jour qu'elle était endormie du sommeil magnétique , je laissai entrer dans sa chambre quelques personnes de ses amies, de sorte qu il y eut bientôt un cercle assez nombreux autour d'elle. On pouvait parler librement, causer comme si elle n'avait pas été endormie , faire tout le bruit possible ; elle n'entendait absolument que moi j car je n'avais pas jugé à propos de lui faire connaître qu'il y avait des étrangers dans sa chambre.

Une dame de la compagnie chanta une romance nouvelle, on me dit que la malade, qui aimait la musique, aurait beaucoup de plaisir à l'entendre; et sur le désir qu'on m'en témoigna , je mis la personne qui chantait en rapport avec la somnambule. Aussitôt celle-ci l'entendit, et lui dit qu'elle reconnaissait sa voix. Je ne me bornai pas à cette première expérience, et j'en voulus faire une autre qui alors était nouvelle pour moi ; je demandai à la malade de se souvenir de la chanson qu'elle venait d'entendre ; elle me répondit que cela lui était possible, et qu'elle se la rappellerait à

( 286 ) son réveil. J'étais curieux de voir ce qui allait arriver ; et quand je l'eus magnétisée le temps accoutumé , je priai tout le monde de passer dans une autre chambre (i). J'éveillai la somnambule, et je lui demandai ensuite , comme j'avais coutume de le faire , si elle avait bien reposé. « Très-bien , me dit-elle ; mais c'est singulier , je ne rêve jamais quand vous m'endormez , et aujourd'hui j'ai rêvé que madame*** était ici , et qu'elle avait chanté une très-jolie romance. » Mon expérience avait parfaitement réussi , et pourtant je ne tardai pas à me repentir de l'avoir tentée; la somnambule une fois éveillée , pouvait entendre la même romance , la reconnaître pour celle de son rêve ; et cet accomplissement d'un rêve fait pendant

(i) Je prenais cette précaution, de peur que la malade, à son réveil , se trouvant entourée d'un grand nombre de personnes , ne fût troublée de l'idée d'être donnée en spectacle. D'ailleurs cette circonstance aurait pu lui faire soupçonner qu'elle parlait en dormant ; ce que je recommandais de lui cacber avec grand soin. En général , pour l'intérêt des malades , on ne saurait trop éviter tout ce qui peut exalter leur imagination , et on ne peut rien faire de mieux à cet égard , que de suivre le conseil donné par M. Deleuze , qui recommande de cacber autant que possible au malade qu'il est somnambule.

(287) le sommeil magnétique, aurait troublé sou imagination.

Pour remédier donc autant que possible à mon imprudence , je priai les parens de faire ce qu'ils pourraient pour éviter que la somnambule eût dans son état de veille aucune connaissance de cette romance.

Le lendemain , j'endormis la malade , je lui fis part de mes inquiétudes à son sujet, et je lui demandai si elle ne pourrait m'indiquer aucun moyen de prévenir le mal que je craignais. Vous n'avez qu'à vouloir , me dit-elle, que je perde, quand je serai éveillée, le souvenir de ce qui s'est passé , et je ne m'en souviendrai plus (i). Je lui dis que j'en avais la forte volonté, et elle-même me répondit qu'elle allait faire ce qu'elle pourrait pour oublier son rêve à son réveil. Bientôt après elle m'assura qu'elle était sûre de réussir, et que je pouvais être sans inquiétude. Je laissai passer un jour, en recom-

(i) La somnambule, en parlant ainsi, paraissait, comme tous les somnambules , attribuer à l'influence de la volonté du magnétiseur un pouvoir qui n'appartenait probablement qu'à elle. J'ai plusieurs fois vérifié que ma volonté n'était rien dans l'exécution de l'ordre que je lui donnais en faisant des ordres sans volonté, et auxquels elle n'obéissait pas moins.

( 28S ) mandant toujours le secret aux parens; mais quand le lendemain elle m'eut assuré , en somnambulisme, qu'elle avait tout oublié , je fis en sorte que la même personne chantât devant elle la même romance , et elle parut l'entendre pour la première fois.

Ce second phénomène, qui consistait à faire oublier à la malade une chose dont elle s'était souvenue pendant vingt-quatre heures , me paraît encore beaucoup plus étonnant que l'autre ; j'ai eu moins souvent occasion de l'observer, et les somnambules le regardaient comme beaucoup plus difficile à produire Au reste, je ne suis pas le seul qui l'aie observé , et on en trouve un exemple dans la Bibliothèque du magnétisme animal j xxne cahier, page 4& L'observation est rédigée par M. P. G. L. B. i homme de lettres très -connu, qui raconte qu'une de ses somnambules ayant fait un rêve effrayant dont le souvenir la tourmentait, et l'ayant même écrit à son réveil , il lui fit perdre, lorsqu'elle fut en somnambulisme, le souvenir de ce qu'elle avait rêvé et de ce qu'elle avait écrit. On lit dans la même observation une expérience contraire , mais qui montre également le pouvoir des somnambules sur la mémoire; car la malade voulant se souvenir

( »«9 ) d'une conversation qu'elle venait d'avoir en somnambulisme, s'en souvint en effet. Elle s'aida pour cela d'nn certain geste auquel elle attribuait de l'efficacité, mais qui n'en avait sans doute que par la persuasion où elle était; car en faisant tout autre geste, ou même en n'en faisant pas, elle serait parvenue au même résultat. Quelques personnes prétendent posséder, même dans l'état de veille, cette faculté d'oublier ce qu'ils veulent : on dit que le poëteDelille en jouissait. Privé de la vue dans les dernières années de sa vie, il composait ses ouvrages de mémoire , et faisait pourtant les corrections qu'il jugeait convenables; quand quelque chose , dans ce qu'il avait fait, lui paraissait mal , il le changeait, et perdait par un acte volontaire le souvenir de ce qui lui avait déplu.

On assure que le célèbre Bonnet de Genève jouissait également de cette faculté de rayer, pour ainsi dire, de son cerveau, par un acte particulier, les idées qu'il voulait oublier, et on prétend que c'est elle qui lui a donné le

moyen de composer de mémoire son Traité des facultés de rame.

Les somnambules peuvent avoir pendant

leur sommeil , sur leurs goûts, leurs penchans

( ^9° ) et leurs déterminations futures , une influence dont il m'est souvent arrivé de me servir dans leur intérêt.

J'avais une malade ( celle dont j'ai principalement parlé à l'article de la prévision) à qui les bains froids étaient très-utiles , mais qui avait une grande répugnance pour eux. Un jour qu'elle était endormie, je lui recommandai de ne pas manquer d'exécuter sa propre prescription à ce sujet. Le temps était assez froid , il était même pluvieux , et elle me répondit qu'endormie elle désirait beaucoup avoir le courage de les prendre , mais qu'éveillée , elle ne voudrait pas y consentir. Alors f j'avais déjà fait l'expérience précédente et plusieurs autres analogues. Enhardi par leur succès , je résolus d'en tenter encore une pareille. Vous voyez, lui dis-je , qu'il est très-avantageux pour vous que vous exécutiez ce que vous vous êtes prescrit. Eh bien ! je. veux (i) que

(i) On voit que je rais ici en avant ma volonté r et en généra! il est bon de se comporter ainsi ; car les somnambules n'agissent sur leur organisation qu'autant qu'on leur donne un motif de le faire. Alors , comme tous ceux qui sont ]a dupe de leur imagination , ils prennent le motif qu'on leur a donné pour la cause même de l'effet qu'eux-mêmes produisent.

( 29r ) quand vous serez éveillée , vous ayez le désir d'aller vous baigner. Elle me dit que ce que je demandais était bien difficile , à cause de la grande aversion qu'elle avait pour le remède en question , et qu'elle ne savait pas si , malgré les efforts qu'elle allait faire elle-même dans le même sens , ma volonté pourrait être suffisante. Quelque temps après je l'éveillai, et je sortis sans lui dire un mot, bien curieux de savoir ce qui allait arriver. Voici ce qu'on me raconta le soir même.

D'abord , elle n'avait pas plus parlé de bains qu'à son ordinaire ; mais quelques heures après, quoique le temps , loin de paraître plus favorable], fût devenu de plus en plus mauvais , elle dit, mais avec une sorte d'embarras et en hésitant comme une personne qui craint de dire une chose trop déraisonnable : C'est singulier, le temps est si mauvais , et pourtant j'ai envie d'aller prendre un bain... Tirais si je ne craignais pas de me faire mal. On fut extrêmement surpris d'une résolution si contraire à la répugnance qu'on lui connaissait, et on lui dit que j'avais averti qu'elle pouvait aller se baigner sans rien craindre du froid.

Si l'influence que les somnambules peuvent exercer sur leur organisation peut être tournée

( *92 ) a leur avantage, elie peut aussi leur devenir extrêmement funeste , et ceux qui les dirigent ne sauraient apporter trop d'attention sur ce sujet. Rien n'est si commun, comme j'ai déjà eu occasion de le dire , que de voir les malades éprouver les accidens les plus fâcheux pat suite des idées qu'ils ont eu en somnambulisme; ces faits sont en générai méconnus par les magnétiseurs , et les somnambules se trouvent souvent, à cet égard, victimes de l'ignorance de ceux qui leur donnent des soins.

J'ai vu souvent, surtout dans le cours de certaines maladies nerveuses, les somnambules éprouver une suite d'accidens journaliers dont ils n'avaient jamais eu à se plaindre avant d'être magnétisés. On trouve , dans la Bibliothèque du magnétisme animal , l'histoire d'une malade , mère de six enfans , assez jeune encore, et qui n'avait jamais eu que des couches heureuses -, magnétisée , elle tomba en somnambulisme , et eut une fausse couche. Depuis cette époque, son imagination s'étant frappée sans doute de ce malheur , elie le redouta toutes les fois qu'elle redevint enceinte ; et dans l'espace de deux ans, elle prédit trois nouvelles fausses couches qui eurent lieu. Elle finit par succomber à sa maladie, qui nesi

( 293 ) pas assez bien décrite pour qu'on puisse ia caractériser. Je n'ai vu qu'une seule fois cette malade, et je ne pourrais dire d'une manière précise jusqu'à quel point les accidens qu'elle annonçait pouvaient être le résultat de sa maladie j mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il aurait été prudent de détourner son imagination des malheurs qu'elle craignait, au lieu de la confirmer dans ses tristes pressentimens, par l'importance qu'on y attachait.

On se tromperait pourtant si on croyait qu'on peut éviter un accident prédit par un somnambule , en affectant de n'ajouter aucune confiance à la faculté de prévision dont il se prétend doué. On doit fonder, dans ce cas, toutes ses espérances de succès sur la confiance qu'a le malade dans la puissance de la volonté du magnétiseur, et mettre toujours cette volonté en avant pour empêcher l'accomplissement des prédictions sinistres. Par ce moyen , on réussira souvent , comme j'ai eu le bonheur de le faire dans le cas dont je vais parler.

J'ai vu un jeune homme qui , par suite de rêves effrayans faits pendant des accès de somnambulisme essentiel , s'était persuadé qu'il mourrait dans peu de jours : il était entre les mains d'un magnétiseur qui reproduisait à

( ^4 ) volonté le somnambulisme , et qui , aussitôt que le jeune homme était endormi , employait une foule de raisonnemens pour lui persuader qu'il n'y avait rien de réel dans l'objet de ses craintes : tout cela était inutile, et les idées du crisiaque n'en paraissaient pas moins avoir la plus triste influence sur sa santé. Peu de jours avant l'époque fixée pour le moment de sa mort, il était déjà malade au lit, et donnait les plus graves inquiétudes à son magnétiseur. Celui-ci vint me trouver, me raconta ce qui était arrivé, et l'embarras dans lequel il se trouvait. Je me rendis auprès du malade, qui, éveillé , ne se doutait pas de la cause de son mal. Je le lis endormir, et alors, au lieu de raisonner avec lui , je lui parlai, avec emphase du pouvoir que je pouvais exercer au moyen du magnétisme animal , et quand je le crus suffisamment disposé , j'en vins jusqu'à lui dire , avec le ton d'une entière confiance , que je ne voulais pas quil lui arrivât rien de mal, et je lui demandai s'il ne sentait pas déjà en lui les effets de l'influence puissante de ma volonté. Ces sortes de témérités réussissent presque toujours avec les somnambules. Celleci , comme je m'y attendais , eut un plein succès. Le malade parut étonné lui - même du

( «j5 ) changeaient qui venait de se faire en lui; il se trouva mieux à son réveil , et guérit en peu de jours. Il n'avait eu connaissance, éveillé, ni de ses craintes primitives ni de la manière dont j'étais parvenu à en détruire l'effet.

J'ai vu une somnambule magnétisée par M. de Puységur , et qui lui a présenté un phénomène plus intéressant encore. Voici le fait:

Cette femme annonçait un jour à M. de Puységur , qu'elle aurait besoin de se fumiger ia tète avec la décoction d'une plante qu'elle ne put nommer , mais dont elle s'efforça de donner la description. Malgré tous ses efforts, elle ne put pourtant parvenirà l'indiquer d'une manière assez positive pour qu'on pût la reconnaître. M. de Puységur témoignant à la somnambule l'impossibilité où il était de lui procurer ce qu'elle demandait , celle-ci lui dit : « Ne soyez point inquiet; menez-moi seulement à la campagne , j'y renconircrai sûrement cette plante; et dès que je la verrai, de moi-même je la cueillerai pour m'en servir. — Mais vous ne saurez pas, quand vous serez éveillée, que cette plante peut vous faire du bien. — C'est égal , menez- moi, et je la cueillerai. Vous serez averti du moment où je la verrai, parce qu'alors j'éprouverai une grande douleur du us ma

( 396 ) cuisse malade. » (Cette femme était sujette a des douleurs assez vives qui la prenaient de temps en temps dans la cuisse droite. ) M. de Puységur éveille la malade, ne lui dit pas un mot de ce qui vient de se passer, et lui dit seulement qu'il faut pour santé qu'elle vienne faire un tour de promenade dans la campagne ; et ils montent aussitôt en voilure , accompagnés du mari, qui avait été présent à tout ce qui venait de se passer. Ils descendent tous trois à la barrière , et entrent dans la campagne , se mettant à la recherche d'une plante dont aucun d'eux n'avait l'idée. La malade (i), qui trouvait assez singulier que M. de Puységur vînt luimême l'accompagnera la promenade , lui avait fait quelques questions auxquelles il n'avait pas répondu. Ils entrent tous trois, et marchent au hasard. Bientôt la femme , qui marchait de quelques pas devant M. de Puységur et le mari , pousse un cri et se baisse. M. de Puységur , qui se doute de ce que c'est , court à elle et lui demande ce qu'elle a. Elle se plaint de sa cuisse , et dit que c'est une des douleurs auxquelles elle est sujette qui vient de la prendre. Cependant en se relevant, elle cueille une.

Çl) C'est la femme d'un porteur d'eau»

(297 ) petite fleur jaune qui se trouvait à ses pieds. M. de Puységur ne lui dit rien, et la promenade continue après ce petit incident. Au bout de quelques minutes, même douleur, même cri et même mouvement machinal pour cueillir la même plante qui se trouvait encore auprès d'elle. La même chose arriva trois ou quatre fois, et alors on lui demanda pourquoi elle avait cueilli ces fleurs qu'elle tenait a la main; elle répondit qu'elle n'en savait rien, et qu'elle les avait gardées dans sa main sans penser à ce qu'elle faisait ; interrogée sur le nom de la plante, elle dit qu'elle pourrait bien la nommer dans le patois de son pays (i), mais qu'elle ne savait pas comment on l'appelait en français. J'ai vu moi-même la piaule cueillie; c'était le souci de vigne (calandula sj h' es tris) (2).

(1) Cette femme était d'Auvergne.

(2) Je ne peux ni'empêchcr de faire ici une remarque qui m'a frappé. Cette femme, qui, sans savoir ce qu'elle faisait ni vers quel but elle tendait , reconnaissait la plante dont elle devait se servir , et la cueillait machinalement , présentaitelle un phénomène bien différent de ce que nous offre l'abeille solitaire , qui fond sur le verre qu'elle doit faire servir à la conservation de ses œufs, ou de l'oiseau qui rassemble et met à leur place les matériaux qui doivent servir à Ja construction de son nid?

On trouve un exemple remarquable des déterminations que les somnambules peuvent s'imprimer d'avance pendant leur sommeil , dans le 55e Numéro des Annales du magnétisme animal, où l'auteur de l'article raconte qu'il détermina une somnambule qu'il magnétisait à consentir à se réconcilier, en se réveillant , avec sa mère , contre laquelle elle était fortement indisposée depuis huit jours. La somnambule fit , étant éveillée, ce qu'elle s'était imprimé d'avance le dessein de faire.

Un exemple assez semblable est consigné dans les mêmes Annales du Magnétisme 3 tom. iv, pag. 272 , Rapport d'observations de M. Mouille s auoe. 11 y raconte les expériences tentées par lui sur une jeune personne qui s'étant en somnambulisme imprimé la volonté d'aller trouver son magné liseur dans une maison où elle avait quelque répugnance d'aller, se sentit possédée, au moment indiqué, du désir de se rendre dans cette maison, où elle n'était appelée par aucun motif dunt elle se rendît compte.

Des faits semblables sont extrêmement communs , et quand on veut les produire, on peut toujours le faire avec la plus grande facilité. Si vous dites à un somnambule . pendant son som-

( 299 ) meil : « Venez me trouver tel jour, à telle heure , » et qu'il consente à ce crue vous demandez, il ne sera pas même nécessaire de le faire ressouvenir de sa promesse pour qu'il l'exécute; et au moment désigné, le désir de faire ce qu'il aura voulu en somnambulisme , naîtra spontanément en lui, sans qu'il puisse se rendre compte du motif qui le pousse.

On conçoit combien il serait facile de passer de l'observation de ces facultés constantes, à des réflexions sur le penchant et les inclinations qui nous portent vers ce qui est bien et ce qui est beau, comme si, dans un état antérieur, une volonté puissante avait imprimé à notre âme les goûts qui doivent la diriger dans cette vie -, mais je pense que dans un ouvrage destiné à consigner des observations positives, il pourrait paraître déplacé de se livrer à des considérations plus propres à égarer une imagination active qu'à satisfaire une raison éclairée. Sans donc me livrer à aucun système sur l'explication des faits que j'ai rapportés, je me bornerai à indiquer un simple rapprochement qui me paraît assez naturel, et propre à montrer que, dans l'état de veille, nous jouissons d'une faculté tout à fait analogue à celle que nous venons de remarquer dans le somnambulisme.

( 3oo )

1! nous arrive tous les jours , quand nous voulons nous souvenir de quelque chose, par exemple d'emporter avec nous en sortant un objet qui nous sera utile , de lier d'avance l'idée de notre sortie delà maison avec l'idée de cet objet, de manière à ce que l'une réveille l'autre ; mais il arrive quelquefois que nous perdons le souvenir de ce que nous voulions faire, et qu'au moment de sortir, l'idée de l'objet ne nous revient pas. Toutefois nous n'avons pas tellement perdu le souvenir de notre résolution , qu'il ne nous en reste un sentiment confus qui nous arrête, et nous fait dire que nous oublions quelque chose.

Il me semble qu'il y a quelque chose de semblable à la liaison dont je viens de parler dans le phénomène que j'ai exposé. Toute la différence consiste dans l'impossibilité où e^st le somnambule de retrouver le souvenir de l'instant où il a lié primitivement l'idée de ce qu'il veut faire , avec l'idée du moment où il a voulu l'exécuter; impossibilité qui tient à la cause, quelle qu'elle soit, qui interrompt tout à coup le lil des idées au moment du réveil > on peut même dire que le phénomène dont nous parlons ne consiste que dans une exception partielle du fait général d'oubli*

( Soi )

Du développement de l'intelligence.

Presque tous les magnétiseurs parlent du somnambulisme comme d'un état dans lequel on se trouve pour ainsi dire élevé au-dessus de la condition d'homme. A les entendre, les somnambules sont des génies supérieurs , de pures intelligences ; c'est l'âme séparée du corps qui plane sur tout l'univers , c'est l'esprit dans toute sa pureté, dégagé des entraves de la matière.

Rien de plus pompeux que ce qu'écrit M. Tardy de Monlravcl sur ce sujet.

« L'âme plane comme l'aigle au haut des nues pendant le sommeil des sens extérieurs ; dominant alors sur les opérations de la matière , elle embrasse d'un vaste coup-d'œil toutes les possibilités physiques , qu'elle n'eut parcouru dans l'état de veille que successivement. »

L'expérience montre que les somnambules sont bien loin de l'état d'élévation dans lequel on pourrait les supposer d'après un pareil langage. On ne peut nier pourtant que quelques-uns ne se soient montrés, pendant leur sommeil , supérieurs , sous quelques rapports ,

('Spa ) à ce qu'on aurait pu attendre de leur intelligence dans l'état de veille ; mais ce développement de l'intelligence n'a jamais porté, que je sache , que sur quelques facultés particulières, et notamment sur la mémoire et sur l'imagination.

Les somnambules et les crisiaques dont nous avons parlé , ne sont capables ni de plus d'attention, ni de plus de réflexion , ni d'un jugement plus sain que les hommes éveillés; mais leur mémoire est notablement augmentée, et de là vient que les expressions se présentent plus rapidement à eux pour peindre leurs pensées. Il se distinguent par une élocution plus facile; ils peuvent mieux choisir le mot propre à rendre exactement leur idée; ils ont pour porter leur jugement , des matériaux plus nombreux et plus présens à leur esprit. L'imagination d'ailleurs , plus développée en eux, les fait sentir avec une force qui anime leurs discours , et leur donne de l'énergie et de la couleur , mais qui en môtne temps les égare et peut les conduire facilement à un état tout voisin de la folie. C'est ce qui résulte de l'observation des faits. On voit assez fréquemment des hommes bornés, sans instruction „ et incapables, dans leur état ordinaire , de lier

ensemble quelques phrases, se changer lout a coup en orateurs féconds, qui parlent avec une aisance, une facilité et une vivacité qui étonnent tous ceux qui en sont témoins , et leur persuade souvent qu'il y a du merveilleux dans un pareil phénomène. C'est ce qu'on est surtout porté à croire , si le crisiaque parle sur des sujets qui lui sont étrangers dans son état ordinaire.

Le phénomène dont il est question , est d'autant plus fréquent parmi les crisiaqnes, que l'état dans lequel ils se trouvent a été produit par des causes capables d'agir plus fortement sur leur imagination. On le trouve moins fréquemment , par cette raison , parmi les somnambules magnétiques que parmiles autres. On ne doit pas s'étonner de voir que le sujet des discours prononcés ainsi dans cette espèce de délire , soit toujours analogue aux causes qui l'ont produit j et il est inutile de dire que les possédés ne parlaient que du diable, des tourniens qu'il leur faisait souffrir et du pouvoir de l'Eglise sur eux; que les convulsionnaires de toute espèce ont fait des sermons tantôt protestans, tantôt jansénistes; que les somnambules ne parlent que de leur fluide et de l'influence de leurs magnétiseurs.

Je n'insisterai pas davantage sur ce point 5 parce que je ne crois pas que la réalité de l'existence du phénomène puisse faire le sujet d'une discussion. Cependant, comrncil pourrait pourtantparaître intéressant de voir rassemblées les productions de quelques-uns de ces crisiaques, je vais transcrire ici un discours d'une possédée , un d'une prophète des Cévennes, et un autre d'une convulsionnaire de saint Médard ; j'y joindrai une pièce de vers faite par un improvisateur italien devenu somnambule (i).

« Discours prononcé par la prétendue possédée qui > dans F affaire de Louis Gaufridj, découvrit la liaison qui existait entre lui et Magdeleine Mandolle (2).

« Le matin dudit jour furent exorcisées par ledit père dominicain, Louyse et Magdeleine,

(1) La comparaison que je fais ici suppose qu'on admette la réalité de la ressemblance qui existe entre l'état des somnambules et celui des différens crisiaques dont je cite ici des discours; et j'espère, dans le chapitre suivant, prouver jusqu'à l'évidence cette ressemblance que je ne fais ici qu'indiquer.

(2) On sait que le curé , après avoir avoué tout ce qu'a» vait déclaré la possédée , fut brûlé vif comme sorcier.

Cette Louise , qui fait le discours que je transcris ici , se

et au commencement de l'exorcisme, Verrêne (i) commença à parler en cette sorte :

« Malheureuse, écoute, et songe bien à ce que je te dirai maintenant. Malheureuse, je te dis que jamais au monde n'a été une plus meschante que toy. Il est vrai, meschante et malheureuse, si tu ne te convertis, jamais Caïn, jamais Judas , jamais Pilate , jamais le mauvais riche n'ont été punis comme tu seras. Louyse n'est pas une philosophe , Louyse n'est pas savante, Louyse n'a pas étudié, tu le sais bien, meschante; Louyse ne cognoist pas ton cœur; mais Dieu tout-puissant , qui sait tout et qui cognoist tout , me contraint de dire que tu as derechef écouté Belzébut avec plus d'attention, simulée, ingrate sorcière, que ton Créateur, et journellement le fais à la dérobée. Meschante et malheureuse, je t'assure qu'il est maintenant fort irrité contre toi. Il est vray que tu es ingrate et superbe , et toutefois la mère de Dieu est pour toy tousjours; tousjours elle prie

croyait possédée d'un démon forcé par Dieu à dire par sa bouche des choses édifiantes et propres à convertir les incrédules et les hérétiques.

(i) Verrine était le nom du diable qui était sensé parler par la bouche de Louise.

-f 3o6 ) pour loy. Elle dittousjours à son fils : Demain Magdeleine sera obéissante ; demain Magdeleine sera humble; demain elle sera bonne, demain elle se convertira. Cœur de pierre, cœur de marbre et de diamant y il n'y a que le sang de l'agneau qui te puisse amollir. Pense à toi , Magdeleine r et ne demeure plus obstinée, autrement c'est fait de.toy. Mille et millions de fois malheureuse , tu seras plus damnée que jamais autre , et les diables t'emporteront en corps et en âme aux enfers. Je le dis que jamais ne fut et n'arrivera ce que Dieu fait présentement pour toy. Il est vray, meschante et endurcie , Dieu par ses inspirations ne t'a> pu convertir ni par les prédications, ni par la lecture, ni par tous les anges, ni par tous ceux qui sont au ciel, ni par tant de personnes qui ont prié pour toi. Qu©i ! faut-il un diable pour te convenir? Faut-il qu'un diable te serve de médecin, d'apothicaire et de chirurgien ? C'est plus que de voir cent et cent et cent morts ressusciter. Il ne tient qu'à toy, si tu veux , que tu ne sois une autre Magdeleine , une autre Thaïs, une autre Marie égyptienne, une autre Pélagie. Magdeleine, ne résiste plus, ouvre gg sac fermé ; Dieu aura égard à ta jeunesse,, %L te pardonnera tes offenses. »

* Discours prononcé par Elle Marion, dans r état de crise, pendant lequel il croyait parler sous l'inspiration du Saint Esprit (i).

« En vérité , mon enfant , je viens payer ces villes abominables qui répandent le sang de mes enfans ; je m'en vais , au premier jour, les déiruire entièrement. Ma colère m'embrase tous les jours contre ces peuples rebelles à mes commandemens. Sache que j'ai la verge en main , et qu'elle ne s'en retirera point qu'elle n'ait frappé entièrement la terre et ses abominations. Je vengerai mes enfans, ma cause; votre sang sera vengé , mes enfans , vous sortirez de la poussière , mon peuple. Je vous élèverai sur des trônes , je mettrai ma force en Sion. Sache que j'y viens faire ma demeure éternelle dans peu de jours. C'est la forteresse de l'éternel, ton Dieu, qui doit défendre son peuple d'entre les mains du diable du monde. Les oiseaux de proie, dans peu de jours, se

(i) Élie Marion était un des prophètes des Cévennes ; et comme tous les autres crisiaques qui parurent dans le même temps que lui, il annonçait, en style figuré, le triomphe prochain de la religion réformée , et la ruine complète de l'Église catholique.

( 5o8 ) repaîtront des choses abominables (3e la terre* je m'en vais leur livrer l'impudicité du monde. Le ravage qui sera fait sur la terre par mes exécuteurs sera terrible. Sache qu'il y aura un carnage horrible. Le sang découlera de tous côtés sans que personne l'arrête. Faut que la terre s'enivre du sang impur du monde. Mes enfans, vous avez croupi sous la persécution de la terre \ voici celui qui vient vous mettre en sûreté, et qui doit vous conduire dans sa maison, mon enfant, qui sera exempte des orages et de l'insolence du diable et de ses: compagnons. La terre est montée , mon enfant, sur son plus haut degré : faut qu'elle tombe entièrement. Je m'en vais , dans peu de jours , livrer Babylone à la fureur de mon bras. Sache que les temps s'accompliront , qu'elle sera meurtrie. Heureux, je le dis , qui la meurtrira et qui répandra son sang sur la terre X Je viens la donner en proie à mes enfans , qui la déchireront entièrement. Il n'y en restera ni racine ni rameau. Faut que tout soit brûlé dans le courroux du feu de l'agneau. Sachez, mes enians , que si j'ai souffert un si long-temps que l'opprobre de mon nom ait couru si loin sur la terre , je m'en vais dans peu de jours le faire reconnaître sur toutes les nations. Courage*

( 3°9 ) lîies enfans , réjouissez-vous , voici l'agneau qui va vous introduire dans sa maison , pour n'en sortir jamais; mes enfans, sachez que que vous serez à couvert de toute insulte; luimême sera votre garde et votre rempart. Mon peuple , tu as souffert ; mais voici celui qui vient médiciner tes plaies ; qui vient remettre tes membres qui sont déjoints. Mon enfant , dans peu de jours je vais faire séparation de mon héritage d'avec celui du diable. Les hommes de la terre ont voulu les joindre, mais je viens les détruire entièrement, etc. (i). »

(i) On peut remarquer que ce discours est très -inférieur à celui des autres crisiaques pour les pensées , et pour la manière dont elles sont exprimées ; on en sentira facilement la raison quand on saura que ce prophète était un simple paysan qui, dans son état ordinaire, aurait été incapable de parler la langue française. Aussi peut-on remarquer que le discours de cet homme (que je n'ai pas cité en entier) , quoique trèslong , n'est composé que d'une suite de phrases courtes oj sans liaison, dans lesquelles il répète sans cesse la même idée exprimée à peu près dans les mêmes termes.

Le discours qu'on vient de lire , tout insipide qu'il est ,

est encore ce que j'ai pu trouver de plus supportable dans le

Théâtre sacré des Cévennes.

( 5lo )

« Discours prononcé par une des convulsionnaires de Saint-Médard > dans l'état de crise y désigné alors sous le nom de convulsion (r).

«Réjouissez-vous, Abraham, réjouissez-vousr Isaac, réjouissez-vous, Jacob. Voici le temps de l'accomplissement de vos promesses , qui vous ont été si solennellement jurées. Vous l'avez bien compris, père Abraham, qu'une petite portion de la terre ne pouvait être l'objet de la promesse d'un Dieu magnifique et tout-puissant, ni des désirs de ceux à qui le ciel ne pourrait suffire , si celui qui en est le maître ne s'y donnait lui-même. Aussi , dans cette terre figurative qui vous était promise , n'avez -vous possédé qu'un sépulcre, pour nous apprendre que toute la terre n'est en effet qu'un tombeau où sont ensevelies avec les corps toutes les vaines espérances de ceux qui n'ont aimé que le monde. Vous l'avez bien compris , hommes pleins de foi , que les ré-

(i) Pour être à portée de comprendre tout ce que dit la convulsionnaire , il faut savoir qu'elle annonçait la con.n version générale des juifs comme très-prochaine.

( 3ii ) compenses promises par un Dieu ne pouvaient se borner qu'à lui-même, et qu'il était, par conséquent , lui-même la vérité de sa promesse. Vos enfans , selon la chair, n'ont point ouvert leur cœur à ces grandes vérités , et d'autres enfans qui leur ont été substitués, et à qui le père des lumières avait d'abord révélé son secret , sont enfin devenus eux mêmes sans intelligence. Après avoir été élevés en honneur et en gloire , ils se sont dégradés , ils se sont enfin rendus semblables aux bêtes qui ne vivent que pour mourir.

« Voici le temps que vos enfans , selon la chair, vont reprendre leur place, et vont devenir vos enfans selon la promesse. Saints patriarches , associez-vous à notre joie ! mais que dis -je , ô mon Dieu ! et comment nous réjouir d'un événement qui est inséparable de la condamnation déjà portée contre nous? Oui, père Abraham , votre joie doit être la nôtre , puisque dans noire condamnation elle est notre unique ressource. »

Stances dictées à M, Baldowin % par un somnambule qu'il avait endormi'

Dell' anima Quel che serivesti oggi ïo io vedo a volo Ch' è il sisteina solo

Délia verita.

Tanto è ver cne il mond& Del tuo pensar divino Ne seguira' 1 destino 3?er Qnorarti un di

Paragone Misera filosofia Se predicesti mai Délia bell' aima i ra| %*à verità quai è

Fra l'innocente sonnp* Del magnatismo soave Quel' argomento grave Ne spieghero per tè

Non d'ateista 6 cinieo, Il mio penser non schersa- Ne l'opinion perversa, Seguiro di Ipr,...

Diro sol che l'anima E un eterna sceintilla Gran divina favilla Dell' ente suprem.

Questo gran ente è l'anima Che d'operar non cessa E la natura stessa Che si concentra insè

Felice quel filosofo Che di giustisia ornato Potra finir col fato I suoi futuri di

Allor vedrâ in quel vacuo Ove dal nullo uscio A concentrarsi in dio L'anima sua immortal.

De V appréciation du temps.

La faculté qu'ont les somnambules d'apprécier le temps avec la plus grande précision , sans avoir besoin d'employer aucun des moyens qui nous servent ordinairement à le mesurer , est une des premières que j'ai eu occasion d'observer , et elle me paraît extrêmement remarquable.

Cette faculté m'a toujours beaucoup frappé,

d'abord , parce qu'elle est si simple et si facile à vérifier, qu'on ne peut supposer ni illusion de la part de celui qui l'a observée , quand on en entendra raconter des preuves, ni supercherie de la part de celui qui la présente, quand on en est témoin soi-même. De pareilles expériences sont précieuses ; pourtant il ne paraît pas que les magnétiseurs fassent grand cas de celle-ci, et il n'est aucun d'eux qui en ait fait mention d'une manière spéciale , quoiqu'on en trouve des exemples très -fréquens dans leurs ouvrages, il est vrai qu'une expérience si simple est de nature à faire peu d'impression au milieu des brillantes merveilles du somnambulisme^ mais pourtant elle ne pourra manquer de paraître très-curieuse à celui qui la considérera avec attention.

Si l'on demande à un somnambule endormi, combien de temps il faut le laisser dans, l'état où il se trouve , ou à quelle époque il faudra lui administrer tel ou tel médicament, il indiquera un temps quelconque, une demi-heure , trois quarts d'heure , et Ton n'aura pas besoin de vérifier quand ce temps sera écoulé ; il l'indiquera lui-même avec la plus grande précision, et vous avertira à la minute. Celle circonstance doit paraître d'autant

(3,5) plus étonnante, que, soit qu'on laisse le somnambule abandonné à lui-même et privé de toute sensation extérieure, soit qu'on lui parle et qu'on l'occupe à dessein des choses qui l'intéressent le plus , il présentera toujours la même faculté.

M. Petetin avait remarqué ce phénomène, et l'avait noté d'une manière particulière. Dans le résumé des expériences qu'il conseille de faire sur les cataleptiques , on trouve celle-ci :

Quatorzième expérience. « Demandez à la malade la mesure exacte du temps qu'elle doit dormir , elle le déterminera avec précision et s'éveillera à la minute. »

On trouve au reste , dans son ouvrage , les détails des observations qui l'ont conduit à ce résultat. La faculté d'apprécier le temps existait aussi au plus haut degré chez la somnambule du baron de Strombeck. Il est vrai que pour elle , on pourrait concevoir quelque doute sur la manière dont elle s'assurait de sa durée. Car si l'on croit, avec ceux qui l'observaient , qu'elle pouvait voir l'heure que marquaient les montres qu'ils portaient sur eux, et même celle qu'indiquait une pendule placée dans un étage supérieur, on pourra bien

( 3.6 ) supposer que quand elle paraissait apprécier le temps , elle ne faisait que le reconnaître à la montre de ceux qui l'interrogeaient. Au reste , je dois ajouter pour ceux qui, reconnaissant la réalité d'un nouveau mode de vision chez les crisiaques , pourraient croire qu'ils voient toujours le temps marqué sur quelque horloge , que j'ai constaté la faculté qui nous occupe chez des somnambules absolument incapables de voir quoi que ce fût. Je ne cite aucune des expériences qui me sont propres , parce que ces expériences sont si simples, qu'il est inutile d'en indiquer les détails.

Quanta la manière dont on peut se rendre compte de la faculté dont il s'agit , ce n'est pas ici le lieu de l'indiquer ; car son explication se trouve comprise dans l'explication générale de l'état du somnambulisme; je me contente pour le moment d'annoncer que, selon moi , l'exactitude avec laquelle les somnambu^ les mesurent le temps qui s'écoule, tient à ce qu'au lieu d'en acquérir comme nous la connais» sance, au moyen des sensations extérieures toujours variables, irrégulières et intermittentes, ils en jugent d'après les sensations intérieures^ qui par leur continuité et leur uniformité, leur en donnent une mesure beaucoup plus exacte,

( 5>7 ) De l'oubli au réveil.

L'oubli qui a lieu au moment du réveil, de tout ce qui s'est passé pendant le somnambulisme , est un phénomène assez remarquable pour qu'on en fasse mention d'une manière particulière. M. Deleuze regarde même cet oubli comme le seul caractère constant du somnambulisme et comme le plus propre à faire distinguer des rêves du sommeil ordinaire, des prévisions des somnambules. Mais il ne faut pas attacher une trop grande importance à ce caractère , car nous avons reconnu que plusieurs somnambules gardaient éveillés le souvenir de ce qu'ils avaient fait en dormant, et nous avons vu d'ailleurs que quelquefois les prévisions des somnambules se mêlaient à leurs songes , défigurées à la vérité et plus ou moins méconnaissables, mais pourtant pas assez pour qu'on puisse assurer qu'il y ait une différence parfaitement tranchée entre ces deux états.

Nous ne savons pas encore bien précisément quelle modification doit arriver dans l'organe de la pensée pour produire l'interruption totale entre les idées antérieures et celles qui doivent

I 3i8 ) Suivre; mais nous savons qu'on observe souvent cette interruption dans le délire, dans la manie, et même dans les songes, où rien n'est si commun que de la remarquer. Je pense donc qu'il n'est pas nécessaire de donner des preuves particulières de ce phénomène, et qu'il suffit d'indiquer ce qu'il présente de remarquable. Il y a sur ce sujet, dans la Bibliothèque du Magnétisme , un article de M. Corbeau (i) qui me paraît très-intéressant; il s'agit d'une jeune personne de treize à quatorze ans, magnétisée par lui, et qui, outre son état de somnambulisme magnétique, tombait dans deux autres états qui avaient avec lui beaucoup de ressemblance , sans présenter pourtant toutes les facultés qui lui sont propres. Celui de ces états qui se rapprochait le plus du somnambulisme magnétique, était le somnambulisme essentiel, qui survenait à la malade pendant son sommeil naturel; l'autre état, qui était aussi produit indépendamment du magnétisme, paraissait le résultat des accès d'une maladie nerveuse. Or, quoique la mnladeeut le

(i) Les observations données par M. Corbeau paraissent en général faites avec plus de sagesse et de circonspection qu'on n'en remarque d'ordinaire parmi les magnétiseurs.

( 3«9 ) libre exercice de son intelligence dans tous ces différens états (i), elle ne se souvenait, dans son état ordinaire , de rien de ce qu'elle avait fait ou dit dans aucun d'eux; mais ce qui paraîtra étonnant , c'est que dans le somnambulisme magnétique, dominant pour ainsi dire sur tontes les espèces de vie dont elle jouissait y elle se souvenait de tout ce qui lui était arrivé, soit dans le noctambulisme , soit dans les crises nerveuses, soit dans l'état de veille. Dans le

(i) C'est une chose très-propre à démonlrer combien les meilleurs esprits peuvent prendre facilement de simples préjugés pour des vérités évidentes , que de voir Loke avancer avec assurance que notre âme ne pense point pendant notre sommeil , sans avoir d'autre motif pour adopter cette opinion que la considération du défaut total de souvenir quelconque au moment du réveil d'un sommeil profond. On n'avait pas, il est vrai , du temps de Loke , des exemples aussi communs de somnambulisme qu'on en a aujourd'hui ; mais enfin on savait qu'il y avait des somnambules qui se levaient toutes les nuits, marchaient, parlaient, et avaient mille pensées dont ils ne conservaient aucun souvenir ; et je ne conçois pas comment Loke n'a pas réfléchi qu'il pourrait bien en être de même du sommeil ordinaire , et qu'un homme pourrait être occupé toutes les nuits des idées les plus sublimes , sans en conserver aucun souvenir au réveil. Ce n'est pas que je croie qu'il en soit ainsi, mais j'ai seulement voulu faire voir combien est vaine la raison sur laquelle Loke établit son opinion.

noctambulisme , elle perdait le souvenir dit somnambulisme magnétique , et sa mémoire ne s'étendait que sur les trois états inférieurs. Dans ses crises nerveuses , elle avait de moins le souvenir du noctambulisme ; enfin , dans l'état de veille comme au plus bas degré , elle perdait la connaissance de tout ce qui s'était passé en elle dans les états supérieurs.

On peut faire bien des réflexions sur cette perte successive de la mémoire , et sur ce qui peut faire qu'il n'y a pas reproché entre les différens états, relativement au souvenir qu'on en conserve. Je dirai, quand je présenterai mes idées sur l'explication du somnambulisme, comment il peut arriver que, dans cet état , la mémoire des impressions de la vie ordinaire subsiste , et se trouve même notablement augmentée, tandis que, dans l'état de veille, on perd totalement le souvenir de tout ce qui s'est passé dans l'état de somnambulisme.

De la vue du fluide magnétique.

Il est une dernière faculté que les magnétiseurs attribuent aux somnambules artificiels : c'est celle de voir le fluide impalpable, au moyen duquel ils expliquent tous les pbéno-

îticnes qu'ils produisent. Je ne veux ici entre? dans aucune discussion sur l'existence de ce fluide; mais je crois devoir avertir que le témoignage des somnambules sur ce sujet ne peut être compté pour rien, à cause de cette vivacité d'imagination qui fait qu'ils voient comme présent tout ce qu'ils se persuadent devoir exister; et on objecterait en vain sur ce sujet la précision des témoignages des somnambules obtenus jusqu'ici . Presque tous ont en effet prétendu voir le fluide magnétique variable suivant les différens individus, ont assuré qu'ils lui voyaient une couleur différente, et ce qui semble beaucoup plus concluant encore, des somnambules différens , à des époques variables , et sans avoir eu aucune communication entre eux, ont décrit de la même manière le fluide d'un même magnétiseur. C'est ainsi que tous les somnambules de M. Tardy de Montravel voyaient son fluide sous la forme d'étincelles brillantes , dont la vue leur causait une grande joie; ils disaient tous aussi qu'ils le voyaient briller d'un éclat si vif, que leurs yeux , quoique fermés , en étaient éblouis , et qu'ils ne pouvaient le supporter ; ce concours de témoignages sur une hypothèse que d'ailleurs plusieurs considérations paraissent

rendre vraisemblable , suffirait pour la faire adopter, sans une circonstance qui détruit entièrement la conclusion qu'on serait forcé d'en tirer. Cette circonstance consiste dans la persuasion où étaient d'abord les magnétiseurs qu'ils agissaient par le moyen d'un fluide; et quand on voudrait bien croire que la plupart d'entre eux ont eu la prudence de ne pas faire partager leur opinion à leurs malades dans l'état de veille -, quand on admettrait même que le plus grand nombre d'entre les somnambules n'eût jamais entendu parler de fluide , on pourrait encore douter si, du moment où ils sont tombés en somnambulisme, la croyance de leur magnétiseur n'a pas pu agir sur eux d'une manière directe , indépendamment de toute insinuation précédente. Cette supposition paraît sans doute bien difficile à adopter; mais elle ne présentera rien d'inadmissible à celui qui réfléchira sur ce que nous avons dit quand nous avons parlé de la communication des pensées. Au reste , je vais transcrire ici une observation qui se trouve dans la Bibliothèque du Magnétisme animal (4e cahier, pag. 4 etsuiv.), et qui me paraît très-propre à montrer combien les idées des magnétiseurs peuvent avoir d'influence sur les sensations des somnam-

( 3*5 ) Imlcs. C'est M. Lamy-Senart, auteur Je la relation, qui parle :

« Désirant mettre à profit l'entretien que j'avais avec M. de Puyscgur, je le priai de vouloir bien m'expliquer pourquoi les métaux produisaient sur mes somnambules des sensations désagréables. Il m'assura que s'ils étaient si susceptibles , moi seul en étais l'auteur. Les métaux , me dit-il , lorsque les magnétiseurs le veulent , ne doivent avoir aucun empire sur les personnes magnétisées. C'est l'idée que vous avez qui les rend nuisibles. Persuadez-vous qu'ils ne peuvent produire aucun effet fâcheux , et vous verrez qu'il cessera d'avoir lieu. Plein de confiance dans les lumières de M. de Puységur , je le remerciai et le quittai , en me promettant bien de les mettre en pratique. Depuis ce moment , en effet les métaux ont cessé leur action sur mes malades (i).

(i) « Je ne saurais rapporter ici tous les effets produits par les métaux sur mes somnambules. S'il m'arrivait de laisser sur eux, par oubli ou faute de les avoir aperçus, des épingles, des boutons, des souliers avec des clous, des boucles de bretelles , etc. , etc. , ils éprouvaient des crises nerveuses, et j'étais obligé de les réveiller. Ils ne pouvaient boire dans un gobelet d'argent; je ne pouvais porter sur moi un couteau. Si, dans l'état de somnambulisme, je voulais les faire

« Le soir même, je l'ai magnétisé ( son somnambule, M. Baron). Me rappelant alorslesavis de M. de Puységur, et désirant en faire l'épreuve , j'ai fait garder à mon somnambule des souliers ferrés. A peine fut-il endormi, qu'il frotta avec impatience ses pieds contre terre. Souffrez-vous? lui demandai-je. — Non, mais je suis contrarié. J'ai eu tort de ne pas ôter mes souliers ; les clous me tourmentent. — N'y pensez pas, lui dis-je, et je vous assure qu'ils cesseront de vous incommoder. — En effet, me répond -il après cinq minutes de réflexion > je ne souffre pas ; je n'étais malade que de peur Pvendez-moi ma montre , mon argent.... C'est singulier , ces différens objets m'incommodaient, et je n'éprouve aujourd'hui aucun malaise. Il faut que j'en cherche la cause.... Ah! je l'ai trouvée , s'écrie-t-il peu de momens après : c'est que vous aviez peur

écrire, un encrier de métal leur donnait des convulsions. S'ils se posaient sur une table où l'on avait mis de l'argent , ils éprouvaient les mêmes crises ; enfin , j'étais obligé de m'assujettir à taut de précautions , que je ne pouvais éviter de les oublier quelquefois. Grâces à M. le marquis de Puységur, je suis maintenant à l'abri de ces inconvéniens. »

tjue les métaux ne me fissent du mal • vous ne les craignez plus à présent? —Je ne les crains plus.... On concevra facilement la satisfaction que j'éprouvai en entendant parler pour la première fois mon somnambule, de le voir raisonner avec tant de justesse et de précision.

« Quelques magnétiseurs se laissent encore effrayer par les crises causées à leurs somnambules par les métaux , ou autres raisons morales ou physiques; mais je puis affirmer avec M. de Puységur , qu'il dépend de la volonté du magnétiseur de les faire cesser. En voici une preuve :

« Je magnétisais un jour M. Baron : vivement ému de la manière touchante dont il me témoignait sa reconnaissance, je ne pus résister aux doux épanchemens de son cœur, ni retenir des larmes d'attendrissement. M. Baron aussitôt se met à sanglotter. Je m'en effraie un moment ; mais me rappelant aussitôt les bons conseils de M. de Puységur, je m'arme d'une volonté forte , et je vois bientôt mon malade se calmer, et ses pleurs cesser de couler. Pourquoi, dis-je, avez-vous éprouvé une émotion si vive? — C'est votre faute, me répondil; rappelez- vous à l'avenir que vous et moi ne faisons qu'un ; que vous ne pouvez rien

( 52G ) éprouver que je ne le resseute. Je vous prie donc d'être toujours ferme lorsque vous serez près de moi (i); par cela seul je serai soulagé, et le mal se dissipera. »

(i) k Voilà un autre fait qui pourrait présenter un côté plaisant , s'il n'avait failli avoir les suites les plus fâcheuses , et qui servira encore à confirmer davantage le danger , pour un magnétiseur, de se laisser aller à son imagination. Une malade que j'avais rendue somnambule lucide , fut, avec mon consentement , magnétisée par une autre personne qui l'endormit facilement ; mais ce nouveau magnétiseur croyait au diable , et ne pouvait s'empêcher d'y penser toutes les fois qu'il magnétisait. Le premier jour la malade eut un sommeil agité j le second elle vit un homme noir ; le troisième elle en vit deux avec des cornes ; le quatrième les deux hommes la menaçaient. Toute effrayée , elle le dit a son magnétiseur, qui la réveilla , et sa peur se dissipa. Le cinquième ce fut bien pis encore. Dans son sommeil elle vit ces deux homme* venir s'asseoir à côté d'elle. Frappée d'épouvante , elle se mit à crier ; ils se jetèrent sur elle ; sa peur, sa frayeur lui donnèrent des jambes ; elle se leva , ouvrit les portes , et , toujours endormie , se sauva dans la cour. Son magnétiseur courut après elle , la rattrapa , et parvint a la réveiller. Dans ce moment elle souffrait beaucoup, avait un grand poids sur la poitrine , et ne pouvait plus respirer ; son imagination était frappée ; elle passa une nuit affreuse qui a fait craindre pour ses jours.

«Pendant son traitement, M. Baron eut une vision de ce genre. Il vit un monstre près de lui , et un ange un peu plus loin. L'ange voulait s'approcher , mais le monstre l'en em~

( &»7 ) Les faits rapportés par M. Laini-Scnart nie paraissent tellement propres à faire voir combien les sensations des somnambules sont dépendantes des idées qui leur sont communiquées par le magnétiseur, que je crois inutile d'insister davantage , pour montrer combien on doit faire peu de cas de tout ce que disent les somnambules sur la vue prétendue du fluide magnétique. Et pour détruire les conséquences qu'on pourrait être tenté de tirer sur ce sujet, il suffira d'ailleurs que je dise que ceux d'entre les magnétiseurs qui ont endormi des malades avec une persuasion différente, nen ont point eu qui leur aient déclaré voir le prétendu iluide, et même que plusieurs, interrogés sur ce sujet, ont assuré qu'il ne sortait aucun fluide du magnétiseur qui agît sur eux, et qu'ils voyaient bien positivement les choses se passer de toute autre manière.

péchait. C'est un signe de malheur , s'écric-t-il. Il voulait continuer ; mais voyant qu'il était fortement ému , je lui posai le pouce sur le Iront , avec la volonté de dissiper et chasser cette idée. A l'instant même il cessa de s'en occuper. »

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