‹ Traité du somnambulisme, et des différentes modifications qu'il présenteChapitre 8 sur 13 · EXPLICATION DU SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU SOMNAMBULISME

Je crois devoir foire précéder ce que j'ai à dire sur l'explication du somnambulisme, de quelques notions physiologiques qui sont indispensables pour l'intelligence de ce qui suit.

On peut considérer l'homme physiologique comme étant continuellement modifié par trois espèces de forces différentes : d'abord, son corps, en tant qu'il est un composé de matière, est soumis aux lois générales que nous observons dans tout ce qu'il y a de matériel dans le monde. Abandonné à lui-même , il tombera comme la pierre ou le métal qui cesse d'être soutenu; il est doué de l'élasticité, de dureté, d'impénétrabilité ; il est susceptible de devenir électrique comme les corps privés de la vie ; toutes ces propriétés, comme je l'ai dit, existent en lui , mais elles ne sont pas les seules qu'on y puisse remarquer.

Noos vivons : chaque partie de notre corps est détruite et régénérée sous l'influence des forces vitales communes à tous les êtres organisés ; ce sont elles qui président à toutes les fonctions nutritives et génératrices, aux absorptions , aux sécrétions et à tous les phénomènes qui se passent continuellement en nous, et qui forment notre corps, le réparent et l'entretiennent sans que nous ayons la conscience de notre existence.

Le corps humain n'est pas seulement soumis aux propriétés générales qui régissent tout ce qu'il y a de matériel dans le monde; sa vie ne consiste pas uniquement dans l'ensemble des forces nutritives qui lui sont communes avec les végétaux; il existe encore en lui un autre ordre de propriétés qui le mettent en rapport avec le monde extérieur, et qui lui permettent de communiquer avec ses semblables. Ce second ordre de propriétés vitales, dont les végétaux sont dépourvus, et qui ne se trouvent que chez les animaux , forment par leur ensemble ce qu'on appelle la vie animale, la vie extérieure, la vie de relation.

Le caractère spécial de cette vie , celui auquel nous reconnaissons tout ce qui s'opère sous son influence , c'est que nous avons la

( 464") conscience des changemens auxquels elle préside. Ainsi , toutes les perceptions qui nous arrivent par les organes des sens, la vue, l'ouïe, l'odorat , le toucher , tout cela est du do* mairie de la vie extérieure ; il en est ainsi du phénomène de la contraction musculaire sous l'influence de la volonté. C'est à elle que l'on a rattaché aussi ce qui , dans les phénomènes des fonctions intellectuelles , peut être du ressort de la physiologie. Il n'est personne qui ne puisse, au premier coup d'œil , distinguer la différence qui existe entre les deux vies. J'ai la connaissance , la conscience de l'existence des corps que mes yeux voient, que mes oreilles entendent , que mes mains touchent , et toutes ces sensations sont du domaine de la vie extérieure. Au contraire , les alimens qui me nourrissent sont modifiés dans mon estomac , parcourent le canal alimentaire, sont absorbés par des vaisseaux appropriés , et portés dans toutes les parties du corps, qu'ils réparent sans que nous soyons en aucune manière avertis de ces changemens; et toutes ces fonctions sont du domaine de la vie intérieure. Si mon bras se meut sous l'influence de ma volonté , le phénomène de la contraction des muscles qui le déplacent tient

(465) à la vie animale : si mon estomac , si les différentes parties du canal intestinal se contractent pour faire cheminer les alimens qu'ils renferment, je ne suis aucunement averti de l'existence des phénomènes qui s opèrent en moi , et cette contraction est du domaine de la vie intérieure.

Récapitulant ce que nous venons de dire , nous considérerons dans le corps humain trois espèces de propriétés différentes :

i° Les propriétés générales de la matière ;

2° Les propriétés sous l'influence desquelles le corps humain vit , se conserve et se régénère : l'ensemble de ces propriétés, nous l'appellerons vie organique , ou, si l'on veut, vie intérieure, parce que tous les phénomènes qui dépendent d'elle se passent à l'intérieur de nous-mêmes ;

3° Enfin, la vie animale, que nous désignerons plus souvent sous les noms de vie extérieure , vie de relation, parce que c'est par elle que nous avons la connaissance des objets extérieurs, et que c'est elle qui établit des relations entre nous et nos semblables. Si on veut avoir une idée bien nette et bien distincte des trois espèces de forces dont je viens de parler, il suffira de considérer le corps humain

( 4«5 ) dans trois états différens qui s'offrent journellement à notre observation.

i° L'homme vivant et éveillé reçoit des sensations et produit des mouvemens ; il a la conscience de tous les changemens qui s'opèrent en lui , et tous les phénomènes dont il se rend compte sont du domaine de la vie animale ou extérieure.

2° Si nous considérons le même homme enseveli dans le plus profond sommeil , tout les phénomènes dont son intelligence était avertie cesseront aussitôt ; mais pourtant il s'en opérera encore quelques-uns en lui. Cet homme pourra digérerf son sang circulera, les absorptions, les sécrétions auront lieu comme dans l'état de veille» Tous ces phénomènes qui survivent ,à l'anéantissement de la vie extérieure , de la vie animale , nous donnent précisément tout ce qui dans nous doit être regardé comme appartenant à la vie organique.

5b Enfin le cadavre du même homme, privé de toutes les propriétés vitales , revenu à la température des corps environnans et soumis aux seules lois qui régissent la matière, nous montre ce que serait sans la vie l'étendue matérielle qui forme notre corps.

Je crois qu'on doit rattacher toutes les fa-

cul lés que présente le somnambulisme à deux phénomènes principaux : l'excitation du cerveau et l'exaltation de la sensibilité propre à la vie intérieure, qui de latente ou organique quelle est dans l'état de veille > devient perceptible dans le somnambulisme (i). Nous parlerons successivement de ces deux phénomènes et des facultés qui s'y rattachent.

Dans le sommeil ordinaire , il existe une privation plus ou moins complète de la sensi- Lililé et de la mobilité des organes extérieurs. Plusieurs auteurs ont même pensé que dans cet état la vie refluait à l'intérieur. Hvpocrate a dit : In sojnno motus intra; somnus labor visccribus. Ce qu'il y a de certain , c'est que souvent les mouvemens spontanés des fibre3 cérébrales produisent pendant le sommeil une multitude d'impressions et d'images qui nous affectent de la même manière que si elles étaient le résultat des sensations de l'état de

(i) On peut donc dire, en se servant des expressions consacrées par Fichât , que les deux principaux phénomènes physiologiques du somnambulisme sont l'exaltation de la sensibilité animale du cerveau , et le changement de la sensibilité organique des organes intérieurs , en sensibilité animale. Ce changement a quelquefois lieu partiellement par suite d'une inflammation maladive.

veille. Ces impressions, à l'occasion desquelles l'intelligence entre en action autant que le permet Tinertie morale, produisent l'état de songe avec toutes les modifications qu'il est susceptible de présenter.

Si dans les songes l'activité morale est assez développée pour permettre un usage un peu régulier de la faculté de penser, le sommeil se rapproche du somnambulisme, et il en a tout à fait l'apparence, lorsque la possibilité des mouvemens musculaires n'étant pas suspendue, un ou plusieurs des sens extérieurs restent encore en activité. C'est ce qu'on remarque chez ceux qui se lèvent pendant la nuit, et qui, les yeux ouverts, peuvent s'en servir comme dans la veille. Le somnambulisme , à ce degré de simplicité , mérite à peine d'être distingué des songes, et ne constitue guère qu'un songe en action.

Il est pourtant très-rare que dans le sommeil ordinaire, les mouvemens spontanés du cerveau puissent déterminer ainsi un exercice un peu régulier delà pensée, et produire des mouvemens suivis sans que le réveil en résulte; presque toujours quand le sommeil est aussi profond, cela tient à ce que la sensibilité, en même temps qu'elle reflue sur le cerveau , se

porte sur les organes de la vie intérieure, et rend les impressions qui s'y rapportent perceptibles. La supposition de ce changement dans le mode de la sensibilité intérieure! survenant pendant le sommeil, et coïncidant avec un certain exercice des fonctions cérébrales , va nous donner l'explication des principaux phénomènes du somnambulisme.

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