CHAPITRE Y
De la moelle spinale (l).
La moelle spinale doit être considérée comme la partie la plus importante du système nerveux ; c’est en effet la base de la portion centrale de ce système ; elle doit être considérée comme le réservoir de l’innervation (2) , elle lie toutes les fonctions , elle est l’organe immédiat de la sensibilité des mouvements, elle est encore l’aboutissant de tous les nerfs et la source de la puissance nerveuse, ou de l’entretien et du renouvellement de l’innervation. Un nerf ne possède de faculté innervatrice inépuisable qu’autant qu’il communique avec les centres nerveux, et surtout la moelle épinière. On dirait en examinant cette moelle chez un homme adulte, et en considérant surtout la régularité et la séparation des faisceaux qui forment sa partie caudale , appelée par les anatomistes queue de cheval, que tous ces faisceaux nerveux qui , eux-mêmes sont formés de la réunion de rameaux et filets nerveux provenant des organes corporels , se confondent insensiblement en remontant dans le canal vertébral, et communiquent bien évidemment avec le cerveau. On est bien plus porté encore à adopter cette opinion , îorsqu’en anatomisant, d’après le système de Gall , on découvre la continuité des fibres médullaires à travers la protubérance annulaire, et lorsqu’on les suit jusque dans les hémisphères, etc.. , ou quand, comme l’a fait Tiedemann, on observe le développement successif du fœtus : la même tendance d’esprit a lieu quand onconsi-
(1) PI. \I, fig. I.
(2) Bien que l’innervation soit l’action fonctionnante de tout le système nerveux, et qu elle doive, en conséquence, être repartie partout, elle diffère de mode dans chaque partie; elle s’épuise par l’excitation; sa source d’accumulation ou d’entretien est dans les parties centrales , et surtout la moelle spinale comme dans les membranes électriques; la source de production est dans les masses centrales accumulatrices , chargées d’alimenter les conducteurs par lesquels les décharges s’effectuent.
SPINALE
dôre l'instantanéité fonctionnelle que le cerveau met à correspondre avec tous les organes, au moyen des cordons nerveux (1). Mais la réflexion ranime bientôt le physiologiste de celte idée. D’abord, si la moelle n’était véritablement que le faisceau de réunion de tous les nerfs du corps de l’animal, cette moelle ne grossirait dans le canal vertébral , qu’à mesure que des cordons nerveux viendraient s’y rendre, et en raison du nombre de ces cordons; ce qui n’a pas lieu , car le renflement lombaire, chez la plupart des vertébrés , est plus gros que le renflement cervical ; et dans tous les animaux à membres, la portion comprise entre ces deux renflements est d’un calibre beaucoup moindre. Ensuite, dans l’organisation primordiale, les faisceaux médullaires ne se formeraient qu’après les cordons nerveux qui émanent des organes ou tout au moins en môme temps qu’eux, par ' continuité ; ce qui n’est pas non plus, puisque nous avons vu les deux initiés de la moelle spinale se former primordialement, et indépendamment de tout autre connexion d’organisation. (Voyez la formation du syst. nerv. , chap. 2.) Les nerfs, ou cordons nerveux organiques, se forment, de leur côté, soit en même temps, soit après la moelle spinale (S) ; mais ils doivent toujours être regardés comme d’organisation primordiale, ce n’est qu’après le troisième mois de formation que , chez l’embryon humain, ils se réunissent à la moelle spinale, et que la continuité du système peut être considérée comme réellement existante (chap. Ie* ). D’un autre côté, si l’on examine bien celle connexion des nerfs avec la moelle spinale, on remarque que leur insertion se fait souvent par un grand nombre de filets qui divergent en éventail, à peu de distance des points d’insertion (5); ce qui n’aurait pas besoin d’être produit, s’il ne devait
(1) L'influence cérébrale n’a de puissance sur la moelle spinale, comme sur les cordons nerveux, autres que les ganglionnaires splanchniques ou préspinaux , qu’en raison de la communication directe avec le cerveau. Ainsi, lorsqu’il y a solution de continuité entre ces organes et le cerveau, il n’y a plus de sensibilité perçue, ni de mouvements ordonnés; ces derniers sont nécessairement involontaires , et non sentis.
(2) M. Serres. (Voyez Anatomie du cerveau, dans les 4 classes de vertébrés).
(5) Pl. VI, fig. 3. Les anastomistes ont cru devoir comparer celte disposition à celle des végétaux qui ont leurs racines en terre , et se réunissent pour former un tronc et des branches. Les radicales des nerfs puisent bien leur innervation , comme une tige, dans la moelle spinale; mais elles n’y prennent pas naissance à l’instar des plantes.
DE LA MOELLE