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ÀPPAÛÏÏIL NERVEÜ&
et un plexus nommé aortique (1) , plus, un autre qui a été nommé mésentérique inférieur (2).
Ces différents plexus, comme on le Voit, forment un amas de réseaux nerveux centraux, qui, tous, sont en connexion avec les viscères digestifs et les artères qui s’y distribuent; ils communiquent aussi , principalement, au moyen des rameaux qui ont été appelés par les anatomistes grand et petit nerfs splanchniques, avec les ganglions latéraux thoraciques, et par d’autres, avec les lombaires. Ces derniers sont plus spécialement en connexion avec la partie inférieure du canal intestinal et les artères qui s’y distribuent, notamment avec la mésentérique inférieure* sur laquelle Ces nerfs forment un plexus qui en porte le nom, et, de plus, avec les muscles abdominaux.
Enfin, un plexus central ganglionnaire, situé dans le bassin , et en communication avec tous les ganglions latéraux sacrés ou pelviens, nommé plexus hypogastrique (5) , reçoit les rameaux nerveux qui proviennent, principalement, de r utérus ou des vésicules séminales, du vagin, des artères hypogastriques, etc.
Maintenant, il est certain que, quoique ces dispositions anatomiques soient de nature à indiquer suffisamment quels sont les appareils fonctionnels auxquels les grandes divisions du système nerveux ganglionnaire peuvent correspondre, il n’a pas encore été fait d’expériences assez précises pour localiser les fonctions de chaque ganglion en particulier; mais il ne reste plus d’incertitude sur les fonctions générales, et c’est à M. Brachet, de Lyon* que nous devons d’avoir fixé la science à cet égard. Cet habile et infatigable expérimentateur a établi, en première ligne, que « le cœur , agent d’impulsion de la circulation dans les ani- « maux vertébrés, reçoit et pousse le sang par un mouvement « alternatif de dilatation et de contraction diastole et systole; il a est, dans les classes Supérieures surtout, l’organe peut-être le « plus essentiel à la vie, puisque son arrachement est immédia- <i tement suivi de la mort, et que l’animal survit plus ou moins « long- temps à ranéantissement de tout autre organe (4). »
Or, le cœur reçoit sa vie propre du ganglion cardiaque. Il ne reste, aujourd’hui, plus aucun doute à cet égard , et l’on a vu , à
(t) PI. VI, fig. 3, w.
(2; PI. VI, fig. 3, kk.
(3) PI. VI, fig. 3, c.
(4) Recherches sur le système nervecx ganglionnaire; Brachet, page 70.
GANGLIONNAIRE
l’article de la formation, que ce ganglion répond au punctum salions des anciens physiologistes.
L’appareil cérébro-spinal est le centre de liaison de tout le système nerveux; mais le ganglion cardiaque est le centre d’impulsion de tout le mécanisme circulatoire. On ne doit pas perdre de vue que la circulation est la condition générale de l’action nu¬
tritive :
Le cerveau n’exerce sur le cœur aucune influence directe (1). La preuve s’en tire en ce que, chez les reptiles, et à plus forte raison les poissons, on peut enlever la totalité du cerveau, c’està-dire, les hémisphères, le cervelet, la protubérance et la moelle alongée; malgré cette soustraction , le cœur continue à battre pendant plusieurs jours, sans qu’il soit même besoin de prendre aucune précaution pour entretenir la respiration (2), L'influence du cerveau sur le cœur n’a rapport qu’aux sensations, et est, par conséquent, indirecte.
En général, lorsqu’il s’agit des mammifères , la vie cérébrale se trouve plus étroitement liée à celle de l’appareil ganglionnaire ; mais cela a lieu par l’intermédiaire de la respiration, fonction beaucoup plus compliquée dans les hautes que dans les basses classes ; ainsi, dans la vie des mammifères, les nerfs respiratoires jouent un grand rôle, comme on a pu le \oir à l’exposition de la 8e paire, et ces nerfs sont essentiellement cérébraux , quoiqu'on grande partie soustraits à V empire de la volonté. Lorsqu’on a détruit la communication du cerveau avec la glotte, par la section des nerfs laryngés supérieurs, il y a alors occlusion et interceplation de l’air, qui ne peut plus s’introduire dans les poumons, fournir au sang sa qualité vivifiante, etc.; alors la mort survient, non par cessation propre des mouvements du cœur, mais par désharmonie entre les fondions respiratoire et circulatoire (Voyez Harmonies foncLioni%ellos). Si, en détruisant la connexion du cerveau avec les organes respiratoires, on a soin d’entretenir artificiellement l’introduction de l’air dans les poumons et défavoriser l’oxigénation du sang, le cœur continue à se contracter (5). Le docteur Bartels, de Berlin, a vu manifestement le
(1) Recherches sur ce système ïèerveijx ganglionnaire ; Brachet , page 80.
(2) Ibid., p. 77.
(5; Ibid., p. 76. Dans les décapitations d’animaux, au-dessous des insertions du pneumo-gastrique ( on voit que la mort ne survient que dans la tête, surtout que par la cessation de la fonction respiratoire et de son influence,
APPAREIL NERVEUX
cœur battre, pendant près d’une demi-heure, après la décapitation, chez six voleurs de grand chemin, exécutés près de Marbourg (1), et tout le monde sait que, chez les fœtus acéphales, le cœur a battu jusqu’au moment où la respiration est devenue nécessaire pour entretenir T hématose (2).
Les célèbres expériences de Legallois sur le principe des mouvements du cœur, avaient semblé établir que les contractions de cet organe dépendaient de la moelle spinale, dans toute son étendue (5). Des expériences, mieux entendues, ont prouvé qu’il n’en était pas ainsi. Le cœur cesse, en effet, de se contracter, lorsqu’en détruisant brusquement toute la longueur de la moelle spinale, on porte le trouble dans tout l’appareil ganglionnaire qui y puise son innervation; mais, lorsqu’on a la précaution d’opérer très-lentement cette destruction et de laisser subsister l’harmonie fonctionnelle dans tout l’appareil ganglionnaire, en même temps que la respiration peut s’effectuer, alors le cœur continue à battre, tant que tout le système ganglionnaire reçoit suffisamment le flux de l’innervation (4).
Le cerveau ni la moelle spinale, dans toute leur étendue, ne sont donc pas les excitateurs immédiats de l’action du cœur 1 Quelques parties de ces centres nerveux auraient-elles une influence spéciale sur les contractions de cet organe : on a vu que la décapitation n’empêche pas les contractions du cœur, pourvu qu’on entretienne la respiration : on verra à l’article air vitalr que ces contractions, chez les mammifères, continuent à s’effectuer lors même de l’anéantissement de tontes les fonctions cérébrales. La même chose a lieu par l’action de quelques délétères. Dans quelque partie que l’on pratique la section de la moelle spinale, on n’anéantit pas ces contractions du cœur : il y a même plus, si après avoir opéré la section de la moelle au niveau de la première vertèbre, on attend une demi-heure ou une heure avant de détruire la partie cervicale de la moelle, on n’anéantit
sur l’hématose de l’action de celle-ci sur le cerveau, plus par l’hémorrhagiecar, dans les premiers instants, les convulsions des muscles de la tête prou-* vent que la vie n’y est point éteinte, et on peut parfaitement s’assurer que la sensibilité est conservée dans toutes ces parties; il est probable que la sensorialité y existe aussi, tant que le trouble du cerveau n’est pas absolu.
(1) Voyez Journal de Hufeland, 1826.
(2) Voyez encore seconde partie à l’article air vital, les gaz délétères , détruisant les fondions du cerveau, tandis que le cœur continue à battre.
(3) Voyez Legallois, Exr. sur le principe de la vie.
(4) Ibid., p. 86, 92.
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plus instantanément les contractions du cœur, même chez un animal déjà âgé (1). Weinhold et Wedemeyer sont parvenus à entretenir la circulation et les contractions du cœur vingt -huit heures après avoir détruit la moelle spinale (2); d’ailleurs , les fœtus arrivés à terme sans cerveau et sans cervelet , ni moelle épinière, prouvent incontestablement que le principe de la vie du cœur n’est pas dans ces centres, et Morgagni (5), dès 1746 , l’a prouvé lui-même Jean Vanhorne (4), Frédéric Rinsch (5), Littré (6), M. Lallemant, professeur de Montpellier (7), M. Roux, de Marseille (8) , ne laissent subsister aucun doute à cet égard ; mais, cependant , ces contractions s’arrêtent lorsqu’on détruit brusquement toute la moelle, et Legailois a prouvé que chaque segment de moelle avait une influence positive sur la circulation correspondante dans les artères (9L L’appareil ganglionnaire , véritable excitateur immédiat de la circulation , comme il va être dit , puise donc sa force d’innervation dans toutes les parties de la moelle avec lesquelles il est en connexion, et chacun des ganglions reçoit cette influence innervatrice de la partie de la moelle avec laquelle il communique au moyen des rameaux qui vont s’unir aux nerfs pré-spinaux correspondants; ce qui suffit pour faire voir que l’appareil ganglionnaire, ou le grand sympathique, ne naît pas du cerveau comme quelques auteurs l’ont pensé, puisque l’action de ces ganglions se paralyse là où leurs connexions avec la moelle se trouvent détruites par la destruction même de la moelle correspondante , et puisque cette paralysie n’a pas lieu alors qu’il y a seulement section de la moelle et interruption de l’influence du cerveau : dans ce dernier cas, il ne peut donc y avoir que paralysie du mouvement volontaire de la sensibilité et de la sensorialité , c’est-à-dire des fonctions dans lesquelles le cerveau intervient nécessairement (ces trois fonctions dépendent, ainsi qu’il sera exposé plus loin.
(1) Les expérimentateurs savent que les centres nerveux cérébro-spinaux ont d’autant moins d’influence sur l’appareil ganglionnaire des animaux, qu’ils sont plus jeunes.
(2) Voyez expérience deTreveranus, Wilson, Phiiipp, Clift.
(3) De seclibus et causis morborum, y sist . , 48, ri0 5o.
(4) Miscelenex curiosa, de cur., anSÿobs. 129; W epfer .
(5) Kerkring specilegium analomicun , obs. 23.
(6) Htst. de l’Académie des Sciences, en 1701, p. 24,
(7) Obs. pathol, 1818.
(8) Mérn . sur V Encèphalie , i8a5.
(9) Voyez Legallois, Exp.
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des parties cérébrales ou intra-crâniennes de l’appareil cérébrospinal ) , et non paralysie ou abolition des fonctions auxquelles président en propre la moelle spinale (mouvement involontaire), ou auxquelles président des ganglions qui puisent leur renouvellement d’innervation dans le réservoir commun ( la masse cérébro-spinale). Du reste, on comprendra mieux comment cette paralysie du mouvement volontaire, de la sensibilité et de la sensorialité peut avoir lieu sans que l’abolition du mouvement involontaire, ni de la circulation, s’en suive, quand auront été exposées les fonctions de toutes les parties du système nerveux , et que les harmonies auront été comprises.
Puisque toute communication entre le système nerveux cérébro-spinal, et l’appareil ganglionnaire étant détruite , n’abolit pas nécessairement la circulation ni les contractions propres du cœur, elles dépendent donc essentiellement de l’appareil ganglionnaire, qui seul reste en rapport avec les artères et le cœur, après la section des nerfs pneumo-gastriques et la destruction de la moelle vertébrale. Quelle est la portion de l’appareil ganglionnaire immédiatement chargée de faire contracter le cœur , et quelle est celle qui influence le système artériel ? sont les questions qu’il reste à résoudre.
Déjà la fonction primitive du système nerveux, et le premier vestige de contractilité apparaissant chez l’animal doué de centre circulatoire dans le ganglion cardiaque (1), pouvaient donner la solution de la première question ; mais, comme il ne faut laisser aucun échapatoire , ni aucun champ aux hypothèses dans un pareil ouvrage, je dirai qu’en enlevant soigneusement le ganglion cardiaque primitif et les deux ganglions coronaires antétérieuret postérieur (2) qui, sur certains sujets, s’étendent jusque sur le cœur , on arrête instantanément ses contractions (5). ici, pourraient se placer quelques réflexions concernant la fameuse irritabilité de Haller, fondée en partie sur ce que le cœur ne reçoit pas de nerfs , et qu’arraché du corps animal et jeté sur une table, il continue ses contractions; il est d’abord essentiel de
(1) PI. VI, fig. 8, A,, et pl. III, fig. S, À. Déjà Malpughi et Ackermann (cle systematis nervei primordiis , Heidelb . i8i3^ avaient établi ce fait et avaient donné à ce ganglion le nom de cjuille, en le considérant avec la moelle épinière comme la racine de l'animal (Voyez Formation du système nerveux.
(2) Pl. IIÏ, fig. 8, p. 48, 49.
(3) Brachet, ouv. cité, p. 125,120.
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remarquer, pour répondre à cette allégation, queplusieurs espèces d’animaux ont leur ganglion cardiaque placé sur la base même du cœur, et que d’autres ont leurs plexus coronaires, dépendant du ganglion cardiaque, placés sur les parois de la base de cet organe; j’ajouterai que les nerfs cardiaques ont par eux-mêmes, si j’ose m’exprimer ainsi , une telle énergie vitale, qu’après avoir soigneusement enlevé tout le réseau plexiforme des ganglions coronaires sur des cœurs récemment arrachés, j’ai réussi à ranimer les contractions par la seule excitation galvanique portée sur les filets nerveux qui pénétraient dans les ventricules; au reste, le baron de Humbolt avait déjà fait cette expérience avant moi. Quant à l’existence des nerfs propres du tissu musculaire du cœur, je renvoie à Scarpa. Tout ceci répond aussi au fameux axiome des anciens , que le cœur est le prioriwn vivens , et à ceux qui, arrachant le cœur d’une grenouille ou d’un autre animal vertébré inférieur, et le voyant battre régulièrement pendant des heures entières, concluent que le système nerveux n’y est pour rien. En s’armant de la loupe en pareil cas, et disséquant avec patience, on s’aperçoit que le ganglion cardiaque revêt la base de l’organe; ce ganglion étant soigneusement séparé, les contractions cessent.
Maintenant il est probable que les ganglions cardiaques , loüt énergiques qu’ils sont par eux-mêmes, ont pour auxiliaires les ganglions cervicaux ; car c’est par eux, au moyen des rameaux appelés cardiaques, qu’ils reçoivent l’innervation puisée dans le réservoir commun (la moelle spinale), et, en effet, la section de ces rameaux cardiaques anéantit, non pas instantanément, mais bientôt, les contractions du cœur (1). Home et Weinhold avaient déjà vu les battementsdu cœurdevenir plusfortspar l’excitation galvanique d’un des premiers ganglions thoraciques détaché de la moelle et renversé sur le cœur. ( Voy. les dispositions anatomiques relatives aux ganglions thoraciques. )
Les ganglions cervicaux , d’après mes expériences particulières (2), sont les excitateurs des tuniques musculeuses artétielles du cou (5); le supérieur l’est, en outre, descelles qui se
(1) Brachet, ouv. cité, 122,123.
(2) Voyez aussila XX.VIIIe exp.de MX Brachet, ouv. cité, p. 122.
(5) H résulte de mes expériences particulières , que ces tuniques artérielles ne sont intluencées qu’autant que les filets nerveux qui s’y rendent sont en communication soit directe, soit indirecte, avec le ganglion central qui paraît être, en ce qui concerne la circulation , le centre d’impulsion.
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rendent au cerveau et à la lace; les nombreux plexus ganglionnaires, plus disséminés, mais aussi plus restreints, qui se forment sur les parois artérielles mômes et en particulier sur la carotide (1), sont un exemple de celle régénération, en quelque sorte des rameaux nerveux qui appartiennent au système ganglionnaire, ou , comme le disent quelques-uns , du grand sympathique qui , quoiqu’ayant ses plus gros amas de ganglions dans les cavités splanchniques du tronc où se trouvent, en quelque sorte, la souche de l’appareil, n’en éternise pas moins sa chaîne par des ramifications pîexueuses qui accompagnent toutes les artères du corps animal , et que la patience infatigable de nos anatomistes modernes a su découvrir jusque sur les artérioles des membres les plus éloignés du centre circulatoire (2).
Ces ganglions reçoivent, et des filets provenant de tous les plexus de la poitrine, et directement de toutes les tuniques séreuses, muqueuses, folliculaires ou glandulaires, des parenchymes glanduleux et des tuniques musculaires, ou plutôt du tissu contractile sous-muqueux qui tapisse tous les conduits contenus dans la tôle, le cou et la poitrine; pour cette dernière cavité, ils fonctionnent concurremment avec les ganglions thoraciques supérieurs.
Il est incontestable qu’ils sont les excitateurs directs des sécrétions de ces organes, de leur motilité organique , et des phénomènes chimiques de l’hématose; les expériences de Bradie ,
(1) PI. III, fig. 8, b.
(2) Voyez les travaux de M. Ribes. Déjà notre immortel Bichat avait conclu que la circulation artérielle s’exerce indépendamment de l’action du cœur {Vie et Mort, p, 179); mais les travaux de M. Pdbes, comme anatomiste, ceux de quelques physiologistes modernes (MM. Poiseuille, Brachet, de Lyon, Magendie, etc.,) ne laissent, a cet égard, rien a désirer.
j’ai lait aussi quelques expériences sur l’irritabilité propre de la tunique externe des artères et j’ai constaté qu'immédiatement après la séparation, ces tuniques sont évidemment contractiles sous l’influence galvanique; mais eelte contractilité s’épuise bientôt, ce qui prouve qu’elle était évidemment nerveuse. J’ai remarqué aussi, en rapportant les expériences sur la torsion des tuniques artérielles de M. Amussat, que la circulation était surtout interceptée dans les tuniques tordues par la paralysie des filets ganglionnaires que ces tuniques renierment; déjà ces réilexions m’avaient été suggérées par une hémorrhagie spontanément arrêtée, à la suite d’un arrachement de ligatures, après une amputation que je venais de pratiquer sur le champ de bataille delà Moskowa; des expériences plus positives m’ont, depuis, confirmé dans mon opinion.
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Haies, Gamage, Legallois, Wilson-Philipp, Chaussai , Brachet, de Lyon, elc. , ne laissent aucun doute à cet égard. Leurs recherches leur ont fait reconnaître la continuation de tous ces phénomènes, après la destruction du cerveau, de la moelle épinière, et après la section des nerfs pneumo-gastriques. Mes expériences propres , que je consignerai dans un travail purement expérimental, m'ont appris que toutes ces opérations organiques dans les organes de la poitrine, s’anéantissent par la destruction des ganglions cervicaux et thoraciques; tous ces phénomènes, au contraire, ont persisté et ont été même une cause plus rapide de la mort, quand les centres cérébro-spinaux ont été anéantis, lors même qu’on cherchait à entretenir la vie au moyen de l’insuflation, à cause de l’accumulation croissante du mucus sur les surfaces bronchiques . l’impossibilité de son expulsion , et la non-oxigénation du sang causée par l’impossibilité qu’éprouve l’air à s’introduire à travers ce mucus accumulé dans les vacuoles bronchiques, et, par conséquent, à se mettre en contact avec le sang veineux pulmonaire; mais il m’a été impossible, malgré mes efforts, de constater l’action propre de chaque ganglion cervical ou thoracique en particulier. D'autres expérimentateurs seront peut-être plus heureux.
.l’ài dit que les ganglions du cou et du thorax étaient principalement les excitateurs propres de la circulation artérielle de la partie supérieure du tronc, delà sécrétion bronchique, ainsi que des autres sécrétions pulmonaires : on peut donc conclure que foutes les opérations nutritives qui se rattachent à la circulation (au moins en ce qui concerne la partie supérieure du tronc, y compris l’organe central du système) et à la respiration, sont sous l’empire des ganglions cervicaux et thoraciques supérieurs, lesquels se rallient eux-mêmes, ainsi que le prouvent toutes les expériences, au ganglion plexiforme centra! cardiaque (ph Vi, fig. 5 ; pi. îll , fjg. 8). Il va être maintenant question des opérations nutritives, je dirais presque par excellence, parce qu’elles se rapportent à l’alimentation, si l’opération nutritive-mère n’était la circulation. La digestion est une fonction très-compliquée, composée d’actes fonctionnels différents, et s’effectuant dans des organes divers.
La mastication, l’insalivation, la déglutition s’y rattachent : de ces trois actes fonctionnels qui se passent dans la partie supérieure du tronc, l’insali vation et l’imbibilion du bol alimentaire par les sucs pharyngo œsophagiens, ont lieu par l’action des filets nerveux qui correspondent avec les ganglions
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cervicaux et thoraciques (1) , la déglutition et la mastication appartiennent aux nerfs cérébro-spinaux, ainsi qu’il sera détaillé aux harmonies fonctionnelles. Mais les actes principaux de la digestion se passent dans la cavité abdominale, et il paraît que, sous le rapport nutritif et sécrétoire, les opérations ont leur centre d’action dans l’agglomération centrale plexiforme sousdiapbragmatique que les anatomistes anciens ont appelée ganglion sémi-tunaire. J’ai dit, en exposant les fonctions de la 8e paire cérébrale, quels étaient les actes de l’estomac et des intestins qui dépendaient du système cérébro-spinal, et l’on a vu que c’étaient surtout l’appétence des aliments et la satiété qui sont des sensations, et le mouvement involontaire des plans musculeux gastro-intestinaux. Mais, après que les nerfs pneumogastriques ont été coupés et que la moelle spinale a été détruite, bien que le sentiment de la faim, ou de la satiété, ne soit plus là pour indiquer les besoins, et que le bol alimentaire cesse d’être trituré et mis en rapport, dans toute la longueur du canal alimentaire, avec les bouches absorbantes qui doivent puiser à sa surface le chyle qui s’y forme, le chyle ne laisse pas que de se former là où le bol alimentaire s’est arrêté. Toute la surface de ce bol enduit de chyle et les vaisseaux chylifères des parois gastro-intestinales en contact avec la surface de ce bol, sont gorgés, et fonctionnent avec la même activité que dans le cas où le pneumo gastrique et la moelle spinale sont intacts (2).
Spallazani et quelques anciens physico-chimistes attribuaient la digestion à la dissolution des aliments dans le suc gastrique; mais il est évident, aujourd’hui, que l’imprégnation gastro-intestinale opérée par les fluides sécrétés des follicules glandulaires gastriques, par le foie dans les vaisseaux biliaires, par le pancréas et les cryptes intestinaux, bien que servant à la division chimique des molécules alimentaires, et préparant les matériaux du chyle, n’agissent que comme le fait la salive dans la bouche. Tous ces fluides sont sécrétés, et pleuvent sur le bol alimentaire sous l'influence des ganglions; et, sous la même influence, le résultat de cette chyiification est pompé par les
(1) Les glandes salivaires sont régies par le ganglion sous-maxillaire , les palatins elles rameaux parotidiens provenant du ganglion cervical supérieur; les cryptes œsophagiens sont régis par les rameaux venant supérieurement du plexus broncho-œsophagien, et des ganglions cervicaux , et inférieurement des ganglions thoraciques et du sous-diaphragmaliqurs.
(2) Brachet, ouv. cité, p. 220, chymification,, etp. 227, 232.
GANGLIONNAIRE
bouches absorbantes gastro-intestinales; le liquide absorbé chemine dans les vaisseaux chylifères et est versé dans le torrent circulatoire, où il chemine encore toujours sous l’influence du meme système de nerfs : ce sont spécialement les plexus coronaire stomachique et cœliaque qui influencent les sécrétions gastriques ; les plexus mésentériques influencent les sécrétions intestinales; les plexus hépatiques ont une action plus spéciale sur la sécrétion biliaire, pancréatique et folliculaire duodenale; quant au plexus splénique, il paraît plus spécialement agir sur la circulation; cependant, je dois l’avouer, aucune raison ne me porte à établir que Se système nerveux ganglionnaire ait d’action sur la circulation veineuse (1), et l'on sait que la rate est purement un organe diverticulaire de la circulation veineuse abdominale (2) , ou au moins, si ce n’est un organe diverticivlaire de la circulation, comme on pourrait le contester, est-il bien certain que ses fonctions ont spécialement rapport au sang veineux; peut-être est-il chargé de dépouiller ce sang de l’un de ses principes dont la surabondance introduite par l’absorption serait nuisible : tels seraient le carbone, l’azote, etc... Mes expériences ont été faites principalement au moyen du galvanisme pendant la vie; mais il faut une grande patience, une sévère observation , et encore que de choses échappent et que d’autres deviennent impossibles , lorsqu’il s’agit d’explorer ces rouages compliqués et si incommodément situés, dont la moindre cause accidentelle vient entraver l’étude; aussi, n’esl-ce qu’à une expérimentation de détails que je n’ai pas eu le temps d’atteindre, qu’il appartiendra de poser les limites et les attributions locales du système nerveux ganglionnaire : je ne puis que donner les résultats là jusqu’où j’ai pu les atteindre.
Le plexus rénal, qui est, comme on le sait, en communication avec les ganglions latéraux thoraciques inférieurset abdominaux (3), et qui n’est lui-mêmequ’une fraction émanée du grand plexus semilunaire, a non-seulement une action spéciale sur la sécrétion des reins, mais il semble aussi en avoir une surceîledes organesgénérateurs. J’ai signalé ailleurs l’étroite liaison qui existe sous le rapport
(1) Pas même pour les sécrétions qui émanent toutes du sang artériel; le sang veineux est impropre à les fournir. Bichat a positivement remarqué que pendant la circulation du sang noir dans les artères, aucun fluide ne paraissait s’écouler des diverses organes sécréteurs (Fie. et Mort, p. 267).
(2) Voyez M. Broussais, Annales de la médecine jphysiolOgique.
(3) PI. VF, tig. 8, x.
APPAREIL N ER VEUX
des fonctions nutritives entre les glanglions céphaliques, cervicaux, thoraciquessupérieurset le ganglion central plexiforme cardiaque; de même , j’ai signalé la connexion qui lie les ganglions latéraux thoraciques inférieurs, les lombaires et tous les plexus abdominaux au ganglion plexiforme central sous-diaphragmatique : la première de ces divisions préside aux actes circulatoires et nutritifs des organes de la respiration. La seconde, aux actes digestifs; il existe une troisième division, ayant pour point de ralliement le ganglion plexiforme central pelvien , pour les fonctions sécrétoires et nutritives génito-urinaires.
Du reste, comme les lésions de la moelle vertébrale dans quelque endroit qu’elles aient lieu, et quelle que soit l’étendue et le genre de paralysie qui en résulte, n’ont aucune influence sur la sécrétion urinaire qui continue toujours (1). Il est clair que cette sécrétion dépend, comme toutes les autres, de l’appareil ganglionnaire (2), et c’est au plexus rénal qu’elle est due. La même remarque peut s’appliquer è la sécrétion spermatique, à la conception et la gestation, qui ne sont nullement entravées par les lésions cérébro-spinales (5), et qui me paraissent devoir se rapporter en partie à la fraction du plexus rénal qui a été nommée, par les anatomistes , plexus spermatique , duquel doivent, par conséquent, dépendre les phénomènes nutritifs et contractiles organiques (4) des ovaires, ou des testicules, en rapport avec le canal de l’urètre et le trajet utéro-vaginal ; au moins les fortes excitations galvaniques immédiates de ce plexus , m’ont-elles produit, pendant la vie, l’enflammation propre du tissu de ces organes. D’autre part, la circulation se trouve anéantie dans ces mêmes organes par l’ablation de ce plexus. Le même phénomène a lieu, pour presque toute la circulation de la partie inférieure du tronc, par l’anéantissement du plexus aortique et des mésentériques supérieurs et inférieurs (5), avec lesquels le plexus dit spermatique, ou plutôt le
(1) Chacun sait qu’on est obligé de souder continuellement les individus atteints de paralysie complète.
(2) Voyez Brachet , ouv. citép. 241,274, 284.
(3) Brachet, ouvrage cité , p. 246 , 269.
(4) La contractilité de tissu que Bicliat avait nommée insensible .
(5) Dans une des notes ci-dessus, j’ai rallié la fonction circulatoire, par les ganglions céphaliques, cervicaux et thoraciques supérieurs, au ganglion central cardiaque; mais l’on conçut que, quoique les deux autres divisions (sous-diaphragmatique et pelvienne) de l’appareil ganglionnaire soient plus spécialement affectées, l’une aux opérations digestives, l’autre aux génitourinaires, elles doivent, cependant, contenir des sous-divisions ganglion-
GANGLIONNAIRE
rénal, a d’étroites connexions, ainsi qu’avec les ganglions abdominaux . surtout par le mésentérique inférieur. On sait que Legallois anéantissait la circulation dans la partie inférieure du tronc, par la distraction de la portion de moelle spinale où les ganglions abdominaux puisent leur innervation. M. Ségalas, dans ces derniers temps, a prouvé aussi que la distraction de la portion de moelle spinale en connexion avec les plexus spermatique et hypogastrique, abolit la sécrétion spermatique. L’anéantissement de la sécrétion intestinale a lieu par la destruction des blets nerveux ganglionnaires qui font communiquer les différentes portions intestinales avec leurs plexus respectifs, et cette sécrétion est augmentée sous l’influence galvanique. Cette dernière division de l’appareil ganglionnaire peut se rapporter à la fonction de reproduction, c’est-à-dire aux organes génitaux; et, bien que le plexus dit spermatique ait des connexions avec les organes génitaux, e’est au plexus hypogastrique (1), formé de rameaux nerveux provenant des ganglions pelviens ou sacrés (2), qu’il convient de rapporter l’influence centrale des fonctions organiques de ces parties considérées sous le rapport exonérateur et nutritif. En effet, les vésicules séminales, la matrice, Je vagin, les corps caverneux, et toutes les artères dont les pulsations augmentent manifestement dans l’organisme, et qui se rendent à ces organes, sont en rapport direct au moyen de leurs blets nerveux avec le plexus hypogastrique; mais je n’oserais cependant établir péremptoirement que ce plexus, ainsi que le spermatique, sont affectés plus spécialement à tels ou tels actes mystérieux de la génération; je crois, sans oser l’affirmer, que la sécrétion du sperme chez le mâle, la production et le détachement de l’œuf chez la femelle, ainsi que l’érection de la trompe, sont dus à flinfluence du plexus spermatique; tandis que YexcrcLion du sperme (5) , la nutrition et le développement de l’organe utérin dans la gestation, et de l’embryon, ou du fœtus, dans
naires, propres à mettre'en communication par exemple, la circulation des extrémités abdominales, avec l’appareil central, auquel doivent aboutir toutes les opérations partielles pour l'ensemble fonctionnel .
(1) PL VI, fig. 7, c.
(2) PL VI, flg. 5, c.
(5j Bien que l’excrétion spermatique, soit sous l’influence du plexus hypogastrique, la force éjaculatrice dépend delà moelle lombaire, car, dans les paraplégies, il rfy plus de jet de sperme , mais il y a néanmoins sortie comme par regorgement dans l’organe et avec difficulté. Brachet, ouv. cité, p. 247.
APPAREIL NE R VE CI X
l'oeuf des mammifères, les sécrétions utérines et vaginales, sont dus à l’influence du plexus hypogastrique (voyez, pour preuve de l’action ganglionnaire, Brachet, ouv. cité, p. 246, 269).
Il est à remarquer que lorsqu’on pratique simplement la section de la moelle spinale lombaire, en laissant substituer les segments partagés (1), la sécrétion spermatique, ainsi que toutes les autres sécrétions dépendantes des ganglions lombaires et sacrés , dans les deux sexes, la conception et la gestation , nonplus que la circulation et la nutrition des organes qui y concourent, ne sont nullement entravées, car la portion de l’appareil ganglionnaire qui préside à ces fonctions organiques continue à puiser sa condition d’innervation ou son contingent de force nerveuse dans le segment de moelle coupé, lequel a seulement pour fonction propre d’abolir , par solution de continuité, l’action cérébrale , et, par conséquent, la sensibilité et le mouvement locomoteur dans les parties qui lui correspondent; ainsi il y a paralysie du mouvement volontaire et de la sensibilité dahs le train de derrière du tronc, et il y a aussi impossibilité de parturition, car, non-seulement les muscles abdominaux qui entrent en action involontaire dans le part, sont paralysés, mais encore ceux du plan musculaire de la matrice le sont à l’instar de ceux du plan musculaire du rectum et de la vessie (2). La même chose a lieu chez les parlay tiques où la moelle lombaire n’est que comprimée ou lésée de manière à ce qu’elle ne soit pas détruite (5), sauf la contractilité de tissu qui existe malgré l’abolition de la faculté locomotrice (4); mais si la moelle vient à être détruite dans cette partie, alors la circulation, comme il a été dit plus haut , et tous les actes dépendant de l’influence ganglionnaire venant eux-mêmes à être anéantis par abolition de la source d’innervation , on conçoit que toutes les fonctions qui en dépendent doivent cesser; c’est ce qu’ont prouvé les expériences de M. Brachet (5).
En somme toutes les sécrétions dépendent de l’appareil ganglionnaire, car elles continuent toutes, bien qu’on ait détruit l’influence nerveuse cérébro-spinale, pourvu qu’on laisse subsister la source d’innervation.
(1) Brachet, ouv. cité, p. 247,251,259.
(2) Brachet, ibid,, p. 265, 264.
(5) Ibid., p. 248, 252, 266.
(4) Ibid., p. 266.
(5) Ibid., p. 260.
GANGLIONNAIRE
L’action directe de l’appareil ganglionnaire, sur certaines de ces sécrétions, ne peut être constaté par des expériences, les exhalations, par exemple, des membranes séreuses et de la peau, qui ont lieu sur une surface très-étendue, ne semblent être dues à aucun rameau nerveux, caron n’en aperçoit aucun; mais il est incontestable que de tous les points de leur face adhérente, les membranes séreures, cutanées, etc,, doivent se détacher des milliers de ramuscules nerveux imperceptibles qui communiquent avec le système ganglionnaire, car les affections pathologiques nous offrent, tous les jours, de ces exhalations plus ou moins considérables les surfaces paralysées transpirent comme les parties saines; la transpiration cutanée peut continuer, même après l’extinction du système nerveux cérébro-spinal, comme l’a prouvé le docteur Spenranza (1). Les hémorrhagies, soit des membranes qui paraissent ne pas recevoir de nerfs, soit d’autres parties, peuvent aussi se manifester malgré les paralysies; mais elles n’ont jamais lieu après la mort, car toute hémorrhagie est due à un influx vital et n’a point lieu dans les cadavres. Or, cet influx vital se rapporte ici à l’appareil ganglionnaire spécialement. Les inflammations sont dans le même cas, et c’est ici le lieu de dire que les inflammations ne doivent être considérées que comme le résultat d’irritation primitive des nerfs de l’appareil ganglionnaire qui se distribuent aux vaisseaux sanguins (2). Voilà même pourquoi les pulsations artérielles sont consultées parle médecin, pour avoir la mesure de l’étendue des phlegmasies , et qu’il se rend compte des syncopes ou de toutes les suspensions d’innervation dans la portion ganglionnique qui préside à la circulation, et même de la paralysie totale du ganglion cardiaque et des nerfs artériels, comme cela se remarque dans le choléra. Je dois mentionner ici une expérience qui trouvera son application dans la pathologie; elle concerne cette singulière propriété des ganglions du grand sympathique, remarquée par Bichat, de briser l’influence cérébrale et d’intercepter les perceptions et les déterminations de la vo~
(1) Séance de l’Académie de médecine, 5 avril 1828.
(2) Ces nerfs, d’après les travaux de M. Ribes, surtout, pénètrent tous les organes, avecles artères de quelque calibre qu’elles soient; ils se répandent dans leurs parois, seulement à l'occasion des inflammations qui peuvent avoir lieu dans des parties paralysées. Il est bon de remarquer qu’elles ont lieu sans douleur perçue, et cela se conçoit, car les fonctions cérébro-spinales sont abolies dans les parties paralysées.
APPAREIL NERVEUX
lonlé (1). Dès 1816, étant médecin de l’hôpital militaire Montaigu , à Paris, j’ai souvent fait l’expérience suivante, que j’ai même répétée devant MM. les professeurs Laliemant, de Montpellier, et Sanson, de Paris, alors tous deux attachés au service de l’Hôtel-Dieu : je piquais ou délacerais un ganglion sur un animal vivant, et, comme Bichat, je le trouvais d’abord insensible; mais, si je répétais l’expérience incessamment , au bout d’un certain nombre de fois, le ganglion s’enflammait et acquérait la sensibilité des nerfs sensitifs cérébro-spinaux; les résultats de cette curieuse expérience étaient toujours identiques (2) : j’en conclus, nécessairement, que Bichat s’était trop pressé de déclarer insensible à toute impression le système nerveux ganglionnaire, et que les ganglions devaient acquérir de la sensibilité dans certains états pathologiques. J’eus occasion, maintes fois, de découcouvrir, à l’autopsie d’individus morts à la suite de douleurs épigastriques violentes, les ganglions sémi-lunaires fortement enflammés (5) ; la même chose a été constatée pour d’autres ganglions irrités , coïncidant avec des souffrances qui se rapportent au siège de ces ganglions; les membranes séreuses, la plèvre, le péritoine, l’arachnoïde, qui paraissent n’être en connexion
(1 ) Johnston de Zeum, Meckel l’ancien, Searpa, et tous ceux quiontétudié la nature des fonctions ganglionnaires, ont trouvé que leur usage était d’opérer le mélange intime des filets nerveux et de favoriser leurs rapports; ils pensent qu’ils sont destinés à modérer, à détruire même, l’influence réciproque du cerveau et des nerfs, et que c’est pour cela que les organes nutritifs sont indépendants de l’influence cérébrale et vice verscl ( Béclard Addit. à l'Anat . genér. , p. 67).
(2) M. Brachet, de Lyon, a depuis obtenu les mêmes résultats. lia, de plus, constaté que c'est par le rameau de communication, à la moelle spinale, que chaque ganglion reçoit sa sensibilité (ouv. cité, p. 513).
(3) fl est rare de rencontrer des individus qui ne soient pas affectés d’une certaine sensibilité du ganglion semi-lunaire , eç qui prouve que ce ganglion est, chez eux, le signe d’une irritation continuelle , due sans doute à leurs excès gastriques; j’ai rencontré cette disposition, surtout dans !es[animaux carnassiers. C’est elle qui a donné, sans doute, une si grande importance au centre épigastrique, et qui a engagé M. Broussais à faire jouer un si grand rôle en pathologie à la gastro-entérite. M. Flourens, d’après cette sensibilité, qu’il a rencontrée dans toutes ses expériences, ne craint pas d’attribuer au ganglion semi-lunaire à l’état normal la sensibilité qui ne doit être que le partage du système cérébro-spinal (Voyez Recherches, exp. sur le syst. nerv., 1824, p. 205-208J. Peut-être aussi cette sensibilité doit-elle, dans le plus grand nombre de cas , être attribuée à l’impression ressentie par les filets pneumo gastriques qui sont en grand nombre dans les plexus sous-diaphragmatiques.
GANGLIONNAIRE
directe avec aucun ganglion, ne recevoir que des filets nerveux ganglionnaires imperceptibles, et qui, dans l’élat normal, né présentent pas le moindre vestige d’irritabilité, acquièrent une sensibilité exquise par l’inflammation ; tout médecin sait qu’une pleurésie, une péritonite, une arachnitis intenses, développent des douleurs intolérables; le même phénomène a lieu dans les inflammations articulaires, aponévrotiques du périoste, etc. Tous les tissus insensibles à l’état normal, et qui ne reçoivent leurs nerfs que de l’appareil ganglionnaire, laissent percevoir, lorsqu’ils sont irrités avec quelque persévérance, une telle intensité de souffrance, qu’elle en devient intolérable ; il n’est pas jusqu’au tissu osseux qui semblerait devoir être tout-à-fail inerte, qui ne devienne le siège de douleurs extrêmement aiguës par l’inflammation.
En un mot, les nerfs ganglionnaires insensibles, dans l’état normal, peuvent jouir d’une sensibilité exquise, et devenir le siège de violentes douleurs dans l’état inflammatoire; cet état inflammatoire est l’exaspération vitale des nerfs ganglionnairesde la circulation, comme les convulsions le sont des nerfs moteurs cérébro-spinaux, comme les douleurs non-inflammatoires et sans lésions nutritives le sont des nerfs sensitifs du môme système (1). Quantaux lésions pathologiques nutritives, les schrophules , les tubercules, toutes les dégénérescences organiques où il y a déformation, accumulation et transformation de matière organique, athrophie, etc., et toute espèce de lésion dans le tissu propre des organes, ce qui a lieu le plus ordinairement sans aucune douleur ni sensation quelconque, autre que celles qui proviendraient de la compression ou lésion de quelque filet de nerf cérébro-spinal, englobé dans le tissu affecté* toutes ces déformations organiques insensibles ne sont nullement occasionées par les nerfs cérébro-spinaux; elle doivent donc dépendre de ceux de l’appareil ganglionnaire, puisque, d’ailleurs, ils président à la nutrition, aux assimilations et désassimilations moléculaires dans l’état normal; il en doit être de même pour l’état pathologique : la conséquence est rigoureuse; seulement les phénomènes des actes nutritifs n’offrent jamais l’intensité, ni les caractères tranchés des actes dépendant du système nerveux
(2) J’ai aussi, maintes fois, réussi à déterminer l’action locomotrice involontaire en galvanisant les ganglions. Wurtzer aussi a vu l’action de la pile sur les ganglions lombaires, causer des mouvements convulsifs (Béclard, ouv. cité, p. 68).
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cérébro-spinal; toiit y semble obscur et mal défini; il n’en est pas moins réel que tout ce qui se rai tache à la nutrition et à la vie propre des tissus est indépendant de l’influence cérébro-spinale et ressort immédiatement de l’appareil ganglionnaire.
Quelques-uns des praticiens qui liront ce qui précède , diront peut-être qu’à ce compte toutes les maladies devraient être considérées comme des affections nerveuses , soit organiques, soit cérébro-spinales, et crieront à la monstruosité , en prétendant que je considère comme des névroses ou des névropathies les inflammations, les dégénérescences, les hydropisies, etc. ; comme ils disaient que M. Broussais ne voyait que phlegmasies, alors qu’il a fait justice du roman des lièvres essentielles, pour édifier la doctrine des lésions de tissu. Tout phénomène vital ayant pour principe l’action nerveuse, il est clair que si celte action, au lieu d’être normale, devient anormale, quelqu’en soit le résultat sous le rapport de la transformation des tissus, sous celui des sécrétions ou des accumulations et sous celui des actes sensoriaux, sensitifspou moteurs, le principe en est purement nerveux. U faut donc également tenir compte en pathologie, et du principe de l’action anormale et de ses résultats; il serait aussi irrationnel d’enlever le produit d’une fonction vitale déviée, sans chercher à redresser cette fonction , que de rétablir la fonction sans enlever le produit morbifique ; ainsi je crois que tout en cherchant à détruire une phlegmasie, une hydropisie, une dégénérescence, il faut en même temps traiter la cause et les effets produits ; en admettant que ce raisonnement soit juste, il ne paraîtra plus si déraisonnable de tenir compte de l’état pathologique du système nerveux ganglionnaire dans les maladies produites par altération des fonctions auxquelles préside ce système.
Quelques considérations encore avant de terminer ce qui concerne la physiologie et l’anatomie du système nerveux ganglionnaire.
Comment se fait-il que les nerfs ganglionnaires soient si étroitement liés entre eux par le système des ganglions splanchniques, dans la cavité thoraco-abdominale, et v offrent tant d’homosénéité , qu’il est impossible de ne pas les ranger collectivement sous la dénomination d’un appareil particulier, et qu'il existe des ganglions qui présentent le même aspect que ceux de cet appareil, en rapport avecdes nerfs essebiiellement cérébro-spinaux ( 1)? 1
(1) PI. X, fig. 15. Je l’ai dit ailleurs, c’est que les ganglions pré-spinaux et les post-spinaux ne sont pas de même nature; les premiers sont cssrn-
G A NGL I Q XN AIRE.
îî est vrai qu’on peut répondre à cela que le nerf grand sympatique, lui-même, est en connexion, de tous côtés, avec les nerfs cérébro-spinaux, et qu'il ne s’agit, ici, que de considérer la matière ganglionique , dont la destination parait être de soustraire les filets nerveux à l’action cérébrale. Mais M. Ch. Bell nie abso-r lument la proposition , en assurant que les ganglions post-spinaux sont de même nature que ceux du grand sympathique, et en faisant voir que, bien loin de rompre l’influence cérébrale, le ganglion est une condition essentielle de la perception cérébrale de sensibilité dans ces nerfs. Mais ce raisonnement n’est pas rigoureux, car les ganglions post-spinaux , comme celui qui sépare du tronc delà 5e paire cérébrale, ses trois branches faciales (1), comme celui qui se trouve près de 1 insertion cérébrale du pneumo-gastrique , etc. , pourraient bien être d’une nature différente, et, dans tons les cas, avoir des fonctions différentes, des ganglions splanchniques, et offrir le même aspect, sans choquer les lois de la physique. Connaissons-nous les différences de structure qui existent entre le nerf optique et l'auditif? leurs tissus ne semblent-ils pas être de même nature? à quoi reconnaîtrait-on la différence d’organisation entre un nerf sensitif et un nerf moteur (2)? et, si cela est impossible, pourquoi voudrait-on qu’il y en eût une bien tranchée entre un ganglion et un autre dont, cependant, les usages seraient fort différents ? Il y a beaucoup de choses à dire sur ces points encore obscurs ! Toutefois, la vérité est que certains ganglions , placés sur un nerf ou sur un autre, paraissent avoir pour objet d’intercepter l’influence cérébrale , soit comme perception , soit comme détermination. Ainsi , le ganglion orbitaire (3) paraîtrait soustraire à l’influence volontaire et à la conscience, des filets nerveux appartenant réellement à la 3e paire de nerfs (4) cérébraux (Voyez la 3e paire). Le ganglion sphéno-palatin paraît tellement lié à la 5e paire, que Mekel, et beaucoup d’autres anatomistes scrupuleux, n’ont pas craint de faire émaner ce ganglion de cette paire de nerfs en propre. Le ganglion optique ou sus-auriculaire, et d’autres ganglions céphaliques, sont dans le même cas. Il est des considérations des
bellement insensibles et hors du domaine de la volonté, les seconds sont dans les conditions contraires.
(1) PL V, fig. 5.
(2) PL V, fig. 10 et il.
(3) P!. V, fig. 5.
(4) PL III, fig. 3,
APPAREIL NERVEUX
anatomistes modernes, qui leur ont fait admettre que la sécrétion de la glande lacrymale, celle de la glande sous-maxillaire, etc., dépendait des rameaux cérébro-spinaux de la 5e paire (1) , sans nulle influence ganglionnaire; celle de la glande parotide dépend, selon eux, de la 7e paire, et ainsi de plusieurs autres. Mais des physiologistes et des anatomistes sensés ont répondu à ces assertions. D’abord on sait, aujourd’hui, par quelle merveilleuse régénération , reproduction ou accumulation de filets nerveux , la trame des nerfs ganglioniques se perpétue dans les parois mêmes des vaisseaux artériels; il ne serait donc pas étonnant qu’aucun des tissus faudulaires fût privé de ces nerfs, puisque, d’ailleurs, aucune sécrétion ne peut avoir lieu sans le concours des artères, d’où émane tout fluide sécrété. Ensuite, il n’y a rien de déraisonnable à penser qu’un filet nerveux cérébro-spinal soit, luimême, soustrait à l’influence cérébrale, dès qu’il a traversé un ganglion ; et, de cette manière, le nerf s’identifie avec le ganglion, et aussi, quelquefois, le ganglion avec le nerf, puisqu’on a vu, par des dilacérations réitérées, les ganglions acquérir les propriétés des nerfs cérébro-spinaux, ainsi qu’il a été dit. II y a encore là-dessous des mystères dont l’explication n’a pas été trouvée.
En résumant tout ce qui concerne l’appareil ou le système nerveux ganglionnaire, on voit qu’il se borne aux actes purement circulatoires et nutritifs, lesquels ne doivent pas être influencés, dans l’état normal, par le système cérébro-spinal. Ainsi, la circulation du sang, opérée par les contractions du cœur et des parois artérielles, toutes les sécrétions glandulaires des membranes, tant muqueuses que séreuses, la contractilité du tissu, l’assimilation et désassimilation moléculaire, sont exclusivement sous la dépendance de l’appareil ganglionnaire; tandis que, comme il sera dit en traitant de la moelle spinale, la locomotion involontaire, celledes plans musculeux, des intestins de la vessie; de l’utérus, des conduits éjaculateurs , spermatiques et expulseurs du part, etc., sont sous la dépendance directe de la moelle spinale
Bichat a donc commis de notables erreurs, lorsqu’il a dit que tout ce qui était soustrait à la volonté, dépendait de l’appareil nerveux ganglionnaire. Ce célèbre et brillant physiologiste a présenté une pensée inexacte, lorsqu’il a appuyé sur sa distinction
(1) PL 3, fig. 3.
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des deux vies. La vie végétative des animaux ne peut être séparée de leur vie de sensation, de sensibilité et de mouvement, ou plutôt il n’y a qu'une seule vie , résultat de l’exercice de toutes les fonctions vitales, dont les unes sont nutritives, et les autres sensoriales, sensitives et locomotives. Ce qu’il a appelé propriétés vitales , présente aussi un mot vide de sens. Ses distinctions en contractilité et sensibilité animale ou organique ne peuvent être admises, car toute contractilité, chez les animaux, est animale; elle est aussi, en même temps, organique* puisqu’elle ne peut s'exercer qu’en vertu du jeu des organes. J’en dirai autant de la sensibilité.
Je dois aussi combattre les idées de M. Brachet de Lyon, qui s’évertue à rapprocher la vie des végétaux de celle des animaux. C’est en vain qu’il s’efforce de découvrir dans les nœuds du bambou, dans la moelle du sureau, les rudiments du système nerveux ganglionnaire des animaux : il n’y a point de nerfs dans les végétaux. L’érectilité végétative n’est due qu’à la circulation de la sève. L’apparente sensibilité et la contractilité des feuilles de la sensitive, n’est qu’une flétrissure occasionée par les émanations animales en contact, que bientôt un nouveau jet de sève fait disparaître. En un mot, la vie des végétaux est essentiellement différente de la vie des animaux. La première estsimple etexciusivementsous la dépendance de l'alimentation ou circulation de la sève , qui puise ses matériaux nutrilifs dans le sol, et va les porter dans toutes les parties du végétal.
Les animaux ont une organisation compliquée, ën raison de là complexité de leur système nerveux. Il en est qui n’ont que de simples organes digestifs, et une locomotion ainsi qu’une sensibilité fort bornées, sans appareil central circulatoire ni respiratoire ; d’autres ont une circulation très-bien caractérisée, un cœur, et même un appareil respiratoire, un appareil digestif, des sensations, de la sensibilité et des mouvements assez étendus; le tout régi simplement par un appareil nerveux ganglionnaire, sans cerveau proprement dit, ni moelle spinale, mais non sans nerfs sensoriaux, sensibles ni locomoteurs.
Arrivé aux animaux vertébrés, l’observateur peut étudier une organisation d’autant plus complexe, qu’il examine des espèces plus perfectionnées, et alors il se convainc que, non-seulement il peut y avoir un appareil nerveux distinct pour les fonctions de nutrition et la contractilité du tissu, mais qu’il existe aussi d’autres appareils pour les sens différents, pour la sensibilité, pour lés mouvements involontaires et les mouvements volontaires.
DE LA MOELLE
Puis il reste saisi d’admiration, lorsqu’il envisage ces harmonies fonctionnelles sympathiques et consensuelles qui lui révèlent tous ces jeux d’organisation si étonnants qui constituent une vie d’animal, et surtout d’animal perfectionné.