CHAPITRE VI
Du cerveau et de ses lobes (1).
Une des choses qui ont le plus étonné les physiologistes et les. anatomistes, c’est de se voir forcés de conclure que la partie du système nerveux , qui a la conscience de toute sensibilité , est par elle-même insensible, que celle qui ordonne les mouvements, ne les abolit pas lorsqu’elle est anéantie; ilsont, de même, peine à se persuader que la lésion des parties qui indiquent les directions, n’affaiblit que peu les mouvements 7 que les parties qui
(1) Oav. cité, t. 2, p. 222.
(2) Pl.Vt.fig. 9,10 et H; pl. II!, fig. 1; pl. lï , fig. 4, 8, 9, 10, 11,12,13, 14 et 15.
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apprécient, qui jugent, ne sont pas les mêmes que celles qui perçoivent.
Ce sont cependant là autant de vérités que l’étude approfondie des lobes cérébraux mettent hors de toute contestation.
Lorsque je découvris la formation du système nerveux dans les animaux vertébrés, en trois évolutions successives dans son organisation centrale, je pensai que les organes primordiaux (les faisceaux médullaires cérébro-spinaux), étant destinés à devenir la base de tout le système, devaient être les plus importants pour l’existence, et, tenant compte de l’opinion de Gall, qui était que tous les nerfs du corps, moins ceux de l’olfaction, aboutissaient en définitive à la moelle spinale, et de celle d’autres anatomistes consciencieux qui, cependant émettaient des doutes relativement à l’insertion des nerfs optiques, je dus m’expliquer plus facilement qu’eux cette communauté d’insertion, surtout depuis que les physiologistes avaient prouvé que la moelle spinale était le siège du mouvement et de la sensibilité, fonctions qu’ils ont regardées comme les propriétés vitales fondamentales, et qu’il me fut démontré que le réservoir de l’innervation, le réceptacle de la force nerveuse, ainsi que la mise en rapport des opérations motrices et sensibles résidaient principalement dans cet appareil médullaire cérébro-spinal , et que l’on eut découvert que les lobes cérébraux que je savais n’avoir été primitivement que des organes de seconde formation , n’avaient d’autre fonction que celle de diriger, tandis que les cordons cérébro-spinaux étaient véritablement le centre d’ exécution. Or, les cordons nerveux n’étant autre chose que des conducteurs, soit de sensation, soit de sensibilité, soit de mouvement, devaieut être en rapport direct avec les centres d’exécution; mais ce raisonnement me paraissait renversé par le seul fait de l’insertion des nerfs olfactifs à un lobe cérébral.
Je me déterminai donc à éclaircir celte grande question , et je dirigeai mes investigations anatomiques et mes expériences physiologiques, de manière à découvrir ou à confirmer, par le trajet des nerfs, les fonctions des parties où ils s’insèrent, et par les fonctions connues de ces parties , celles des nerfs qui y aboutissent en procédant ainsi , et après avoir conclu avec MM. Ch. Bell, Magendie, et les physiologistes qui ont répété leurs expériences, que les nerfs d’insertion post-spinale étaient des conducteurs de la sensibilité, les nerfs d’insertion pré -spinale, des conducteurs du mouvement ; après avoir conclu avec Bichat et M. Brachet, de Lyon, que les nerfs ganglionnaires étaient
DU CERVEAU
soustraits dans Tétât normal aux influences cérébrales, je dus porter mon attention sur les nerfs cérébraux et sur leur insertion. Je dus surtout cherchereher à découvrir comment ils devenaient les ministres des opérations intellectuelles, comment ils transmettaient à la conscience les impressions, et comment ils recevaient les voûtions, etc.
Après une longue série de travaux et d’expériences, dont il serait inutile ici de rapporter les détails, je suis arrivé aux conclusions suivantes :
Tous les nerfs purement moteurs ou purement sensibles, qui s’insèrent aux parties nerveuses centrales intra crâniennes, vont aboutir, comme tous les nerfs intra- vertébraux, sur les gros faisceaux centraux cérébro-spinaux; les moteurs, à la base ou la face antérieure, les sensibles, à la face postérieure ou dorsale; mais les nerfs dont les opérations ne sont ni purement motrices , ni purement sensibles, et qui sont en rapport plus immédiat avec les fonctions cérébrales, comme les nerfs des sens, ceux de l’expression et delà voix, ne s’insèrent pas à la moelle cérébrospinale ; ils sont en contact avec les lobes cérébraux eux-mêmes. Ainsi , les rameaux olfactifs (1) vont aboutir à la caroncule ou au lobule olfactif, qui, lui-même est une dépendance de l’hémisphère cérébral du même côté; le nerf occulaire (2) s’insère aux lobes optiques (tubercules bi-jumeaux, quadri-jumeaux antérieurs chez les mamifères ), aux couches optiques et au corps cendré pituitaire , toutes parties lobaires cérébrales; Tune des insertions de la 5e fpaire (celle qui correspond assurément aux mouvements de l’iris par influence de la rétine), s’insère aux tubercules quadri-jumeaux (5), la 5e paire , qui renferme les rameaux sensoriaux de -T odorat, du goût, qui contribue si puissamment par sa perception de sensibilité et son action nutritive (voyez 5e paire), à la vision et à l’audition, et qui a une si grande part à l’expression faciale, s’insère au lobe cérébral susspiual (4), ou, pour me servir du langage de Desmoulins, au lobe du quatrième ventricule (5). La portion de la 7e paire, qui contribue à l’expression, est aussi en rapport avec la matière grise cérébrale du bulbe sus-spinal; la portion molle ou le nerf
(1) pi. ni, fig. i.
(2) Ibid.
(5) Voyez 5e paire.
(4) PL VI, fi g. 10
(5) Voyez Anat. des Sy?.t. nbrv.
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âuditif est en rapport avec le môme lobe sus-spinal (1); la 8e paire, qui perçoit le besoin de respirer, où réside le sens gastrique et en qui se passent les phénomènes de la voix , est en rapport bien direct avec ce même lobe sus-pinal (2), ou , comme dit Desmoulins, avec la portion inférieure du lobe du 4e ventricule. Quant à la portion musculaire de la 5e paire de nerfs, aux rameaux de la 4e, musculaires de la 5e, la 6°, musculaires de la 7e, au glosso-pharyngien, à l’hypoglosse et à l’accessoire, ils vont sans nul doute s’insérer aux cordons cérébro-spinaux, avec cette parliculiarité que, dans certaines espèces, le rameau de la 4e paire est moteur, que, dans d’autres, il doit être sensible, selon qu’il s’insère sur la face antérieure ou postérieure de la moelle, (voyez 4e paire). Le glosso-pharyngien renferme et des rameaux sensoriaux et des rameaux moteurs; aussi, a-t-il des insertions différentes; enfin, les diverses transpositions de rameaux que l’anatomie comparative nous a démontré exister dans la disposition des nerfs cérébraux, rendent raison des différences d’organisation fonctionnelle, qui existent chez les divers animaux; ainsi s’explique une partie des secrets de la nature, qu’on avait pris pour autant d’énigmes ou même pour des anomalies; car la nature ne se trompe jamais par intention d’organisation; c’est dans l’imperfection et l’incohérence du jugement des hommes, que se rencontrent les erreurs.
On a pu voir à l’exposition des 5e et 8e paires cérébrales, surtout dans les classes inférieures des vertébrés , que tantôt un rameau appartenait à l’une de ces paires, tantôt à l’autre; mais un a dû remarquer que dans ces apparentes anomalies, l’insertion avait toujours lieu ordinairement à la même partie centrale, un peu plus haut ou un peu plus bas ; ainsi, l’on a vu que tous les nerfs sensoriaux , tous ceux qui doivent immédiatement apporter les impressions sensoriales ou recueillir les voûtions, au lieu de s’insérer à la force postérieure de la moelle cérébro-spinale , comme font les nerfs conducteurs de la sensibilité générale, et à la face antérieure, comme les nerfs conducteurs du mouvement, soit volontaire, soit involontaire, vont aboutir à la matière grise, soit du iobe olfactif, soit du lobe optique, soit du lobe sus-spinal. C’est donc dans cette matière grise ou au moins par son entremise, qu’ont lieu les opérations de conscience et les détermina-
(1) PI. VI, fig. iO.
(2) Ibid,
DU CfiftVEAÜ.
lions, les jugements. Voyons s’il serait possible de localiser ces facultés de haute portée.
Déjà Boerhaave était parvenu à déterminer expérimentalement que la moelle aiongée est le siège de la sensibilité générale et des mouvements; il avait trouvé même que les contractions du cœur y puisaient leur principe.
Haller établit que les lobes cérébraux et cérébelleux étant enlevés, mais la moelle aiongée restant intacte, les animaux n’éprouvent pas de notable perturbation dans les fonctions respiratoires ou circulatoires. Enfin, Lorry admet que dans la moelle aiongée était le principe de la sensibilité perçue et des mouvements, l’une croisée, les autres directs, ainsi que l’avait annoncé Hippocrate (1). M. Flourens n’admet pas que la moelle aiongée participe à la sensibilité, qu’il croit ne pouvoir être perçue que par les hémisphères cérébraux; mais il la croit coordinatrice des mouvements de conservation , involontaire et par influence directe sur tous les mouvements respiratoires (2).
Voici le résultat de mes expériences propres.
On a vu au chapitre de la moelle spinale, que l’irritation de la substance blanche de la moelle alongé (qui selon moi n’est autre chose que la continuation de la moelle spinale), détermine dèsœonvulsions directes, que sa destruction occasione la paralysie directe comme la moelle spinale. M. Flourens avait avant moi tiré ces conclusions.
Mais elles ne doivent regarder que la portion blanche du bulbe sus-spinal, j’ai fait pressentir que ce bulbe renfermait deux organes distincts, que M. Flourens n’a pas distingués : les faisceaux de la moelle épinière et le lobe formé de la matière grise qui constitue les parois du 4e ventricule (5). J’ai constaté que l’irritation de celte matière grise, dans l’étendue du champ d’inser-
(1) Les disputes sur l’influence croisée ou directe, ont beaucoup occupé les médecins; cette question se trouve résolue par les physiologistes, dans leurs expériences (Flourens , Lorry, etc. ) ; mais ils ont voulu , à tort, s’appuyer sur l’entre-croisement des fibres médullaires , signalé par Gall , dans la pyramide antérieure; M. Magendie a prouvé que ni la section isolée de cette pyramide , ni celle de la pyramide postérieure , n’occasionent aucun dérangement dans les mouvements, ni la sensibilité; il faut, pour que cela soit, que la section de toute l’épaisseur d’une moitié delà moelle ait lieu : alors il y a *! donc transmission des influences cérébrales (Précis physiol. , t. 1, p. 410). M
(2) Reçu. exp. sur tes foxct. du svst. nerv., p. 171 et suivantes,
(5.) Voyez Formatïox du syst. iserv., pl. II, fig. 6, pl. VI, fig. 10, A.
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lion de la 5e paire de nerfs cérébraux, c’est-à-dire toute la portion antérieure de ce 4 e ventricule, occasionait des douleurs atroces; la destruction de cette substance grise dans cet espace, amenait la perte totale de la perception de sensibilité (1), la perte du goût, de l’odorat et d’audition, mais non la perte de la vue. L’irritation de cette matière grise , dans l’étendue du champ d’insertion des nerfs de la 8e paire, c’est-à-dire dans la portion postérieure du 4e ventricule, troublait les actes respiratoires et la voix, et influençait les mouvements du cœur, en les rendant irréguliers, saccadés, confus; je crois avoir remarqué que l’irritation de la paroi du ventricule qui est placée dans l’épaisseur de la paroi pré-spinale (à peu près à la hauteur des cordons olivairesj, influençait plus particulièrement les mouvements du cœur, tandis que les irritations de la paroi post-spinale du ventricule, troublaient plus spécialement les actes respiratoires. Les parois latérales me semblent influencer plus particulièrement les fonctions digestives. Au reste, toutes ces nuances nécessitant la répétition des expériences sur un grand nombre d’animaux, j’avoue avoir encore peu de détails à cet égard; toujours est-il avéré que la destruction du champ d’insertion de la 8e paire abolit instantanément la respiration et la digestion gastro-duodénale , ainsi que la voix. M. Serres dit (2) que l’irritation de la partie antérieure de la moelle alongée, produit le bégaiement ; il entend probablement parler du lobe du 4e ventricule. En résumé, le lobe cérébral sus-spinal, renferme dans sa moitié antérieure, ou supérieure (celle qui avoisine le plus les tubercules quadri-jumeaux ), le champ d’excitation des impressions sensoriales externes (5); et dans son segment posté-
(1) M. Serres dit aussi; Anat. dü cerv., t. 2, p. 601 : « que la moelle alongée est le foyer principal de la sensibilité, » il faut entendre la matière grise qui constitue le lobe sus-spinal. »
Desmoulins a constaté, comme moi, que la matière grise du 4e ventricule est très-sensible; seulement il fait erreur quand il admet que ce lobe renferme la conscience des sensations (ouv. cité, t. 2, p. 630). C’est la perception qu’il fallait dire ; la conscience appartient aux lobes hémisphériques.
M. Magendie a également reconnu que le lobe sus-spinal était doué d’une grande sensibilité (Précis de pbisioi ., 1. 1, p. 237, 246.
(2) Ouv. cité, t. 2, p. 233.
(5) Dans le jugement que l’Institut de France a porté sur les travaux de M. Flourens, qui a eu Cuvier pour rapporteur, il est dit : « C’est tout-à-fait dans le haut de la moelle alongée, à l’endroit où les tubercules quadri-ju*
DU CERVEAU
rieur ou inférieur (celui qui avoisine le plus le calamus scrip* torius), le champ d’excitation des impressions sensoriales internes, ou des besoins. Dans toute l’étendue de ce lobe vienvent donc aboutir les sensations, et probablement viennent aussi retentir, et en quelque sorte se concentrer toutes les impressions sensibles, soit celles communiquées par la 5e et la 8e paires, soit celles recueillies par tous les nerfs post-spinaux, ou même celles transmises par Tétât anormal des nerfs ganglionnaires (1). J’avais déjà consigné ces conclusions en 1829, dans mon anatomie méthodique au tableau des centres du système nerveux.
Toutes les impressions sensoriales et sensibles, perçues par le lobe cérébral sus-spinal (2) sont immédiatement transmises au lobe des tubercules quadri-jumeaux, chargé, comme nous allons le voir, de la mise en rapport de toutes les puissances cérébrales.
La protubérance annulaire (5), ai-je dit au chapitre de la moeile cérébro-spinale, se compose de trois parties distinctes; les deux inférieures, concernent les cordons médullaires, et la supérieure est formée parle lobe cérébral médian , ou lobe optique proprement dit; ce lobe a reçu des physiologistes modernes le
ineaux lu-i adhérent, que cesse celte faculté de recevoir et de propager, d'une part l’irritation , et de l’autre la douleur. C’est à cet endroit au moins , que doivent partir les ordres de la volonté ; ainsi, la continuité de l’organe nerveux, depuis cet endroit jusqu’aux parties, est nécessaire à l’exécution des mouvements spontanés, à la perception des impressions, soit inferieures, soit extérieures.
Toutes ces conclusions ne sont pas identiques avec celles de l’auteur, etc. » On voit que l’opinion de la commission de l’Institut est dans les mômes termes que les conclusions résultant de mes expériences.
(1) Desmoulins, Anvt. des syst. nerv . , t. 2, p. 560-575. .estarrivé aux mêmes conclusions que moi, quanta la conscience des sensations et de la sensibilité; mais de plus, il croit , d’après des expériences qui lui sont propres, que chez les reptiles, le lobe du 4e ventricule renferme la faculté de vouloir et de se déterminer; il admet aussi dans ce ventricule des reptiles, la surface coordonatrice des mouvements réguliers, contradictoirement à l’opinion de M. Flourcns qui place cette force dans le cervelet. Ce physiologiste croit aussi que ce lobe est le siège des forces intellectuelles ou instinctives, qüi ont rapport aux actions mécaniques ou chimiques, des sensations et des besoins, il croit également que ce lobe est le siège du sommeil, et d’un phénomène inverse de la force excitative des mouvements et des sensations; M. Hoden a la même opinion.
(2) J’ai lieu de soupçonnerque ces impressions sont croisées, comme tous les actes des autres lobes cérébraux .
•(3) PI. Vf, fi g. 11, B.
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nom d’optique, parce qu’ils ont constaté que l’une de ses principales propriétés est de servir à la vision. M Flourens le considère comme exclusivement excitateur des contractions de l’iris; il dit (1) que l’irritation d’un tubercule quadrijumeau, détermine des contractions dans l’iris opposé, que son ablation complète les y abolit complètement; qu’ainsi le principe primordial des contractions de l’iris et de la rétine réside dans les tubercules quadrijumeaux.
Ce physiologiste reconnaît de plus que les tubercules quadrijumeaux ont une influence croisée sur les contractions musculaires.
Willis regardait les tubercules quadrijumeaux comme les organes de conservation.
M. Serres les considère comme excitateurs de V association des mouvements volontaires ou de l’équilibration, et de plus excitateurs du sens de la vue, dans les trois classes inférieures des vertébrés (2).
Cependant, le même médecin avoue que dans les altérations pathologiques des tubercules quadrijumeaux, il n’a jamais remarqué de trouble sensible de la vue (5), ce qui prouve que ce sens ne réside pas essentiellement dans les tubercules quadrijumeaux, bien qu’ils influencent les contractions de l’iris : cette remarque est juste au moins pour les mammifères. Du reste, il a constaté, ainsi que MM. Flourens, Desmoulins et Magendie, que les blessures des lobes optiques à leur base (cordons primitifs cérébro-spinaux), d’un côté, occasionaient des mouvements de rotation (4). Il conclut de tous les cas pathologiques qu’il a observés (5), et de ses expériences physiologiques (6), que les tubercules quadrijumeaux sont excitateurs de l’équilibration des mouvements, plutôt qu’ils ne sont excitateurs de la vision, et il se fonde sur l’existence des lobes dits optiques chez les animaux privés de nerf optique (7). Le fait est que chez les poissons à iris non contractile, les tubercules bijumeax n’en existent pas moins et dans un grand développement; les lobes opli-
(1) Ouv, cité, p„ 525, voyez aussip. 170.
(2) Anat. du cerv., t. 2, p. 717.
(3) Ouv. cité, t. 2. p. 649.
(4) Ibid., t. 2, p. 648.
(5) Ibid., t. 2,p. 642-655.
(6) Ibid., t. 2, p. 632-642.
(7) Yovez, ibid., la note de la p. 649, t. 2.
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ques, chez eux, ne peuvent donc pas être, selon le sentiment de M. Flou rens , le siège du principe primordial des contractions de l’iris.
Le fait est encore, que, quand on détruit complètement la protubérance annulaire, l’animal sur lequel on a opéré celte mutilation isolée, reste complètement immobile, et incapable d’aucune coordination de mouvement et de direction, et probablement aussi d’aucune autre coordination sensoriale, instinctive, intellectuelle ou autre (!) ; mais n’anticipons pas sur les conclusions que je prétends tirer à mon tour.
Un fait a dû frapper dans la formation du système nerveux des animeaux vertébrés, c’est qu’après les organes de première formation, ceux qui se sont les premiers perfectionnés, et qui sont le plus rapidemement arrivés à leur summum de développement dans la série de seconde formation , sont les lobes optiques, autrement dits lobes bi-jumeaux, ou quadri-jumeaux (2). Ces lobes médians, placés dans l’écartement céphalique des cordons cérébro-spinaux, offrent ceci de remarquable, qu’ils arrivent les premiers de tous les lobes cérébraux à leur maturité; que le liquide opalin est encore fluide dans les lobes antérieurs et postérieurs, tandis qu’il est déjà concret dans ces lobes médians, et que ces derniers prennent évidemment part au développement de toutes les autres parties cérébrales; d’abord, ils grossissent avant tous les autres, et atteignent bien avant, eux leur summum de développement. On les trouve chez l’embryon des mammifères, aux premiers temps, très-développés, comparativement à toutes les autres parties cérébrales. C’est aussi ce que l’on remarque chez les poissons parfaits (5), qui n’offrent, ainsi que l’a observé M. Serres, que l’état purement embryonnaire des classes plus élevées; et déjà l’on remarque chez les reptiles , comme chez les embryons des mammifères un peu plus avancés, que d’autres parties, et surtout les hémisphères cérébraux, se sont déjà plus développés, progressivement qu’ils augmentent encore en passant par les oiseaux, et en atteignant les mammifères les plus parfaits , chez lesquels les tubercules quadri-jumeaux, qui se sont dès long-temps arrêtés dans leur développement, paraissent comparativement d’une grande exguité. Aussi, quelques anatomistes ( et M. Serres est du nombre de
(1) Résultat de mes exp. propres.
(2) PI. 2, fig. 9, k.
(5) PI. 2, fig. 12.
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ceux auxquels s’adresse ce reproche), ont-ils admis que les tubercules quadri-jumeaux étaient doués d’une grande importance chez les poissons, tandis qu’ils ne seraient , qu’à l’état rudimentaire chez l’homme. Cette manière de voir est défectueuse : les tubercules quadri-jumeaux doivent être considérés comme étant des organes d’une haute importance chez tous les animaux vertébrés, parce qu’ils se forment des premiers, et qu’ils arrivent avant aucun autre lobe cérébral à leur entier développement.
M. Serres a dit que les lobes optiques suivaient la progression de développement de la moelle épinière; lui et Desmoulins ont prétendu qu’ils sont la terminaison des faisceaux médians de la moelle.
Quoi qu’il en soit, leurs fonctions ne se bornent pas , comme semblent l’avoir établi quelques physiologistes modernes, à la vision (1); car la taupe, les chrysochlores, etc, et tous les animaux privés de la vue, les ont aussi développés que d’autres de genres voisins; les aigles, à vue si perçante, n’ont pas de lobes optiques plus gros que des animaux qui y voient beaucoup moins, et j’ai fait remarquer plus haut, que les poissons à iris non contractile, étaient doués de ces lobes comme les animaux à iris mobile. Tout porte à croire que la partie de ces tubercules qui est en rapport avec les organes de la vision se rencontre dans leur région supérieure (2).
Les tubercules quadri-jumeaux, c’est-à-dire leur masse de support sont bien, comme l’a établi M. Serres, un centre de coordination; mais un centre de coordination générale entre toutes les influences ou toutes les puissances cérébrales; car la destruction de cette masse anéantit tous rapports de conscience et toutes les voûtions; si ce n’est là où résident la perception des sensations et les motifs de détermination, c’est au moins là où ils se coordonnent. C’est là le centre de mise en rapport des perceptions et des voûtions. Avec l’abolition des tubercules quadrijumeaux, toute conscience coordonné, toute volonté, en un mot, toute direction est anéantie. C’est donc là le point central , non de perception, non de détermination, mais de coordination de tous les actes cérébraux.
(i) M. Serres a vu les tubercules quadri-jumeaux désorganisés, sans avoir occasioné de trouble dans lavue(A>\AT. et t. 2, p. 045.
(2j Voyez Bailly, de Blois, dans le Journal dé la société phrénologie
QUK.
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Nous avons vu , plus haut, que la perception des sensations et de la sensibilité est dans le lobe cérébral sus-spinal, autrement dit dans les parois du 4e ventricule; mais cette perception est transmise au lobe des tubercules, pour être coordonnée avec les influences des autres parties cérébrales. Les mouvements sont transmis è ce même lobe des tubercules , par la continuité des cordons cérébro-spinaux, pour y être soumis aux coordinations ou aux rapports avec les autres influences (1). Les actes visuels , les contractions de l’iris qui paraissent dépendre plus spécialement des tubercules quadri-jumeaux, puisque les nerfs qui y président y aboutissent, sont, de même, coordonnés et mis en rapport avec toutes les autres influences cérébrales ; il n’y a pas d’exception. Dans les monstres humains microcéphales, où les instincts et les Facultés intellectuels sont si bornés, et où il n’y a de vraiment énergique que les mouvements, la sensibilité et les sensations, où toutes ces opérations sont très-bien coordonnées, on rencontre toujours une moelle spinale très-forte, un lobe sus-spinal bien développé, et des tubercules quadri-jumeaux énormes, si on les compare aux hémisphères cérébraux et cérébelleux qui sont trèsgrêles (2).
M. Serres a constaté que les effets des tubercules quadri-jumeaux sont croisés : la perte d’un œil occasione l’atrophie du tubercule opposé; un foyer morbide occasione la paralysie, également du côté opposé. Il en est de même pour les lésions morbides qui occasionent des convulsions.
Le même physiologiste, aussi, a constaté que les phénomènes de sensibilité avaient lieu dans les tubercules (5). Cela doit être , si ces organes sont effectivement le centre universel des coordinations et de mise en rapport des actes cérébraux , ainsi que je l’établis d’après toutes mes observations pathologiques et physiologiques.
Les hémisphères cérébraux (4) sont les organes qui ont le plus occupé les physiologistes, et cela se conçoit : d’abord ils sont, de
(1) M. Serres regarde la chorée, les convulsions oculaires , etc. , comme résultats d’affections des lobes dits optiques. ( Ouv. cité, t. 2, p. 645 et suiv. )
(2) Aussi , les actes de conscience , de jugement , de volition et les directions sont-elles toujours très-faibles chez ces individus . ( Voyez hémisphères et cervelet. )
(3) Ouv. cité, t. 2, p. 649.
(4) PL VI, fig. 9, 10, 11, E; PL III , fig. 1. B; PL II, fig. 9, 10, 11, 12, 13,14, 15. M.
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tous les lobes cérébraux, les plus volumineux chez l’homme, et puis il y a long-temps que les lésions pathologiques ont fait soupçonner qu’ils étaient le siège des facultés intellectuelles. Les anciens avaient réparti leurs fonctions dans toute la masse cérébrale, ou plutôt ils confondaient tous les lobes, et leurattribuaient indistinctement toutes les opérations que les modernes ont su distinguer et rattacher à des lobes séparés; ils attachaient si peu d’importance aux localisations, qu’ils coupaient toute la masse par tranches, soit qu’ils voulussent faire des expériences physiologiques, soit qu’ils fissent des investigations pour rechercher les altérations pathologiques dont ils ne soupçonnaient jamais le siège, tant la complication des fonctions de toutes ces parties, qu’ils n’avaient su débrouiller, les étonnait et les déroutait. Aussi, ne pouvant expliquer des lésions qui, tout en occasionant les mêmes résultats, tantôt se trouvaient dans un endroit, tantôt dans un autre, et d’autres fois observant des effets essentiellement différents de lésions qui paraissaient occuper les mêmes lieux, ils avaient pris le parti de croire que toute la masse cérébrale était homogène, et se contentaient de penser que la différence des effets tenait à des causes inconnues. En effet, les causes étaient inconnues, et il n’a pas fallu moins que l’infatigable activité et les observations mille fois répétées de nos médecins modernes, anatomistes, physiologistes, psychologistes, pathologistes , pour découvrir , dans le dédale des opérations si multipliées de l’entendement, des actes perceptifs, des déterminations et des coordinations , la part que chaque partie du système nerveux pouvait avoir à ces opérations. Encore, que d’obscurités ne reste-t-il pas à éclaircir ! et combien peu sûres sont certaines de ces opérations, dont les physiologistes , après de si laborieuses investigations, croient avoir surpris le secret! Il suffit de mettre en parallèle les opinions de nos plus célèbres et nos plus respectables expérimentateurs, pour être convaincu de toutes ces difficultés. L’un (M. Flourens) place le centre de coordination des mouvements dans le cervelet, tandis que l’autre (M. Serres) en dote les tubercules quadri -jumeaux. Un autre (Bichal) place le mouvement involontaire des intestins, des poumons, de la vessie, de la matrice et du cœur, dans les ganglions du grand sympathique, tandis que d’autres (Legallois) attribuent les mouvements du cœur à la moelle spinale, ceux de l’estomac, des intestins grêles supérieurs et des poumons à la moelle alongée par le pneumo-gastrique; ceux de la vessie, de la matrice et des intestins inférieurs à la moelle spinale (Brachel, de Lyon).
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D’au 1res encore, comme MM. Ch. Bell, Wilson, Philipps et tous les disciples de l’école de Haller, sont en dissidence avec les physiologistes français, sur diverses attributions du système nerveux. Maintenant, les physiologistes sont d’accord sur le siège des opérations intellectuelles, qu’ils reconnaissent tous dépendre des hémisphères cérébraux, et ils ont légué aux phrénologistes et aux psychologistes leurs disputes sur le mode d’opération , sur les causes, les effets et toutes les subtilités de la pensée; car ils savent que la saine physiologie place ses bornes aux limites des choses prouvées, et s’arrête au domaine des hypothèses, qui est un gouffre sans fond.
Les opérations intellectuelles consistent 'sommairement dans la conscience (1), les jugements (2) qui ontlieu en conséquence des opérationsdeconscience, et les volitions (5) qui ont , elles-mêmes , lieu en conséquence des actes de conscience et des jugements.
Toutes les expériences des physiologistes se sont accordées en ce que, dans l’ablation des hémisphères cérébraux chez tous les animaux, la conscience, le jugement et la volition étaient instantanément abolis (4).
La conscience, le jugement, la volition résident donc dans les hémisphères cérébraux.
Mais, à ce compte, les animaux invertébrés n’auraient donc ni conscience, ni jugement, ni volitions!
On a dit que le talent de construction du castor était tout machinal, que cet animal n’avait aucune idée des préceptes de l’architecture, qu’il bâtissait ses huttes toujours sur le même modèle ; on a dit aussi que les cases du gâteau de l’abeille se ressemblaient toutes, que le travail de cet insecte n’était le fruit d’aucune combinaison cérébrale, puisqu’il n’avait pas de cerveau (5) ; que l’araignée tissait sa toile en vertu d’une impulsion qui ne pouvait émaner de son intelligence ; et qu’entin l’admirable carapace des tortues, le coquillage du limaçon, la perle renfermée dans l’huître, la nacre de l’ormeau et de tant d’autres coquillages, etc..
M ) La conscience n’est autre que la perception , soit des sensations , soit de la sensibilité mise en rapport avec les organes qui joignent et apprécient.
(2} Le jugement est la pondération , l’ appréciation des perceptions.
(5) La volition est l’acte jugé nécessaire en conséquence de la perception.
(4) Voyez surtout M. Flourens. Reçu. exp. surlesvst. nerv. , p. 48. La faculté de penser ne peut résider dans d’autres parties que les hémisphères, puisqu’elle ne s’éteient que par leur ablation !
(5) Voyez s m\ nerv. ganglionnaire.
ET DE SES LOBES
n’étaient pas plus l’ouvrage de l’industrie et de l’intelligence de ces animaux, que la conception, la gestation et la formation des animaux, même les plus parfaits, ne sont l’œuvre de l'intelligence de leurs parents , c’est-à-dire, que tous ces produits sont l’œuvre d’une intelligence supérieure dont nous ne connaissons pas la nature. On pourrait dire qu’il en est de même des actes cérébraux et du fluide nerveux, dont nous ignorons l’essence.
Sans vouloir discuter cette opinion, sans vouloir remonter aux causes premières, et en nous bornant à rechercher comment les manifestations ont lieu, et quels sont les instruments qui les mettent enjeu, il nous sera au moins permis d’inférer que si la matière nerveuse des animaux parfaits, disposée d’une certaine manière, produit des effets analogues à ceux qu’on remarque chez les animaux imparfaits formés de même matière, autrement disposée, mais moins bien caractérisée, il nous sera permis d’inférer, dis-je, que cette matière est identique. Si nous rencontrons dans les animaux vertébrés, qui sont les plus parfaits de tous les animaux, des lobes qui produisent toujours les mêmes phénomènes, lesquels phénomènes sont développés en étendue, en énergie ou en finesse, proportionnellement au développement matériel de ces mêmes lobes (1), nous serons bien forcés de conclure que cette disposition est nécessaire à la production d’effets constamment semblables. Mais si nous observons que, dans les animaux invertébrés, il se produit, quoiqu’à un degré de perfection infiniment inférieur, des effets semblables à ceux qui ont lieu chez les vertébrés, par suite de leurs lobes intra-crâniens, il faudra bien admettre que, s’il n’y a pas de lobes cérébraux chez les invertébrés, il y a au moins des organes analogues. Ces considérations font naturellement suite à celles qui traitent de la disposition nerveuse des invertébrés, dans l’exposition de l’appareil nerveux ganglionnaire ("2).
Ceci nous amène à établir que si les opérations de conscience,
(t) Desmoulins fait la remarque très-judicieuse, que le degré d’importance d’un organe, dépend moins de sa position ordinale dans le système que de son degré de proportion et de perfectionnement. Ouv. cité , t. 2, p. 629.
(2) Mes expériences propres m’ont amené à conclure que , si l’on retranche tout le ganglion céphalique des invertébrés, on détruit constamment les actes de volition et de conscience de sensation , mais non la direction der. mouvements ; si on n’en détruit que la portion antérieure , cette abolition est incomplète.
DU CERVEAU
de jugement et de volition sont l’apanage des hémisphères cérébraux, chez les animaux vertébrés, ce n’est pas une raison pour que les invertébrés n’aient ni conscience, ni jugement, ni voûtions.
J’ai dit, à l’article du lobe sus-spinal que Desmoulins était d’opinion que ce lobe du 4e ventricule, comme il l’appelle, renferme, chez les reptiles, la faculté de vouloir et de se déterminer, la force coordinatrice des mouvements réguliers, et même le siège des forces intellectuelles ou instinctives, et du sommeil. J’ai dit, dans un autre endroit, que M. Serres pensait que, chez les invertébrés, le ganglion cérébral correspondait principalement au lobe sus-pinal des vertébrés, en ce qu’il recevait les impressions portées par la 5e paire, et que ce ganglion ou ce lobe était, chez ces animaux, bien évidemment le centre instinctif.
On voit par l’opinion de ces deux physiologistes, et on pourrait aussi voir par l’opinion de beaucoup d’autres, que dans les animaux peu parfaits, les centres de perception, de direction et de volition, se serrent et se concentrent dans une petite portion de matière nerveuse; mais en suivant le développement des animaux plus parfaits, on voit que cette matière, en quelque sorte se déroule, que la masse unique se divise en lobes distincts dont chacun a ses fonctions séparées. C’est alors, et par une étude attentive, qu’on arrive à s’assurer que la portion de matière cérébrale qui forme le lobe sus-spinal ou du 4e ventricule, est, chez les mammifères, chargé, non des opérations de conscience, des coordinations générales, des jugements, ni des voûtions, ainsi que le veulent Desmoulins et M. Serres, chez les animaux inférieurs, mais seulement de la perception des impressions sensoriales et sensibles, et de leur transmission aux tubercules quadri-jumeaux ; que ces tubercules sont le centre de mise en rapport, le distribueur général des directions; mais que c’est dans les hémisphères cérébraux que les opérations de conscience pour les perceptions, que les jugements et les voûtions ont lieu.
Les organes séparés de ces différens actes, chez les mammifères, peuvent bien être agglomérés et ne paraître qu’une seule masse homogène dans les animaux moins parfaits , sans que nous puissons apercevoir les délimitations qui pourraient en effet exister, et rendre à notre esprit, un compte satisfaisant de la différence de fonctions; mais n’oublions pas que tout est mystère dans le système nerveux, et que ce n’est qu’à grand’ peine
ET DE SES LOBES
que nous arrachons quelques lambeaux du voile dont la nature s’enveloppe dans les actes nerveux (1), encore n’est-ce que quand elle a fait elle-même- une partie des frais de l’investigation ; ce n’est que quand elle nous a permis, par ses opérations successives d évolutions, de comparer les differentes espèces, et de suivre ses développements dans les êtres les plus parfaits, et quand les attentions pathologiques ou les destructions opérées par la physiologie expérimentale, nous ont permis de comparer les résultats fonctionnels, que nous parvenons à saisir, pour ainsi dire, sous la dictée, quelques-uns des grands secrets qu’elle a inscrits dans le livre merveilleux de l’univers animé, filais ses vues sont si grandes, et notre intelligence est si faible que nous interprétons souvent bien mal ses sublimes pensées!
Dans les embryons des classes supérieures des vertébrés, et pen dant toute la vie des poissons, les hémisphères cérébraux forment deux lobes solides de matière grise, sillonnée en dedans par quelques stries de matière blanche, qui sont des irradiations de 5e formation, provenant des cordons primordiaux médullaires cérébro-spinaux. Ces lobes, à mesure qu’ils se développent dans les classes supérieures, s’augmentent ainsi qu’il a été dit au chapitre de la formation et du développement, par des couches nouvelles, soit de matière grise, soit de matière blanche, et se creusent de cavités appelées ventricules par l’addition de substance qui s’accumule en recouvrant, dans les classes supérieures, les autres lobes, lesquels finissent par être renfermés dans l’épanouissement hémisphérique, qui plane sur eux comme un double plafond médullaire, dont la voûte supérieure, composée d'une couche grise (substance corticale), serait plissée (2), et l’inférieure
(1) Ce n’est point, comme l’ont cru les anatomistes, dans la configuration des parties cérébrales plus ou moins renflées , ou affectant telle ou telle forme qu’il faut toujours s’attendre à trouver des délimitations pour les actes fonctionnels. Le lobe du 4 e ventricule est une preuve très-éminente déce fait , car rien n’indique dans le lobe lui-même les bornes des sensations externes et des internes;: les radicales d’insertion seules de 5e et 8e paires permettent d’assigner ces limites.
(2) Desmoulins a fait remarquer avec justesse, que tous les organes non moteurs, croissaient en énergie, plutôt à raison des surfaces qu’a raison de l’épaisseur. Les hémisphères cérébraux justifient pleinement cette opinion; plus les sillons inter-circonvolutionnaires des hémisphères cérébraux sont profonds et multipliés, plus, dans les animaux, la conscience, les jugements, les volitions, et en général toutes les facultés instinctives et intellectuellessont étendues ou profondes.
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de substance blanche (1), (corps calleux) serait lisse; la partie intermédiaire entre ces deux voûtes, est remplie de fibres rayonnantes médullaires, provenant de lobes internes (corps striés (2) et couches optiques) (5). Ainsi l’on voit que plus les lobes hémisphériques sont volumineux et offrent surtout de surface en y comprenant les circonvolutions et les sillons, plus ces espèces, auxquelles ils appartiennent sontintelligentes et parfaites. Il faut donc en tirer l’induction que l’intelligence est en raison de celte surface; la physiologie démontre d’ailleurs que les facultés instinctives et intellectuelles résident dans ces lobes hémisphériques.
J’ai dit que les hémisphères cérébraux sont, les organes qui ont le plus occupé les physiologistes, non qu’ils ont tiré des conclusions uniformes de leurs expériences, mais parce qu’au contraire ces conclusions ont toutes offert la plus grande diversité; mais cela vient évidemment des conditions dans lesquelles les expérimentateurs mettaient les animaux au moment de l’expérience, ou de la diversité des parties qui se trouvaient intéressées dans les opérations, ou bien encore parce qu’en étudiant les fonctions d’une partie, ils ne tenaient pas compte de l’action des autres.
JNon-seulement les anciens médecins, depuis Hippocrate et Galien, ont fait de ces expériences; mais ce sont surtout les modernes qui les ont multipliées avec le plus de persévérance. Haller, Lorry, Zinn , Fontana, MM. Rolando, Serres, Magendie, Flourens, et quelques autres expérimentateurs moins en évidence, ou qui ont fait des travaux moins étendus, ont singulièrement multiplié nos lumières à l’occasion des hémisphères cérébraux. Les derniers de ces hommes, tous dévoués à la science, ont surtout le mieux précisé les influences spéciales. M. Flourens a reproché avec juste raison, à la plupart des autres observateurs (4), de n’avoir obtenu que des résultats complexes (5) , parce qu’ils agissaient sur plusieurs organes à la fois, et que souvent ils ne savaient pas distinguer sur quelle partie ils opéraient, ni de quelle portion lésée dépendaient les phénomènes qu’ils observaient. Afin de mieux isoler les fonctions de chaque partie, il a
(1) PI. YI , fig. 9. E a ; ibid. , b.
(2) Pi. VI, fig. 9. D.
(o) Ibid. C.
(4) Ouv. cité , p. 584.
(5) Legallois fils a prétendu, dans sa thèse inaugurale, que la plupart, des observations de M. Flourens avaient été faites par son père.
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souvent retranché toutes les autres, pour ne laisser subsister que celles dont il voulait spécifier les influences. Ce n’est pas que M. Flourens soit lui-même infaillible, ou soit (arrivé avec toute sa sévérité experimentale à un résultat tellement forcé que d’autres physiologistes n’ayant pu rencontrer des effets différents des siens, tout en étant aussi rigides; car toutes ses expériences que j’ai répétées avec un soin extrême, ne m’ont pas toujours amené aux mêmes conclusions que lui, et d’autres expériences qui me sont propres, m’ont quelquefois conduit à des inductions différentes. Desmoulins a reproché à son tour à M. Flourens de mettre presque toujours les animaux en apoplexie dans ses expériences, et conséquemment de ne pas observer les résultats avec toute la rigueur possible (ouv. cité, t. 2, p. 627).
Comme cet ouvrage n’est pas, à proprement parler, un traité de physiologie expérimentale et qu’il ne doit renfermer que des conclusions, ou tout au plus une annotation d’expériences, je me dispenserai de rapporter les miennes, ainsi que celles des autres physiologistes auxquels cependant je renvoie pour vérification. Je m’attacherai surtout au dernier des auteurs que j’ai cités, car c’est celui qui m’a le plus frappé par la précision de ses expériences; mais il a souvent fait contrasteà cette précision, parles inductions qu’il en a tirées.
M. Flourens, par exemple, prétend que le siège absolu de la sensation, est dans les lobes hémisphériques (ouv. cité, p. 25). Je ne suis pas de son avis, ou plutôt je crois que M. Flourens s’est exprimé autrement qu’il ne l’a voulu. Selon moi, le réceptacle des sensations, tant internes qu’externes, comme celui de la sensibilité, est dans le lobe cérébral sus-spinal , ou du 4e ventricule. JNous aurons occasion de voir, au chapitre des harmonies nerveuses ou d’innervation, que ce lobe sus-spinal communique au lobe des tubercules quadri-jumeaux, les perceptions sensorialesetde sensibilité; que celui-ci, metteur en rapport , de toutes les influences cérébrales, distributeur général de toutes ies perceptions et de toutes les voûtions; transmet les sensations perçues par le lobe du 4e ventricule aux lobes hémisphériques, pour y être appréciées , et mises en rapport avec toutes les puissances intellectuelles; c’est là une opération, non pas de perception, mais de conscience; là a lieu le jugement qui n’est autre , ai-je dit, que la pondération, l’appréciation de ces impressions dans leurs rapports avec tous les motifs intellectuels ou instinctifs que provoquent la volition, et qui n’agissent eux-mêmes qu’en conséquence des diverses sensations reçues, et des tendances
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propres individuelles. La volilion est donc le résultat de la conscience des impressions, ou des sensations et du jugement qui a eu lieu en conséquence. La volition, terme final des opérations hémisphériques, ne se transforme en acte, que quand les tubercules quadri-jumeaux en ont transmis les divers éléments aux organes d’exécution , et que quand ces organes d’exécution ( la moelle cérébro-spinale et les nerfs) ont exécuté.
Lorsque les lobes hémisphériques sont retranchés, il y a néanmoins perception, il y a mouvement, il y a coordination des perceptions et des mouvements, ou plutôt il y a liaison entre eux ; mais il n’y a plus conscience, il n’y a plus de jugement en ce qui concerne les fonctions des cordons médullaires cérébro-spinaux, et des nerfs, ou organes d’exécution ; voilà pourquoi les sensations sont détruites dans la conscience de l’individu (le moi des philosophes) et la volonté ne peut plus s’exécuter par le retranchement des hémisphères.
A propos des sensations, que M. Flourens place exclusivement dans les hémisphères cérébraux , les commissaires de l’Institut, chargés du rapport de ses travaux, lui ont objecté que l’animal à qui on a retranché les lobes hémisphériques , sent quand on le pique, vole, se relève, marche, se débat, et avale, le tout par sensations perçues, et mouvements coordonnés, et qu’on ne peut alors dire que les sensations sont totalement abolies ; ils veulent bien convenir que ces sensations ne sont pas raisonnées, et que les mouvements sont sans but (ouv. cité, p. 78), cequi veut dire qu’il y a sensation, mais non conscience ni volition (et il doit en être ainsi, lorsque le lobe sus-spinal, les tubercules quadri-jumeaux, les cordons médullaires cérébro-spinaux et les nerfs sont conservés, et que les hémisphères sont détruits).
Ces mêmes commissaires concluent, des expérience deM. Flourens, que les hémisphères sont, non-simplement les organes uniques des sensations; mais ceux des sensations distinctes et qui laissent une trace durable , servant de siège à la mémoire , propiété au moyen de laquelle ils fournissent à V animal , les matériaux de ses jugements (ouv. cité, p. 78-79). Grâce à mes expériences propres, j’ai été assez heureux pour arriver à des conclusions conformes à celles de l'Institut, à propos des traveauxdeM. Flourens, ce qui équivaut à un rapport qui serait fait par ce corps savant, sur mes expériences particulières. En effet, cette opinion de l’Académie des sciences, sur les attributions des hémisphères, est exactement la même que celle que j’ai émise en parlant de la conscience*
ET DE SES LOBES
Le siège de la mémoire, qui n’est que la conscience perpétuée ou la conscience rappelée, est donc aussi, selon l’Institut, dans les hémisphères cérébraux ; cela est en effet conforme à mes expériences. L’ablation des hémisphères occasione l’oubli, la perte de conscience des objets et des choses » c’est pour cela que celte ablation produit la stupidité, ainsi que tous les physiologistes expérimentateurs l’onl dit (1); ils ont dit aussi qu’elle ©ocasionait le sommeil ou l’assoupissement (2). Je conviens que le sommeil et l’assoupissement sont la suspension temporaire des facultés instinctives et intellectuelles , qu’il y a dans ses états, suspension de conscience, de jugement et de volonté; mais après le sommeil, il y a retour de toutes ces facultés, tandis que par le fait de l’ablation des hémisphères, il y a abolition; il peut donc en résulter de la stupidité; mais cet état ne peut être qualifié de sommeil ni d’assoupissement.
M. Flourens a surtout observé que ce sont les sensations de la vue, de l’audition, de l’odorat et du goût qui se trouvent abolies par la destruction des hémisphères cérébraux, et faisant remarquer que les organes de ces sens sont restés intacts , il en conclut que ce n’est pas dans ces organes, c’est-à-dire, ni dans les expansions nerveuses sensitives, ni dans les nerfs conducteurs propres que réside la sensation , mais bien dans les hémisphères (ouv. cité p. 91.) Cette conclusion n’est pas exacte, et je renvoie au chapitre des harmonies pour que l’on s’assure que la sensation est le résultat de l’intégrité fonctionnelle, 1° de l’organe où l’impression a lieu , 2° du nerf conducteur; 5° du centre de perception (le lobe cérébral sus-spinal pour le goût, l’odorat, l’audition (voyez 5e et 7e paires), les tubercules quadri-jumeaux , pour la vue (voyez 2e et 3e paires) , le lobe olfactif pour l’olfaction (voyez l'e paire de nerfs cérébraux), 4° du centre de mise en rapport (les tubercules quadri-jumeaux), et 5<> du centre de conscience (les hémisphères cérébraux.)
A l’occasion de la sensation de la vue, M. Flourens fait remarquer qu’elle se trouve abolie de deux manières , l’une par la
(1) M. Rolando, surtout, a remarqué que la stupidité était le résultat de l’ablation des hémisphères cérébraux des reptilestet des poissons . et plus encore celui de l’ablation de leurs couches optiques, voyez Saggio, etc.
(2) Zinn, Mem. sur la nat. irrititable et sensible du corps animal, t. 2.
Rolando Saggio sapra la veva st^uttura dcl cer\>ello , delV uomo. Sassuri, 1809, Flourens, ouv. cité.
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destruction des hémisphères cérébraux (1); l’autre, par celle delà couche supérieure des tubercules quadri-jumeaux (2). Par le premier procédé, l’animal aveugle a perdu aussi les autres sensations, et en même-temps, il reste sans instinct et sans intelligence (ouv. cité , p. 93) ; par le second procédé , l’animal est aveugle aussi, mais il a conservé ses instincts, son intelligence et ses autres sensations ; il trouve moyen de suppléer au sens perdu par les autres sens (ouv. cité, 92.) Pans le premier cas, .la conscience des harmonies visuelles est abolie, dans le second, ces harmonies elles-mêmes cessent d’exister (voyez harmonies).
On a objecté à M. Flou rens, contre son admission de l’existence unique des sensations dans les hémisphères, qu’un oiseau à qui on a extirpé ces organes , vole cependant quand on le jette en l’air, qu’il marche si on le pousse, etc. ; que par conséquent il faut qu’il ressente le besoin de ces mouvements, et il a répondu que dans ce cas , ce n’est pas la volition de l’oiseau qui détermine ses mouvements, mais une irritation extérieure qui supplée à sa volition (ouv. cité, p. 49). C’est là certainement une mauvaise explication ; mais ces actes se conçoivent fort bien d’après mes conclusions. La sensation du besoin de voler, de marcher , etc. , se fait ressentir dans le lobe sus-spinal ; les tubercules quadri-jumeaux ne peuvent pas transmettre aux hémisphères, siège de la conscience, s’ils sont retranchés, cette sensation perçue; mais comme ces tubercules constituent le centre général de mise en rapport, ou d’excitation des puissances nerveuses, les unes par les autres, il transmet aux centres d’exécution ( les cordons médullaires cérébro-spinaux et les nerfs des mouvements des ailes), les impressions reçues parle lobe susspinal; alors le vol a lieu, non par un sentiment de conscience et en vertu d’une volition, mais sans perception intime, sans mise en rapport avec les motifs qui doivent déterminer, et par l’impression transmise directement du lobe sus-spinal à la moelle épinière et aux nerfs.
Il est une conclusion de M. Flourens , tirée de ses expériences
(J) Voyez aussi Desmoulms, ouv. cité, t. 2, p. 627 et suiv. ; le même auteur assure qu’aucun poisson, ni aucun reptile ne perd la vue par l’ablation des lobes cérébraux. Cet effet n’est complet que chez les oiseaux; ouv. cité, t. 2, p. 628. I
(2) Desmoulins attribue la plus grande influence sur la vision aux cou- j ches optiques; il se fonde sur ce que le plus petit nombre de hbres du nerf optique seulement , parvient aux tubercules quadri-jumeaux ; t. 2,
M. Flourens est d’un avis opposé, p. 19.
ET DE SES LOBES
qui a une importance majeure ; car elle tend à renverser de fond en comble la localisation séparée des facultés instinctives et intellectuelles des phrénologistes. Cet académicien a constamment remarqué que pour qu’il y ait abolition des facultés intellectuelles et instinctives, il fallait que la distraction des hémisphères cérébraux arrivât jusqu’à une certaine quantité de substance , n’importe dans quelle région. Lorsque la mutilation n’avait pas atteint certaines limites, ou les facultés n’étaient pas abolies, ou elles ne l’étaient que momentanément, et après avoir disparu, elles se reproduisaient (1). I! a multiplié et diversifié ses mutilations de telle sorte, qu’il a dû inférer que toutes les facultés instinctives et intellectuelles dépendaient de tous les points des hémisphères à-la-fois (ouv. cité, p. 98-99), et qu’il en est de même des sensations. Quand l’une est perdue , toutes le sont; dès qu’une faculté disparaît, toutes disparaissent; si la vue est perdue , l’audition, l’odorat et le goût se perdent aussi ; la faculté de sentir , de juger ou de vouloir une chose , réside dtms le même lieu que celle d’en sentir, d’en juger et d’en vouloir une autre, ou plutôt ces opérations intellectuelles, dépendent de tous les points des hémisphères à-la-fois (2). M. Flourens a dû remarqué qu’après avoir ainsi aboli toutes les sensations et les facultés, par les mutilations des hémisphères, si l’une des ces sensations ou de ces facultés reparaît, toutes reviennent dans la même proportion. Les hémisphères peuvent réacquérir intégralement leurs facultés après les avoir perdues, quand même une certaine portion de substance aurait été enlevée (ouv. cité, p. 105). M. Flourens conclut de la disparition et delà réintégration des fonctions par les mutilations hémisphériques telles qu’il les a pratiquées, que l’altération d’un seul point des hémisphères les altère tous, et que la conservation d’un seul point peut restituer tout. On voit que ce physiologiste sape ainsi toute la doctrine des localisations des facultés instinctives et intellectuelles. Je livre ses expériences et ses conclusions aux phrénologistes , pour qu’ils aient à s’en défendre et à les réfuter. 11 convient cependant de ne pas abattre ainsi d’un seul trait , une
(1) M. Serres a observé ausssi que l’intelligence ne recevait aucune atteinte de l’altération bornée des hémisphères (ouv. cité; t. 2, p. 710).
(2) 11 a aussi constaté qu’un seul hémispère cérébral suffit à la conservation de toutes les sensations (leur conscience) et de toutes les facultés intellectuelles, hors à celle delà seule vue de l’œil, opposé au lobe enlevé (ouv. cité, p. 37).
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doctrine qui a compté dans ses rangs tant d’hommes d’un mérite supérieur, et n’y eut-il à citer que Gall, Spurzheim et Broussais, il faudrait y regarder à deux fois. Ces hommes ont donné tant de garanties à la physiologie et à l’anatomie du système nerveux, qu'on ne doit se hasarder qu’avecune bien grandecirconspection, et une haute assurance à leur donner un démenti formel. En effet, l’observation (qui est aussi une expérimentation), interrogée par tant d’esprits supérieurs pendant un si grand nombre d’années, et qui a servi à établir cette doctrine, à la confirmer, est bien de quelque valeur; il faut qu’il y ait dans ce grand mystère de l’organisation animale quelque chose que n’aperçoivent ni physiologistes, ni phrénologistes pour être en dissidence aussi formelle. J’ai cherché moi-même autant qu’il était en mon pouvoir, à porter la lumière dans ces ténèbres, en construisant le crânomètre ; j’ai cherché à déterminer mathématiquement si les facultés instinctives ou intellectuelles, pouvaient être mesurées par la quantité de matière cérébrale ou par l’étendue des surfaces ou des épaisseurs. Les seuls résultats formels auxquels je sois parvenu, ont été de me faire découvrir le centre de mise en rapport, et de m’assurer que l’étendue des facultés était en raison des surfacas et non des épaisseurs, et de confirmer parla un des grands principes déjà émis par Desmoulins (1). Ainsi donc, il n’est pas possible crânio-scopiquement parlant, de déterminer mathématiquement quelles sont les facultés instinctives et intellectuelles d’un individu (2), sur la seule inspection des épaisseurs de son cerveau (3) ; il est d’autres phénomènes dont il faut tenir compte, tels que le développement en surface , l’éducation, la sensibilité normale de la fibre nerveuse (voyez 5e paire), le type originaire et primordial de l’espèce, etc... toutes considérations dans lesquelles il ne convient pas d’entrer ici , et qui sont de nature à faire partie de la science du phrénoîogiste, et que je ne crois pas devoir aborder ici. J’en dirai autant de la matière nerveuse par rapport au poids; les expériences des docteurs Lelut et Parchappe ont suffisamment éclairé celte question.
(1) Dans toutes les autopsies, j’ai constamment trouvé que la profondeur des sillons inter-circonvolutionnaires des hémisphères cérébraux , étaient en rapport avec l’étendue des facultés pendant la vie. Desmoulins a aussi constaté ce fait (ouv. cité; t. 2, p. 599 et suiv. Voyez aussi Magendie , Précis de physiol., t. 1er, p. 22g). Dans la plupart des idiots, ces sillons ont beaucoup diminué de profondeur.
(2) Desmoulins, ouv. cité, t. 2, p. 605.
(3) Voyez Desmouiins, ouv. cité, t. 2, p. 595.
ET DE SES LOBES
On ne peut pas cependant se refuser à reconnaître que, si le Volume général d'une tête n’indique pas sa suprématie intellectuelle, le développement des diverses régions de sa périphérie, montre les tendances que les crânioscopes ont signalées. Car c’est un fait résultant de l’observation, et sur lequel les phrénologistes basent principalement leur doctrine (1).
Un autre objet important, concernant les hémisphères cérébraux, c’est qu’ils sont en rapport avec tous les mouvements (2), D’abord, ils en ont la conscience, comme de toutes les sensations ; mais, en outre, puisqu’ils sont le siège des voûtions, il faut bien qu’ils aient une inlïuence directe sur eux, au moins sur tous ceux qui sont sous l’empire de la volonté. Tout le monde sait jusqu'à quel point les forces peuvent être augmentées dans la colère, et ce que peut une puissante volonté sur elles (Voyez Précis physiologique de M. Magendie, t. 1er, p. 27 4-275). Aucun médecin n’ignore que des hémorrhagies dans les hémisphères, un ramollissement, une blessure, unesimple compression (5) occasionent instantanément la perte des mouvements de toute la moitié du corps opposée à l’hémisphère lésé (4) ; que, de plus, la sensibilité peut être , en même temps , pervertie (5), et que toute conscience de sensation tactile ou douloureuse, et toute volonté de mouvoir les muscles de ce côté, sont absolument éteintes. Donc, les hémisphères ont une influence positive sur les mouvements volontaires et sur la sensibilité.
Les observations de MM. Délayé, Fovilîe, Pinel, Grandchamp, Serres (G), etc , prouvent que ce sont les lésions des irradiations, des couches optiques et des corps striés qui occasionent ces pa-
(1) Desmoulius «adopte en entier cette opinion. Ouv. cité, t. 2 , p. 607.
(2; M. Flourens, qui nie que les hémisphères aient part aux mouvements, p. S 10, 275, convient cependant que leur ablation les affaiblit beaucoup. Ouv. cité. p. 237, 50.
(5) Desmoulins. Ouv. cité, t. 2, p. 627.
(4) V. Martinet, Traité de l’Arachnitis , et tous les auteurs qui ont traité des lésions cérébrales.
(5) M . FloureDS dit que les hémisphères sont insensibles, ouv. cité, p. 75 ; mais il n'a agi, dans ce cas, qu’à la surface. Les couches médullaires profondes sont évidemment sensibles , (M. Serres, ouv. cité, t. 2, p. 662) mais beaucoup moins que le lobe sus-spinal. (Desmoulins, ouv. cité, t.2,p. 631. Serres, t. 2, p. 659.) M. Magendie veut aussi que la moyenne partie de l’hémisphère soit invisible. Précis, t. 1er, p. 23(j.
(6) Ouvrage cité, t. 2,p. 683. V. aussi M. Magendie, Précis physiologique, t. 1er, p, 265.
Uü
DU CERVEAU
ralysies (\). Un paralysie du bras droit est occasionne par la lésion des radiations médullaires provenant de la couche optique du côté gauche , et vice versa; la paralysie de la jambe gauche est causée par la lésion des radiations médullaires provenant du corps strié du côté droit, vice versa (“2). Ledernier de cesmédecins a, de plus, remarqué que les irradiations des couches optiques, en même temps qu’elles influençaient les mouvements des bras, influençaient aussi tons les mouvements du thorax, et i! fait judicieusement observer, à cette occasion, l’importance de cette association d’action dans les mouvements combinés de la course, et dans tous les efforts dans lesquels la suffocation ou l’asphyxie surviendraient sans celte association (Voyez Harmonies respiratoires) (o).
Il croit encore (4) que les irradiations du corps strié influencent l’exercice de la parole, et que celles des couches optiques influencent la formation des sons.
U est certain qu’il est peu de médecins qui n’aient eu occasion de vérifier combien , fréquemment , les altérations des couches optiques et corps striés coïncident avec la perle des mouvements des membres thoraciques et abdominaux ; donc, ces organes ont nécessairement de l’influence sur les mouvements vo-
lontaires.
La sensibilité que M. Flonrens n’admet pas dans les hémisphères, et qui, dans le fait, est très-obtuse dans ceux des classes inférieures, est néanmoins manifeste dans les irradiations optiques et striées des mammifères (5).
D’après ces, considérations, d’après les observations et les expériences de beaucoup de physiologistes, d’après les cas pathologiques, on peut conclure que les couches optiques et les corps striés sont les organes de mise en rapport des fonctions de chaque hémisphère en particulier, avec ceux du mouvement et
(1) Desmoulins dit aussi que les paralysies ont lieu par suite d’épanchements dans \ épaisseur des couches fibreuses. Ouv. cité, t. 2, p. 612. Voyez aussi Lallemand , Lettres sur. l’encéphale.
(2) M. Magendie regarde le corps strié comme le siège de la force des mouvements rétrogrades (Précis phvsjoi. , t. ler( p; 405) ; mais ilestévident que cette, force réside dans les fibres médullaires cérébro-spinales de l’extrémité céphalique, que les anatomistes ont nommées pédoncules cérébraux. ( V. moelle spinale. )
(5) Ouv. cité, t. 2, p. 687 et suiv.
(4) Ouv. cité, t. 2, p. 688.
(5) M. Serres, ouv. cité, t. 2, p. 662.
ET DE SES LOBES. 2 43
Je la sensibilité; les premières pour la partie thoracique du tronc, les seconds pour le train lombaire (1).
Remarquons, avec Desmoulins (2), que l’usage des couches concentriques si nombreuses des fibres blanches ou médullaires, formant la plus grande partie de la masse cérébrale, est relatif aux facultés de la locomotion, et à la perception du toucher et du tact général.
Le corps calleux (5), ou grande commissure des hémisphères, quoique formé de fibres blanches, et paraissant être une irradiation immédiate d’un côté à l’autre de la partie antérieure des cordons médullaires cérébro-spinaux (4), ne paraît avoir aucune fonction relative aux mouvements ni à la sensibilité; car aucune des altérations pathologiques qu’il a pu présenter, ni aucune opération mutilaloire sur aucun mammifère vivant, n’a produit de lésion appréciable delà sensibilité ni du mouvement. M. Martinet a fait la meme remarque, d’après de nombreuses observations d’altérations. M. Serres professe aussi la même opinion ( Ànat . du cerveau, t. il, p. 702). On sait que le corps calleux n’existe que chez les mammifères, tous supérieurs aux ovipares pour l’intelligence. Desmoulins en tire la conclusion que puisque cet organe ne paraît pas être affecté aux mouvements ni à la sensibilité, que puisqu’il grandit toujours en raison de l’étendue de la membrane nerveuse des hémisphères et de leur plissement, mécanisme qui, lui-même, correspond pour le degré, aux facultés intellectuelles, et puhqu’en outre Oeil a rapporté un exemple d’idiotisme par défaut congédiai de corps calleux chez une femme, que, d’ailleurs, celte commissure n’existe pas chez les animaux, qui font de leurs membres l’usage le plus continu et le plus violent, comme les palmipèdes, les oiseaux de proie, Desmoulins, dis-je, conclut que l’usage de celte grande commissure est exclusivement affecté aux seules facultés intel-
(1) On a vu, dans la formation, que les couches optiques et corps-striés , que Gai 1 avait nommés grands ganglions cérébraux, sont des lobes qui apparaissent par seconde formation , après que les tubercules quadrijumeaux , le lobe sus-spinal et les lobes hémisphériques se sont montrés. On pouvait inférer, delà, que leur importance ne devait être que secondaire. En effet, ils sont des organes intermédiaires entre les instincts , entre l’intelligence et les mouvements : on peut les considérer comme les instruments propres delà volition , comme les ministres des hémisphères .
(2) Ouv. cité, t. 2, p. 613.
(3) V. formation du système nerveux.
(4) PI. IV, fig. 9, b.
DU CERVEAU
îectuelles (4), « soit parce qu’en faisant communiquer les hémisa phères, il est un moyen de concert dans leurs actions, soit parce « qu’il peut faire participer un lobe plus faible aux effets des ac- « lions d’un autre lobe plus fort (2). »
Ce qui a été dit du corps calleux, doit s’entendre aussi de la voûte à trois piliers, qui n'est que sa continuation.
Quant aux autres parties comprises dans les hémisphères, et dont on n’a parlé qu’à cause de leur configuration , le tuber cinerium (5). ce qu’on a improprement nommé glande pituitaire (hypophyse sœnum) (4), les tubercules mamillaires (5), la bandelette demi-circulaire (tœnia) qui sépare les couches optiques des corps striés, les circonvolutions ou éminences intra-ventriculaires, connues sous le nom de cornes d’Ammon , les diverses parties qu’on voit à l’intérieur de la voûte, enfin le plancher du 5e ventricule ou moyen, les expériences faites sur ces diverses parties ne m’ont, jusqu’ici, donné aucun résultat appréciable. J’en dirai autant de la glande pinéale (cœnarium). Aucun des autres expérimentateurs n’a été, à cet égard, plus heureux que moi.
On vient de voir que le centre des perceptions sensoriales et sensibles, est différent du centre de mise en rapport de tous les actes du système nerveux ; que l’un et l’autre different du centre de conscience, de jugement et de volition. Il doit y avoir aussi un centre différent pour les directions.
Si les hémisphères cérébraux ont beaucoup occupé les physiologistes, le cervelet (6) a aussi fixé leur attention ; mais la plupart de leurs idées étant hypothétiques, je me dispenserai de les
(1) Des physiologistes systématiques, prenant plutôt conseil de leur fantaisie que de l’expérimentation, ont prétendu que la matière grise du cerveau était affectée à l’entendement, et la blanche aux fonctions mécaniques de l’organisme ; d’autres , tout aussi exclusifs , ont dit que la matière grise étant la matrice de la blanche, c’est celle-ci qui devait présider seule aux facultés intellectuelles.
L’expérimentation prouve qu’à l’extérieur des hémisphères, la grise est affectée à l’entendement , et dans l’intérieur, aux directions. Le corps calleux, qui n’est que de la matière blanche, est affecté à des opérations intellectuelles, aussi bien que la substance grise ou corticale à la périphérie hémisphérique.
(2) Desmoul., ouv. cité, t. 2, p. 616.
(3) PI. II, fig. 1, d.
(4) Y. 2e paire de nerfs cérébraux.
(5) PI. II, fig. 1 , ee.
(6) PI. VI, fig. 9, 10,11, E.
ET DE SES LOBES
rapporter (1) Je dirai seulement que tous ceux qui ont fait des expériences directes, ont trouvé le cervelet irritable, et ont constaté que ses lésions occasionaient toujours, ou un affaiblissement, ou des convulsions plus ou moins marquées; il faut donc en conclure que cet organe influence les mouvements. Il reste à préciser quels sont ces mouvements et comment il les influence.
Du temps deMalacarne, où l’on croyait que tous les lobes de l’encéphale étaient destinés aux facultés intellectuelles, cet auteur considérait le cervelet comme un appareil de renforcement de ces facultés; il pensait que ses lamelles étaient en rapport avec l’entendement, comme nous croyons aujourd’hui que les circonvolutions et la profondeur des sillons inter-circonvolutionnaires sont en rapport avec son étendue. Ainsi, il n’avait compté que trois cent vingt-quatre lames chez un idiot, tandis qu’il en avait trouvé plus de huit cents chez des individus très-bien partagés sous le rapport des facultés de l’intelligence.
Willis avait tenté de localiser l’action des facultés encéphaliques; il avait considéré le cervelet comme influençant spécialement les mouvements involontaires.
Pourfaur-Petit, Saucerotte, Sabouraut et Chopart ont fait des expériences tendant à prouver que le cervelet est le siège de la sensibilité, mais l’anatomiste qui, par ses recherches sur ce sujet, a piqué le plus vivement la curiosité, est assurément Galh Cet homme célèbre a considéré cette partie de l’encéphale comme le siège de l’instinct de la propagation de l’espèce.
M. Rolando, de Turin, regarde cet organe comme la source de toutes les contractions musculaires. Cet expérimentateur a aussi observé que les mouvements diminuaient constamment (chez les mammifères et les oiseaux spécialement), en raison de la quantité de cervelet enlevé, et il a vu que tous les mouvements cessent quand la totalité de l’extraction de l’organe est consommé.
M. Flourens conclut de ses expériences que le cervelet est le balancier des mouvements, qu’il les coordonne et les met tous d’accord (2). Ses expériences lui ont montré que l’ablation des couches superficielles du cervelet n’o< casionait qu’un peu de faiblesse , de désharmonie dans les mouvements. Les couches moyennes enlevées, ont produit une agitation presqu’universelle,
(1) Les médecins grecs et arabes avaient placé le siège de la mémoire dans dans le cervelet.
(2) Recherches expérimentales sur tes fonctions du système nerveux, p. 36.
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bien qu'il ne s’y mêlai aucun signe de convulsion. Les mouvements étaient brusques et déréglés ; par le retranchement des dernières couches, toute faculté de marcher, voler, se tenir debout, rester en équilibre, est anéantie; il ne reste non plus nulle sensibilité (1).
M. Magendie regarde le cervelet comme étant le siège de la force d’impulsion en avant, comme il attribue aux corps striés la faculté de produire l’impulsion rétrograde; mais il résulte de mes expériences propres, que la force impulsive en avant réside dans le pédoncule, cérébelleux, et la force impulsive en arrière dans le pédoncule cérébral, et que ces deux forces opposées ont d’autant plus d’énergie, qu’on se rapproche le plus du point médian delà protubérance annulaire ( Voyez moelle spinale). Du reste, la puissance de mouvement en avant s’étend jusque dans !c cœur des lobes cérébelleux, comme la puissance de recul s’étend jusque dans le corps strié; mais l’on sait que les libres de l’un et l 'autre pédoncule s’étendent jusqu’au cœur de ces organes.
La preuve que cette puissance impulsive réside dans les cordons médullaires, c’est que M. Magendie, lui-même, avoue avoir vu cette impulsion de recul s’opérer par les lésions de la moelle alongée, au lieu de celles du pédoncule cérébelleux (2).
Du reste, le même physiologiste convient n’avoir pas rencontré cet effet dans le cervelet des reptiles et des poissons (5).
M. Serres (4), en passant en revue les opinions de ses devanciers, relativement aux fonctions du cervelet, fait remarquer que ■ le lobe médian de cet organe, où l’on avait placé l’instinct de propagation, constitue, presque en entier, le cervelet des oiseaux, lesquels, cependant, n’ont point d’organes génitaux faisant saillie à l’extérieur; tandis que les lobes latéraux, cju’on a affectés aux mouvements, n 'existent presque pas, et que, chez certaines espèces, les ailes et les pieds acquièrent cependant une force prodigieuse. 51 fait remarquer encore que, chez beaucoup de reptiles, l’exiguité du cervelet n’est pas en rapport avec le développement considérable des membres, et que chez les poissons, au contraire, l’exiguité des nageoires contraste a vecledéveloppement du cervelet.
Ces différentes considérations n’empêchent pas M. Serres de
(1) Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux, p. 56.
(2) Précis de Physiologie, t. 1e>, p. 409.
(5) Ibid, 410.
(4) À n a t . comp. du cerveau, t. 2, p. 593 etsuiv.
ET DE SES LOBES
rapporter île nombreux laits d’apoplexies cérébelleuses et d’expé¬
riences sur le lobe médian du cervelet, desquelles il tire la conclusion que ce lobe médian est excitateur des organes de la génération, il rapporte de même des cas nombreux d’altérations et d’expériences faites sur les lobes latéraux, desquels il résulte que ces lobes ont une influence marquée sur les mouvements des membres, et plus spécialement des membres pelviens, et que tout le cervelet est excitateur du saut.
M. Serres, du reste, croit, avec Al. Magendie, que les mouvements de rotation dépendent du cervelet, en observant, toutefois, qu’il est urgent d’intéresser le pédoncule cérébelleux dans la section; seulement, M. Serres explique le phénomène de rotation, du même côté que le lobe cérébelleux, divisé par l’action croisée du cervelet , c’est-à-dire que les muscles du côté opposé à l’aspiration étant paralysés, ceux du même côté, surtout ceux de flexion (qui, selon ce physiologiste, ont une action supérieure à ceux. d’extention), entraînent tout le corps de l’animal, et déterminent forcément le mouvement général de rotation du même côté que la lésion. Ce qui confirma encore RI. Serres dans ses conclusions, par rapport à la rotation attribuée aux muscles actifs d’un côté, eL passifs de l’autre, c’est- que quand il n’y a pas élancement en avant, on remarquait une cîemi-courbure de la totalité du corps du côté lésé; signe évident, selon lui, de la contraction, énergique des muscles de ce côté et du relâchement de ceux du côté opposé (1).
M. Serres a encore remarqué dans les .apoplexies . cérébelleuses la tendance au renversement en arrière, et dans les paralysies qui en résultaient, l’abolition plus prononcée des mouvements du membre, inférieur que de ceux du supérieur de côté opposé à- la lésion. Enfin, lorsque les animaux atteints de ces lésions cérébelleuses complètes cherchaient à se maintenir en équilibre, ou à marcher, le physiologiste a souvent remarqué qu’ils étaient portés par une puissance invincible à reculer. Il dit encore que si l’on s’oppose au remersementen arrière de la tête, soit par la section dos muscles droits post-occipito-trachéliens , soit, par tout autre moyen, le reculement aussitôt s’arrête; ce qui fait présumer à ce médecin qu’il n’est dépendant que d’un défaut d’équilibre.
Les irritations instantanées du cervelet ont aussi montré à ce médecin la détermination du saut, chez plusieurs animaux.
'T,) Voyez moelle spinale.
DI CERVEAU
Desmoulins., de même que M. Serres, observa que le degré de développement du cervelet, n’est la condition nécessaire, ni de la fécondité, ni de la disposition à l’accouplement chez les quatre classes de vertébrés , et il cite des espèces où la lubricité et la fécondité sont très-considérables, sans qu’il y ait aucun volume remarquable du cervelet (1), et d’autres, chez lesquelles les jouissances copulatrices sont portées à l’extrême, sans qu’il y ait pour ainsi-dire vestige de cet organe.
Ce physiologiste combat l’opinion de M. Fiourens sur la coordination des mouvements locaux et partiels en mouvements d’ensemble. Et il cite surtout les serpens dont les mouvements de jaculation, et d’érection spirale demandent une si admirable coordination de forces motrices, et qui, cependant, ont à peine un rudiment de cervelet; il cite aussi les saumons, qui remontent des chutes d’eau de plusieurs toises, les chamois, les bouquetus, etc., dont le cervelet n’est pas supérieur à celui de bien des animaux qui leur sont inférieurs sous le rapport de l’énergie musculaire (2). Dans les expériences faites sur les animaux des classes inférieures (repli les et poissons) , Desmoulins a remarqué que l’ablation de leur cervelet n’a en rien , nui à leurs mouvements; mais il convient que chez les mammifères et les oiseaux, les blessures un peu graves de cette organe, la soustraction plus ou moins considérable d’une de ses parties , entraînent l’impossibilité de marcher en avant, et développent au contraire, un système de mouvements très-régulièrement ordonnés, et qui se rapportent à l’action de reculer. Du reste, Desmouiins admet comme M. Magendie dont il a été le collaborateur, que le cervelet est l’antagoniste des corps striés , dont la sousti action , dit-il , dans les mammifères, produit une force spontanée de course rectiligne en avant. Enfin ce médecin dit avoir observé des compressions sur tout le cervelet, sans qu’il se soit manifesté la moindre perturbation dans les mouvements. Dans ses expériences sur les mammifères, ce qui l’a le plus frappé dans l’ablation du cervelet, c’est la tendance à reculer et à se renverser en arrière. Chez les oiseaux, cette ablation détermine le vol à reculons; lorsque la mutilation n’est pas très-étendue, il n’y à pas recul; mais seulement affaiblissement des mouvements. Desmouiins admet,
(1) Anat. du syst. nerveux, t. 2, p. 576 etsuiv.
(2) 11 est évident que cet auteur confond ici la force d’innervation motrice, avec la coordination des mouvements, deux choses essentiellement différentes.
ET DE SES LOBES
comme M. Magendie et comme M. Serres, que les rotations qu’il a également remarquées , dépendent de la section verticale d’un des lobes cérébelleux avec cette condition , aussi admise par M. Serres, d’intéresser, dans la section, les pédoncules (1), il a observé que la rotation est d’autant plus rapide que l’opération a été pratiquée plus près du pédoncule.
Desmoulins, a de plus, remarqué que dans la section verticale du cervelet, opérée de manière cà le partager en deux moitiés égales, il n’y a pas de rotation; mais l’animal oscille à droite, à gauche, sans pouvoir garder d’aplomb. Si une oscillation plus forte lui fait faire, par hasard, une ou deux rotations, aussitôt il s’arrête et tourne autant de fois sur le côté opposé.
L’un des pédoncules étant coupé, et le mouvement de rotation en action du côté lésé, si on vient à diviser l’autre pédoncule à l’instant le mouvement cesse et l’animal a perdu le pouvoir de marcher et de se tenir debout.
En examinant toutes ces opinions des physiologistes, nous voyons que celle de Malacarne, n’était fondée que sur le désir de corroborer une idée pré-conçue qui était celle de tous les physiologistes du temps. Willis avait sans doute été frappé de l’inchoérence des mouvements dans les lésions du cervelet; et, en effet, nous venons de voir dans une section verticale, pratiquée par Desmoulins, l’animal indécis, ou plutôt non maître de ses mouvements, être poussé comme par une force irrisistible , tantôt à droite, tantôt à gauche, ce qui constitue en réalité des mouvements involontaires. Pourfaur-Petit , Saucerolte, Chopart, Sabouraut qui avaient admis que les hémisphères cérébraux étaient les organes générateurs des mouvements, ont dû naturellement considérer le cervelet comme le foyer de la sensibilité, car on était alors très-occupé de la distinction en nerfs sensibles et moteurs : il fallut chercher à baser cette opinion sur des expériences dans un siècle qui commençait à vouloir du positif. Or, si la surface du cervelet est insensible , il n’en est pas de même des couches profondes (2), qui, cependant, n’offrent pas une sensibilité telle qu’on soit fondé à conclure que cet organe en est le foyer, comme on a pu le faire du lobe sus-spinal : peut-être aussi, ces expérimentateurs touchaient-ils, sans s’en apercevoir,
(1) Il n’est pas nécessaire, pour que le mouvement de rotation se produise, que le pédoncule soit divisé dans toute son épaisseur ; il suffit d’une section peu profonde de la surface.
(2) Voyez Précis de thysiol., M. Magendie, t. 1er, p. 256.
DU CERVEAU
ce lobe sus-spinal. JNéanmuins, chose étrange, ce fut en cherchant à prouver que cet organe était le foyer de la sensibilité, que Saucerotte établit les preuves solides qu’il est affecté aux mouvements volontaires. Zinn avait déjà, avant lui, obtenu les phénomènes sur lesquels cette opinion est fondée, phénomènes qui ont été si lumineusement développés par les physiologistes de nos jours; mais Zinn et Saucerotte, dominés par des idées de doctrine qui les éloignaient de la vérité, ont passé à côté sans Ta percevoir.
Gai! a émis une opinion qui compte encore aujourd’hui un grand nombre de partisanls. Les faits pathologiques et physiologiques , rapportés par M. Serres, qui, d’ailleurs, cherche à combattre cette opinion , prouvent qu’elle n’est pas dénuée de fondement; toutefois eette idée n’infirme en rien la théorie qui considère le cervelet comme organe spécial de la motilité; car on a vu par l’exposition du buibe sus-spinal qu’un organe peut avoir été regardé pendant bien long-temps comme simple et renfermer une texture complexe. Rien ne s’oppose d’ailleurs à ce qu’un organe qui présenterait une nature homogène, fût affecté dans ses diverses parties à des fonctions différentes, et le lobe du 4e ventricule, nous en fournit une preuve, puisque nous avons vu qu’il est dans sa partie supérieure, le réceptacle des sensations externes, et dans sa partie inférieure , celui des sensations internes, sans qu’aucune ligne de démarcation puisse laisser apercevoir de séparation dans ces foyers, autre que celle que dénotent les filets d’insertion des nerfs conducteurs de ces différentes sensations.
M. Rolando n’a tenu compte que du fait local en lui-même, sans rechercher, comme l’a fait M. Flourens, si les phénomènes qu’il produisait par ses vivisections, s’appliquaient à tel ou tel ordre; c’est pourquoi il n’a constaté que la plus ou moins grande somme de mouvement en rapport avec le plus ou moins de masse cérébelleuse.
M. Flourens, portant son attention sur la nature des mouvements, et remarquant surtout leur incohérence, a pensé que le cervelet en était le coordinateur, le balancier, le régulateur; mais, à mon sens, ni M. Rolando, ni M. Flourens ne sont arrivés à des conclusions rigoureuses, car le cervelet n’est pas, ainsi que paraît fe croire le physiologiste italien, l’unique source des mouvements volontaires (1); il n’est pas non plus, ainsique l’af-
(1.) Voyez les articles Hf.mjsphkrf.s cérébraux.
ET DE SES LO DES
firme l'expérimentateur français, le coordinateur régulier des mouvements, leur balancier, leur équilibreur. J’ai bien des lois privé des animaux, de toutes les classes de vertébrés, de leur cervelet en entier, et cependant je les ai vus exécuter des mouvements d’ensemble très- réguliers : le cervelet n’est donc pas la source du mouvement, et il n’en est pas le coordinateur. Nous verrons plus loin à quoi tient la coordination, l'équilibre et la la balance des mouvements; il est nécessaire avant cela, de continuer l’examen des résultats obtenus par les physiologistes qui ont le plus éclairé la question si obscure des fonctions du cervelet.
Je crois devoir confondre dans un même examen les opinions de MM. Magendie, Serres et de Desmoulins, parce qu’elles s’accordent sur les principaux points. Je ferai mention des différences accessoires.
Ces physiologistes admettent une force d’impulsion en avant dans le cervelet, et ils croient que cette force est contre-balancée par une force opposée, dont le siège serait le corps strié, de chaque côté. Ils pensent que les mouvements de rotation dépendent de l’action isolée de chaque lobe en particulir, de telle sorte que l’impulsion rotatoire, imprimée par l’un des lobes, est contre-balancée par l’impulsion rotatoire en sens inverse de l’autre lobe, comme la force impulsive en avant, qui résulte de l’action simultanée des deux lobes cérébelleux, est contrebalancée par la force impulsive en arrière, par l’action simultanée des deux corps striés. Ces physiologistes ont trouvé tous trois, que ces phénomènes avaient lieu chez les mammifères et chez les oiseaux , mais non chez les reptiles et les poissons.
M. Serres pense en outre que le cervelet coordonne les mouvements dans le saut, et qu’il influence les organes de la génération. Desmoulins nie la corrélation du cervelet avec les organes générateurs; mais il admet son influence pour maintenir l’équilibre, et augmenter la force motrice.
Voici maintenant le résultat de toutes les expériences que j’ai faites sur le cervelet, dans l’intention d’étudier et de discuter la valeur de ces diverses opinions; ce qui n’a pas laissé d’être souvent embarrassant à cause des résultats divers et quelquefois inévitablement contradictoires , dans une matière si embrouillée; mais avec de la persévérance et de l’attention, en rectifiant les expériences mal faites, en tenant compte de la complexité et en réfléchissant mûrement sur des conclusions trop précipitées , je suis parvenu (je l’espère au moins ) à trouver la vérité. Me serais-
1>! CERVEAU
je aussi trompé? cela n’est pas impossible, car nul n’est infaillible; mais, dans ce cas, je serai à mon tour tôt ou tard redressé.
Mes résultats ont été exactement les mêmes que ceux de Desmoulins, MM. Serres, Magendie, Rolando, etc.; mais en tenant compte de l’action de la moelle cérébro-spinale , du lobe sus-spinal, de ceux des tubercules quadri-jumeaux , des hémisphères cérébraux, corps striés et couches optiques, je suis arrivé à des conclusions différentes des leurs, différentes surtout de celle de M. Flourens, quoique rentrant dans les siennes sous certain point de vue , comme on va le voir.
Le cervelet, est selon moi, l’organe directeur des mouvements, surtout des mouvements en avant et en élévation, abstraction faite de toute coordination, de degré d’énergie, de toute volonté, de toute pondération.
Puisqu’il n’est pas l’organe de la pondération des mouvements, il ne peut donc en être le balancier, ni par conséquent P équilibreur, surtout, puisqu’il ne régit pas leur énergie, et qu’il n’est pas le siège des voûtions, et puisque la soustraction des corps striés fait lancer irrésistiblement l’animal en avant contre sa volonté, en dépit de toute loi d’équilibre et toute pondération. Cet organe n’est donc pas le siège des coordinations. Ainsi se trouvent détruites les conclusions de M. Flourens; mais elles revivent si l’on considère les fonctions du cervelet collectivement avec celles des autres lobes cérébraux et de la moelle cérébro-spinale. En effet, les hémisphères veulent le mouvement, et transmettent cette volition ( probablement par le ministère des couches optiques pour les membres scapulaires et le thoraux, et par les corps striés pour les membres pelviens ). Le lobe des tubercules quadri-jumeaux, metteur en rapport, reçoit cette volition et la transmet à tous les organes auxquels elle doit s’adresser, pour avoir son effet; le cervelet en recevant avis, dirige et renvoie parle lobe des tubercules quadri-jumeaux, la puissance directrice, à la partie motrice de la moelle qui, le recevant en même-temps que les ordres des hémisphères, exécute.
On conçoit que par ce mécanisme fonctionnel compliqué, et par cet accord seulement, il doit y avoir coordination, balance et équilibre; il faut en effet que toutes ces parties diverses, fonctionnent normalement, c’est-à-dire que la moelle et les nerfs moteurs exécutent , que le cervelet dirige, que les émisphères veuillent, et que les tubercules quadri-jumeaux adressent toutes ces influences réciproques à q ni doi t en connaître, pour que la ba-
ET DE SES LOBES
lance, l’équilibre, la coordination aient lieu, si l’un de ces organes manque à sa mission , cet accord qui fait la coordination , l’équilibre, la balance est rompu. Il y a cependant une distinction à faire entre les mouvements volontaires et ceux qui ne sont pas soumis à la volonté, les hémisphères n’interviennent dans l’acte de coordination que pour les premiers, les seconds sont coordonnés sans leur concours; mais alors, ordinairement avec celui du lobe sus-spinal, ou du 4e ventricule, que M. Flourens a appelé l’organe des mouvements de conservation , et qui, en effet , régit la respiration , la digestion et influence la circulation ; ce dont on peut parfaitement s'assurer en examinant un animal auquel on a enlevé la totalité de ses hémisphères cérébraux.
Il y a même plus, les mouvements coordonnés, non pas d’ensemble de tout le corps, mais partiels, peuvent être coordonnés, balancés , équilibrés, sans le concours des hémisphères des tubercules quadri-jumeaux , du cervelet et même du lobe sus-spinal; mais alors ils ne sont ni volontaires, ni coordonnés pour un but avec ensemble, ni dirigés vers ce but, ni en rapport avec les sensations. Ils obéissent à une stimulation perçue par la partie sensible du fragment de moelle sur lequel on opère, et qui transmet immédiatement à la partie motrice de ce même fragment, l’impression reçue; il n’y a pas conscience dans cette coordination, il y a perception et transmission immédiate de la partie sensible à la partie motrice. De teis mouvements doivent être classés dans les mouvements involontaires, mais partiels et’sans but.
On voit qu’ici j’ai été entraîné dans des généralités d’harmonie qui n’auraient pas dû être traitées dans un chapitre d’exposition d’organe spécial; mais c’est sur M. Flourens que je rejetterai la nécessité de cette anomalie didactique. 11 a fallu, pour faire apprécier la valeur des attributions qu’il a prêtées isolément au cervelet, montrer qu’elles n’étaient applicables qu’à une opération collective de diverses parties centrales du système nerveux. Il me reste à ajouter, pour compléter mes conclusions et les mettre d’accord avec les observations de MM Serres et Desmoulins, qu’elles s’étendent aux mouvements qui servent la génération, et que le cervelet concourt, comme les hémisphères, la moelle spinale, etc., à maintenir la puissancejinnervatrice , qui s’affaiblit d’autant plus que les mutilations d’une partie du système sont étendues»
HARMONIES