TROISIÈME SECTION
Harmonies consensuelles ou générales.
Je me suis proposé, dans cet ouvrage, d'exposer graduellement le système nerveux, dont j’ai cherché à acquérir une con naissance approfondie, et pour atteindre ce but, j’ai commencé par la formation primordiale , dont j’ai tâché de découvrir les secrets. Je me suis attaché ensuite à concevoir le développement de la trame organique en rapport avec le perfectionnement fonctionnel ; puis, procédant à l’exposition de toutes les parties du système j’ai comparativement et isolément étudié les organes sensoriaux, sensitifs et moteurs dans leurs dispositions anatomiques , et dans leurs actes fonctionnels; j’ai ensuite cherché à comprendre et à exposer la disposition et les actes des centres auxquels aboutissaient toutes ces parties isolées , et qui liaient leurs fonctions, qui les dirigeaient. Après quoi, j’ai cherché à rassembler toutes les pièces du mécanisme, et j’ai exposé les harmonies fonctionnelles qui sont, pour ainsi dire, les fragments de la vie, et les effets sympathiques qui doivent être considérés comme leurs échos. Maintenant, il s’agit d’assembler ces fragments et ces échos, pour en former cette unité fonctionnelle que MM. Serres et Flourens ont si haut proclamé, cet ensemble harmonique qui constitue la vie tout entière.
Laissant de côté les harmonies consensuelles secondaires, que j’ai d’ailleurs signalées aux harmonies fonctionnelles et sympathiques, et sur lesquelles je reviendrai en tant qu’elles se lieront aux harmonies fondamentales, je crois devoir tout d’abord exposer les plus importantes, celles qui constituent la vie par excellence.
La circulation du sang est une de ces harmonies fondamentales ; elle ne se borne pas à l’ensemble des fonctions ganglionnaires , mais elle se lie étroitement à la respiration et à l'innervation, et embrasse, on peut le dire, la généralité de l’économie; car elle est comme on va le voir, dans son union à la respiration et à l’innervation, le principe de toute nutrition et de tout
CONSENSUELLES.
mouvement vital. On a déjà vu que bien que ie ganglion cardiaque soit l’excitateur spécial des contractions du cœur, celles du système artériel tout entier dépendent de tout l’appareil ganglionnaire, et l’on sait aujourd’hui que cet appareil nerveux ne se borne pas à ce qu’on a appelé grand sympathique dans les cavités splanchniques, mais que les organes les plus éloignés de ces cavités, reçoivent des nerfs ganglionnaires rampants dans les parois môme des vaisseaux qui leur sont déstinés (1).
On a vu également que les harmonies respiratoires se mettaient à l’unisson des harmonies circulatoires, c’est-à-dire, que que quand l’une s’activait ou se ralentissait, l’autre (dans l’état normal), s’activait et se ralentissait aussi (2). La digestion, quoique paraissant en connexion moins directe avec le système circulatoire, lui est pourtant intimement liée; ainsi, l’absorption de la matière chyleuse, énoncée de l’alimentation, comme l’absorption de toute molécule quelconque, qui doit servir à l’assimilition , ou provient de désassimilation, entre et rouie dans le torrent circulatoire. La nutrition est aussi essentiellement liée à la circulation; il en est de même pour toutes les sécrétions; car tout liqU ide du corps animal provient du sang. La digestion, les mouvements et toutes les fonctions d’organes sont activés par la circulation; toute fonction cesse, même la sensibilité s’éteint là où le sang ne circule plus. La chaleur animale, ce produit qui dépend delà rapidité de la circulation et de l’oxigénation du sang, tant dans l’état normal que dans l’état pathologique, est en quelque sorte l’élément fondamental de l’innervation, ou au moins sa principale condition d’existence; après son extension totale dans l’organisme, toute sensibilité, toute contractilité disparaît : le galvanisme même, cet agent si puissant , reste sans effet
(1) Brachet, Ouv.cité, p. 549.
(2) La liaison de la respiration à la circulation doit être considérée comme plus essentiellement ganglionnnaire que cérébro-spinale, car si l’on fait volontairement de fortes inspirations, le cœur, ni le pouls ne s’accélèrent pas, tandis qu’ils sont forcés de s’accélérer dans une course rapide, et que surtout la respiration s’active dans un accès de fièvre, qui n’est autre chose qu’une irritation des nerfs ganglionnaires présidant à la circulation, quoique l’appareil musculaire soit dans un parfait repos. Ainsi , il est probable que dans la course, la respiration n’est pas activée par l’influence immédiate de l’appareirmusculaire; mais les mouvements accélèrent la circulation en chassant plus vivement le sang vers le cœur ; la circulation fait appel à la respiration par besoin d’oxigénation du sang et de calorique , car sans ces conditions l’innervation chez les animaux à sang chaud s’éteindrait.
HARMONIES
sur les organes, dés que la rigidité cadavréique apparaît (1). Ce qu’on appelle l’hématose, la formation du sang, est le résultat de l'introduction de l'air dans le poumon sous l’obédience du pneumo-gas! rique , et de sa mise en rapport avec les vacuoles bronchiques qui contiennent le sang noir pour l’oxigéner , le rendre rutilant sous l’obédience des nerfs ganglionnaires (2). Ainsi vitalise, le sang devenu propre à stimuler le système nerveux , et à fournir les matériaux de toutes les sécrétions, il se rend à tous les organes qu’il traverse, qu’il stimule, qu’il alimente; l’harmonie circulatoire est la plus générale, la plus complète de toutes. Non-seulement elle dépend du consensus fonctionnel du système nerveux ganglionnaire tout entier dans ses nerfs vasculaires sanguins, mais aussi du concours de tous les nerfs respiratoires, de ceux de la digestion, des sécrétions, de l’assimilation, etc. ; elle est en rapport avec le mouvement, non-seulement du cœur, des tuniques artérielles, de tous les organes de la nutrition, de ceux des excrétions qui en éliminent les parties qui doivent être rejetées comme l’urine, b s transpirations, le pus , etc. ; mais encore de ceux de la locomotion qui l’activent, et avec la sensibilité qui lui fait appel partout où elle est augmentée. Ubi stimulus ibi fluocus , disait Hippocrate. En effet , par tout où il y a irritation nerveuse , bientôt se produit l’inflammation : on a vu que les ganglions, même les plus insensibles, stimulés avec persévérance , devenaient rouges, douloureux , et bientôt le siège d’une sensibilité exquise et d’une i 1 1 lia m m a t i o n décidée.
La respiration, non-seulement se lie étroitement à la circulation , comme on vient de le voir, mais elle prête secours aux actes digestifs dans le vomissement ou dans la défécation pour expulser les résidus ; elle s’associe aux mouvements volontaires, lorsqu’ils se multiplient, comme cela est patent dans la course cl aux efforts. Dans certains actes respiratoires , comme le bâillement, la toux convulsive (3), il y a action de tous les muscles des membres et du tronc (4); dans les efforts, pour expulser les
tl) La rigidité cadavérique est un phénomène qui n’arrive que dans les organes musculaires soumis à la volonté, les muscles involontaires sont toujours flasques après la mort.
(2; Biehat pense que l’air respiré passe dans le sang, et que, se combinant avec lui, il sert ainsi à sa coloration (Vie et Mort, p. 2S0).
(5) Voyez Harmonies fonctionnelles respiratoires.
(4) La même chose a lieu pour l'éternuement , les efforts de voix.
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inaltérés focales, dans le coït immodéré, la respiration est fortement appelée à concourir aux actes, et l’on peut dire que dans le repos meme elle intervient; car, pendant le sommeil, elle est souvent accélérée à cause des efforts que les musclés respiratoires sont obligés de faire, pour agir sur le tronc et amplier la poitrine, les muscles volontaires étant inactifs; d’ailleurs, la nutrition s’opérant à l’état de repos, comme dans l’action, les matériaux de la nutrition étant fournis par le sang, et la formation du sang lui-même, dépendant du concours de la respiration, on voit que celte fonction se lie médiaiement à la nutrition et à toutes les fonctions organiques; mais là où elle est le plus manifestement nécessaire, c’est dans l’hématose ou l’oxigénation du sang, le chyle devenu sang veineux, tous les matériaux absorbés convertis en sang, et le sang qui, ayant servi aux sécrétions, se trouve dépouillé de ses qualités vitales, non-seulement n’est pas propre à la nutrition, ni aux sécrétions, moins celle de l’urine, s’il n’est oxigéné, mais surtout, il est impropre à entretenir aucune des fonctions du système nerveux; le sang noir en contact avec la masse cérébro-spinale a une action délétère sur cette masse, et détruit toute innervation.
L’innervation, chez les animaux parfaits, ne s’exécute donc qu’avec le concours de la circulation et delà respiration; le sang contient en suspension, ainsi qu'il est démontré d’après les analyses de M. Chevreul, la matière nerveuse pure, et la fait circuler pour l’assimiler aux organes qui en doivent être formés. Déplus, le sang puise dans la respiration son principe vital , sans lequei il est impropre à maintenir la vie dans le cerveau et les nerfs. Aussi, Bicbat, dans ses brillants élans de génie, avait-il considéré le cerveau , le poumon et le cœur réunis , comme le trépied vital. En effet, si c’est par le sang que tout s’organise dans l’animal, c’est par l’œil que le sang reçoit sa propriété organisatrice, et c’est par l’innervation que toute opération organisatrice a lieu. C’est aussi par l’innervation que toutes les pallies sont liées entre elles; cette innervation vient-elle à manquer dans un nerf, dans un segment de la moelle spinale, dans un lobe cérébral, à l’instant tous les organes auxquels correspondaient cette partie nerveuse, sont frappés de paralysie, soit dans leurs fonctions seixsomles ou sensibles, soit dans les mouvements locomoteurs , ou dans leurs actes de nutrition. Quelque distinctes que soient ces fonctions diverses du système nerveux, il y a une telle liaison entre elles, qu’elles semblent toutes dépendre les unes des autres, et qu’elles concourent
à l’ensemble général qu’on appelle la vie, avec une régularité el pour ainsi dire un sentiment du droit respectif de chacune , qui fait l’admiration de l’observateur, et qui produit aux yeux de tous cette unité qu'on a appelée âme, principe vital , etc... C'est par l’innervation que cet enchaînement a lieu. L’innervation est la fonction commune, la fonction générale de toutes ces fonctions diverses (1). Les sensations si différentes les unes des autres, la sensibilité, le mouvement de locomotion, le mouvement péristaltique, celui de tonicité qui préside à tous les actes nutritifs, et que Bichat avait nommé contractilité insensible, tous ces phénomènes se servant les uns les autres, et constituantdans leur ensemble le grand acte de la vie, sont bien l’harmonie générale par excellence. Cependant, ainsi qu’il a été exposé plus haut, l’innervation dépend elle-même de la circulation et de la respiration (cette remarque ressortira surtout de la méditation des écrits de Bichat) ; ainsi, les trois harmonies fondamentales sont dans la plus étroite dépendance l’une de l’autre, l’une ne peut-être entièrement éteinte , sans que les autres ne soient nécessairement abolies (2).
(1 ) Quelques physiologistes expérimentateurs, ne saisissant pas bien le mode de production subordonné de l’innervation , ou la dépendance fonctionnelle de certains nerfs régis par les parties centrales, ont cru qu’il s’agissait, dans certaines opérations vitales, du concours au même degré, de plusieurs parties, pour l’exercice d’une fonction. C’est ainsi qu’ils n’ont pas hésité d’attribuer dans la circulation, la même importance à l’appareil ganglionnnaire, à la moelle spinale et aux nerfs pneumo-gastriques. C’est pourquoi ils ont cherché à faires des expériences comparatives sur ces diverses parties, quand ils ont voulu agir sur les contractions du cœur et sur la circulation. Ce qui, j’ose l’espérer, n’arrivera plus après la lecture de ce traité. Tout expérimentateur sera convaincu, qu’en ce qui concerne la circulation, par exemple, c’est d’abord dans l’intégrité de la moelle cérébro-spinale qu’ils trouveront la condition d’existence fonctionnelle de l’appareil ganglionnaire et des nerfs pneumo gastriques ; ce sera ensuite dans l’intégrité des ganglions cervicaux et du ganglion cardiaque, qu’ils trouveront la condition directe des contractions du cœur, et dans l’intégrité du bulbe sus-pinal et des nerfs pneumo-gastriques, la condition directe delà formation du sang, principe d’excitation du système nerveux . Ainsi, comme on le voit , tout s’enchaîne dans les fonctions sans précisément concourir au même degré à la production des actes vitaux.
(2) Cette intime liaison des harmonies fondamentales n’existe plus chez les animaux à sang froid ; enlevez toute la masse encéphalique, chez les grenouilles ou les salamandes, la circulation continue encore très-long-temps ; la respiration peut ainsi être suspendue chez ces animaux, sans que le cœur arrête ses mouvements.
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Toutes les harmonies secondaires, pour n’être en quelque sorte que des fragments de cette triple harmonie fondamentale, n’en forment pas moins chacune un cercle harmonique qui, quoique spécial, rallie à lui, pour ainsi dire, toute l'économie.
Les harmonies digestives doivent être regardées comme consensuelles; car elles nécessitent le concours de plusieurs fonctions. Ainsi, d’abord, la circulation, l’innervation el la respiration se rattachent à la digestion. La dernière de ces fonctions ne s’y rattache immédiatement que dans certains actes, comme dans le vomissement (1), les exonérations (2). Toutes les sécrétions el excrétions se rattachent à la digestion, et plusieurs contribuent à la fonction même; ainsi, la salive, labile, le suc pancréatique, qui sont extraits des aliments après avoir circulé dans le sang vivifié par la respiration , le tout sous l’influence innervatrice, s'appliquent au bol alimentaire, pour l’imprégner, contribuer à le diviser, et le rendre susceptible de former à l’absorption les matériaux îni tri tilVqui doivent rouler dans Jetorrent circulatoire. Quant aux produits exonérés , n’étant eux-mêmes que le résidu des substancesaümentaires qui n’ont pu servir aux sécrétions, ou qui, y ayant servi , n’ont pas dû être employées à l’assimilation, ils ne sont que la conséquence des actes digestifs. On a vu que j’ai dit, en traitant des harmonies fonctionnelles, que la faim ou l’appétit, c’est-à-dire, la sensation éprouvée par le pneumo-gastrique , commence par solliciter tous les actes qui se rattachent à la digestion. En conséquence, les lobes cérébraux sont influencés et réagissent sur les organes de préhension et les locomoteurs, en même temps que sur les sens qui indiquent la proie. Les organes de la mastication, de l’insaîivalion , de la déglutition, entrent en jeu; puis ceux des sécrétions gastriques, ceux d’absorption, ceux des mouvements gastro-intestinaux, el enfin, ceux d’exonération. Dans tout ce mécanisme harmonique, une grande quantité de nerfs sensoriaux, sensibles et moteurs, entrent en action, et tous ceux qui président aux actes nutritifs sont également mis en jeu par suite de la digestion.
(1 ) Le vomissement a lieu par l’action simultanée de la 8e paire et de tous les nerfs respiratoires pour l’expulsion des matières contenues dans l’estomac: dans les grands efforts, tous les muscles locomoteurs du tronc des membres, la langue, etc. . entrent en action.
(2) Dans les défécations laborieuses, les muscles des membres entrent aussi en action, ainsi que ceux de tout le tronc.
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L’absorption, qui paraît netre qu’un acte fonctionnel se rattachant aux harmonies digestives, peut devenir une opération Harmonique consensuelle extrêmement compliquée. C’est ainsi que la simple absorption d’une substance toxique, par exemple, de la noix vomique ou du camphre en certaine quantité, dès que la substance a été portée par la circulation veineuse au cerveau, occasione divers phénomènes convulsifs et du désordre dans les sens (1), les sécrétions, la nutrition, les exonérations ; et même, si la dose est considérable, il peut y avoir non-seulement des phénomènes sympathiques produits, mais désharmonie et mort, ou cessation totale des fonctions. On verra, à la partie qui traite de l’action des corps physiques et chimiques sur le système, quelles sont les nombreuses sympathies que l’absorption des substances délétères peut faire naître.
Les actes nutritifs sont soustraits à notre investigation, mais on voit que la nutrition relève de la digestion, et plus spécialement de l’absorption; que cette fonction se rattache à la circulation; que, par conséquent, c’estjl’appareil ganglionnaire nerveux qui y préside en particulier. Mais on n’a pas besoin de beaucoup réfléchir, pour s’apercevoir que toutes les sécrétions doivent concourir aux phénomènes d’assimilation , et que toutes les excrétions concourent à ceux de désassimilation ; que le tout s’opère par les molécules charriées dans le système circulatoire; et, sous l’influence nerveuse, la respiration concourt médiatement à la nutrition, puisqu’elle est indispensable à la circulation. Les mouvements, la sensibilité, les sensations et toutes les opérations que Bichat avaient nommées de la vie animale, sont aussi employées médiatement à servir la nutrition. Ainsi, les sens et le cerveau interviennent dans le choix des matériaux; les mêmes organes et les muscles locomoteurs, dans la préhension ; les muscles masticateurs et déglutiteurs, les organes sécrétoires, absorbans et circulatoires, dans la digestion et la circulation du sang et des fluides qui en émanent. Enfin, les assimilateurs et exonérateurs sont employés pour la nutrition et l’élimination des substances non nutritives. A la nutrition, se rattachent essentiellement les phénomènes de conception, de gestation et tous les actes qui dépendent des opérations intimes de formation organique, de composition, selon la nature individuelle, par des rapports qu’il ne nous sera probablement jamais permis de découvrir, mais qui
(1) Voyez, dans la seconde partie, les articles concernant l’absorption.
CONSENSUELLES.
tiennent essentiellement à la composition des espèces, et qui fait qu’il n’estpermis à aucune de ces espèces, dedénaturer sonlypeen se mêlant à d’autres espèces, sauf quelques rares exceptions dans les types rapprochés, et encore les types de forme dans la même espèce sont-ils en dehors de ces exceptions; caries chiens lévriers, qui ont le museau alongé, ne peuvent procréer avec la race carline à mufle épaté; c’est une chose merveilleuse que cette consécration, cette conservation indélébile des types des animaux: il semble que la nature tienne à la portée de chaque individu , le moule invisible dans lequel il doit être invariablement formé, et qu’il n’est aucune anomalie qui ait le pouvoir de changer fondamentalement ces formes primordiales; c’est ce que prouve d’une manière satisfaisante la théorie des monstres qui ne peuvent naître ni croître que par arrêts d’organisation ; il peut bien, dans un individu, y avoir défaut d’organes ou organes doublés par erreur de nutrition, mais jamais surcroît de masse, ni disposition différente de forme normale et étrangère à l’espèce.
Les formations anormales accidentelles de tumeurs pathologiques ou autres, sont aussi dans des actions nutritives, et causées soit par irritation ganglionnaire, soit par mauvaise élaboration, mais toujours par anomalie d’action des nerfs qui président à l’assimilation.
On conçoit que, si la nutrition se rattache d’une manière si intime à la digestion, à la circulation et à toutes les fonctions en connexion harmonique avec elles, il doit en être de même de chaque sécrétion en particulier et des exonérations. C’est une chaîne harmonique qui se reproduit , et passe d’une fonction à «ne autre, en rendant propre à chacune le cortège d’organes plus spécialement chargé du groupe harmonique qui concourt au but particulier, quand même ces organes sortiraient du domaine de l’appareil ganglionnaire; ainsi, dans les sécrétions intestines, les muscles locomoteurs n’interviennent pas, tandis que, pour les exonérations , leur concours est nécessaire.
Je ne ferais que répéter ce que j’ai dit en divers endroits , si je faisais mention de tous les consensus auxquels se lie chaque acte qui se rattache aux fonctions viscérales; je rappellerai seulement que dans les exonérations, à mesure qu’un plus grand effort devient nécessaire pour procurer l’expulsion, il se joint aux appareils exonérateurs ordinaires des appareils supplémentaires, et il est à remarquer que ce sont toujours les actes fonctionnels cérébro-spinaux qui viennent au secours des actes nutritifs, lesquels semblent accomplir leur mission sans égard
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pour ce que Bichat appelait la vie animale, tandis que celle ci est constamment aux ordres des besoins ou sensations internes, et en raison de leur exigence. C’est ainsi que, pour la défécation, si le résidu n’est pas pelotonné eiï une très-grosse masse durcie, mais au contraire demi -liquide, aucun nerf des parties en coopération n’étant paralysé , le sentiment du besoin d’exonérer se fait ressentir dans le plexus sacro-ischiatique ,' qui reçoit des rameaux sensibles de la membrane muqueuse du rectum; l’appel est fait aux nerfs constricteurs des parois abdominales au diaphragmatiques, pour la pression sur le paquet intestinal, sur les nerfs des plans musculaires intestinaux, sur les muscles anaux pour l’expulsion, et sur ceux des membres pelviens pour la situation convenable à l’accomplissement de l’acte.
S’il s’agit d’éliminer des matières très-durcies , il faut , pour opérer l’effort, que non-seulement tous les nerfs respiratoires y coopèrent, en emplissant la poitrine d’air, afin que la compression soit plus énergique, mais que les muscles des membres et du tronc viennent en aide : on voit môme ceux de la face et du cou se contracter avec force, pour harmonrer d’efforts avec les muscles plus immédiatement expulseurs. Eh bien ! tout cela est provoqué par le sentiment du besoin d’exonérer, communiqué par les nerfs de la sensibilité rectale.
Le même mécanisme a lieu pour aider les organes générateurs. S’il s’agit de l’expulsion d’un caillot de sang de l’organe utérin ou du vagin, ou s’il s’agit de lochies, la pression est presque inaperçue; mais, dans la parturition et au moment de l’expulsion dit fœtus, le concours musculaire est en raison des efforts nécessaires et du volume du fœtus. Tous ces mouvements sont eux-même provoqués par le sentiment incommode du produit à expulser, auquel se réunissent môme les douleurs utérines qui viennent se joindre au sentiment du besoin d’exonérer, comme des renforts provocateurs (1). Dans les cas de fœtus trop volumineux et de faiblesse musculaire, les puissances motrices ne répondant pas à l’appel organique, on est souvent obligé d’avoir recours au forceps, comme à la curette, pour l’expulsion des matières fécales durcies, quand il s’agit de faiblesse pour cette expulsion naturelle, chez certains malades.
(1 ) Bichat fait remarquer que la vie animale est tellement dépendante de l'organique que jamais la première ne dure après l’extinction de la dernière. tandis que celle-ci, au contraire, existe toujours après la cessation de l’autre (Vie et Mort, p. 154.) •
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Les mouvements volontaires qui ont été décrits aux harmonies fonctionnelles, opèrent consensuellement avec la sensibilité, ainsi qu'il a été dit aux harmonies sympathiques; ils s'adjoignent toujours, lors qu’ils sont exagérés, les mouvements respiratoires, l’augmentation de la circulation et de l’exhalation cutanée; mais, alors même qu’il sont légers, ils s'allient toujours nécessairement avec la sensibilité qui doit leur servir de guide. Il me reste à dire que cette alliance est sentie, jusque dans les moindres nuances, par les paralytiques incomplets de sensibilité, où, en voie de guérison , chez eux il existe un fourmillement incommode qu’ils ressentent au moindre mouvement, à la moindre pression. Survient-il chez ces individus la moindre pandiculation par bâillement, pendant même les défécations, où nul effort musculaire n’est perceptible à la vue, le fourmillement se fait ressentir au moment de l’exonération, comme si la descente du résidu dans le rectum correspondait par des filets qui tirailleraient chacun des points qui fourmillent; tandis que, dans l’état normal ce concours de la sensibilité avec les exonérations, n’est pas ordinairement perçu ; il n’en existe pas moins, et il prouve la conspiration universelle, quoique inappréciable, de tous les organes du corps pour tous les actes de la vie.
Je ne ferai qu’indiquer les harmonies qui lient le centre cérébral au ganglionnaire, pour certains actes, comme les émotions qui influencent les battements du coeur, occasionent des palpitations, ou produisent des syncopes, et, dans d’autres cas, ralentissent les battements de cet organe (l). Cette influence du cerveau sur le cœur ne peut avoir lieu que par les rameaux de la 8e paire, se rendant aux plexus thoraciques, surtout le cardiaque. 11 en est de même de l’influence désaffections morales, du travail intellectuel, des actes passionnés sur l’estomac par le pneumo-gastrique sur les plexus sous-diaphragmatiques, comme aussi des affections de l’estomac, ou simplement de l’état de vacuité, ou de plénitude de ce viscère, sur les opérations du cerveau. C’est toujours par les rameaux de la 8e paire que ces influences se manifestent; mais, si le cerveau a le pouvoir d’influencer ainsi les organes régis en grande partie par l’appareil ganglionnaire, au moyen de la 8e paire, il n’en est pas de même lorsque la volonté a perdu son empire; alors, ni lobes cérébraux, ni moelle spinale , ni cordons nerveux, ne réagis-
(l) Voyez, a ce sujet, Bichat, Vie et Mop.t, p. 502 et suiv.
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sent : c’est ainsi que, dans les convulsions, ou dans la paralysie, sans autres troubles cérébraux, on ne remarque ordinairement aucune influence transmise ni au cœur, ni à l’estomac (1).
Ceci nous donne occasion de remarquer que tontes les lésions de l’appareil ganglionnaire, quoiqu’on apparence séparé par une démarcation si tranchée du système cérébro-spinal, retentissent néanmoins dans ce système, comme on peut s’en convaincre par l’abattement, les anomalies instinctives et intellectuelles, celles de? sens, le brisement, les douleurs, la faiblesse, ou autres désordres de mouvement et de sensibilité, qui se manifestent dans toutes les inflammations, les lésions gastro-intestinales, etc. Il faut noter aussi, que dans les fortes contentions d’esprit, les passions, les désordres nerveux cérébro-spinaux qui amènent ou de fortes douleurs, ou des accidents convulsifs continus et marqués ( mais toujours par influence cérébrale volontaire), agissent sur les nerfs ganglionnaires, ainsi que l’attestent le dépérissement, les troubles digestifs, circulatoires, etc tandis que là où la conscience, le jugement et les voûtions se taisent, il y a, au contraire, embonpoint, appétit, bonne coloration , quoiqu’il puisse y exister une affection grave et étendue dans le système nerveux cérébro-spinal.
Je ne m’occuperai pas ici des harmonies instinctives et intellectuelles, non plus que des passions dans les conditions voulues; pour que le raisonnement et le jugement soient sains, outre qu’on peut risquer d’être entraîné dans des hypothèses, en traitant ce sujet, il rentre spécialement dans le domaine de la psychologie, et, pour ce qui est de la non-liaison des idées, de leur désharmonie, il en sera dit quelques mots dans la pathologie, en traitant de la folie, état anormal du cerveau dans lequel la physiologie n’a encore que bien faiblement porté son flambeau.
Quant aux facultés dépendantes d organes cérébraux , admis parGall, je me dispenserai par les mêmes raisons d’en parler (2).
(1) Bichat, ouv.cilé, p. 511. Ni les exhalations, ni les autres secrétions, f ni la circulation , l’absorption et la nutrition des parties convulsées ou para- j lysées, ne sont aucunement troublées.
(2) Je ne puis cependant m'empêcher de remarquer que, s’il était mathé- 4 matiquement prouvé que les facultés instinctives et intellectuelles , localisées par les cranioscopes, étaient en rapport avec le développement hémisphérique cérébral et cérébelleux , tel qu’ils l’ont établi sans égard pour les