PROLÉGOMÈNES
conjectural sur les corps ma m i liai res , sur la fameuse glande pinéale qui a servi à fonder de si célèbres hypothèses, sur les cornes d’Ammon, les différentes parties de la voûte à trois piliers, etc. La physiologie seule, peut nous découviir les mystères d’organisation que ces parties nous cachent; d’un autre côté, les traités spéciaux de physiologie sont si vagues et si dégagés d’anatomie, qu’ils ressemblent plutôt à des romans qu’à des ouvrages scientifiques. Il existe, il est vrai, une foule de monographies sur tous les points épars du système nerveux, et l’on peut dire que la science est noyée et délayée dans un dédal de matériaux que l'esprit le plus studieux ne saurait rassembler pour en former un corps compact , qui puisse servir de guide au praticien, si l’on ne cherche à rassembler ce qui est véritablement utile et essentiel , en le dégageant de toutes les considérations insignifiantes qui l’obstruent; c’est en effet dans le domaine de la pathologie, de la thérapeutique, de la physique, de la chimie, de l’anatomie et de la physiologie , qu'il faut aller puiser les lumières propres à élever un édifice de quelque solidité, concernant le système nerveux. Je ne me suis pas borné à faire une stérile anatomie des nerfs, ni une intéressante histoire de nos passions, de nos sensations et de nos habitudes, j’ai strictement analysé sous le rapport matériel et fonctionnel, chaque filet nerveux et chaque portion nerveuse centrale, qu’il pouvait devenir utile de connaître dans l’état actuel de la science, puis j’ai étudié sous le nom à* harmonies, le jeu fonctionnel, sympathique et consensuel ou général de toutes ces parties entre elles; c’est ainsi que je suis parvenu à me rendre compte de l’exercice de la vie dans l’état normal; j’ai môme examiné comment il y avait lieu au désaccord fonctionnel, et sous quelles conditions la désorganisation pouvait s’effectuer.
Ayant réuni pièce à pièce, et fait marcher dans son ensemble le mécanisme de l’économie animale, j ai dû, pour en compléter l’étude, rechercher comment pouvait s’opérer la démolition ou l’altération de cet admirableensemble, et par conséquent, j’ai dû chercher à me rendre compte de tous les agents qui pouvaient l’entamer et rompre les harmonies , but final et condition essentiellede l’existence normale. En procédant d’après cette base, je me suis vu contraint d’embrasser sous deux grandes coupes les actions destructrices , ou seulement modificatrices : ce sont les physiques ou attaquant directement les tissus, et les chimico-vilales, ou n'influençant les divers parties de l’organisme , qu’a près s’être adressées au centre de direction , ou , en d’autres
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termes, aux organes chargés d’apprécier les opérations partielles , de les accorder pour établir les harmonies.
Ainsi, c’est après avoir comparativement traité de la disposition du système nerveux, dans toute l’étendue du règne animal, et avoir surtout tenu compte de son développement en rapport avec ses diverses modes d’action , que j’ai procédé en quelque sorte à la décomposition de ce système, par les causes variées qui peuvent en altérer le parlait mécanisme, et en modifier ou même en détruire les fonctions. Cette marche était nécessaire, car ce n’est qu’en appréciant bien les fonctions du système nerveux dans son état d’intégrité, et en se rendant compte des agents qui les influencent, soit en les détériorant, soit en les abolissant, qu’on peut espérer de parvenir à bien comprendre leur dérangement, et conséquemment l’état pathologique du système, et à découvrir les vrais moyens thérapeutiques, ceux qui doivent changer l’état anormal en état normal.
On comprend, pour peu que l’on soit médecin praticien, et que l’on ait été témoin des désordres survenus à l’occasion des différentes désharmonies nerveuses, que c’est là la seule marche à suivre, pour espérer des succès dans le traitement de maladies qui étonnent toujours au suprême degré par leur apparente bizarrerie, la gravité de leurs effets, et souvent l’inefficacité des moyens curatifs, les hommes dépourvus d’expérience.
Bordeu s’était pénétré de cette maxime fondamentale, que c’est en rectifiant les mouvements insolites de l’économie, que le parfait équilibre, Tétât de santé, se reconstituait lorsqu’il avait été dérangé ; mais pour parvenir à ce but, il est clair qu’il faut connaître d’abord ce que Ton entend par l’état de santé, c’est-à-dire qu’il faut parfaitement se rendre compte de tous les actes fonctionnels, qu’il faut ensuite être instruit de l’influence qu’ont sur tous ces actes les corps que Ton peut être tenté d’employer à l’effet de les modifier; il est nécessaire de connaître comment cette modification a lieu. Or, les deux parties de cet ouvrage sont destinées à atteindre ce but : lequel étant rempli, nous permettra d’étudier les dérangements fonctionnels, et de faire le choix des modificateurs propres à ramener l’état de santé.
Les divers corps physiques ou chimiques n’agissent pas d’une manière identique sur toutes les organisations; cela tient probablement aux différences d’énergie fonctionnelle qui établissent tant de degrés dans l’exercice des harmonies-, degrés qui onh
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reçu les noms d’idiosyncrasie , tempéraments , constitutions, etc... Le vulgaire croit qu’une substance, un remède , doit toujours produire le même effet sur tous les individus, et le médecin le plus savant , esta ses yeux celui qui devine le mieux les effets qui seront produits, la durée et les phénomènes à venir d’une maladie : aussi la réputation d’un praticien estelle plus dans son pronostic, que dans ses succès; car un médecin qui guérit, prouve bien qu’il sait son métier ; mais celui qui prédit ce qui doit infailliblement arriver, est le prototype de la science.
Mais ce n’est pas seulement le vulgaire qui croit à la vertu mathématique des remèdes, et au savoir obligé du médecin; il est des hommes de l’art qui ne savent qu’appliquer des drogues à chaque affection, sans tenir compte de l’état de l’organisme. Ces empyriques ont souvent des succès, lorsqu’il s’agit de lésions plus ou moins matérielles; mais alors qu’il ne s’agit que de phénomènes nerveux, un pur hasard, dirigé par des abstractions ontologiques, est leur seul guide : aussi, les remèdes contre les nerfs 7 comme on dit, remplissent-ils à profusion les pharmacopées, et sont-ils tous plus inefficaces les uns que les autres; car, ce qui a modifié un organisme a été complètement sans succès sur d’autres, qui en apparence présentaient la même affection. Aussi ne peut-on , en fait de lésions nerveuses , tenir compte que de l’effet spécifique général produit par l’agent sur telle ou telle fonction du système nerveux, et, dans l’application, le praticien doit uniquement s’attacher à l’étude de la modification. Voilà pourquoi on exige du médecin des connaissances si étendues et si approfondies, et pourquoi on avait appelé la médecine l’art conjectural par excellence.
Ce n’est pas assez, pour l’homme de l’art, d’être versé en matière médicale et en pharmacologie; il faut-non -seulement qu’il connaisse tous les corps physiques et chimiques , mais qu’il sache encore apprécier les modifications que ces corps peuvent produire dans leur application au système nerveux, et selon la nature des différentes parties de ce système. Mais croit-on que, même alors, il possède l’art de guérir? Non, il lui faut encore plus, il lui faut connaître les dérangements qui peuvent survenir dans les fonctions nerveuses (les désharmonies) , et les changements qu’il croit pouvoir se proposer d’obtenir selon la nature de ces dérangements; en un mot, il est nécessaire qu’il soit thérapeutiste; mais, pourle devenir, avant tout il doit être parfait anatomiste, comme physiologiste accompli , et l’action des corps
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physiques et chimiques sur l’organisme doit lui être aussi familière que possible : ce n’est qu’après avoir rempli ces conditions, qu’il pourra devenir pathologiste, puis enfin thérapeutiste.
On peut voir d’un seul coup-d’œil, par le cadre que me je suis tracé, que tout corps de la nature doit s’offrir à moi sous deux aspects, l’un dans ses effets physiologiques normaux, l’autre dans ses effets physiologiques anormaux, et il n’est personne qui ne sache que les effets produits en santé, ont des résultats différons de ceux que déterminent l’état de maladie, quoiqu’agissant sur les mêmes appareils et souvent de la même manière. En général , il suffit pour donner à cette observation toute sa valeur , de faire remarquer le bien qu’on peut retirer d’un émétique ou d’un purgatif, lorsqu’il n’y a pas inflammation du tube gastrointestinal, et de le comparer aux funestes effets qui peuvent résulter de l’action de ces médicaments dans les phelgmasies intenses de ces organes. J’aurai occasion, en parlant des hornœopathes , défaire voir que ce qui assure le plus essentiellement leurs succès en thérapeutique, c’est que pour eux rien n’est indifférent, que non-seulement ils regardent comme médicament et même comme agent morbide, tout corps de la nature agissant chimiquement ou physiquement , mais encore qu’ils regardent comme agents indicateurs et même toxiques danscertainscas, les substances alimentaires; ce que ne font pas. la plupart des médecins, qualifiés par eux ‘X Allopathes, lesquels établissentassez généralement comme point de doctrine , que toute substance alimentaire ou nutritive, et conséquemment susceptible de se changer en notre propre substance , ne doit pas être considérée comme médicament, tandis que tout corps non alimentaire peut être réputé tel. Les homoeopathes, ai-je dit, font de tous les corps des agents modificateurs, c’est-à-dire qu’ils regardent comme tels les médicaments et les aliments; mais ils ne se bornent pas à les considérer comme des. remèdes, ils les envisagent comme propres à produire un état morbide factice, qu’il faut substituer à l’état morbide naturel, bans certains cas, ils font de toutes ces substances , soit alimentaires, soit médicatrices, des poissons ou des agents morbifiques délétères; c’est pourquoi ils emploient, par excès de prudence, des doses infinitésimales quand ils agissent dans le sens même de la maladie, et leur doctrine thérapeutique est surtout basée sur cet axiome : siniililms similia curantur. Je me propose d’examiner la valeur de ce précepte, dans les conclusions générales, et lorsqu’il s’agira de thérapeutique; je me contenterai de dire