CHAPITRE IL
Agents ■physiques généraux. — Du calorique et de son irradiation. — Des parties de V organisme principalement
influencées par le calorique.
En commençant par le calorique, à traiter des influences des corps physiques et chimiques sur le système nerveux , je n’ai pas eu en vue de faire une classe exclusive d’ excitants , pour traiter ensuite des sédatifs ou débilitants. D’après mon observation, il n’est pas plus d’excitants que de débilitants absolus : toute médication, ou mieux, toute modification, dépend du degré de vitalité, en même temps que du monde d’action de la partie sur laquelle on opère, et de la condition plus ou moins normale dans laquelle se trouve cette partie.
Le calorique est l’un des plus puissants excitants du système nerveux; c’est sous son influence immédiate que les germes fécondés se développent même chez les animaux à sang froid; c’est seulement, lorsque le calorique est appliqué, que le système nerveux s’organise (1), car laissez un germe sans calorique, il restera indéfiniment inerte, quoique fécondé, et c’est bien excusivement le calorique qui est la principale cause de cet effet, car dans l’incubation des ovipares, la présence de la mère n’est pas indispensable à la formation du nouvel être, lorsque le germe fécondé a été produit, et si dans les espèces qu’on a appelé vivipares, le corps de la mère devient condition nécessaire au développement de l'embryon, c’est parce que le système circulatoire placentaire du fœtus, est étroitement lié au système circulatoire de la mère. ( Voy. pl. Il, fig. 6.). Personne, d’ailleurs, n’ignore que la chaleur est une condition importante à
(1) Voyez formation , au chap. des généralités , t'-e partie.
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l’exercice de la vie (1) chez les animaux, sensibles, el si je ne craignais de m’écarler de mon sujet, je serais tenté d’admettre une sorte de sensibilité chez les végétaux , puisqu’on les voit dépouillés d’une partie de leurs actes vitaux dans les saisons rigoureuses, et que leur nutrition même est alors suspendue. Il y aurait de curieux rapprochements à faire sous ce rapport entre eux et les animaux hivernant, pendant la saison où ces animaux perdent toute sensibilité, et où leur nutrition même est entravée. (Voyez lre partie, viue paire, et nerfs ganglionnaires. )
Il n’est pas de mon objet ici d’examiner la nature du calorique, ni de discuter pour savoir avec les physiciens, s’il est dû à un mouvement vibratoire, ou s’il est corps matériel; je n’examinerai pas plus le singulier phénomène de la polarisation, ou de la polarité, qui paraît être inhérent au calorique vital dans les êtres organisés ; je me contenterai de constater l’existence du phénomène, et j’admettrai en principe que l’absence absolue du calorique est une cause d’absence de vie, ou d’excitation nécessaire à l’entretien de la sensibilité des organes vivants.
Un des phénomènes les plus remarquables dans les animaux à sang chaud, surtout, c’est cette singulière propriété de leur système nerveux , de produire de la chaleur, et telle est la puissance de cette production , que dans les milieux les plus froids, dans les régions polaires du globe, sous l’inlluence d’une soustraction immense de calorique, elle se soutient avec une activité si giande, qu’il y a alors peu de différence entre la température du corps de ces animaux, et celle de ce même corps sous la zone torride. Cette puissance de production paraît résider chez eux, dans les opérations combinées du système nerveux ganglionnaire et du pneumo-gastrique, dans l’acte de l’oxigénalion du sang, ou de l’hématose, et peut s’appeler faculté calorigénésique (2).
(1) M. Poiseuille a constate dans ses expériences , qu’un abaissement de température ralentissait positivement la circulation du sang.
(2) La faculté calorigénésique est toujours maintenue dans l'organisme en raison du besoin de l’économie : ainsi . dans des milieux très-froids qui entourent le corps d’un animal adulte, vigoureux , à sang chaud , il se fabrique dans son intérieur une grande somme de calorique , tandis que dans des milieux d’une température élevée, il s’en fabrique peu, et en même temps l’exhalation cutanée contribue puissamment à la rc/rrgà\ition , ou à la soustraction de la chaleur en excès.
Un doit rapporter à trois sources la production de la chaleur, ou son accumulation dans le corps animal, surtout chez les espèces à sang chaud; ce sont : 1° l’acte respiratoire ou plutôt l'action combinée du système nerveux ganglionnaire et du pneumo-gastrique en rapport avec l’air introduit dans les organes respiratoires, 2° l’accélération du mouvement; 5° l’addition par introduction de calorique étranger, soit au moyen du frottement ou de la communication, soit par irritation. Le premier de ces moyens est dû à un acte naturel de la vie ou à un concours harmonique d’opérations nerveuses, qu’on appelle la respiration. (Yoy. Harmonies;, lre partie.) Les deux autres sont des moyens artificiels, et propres à modifier les système nerveux et les diverses fonctions auxquelles il préside : ces modifications sont souvent très-puissantes; aussi, le calorique est-il un des agents les plus importants entre les mains du médecin.
Il est d’abord d’une très-haute valeur, considéré sous les rapports de l’hygiène; ensuite, il offre des ressources immenses à la thérapeutique.
Une des principales conditions, dont le médecin s’enquiert lorsqu’il examine un individu, quel que soit son état de santé, c’est l’influence de la température à laquelle il est exposé, en rapport avec son état constitutionnel; c’est pourquoi, le climat, l'habitation, les vêtements, les eaux thermales, jouent un si grand rôle dans toutes les consultations, dans toutes les doctrines, chez les hommes de l’art de toutes les contrées, de tous les siècles.
On peut admettre en général que le calorique est le stimulant par excellence, et l’excitant le plus universel du système nerveux; je ne parlerai pas ici de l’engourdissement, de la perte de sensibilité et de mouvement que son absence occasione , ni de Y asphyxie , de la coagulation du sang, de l’extinction vitale due à cette absence, de l’hivernement des animaux qui peuvent
La calorigénésie s’exerce chez les animaux à sang froid , à un bien plus faible degré ; aussi leur sensibilité n’est-elle pas affectée d’un grand abaissement de température. La puissance calorigénésique des oiseaux est supérieure à celle des mammifères , car ils s’élèvent quelquefois à des régions où ils périraient infailliblement par l’abaissement qu’ils y rencontrent s’ils n’avaient en eux la faculté d’y résister.
Cette puissance caSorigénésiqucdes animaux est indépendante des masses nerveuses qui la produisent (le pneumo gastrique et l’appareil ganglionnaire), car la température propre de très-gros mammitères comme i’éléphant, n’est pas supérieure à celle des très-petits oiseaux comme le roitelet.
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résister à celle action délétère; c’est en traitant de l’air avec absence de calorique, que ces considérations trouveront leur place; je ne ferai pas plus mention des saisons, considérées sous le rapport de la procréation d’un grand nombre d’animaux. Ce sont choses assez connues. Je ne parlerai pas non plus ici des migrations d’espèces aux changements de saison, ni du bien-être que la sensibilité éprouve d’une suffisante introduction de calorique étranger, ou des précautions prises pour en modifier la déperdition, dans les saisons rigoureuses, chez les espèces forcées de rester dans les mêmes lieux aux changements de saison, ni de l’influence que toutes les fonctions en éprouvent : mon objet spécial sera de traiter l’application du calorique en excès.
Cette application a une action locale ou transmise. Dans le premier cas, elle est ressentie par les nerfs sensibles du lieu même où on l’applique; dans le second, elle est portée aux centres, ou transmise à d’autres organes dans une plus ou moins grande étendue.
Pour que l’action du calorique soit locale, il faut nécessairement qu’il n’agisse que sur une portion limitée d’organisme, et que toutes les autres parties soient soustraites à l’influence de cet agent; que souvent même on agisse par réfrigération sur les autres parties; sinon il irradie ou se transmet par conductibilité.
Les différents modes d’application ont lieu au moyen de l’insolation ou du rayonnement de calorique artificiel à divers degrés, par des liquides ou des vapeurs, selon différentes élévations de température, par des corps solides plus ou moins échauffés par la moxibustion , la cautérisation ou destruction tolale de tissus, au moyen de la brûlure.
L’insolation se pratique par l’exposition simple aux rayons du soleil, placé à l’abri d’un mur, ou garanti au moyen d’un parasol dans les parties qui ne doivent pas être excitées; le rayonnement du calorique s’effectue en approchant des chai bons ardents dans un réchaud, et se limite en exposant les parties qu’on veut chauffer, au foyer, et garantissant les autres par les écrans. La communication du calorique artificiel s’opère en se servant de vessies, de vases de grès ou de métal rempli d’eau, ou de corps solides, chauffés, tels que les briques, des fers, des animaux distribuant la chaleur naturelle, des couvertures de laine, des pièces de flanelle, des fourrures, le taffetas gommé, tous corps également employés pour communiquer le calorique ou en cm-
pécher la déperdition. Les fomentations chaudes au moyen d’éponges, de tlanel le ou de linge; les bains partiels, les vapeurs dirigées avec des tuyaux ou même la douche de vapeur, sont les moyens locaux servant à appliquer le calorique à l’état sec ou humide; la moxibustion et les raies de feu, telles que les pratiquait Hyppocrate, telles que les applique aujourd’hui le docteur Gondret, tiennent le milieu entre les applications du calorique à différents degrés, sans destruction de tissus, et la brûlure. Je dirai à ce sujet que beaucoup de praticiens sont loin d’apprécier l’action du moxa. Cela est si vrai, qu’au lieu de faire usage du véritable moxa des Japonais et des Chinois, qui ne donne jamais d’escarre noirâtre, et agit par térébration , par sensation de frissonnement sur tous les rameaux nerveux sensibles environnants, et ne produit qu’une escarre blanchâtre qui tombe du dixième au quinzième jour (1); ceux qui ont importé ce moyen de l’Orient, se sont servis généralement de cylindres de coton , à l'exemple de Prosper Alpin et des anciens Egyptiens, qui se servaient d’amadou ou de morceaux de drap roulé : ces moyens déterminent une escarre noirâtre, une véritable brûlure qui suppure au bout de très-peu de temps, et est loin de produire les effets nerveux obtenus par le moxa japonais.
Les raies de feu déterminent un effet intermédiaire entre celui produit par le calorique , non attaquant les tissus et la brûlure; enfin, les cautères de différentes grandeurs faits avec différents métaux, chauffés à divers degrés, et agissant plus ou moins superficiellement , occasionent Ja destruction des tissus, puis, portant une atteinte plus profonde, font naître la suppuration par influence dérivative ou révulsive.
Tous ces moyens sont énumérés, indépendamment de leur action locale ou générale; mais ayant égard au degré d’activité. Il y a encore d’autres moyens de déterminer une augmentation de calorique par irritations qui se produisent au moyen de vésications ou inflammations par l’eau bouillante, les épispastiques, les synapismes, les frictions, la flagellation, etc... Chacune de ces irritations, quoique faisant naître un excès de calorique dans la partie où on opère, doit plutôt être rapportée aux agents mécaniques et chimiques, qui par
(1) Voyez mes Mémoires sur le moxa Jopanais, l’acupuncture des Chinois et l’electo-puncture , 1823. Voyez aussil’article Iîstion du grand Dictionnaire des Sciences médicales. Je publierai cette année une traduction chinoise à ce sujet.
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stimulation influencent spécialement la circulation et les nerfs delà nutrition, qu’à l'introduction ou l’application du calorique.
La production ou l’introduction de cet agent stimulant se circonscrit en se bornant à une partie plus ou moins limitée, ou s’étend par irradiation à des parties plus ou moins éloignées.
L’application de la chaleur à toute la peau, ou des boissons très-chaudes ingérées dans l’estomac, agissent bien localement, lorsqu’elles ne dépassent pas certaines limites; mais il en est du calorique comme de l’électricité, il se communique et se propage partout où il trouve matière à conductibilité, et n’est isolé que par le froid; comme le fluide électrique qui parcourt les métaux ou les autres corps conducteurs, se trouve isolé par le verre. Lorsque la source de production de chaleur est intense et rapide, et que la conductibilité ne rencontre aucun obstacle, il se manifeste des effets généraux qui ne sont que la transmission de l’action stimulante à d’autres parties du système nerveux avec ou sans participation des autres. De là, la mise en jeu des des harmonies respiratoires, cérébrales, circulatoires, quelquefois digestives, celles de sensibilité et de mouvement qu’on remarque dans les fortes excitations, par excès instantané de calorique, comme l’immersion subite de tout le corps dans un bain trop chaud qui occasione des vertiges, des étouffements ou la suffocation , des battements précipités de cœur, ou la syncope; des troubles digestifs, la perle du sentiment, ou des convulsions (1).
Les mêmes phénomènes se produisent , et plus fréquemment encore, par l’usage du bain de vapeur; mais ils n’ont jamais lieu dans celui dit bain russe, à quelque degré qu’on l’élève; parce que ce bain consiste dans l’action sagement combinée du calorique et de la réfrigération, d’après la remarque qu’on a faite, que les parties sous thoraciques supportent l’action d’une chaleur bien
(1) Il est très-rare que le calorique envahisse assez précipitamment les centres nerveux . pour occasioner l’asphyxie ou l’apoplexie ; j’en ai vu néanmoins des exemples clans les marches diverses de noslroupes, exposées à un soleil ardent ; non-seulement j’ai pu voir ces effets se produire en Andalousie, mais même en Paissie, au mois de juillet. On a observé que les ! étuves , trop précipitamment chauffées donnaient aussi lieu à ces phénomc- 1 nés : c’est pourquoi les Égyptiens, dans leurs bains , passent par tant de degrés différents avant d’atteindre leur sucUiorium ou leur laconicum, sans quoi ils courraient risque d’être suffoqués ; cet inconvénient se trouve prévu parles affusions froides pratiquées dans le bain russe
plus élevée que les parties supérieures et sûrout que la tête. Pour cette raison, on peut administrer sans réserve la vapeur aux parties inférieures, si l’on a le soin (étant plongé dans l’étuve ), de conserver une éponge imbibée d’eau froide sur le sommet de la tête, et si on en promène une autre sur tout le visage, en prenant garde de ne respirer qu’au travers et de les tremper l’une et l’autre, à mesure qu’elles s’échauffent, dans un baquet d’eau froide, placé à proximité; l’air chaud de l’étuve, qu’on respire à travers l’éponge, se condense en la traversant et pénètre froid dans les poumons; par ce moyen, on respire sans anxiété; le cœur reste calme au milieu de cette atmosphère brûlante, et le cerveau est préservé de l’abord trop précipité d’un sang très raréfié; les pores de la peau s’ouvrent, la sueur ruiselle, la respiration, la circulation et les centres nerveux restent impassibles au milieu de cette turgescence générale delà peau, du tissu cellulaire et de toute la masse des parties molles. Si contre toute prévision, la turgescence générale est trop vive, et qu elle menace de gagner le cerveau ou le cœur, malgré le secours des éponges sur la tête, le patient se précipite sous une abondante pluie d’eau froide; qui se trouve dans son étuve, et enlève ainsi tout excédant de calorique sans coup férir; c’est ce qu’il fait encore lorsqu’il veut provoquer une plus abondante sueur, par une alternative de réfrigération et de calorification , afin de rompre avec plus d’eflicacité les concentrations d’innervation. J’ai observé (et je m’appesantirai sur ce fait en traitant de la thérapeutique), que le bain russe est un des plus puisants moyens de dissiper les concentrations d’innervation, ce qu’on a appelé congestion cérébrale et autres, surtout les exaltations chroniques de sensibilité, celles qu’on a appelées sciatique, rhumatismes articulaires ou musculaires, goutte, névralgies, etc. J’en traiterai à fond en thérapeutique ; je ne fais ici qu’indiquer un mode d’action en général trop redouté des individus qui n’y ont pas été soumis, et trop peu apprécié de certains praticiens qui n’ont pas été à même d’en étudier les effets (1).
J ai donné à l’administration des établissements des bains russes de Paris, situés à la cité d’Orléans, faubourg-Saint-Denis, et rue Montmartre, les dessins d’étuves plus commodes que celles
(I) Voyez, pour plus de détails sur le mode d’action des bains russes, l’ouvrage publié en 1836, par M. Lambert, médecin des bains russes à ' Paris , et celui de M. Papou , de Lyon .
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usitées jusqu'à ce jour, en ce que le frigidarium pour la tète, et le sudatorium pour le reste du corps, se trouvent réunis dans le même appareil, et fonctionnent au gré du patient, sans qu’il ait le travail continuel de s’éponger avec l’eau froide, et sans jamais encourir (même par négligence) le risque de suffocation. Cet appareil consiste en deux compartiments, renfermant deux milieux à différente température, où Ton respire à l’aise et où l’on est tout-à-fait au frais par la tête, tandis que, de tous les pores de la peau 1 uiselle une abondante transpiration ; je retire de l’action combinée de cet appareil, les résultats les plus heureux, surtout dans les cas de congestion cérébrale.
Les boites à bain de vapeur, par lesquels on a tenté de remplacer les bains russes, n’atteignent que bien imparfaitement ce but, et je préférerais à leur usage, celui du bain d’eau trèschaude, avec l’expression de l’éponge chargée d’eau froide sur la tête.
Quelques auteurs ont dit que le haiir de chaleur sèche était plus facile à supporter que le bain à la chaleur humide : cela est vrai pour les degrés assez modérés, mais inexact pour ceux qui sont élevés : la chaleur sèche crispe et provoque plutôt l'anxiété, que Fhumide, laquelle en assouplissant la peau, ajoute en quelque sorte une action émoliente à l’excitation produite par l’élévation de la température (1).
On a joint au bain de vapeur, soit aptes celui de vapeur sè-
(1) Tous les animaux ne supportent pas également l’élévation ou l’abaissement de température (Voyez Réfrigération, (2« part. p. 29) : les chiens se font difficilement à une température élevée, et on les voit souvent tirer la langue, haleter, rechercher l’eau fraîche pour boire ou s’y plonger, par des degrés de chaleur très-supportables pour d’autres animaux , (par exemple les chevaux, les moutons). Pendant les fortes chaleurs d’été, la rage se déclare facilement chez eux , lorsqu’ils sont privés d’eau ; i! en est de même des loups.
Il paraît que le plus haut degré de calorique qui ait pu être supporté chez l’espèce humaine a été 109 et même 127o centigrades (Voyez Berger et Blagden) ; mais le degré qu’on peut le plus raisonnablement atteindre sans s’exposer a quelque danger imminent, est de 45 ou 50° , et encore , selon les idiosyncrasies. Dans une expérience que j’ai faite sur moi-même, à 45 degrés, j’ai éprouvé de la céphalalgie, de forts tintements d’oreilles , d’assez , violents battements de cœur , une soif intense, de la suffocation , quelques éblouissements et presque des vertiges, avec pulsations des artères temporales assez marquées, et il s’en est suivi un grand affaissement; mais ces effets n’ont pas lieu , si l’on parvient à modifier l’excès de calorique en agissant sur le cerveau par des réf rigérants , comme cela a lieu dans le bain russe.
che, soit pendant celui de vapeur humide (et ce dernier mode fait partie ordinairement du bain russe), Faction de divers moyens stimulants, comme les frictions soit sèches, soit avec la brosse trempée dans l’eau de savon ou l’alcool aromatisé, la flagellation ou le massage. Mais, avant d’examiner ces moyens purement mécaniques, j’ai encore à passer en revue quelques autres opérations calorigénésiques; ce sont celles qui résultent des corps ingérés. Je dois mentionner d’abord l’introduction de la vapeur dans les voies respiratoires, ce qui se pratique au moyen de l’appareil en verre à trois tubulures, connu par son usage pour le dégagement du chlore, et employé par MM. Cottereau et Gannal, ou avec le vaporisateur de M. Montazeau.
Ces vapeurs, chargées ou non de principes aromatiques sont dirigées principalement contre les irritations pulmonaires, mais elles peuvent aussi favoriser la turgescence et la transpiration cutanée : la thérapeutique en reLire de grands avantages que nous ne devons pas examiner ici.
Le moyen le plus usité, pour augmenter la somme du calorique chez l’homme et pour provoquer la transpiration, c’est l'ingestion en boisson de liquides chauds, soit stimulants, alcooliques ou autres, soit sudorifiques (1), principalement le thé, le café, les infusions aromatiques prises en assez grande abondance et à unehaute température ; dans ce cas, l’excédant de calorique qui se distribue à la peau, se neutralise en quelque sorte par les forces transpirations, dans lesquelles il est' enlevé au moyen de la réfrigération (2).
Les thérapeutistes ont de tout temps remarqué que la turgescence cutanée occasionée par les irradiations de calorique ( surtout celles qui dépendent des bains de vapeurs ou des boissons chaudes), était généralement suivie d’une abondante émission de fluides exhalants, et que cette opération était la plus propre à dissiper les concentrations d’innervation , les accumulations de sensibilité par irritation, telles que ce qu’on a appelé sciatique,
(1) Les boissons très-chaudes, aqueuses ou alcoolisées et aromatisées, excitent abondamment la sueur , quand l’estomac est sain et bon ; maison ne doit pas employer ce moyen dans le bain de vapeur avec l’intention de favoriser la turgescence cutanée; on risquerait d’obtenir l’effet contraire. Les boissons froides remplissent bien plus sûrement ce but. Les seigneurs Moscovites sont dans l’usage de prendre le vin chaud , mais après le bain de vapeur.
(2) Voyez les Considérations de M. Edwards (ouv. cité), sur cet objet et sur l'évaporation des alcarrazas.
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goutte, rhumatismes, pleurodynie, points pleurétiques, bronchite, etc., principalement quand la cause a été un refroidissement. Mais n’empiétons pas ici sur le domaine de la thérapeutique (1).
Des frictions et autres moyens mécaniques considérés comme
agents calorigénésiques .
Les frictions doivent être considérées comme produisant du calorique à la peau, et comme agissant par irritation mécanique, en même temps : elles exaltent la sensibilité, et font naître la turgescence inflammatoire, si elles sont poussées à un certain degré; les frictions douces, modérées, occasionent une douce chaleur, et ne font qu’activer la circulation capillaire cutanée. On augmente quelquefois avec avantage pour la sensibilité nerveuse, l’effet calorifique et stimulant des frictions, par les onctions avec la pommade phosphorée, si avantageusement préparée par M. Lescot, doyen des pharmaciens de Paris; après l’onction et la friction convenablement prolongée, la chaleur se conserve pendant plusieurs heures dans la partie frottée. Par le procédé de M. Lescot, le phosphore est complètement éteint, et cependant, j’ai constaté sur moi-même que son action sur les nerfs sensibles et les nerfs moteurs, est très-efficace (2). J’ai aussi remarqué que sur les individus qui avaient perdu toute énergie dans les organes générateurs, ces frictions phosphorées étaient d’une efficacité parfaite. Je reviendrai sur ce point, en traitant de l'action du phosphore, je n’en parle ici que sous le rapport de la production du calorique.
La flagellation est, comme les frictions, un moyen qui produit le développement de la chaleur cutanée, et qui agit par irritation mécanique, mais plus activement que la friction; son effet dé-
(1) En thérapeuthique , le calorique sera surtout considéré dans ses effets sur l’économie dans l’état anormal , et on verra qu’il s’y comporte lui-même différemment que dans l’état normal; que la calorigénésie, ainsi que le calorique communiqué, exercent leur action d’une manière toute différente.
(2) On ajoute à l’action calorigénésique du phosphore, en y incorporant par once d’axonge phosphoré, teinture de cantharide saturée au quart, demigros; thérébentine , ammoniaque, alcool, camphré saturé à moitié, de chaque un gros , pour frictionner pendant les grands froids , ou quand la température des membres est éminemment basse. J’ai donné à cette pommade, qui conserve pendant long-temps une assez grande chaleur, le nom de
Pyrophorigue.
pend d’une succession de percussions très-rapprochées avec des rameaux déliés en faisceaux. Les verges qu’on emploie dans les bains russes, sont ordinairement composées de branches de bouleau garnies de leurs feuilles; on les trempe dans l’eau froide , et on sangle à coups répétés la peau, pendant qu’elle est soumise à l’action de la vapeur : il en résulte une turgescence, un gonflement et de la rougeur dans la partie flagellée-; ces coups ainsi répétés, y augmentent la transpiration. C’est principalement sur les nerfs sensibles qu’on agit par la flagellation, et jamais, dans le bain russe, où ordinairement cette opération se pratique, il n’y a transmission ni aux centres nerveux, ni aux nerfs viscéraux.
L’urtication se pratique quelquefois, mais toujours à sec ; son usage n’a lieu que dans le cas d’insensibilité; elle consiste à flageller avec des orties. C’est par les piquants des feuilles qui pénètrent dans la peau, que l’action se produit; elles consiste en une irritation des réseaux nerveux superficiels de la peau, ce qui occasione l’afllux de liquides séreux en petites masses, dans le tissu aréolaire sous-épidermoïde, et une cuisson vive propre à entretenir l’afflux. Si la flagellation a lieu sur une grande étendue, et que le tissu cutané conserve une sensibilité marquée, lescenties peuvent en recevoir l’impression et un mouvement fébrile se déclarer, mais il est ordinairement sans danger.
La vésification par le contact de la poudre de cantharides, par l’application cutanée du garou, par l’eau bouillante, etc., quoiqu’agissant à la manière de l’urtication, en diffère cependant en ce que la douleur produite n’est pas si cuisante; les nerfs qui président à l’exhalation sous-cutanée, par conséquant les nerfs ganglionnaires, reçoivent la stimulation plutôt que les nerfs cérébro-spinaux, affectés à la sensibilité générale.
La rubéfaction par les synapismes, la verveine, l’ammoniaque et d’autres corps irritants, a plus de prise sur les nerfs de la sensibilité générale que sur l’appareil ganglionnaire, et si l’inflammation est quelquefois produite par des substances irritantes appliquées à la peau, les nerfs cérébro-spinaux sensibles, en reçoivent toujours la première impression, qu’ils transmettent ensuite aux nerfs ganglionnaires de l’appareil capillaire circulatoire, mais rarement aux nerfs sécrétoires : aussi, la rubéfaction produit- elle rarement des suppurations ou des accumulations de sérosité dans des vésicules; elle se borne à occasioner de la cuisson, ou .à faire naître de la rougeur, de la chaleur et une légère tuméfaction.
Certains corps irritants, appliqués en frictions avec persévérance, tels que l’émétique, l’huile de croton tiglium et d’autres
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substances acres, comme les alliacés, agissent en même temps sur les nerfs cérébro-spinaux sensibles et sur ceux de la nutrition ; en attaquant les tissus, l’ammoniaque et les acides concentrés ont celte propriété à un -degré plus élevé encore. Il résulte des frictions faites avec ces substances, une douleur vive et la production d’un certain nombre de pustules qui deviennent croûteuses ou suppurantes; leur agglomération est en raison de l’irritation produite 11 est fort rare que les centres nerveux reçoivent le retentissement de ces irritations , à moins qu’elles ne soient exercées sur des surfaces très étendues, comme il arrive dans certaines brûlures. *
Lorsqu’il y a retentissement aux centres nerveux, par transmission, la gravité des symptômes produits, est toujours en raison de la masse des nerfs affectés et de la rapidité de leur action sur les centres; il en est absolument de même dans la différence des symptômes que présente une variole discrète, à ceux d’une variole confluente, et dans la plupart des autres exanthèmes.
Parties de V organisme sur lesquelles agit le calorique.
Par tout ce qui précède, on a pu tirer la conclusion que le calorique porte son action immédiatement sur les nerfs delà sensibilité générale. En effet, s’il n’est pas poussé jusqu’à l’ignilion, nul organe n’avertit qu’il est influencé par sa présence ; et si une partie, en contact avec cet agent, se trouve réellement chauffée, même jusqu’à la brûlure, elle ne reçoit cette élévation de température qu’à la manière des corps conducteurs bruts, s’il y a paralysie des nerfs de la sensibilité, et la brûlure même ne se constate que par la torréfaction ou la destruction des l issus.
On a dû remarquer, lorsque dans la première partie j’ai parlé des nerfs de la sensibilité, que j’ait fait mention de leur étroite liaison harmonique avec les nerfs du mouvement; on doit maintenant tirer de là la conséquence que, si sur une partie engourdie jusqu’à produire l’immobilité par l’action du froid (1), le calorique appliqué (pourvu que la perception sensible ne soit pas abolie), réveille le mouvement. Ce mécanisme n’est produit <jue par l’intermédiaire des nerfs de la sensibilité; je n’ai pas
(1) Voyez le § Réfrigération , contenu dans l’article de l’Air vital , p. 357, 2e partie.
besoin d'entrer à ce sujet dans de nouvelles considérations pour qu’on comprenne toute l'influence du calorique sur la sensibilité directement et sur la contractilité par communication (1); mais cet exemple me servira pour faire concevoir les irradiations de calorique, en tenant compte de la faculté calorigénésique, ou pour mieux dire, de la quantité propre de calorique que peut fabriquer un individu, puis de son aptitude à recevoir le calorique étranger, et (les causes réfrigérantes étant écartées) de la quantité de calorique communiqué, si les nerfs de la sensibilité qui reçoivent immédiatement l’impression du calorique, peuvent la communiquer aux nerfs du mouvement. 11 n’y a aucune raison pour qu’on se refuse à admettre que cet agent ne puisse influencer d’autres nerfs ? par exemple, ceux de la nutrition , en vertu des nombreux plexus qui résident dans toute l’économie, de la disposition de ces plexus, qu’on peut voir en jetant un coup-d’œil sur la planche V et sur les considérations relatives, à cet objet, présentées à l’article des harmonies sy t apathiques principalement. C’est, en effet, ce qu’on remarque dans la circulation du sang, qui se trouve activée par l’élévation de la température, ainsi que certaines sécrétions , notamment la transpiration cutanée.
Mais si des irradiations de calorique peuvent ainsi avoir lieu par transmission d’une espèce de nerfs à une autre, à plus forte raison peuvent-elles se manifester en parcourant foute la sphère de sensibilité, et arriver ainsi aux centres d’innervation (2 ) . Voilà pourquoi les céphalalgies, les vertiges, les désordres sensoriaux tels qu’eblouissements, tintements d’oreilles , etc..., ont lieu par envahissement subit et considérable de calorique-; il peut s’en suivre du délire et un arachnilis, ou même une cérébrite plus ou moins aiguë, et, déplus, il peut y avoir réaction du cerveau sur d’autres organes, comme il arrive sur le cœur et les voies respiratoires, ce qui occasione les palpitations, la syncope, la suffocation , et plusieurs autres phénomènes sympathiques qui sont le résultat de l’action stimulante du calorique, de son irradiation et de l’association d’action de diverses parties du système nerveux participant à la stimulation.
(1) Voyez l'e partie, Harmonies.
(2) Ce sonl surtout les physiciens, plus familiarisés que d’autres avec la manière de se comporter du fluide électrique (si semblable sous tant de rapports au fluide nerveux), q,ui comprendront bien cette transmission , cette conductibilité et celte accumulation aux foyers d'innervation.
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Ce qui vient d élie dit du calorique introduit r doit s’entendre du calorique produit. La faculté calorigénésique qui, d’ailleurs, paraît ne s’exercer qu’en raison de la réfrigération (1), n’est pas, ai-je dit, la seule source de production de chaleur autre que la communication : il y a encore ^accélération des mouvements qui opèrent cet effet, et les irritations, soit à la surface cutanée, soit à d’autres parties , mais plus ordinairement à la surface cutanée, à cause de sa plus continuelle exposition aux agents vulnérants et de sa plus grande sensibilité que d’autres tissus , qui sont des sources de production de chaleur. Lorsqu’un mouvement plus ou moins rapide est exercé dans de certaines limites, comme le serait une course modérée, il y a bien production de calorique, il y a irradiation; il peut môme se manifester une accélération de circulation et une augmentation de transpirationmais le cerveau reste calme, et les harmonies fonctionnelles ou même consensuelles, ne sont que faiblement excitées; il n’en est pas ainsi d’une course excessivement rapide et prolongée, ou d’efforts inouis; non-seulement la circulation , l’exhalation cutanée et la respiration sont activées outre mesure, mais l’excès de calorique produit, se portant principalement au cerveau, en vertu de la rapide transmission dont-il a été question précédemment, les plus grands désordres peuvent en résulter, et les désharmonies occasionées par l’apoplexie ou l’asphyxie en être la conséquence (2).
Les irritations sont dans le même cas que les mouvements pour la production de chaleur : celles qui sont exercées dans de certaines limites, n’irradient que d’une manière modérée, tandis que celles qui sont excessives et étendues, produisent des effets semblables à ceux que j’ai cités à l’occasion de la variole eon-? fluenle par rapport à la discrète.
L’application de ce qui précède peut être faite non-seulement à tout exanthème, ou à toute action mécanique quelconque exercée sur nos organes, mais même à tOHte réaction de sensibilité, principalement sur les nerfs qui président à la fonction circulatoire dans ce qu’on est convenu d’appeler les phlegmasies.
Ceci me donne occasion de rappeler certaines considérations, présentées à l’exposition des nerfs ganglionnaires, que j’ai dit être insensibles à l’état normal, mais pouvoir devenir doulou-
(1) Voyez Réfrigération , 2e partie, p. 557.
(2) Voyez Harmonies, lre partie.
reux par des irritations réitérées (1). J’ai parlé alors des irradiations d’irritation , delà promptitude, par exemple, que les membranes séreuses pouvaient mettre à devenir douloureuses , et de la rapidité de propagation de cet excès de sensibilité. Tout ce qui a été dit à ce sujet, doit s’entendre de la production de car lorique qui est inhérent à ces irritations et qui suit la même progression. On pourrait aisément appliquer la même théorie aux périodes de chaleur des fièvres, surtout en les considérant, avec M. Broussais, comme des phlegmasies; mais je me réserve de traiter cette question en pathologie*
11 est encore une autre méthode d’action du calorique que je dois signaler c’est la transmission, non par conductibilité, mais en quelque sorte par héritage ou plutôt par substitution, ainsi qu’il arrive toutes les fois qu’une irritation est restée sans retentissement dans^ tout le système nerveux , ni même aux tissus sensibles plus ou moins éloignés, mais qu’elle a passé dans le domaine propre de la nutrition; comme quand une escarre ayant été produite par le feu ou une irritation quelconque par action mécanique assez forte pour désorganiser, mais toujours limitée, le tissu irrité primitivement se détruit seul, et il en résulte dans les tissus sous-jacents une suppuration avec plus ou moins de douleur pendant un certain temps. L’effet vital, résultant de cette transmission, s’appelle dérivation ou révulsion : cet effet appartient plutôt à l’irritation proprement dite, qu’à L’histoire du; calorique; mais, comme Ta production du calorique et de l’irritation surtout inflammatoire sont inséparables, il n’y a nul inconvénient de signaler ici cet elFet.
Je n’ai pas cru devoir faire un article à part de l’action de la lumière, bien que M. Edwards prétende qu’elle influe spécialement sur la formation et l’accroissement des animaux ; mais je suis persuadé que c’est au calorique qu’il faut attribuer cette influence. L’action delà lumière rentre, d’ailleurs, dans celle du calorique; mais on peut dire qu’en général son absence est fatale aux animaux. et que sa présence leur est favorable. Quant à son action propre sur le nerf optique et la rétine, elle est toute normale, et ce n’est que par excès ou par défaut qu’elle peut les modifier; cette action alors regarde la pathologie.
(I) Voyez Appareil nerveux ganglionnaire, irip.
AGENTS PHYSIQUES
De l’air vital dans son application aux surfaces pulmonaire et cutanée.
C’est principalement pour satisfaire au besoin de la respiration que l’air vital est nécessaire. On a pu voir, au chapitre des généralités (lre part.), que les animaux des échelons inférieurs ont des organes pour respirer : les physiologistes, qui ont suivi les expériences de M. Bulrochet, ont dû se convaincre que la ^respiration est un acte non -seulement nécessaire aux animaux , mais même aux végétaux, c’est-à-dire à tout être vivant. Les organes respiratoires des végétaux sont les feuilles, et, à défaut des feuilles, l’écorce. D’après les belles expériences de M. Edwards, les animaux privés de l’air respirable par les poumons, peuvent encore résister à l’asphyxie en l’admettant par la peau (l).
L'appréciation des effets de l’air vital sur les plantes, n’est pas^ de notre objet; mais son action comparative sur l’économie animale doit être connue, afin d’apprécier ses rapports avec le système nerveux dans toute son étendue; car non-seulement l’air est nécessaire dans l’acte respiratoire , mais même au contact de la peau , qui sans cela devient étoilée et perd de son énergie aussi bien que lorsqu’elle est privée de lumière et surtout de chaleur. Au reste, nous avons vu, à l’article calorique, que nonseulement cet agent est nécessaire à la respiration , mais qu’il stimule d’une manière toute particulière les nerfs de la sensibilité et ceux de la nutrition (2).
Le besoin de respirer est inhérent à l’économie animale; les. animaux aériens qui sont privés de la présence de l’air dans leurs organes respiratoires, périssent bientôt. Les animaux aquatiques, à sang froid, peuvent, jusqu’à un certain point, suppléer à la respiration par l’introduction de l’air à travers les pores de la. peau. M. Sylvestre a constaté ce fait chez les poissons, et M. Edwards (1), chez les reptiles aquatiques. M. Gaspard a vu , il est vrai , que les limaçons se claquemuraient par une cloison qui intercepte l’entrée de l’air au fond de la coquille où il se sont tapis pendant l’hivernemenl , ce qui prouverait que le calorique est
(1) Yoyez son ouvrage de I’Influence des agents physiques scr la; vie. 1824.
(2) Des expériences rigoureuses ont prouvé que la calorigénésie est en raison de l’air vital consommé (Edwards, ouv. cité, p. 192).
(3) Essais physiques sur. la vie humaine. 1824,
AIR VITAL
encore plus nécessaire au maintien de la vie que l'air vital. D'autres faits analogues déposent en faveur du non-besoin d'air pendant la période d’engourdissement des animaux hivernants; mais lorsqu’ils ont besoin de jouir de tous leurs mouvements, d’exercer leurs sens et leur sensibilité, le contact de l’air leur devient indispensable. M. Edwards (1) a constaté que lorsque les batraciens à membres si vivaces sont plongés dans l’eau aérée par courant, sans néanmoins pouvoir y respirer, leurs mouvements deviennent languissants et leurs sensations perdent leur vivacité, tandis qu’ils retrouvent l’un et l’autre en respirant; et si on les force à séjourner sous l’eau totalement privée d’air, ces animaux ne tardent pas à périr, mais, dans ce cas, l’air ne s’introduit pas dans les voies respiratoires. C’est évidemment par la peau, par perspiration, que cette introduction s’effectue. On peut donc assurer qu’au moins chez les animaux à sang froid, les seuls nerfs respiratoires ne sont pas affectés à l’entretien de la vie par assimilation de l’air à l’économie animale ; mais que les nerfs cutanés (probablement ceux de la sensibilité) se partagent aussi, quoiqu’à un dgeré moins marqué, cette fonction. Tout porte à croire, en voyant l’étiolement de la peau et son peu d’énergie chez l’espèce humaine, lorsqu’il y a privation d’air athmosphérique convenablement oxigéné , tout porte à croire, dis-je, que cet air est nécessaire à la constitution normale. On sera encore plus convaincu de cette probabilité, en comparant les forces musculaires des anciens peuples, exposés presque sans vêtements à l’air libre, avec celles de nos nations modernes, et en tenant compte de la constitution des sauvages, ou seulement des bédouins d’Afrique, comparée à celle des Européens les plus civilisés. De tout temps, le robuste paysan a été un objet d’envie pour le chétif habitant des villes; et on sait combien, sous le rapport des forces physiques, Lacédémone l’emportait sur Athènes! Aujourd’hui, que la gymnastique en plein air commence à faire partie de l’éducation de nos collèges, on est à même de voir le grand développement que prennent les constitutions sous cette influence salutaire, où il n’est pas douteux que l’air athmosphérique n’ait une grande part.
Il est probable que la combinaison du calorique avec l’air, en le raréfiant- trop, diminue la vitalité des animaux qui le respirent ou qui f admettent parleur peau; car les poissons vivant
(.y, Ouv, cité .
20 AGENTS PHYSIQUES
dans une eau dont la température est élevée , sont obligés souvent de venir respirer l’air atmosphérique à la surface, ce qu'ils ne font pas lorsque la température est basse; il en est de même des reptiles aquatiques : ils sortent fréquemment de l’eau pour respirer pendant l’été, tandis que dans l’hiver ce besoin ne se fait nullement sentir. Les animaux à sang chaud, quoiqu’ayanl en eux une puissance calorigénésique propre à balancer les extrêmes de température, se montrent souvent fort incommodés d’une haute élévation dans l’état atmosphérique. J’ai rapporté plus haut ce qui arrive aux chiens dans les fortes chaleurs. On sait que les hommes éprouvent une grande anxiété, lorsqu’il fait très-chaud, ils trouvent l’air qu’ils respirent, accablant; ils suffoquent, recherchent la fraîcheur, etc... (1) 11 faut donc, pour que l’air vital modifie l’économie animale avec régularité, qu’il ne soit pas trop chargé de calorique.
Il est probable que le besoin d’air atmosphérique à admettre parla peau, entre pour beaucoup dans ce penchant anxieux qu’on éprouve dans un temps très-chaud, à s’exposer immédiatement aux impressions de l’air. On sait qu’en été la respiration pulmonaire ne suffit pas pour entretenir la vie chez îes lézards, et que, quand on intercepte l’action de l’air sur la peau chez ces animaux, ils périssent (2).
C’est un fait incontestable, que le besoin d’air chez les animaux est d’autant plus nécessaire que leur organisme est plus parfait, c’est donc chez les animaux à sang rouge et chaud, et à appareil nerveux spécial pour les fonctions respîraroires et circulatoires, que ce besoin d’air devra être plus impérieux; en effet, dans les conditions normales, un mammifère, ou un oiseau adulte, ne peuvent pas être impunément privés d’air respirable. Empêchez l’air atmosphérique d’être mis en contact avec les organes respiratoires de ces animaux, et, en trois ou quatre minutes, ils sont privés de tout sentiment, de tout mouvement apparent , quoiqu’il en existe encore quelques restes dans les organes
(!) Cette cause calorigénésique en raison inverse de l’élévation de la température, n’est-ellepas un fortargumentenlaveur del’observation générale de l’énergie musculaire des peuples du Nord, comparée à la constitution molle t et indolente des peuples du Midi? et ne justifie-t-elle pas la vigueur que l’on ressent lorsqu’on est à l’état normal et adulte , dans l’hiver, ainsi que l’affaissement des forces que l’on éprouve, pour peu qu’on soit dans une condition anormale pendant les grandes chaleurs.
(2) Edwards, ouv. cité, p. 128.
où se distribuent les nerfs ganglionnaires; tout acte vital ne larde même pas à être anéanti dans celle portion arrière-vivante de l’économie, par la désharmonie qui résulte de la non-excitation de l’air vital.
Si l’air vital est nécessaire à l’organe cutané chez les animaux, il est bien autrement indispensable qu’il soit admis dans leurs organes respiratoires ; car si l’on gêne notablement l’introduction de l’air dans les poumons des animaux à sang chaud adultes, quoiqu’ils demeurent en contact avec ce fluide , par toute la surface extérieure du corps, ils éprouvent la même gêne que s’ils étaient placés entièrement sous l’eau, et enfin ils périssent de manière à ce qu’on n’observe aucune différence entre ce mode d’asphyxie et celui qui résulte de la submersion ; tandis que si on supprime le contact de l’air avec la peau par l’immersion dans l’eau, en conservant un libre accès de l’air dans les poumons, il ne paraît en résulter aucun inconvénient, pourvu que la température du liquide soit convenable. Les très-jeunes animaux à sang chaud résistent davantage à ce défaut d’exhalation de l’air respiré, et les animaux à sang froid, surtout les reptiles aquatiques, et notamment les poisssons, sont généralement peu sensibles à cette privation, pourvu qu’ils soient plongés, ainsique je l’ai dit plus haut, au milieu de l’eau aérée.
On a pu voir, au chapitre des Harmonies , par quel mécanisme les mouvements respiratoires se succèdent dans un cours non interrompu, ce qui prouve que l’air est composé de parties qui servent d’aliment aux organes respiratoires, lesquels étant consommés, une nouvelle portion d’air vital doit être admise pour entretenir incessamment l’existence normale des animaux à sang chaud (1). Cela est si vrai, que si l’un de ces animaux est renfermé dans une quantité limitée d’air, il peut, après un certain nombre d’inspirations et d’expirations, n’y plus rencontrer l’excitation nécessaire à l’entretien de sa vie. L’air vital est en effet composé d’un mélange de gaz oxigène et azote, qui se comportent
(1) En général , le besoin de renouveler les inspirations est variable chez les divers individus, et se règle sur diverses considérations, soit de structure, soit de vitalité : le nombre des inspirations par minute, chez un homme en repos et sain , varie de 14 a 20 ; en prenant le terme le plus élevé, on fait 28,800 inspirations dans 24 heures. On a évalué (Tornson) qu’il entre et sort à chaque inspiration ou expiration 655 centimètres cubes d’air „ ce qui produit, à 20 par minute, 15,100 c. c, ou 19 mètres c. en 24 heures, c’est-à-dire 24 kilogrammes à peu-près.
AGENTS PHYSIQUES
(étant en contact avec le poumon) de telle sorte que l’oxigène en quantité variable se combine avec la surface respiratoire, et est remplacé par une quantité équivalente d’acide carbonique, qui est fourni par cette surface (1); c’est à cette opération cbimicovitale, qu’est due l’oxigénalion du sang, et c’est à cette oxigénation, qu’est due la calorigénésie C’est un fait bien constaté, que l’altération de l’air par la respiration consiste principalement dans la conversion d’une grande partie de l’oxigène en acide carbonique. L’air vital est donc composé spécialement d’oxigène ; cependant, d’après les expériences de M. Edwards et d’autres physiologistes, il résulte que l’oxigène pur est moins propre à entretenir la vitalité à l’état normal , qu’un mélange déterminé de ce gaz avec l’azote. On peut donc rigoureusement conclure que l’oxigène a besoin d’être azoté pour entretenir la vitalité au moyen de l’acte respiratoire (2) ; on peut conclure même que c’est ce gaz qui sert sourtout a confectionner le calorique vital.
Lorsque l’oxigène azoté a été introduit d’une part dans les poumons d’un animal à sang chaud, et que, d’autre part, le sang désoxigéné afflue dans le même organe, le sang noir acquiert un degré de rutilence et de chaleur remarquables (5), soit que cet oxigène se combine directement avec le sang, soit qu’il n’agisse qu’après avoir été senti par le nerf pneumo-gastrique , lequel communiquerait Y impression au sang soumis au mouvement de l’appareil ganglionnaire. Toujours est-il qu’il résulte de l’oxigénation, par acte respiratoire d’une part, et de l’afflux du sang veineux, de l’autre, la conversion de ce sang veineux non vitalise en sang artériel ou sang vital isé. Ce dernier est éminemment propre à exciter le cerveau et tout le système nerveux ; le premier est impropre à cet effet. U n’est aucun praticien qui ne connaisse les effets délétères du sang noir en contact avec le cerveau, et qui n’ait été frappé de la mort inévitable qui arrive dans le choléra bleuâtre ou noirâtre : on sait que le principal phéno-
(1) D’après MM. Des prêt s et Dtilon, la quantité d’acide carbonique est intérieure à celle de l’oxigène disparu.
(2) Quelques chimistes disent qu’il y a augmentation d’une petite quantité d’azote dans l’air expiré (Edwards , Dulong, Desprets ).
(3) Lorsque le sang veineux traverse le poumon dans l’acte respiratoire normal, il prend une couleur écarlate ; sa température s’élève d'environ un dégré , son odeur et sa saveur deviennent plus fortes, une partie de son sérum s’évapore par les surfaces aréolaires , il se coagule plus promptement, et cependant il est plus léger; lorsqu’il a subi tous ces changements , il est devenu sang artériel ,
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mène clans cette maladie consiste dans la non-oxigénalion du sang et son défaut d’action sur le système nerveux.
Mais si la mort arrive au bout de très-peu de temps par défaut de présence d’air vital dans le poumon chez un adulte (1) , M. Edwards croit que le défaut d’aii peut être prolongé jusqu’à une demi-heure chez un nouveau-né, sans que la vie soit compromise (2) ; c’est pourquoi , dans le cas de strangulation par le cordon ombilical , les accoucheurs peuvent ne pas tant se presser pour provoquer l’acte respiratoire.
Les considérations établies ci-dessus, doivent notis convaincre que la vie est entretenue à l’état normal par l’excitation de l’air vital convenablement allié au calorique. Nous avons déjà vu à quels inconvénients exposait l’excès du calorique; l’examen de ceux que provoque sa soustraction, complétera les connaissances acquises sur le calorique et sur l’air vital.
Réfrigération ou absence de calorique.
On remarque ce fait capital , louchant les animaux à sang froid et ceux à sang chaud, que les premiers se trouvent à l’aise à une température de 0° qui incommode les autres, sans toutefois qu’il y ait péril imminent pour leur existence, et lorsqu’au contraire ils se trouvent plongés dans une température de 40 degrés, qui est à peu près celle habituelle du corps des animaux à sang chaud, ceux à sang froid périssent (3). C’est donc à 40 degrés et audelà que la température est nuisible dans son élévation aux animaux à sang froid, et c’est à zéro et au-dessous qu’elle est nuisible aux animaux à sang chaud; mais il est nécessaire défaire ici une observation : c’est que les animaux à sang froid qui ont la faculté d’abaisser leur température à celle ambiante, sont en général peu incommodés des grandes variations de l’atmosphère; car les aquatiques se tiennent dans l’eau, et les terrestres se retirent généralement dans des trous et s’engourdissent, c’est-àdire perdent toute sensibilité, tout mouvement, n’exercent pas leur respiration, ni n’ont besoin d’aucune chaleur; toutes opérations par lesquelles l’air vital, uni à plus ou moins de calorique,
(1) On sait que les plongeurs ne peuvent rester sans danger plus d’une minute 15 secondes sous l’eau.
(2) Ouv. cité , p. 265.
(3) Voyez les Expériences de M. Edwards,, sur les Batraciens, ouv. cité.
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est nécessaire. Au reste, on sait que si ces animaux se trouvent saisis par une température trop basse iis périssent, et les poissons et reptiles trouvés gelés ne sont pas rares. Dans les fortes chaleurs, les animaux sont souvent plongés dans l’eau; mais ils viennent fréquemment se saturer d’air atmosphérique à la surface de l’eau.
Quant aux animaux à sang chaud , ils possèdent en eux la puissance de s’opposer à ce que pourrait avoir de délétère la variation de température. Cette puissance est liée à la faculté calorigénésique qui s’exerce en raison inverse de la température, c’est-àdire qu’avec l’air très-froid, un animal à sang chaud, sain et adulte, fabriquera beaucoup de calorique, tandis qu’avec l’air chaud il en fabriquera peu. 11 faut cependant noter, pour apprécier les choses à leur juste valeur, que les animaux à sang froid ne sont pas dépourvus totalement de la faculté calorigénésique, mais qu’ils la possèdent à un degré peu marqué, et que les animaux à sang chaud n’ont pas cette propriété tellement tranchée, qu’ils soient, à proprement parler, dans une condition absolument inverse à celle de la température ambiante ; car on remarque toujours que la température des corps s’abaisse de quelques degrés lorsque celle ambiante s’élève, quoiqu’eUe suive la progression d’élévation ou d’abaissement à laquelle l’air environnant est soumis. En envisageant toutes les conséquences de ce phénomène, on est amené à conclure qu’il y a , d’une part, tendance physique à l’équilibre, et d’autre part, tendance physiologique à la résistance contre l’agent délétère. Je n’ai pas besoin d’étendre plus loin ces considérations; on en comprend physiquement et physiologiquement toute la portée, mais elles étaient importantes à établir pour ce qui va suivre.
J’ai dit que dans l’eau non suffisamment aérée, où étaient plongés les animaux à sang froid sans pouvoir respirer, ils perdaient leur agilité et même pouvaient périr; le meme effet est produit pir une température trop basse, il est donc évident que, quoiqu’il soit dans la nature de ces animaux de supporter une température plus basse que celle ‘des animaux à sang chaud, il existe un degré où elle leur est funeste.
Il est des animaux à sang chaud comme à sang froid qui, outre la propriété calorigénésique, ont une autre faculté pour résister à faction délétère de l’abaissement de température, celle de s’en- b gourdir et de ne perdre le mode vital que dans une portion du 1 système nerveux, en le conservant assez dans l’autre pour attendre le rétablissement de la vitalité dans la portion qui a cessé
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d’exister, et faire renaître l’ordonnance harmonique générale par cette admirable conductibilité d’innervation qui s’établit au moyen de l’unité et de la continuité de substance, dont fait fait mention à l’occasion des anastomoses et des harmonies sympathiques. Chez les animaux hivernants, la sensibilité, la sensorialité, le mouvement, en un mot toutes les fonctions cérébro-spinales étant suspendues, la partie de l’appareil ganglionnaire qui préside à la nutrition, continue seule de fonctionner, et encore est-ce plus faiblement ; mais cette faculté qui range ces animaux dans une catégorie à part, n’est départie qu’à une petite portion du règne animal; d’autres n’ont de ressources pour échapper à l’agent délétère, que de le fuir; aussi sont-ils doués de l’instinct d’émigration, et ce sont précisément ceux qui en ont les plus grands moyens ( les oiseaux et les poissons) (1) ; d’autres enfin , et parmi les espèces qui sembleraient, sous le rapport de l’intelligence, être supérieures à certaines espèces voyageuses, périssent victimes de l’action délétère d’une température à laquelle ils n’ont ni le pouvoir de résister, ni celui de se soustraire.
Sans parler ici des invertébrés, ni des poissons, des reptiles (2), et des oiseaux qui périssent fréquemment par l’abaissement trop subit de la température, je me contenterai de constater les effets du refroidissement sur quelques espèces plus voisines de nous.
On sait que les souris ont une faculté calorigénésique assez limitée, et qu’elles se refroidissent très-facilement, ainsi que quelques autres petits mammifères ; mais, comme ces animaux sont moins à portée d’être observés que d autres espèces domestiques plus familières, je m’attacherai à mentionner plus particulièrement les chiens à poil ras, ceux qu’on appelle chiens de Turquie , et les lévriers, qui sont d’un aspect si maigre : ces animaux se font difficilement à un abaissement de température même peu
(1) Je ne fais pas ici mention des insectes voyageurs ou hivernants , cela m’entraînerait à des recherches trop longues et dont l’application serait trop peu importante pour le bat que je me propose.
(2) Je citerai seulement deux exemples qui pourront paraître intéressants par les rapprochements qu’on en peut faire avec les espèces supérieures, à cause du caractère de férocité dont ils sont revêtus; je me rappelle d’avoir vu le possesseur de ménagprie ambulante, si connu par son éducation du tigre et delà hyène, Martin, caresser impunément un crocodile tant que l’animal était transi de froid , mais n’oser l’approcher pour peu qu’il se ranimât à la chaleur. On a su la mésaventure du montreur de serpents Drake, qui est mort pour avoir été mordu par un de ces animaux en le réchauffant.
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marqué, ils tremblent de tous leurs membres, au moindre froid; ils recherchent continuellement le feu, les tapis, les couvertures chaudes ; on est obligé de prendre de grandes précautions pour garantir du froid les girafes : on sait que celle qui a été amenée en dernier lieu, d’Afrique en Angleterre, n’a pu supporter les rigueurs du climat, et que celle donnée à la France, n’a pu s'acclimater qu’à force de précautions. L’orang-outang qu’on a vu à Paris, au Jardin-des-Plantes, en 1856, est mort d’une affection pulmonaire, dans l’hiver de cette année.
Dans notre espèce, si les individus ont de la peine à s’acclimater dans un pa\s plus chaud, ils courent de plus grand dangers et résistent plus difficilement en passant d’un climat chaud à un autre plus froid; leurs tissus sensibles sous-cutanés et leurs organes pulmonaires, surtout, sont souvent offensés d’un considérable abaissement de température. Cet effet a principalement lieu chez ceux qui, à une constitution plus irritable ou plus faible, joignent quelques lésions de l’état normal de ces parties.
Actions modificatrices opérées dans V organisme à l’aide de
l’air vilaL
Ces actions sont de deux espèces, l’une, considérée comme moyen réfrigérant et opposé au calorique, l’autre, comme moyen d’introduire dans l’économie, des gaz contenant des matériaux propres à êtres livrés à l’absorption.
L’action réfrigérante est basée sur la possibilité de maintenir diverses parties du corps à des températures variables, au moyen de procédés artificiels, et déterminée parla nécessité de garantir de l’influence trop excitante du calorique, certaines de ces parties. Ainsi, il a été dit à l’article calorique, que lorsqu’il y a introduction en excès de cet agent dans le corps d’un animal, c’est vers la tête que la sensation incommode se fait principalement sentir; c’est aussi au cerveau que, l’afflux du sang est le plus àt redouter (1), et c’est du cerveau superstimulé, que parlent tous les désordres qui vont retentir dans les diverses portions organiques de l’économie; c’est donc, dans ce cas, vers la tête spéciale*
(1) La quantité de vaisseaux sanguins qui se distribuent au cerveau est > considérable : quelques auteurs estiment à la 8e partie du sang qui passe par , le cœur, celle qui se porte au cerveau ; dès lors la raréfaction de ce liquide doit être très à redouter dans un tissu aussi friable indépendamment de son excitabilité.
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ment qu'il faut diriger Faction réfrigérante; c’est ainsi, ai-je dit, que cela se pratique dans le bain russe. Il en est de même de toute partie du corps qu’il s’agira de préserver de l’action du calorique, soit pour prévenir ou diviser les congestions, ou les concentrations d’innervation, soit pour établir une inégalité de température, dans une intention thérapeutique quelconque. Les procédés mis en pratique à ce sujet, sont des immersions, irrigations, projections, fomentations et applications au moyen de corps froids, surtout de vessies remplies de glace ou de glacé à nu, à quoi l’on ajoute, selon l’occurrence, les courants d’air, les boissons froides, l’usage interne de la glace, les lavements réfrigérants, les injections, etc.
Tous ces moyens s’adressent, comme le calorique, directement aux nerfs de la sensibilité, et ont une action sédative, stupéfiante , quelquefois de saisissement, et dans ce dernier cas stimulante, surtout lorsque l’effet frigorique est opposé à l’excès de chaleur. Gianini et d’autres médecins appliquaient le froid dans la période calorigénésique des fièvres.
La considération importante à laquelle il faut avoir égard dans la réfrigération, c’est, d’une part, l’intensité d'action du calorique introduit, et, d’autre part, celle de calorigénésie; celle-ci est relative à l’état adulte et sain et à la constitution de l’individu. Un tempérament sanguin offrira plus de réaction qu’un lymphatique, comme un animal à sang chaud, plus qu’un à sang froid; un individu valétudinaire et affaibli, moins qu’un être bien constitué et bien nourri, etc.
Quant au transport des gaz sur la surface pulmonaire pour être livrés à l’absorption, c’est une source d’actions fort énergiques; car il est constaté que l’absorption pulmonaire est la plus rapide de toutes celles qui s’exercent aux surfaces (1). Cette absorption pulmonaire ne peut s’effectuer que sur les gaz. On
(1) Voici ce queditM. Magendie à l’occasion de l’absorption pulmonaire:
« Il suffit d’inspirer une seule fois de l’air chargé de particules odorantes , pour que les effets s’en manifestent dans l’économie animale : les gaz délétères, les substances médicamenteuses répandues dans l’air, les miasmes putrides, certains poisons ou médicaments appliqués sur la langue, produisent de CPtte manière des effets qui nous étonnent par leur promptitude.
« Si un gaz ou une vapeur pénètre dans le poumon , ces corps traversen t les membranes qui forment les parois des petits vaisseaux et se mêlent au sang. Si c’est un liquide, il s’imbibe dans les mêmes parois, arrive jusque dans la cavité des vaisseaux ; il est bientôt entraîné par le sang qui s’v meut » (Précis de Phvsioiogie t. 2, p. 579.)
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sait que les membranes, en général, offrent une grande perméabilité au gaz (1) : ceci doit s’entendre, surtout des membranes qui sont en contact avec l’air atmosphérique dans les organes respiratoires. Dans l’inhalation ou l’aspiration des vapeurs avec l’air atmosphérique, les particules gazeuses traversent les membranes bronchiques, comme dans l’imbibition, dont il sera fait mention dans l’article ci-après. Les particules aqueuses traversent par une véritable aspiration capillaire, les tissus en contact; aussitôt que ces particules gazeuses ont traversé les membranes bronchiques, elles sont immédiatement portées dans les radicules veineuses , comme l’a prouvé M. Magendie. Là , elles parcourent le torrent circulatoire, ainsi qu’il sera dit au paragraphe de l’absorption, et les phénomènes qu’elles déterminent, dépendent de leur influence sur le système nerveux , spécialement le cerveau, qui réagit constamment lorsqu’il est libre, sur tous les organes.
J’ai dit que l’oxigène azoté en certaines proportions (oxigène 0,21, azote 0,79), constituaitl’air respirable, que ces proportions variant , l’air perdait sa propriété vitale , à tel point que l’oxigène pur , quoique formant la portion essentielle de l’air respirable, peut devenir mortel : l’azote, le protoxide d’azote, le chlore, etc. , font périr les animaux , quand l’oxigène ne leur est pas uni (2); cependant ces gaz ne sont pas essentiellement délétères. 11 n’en est pas de même du gaz hydrogène sulfuré ou carbonné et de tous les gaz acides (3) ; ceux-ci , mis en contact
(1) Ibid. t. lerf. 14, 4e édit.
(2) Yoici le résultat de quelques-unes demes observations propres. Quand le gaz azote est respiré pur, le sang veineux prédomine bientôt dans l’économie, la cessation presque immédiate des fonctions du cerveau a lieu. Ce gaz paraît agir en éteignant la sensibilité ; le protoxide d’azote occasione chez les animaux la chute sans mouvement ; après une respiration laborieuse, les vaisseaux du cerveau , de la plèvre et du poumon dégorgent ; le sang devient plus liquide, et les mouvements du cœur augmentent. Le chlore détruit les fonctions cérébrales , en conservant celles du cœur et des intestins ; il irrite les organes de la respiration. L’oxigène introduit, remédie à ces dif- . férents effets.
(5) Le gaz hydrogène sulfuré anéantit les mouvements respiratoires ainsi que ceux du cœur et des intestins ; le sang devient brun foncé; il abolit de plus les fonctions cérébrales , et la chaleur diminue assez rapidement par suite ([ de l’action du gaz hydrogène; la contractilité du cœur devient plus insensible au galvanisme qu ï par tout autre gaz.
Par l’hydrogène carboné, le cœur devient immobile, le sang se colore en noir, et les fonctions cérébrales s’anéantissent . Le gaz acide carbonique occa-
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avec la matière nerveuse, en abolissent la vitalité, et occasionent des accidents variés. Ainsi, les gaz non délétères, autres que ceux que contient en proportion convenable l’air vital, agissent sur le système nerveux , ou par défaut d'excitation , ou par trop d’excitation. (Voyez la note sur les E xpériences de M. Broughton , p. 28. ) La plupart de ces gaz ont été expérimentés sur l’organisation humaine, par M. Davy, non sur luimême : les délétères ont produit des vertiges, des tournoiements et quelques autres anomalies , sans lésion de vitalité essentielle, ou bien des frémissements , une exaltation de sensorialité, de sensibilité ou de mouvement j tandis que les gaz essentiellement délétères, agissent en attaquant gravement les fonctions, comme le feraient les lacérations du cerveau, de la moelle spinale ou des nerfs, et occasionent fréquemment des désharmonies, qui conduisent à la cessation de l’existence
Ce qui vient d’être dit de l’effet des gaz absorbés à la surface pulmonaire, doit s'appliquer à l’odorat, comme il arrive par les émanations des fleurs et des odeurs fortes. Je renvoie à ce que j’ai dit à cette occasion, dans la première partie. [Voyez 'S* paire. )
Des liquides dans leur application à l’économie animale , de Vimbibition et de V absorption des liquides.
Je ne ferai pas mention ici, de la nécessité absolue qu’éprouvent les poissons et les reptiles aquatiques , de rester plongés dans un milieu humide (1) ; celte condition de leur existence se conçoit très-bien ; mais je traiterai des besoins qu’éprouvent tous les animaux, d’humecter leurs tissus, et de résister à la sécheresse, ou au racornissement.
Un des motifs, sans doute, qui déterminent le plus impérieusement ce besoin d’humectation, cette absorption de liquides, ce sont les énormes déperditions que subit l’économie animale, soit
sione de violents mouvements musculaires , la dispnée et la mort ; dans cette mort, le sang devient promptement noir , et le cœur reste immobile.
Les asphyxiés par le gaz acide carbonique , conservent long-temps la souplesse de leurs membres et la chajeur de leur corps. Le tissu de leur cœur est très-mou. Yoyez la deuxième partie, chapitre 6.
(t) J’ai fait voir, à l’article de X Air vital, que les poissons elles reptiles aquatiques avaient besoin , pour exister dans l’eau , qu’elle fût convenablement aérée , et que de plus elle fût associée à une certaine quantité de calorique.
36 AGENTS PHYSIQUES
par l’exhalation cutanée , soit par les autres excrétions liquides î il résulte, en effet, des expériences de M. Edwards (1), que plus les animaux transpirent et sont éloignés de leur point de saturation de liquides , plus l'absorption chez eux est marquée (2). Le même auteur a remarqué (5), que chez les animaux à peau nue, l’imbibition de liquides ne se borne pas au tissu cutané, mais qu’elle se propage à toutes les parties de l’économie, avec cette restriction que partout où l’épiderne est serré, ce tissu présente un obstacle à l’imbibition, comme le serait une couche de vernis appliqué à la périphérie.
Cette propriété de l’imbibition qu’ont les tissus, était autrefois confondue avec l’absorption ; M. Magendie a surtout insisté pour qu’elle en fût séparée, et considérée comme propriété distincle. Il établit quêtons les tissus de l’économie animale ont la propriété de s’imbiber. « Que l’on mette , dit-il (4) , un liquide « quelconque , en contact avec un organe , une membrane , un « tissu; dans un temps plus ou moins court, le liquide aura « passé dans les aréoles de l’organe ou du tissu, comme il aurait « pénétré dans les cellules d’une éponge , ou dans celles d’une « pierre poreuse : il y aura des variations pour la durée « de l’imbibition, qui dépendront de la nature du liquide, de sa « température, de l’espèce de tissu qui doit s’imbiber ; mais, « dans tous les cas , l’imbibition aura lieu : sous ce rapport , il « y a des tissus qui sont de véritables éponges, et absorbent « avec une grande promptitude : telles sont les membranes sé- « reuses et les petits vaisseaux, d’autres tissus résistent quelque <i temps avant de se laisser pénétrer, par exemple, l’épi- « derme (5) ».
La non perméabilité de l’épiderne à l’imbibition est cause qu’il n’y a ordinairement nulle absorption des liquides dans lesquels la surface du corps est plongée, pas même des substances médicamenteuses dont on les aurait saturés, et auxquelles
(1) Ouvrage cité.
(2) Il en résulte que , quand on boit froid par un temps chaud et en transpirant beaucoup , on remédie d’une part aux pertes par exhalation, et de l’autre à l’excès du calorique introduit.
(3) Ouvrage cité, p. 345.
(4) Précis de Physiologie, t. 1, p. 12.
(5) C’est bien évidemment à la porosité qu’est due la propriété des tissus à s’imbiber; il suffit, pour s’en convaincre, de plonger dans l’eau une éponge et un morceau de marbre, ou tout autre corps non poreux, et de comparer.
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on supposait uneacton réelle. M. Séguin , par des expériences positives, a mis celle proposition hors débouté. La même chose doit s’entendre de l’application cutanée des corps solides; si les substances mises en contact avec l’épiderme ne corrodent pas son tissu, si elles n’attaquent pas sa composition chimique, ou si au moins* par des frictions, la flagellation, la rubéfaction, on n’y produit pas une irritation préalable, propre à vaincre son imperméabilité, il n’y a pas d’imbibition opérée, ni conséquemment d’absorption produite; aussi tous les bains nourrissants et médicamenteux, autres qu’émollients ou excitants de la sensibilité cutanée à travers l’épiderme, ou chargés de substances propres à attaquer sa composition chimique, sont-ils complètement inertes, et ne peuvent-ils agir sur le système nerveux, que sous le rapport de la température.
il n’en est pas de même, lorsque l’épiderme est enlevé ; alors, le tissu dermoïde partage avec tous les autres tissus, la faculté de s’imbiber, et l’absorption y est même plus active , car, d’une part, la sensibilité y est très-exaltée, surtout si la dénudation est récente, et, d’autre part, les vaisseaux sanguins qui revêtent la face externe du chorion étant à découvert, l’absorption s’y fait avec une grande activité. C’est d’après cette remarque, que les praticiens ont adopté depuis peu la voie dite endermique , pour opérer un grand nombre de leur médications. M. Magendie nie formellement toute absorption ou aspiration, au moyen des vaisseaux lymphatiques; selon lui, il y a toujours imbibition , et, par suite, absorption , mais opérée au moyen des radicules veineuses : il admet que l’épiderme long temps macéré, devient propre à Timbibition; et cela est vrai , car on remarque manifestement qu’une partie qui a été long-temps immergée, ou recouverte d’un cataplasme, laisse voir l’épiderme épaissi et imbibé.
On remarque aussi que toutes les fois qu’au moyen de l’alcool ou d’un acide, et même d’un corps gras, on frictionne une partie de la peau revêtue de son épiderme, avec certaines substances, par exemple, le camphre, l’opium, le mercure, les préparations vomitives et purgatives, l’absorption de ces susbstances s’opère (1).
En définitive, il résulte des expériences faites par M. Magendie, que les substances qui doivent agir par voie d’absorption, une fois introduites dans le torrent circulatoire, peuvent être
(!) PliLClS DE PltïSiODOGlE , t. 2, p. 265.
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retardées ou empêchées selon quelles rencontrent plus ou moins d’obstacles dans le cours du sang: ainsi, dans un cas de pléthore excessive, ou par là compression l’absorption peut être retardée ou empêchée, tandis que par la déplétion, elle est activée, ceci rend raison de l’eflicacité qu’obtenaient les anciens praticiens, en faisant toujours précéder toute médication par absorption d’une saignée en cas de pléthore; en effet, la distension des vaisseaux qui portait obstacle à la liberté circulatoire une fois combattue , l’absorption s’opérait normalement.
M. Magendie est d’opinion que les tissus morts s’imbibent comme les tissus vivants; cela est croyable, car l’inr.bibition est un acte de capilarité, et peut aussi bien s’opérer sur les corps inorganiques, que sur les corps organisés; mais f absorption nécessitant le concours delà circulation, doit ne pas s’effectuer sur le cadavre; voilà pourquoi chez le vivant, on observe la résorption des épanchements, tandis que sur le cadavre, elle ne peut avoir lieu. Un phénomène remarquable, c’est que l’action galvanique augmente notablement l’absorption : une expérience curieuse faite sur moi, et qui a été constatée par plusieurs professeurs de la Faculté de médecine de Paris, c’est qu’après m’être incorporé par frictions, quatre onces de pommade phosphorée, et n’en avoir éprouvé, après une demi-heure, qu’un peu de chaleur à la peau, m’étant introduit huit aiguilles dans le membre scapulaire gauche, et huit dans le pelvien, après avoir galvanisé ce s aiguilles pendant six minutes, il se produisit de tels phénomènes d’absorption, que je dus faire cesser immédiatement l’opération, et fus obligé de me faire couvrir de vessies remplies de glace, et de boire à profusion de la limonade glacée, pour remédier à l’anxiété cérébrale, et à l’excessive chaleur que je ressentis, accompagnée d’étincelles dans la vue, de tintements d’oreilles, d’odeur et de goût de phosphore, avec une insomnie qui se prolongea pendant 52 heures. Rien de tout cela ne s’était manifesté avant l’éleclro-punclure , et rien de semblable ne s’est produit par le renouvellement des frictions phosphorées , expériences que j’ai bien souvent reprises.
M. Fodera a fait la même remarque, relativement à l’absorption activée par l’application du galvanisme à la circulation des liquides, et sans conductibilité exercée au moyen des aiguilles à travers les tissus.
Ici se présente une question pratique à résoudre, savoir si c’est par imbibition et par absorption , que les liquides dans lesquels le corps est plongé, agissent sur notre économie, et, dans
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ce cas, l’épiderme étant imperméable, lorsqu’il n’est pas en contact très-prolongé avec les liquides, à quoi peuvent servir les bains médicamenteux, et les fomentations chargées de substances chimiques non corrosives? Il est cependant hors de doute que les bains dits minéraux, produisent des modifications réelles : ce ne peut donc être qu’en raison de leur température, de leur action sur des nerfs sensibles, ou de leur propriété émolliente et humectante (1), qu’ils produisent leur effet : aussi les douches sont-elles incomparablement plus actives, lorsqu’on veut agir au moyen de ces eaux par stimulation, à moins que le tissu de l’épiderme ne soit lui-même affecté, comme il arrive dans le cas de dartres ou d’autres exanthèmes. Une autre question s’offre encore au praticien : pourquoi, après un violent exercice musculaire où l’on est accablé de fatigue, les bains délassent-ils si complètement, et rendent-ils au corps épuisé toute sa vigueur? Pourquoi la goutte, les névralgies, les convulsions, les rhumatismes, se calment-ils par l’usage des bains émollients ou médicamenteux ? ces questions trouveront leur solution au paragraphe suivant.
Nerfs sur lesquels les liquides agissent pour modifier
V économie animale .
Il est évident que les liquides en contact avec la périphérie du corps, n’agissent que sur les nerfs de la sensibilité, et ne sont absorbés qu’en vertu de l’action des nerfs ganglionnaires; c’est à l’article suivant que j’exposerai les effets de cette absorption et les Modifications que les molécules absorbés vont porter aux parties de l’organisme. Ici je ne puis parler que de l’effet du contact immédiat des liquides avec les tissus, indépendamment des principes qu’ils contiennent. J’ai déjà exposé le besoin queles tissus éprouvaient d’être humectés; j’ajouterai même que plusieurs actes sensoriaux instinctifs se coalisent pour accomplir ce but; ainsi, dans une atmosphère trop chaude, la soif porte à humecter les voies gastriques; les surfaces pulmonaires recher-
\1 ) M. Chevreul a fait l’observation que nos tissus doivent la plupart de leurs propriétés physiques à l’eau qu’ils retiennent et dont ils sont imbibés : si cette eau leur est enlevée , ils changent , et deviennent impropres aux usages qu’ils remplissent durant la vie; mais dès qu’ils sont remis en contact avec l’eau , ils récupèrent leurs propriétés : ils peuvent ainsi perdre et reprendre un grand nombre de fois leurs propriétés physiques.
AGENTS PHYSIQUES
client l’air frais pour respirer; la peau est avide de plonger danx l’eau froide. Par un abaissement de température, au contraire, on recherche les boissons chaudes, et on éprouve un grand bien-être de s’immerger dans un liquide chaud. Toutes les sensations douloureuses de la peau et des muscles (et la fatigue est une de ces sensations) se trouvent bien du contact de liquides émollients; les convulsions même en sont calmées, en vertu de l’étroite liaison des nerfs sensibles avec ceux du mouvement ( Voy. Harmonies ). Quant à l’excitation que certains principes communiquent aux nerfs de la sensibilité à travers l’épiderme, il est incontestable qu’elle a lieu , et que c’est de cette manière qu’opèrent les bains minéraux sur l’économie.
L’imbibition, partout où elle peut avoir lieu, en entretenant la souplesse et la sensibilité normale des tissus, met les vaisseaux sanguins qui les parcourent à même d’exercer l’absorption (1), et les modifications que les liquides en contact, portent dans la sensibilité des tissus , est réflélée dans tout l’organisme par les nerfs qui en reçoivent l’impression.
Des substances assimilables à nos tissus et de l'absorption des solides.
Ce n’est pas sans raison que les anciens avaient accordé en physique et en physiologie, une grande prépondérance aux principes constituants de leur quatre éléments primitifs, puisque ce sont ces quatre éléments même que nous sommes conduits à considérer en première ligne, parmi les agents physiques ou chimiques qui influent sur notre économie. Le calorique, l’air, l’eau et la terre (car ils considéraient comme formée de terre toute substance solide), comprenaient, selon eux, tout ce qui pouvait influencer notre nature, ou plutôt tout ce qui pouvait constituer les corps dans la nature entière, et, bien qu’il soit reconnu aujourd’hui qu’aucun de ces éléments, à l’exception du calorique (2), n’est simple, il n’en est pas moins vrai que leurs
f l ) Il ne faut pas oublier que l’imbibition de l’épiderme finit toujours par avoir lieu; il est même probable que certaines régions à pores plus ouverts se laissent pénétrer facilement dès les premiers moments de l’immersion. H est, d’ailleurs, des individus qui ont le tissu épidermoide extrêmement fin et perméable.
(2) Ce n’est pas , à proprement parler , le calorique que les anciens plaçaient au nombre de leurs éléments, c’est le feu, lequel est composé