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CHAPITRE

Des agents purement physiques et mécaniques , et de leurs

effets sur V économie.

J’ai commencé l’examen des agents physiques , en traitant du calorique, de l’air vital et des liquides; j’ai aussi traité des effets de quelques actions mécaniques , à propos de ces trois agents importants : telles sont les irritations qui déterminent des vésications, des rubéfaction , de la douleur; telles sont aussi celles qui déterminent une augmentation de calorique et de sensibilité en même temps, comme les frictions, flagellations, l’urtication, les exanlhémateux ou suppuratifs, les escarrotiques, etc...

Il me reste , pour compléter l’étude de ces agents, à traiter de ceux qui influencent directement et d’une manière importante le système nerveux; car, si je devais embrasser tout ce qui est physique et mécanique dans la nature, aucun élément, aucun corps, ne devrait échapper à mon investigation; je ferai la même observation pour les corps chimiques dont je traiterai ensuite, je ne devrai m’occuper que de ceux qui ont une action directe et marquée sur le système nerveux.

Il est un effet bien digne de remarque, qu’aucun agent physique ni chimique ne puisse avoir de retentissement dans l’économie, ou d’effet général, sans s’être préalablement adressé au 1 cerveau. Nous venons de voir que pour les agents chimiques, 1 cette condition est absolue dans les moindres effets produits: pour les agents physiques et mécaniques, elle ne l’est pas.

Les effets partiels ou locaux des agents physiques ou méca-

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niques, ont toujours lieu indépendamment des centres nerveux : dès que ces centres sont intéressés, les effets deviennent généraux; on en a vu un exemple remarquable à l’article calorique. Quant aux effets produits par les agents chimiques , au contraire , les actions les plus bornées ne peuvent avoir lieu qu’avec rassentiment de l’encéphale.

De V électricité et des parties de V économie qu’elle influence .

Aucun agent, si ce n’est le galvanisme , n’a été plus mal jugé dans son application à l’organisme, que l’électricité, non-seulement parla plupart des médecins, mais même par beaucoup de physiciens, quoiqu’il y ait près d’un siècle que la médecine ait placé cet agent physique dans son domaine. Mais les médecins nos devanciers, qui se sont occupés d’électricité, étaient fort peu physiciens, et peut-être encore moins physiologistes, et les physiciens n’étaient aucunement médecins; ce qui suffit pour que les applications aient constamment été mal faites, et encore plus mal appréciées. Aussi, jusqu’à nos jours, avait-on cru, et quelques médicastres croient-ils encore, que lorsqu’un individu est soumis à un traitement électrique, on le sature d’électricité, ou on lui soutire le fluide en excès. Pour ces hommes peu versés dans les sciences naturelles, le fluide électrique estsynonime de force vitale.

Sans entrer dans aucune discussion à cet égard pour réfuter toutes les erreurs adoptées, et sans m’étendre en considérations théoriques sur les phénomènes purement physiques, je présenterai néanmoins les points de doctrine dont la connaissance est indispensable pour bien établir les effets, physiologiques qu’on est en droit d’attendre de l’emploi de cet agent physique qu’on est convenu d’appeler fluide naturel, se décomposant en deux fluides qui ont entre eux la plus grande affinité.

L’un de ces fluides quelconque, lancé par la source de décomposition sur un conducteur isolé, est maintenu à sa surface, attendu que le fluide naturel propre de ce corps en remplissant toute la capacité, ne permet pas à l’excédant de pénétrer, ni de se combiner avec le fluide de nom contraire , contenu dans le corps, parce que celui-ci est maintenu en équilibre par une quantité égale de ce fluide déjà introduit; en un mot il y a équilibre, et une quantité surabondante ne saurait être reçue.

Il résulte de cette disposition , que la quantité de fluide en excès, occupant la surface du corps isolé, tend incessamment à

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agir par influence sur les corps environnants par attraction sur le fluide contraire, dont le déplacement peut s’effectuer en vertu de la conductibilité. Lorsque les résistances opposées par les corps isolants peuvent être franchies, les deux fluides en excès, et en parties égales, se précipitent l’un vers l’autre, avec d’autant. plus de violence, que la distance à franchir est plus considérable ; il s’opère un choc aux surfaces de départ qui est toujours proportionné à la distance à surmonter, ou plutôt à l’accumulation de fluides contraires, en quantité assez grande pour franchir l’espace qui les sépare; car plus cet espace est grand, plus il faut de fluide en masse , pour vaincre la résistance; je renvoie, d’ailleurs, aux ouvrages de physique pour bien comprendre cette théorie (4); je ne veux ici que traiter les effets physiologiques de l’électricité. Or, ces effets ne sont nullement dus à Y introduction ou à la soustraction d'une portion quelconque de fluide électrique, mais uniquement à la percussion qui résulte du départ des fluides contraires, accumulés sur des corps isolés; c’est-à-dire que tout ce que les physiologistes ont entendu par bain électrique, est purement chimérique relativement aux effets sur le système nerveux : il faut exciter à la surface du corps le départ d’étincelles, si l’on opère par simple échange de fluide sur l’un des points de la surface, et cela dans l’intention d’agir sur la sensibilité et la contractilité (car l’influence de l’électricité sur les nerfs sensoriaux et sur le centre intellectuel, est absolument nulle), en ayant la précaution , si l’on opère sur des tissus très-délicats et sensibles, comme la conjonctive, de ne se servir pour déterminer l’échange ou la décharge électrique , que de pointes de bois en rapport avec une surface conductrice et présentées à quelques centimètres de distance du point sur lequel s’est accumulé par l’isolement, le fluide projeté par la source agissante de décomposition, afin de ne faire éprouver dans l’échange à la surface de l’œil, que la sensation d’un courant d’air, ou tout au plus (en rapprochant un peq le conducteur) que la percussion de très-légères aigrettes. D’autres parties delà face très-sensibles, comme les paupières fermées, le nez, la lèvre supérieure, supporteront les très-fines étincelles projetées sans trop de rapidité de succession au moyen de pointes de métal, ou même de très-petites boules, dont les étincelles pourront être supportées par le reste de la tête. Des

(1) Voyez mes Mémoires sur l’Électro-Pünctcre , etc,, publiés en

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boules d’un calibre de plus en plus considérable, et aussi tenues à des distances plus grandes, augmenteront le volume de l'étincelle et la force de percussion (1); mais ce volume et cette force ne sont pas la cause directe de l’augmentation de sensibilité, c’est au rapprochement des percussions qu’il faut rapporter cette augmentation (c’est généralement la partie postérieure du corps humain , depuis le jarret jusqu’aux omoplates qui est la moins sensible, et les mamelles, le cou et les parties génitales qui sont les plus sensibles ).

Il est bon d’observer que quand on procède à l’électrisation au moyen des étincelles, la sensibilité n’est pas toujours en rapport avec la contractilité : ainsi de grosses et fortes étincelles peuvent exciter des contractions plus ou moins étendues, selon que la percussion est dirigée sur une branche nerveuse plus ou moins ramifiée, et cependant la sensibilité en être moins affectée, si les intervalles sont longs, que par une rapide succesion de très-petites étincelles projetées sur le même point, ce qui peut aller jusqu’à la rougeur, et à une chaleur intense, c’est-à-dire jusqu’à occasioner l’inflammation ou la communication d’irritation des nerfs sensibles, cérébro-spinaux aux nerfs ganglionnaires (2) ; ce dernier effet est assez sûrement provoqué par ce qu’on appelle frictions électriques, lesquelles consistent à promener une grosse boule métallique sur un vêtement de flanelle appliqué sur la peau; les pointes laineuses servent de conducteurs, et divisent les grosses étincelles en un grand nombre d’étincelles ténues incessamment projetées. On obtient le même effet à l’aide d’une brosse à fils métalliques, comme serait une brosse à carder ; mais le premier moyen est préférable, en ce que la peau n’a pas besoin d’être découverte, et que la divisibilité est plus grande; en un mot, le procédé opératoire est plus sûr et plus commode.

Quand on se propose d’agir plus efficacement sur la contractilité que sur la sensibilité, ce n’est pas à la divisibilité et à la rapide succession des étincelles qu’il faut avoir recours, c’est à la violence des chocs. Dans ce cas, on ne se borne pas ordinairement

(1) Le volume des étincelles et la force de percussion s’augmentent en mettant en rapport la source de décomposition , (par exemple, les coussins d’une machine électrique) avec une certaine étendue de surface métallique.

(2) On se rappelle que j’ai dit, à l’exposition de l’appareil ganglionnaire, dans la première partie , que les nerfs de cet appareil , insensibles à l’état normal, pouvaient devenir d’une sensibilité très-exquise par le fait de l’irritation.

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à l’échange simple des fluides, on procède par double décharge de l’un et de l’autre fluide, sur des points différents du corps, au moyen de l’appareil de Leyde, et en raison de raceumulation des fluides contraires des surfaces des armures internes et externes de l’appareil et de leur décharge simultanée, en comprenant les points de la surface du corps où les conducteurs aboutissent, et le trajet intermédiaire à travers les organes dans le circuit de conductibilité (1).

Il est encore nécessaire de tenir compte, dans l’action de l’électricité sur la contractilité, et même sur la sensibilité, de la masse de matière conductrice organique interposée entre les deux points de départ des armures de l’appareil de Leyde; ainsi, les deux surfaces d’un de ces appareils, étant mis en contact avec les deux points opposés de l’épaisseur d’un doigt, la commotion éprouvée sera moins forte que^, si l’un de ces pôles est en rapport avec les plantes des pieds, et l’autre, avec la paume de la main, et une seule personne tenant dans chaque main l’un des pôles de l’appareil de Leyde, au moment de la décharge, ressentira une commotion bien moindre que si trente personnes formant la chaîne, sont en rapport par les deux extrémités de cette chaîne avec les mêmes pôles.

On a beaucoup parlé de l’application de l’électricité à la cure des paralysies, et on a cité, entre autres, les cas que Mauduyt a présentés à l’Académie des Sciences, et ceux de paralysie, rhumatismes, goutte, etc., cités par Poma et Arnaud de Nancy; mais, je ferai voir, en traitant de la pathologie, qu’il y a une infinité de nuances dans la paralysie, et bien des parties diversement affectées : il y aurait tout un volume de considérations à établir sur cette seule maladie ; il en est de même des rhumatismes, etc.. . U me suffira ici de dire qu’il serait peu rationnel de faire une statistique où l’on exposerait le nombre de paralytiques guéris par l’électricité, et ceux traités par d’autres procédés, comme il

(1) Chaque molécule organique recevant , par contiguïté moléculaire, le fluide de l’un des pôles en échange d’une portion égale du fluide contraire qui lui est propre et dont la source de production lui vient du pôle opposé, le double échangea travers un organe peut avoir lieu; mais les effets qui résultent de cette transmission de percussions moléculaires , s’adressent toujours aux nerfs delà contractilité et de la sensibilité , avec cette spécialité d’action que la rapidité de succession influence la sensibilité et y laisse une impression durable, tandis que la ïorce des chocs, ou , ce qui revient au même, les plus grandes quantités de fluide échangé influencent la contractilité.

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le serait aussi peu de déterminer le nombre de séances qu’il convient d’employer pour guérir une paralysie quelconque. On conçoit, que non-seulement toutes les paralysies ne se ressemblent pas, mais que les moyens thérapeutiques doivent varier selon les nuances présentées. Je répéterai ici ce qu’on trouvera dans plusieurs endroits de cet ouvrage; il faut chercher le modificateur propre à chaque lésion, ou au moins celui qu’on croira le plus approprié, et en faire l’application. J’oserai presque dire qu’il est absurde d’avancer qu’on traitera convenablement une paralysie par l’électricité, sans avoir apprécié la lésion que l’on a à combattre, et je puis affirmer que tous les jours je reçois des lettres de province qui me proposent de décider si je crois qu’un paralytique guérira par l’électricité ou le galvanisme, et d’indiquer le temps que je demande pour le guérir, sans autre explication; il faut avouer que, lorsque des malades s’adressent avec cette ingénuité àceshommeSjtarés qui vendent de la santé, ceux-ci ont beau jeu pour les duper.

J’admettrai ici en principe que l’électricité est un des moyens de traiter les paralysies; car c'est un puissant stimulant de la contractilité et de la sensibilité, deux fonctions qui sont principalement lésées (ou, au moins, l’une d’elles ) dans les paralysies; mais on conçoit que quand un ramollissement d’une partie cérébrale ou spinale, est cause de la paralysie, toutes les électrisations du monde ne produiront aucun effet, tant que la lésion cérébrale ne sera point guérie, et que ces procédés opératoires restent sans nul effet, si on les applique au traitement direct des ramollissements, etc. 11 y aurait ainsi mille considérations à aborder, dans lesquelles ce n’est pas, d’ailleurs, ici le lieu d’entrer.

On s’est beaucoup exagéré le danger des commotions électriques , l’idée que la foudre n’est qu’une décharge électrique, celle de batteries capables de tuer un boeuf, celle d’appareils galvaniques qui mettent en fusion le diamant et 'rougissent instantanément un barreau de fer, portent l’effroi dans l’imagination, et cette terreur semble dominer quelques médecins. Quand on propose d’électriser des personnes d’une complexion délicate ou facilement irritable, ils ne réfléchissent pas que les appareils qui produisent la foudre, qui tuent un bœuf, fondent le diamant ou brûlent le fer, sont d’une si gigantesque pioportion, que nos appareils à traitement n’en sont en que. que sorte que les simulacres ou de simples échantillons, et de même ce choc électrique, si petit qu’il soit, a quelque chose de si inattendu, de si saisissant,

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qu’il inspire une terreur involontaire; mais, en réalité, il produit bien moins de désordre qu’on ne se l’imagine, et les individus les plus impressionnables s’y font facilement après quelques jours d’usage.

Si cependant une décharge très-forte de toute une batterie élecrique composée de plusieurs jarres, venait à être lancée à travers l’organisme, on conçoit que les centres nerveux pourraient être intéressés, comme aussi, un individu frappé de la foudre peut instantanément avoir toutes ses fonctions vitales abolies; mais ces cas sont des exceptions auxquelles l’économie n’est jamais volontairement soumise.

Les nerfs de la sensibilité et du mouvement ne sont cependant pas exclusivement influencés par les chocs électriques. Il est certain que l’appareil ganglionnaire peut, quoique secondairement, partager la stimulation : la nutrition est effectivement activée par l’usage journalier des chocs électriques, et certaines constitutions languissantes, dites lymphatiques, se raniment par la stimulation de cet agent physique; les chloroses sont guéries comme par enchantement, les scrophules diparaissent. etc.; mais ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le domaine de la thérapeutique. On remarque chez la plupart des patients, que la transpiration s’active sous l’influence répétée des chocs électriques; quant à ce qu’on a dit de la puissance électrique sur les mouvements du cœur, sur l’accélération du pouls, sur la rapidité plus grande du sang veineux ou artériel, pendant l’électrisation, cela est illusoire : je suis entré dans des considérations, à ce sujet, ailleurs.

Quant aux procédés opératoires, ils ont été détaillés dans mon mémoire sur l’électro-puncture (1), et je les rapporterai en thérapeutique.

De F acupuncture et de ses effets sur le système nerveux .

Le contact des métaux avec les nerfs, constitue une espèce d’électricité tout-à-fait distincte de celle qui a lieu par le frottement du verre ou des corps résineux; elle est essentiellement distincte aussi du galvanisme et des effluves magnétiques, dont il sera question ci-après... Il est probable que les eaux ferrugineuses, les préparations martiales, et toutes les substances qui con¬

tl) Voyez aussi l’article Électricité du Traité de Thérapeutique, de MM. Trousseau et Pidoux.

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