‹ Traité du système nerveux dans l'état actuel de la scienceChapitre 3 sur 63 · PI. I · texte numérisé non relu

PI. I

t/f) Carus, ibid. , t. I, p. 5g.

(5) L’innervation, ou la faculté fonctionnante du système nerveux, se complique en raison du développement matériel ; dans les êtres simples, les fonctions sont bornées et confuses ; à mesure qu’ds deviennent complexes, elles prennent un caractère spécial : ainsi la cou-

ORGANISME

11 n’y a, à proprement parler, pas de démarcation bien tranchée entre les espèces les plus élevées des invertébrés et les plus basses des vertébrés; car les animaux qu’on a appelés cé~ pkalozoaires et corpozoaires , ont non-seulement un ganglion céphalique qui est l’analogue du cerveau des vertébrés (1) et des cordons qui, bien que splanchniques , correspondent à la moelle épinière de ces mêmes vertébrés, mais ils ont encore nécessairement des filets nerveux et des ganglions qui président spécialement à leurs fonctions nutritives. Or, ce petit appareil nerveux, consacré à la sphère organique, quoique impossible à démontrer séparément dans les invertébrés, existe nécessairement; et ce n’est que dans les espèces les plus parfaites ( les vertébrés), qu’il se distingue en conservant la forme ganglionnaire des invertébrés, et se séparant des masses centrales affectées spécialement au sentiment et au mouvement volontaire, lesquelles sont renfermées dans des cavités osseuses (moelle cérébro-spinale et lobes cérébraux ).

Car us avait déjà observé que les organes des deux vies de relation et organique ou végétative , distinction admise surtout par Bichat , existaient dans les animaux invertébrés; car il dit positivement (2) : a Le système nerveux n’est pas uniquement t le centre de la vie animale, en tant que celle-ci se manifeste « au dedans et au dehors sous forme de sentiment et de mou-

tractilité, qui dépend des nerfs ganglionnaires, diffère essentiellement de celle dont les nerfs cérébro-spinaux sont les instruments; elle est absolument indépendante de la volonté, et est étrangère à la sensibilité, laquelle est, au contraire, liée à la contractilité volontaire ; il y a aussi une contractilité insensible, placée hors du domaine de la volonté, qui dépend de nerfs cérébro-spinaux dans les classes supérieures (non digestifs et respiratoires), il existe une foule de nuances de sensibilité et de contractilité dans les espèces les plus parfaites. L'innervation cesse parla destruction des parties nerveuses; la contractilité volontaire cesse avec la volonté; la sensibilité s’éteint avec notre conscience; la volonté et la consc:ence elles-mêmes dépendent des organes cérébraux qui régissent les espèces compliquées. Cependant, avant de fonctionner, ou après la cessation des fonctions de ces organes cérébraux, d’autres parties du système nerveux sont en action. (Voyez la Formation , le Ganglion cardiaque et V Appareil ganglionnaire des vertèbres . )

(i) Carus. Voyez aussi la note i, p. 8 , du présent chap.

CO OEuv. citées, t. x trad , p. 62,

GENERALITES.

« vement; il est, de plus, le centre de l’organisation en géné- « rai , de sorte qu’il doit également jouer un rôle actif et passif « dans la sphère végétative. » Et il ajoute qu’on voit apparaître dans les classes inférieures (invertébrés), outre la moelle ventrale et le ganglion cérébral , les vestiges d'un système nerveux particulier pour les appareils qui constituent la sphère végétative.

Il ne peut manquer d’arriver, dans les classes supérieures (les vertébrés), que le système nerveux consacré aux fonctions végétatives, ne se développe d’une manière bien plus prononcée encore, puisque leur organisation est plus parfaite , tant dans leur vie organique que dans celle de relation; et il n’est plus permis aujourd’hui de croire que le système nerveux des vertébrés ne soit que l’appareil cérébro-spinal ajouté au ganglionnaire des invertébrés, chez lesquels il aurait acquis tout son perfectionnement. Il est cependant bien vrai que le type ganglionnaire seul s’est conservé en passant des invertébrés aux vertébrés, dans son intégrité fonctionnelle et sa forme primordiale; mais il faut convenir aussi, que ce sont les fonctions nutritives des vertébrés qu’on retrouve avec le plus d’identité chez les invertébrés, et que les fonctions de relation ne s’y rencontrent que d’une manière très-limitée.

Outre l’analogie de forme, qui nous porte à croire que l’appareil ganglionnaire des vertébrés n’est que la plus grande partie du système nerveux des invertébrés perfectionné, deux autres raisons nous confirment dans cette opinion. La première est la voie expérimentale, qui nous apprend que toutes les fonctions circulatoires et nutritives dépendent, chez les vertébrés, de leur appareil nerveux ganglionnaire (l), et la seconde est, que cet appareil enveloppe de toutes parts, chez ces mêmes vertébrés, le canal alimentaire et les vaisseaux; donc il peut être considéré chez les vertébrés comme la répétition de la forme nerveuse consacrée aux invertébrés, mais se rattachant au système central suprême (le cerveau), par l’intermédiaire surtout de la moelle spinale, ainsi qu’il sera prouvé par cet ouvrage.

Dans les dernières classes des vertébrés, chez les poissons du plus bas étage, l’appareil cérébro-spinal est si peu prononcé,

(1) Voyez les Recherches expérimentales sur les fonctions de cel appareil nerveux, par Brachet, de Lyon, i83o.

ORGANISME

que les lobes cérébraux ne semblent être qu une véritable agglomération de ganglions, et ressemblent d’ailleurs parfaitement à ees derniers par leur forme sphérique (1), et, quant à leur moelle spinale, ce n’est évidemment. qu’un faisceau de rameaux nerveux ? que la simple inspection de cet organe chez les espèces les plus élevées, révèle à l’œil nu, du moins dans sa partie inférieure; car, dans la partie qui avoisine le cerveau, la texture paraîtrait plutôt ganglionnaire.

La question de perfectibilité se réduit donc, généralement parlant, à une question de masse ganglionnaire, ou de multiplicité de rameaux.

Carus fait observer (2) que ce qui annonce surtout que le système nerveux des poissons est encore inférieur, c’est l 'égalité et Y horizontalité. Moins les vertébrés sont parfaits, et plus leur moelle spinale forme angle droit avec la sus-pinale ou intracrânienne du cerveau et de la moelle épinière (5).

Ce n’est que chez les poissons de l’ordre le plus élevé ( les squales), que les lobes hémisphériques sont le plus susceptibles de perfectibilité (4); mais, si de là on passe en revue toutes les classes supérieures (5) pour s’élever jusqu’à l’homme, on est à même de remarquer l’énorme développement que prennent ces lobes en raison de l’étendue de l’intelligence des opérations de conscience, de jugement et de volition.

En effet, si l’on compare les travaux de M. Serres (6), sur les animaux, avec ceux de M. Tiedemann (7) sur l’embryon humain particulier, on voit qu’avant le troisième mois de formation , les lobes cérébraux de l’embryon humain ressemblent à

(1) PL I, fig. 8 et 9.

(2) Ouv. cité, t. 111, p. 71.

(3) PL I, fig. 10 et 12. L’infériorité du type du cerveau des poissons s'exprime 1° par la petitesse du cerveau entier en proportion du corps ; 2° par la formation simple de trois masses cérébrales; 3° par la prédominance de la masse moyenne ou primaire, sous le rapport du volume, de la cavernosité et de la structure (Carus, t. III, p. 71).

(4) PL I, fig. xi.

(5) L’égalité entre le cerveau et la moelle spinale caractérise encore les reptiles comme les poissons; aussi leur sont-ils de bien peu supérieurs. PL I, fig. 12.

(6) Voyez Anatomie du cerveau dans les cjuatre classes d' animaux vertébrés. Comparez surtout les figures de Y Atlas.

(7) Voyez Anatomie du cerceau chez l’homme , avec pl.

i : 2 GÉNÉRALITÉS.

ceux des poissons pendant toute leur vie ( » ) ( sauf certaines différences organiques lobaires, résultant de la différence des fonctions); du troisième au quatrième mois, ils ressemblent à ceux des reptiles (2); du quatrième au cinquième mois, à ceux des oiseaux (5); du cinquième au septième mois, à ceux des mammifères, avec des différences pour les rongeurs (4), les herbivores (5), les carnassiers (6) ; du septième au huitième mois , à ceux des quadrumanes (7); enfin, au huitième mois, aucun cerveau d’animal n’est comparable à celui de l’homme (8) : il n’y a plus que des diversités de races, ou des variétés de l’espèce humaine, qui puissent laisser apercevoir des différences de vo lume ou de conformation des lobes.

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