SUITE DES GÉNÉRALITÉS
DEUXIÈME SECTION
Formation du système nerveux et développement.
Je viens, dans la première section de ce chapitre, de passer en revue les éléments d’existence de tout individu du règne animal; je vais, dans celui-ci, exposer la formation et le dévelop-
(1) PL I, fig. i3 .
(2) Ibid. , fig. 14.
(3) Ibid. , fig. i5.
(4) Ibid. , fig. 16.
(5) Ibid. , fig. 17 .
(G) Ibid. , fig. 18.
(7) Ibid. , fig. 19.
(8) M. Tiedemann, dans son dernier ouvrage , publié à Heidelberg en 1837, a démontré que les races d’hommes les plus inférieures (les nègres , les Hottentots) ont leurs lobes hémisphériques postérieurs débordaut le cervelet. PL II, fig. 1 5 , tandis que les plus parfaits des quadrumanes (les orangs-outangs) ont le cervelet débordant les hémisphères cérébraux . PL fig. 19.
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peinent des êtres qui présentent une structure complexe, ees généralités étant nécessaires à la parfaite intelligence du sujet de ce Traité.
Le système nerveux est , de tous les tissus de l’économie animale, celui qui, par sa nature et ses étonnantes fonctions, a le plus exercé les conjectures du philosophe et la sagacité du médecin : c’est ce système, en effet , qui préside à toutes les opérations de la vie. La régularité de toutes les fonctions de l’organisme dépend de sa parfaite intégrité : elle constitue l’état physiologique de santé; le dérangement ou l’anomalie de ces fonctions réagit sympathiquement sur tous les tissus, et fait naître l’état pathologique ou de maladie.
Le système nerveux, à l’état normal, est composé, chez les animaux parfaits, de masses centrales d’une matière molle, pulpeuse (1), blanche ou grise, et d’un réseau de canaux renfermant la même matière, se distribuant à toutes les parties du corps animal sous le nom de cordons nerveux ou de nerfs (2). Cette matière, qui forme la base de la pulpe nerveuse, composée en grande partie d’albumine (5), se montre sous l’aspect de flocons excessivement ténus , ou de globules apercevables seule-
(1) Voyez pour les éléments organiques du système nerveux, sous les rapports de consistance, le t. IX du Journal de Physiologie experimentale de M. Magendie, p. 190 et suivantes.
(2) Nerfs, en latin nervus, dérivé du grec, neuron , qui signifie vigueur , force .
(3) L’analyse chimique a fait découvrir dans la pulpe nerveuseblan-
che ou grises, les principes suivants :
Albumine, 7, 00
Eau, 80,00
Matière grasse blanche, 4» 53
Matière grasse rouge, 3,70
Osmazône, 1,12
Phosphore, i,5o
Soufre et sels, tels que : >
phosphate acidulé de potasse , I
— de chaux, t 5,1 5
— de magnésie, *
Plus, une substance blanche nacrée, regardée comme principe immédiat propre au système nerveux.
Quand la pulpe nerveuse est soumise à l’action de l’alcool, des acides, de la coction, elle se concrète comme toutes les substances albumineuses. (Bichat, Anat. gén., p. 1 48 )
1 i GÉNÉRALITÉS.
ment au microscope lesquels sont disposés en lignes droites dans la substance blanche, sous l’apparence de fibres , tandis qu’il sont entassés irrégulièrement dans la substance grise qui revêt les em isp hères cérébraux et cérébelleux (1).
On a long-temps méconnu le mode de formation du système nerveux chez les animaux : ce n’est que tout récemment qu’il a été découvert; il se rattache au développement général des embryons.
Celte formation a lieu en masses centrales et en stries canaliculées, appelées cordons latéraux.
Les masses centrales se forment les premières (2) ; les cordons latéraux, quoique considérés comme organes primordiaux dans nos connaissances modernes, parce qu’ils n’émanent d’aucun autre organe , n’apparaissent qu’après les organes d’un centre (o), et vont se réunir à eux, lorsque déjà le travail de troisième formation, dont il va être question, est en activité.
Je vais donc commencer par l’exposition des organes du centre, ou primordiaux primitifs.
Lors de la formation des ovipares, surtout d’un individu de la classe des oiseaux , le travail organisateur peut être observé avec suite , à cause de la rapidité de sa marche (4). Si l’on examine un œuf soumis à l’incubation, on ne tarde pas à apercevoir , à la surface du jaune , une immense quantité de globules sphériques, absolument blancs , affectés d’un mouvement oscillatoire, d’abord très-lent et indécis, puis plus rapide, et bientôt
(1) Edwards.
(2) Le premier point visible, dit M. Fiourens dans son Oaologie et Embryologie, 1836. p. 177, est l’axe cérébro-spinal, ayant chez l’homme, au quinzième jour, cinq lignes : autour de cet axe, viennent se former successivement et se grouper les organes corporels destinés à le protéger et à le nourrir, tandis qu’ils sont tous régis par lui. Ainsi ces organes se trouvent tellement liés à cet axe, que l’altérer ou l’anéantir, c’est altérer ou anéantir tout l’organisme .
(3) En réfléchissant sur la formation des invertébrés (Voyez Organisme animal ), et en comparant la progression et la pi’imordialité fonctionnelles, on ne peut s’empêcher de conclure que les organes les premiers achevés doivent être ceux de la nutrition; que, par conséquent, l’évolution des nerfs gastriques doit s’effectuer d’abord.
(4) Haller a calculé qu’en vingt-un jours, le germe pouvait pvoir acquis un million de son développement. m
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déterminé vers un point central (1). Peu à peu ce point devient opaque par l’afflux et l’agglomération des globules, et se dessine à l’œil nu, sous l’apparence de zones décroissant graduellement (2). C’est ce point blanc que les zoologistes nomment la ciccitricille.
La cicatricule est une petite élévation lenticulaire blanchâtre, qui, peu après son apparition, doit jouer un rôle bien important. Ce point a et ces zones b, par les progrès de l’incubation , c’està dire, par l’application du calorique en permanence, se trouvent bientôt confondus dans un axe nuageux, qui divise le champ translucide en deux parties ; les globules, toujours en mouvement, continuent à se porter dans la direction de cet axe, et se polarisant par un mouvement perpétuel d’attraction centripète , lui donnent, au bout de quelque temps, l’aspect d’une bande en forme d’arète, ayant une teinte vaporeuse opaline. (Pl. II, fig. 2.)
Tel est l’aspect qu’offre, dès la vingtième heure, le travail incubatoire dans les œufs des oiseaux ; il ne se présente que beaucoup plus tard chez les mammifères; car les mammifères, aussi, ont des œufs ! C’est après le septième jour qu’on commence seulement à l’observer chez le lapin. En général, il suit une marche proportionnée à la lenteur ou à la rapidité du développement des animaux; mais il est constant qu’à la vingtième heure, le travail organisateur est en pleine activité et très-visible dans tous les œufs des oiseaux ; c’est là, du moins, où il est le plus facile de le constater. Il suffit d’un peu d’attention en observant un certain nombre de ces œufs, pour suivre avec facilité la progression qui se manifeste dans le développement des phénomènes vitaux (5). Tous les globules se précipitent dans la direction rayonnante de la circonférence au centre, pour former l’axe nuageux dont j’ai parlé plus haut (Pl. II, fig. 2). Ils s’y fixent et s’y concrètent en quelque sorte , en venant s’agglomérer par suite de ce mouvement centripète; alors l’axe se trouve insensiblement formé; il devient un point de concours où vont se
(i) Pl. II, fig. i a.
(Q) Pl. II, fig. i b.
(3) Toutes ces expériences me sont propres; mais MM. Serres, Costes et d’autres observateurs ont obtenu des résultats à-peu-près semblables. Ce qui m’est surtout propre, c’est la division du travail organisateur en formations successives.
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fondre des stries vaporeuses qu’on aperçoit (ce), semblables à des piquants d’arète, dont je parlais tout-à-i’heure, ou plutôt à des rigoles latérales qui émaneraient de toutes les parties du jaune* convergent vers le centre, qui contribueraient , par leur agglomération , à rendre l’axe de plus en plus distinct (1).
(i) Il faut avouer que le phénomène de la polarité , apparaissant dans l’organisme animal, est quelque chose de bien singulier, et l’on ne doit pas s’étonner que des physiciens aient pu assimiler le système nerveux rigoureusement à un appareil électrique, surtout quand on réfléchit que tout dans l’univers est soumis à des lois, et que la polarité régit les mondes et leurs parties; il en est qui ont affirmé que le fluide nerveux et le fluide électrique ne sont qu’une et même chose. Le docteur Meyer , de Berlin , croit que tous les globules de nos humeurs vivent par eux-mêmes. On sait tout ce qu’on a dit des animaux tout formés dans le sperme. Bartels, d’après Sehelling, traite de la polarité organique ('Bulletin des Sciences médicales , par Ferrussac, mai i83o, p. 183), qui , selon lui , est l’opposition dans l’unité, ou l’antagoniste dans les harmonies; c’est la vie créatrice qui vivifie tout dans la nature : le macrocosme et le microcosme. Elle est enfin le facteur de la nutrition.
La nutrition préexiste â la circulation du sang ; c’est ce qtte démontre la polarité de l’axe nerveux central; plus tard, la circulation devient la condition de la nutrition et le réservoir des molécules nutritives en action générale.
L’organisme, considéré dans sa formation et son développement, n’est pas une mécanique à l’instar d’une montre, mais une évolution vivante des diverses parties matérielles composant un corps.
L’électricité ordinaire ne paraît pas susceptible d’assimilation avec la matière organique, et l’on ne saurait affirmer que c’est par électricité simple qu’a lieu la polarisation du système nerveux dans la fermentation, et la nutrition pendant toute la vie.
Il serait possible que cette polarisation des molécules nerveuses ne fut, en dernière analyse, que l’apparition primordiale du phénomène nutritif, lequel n’a lieu que sons l’influence bien positive du calorique, et Userait possible aussi que l’acte vital calorigénésique dût son existence, ch ez les animaux qui n’ont pas respiré, à cette polarisation qui s’effectue à l’aide du calorique étranger introduit, fourni le plus souvent par la mère au nouvel être. Les choses ne se passent plus ainsi chez l’animal respirant et vivant par lui-même. C’est à l’aide de l’air vital combiné avec les matériaux contenus dans le sang veineux et puisé par l’absorption, que cet acte s’effectue. SM en est ainsi, on ne doit pas s’étonner qu’il se trouve des physiciens qui osent regarder la propriété calorigénésique chez les êtres animés comme la source de
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Bientôt cette bande nuageuse se divise en deux linéaments blancs, un peu sinueux (PL 11, lîg. 5), séparés par un interstice. Ces linéaments sont eux-mêmes les éléments des masses centrales du système nerveux, desquelles j’ai parlé plus haut, qui se trouvent mentionnées aussi par M. Serres, dans son Anatomie du Cerveau (1), ainsi que par plusieurs autres anatomistes. Enfin, ces linéaments, prenant progressivement de la consistance, finissent par constituer les cordons primitifs , ou faisceaux cérébro-spinaux de l’animal.
L’évolution ne marche pas d’un pas égal dans tous les œufs; mais on remarque toujours que les deux faisceaux , une fois formés, sont d’abord séparés dans toute leur longueur (dd); qu’ils se réunissent bientôt à leurs extrémités, quoique des ondulations ou sinuosités se laissent encore remarquer dans la continuité des faisceaux : ces ondulations ne sont elles-mêmes que les dernières traces des rayons constitutifs primitifs ( cc ), et non les rudiments des nerfs spinaux qui émaneraient d’eux , ni les côtes, comme quelques observateurs l’ont prétendu.
Ainsi, les premiers organes qui apparaissent dans les animaux vertébrés, sont, après la cicatricule, les cordons primitifs ou faisceaux cérébro-spinaux. Il me semble qu’en établissant une telle primordialité de formation, la nature ait voulu nous révéler toute l’importance de ces parties organiques, et la part qu’elles devaient prendre au développement et à la direction de tous les autres organes.
Ces faisceaux, dans l’évolution ultérieure, sont composés de la portion spinale de l’encéphale , ou du bulbe sus-spinal appelé jusqu’ici moelle alongée , et des pédoncules cérébraux, qui ne sont primitivement que la portion supérieure ou crânienne de ces faisceaux , laquelle portion, dans la planche, présente un écartement {dd). Les extrémités supérieures de ces faisceaux, au moment où elles se joignent, constituent les premières couches de la base du corps calleux (2).
l’innervation, ou comme l’innervation elle-même , et si d’autres vont jusqu’à affirmer que L’innervation et l’électricité sont une et même chose .
(1) Serres. Voyez V Allas, pi. 1, fig. i.
(2) Plusieurs anatomistes ont signalé l’existence de ces faisceaux primordiaux; mais, faute d’une attention suffisante, ils né les ont considérés que comme des rudiments de la moelle spinale. De ce nombre est M. Serres, qui a bien vu la poche et les lobes de seconde forma-
18 GÉNÉRALITÉS
Les deux faisceaux primitifs cérébro-spinaux étant formés et leurs extrémités rapprochées, le travail organisateur continuant toujours à s’effectuer sous l’influence vitale du calorique, d’autres phénomènes d’organisation ont lieu; ainsi une nouvelle couche vaporeuse de globules recouvre l’extrémité céphalique de ces faisceaux en forme de capuchon (Pl. il , fig. 4, ee), et cette enveloppe est destinée à constituer plus tard la peau et les parties externes (os et chairs) de la tête et du thorax. (Voyez, pour les détails, l’ouvrage de Coste et de Delpech sur la génération et Ja formation des embryons des mammifères.)
Dans le rebord inférieur de ce capuchon vaporeux dont je vais parler, se trouve enclavée la cicatricule placée au devant de l’axe qui , lui-même, finit par constituer les faisceaux primitifs cérébro-spinaux , contigus l’un à l’autre. Ce rebord se dessine sous l’aspect de vaisseau cintré (ff), et bientôt va devenir le siège d’un phénomène bien remarquable et capital.
A un instant donné de l’incubation (ordinairement vers la trentième heure chez les oiseaux), se manifeste tout- à-coup, dans Je vaisseau cinlrédécritci-dessus, un mouvement de répulsion, lequel chasse en cet endroit tous les globules qui, jusqu’alors, n’avaient affecté qu’une marche uniformeet concentrique. C’est une chose curieuse que ce premier moment derépulsion, où tousces globules sont instantanément balayés et immédiatement remplacés par de nouveaux globules que l’attraction fondamentale et permanente continue de précipiter vers le même point, par suite de cette polarisation dont j’ai parlé, pour être encore soumis à un nouveau mouvement de répulsion, et établir ainsi un flux et reflux de molécules. C’est la contractilité qui vient d’apparaître dans le nouvel être , et le point primitivement occupé par la cicatricule, qui est celui où ce phénomène a apparu, n’est autre que le gan-
tion, dont il va être question ci-après; mais il a cru que l’écartement supérieur des faisceaux fddj n’était destiné qu’à former le quatrième ventricule, et il a admis, avec Gall, que les pédoncules cérébraux étaient produits par efflorescence, et cependant déjà Varole, Willis, Bartholin comprenaient dans la moelle épinière, les parties qu’on désigne chea les mammifères sous les noms de moelle alongée, de pont de Varole et de cuisses du cerveau. Il est vrai que ce n’était, chez ces anatomistes, qu’une opinion ne reposant sur aucune observation positive. M. Rolando, de Turin, prétend, lui, que la moelle spinale, les hémisphères cérébraux, le cervelet, tous les nerfs, les organes des sens, les ganglions, etc., émanent de la moelle alongée (Voyez Memorie délia reale Academia délia scienze di Torino , t. XXIX.)
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glion cardiaque, le punctum saliens des anciens, le prlnmm yi~ vens et ullinium moriens des expérimentateurs plus modernes. Le rebord inférieur du capuchon, cintré en forme de vaisseau (//), n’est autre chose que le rudiment du cœur; ce vaisseau bientôt se contourne (1) pour former les ventricules et les oreillettes de cet organe (pl. II, fig. 5 et 7). Dès le moment où ce mouvement de systole et de diastole se manifeste, la généralité des globules encore flottant dans le jaune se dirigent vers les extrémités du vaisseau cintré (pl. II, fig. 4, gg), et s’y précipitent, tandis que d’autres s’en échappent; et dès lors la circulation des globules se trouve établie, sans cependant qu’il y ait encore d’autre appareil vasculaire formé que le vaisseau central destiné à devenir le cœur ; mais des courans de globules qui aflèctent une marche irrégulière, bien que convergente au vaisseau cintré, s’établissent, et, autour de ces courants circulants, viennent s’agglomérer d’autres globules qui se fixent et forment les parois de ces mêmes courants, lesquels s’étendent en un lacis bien plus considérable que ne l’est le volume de l’embryon proprement dit (2) ; cet embryon est encore, à cette époque, borné à la masse nerveuse cérébro-spinale, au capuchon céphaliqueet à un capuchon caudal qui apparaît peu de temps après le capuchon céphalique (pl. 13, bg. 6, h).
Enfin, ces courants et leurs parois finissent par former un vrai réseau vasculaire, et les globules circulants, de blancs qu’ils étaient d’abord, deviennent orangés, puis rouges, et finissent par constituer le sang , chariant avec lui les molécules qui doivent achever la formation du système nerveux et des autres parties de l’économie.
Ainsi, on voit qu’il existe une liaison étroite entre la formation nerveuse et la circulation du sang; ou, pour parler plus rigoureusement, l’une est confondue dans l'autre; en effet, que venons-nous d’observer dans celle formation primordiale des animaux? des globules de matière essentiellement nerveuse qui
(i) Voyez les travaux de Coste et Delpech, présentés à l’Institut en mai i834.
(a) Le réseau vasculaire, qui paraît immense dans les premiers temps de formation (El. Il, fig. fi.), devient plus tard d’un volume relatif beaucoup plus petit que le fœtus, par l’accroissement progressif de celui-ci, et alors le réseau ventral forme chez les mammifères le placenta attaché à la mère, et qu’on retranche à la naissance par la section du cordon ombilical.
GÉNÉRALITÉS
sont d’abord soumis à un mouvement d’attraction dans le germe;. le point primordial vers lequel celte attraction a lieu (la cica- Iricule) devient le ganglion cardiaque, et par conséquent le moteur immédiat du cœur; nous apercevons ensuite que le vaisseau cintré qui termine inférieurement le capuchon céphalique de l’embryon , est lui-même constitué de globules de celte même matière, qui sont mis en circulation; bientôt, et par l’effet propre de cette circulation , ces globules, de blancs qu’ils étaient , deviennent rouges : le sang renferme donc essentiellement de la matière nerveuse ; ou, si l’on veut, les molécules nerveuses se suspendent dans le sang , on s’identifient avec lui pour couler dans le torrent circulatoire; c’est ce que tous les chimistes modernes ont constaté. L’observation prouve que la formation des parties nerveuses consécutives à l’axe cérébro-spinal ci-dessus décrit , n’a lieu qu’au moyen de la circulation : l’anatomie a constaté que la superposition de couches nerveuses se faisait au moyen des vaisseaux sanguins qui forment le réseau vasculaire de la piemère (1) ; que le névritème , ou enveloppe des cordons nerveux, n’est autre chose que cette pie-mère, c’est-à-dire, un réseau celluleux, soutenant les vaisseaux nourriciers. M. Serres, d’ailleurs, a prouvé que là où il n’y avait pas de vaisseaux sanguins, les parties nerveuses manquaient, et que la formation de ces vaisseaux précédait toujours l’apparition des organes nerveux (bien entendu ceux de troisième formation, comme il sera dit ci-après). C’est en vain que Desmoulins a dit qu 'on a cru expliquer la formation d’une partie cérébrale, par l’existence ou l’absence de l’artère correspondante, et que cette explication ne résout aucunement le problème [Anatomie du système nerveux, t. 1er, p. 126, 127); M. Serres a victorieusement réfuté cette objection , et , d’ailleurs, Desmoulins s’est contredit lui-même en avouant que les molécules cérébrales existent toutes formées dans le sang (ib. , p. 158).
En dedans de la couche vaporeuse du capuchon céphalique qui recouvre l’extrémité supérieure des faisceaux cérébro-spinaux , et sur l’espace qu’occupe leur écartement, apparaît, après la première formation, une espèce de poche (pl. 11, fig. 4, i), remplie d’un liquide opalin, grisâtre. C’est l’élément nerveux de seconde formation qui renferme le principe de la matière grise qu’on voit s’organiser.
(i) Ànalemie du cerveau dans les quatre classes d' animaux ver~ lébrès, t. i.
FORMATION. 21
La poche qui en résulte subit divers changemens aux différentes époques de l’évolution embryonnaire, et selon les espèces d’animaux ; on la voit se former dès la trentième heure chez les oiseaux, mais elle ne devient apparente dans l’embryon humain qu'au premier mois de formation. Dans les oiseaux , on aperçoit, vers la cinquantième heure, des dépressions se former sur cette poche (1), lesquelles se prononcent de plus en plus, et la partagent en trois vésicules, dont la médiane est la plus volumineuse, et dans laquelle le liquide grisâtre se concrète avant que cela ne s’effectue dans l’antérieure et la postérieure. Il se fait ensuite une dépression longitudinale qui partage en deux chacune de ces trois vésicules (2) (ceci a lieu chez les oiseaux au quatrième jour), de sorte qu’après cette évolution la poche vésiculeuse qui s’éiait placée sur l’écartement céphalique ou supérieur de ces faisceaux cérébro-spinaux, se trouve être transformée en trois paires de vésicules, lesquelles, par la concrétion du liquide qui y est contenu, finissent par constituer trois lobes (5) dont le médian k est toujours le plus avancé dans le travail organisateur, et présente, à cette époque de l’évolution, dans les embryons de l’oiseau (quatrième jour) et dans ceux de l’homme , dans la sixième semaine, pendant même toute la vie chez certains poissons, une disposition toute lobulaire.
Les lobes céphaliques médians k ne sont autres que ce qu’on doit nommer la masse des tubercules quadri-jumeaux ou bi— jumeaux , (lobes optiques s1 2 3, des labl. ) Les lobes postérieurs l forment le noyau , la matière grise du bulbe sus-spinal ( partie centrale de la moelle alongée, quatrième ventricule), et les lobes antérieurs m sont destinés à former la substance corticale des hémisphères cérébraux. Voilà la véritable origine de la matière grise des lobes cérébraux.
Tous ces organes nerveux de première formation (faisceaux cérébro-spinaux) et de seconde formation (matière grise des lobes cérébraux A, l, m), ayant achevé leur évolution, il s’opère dans leur substance un travail d’extension, un travail d’irradiation ou d’efflorescence, selon l’espèce animale chez
(1) PI. II, fig. 8.
(2) PI. Il, fig. 9*
(3) Desmoulins pensait que la poche contenant le liquide opalin est la pie-mère, et que ce liquide, qui en est exhalé, se transforme en couches médullaires s’appliquant les unes sur les autres. (Anal, du syst. nerv., t. I, p. 2^o.)
GENERALITES.
laquelle il s'effectue (1); ainsi, les faisceaux cérébro-spinaux s’alongent, s’épaississent et poussent des végétations radiaires qui s’épanouissent dans l’intérieur des lobes céphaliques ou de deuxième formation, tandis que ceux-ci accroissent de volume et poussent également des végétations radiaires qui, dans ces lobes , se développent généralement de la circonférence au centre; les lobes postérieurs font exception en poussant une irradiation entre les faisceaux cérébro-spinaux du haut en bas, et forment, par cette disposition, la matière grise qui pénètre par le calamus scriptorius dans l’intérieur de la moelle spinale (portion blanche), constituant ainsi le canal central médullaire (2).
D’autres végétations ou efflorescences de matière grise en quantité notable se manifestent postérieurement à la formation des trois lobes dont il vient d’être question; ce sont les masses du cervelet et celles que Gall a appelées grands ganglions cérébraux (5) ; ces dernières masses, primitivement uniques, se par-
( i) Desmoulins a été beaucoup trop loin, quand il a prétendu qu’aucune partie du système nerveux ne naissait d’autres parties ( Jnat . du syst. nerv . , t. I, p. i33-24l). Il est vrai que Gall n’est pas plus fondé à faire provenir toutes les parties cérébrales de la moelle spinale, que les anciens ne l’ont été à faire dériver celle-ci du cerveau; jusqu’au rigide Chaussier, qui l’appelait prolongement rachidien ; mais leur erreur à tous vient de ce qu’ils n’avaient pas tenu compte de ces évolutions successives qui m’ont engagé à diviser l’ encèphalogénie en organes de première, deuxième et troisième formation. Desmoulins se contredit lui-même, quand il émet l’opinion que la glande pinéale chez la lamproie est surnuméraire , et il reconnaît sa tardive apparition et son absence chez la plupart des autres poissons (t. 1, p. 182- 357). M. Rolando est tombé dans l’extrême opposé à Desmoulins, quand il a avancé que toutes les parties de l’encéphale et les systèmes nerveux latéraux émanaient de la moelle alongée (Ouv. cité).
(2) La preuve que cette substance grise intra-spinaîe est due à un travail d’irradiation ou de troisième formation, faisant son évolution de haut en bas, en prenant son point de départ du lobe sus-spinal, c’est que, dans les premiers temps de la formation des lobes cérébraux chez tous les animaux, la substance blanche existe seule et même pendant toute la viesur quelques poissons, comme la torpille, etc ; il nese rencontre, dans ce cas, aucun vestige de matière grise en arrière et audelà du quatrième ventricule (Desmoulins, t. 1, p. 1^7), ce qui prouve que cette substance intra-médullaire n’est due qu’à un travail de troisième formation, lequel s’arrête dans les poissons inférieurs et se continue dans les espèces supérieures.
(3) PI. Il, fig. 10.
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fagent ensuite en deux portions distinctes , pour former dans leur portion postérieure les couches optiques n , et dans l’anlérieure ce qu’on a appelé les corps striés ou canelés (1). Ces masses apparaissent sous la forme denouveaux lobes ou lobes surajoutés, vers la septième semaine chez les oiseaux, et se retrouvent depuis les poissons et les reptiles les mieux organisés (2) , en remontant, dans toutes les espèces d’oiseaux et de mammifères, avec cette différence qu’ils n’apparaissent chez ces derniers qu’au troisième mois.
D’autres petites masses de matière grise apparaissent à différentes époques, et chez certaines espèces seulement , en quantité moins notable. Elles doivent être d’une utilité relative bien moindre que les masses plus considérables dont je viens de parler, car aucune expérience, ni affection pathologique, n’a pu jusqu’ici en révéler l’usage. Ces petites masses sont le corps cendré ( corpus cinereum) (5) , qui surmonte les lobules pisiformes ou éminences mammiilaires (4), avoisine l’entrecroisement des nerfs optiques, la glande pinéale (5), sans qu’on puisse dire qu’elles proviennent d’efflorescence des lobes : ces parties se trouvent parfois disséminées; il faut, pour les mieux connaître, que leur composition et leurs actes fonctionnels nous soient révélés par des travaux ultérieurs.
Toutefois, ainsi qu’on le verra par la suite de cet ouvrage, les efforts des expérimentateurs et la constance des observateurs sont parvenus à soulever la plus grande partie du rideau qui cachait les opérations de l’âme, ou du moins qui voilait le mécanisme à l’aide duquel ces opérations s’exécutent : ils ont assigné les conditions nécessaires pour assurer l’intégrité des fonctions du système nerveux et la régularité de l’ensemble qui constitue la vie chez l’animal sain, conditions dont l’absence détermine la désharmonie, c’est-à-dire l’état pathologique ou de maladie.
(1) PI. ll,fig. U.
(2) Quelques poissons et même quelques reptiles d’espèces inférieures en sont privés.
(3) Le corps qu’on a improprement nommé glande pituitaire , constitue, chez les poissons, un organe considérable de l’encéphale, et doit par conséquent jouer un rôle important dans l’organisation de ces vertébrés ; c’est un fait physiologique à éclaircir. (Voyez pl. III»
%. I ni.)
(4) pi. ni» fig. 1 p.
(5) Pl. 111, fig. i cf.
GÉNÉRALITÉS
J’ai appelé organes de troisième formation le produit de ce travail d’efflorescence , ou ces organes sur-ajoutés provenus de productions primordiales de première et seconde formation. On verra bientôt que les organes de première formation sont, de tous, les plus essentiels à l’animal ; car en eux se rencontre la condition directe du mouvement, de la sensibilité et de la nutrition , opérations essentielles à l’existence animale et qui, probablement, sont les seules qui constituent la vie de quelques animaux invertébrés.
Dans les organes de seconde formation se trouvent les conditions de direction, de perception et de coordination , et enfin ceux de troisième formation ne sont que des organes de perfection : c’est en eux que se rencontre , pour ainsi dire, le luxe de l’animalité; ils étaient donc, par cela même, moins nécessaires à l’animal , aussi sont-ils toujours d’autant plus considérables qu’il y a plus de perfection dans cet animal, surtout en raison des surfaces (1).
De toutes ces efflorescences ou de cette extension des organes centraux du système nerveux qui, dans le bas de l’échelle animale ou dans les premiers temps de la formation embryonnaire des espèces les plus parfaites , ne présentaient qu’une série de petits lobes rangés à côté les uns des autres (voyez les poissons) , celles qui sont parvenues à des dimensions plus considérables, et qui ont le plus de droit à frapper notre imagination, sont certainement les hémisphères cérébraux et cérébelleux de l’homme; et, si l’on suit bien le développement progressif de ces parties dans toute la série animale des vertébrés, ou qu’on examine l’évolution du fœtus humain , comme l’a fait M. Tiedemann , combien n’est-on pas émerveillé de tout ce travail sur-ajoutéet de la marche qu’il suit : on voit progressivement ces lobes hémisphériques, de ronds qu’ils étaient, s’étendre, s’alonger, se replier sur eux-mêmes (2)r puis acquérir un tel volume, qu’ils
(1) J’ai emprunté à l 'Atlas de M. Serres la fig. i56 de sa pl. VII, qui donne une idée très-claire de ce travail efflorescent de troisième formation. Elle représente les faisceaux pyramidaux antérieurs de la moelle qui vont s’épanouir dans les tubercules bi-jumeaux; l’on y voit aussi Jes nerfs optiques s’insérer à ces tubercules; mais ce qui rend, dans cette figure, raison du travail de troisième formation, c’est surtout l’épanouissement des faisceaux olivaires dans les couches optiques. (Voyez pl. Il, fig. 12.)
(2) Voyez le commencement de ce travail extensif, en raison du-
FORMATION
dépassent en grosseur tous les autres lobes cérébraux (1) ; enfin, la périphérie de ces lobes hémisphériques prenant une extension beaucoup plus grande que les parties centrales, forcée de se replier elle-même, ou de se plisser pour pouvoir être contenue dans la boîte osseuse crânienne, dont le volume est limité à cause des dimensions du bassin qu’il doit franchir lors de la parturition, donne lieu à ce qu’on a appelé les circonvolutions du cerveau, lesquelles, en raison de leur multiplicité et de leur profondeur, donnent la mesure du perfectionnement de l’Intel— Mgence (2).
La disposition formatrice du système nerveux central, divisée en trois opérations bien distinctes , n’avait encore été signalée par aucun auteur; c’est pourquoi je m’y suis un peu étendu, et peut-être plus que la nature de ce livre ne devrait le comporter.
J’ajouterai qu’on a lieu d’être étonné du peu de consistance et delà friabilité des organes cérébraux , surtout chez les trèsjeunes sujets, même après la naissance ; je suis surpris que les anciens aient pu comprendre que ces organes ne fussent pas plus fréquemment déchirés. Depuis que M. Magendie a fait connaître la protection que leur fournit le fluide intra-crânio-vertébral , cela se conçoit mieux (5).
Cet ouvrage n’étant pas un traité de physiologie transcendante, mais simplement une œuvre traitant de la physiologie organique appliquée à l’homme sain et à l’homme malade, je me bornerai à ces considérations générales qui auraient pu être beaucoup plus étendues sur les parties centrales du système nerveux; mais il suffit, pour récapituler tout ce qui a été dit dans ces généralités, de jeter un coup-d’œil sur toutes les figures des planches I et II , en les comparant , pour se rendre parfaitement compte du développement et de la valeur de toutes les parties du système nerveux. Quant aux opérations fonctionnelles, c’est en parcourant les chapitres qui traitent des spécialités , qu’on les comprendra.
quel l’hémisphère gauche se replie sur les corps striés et couches optiques, en s’acheminant vers les tubercules bi- jumeaux. Portion de l’hémisphère droit a été retranchée pour laisser voir en entier les grands ganglions cérébraux de Gall du côté droit. (PI. II, fig. il ; voyez aussi les fig. 1 3 et 14.)
(1) Voyez pl. Il, fig. 14 et i5.
(2) Voyiz pl. VJ, fig, g, g et 10 s.
(3) Journal cle Physiologie , de Magendie, t. 5, p. 27. et t. 7,
p. I et 17.
GÉNÉRALITÉS
Si j’en ai le temps, je traiterai, dans un autre ouvrage intitulé V Organisme animal , dont la publication aurait dû précéder celle-ci, afin de l’éclairer mieux , de ce qui est relatif à la physiologie transcendentale; je me contenterai de renvoyer ceux qui veulent mieux approfondir la matière, à cet ouvrage projeté, à divers travaux que j’ai publiés , et aux auteurs qui ont traité différentes parties du sujet qui m’occupe ; au reste , à mesure que cela deviendra nécessaire, j’indiquerai les passages dont j’aurai à m’étayer.
Et d’abord , je commencerai par dire que ceux qui veulent se former une idée nette et précise surtout des organes cérébraux sur-ajoutés, doivent recourir à l’intéressant travail de M. Tiedemann sur le développement du cerveau chez l’embryon humain, et à l’anatomie du cerveau dans les quatre classes d’animaux vertébrés , par M. Serres, comme j’ai renvoyé aux travaux de M. Coste ceux qui veulent approfondirTorganisation primordiale.
Il me reste à faire mention de la formation des cordons nerveux latéraux, spécialement cérébro-spinaux; car celle de l’appareil ganglionnaire se rattache à la formation du ganglion cardiaque indiqué plus haut, et qui en est la souche. ( Voyez appareil ganglionnaire. )
Pendant que j’étais médecin de l’hôpital militaire de Paris ( de 1814 à 1818 ), je me trouvai en relation d’expériences sur des malades de THotel-Dieu, avec le professeur Lallemant , de Montpellier, alors élève interne de l’Hôtel-Dieu, et j’eus occasion de voir le fœtus acéphale qui fournit à ce professeur distingué le sujet de sa thèse. A cette vue, je fus frappé de la formation des cordons nerveux latéraux qui existaient , sans que les faisceaux primordiaux cérébro-spinaux , ni les lobes cérébraux, se fussent eux-mêmes formés : je conclus dès-lors que les nerfs devaient se produire en même temps que les organes corporels et indépendamment des centres nerveux. Desmouîins avait aussi cette opinion, et il l’a exprimée en 1822 (1), dans son ouvrage sur l Anatomie des systèmes nerveux ; mais c’est à M. Serres qu’on doit de l’avoir établie le premier nettement, et d’avoir démontré la constante réalité de cette indication (2) (Voyez son ouvrage sur l Anatomie du Cerveau , publié en 1827).
(1) Troisième mémoire couronné par l’Institut.
(2) On peut dire, en thèse générale, relativement à la formation et au développement d’une partie quelconque du système nerveux, que l importance d une partie organique doit toujours être jugée sur la complication de son système nerveux, et ceci s’applique aux parties
FORMATION
En effet, là où les organes, soit musculaires, soit sensitifs, manquent, les nerfs manquent aussi, quoique les organes nerveux cérébraux soient formés; au contraire, les organes centraux manquant et les parties corporelles s’étant développées , les nerfs de ces parties existent; leurs insertions à la moelle cérébro-spinale ou à un lobe cérébral seul n’existent pas. Les cordons nerveux appartiennent donc aux parties corporelles, et non aux centres nerveux , comme toute l’antiquité l’a cru.
De plus, il sera démontré qu’on a suivi un mode tout-à-fait vicieux en décrivant les nerfs par paires partant des centres, et classés par ordre de départ du cerveau ou de la moelle épinière ; chaque faisceau nerveux, étant souvent composé de rameaux de diverses natures et exerçant des fonctions essentiellement différentes, ne peut être considéré collectivement (1); on verra, à l’exposition de la cinquième paire de nerfs cérébraux, tout ce que cette manière de considérer les nerfs a de défectueux. On verra surtout, en contemplant les divers plexus (2), ce qu’on doit penser de chaque filet nerveux, tant par rapport aux connexions que ces filets ont entre eux (anastomoses), que par rapport à leur trajet, depuis les organes qu’ils sont chargés de mettre en rapport avec les centres jusqu’à ces centres mêmes. On verra que ce qu’on a appelé tronc nerveux, n’est autre chose qu’une agglomération de rameaux qui ne diffèrent de ce qu’on a nommé plexus , que parce que l’agglomération est fasciculaire au lieu d’être réticulaire ; on verra que même ce qu’on a appelé ganglion , n’est autre qu’une agglomération de rameaux unis, et pour ainsi dire encroûtés par une substance souvent chargée de modifier leurs actes fonctionnels (5).
Du reste, chaque filet ou rameau nerveux qui entre dans la composition d’un faisceau, est formé de substance blanche globuleuse (4), semblable à celle des parties centrales, enveloppée
centrales comme aux cordons late'raux. Aussi les masses cérébrales de l’homme dénotent-elles chez lui une haute intelligence, tandis que dans les animaux les plus simples les masses cérébrales se trouvent réduites aux tubercules optiques, comme leur tête ne semble consister qu’en un œilde chaque côté. (Voyez Section première des' généralités et pl. 1 . )
(1) Voyez Pl. Y.
(2) Pl. V, fig. g, io, 1 1.
0) [’{• V, fig. 4, 5; pl. 2, 5, 6, 7,
(4) Pl.V, fig.
CORDONS NERVEUX
d’un tissu analogue à la pie-mère et appelé névritème; revêt cette substance comme une gaine , et ne l’abandonne qu’à ses extrémités et dans les ganglions. Ce névritème est destiné , comme la pie-mère cérébro-spinale , à servir de soutien aux vaisseaux nourriciers de la pulpe nerveuse, et à leur donner leur force et leur ténacité, comme les aponévroses aux muscles.
Les anciens croyaient que les mêmes filets nerveux conduisaient le sentiment et le mouvement ; quelques modernes ont encore cette opinion (1) ; mais il suffit de reconnaître la diversité et les fonctions exclusives des nerfs sensoriaux, pour comprendre que les nerfs de la sensibilité générale doivent être essentiellement différents des nerfs moteurs , et pour concevoir qu’il peut y avoir des nerfs du mouvement volontaire dissemblables à ceux du mouvement involontaire, et que, peut-être même , il existe des rameaux de diverses natures pour les différents genres de sensibilité. Que de nuances même n’existe-t-il pas dans une fonction sensoriale qui paraît toute simple! il suffirait, pour en soupçonner la possibilité, de jeter les yeux sur la disposition canaliculée du nerf optique (2) , qui passe encore aujourd’hui pour un nerf simple.