MAGNETISME ANIMAL
per exclusivemenl de son patient, de s’en emparer en quelque sorte par une volonté forte. Il est nécessaire que lui-même ait foi en sa puissance, et il doit s’attacher surtout à faire passer sa conviction dans l’âme de son patient. Le magnétiseur doit se considérer et se faire considérer par le magnétisé comme son génie dominateur, son démon familier, l’unique moteur, Tunique élément de ses pensées, de ses sensations; enfin, il doit se considérer comme l’âme dont le magnétisé ne doit être que le corps. Quand, par les prestiges d’une influence bien établie, par une volonté forte, de la part surtout du magnétiseur, et un état passif chez le magnétisé; quand, à l’aide d’une profonde conviction, le magnétiseur est parvenu à captiver son patient, celui-ci étant dans des conditions nerveuses propres à cet effet , a'ors il peut se manifester des phénomènes vraiment extraordinaires*
Pour parvenir à ce résultat, l’opérateur, après avoir agi convenablement sur l’esprit, de son patient , se met en rapport avec lui; s’il est au lit, il s’assied près de lui; s’ils sont debout, ils s’asseyent ordinairement vis-à-vis Tun de l’autre, le regard fixé Tun sur l’autre, en silence. L’opérateur cherche d’abord à établir, non-seulement un rapport aussi intime que possible par la pensée, mais encore il cherche à mettre à l’unisson la chaleur animale, en établissant le contact, ce qui s’exécute le plus souvent en prenant les deux pouces du patient dans ses mains, en faisant toucher les quaires paumes des mains, en appliquant la main à plat pendant un certain temps sur la tête ou sur l’épigastre, et mieux encoreen plaçant Tune des mains sur l’épigastre, et l’autre vis-à-vis, sur la face dorsale.
Le rapport bien établi, on élève les mains au-dessus de la tête et on les descend lentement en touchant légèrement par-dessus les vêlements, en leur faisant faire ce qu’on appelle des passes , tantôt jusqu’à l’épigastre, tantôt le long des bras jusqu’au bout des doigts, et même le long des membres inférieurs jusqu’audessous des genoux. Pour bien faire, il faut opérer ainsi tous les jours, à la même heure, et pendant au moins une demiheure (1).
(I) Chez certains sujets, il s’établit un tel rapport entre le magnétiseur et le magnétisé , qu’après quelques séances , il n’est même pas nécessaire du contact que ce rapport , cette identité des deux systèmes nerveux s'établisse : si suffit quelquefois du seul regard de l’opérateur pour qu’il se manifeste dans l’opéré des phénomènes patents. La seule approche a distance, les communications par la volonté a travers des cloisons . etc. Kont produit des résultats qu’il n’est pas possible de révoquer en doute.
AGENTS PHYSIQUES
Lorsque toutes les conditions sont remplies, que le sujet est convenablement disposé, au bout de quelques séances, quelquefois dès la première, on produit des effets. Le patient ressent ordinairement un léger malaise, il éprouve des bâillements, des pandiculations, une envie de dormir et souvent un sommeil réel. Lorsqu’il se conserve dans 1 état de veille, il lui semble parfois que le magnétiseur laisse émaner une chaleur, d’autrefois une effluve réfrigérante, partout où il promène ses doigts , souvent même comme si des gouttes d’eau s’en échappaient. Rarement il se manifeste de l’insensibilité ; quelquefois un peu d’agitation, de l’anxiété et môme de légérs mouvements convulsifs. Lorsqu’il y a réaction sur le cerveau , qu’il y a engourdissement des sens, état de sommeil, le somnambuliste, ou même l’extase, peut avoir lieu. Dans ce cas la volonté du patient est complètement annihilée, et il est en quelque sorte la propriété exclusive du magnétiseur, qui se sert souvent de cet empire pour modifier tout le système nerveux de l’opéré, et qui obtient quelquefois, par ce moyen, des cures que l’on aurait vainement espérées en employant d’autres agents. Mais on conçoit qu'on peut facilement, avec un peu d’habitude, et feindre et duper dans une telle matière; néanmoins, il est certain que des effets réels sont produits sur des sujets convenablement disposés : il n’est donc pas permis au médecin philosophe et exempt de préjugés, de répudier un moyen dont il est possible, dans certaines conditions, de retirer del’avantage, et celui qui aura pratiquement'éludié le système nerveux, tant à l’état normal qu’à l’état anormal, ainsi que le singulier mécanisme de ses modifications, comprendra que le magnétisme animal a un effet réel sur certains sujets, et qu’il est des cas où il est utile de s’en servir.
Du magnétisme minéral ou des effluves de l’aimant appliqué
à l’économie.
Je ne disserterai pas plus sur les propriétés physiques de l’aimant, que je ne l’ai fait pour les autres agents : il est bon de savoir seulement qu’on a donné le nom d’aimant ou de pierre d’aimant au fer oxydulé (amorphe de Haüy), que la propriété magnétique se communique principalement au fer et à l’acier, que cette propriété se manifeste par deux pôles opposés, dont l’un a de l’affinité pour le pôle nord du globe terrestre , et l’autre pour le pôle sud. Les pôles contraires jouissent de la faculté d’attraction comme les fluides contraires de l’électricité;
MAGNËTISM E MliNERAL.
les pôles de même nature agissent l’un sur l’autre par répulsion.
En Egypte, en Perse et à Rome, on se servait déjà de l’aimant en application contre les affections nerveuses; mais les données à cet égard sont peu précises. Marcellus s’en servait au 4e siècle pour calmer les douleurs de tête. Ce n’est qu’après 1768, queKlarich, en Angleterre, Lenoble, en France, André et Touret, s’occupèrent spécialement de l’influence de l’aimant sur les nerfs. C’est alors qu’on s’aperçut que les effluves aimantées s’effectuent dans le trajet d’un nerf, qui faisaitressenlir de la douleur, et calment, après un temps plus ou moins long, cette douleur. Ouest parvenu ainsi à guérir diverses névralgies, soit douleurs cutanées, faciales et épicraniennes, soit odontalgiques, soit des rhumatismesde différentes parties du corps. Quelques cures de gastralgies sont aussi venues attester l’influence de ce moyen sur les nerfs pneumogastriques. Quoiqu’il en soit, c’est sur les rameaux de la sensibilité que les effluves ou courants magnétiques ont le plus d’action. Quelques faits semblent prouver que l’aimant a aussi la puissance d’agir sur les nerfs du mouvement; car des crampes, des tremblements, des spasmes, des palpitations, des convulsions, ont été modifiées par des applications aimantées ; on prétend même que ce moyen aurait agi efficacement sur des affections cérébrales (1), principalement comateuses, mais j’en doute; car, ainsi que les autres moyens purement physiques ou mécaniques, celui-ci agit plus localement et ne pourrait probablement s’adresser aux centres nerveux, qu’en intéressant une grande quantité de rameaux latéraux, et encore on ne voit pas comment il agirait, puisqu’on n’a aucun exemple de trouble harmonique produit par les applications de l’aimant, mais seulement des cessations de douleurs, du calme apporté dans des souffrances. L’aimant est donc spécialement un agent thérapeutique, et c’est en parlant de l’état normal qu’il en doit être plus particulièrement traité (2).
(1) Certaines personnes, extrêmement impressionnables, ont aperçu des bluettes ou lueurs passer devant les yeux, lors de l’influence aimantée sur les nerfs de la tête ; d’autres ont éprouvé des tintements d’oreilles ; mais cela est rare. Il ne paraît pas que les nerfs du goût et de l’odorat aient jamais été influencés.
(2) Pour que les courants passent cflicacement à travers les nerfs qu’on veut modifier, il faut que ces nerfs soient placés entre le double courant nord et sud de plaques aimantées. La force des armures doit être calculée
AGENTS PHYSIQUES
7fl
Cependant je dirai que l’aimant doit avoir une action sur le» nerfs de la nutrition , car l’application de plaques aimantées produit souvent des taches et quelquefois des éruptions. Les applications prolongées font naître souvent des douleurs, ce dont je ferai mention autre part.
Les anciens administraient aussi la poudre aimantée à l’intérieur; mais il est certain qu 'alors, c’est par les particules ferrugineuses et non par ses vertus magnétiques que la poudre agit.
De l électro-magnétisme et de ses effets physiologiques .
Sans enlrer ici dans tout ce qu’offrent de curieux, physiquement parlant, les phénomènes électro-magnétiques découverts en 1820, par M. Oersted (1), et si savamment développés par Ampère, MM. Arago, Faraday et d’autres physiciens du premier rang; je ne ferai mention que des effets physiologiques obtenus jusqu’à ce jour. J’exposerai, néanmoins, pour l’intelligence de la matière, le principe sur lequel l’électro-magnétisme est fondé et la manière dont l’action se transmet au système nerveux.
L’electro-magnétisme consiste dans l'action combinée de l’électricité et des courants aimantés.
Une machine électro-magnétique (2) étant mise en action, et
d’après l’espace qui sépare les plaques. On augmente cette force par superposition de plaques, par batterie magnétique. Lorsqu’on ne se sert que d’une plaque , il fout appliquer du côté opposé un sachet de limaille ou un barreau de fer.
(1) On obtient par l’électro-magnétisme des étincelles, comme avec la machine électrique simple; on opère la combustion du lil de fer comme avec l’apareil galvanique ; on décompose l’eau, etc. On peut même obtenir des décharges d'une haute intensité.
(2) M. Clarke a construit en Angleterre une machine électro-magnétique, d’après les indications de M. Faraday. M. Billant, habile mécanicien français , a voulu rivaliser dans ce genre de construction avec nos voisins d’oulre-mer, et je pense qu’il les a surpassés , car les expériences que nous avons faites avecsa machinem’ontprouvéqueles effets en étaientsupérieurs. Cette machine a été présentée en avril 1857 , à l’Institut de France , et examinée par tous les académiciens, qui ont reconnu sa supériorité sur la machine anglaise, surtout par rapport à la qualité des aimants , qui présentent un faisceau de trois barreaux repliés en fer à cheval , devant les pôles desquels on fait tourner avec vitesse une ro ie de bois autour de laquelle passe , eommesur celle d’un rouet à filer , un cordeau sans fin qui va s'engager dans une petite poulie , faisant partie de l’axe de rotation , sur lequel est ajusté un, système de petits barreaux de fer doux. Ces barreaux . à chaque révolution
ELECTKOMAGN ET1SME .
les excitateurs ou l’exliémite des iils conducteurs étant appliqués sur des parties différentes du corps, toute ia masse des nerfs sensibles et moteurs compris dans le trajet que le fluide traversera pour former un circuit, sera influencée, maisen présentant ceci de particulier, que l’nfluence sera accaparée par les nerfs moteurs de la flexion et par ceux de la sensibilité qui leur corres-, pondent ; tandis que leurs antagonistes, ceux qui président à l’extension, restent dans le relâchement, et n’éprouvent aucune douleur. Quand, par exemple, on se met en rapport avec une de de ces machines électro-magnétiques en action, en tenant de chaque main l’un des conducteurs, on éprouve de véritables crampes, et comme si l’on vous tordait les poignets et les bras, sans qu’il soit possible de lâcher prise, tant que la machine est sans mouvement.
On peut mettre en rapport les cavités du corps avec les conducteurs, en les introduisant dans des espèces de porte crayons ou des tubes en caoutchouc traversés d’un fil métallique contenant à l’extrémité opposée un morceau d’éponge alongé, lequel étant mouillé est introduit dans la cavité; on peut aussi, comme on le fait pour modifieras rameaux nerveux par le galvanisme, introduire en contact avec ces rameaux, des aiguilles conductrices du fluide électro-magnétique.
Nous nous occupons en ce moment à graduer l’action électro-. magnétique, et à l’appliquer aux paralysies des muscles fléchisseurs Malheureusement, ainsi qu’il sera dit en pathologie, ce sont les extenseurs qui se trouvent le plus ordinairement dans le relâchement, et aucun moyen physique n’a encore été trouvé pour agir plus spécialement sur l’extension , si ce n’est l’électro-punctore (1).
A la thérapeutique, j’exposerai les cas dans lesquels il con-
opérée par la roue , s’aimantent alternativement dans un sens et dans ie sens oposé. Ces petits barreaux sont enroulés par un long fil de cuivre qui les enveloppe , et qui , lui même , est recouvert d’une matière isolante.
Lorsque la roue est en mouvement , et que le* barreaux s’aimantent dans un sens ou dans un autre, un courant électrique est en même temps excité dans le fil de cuivre ci-dessus mentionné; de chaque côté , c’est-à-dire, à chaque pôle, correspond l’extrémité d’un long fil métallique qui aboutit à la pièce excitatrice , appliquée à une partie de la surface du corps , de même que serait un double excitateur électrique ou galvanique.
(2; Quand on implante des aiguilles dans les muscles extenseurs exclusivement , qu’on décharge le fluide galvanique sur elles,, sans Loucher aux rameaux fléchisseurs»
AGENTS PHYSIQUES.-
fient d’appliquer l'électro-magnétisme , et jusqu’à quel point nous sommes parvenus à en graduer l’action.
De la compression sur le système nerveux .
On a long-temps discuté pour savoir si les nerfs vibraient à la manière des cordes d’instruments , ou s’il circulait dans leur intérieur un fluide conducteur des sensations , de la sensibilité , des mouvements, etc. Les partisans de la vibration se sont surtout étayés des chocs reçus sur le trajet d’un nerf superficiel et transmis à toutes ses ramifications par une formication manifeste ; les partisans du fluide se sont principalement appuyés sur ce qu’après les amputations , les opérés ressentent encore longtemps la douleur qui partait soit d’un pied, soit d’une main qui leur avait été enlevée, ce qui, selon eux, ne pourrait avoir lieu par vibration, puisqu’il laut pour que le phénomène vibratoire ait lieu, que le point affecté corresponde par continuité avec le lieu où elle retentit , ce qui évidemment ici n’a pas lieu entre le cerveau et le point du membre affecté puisqu’il y a eu ablation ; tandis que l’impression communiquée à un fluide, n’a pas besoin d’être instantanément portée du point affecté au cerveau , pour être perçue; elle peut se conserver dans le fluide et n’être transmise qu’ultérieurement.
Quoi qu’il en soit , la compression empêche bien manifestement le mouvement de s’effectuer et la sensation d’être perçue : on sait qu’une ligature, fortement serrée autour d’un membre, l’engourdit et y intercepte le mouvement : le même effet a lieu lorsqu’en croisant les jambes étant assis, on comprime le tronc poplité. Il est même probable qu’on pourrait empêcher les sensations perçues, au moyen de la compression exercée sur le trajet du nerf sensorial, car sa section abolit toute transmission.
J’ai tiré un parti très-avantageux de ces observations, dans les aberrations insolites de la sensibilité et surtout du mouvement; par exemple, il m’est arrivé de guérir complettement des tics convulsifs du rameau musculaire de la 5e paire, qu’aucun autre moyen n’avait pu faire cesser, en employant un compresseur qui comprît ce rameau entre ses branches et qu’il a suffi d’appliquer plusieurs heures par jour, pendant un mois, pour enlever une infirmité qui existait depuis 16 ans, en aidant, il est vrai, ce moyen d’opérations électro-puneturales sur le tronc affecté, pour modifier l’innervation aberrante, Souvent, dans des tics convulsifs dépendant d’un des rameaux de la 7e paire ,