CHAPITRE VL
Des poisons non corrosifs.
PREMIÈME SECTION.
Poisons tirés du règne animal non corrosifs „ agissant physiquement et par absorption.
La morsure des animaux venimeux, produit des accidents toxiques plus ou moins intenses, selon la nature chimique du venin et sa quantité , selon la force de l’individu attaqué, et quelquefois aussi selon la fureur de l’animal vulnérant.
Les piqûres des reptiles venimeux , tels que le serpent à sonnettes, les serpents fer- de-lance , téle-de-cœur , etc., sont extrêmement dangereuses; celles des vipères en général, même des vipères naja , élégante de Baudin , le coluber gramineus, le gedi paragoo doo , le bungarum parnak , le sackeene (1), sont moins redoutables; celles du scorpion, de l’ai eille, de la guêpe, etc. , bien que pouvant occasioner la mort, ne sont pas essentiellement mortelles , et quant à celles de l’araignée et de la tarentule, on peut les assimiler aux morsures des cousins, moustiques punaises, etc. , c’est-à-dire qidelles ne causent qu’une légère enflure avec cuisson, rougeur et phlyctène; seulement, leur effet est plus marqué, les seuls nerfs de la sensibilité sont influencés : il y a bien rarement réaction sur le centre nerveux. La stupeur qu’on a cru remarquer chez les animaux piqués, provenait plutôt de leur frayeur que d’un véritable effet toxique. Tout ce qu’on a débité sur le tarentisme, doit être relégué avec les fabuleuses merveilles attribuées au magnétisme animal. Du reste, les phénomènes qui peuvent produire la réac-
(1) Voyez Orlila , Toxicol, t. 2.
POISONS NON CORROSIFS
tion du cerveau (ce qui arrive par suite du grand nombre et de la profondeur des piqûres), ne sont que des résultats semblables à Tintlammation , ou à la confluence d’un érythème.
On peut voir, dans le journal de physiologie de M. Magendie, le fait rapporté par Desmoulins, au sujet du serpent à sonnettes, qui avait mordu le gardien Drake, et que j’ai mentionné à l’ariicle calorique. M. Brodie rapporte un fait (1) où le poison a développé des accidents moins formidables, quoique suivis de la mort. L’observation de M. Brodie présenta les phénomènes suivants: un refroidissement sensible se manifesta à la peau, principalement dans le tissu cutané du membre mordu; la tuméfaction était considérable, pendant les premières heures qui suivirent la morsure; le pouls devint fort et accéléré ( 100 puisât. ), et il se déclara des envies de vomir : il y avait, dans les idées du malade, une incohérence assez sensible, mais qui pouvait être attribuée à la frayeur. Au bout de cinq heures, le pouls faiblit et l’abattement s’accrut, huit heures après, la douleur dans le membre mordu était très aiguë , le pouls battait plus fort; cependant, les défaillances se multipliaient. Enfin, au bout de neuf heures, le pouls devint imperceptible; deux selles eurent lieu , après onze heures ( période où le malade ne fit entendre que des paroles confuses). Cet état empira pendant vingt-quatre heures ; il y eut alors quelques convulsions. L’existence du patient se prolongea jusqu’au 17e jour, avec des symptômes variés d’accélération et de faiblesse du pouls, de déjections, de défaillances, de douleurs, de frissonnements, de délire, etc...
A la mort, on trouva les muscles du membre mordu, contractés; des liquides épanchés dans le tissu cellulaire et putréfiés : le sang des ventricules du cœur était coagulé. On remarquait peu d’altération dans le tube digestif, mais les vaisseaux de la pie-mère et du cerveau étaient gorgés de sang.
Ordinairement les symptômes d’empoisonnement marchent avec plus de rapidité, et l’histoire de Drake, citée plus haut, en offre un exemple; mais j’ai dû fournir un moyen de compare!' ces deux faits, eu égard à la rapidité ou à la lenteur du développement des effets, dus à la réaction cérébrale M. Everard Home rapporte plusieurs cas, dans lesquels la mort ne s’est pas déclarée au-delà de soixante heures; ici les symptômes locaux se sont en général montrés fort intenses, quoique l’action
(1) Ob malien de Thomas Soper.
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du cœur se fût présentée constamment très-faible; l’estomac a aussi toujours offert des traces d’irritation.
Les morsures des vipères sont bien moins dangereuses : d’abord elles ne sont pas toujours mortelles. Chez les individus faibles et timides, les symptômes se déclarent, il est vrai, avec beaucoup de rapidité; mais chez ceux qui sont robustes, et se laissent difficilement effrayer, il n’en est pas ainsi. Injecté dans les veines , le venin de la vipère agit en deux ou trois minutes. Lorsqu’il est en assez grande quantité, il détermine des convulsions, l’inflammation des intestins; il coagule le sang dans les ventricules du cœur. Si le venin est appliqué par morsure, il produit d’abord dans la partie blessée, un sentiment de douleur aiguë, qui se répand bientôt dans tout le membre, avec tuméfaction et rougeur, laquelle passe ensuite au livide, gangrène peu-à-peu les parties voisines , produit des syncopes , un pouls fréquent, petit, concentré, irrégulier, une difficulté de respirer plus ou moins intense , sueurs froides et abondantes, du trouble de la vision et des facultés intellectuelles, des vomissements bilieux, quelquefois des douleurs dans la région ombilicale.
Les accidents sont beaucoup plus à redouter, dans les climats chauds et pendant l’été, que dans les régions tempérées, et par les temps froids.
Lorsque le venin est appliqué sur les nerfs ou sur la pulpe cérébrale, il ne produit presqu’aucun effet; tandis que, s’il parvient au cerveau par le torrent circulatoire, ses effets sont presqu’instantanés. Ceci s’applique à toute substance mise en contact avec l’encéphale de f une et de l’autre manière.
Des hommes ont avalé à-la-fois le venin de plusieurs vipères, sans en paraître sensiblement incommodés.
Cependant, dans les cas où le poison agit, il se déclare un état de stupeur plus ou moins prononcé , selon l’activité de l’agent délétère : la partie mordue reste douloureuse. On voit survenir de la paralysie, précédée ordinairement de convulsions, de constrietion à la gorge, et de gêne dans la respiration ; il se manifeste parfois des vomissements, parfois des déjections alvines. L'état comateux qui se montre dans certains cas, n’est pas constant. i
Les lésions cadavériques sont toujours en raison du dévelop- i pement et de la rapidité de la marche des accidents. Lorsqu’ils ont été peu prononcés, le tube digestif ne présente aucune lésion. Les parties mordues n’offrent qu’un peu de lividité. Dans le cas
POISONS NON CORROSIFS
contraire, on trouve toujours de la rougeur dans les voies gastrointestinales , de la coagulation dans le sang des ventricules du cœur, des désordres plus ou moins étendus dans les parties mordues, mais surtout une putréfaction générale, qui semble s’être répandue dans tous les liquides»
Généralement, quand l’animal venimeux vient de mordre, surtout si la morsure a été faite avec fureur, on remarque que les morsures qui suivent immédiatement, sont bien moins dangereuses; ii faut, dans ce cas, que le venin ait le temps de se reproduire. Il en est ici comme pour la torpille, la multiplicité des décharges électriques la rend impuissante (1).
La piqûre des insectes venimeux se réduit généralement à des phénomènes locaux, c’est-à-dire , selon notre manière d’envisager l’action des corps sur le système nerveux, à des phénomènes physiques, produits dans les tissus, et à leur réaction sur les centres, lorsque ces agents s’exercent dans une étendue assez considérable, ou avec une certaine intensité.
M. Amoreux qui a fait un assez beau travail sur les insectes venimeux, a observé que les principaux symptômes se réduisent à une marque rouge à l’endroit piqué , qui s’agrandit un peu , noircit légèrement vers le milieu, et qui est ordinairement suivie de douleurs, d’inflammations plus ou moins considérables, d’enflure et quelquefois de pustules. Il est des individus piqués qui éprouvent de la tièvre , des frissons et de l’engourdissement. Enfin, il peut y avoir réaction; alors il se déclare des douleurs par tout le corps, des tremblements, des hoquets, des vomissements , etc. Quelquefois même , il se manifeste du désordre dans les opérations cérébrales, et notamment dans les perceptionssensoriales et les facultés intellectuelles : la mort peu aussi s’ensuivre.
Les piqûres dans le voisinage de nerfs d’une grande sensibilité, étant très-douloureuses, développent le plus de phénomènes sympathyques; c’est ce qui a lieu lors que l’un des filets de la 5e paire a été atteint. Les rameaux post spinaux intéressés , donnent lieu à des symptômes morbides moins intenses; aussi les piqûres de la face sont-elles plus dangereuses que celles du tronc et des membres.
De tous les produits animaux communiqués et qui agissent
(1) On ne peut s’empêcher ici ue faire un rapprochement avec l’innervation : la sensibilité et la vigueur motrice s'épuisent par l’excitation excessive, et il faut du repos pour que l’innervation se reproduise.
POISONS NON CORROSIFS
MO
d’une manière délétère, le virus rabieux est certainement celui qui occasione les symptômes nerveux les plus formidables. La bave des animaux enragés, introduite par la morsure qu’ils font, est bientôt portée dans le torrent circulatoire , et l’absorption doit s’en effectuer, comme celle de tout autre venin ou substance vénéneuse; mais, ce qu’il a ici de remarquable, c’est que les phénomènes toxiques dépendant de l’action du cerveau , ne se déclarent que bien long temps après que l’absorption a dû mettre les molécules délétères en contact avec la substance cérébrale (1). H n’est pas rare de voir des individus, à qui le virus rabieux a été inoculé, n’en être aucunement incommodés , ni même moralement affectés pendant les quarante jours qui ont suivi l’infection, et présenter ensuite les symptômes les plus formidables, lesquels une fois développés, se terminent nécessairement par la mort. D’autres fois aussi, les symptômes se déclarant marchent avec beaucoup plus de rapidité , et la mort termine en quelques jours les souffrances du malade.
En général, chez les bœufs et chez les chiens, les phénomènes apparaissent avant le 9e jour, tandis que l’invasion chez l'homme n’a lieu le plus communément que du 5oe au 40e jour. Les accidents commencent à se développer au point où la plaie a éié faite. Si elle est fermée, la cicatrice devient rouge, bleuâtre , se tend, se r’ouvre quelquefois, et laisse suinter une sérosité roussâtre ; si elle est encore ouverte, les bords se renvessent., les chairs se gonflent, prennent une couleur plus rouge qu’elles ne devraient l’avoir, et laissent par fois découler un pus séreux , de couleur rousse; de temps en temps , le patient éprouve une chaleur, un frémissement, qui de la plaie s’étendent , montent , gagnent tout le corps, et semblent se terminer a la poitrine et à la gorge. Après cet état, qui dure ordinairement quatre à cinq jours, tous les accidents s’aggravent; le pouls devient fréquent quoique petit, dur et serré. On remarque de la ConstricLion à la poitrine et à la gorge; la respiration devient difficile, entrecoupée
(1) Cette tardive explosion doit-elle être attribuée à une sorte de fermentation que le virus rabieux est obligé de subir dans chaque individu nouveau auquel il est inoculé? ou bien au réveil des symptômes nerveux après un état d’impassibilité plus ou moins prolongé? Est-il dû à ce que la combinaison des molécules virulentes rabieuses avec la substance cérébrale, ne peut s’effectuer qu’après un contact plus ou moins prolongé, ou bien (ce qui parait plus probable) la sensibilité ou l’irritabilité nerveuse ne se développe-t-elle qu’après que le contact a eu lieu pendant un certain temps? La science n’est pas encore fixée sur ces questions physiologiques.
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par des sanglots involontaires et des soupirs profonds. Ici les phénomènes de réaction cérébrale deviennent manifestes, et la morosité, la tristesse à laquelle le patient était d’abord disposé , sans en soupçonner la cause, se changent bientôt en une mélancolie profonde que rien ne peut distraire; le sommeil devient inquiet, agité, troublé par des soubresauts et des rêves affreux ; plus tard il survient des convulsions, que la cause la plus légère entretient et renouvelle. Tantôt la raison s’égare, le malade devient furieux, méconnaît ceux qui l’environnent, et quelquefois cherche à les mordre; tout l’agace et l’irrite; les couleurs vives, l’éclat de la lumière, les sons aigus et même la simple agitation de l’air, augmentent ses fureurs. Dévoré par une chaleur interne que rien ne peut appaiser, tourmenté par une soif inextinguible, il n’ose boire : l’aspect de l’eau le fait frissonner $ l’œil devient hagard, fixe, brillant et paraît enflammé; la voix est rauque, la bouche pleine d’une salive écumeuse et gluante. Il y a une incohérence remarquable dans les fonctions cérébrales : tantôt le malade conserve son jugement, il est doux et paisible, plongé dans une mélancolie profonde ; il connaît son malheur, prévoit ses accès, en avertit ses amis; tantôt un affreux égarement le possède; des angoisses, des vomissements aggravent ses maux ; le pouls devient inégal , une sueur froide se répand sur tout le corps, et la mort vient terminer cette scène d’horreur (1).
Dans les autopsies , tantôt on n’a rencontré aucune lésion sensible; tantôt, la muqueuse de l’estomac a offert des traces d’inflammation, et même s’est montrée gangrenée, quelquefois les membranes du cerveau et de la moelle spinale se sont trouvées phlogosées.
Je ne prétends exposer ici en détail , ni les effets de la pustule maligne, qui se développent par le contact des animaux malades, ni les accidents qui se déclarent à la suite de blessures faites avec un scapel chargé de virus , ni aucun des phénomènes qui se développent après une inoculation quelconque d’une substance virulente (2).
Tous les symptômes qui se sont déterminés par l’introduction
(1) Chaussier et finaux, méthode de traiter les animaux venimeux.
(2) L’usage d’aliments putréfiés, l’introduction du pus dans les veines, la respiration des miasmes , etc., ont occasioné divers phénomènes qui ont de l’identité avec ceux de la pustule magique ; quelquefois les lésions se bornent a des inflammations du tube digestif, d’autrefois i! se manifeste du scorbut et la gangrène sèche des extrémités.
POISONS NON COROS1FS.
des venins, peuvent se reproduire par l’inoculation des virus, à quelques variétés près. Je ferai la même observation relativement aux empoisonnements déterminés par la chair de certains poissons , empoisonnements fort communs sur les côtes d’Asie (1), et qu’on remarque aussi par l’usage de certains coquillages, dans nos parages, par exemple, les moules
En général , on peut dire , que ce qu'on a appelé indigestion, à l’occasion de substances malsaines introduites dans l’estomac, n’est autre chose qu’un léger empoisonnement, et, si l’on rapproche tous ces effets de la réaction digestive sur le cerveau , dans les cas d’empoisonnement, dans ceux d’indigestion ou d’imparfaite élaboration des aliments , enfin dans ceux où l’on emploie les vomitifs et les purgatifs , on sera forcé d’admettre que le cerveau est destiné, par le moyen du pneumo-gastrique et de la moelle spinale, à prendre connaissance de ce qui se passe dans le tube alimentaire, et à veiller à l’élaboration ou à l’expulsion des substances qui y sont introduites (2).
DEUXIÈME SECTION
Poisons non corrosifs autres qu animaux ou végétaux.
L’opinion commune est que, lorsqu’un empoisonnement, c’est-à-dire, l’ingestion d’une substance vénéneuse , a lieu dans l’organisme, il y a imprégnation , comme si le corps était entaché d’une viciation universelle. Aussi, est-ce à expulser la substance vénéneuse, que s’attachent les praticiens, plutôt qu’à annuler les effets de l’absorption, et cependant, il est bien prouvé, par toutes les expériences faites à ce sujet, que tant que les molécules d’une substance vénéneuse non corrosive n’ont pas été mises en contact par l’absorption avec la masse cérébrale , aucun phénomène toxique n’a lieu (5). De plus, les expérimenta-
(1) Voyez médecine des Japonais, dans mes mémoires sur l’électro-puncture, l’acupuncture, etc.
f2) Bien entendu que cette opération s'exécute sans que la conscience y prenne part. Voyez cerveau.
f3) J’ai dit plus haut que les corrosifs agissaient de deux manières, par II absorption et par irritation des tissus avec lesquels ils sont mis en contact, il Ce dernier effet peut influencer les centres nerveux parles nerfs, en développant la fièvre, le délire, etc. Les effets purement toxiques ne sont produits que par l’absorption.
leurs savent que, quand la quantité de substance vénéneuse introduite est trop peu considérable , les effets sont bornés , que l’absorption une fois accomplie, les phénomènes se dissipent, alors même qu’il n’y a pas eu expulsion de la matière vénéneuse, et quelquefois toutes les fonctions rentrent dans l’ordre primitif.
I! est très-commun de voir des animaux, soumis à l’action d’une assez faible quantité de poison, ressentir des vertiges , du trouble dans tous les sens, des convulsions , jeter des cris affreux, paraître, en un mot, prêts à expirer , et un instant après, manger, boire, jouer, manifester une insouciante gaîté, comme s’ils n’avaient rien éprouvé d’extraordinaire; chez l’homme, au contraire, un profond sentiment de tristesse et d’abattement, résultant de la conviction de l’empoisonnement et du souvenir des accidents produits, suit toujours le désordre, à quelque degré qu’il ait été porté. Chez les brutes, cet état moral n’existe pas ; c’est donc l’absorption des corps chimiques et leur contact avec la substance cérébrale qui doivent former la principale considération , relativement aux agents mis en rapport avec l'économie animale. Les effets physiques résultant de l’action sur les tissus et du retentissement de cette action dans les centres nerveux , ne viennent qu'en seconde ligne.
Quand, chez les brutes , on s’est assuré que les phénomènes résultant de l’absorption ont cessé d’exister ; qu’il n’y a plus ni convulsions, ni vertiges, ni vomissements, ni dyspnée, etc. , et que, cependant, l’abattement, la tristesse, le refus des aliments, etc., persistent, ou que, chez l’homme, il reste, après les accidents toxiques, du brisement de la fièvre et tous les symptômes de mal aise, qui indiquent que l’état normal n’existe pas, on peut être assuré que ce sont les lésions de tissus qui persistent, comme l’inflammation gastro-intestinale, pulmonaire, cérébrale ou cardiaque; il y a donc évidemment à considérer deux séries de phénomènes bien tranchées : les uns résultant de l’absorption, et agissant par leurs propriétés chimiques; les autres, essentiellement physiques, et dépendant des lésions propres de tissus.
Les poisons qu’on a considérés comme irritants, agissent, ainsi queles corrosifs, chimiquement et physiquement. L’action physique néanmoins est moindre dans ceux qu’on considère simplement comme irritants, que dans les corrosifs. Nous verrons dans ce chapitre que les poisons qui ont été appelés par les toxicologistes , astringents, âcres, narcotiques, etc., agissent presque
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exclusivement par absorption, c’est-à-dire, que leurs effets physiques sont presqu’entièrement nuis.
Les substances minérales que j’aurais dû placer avant les animales, s’il eût été question d’une classification d’histoire naturelle, ne prennent ici rang qu’en second lieu, parce qu’il s’agit, dans mon travail, plutôt de phénomènes physiologiques , que d’ordre et de méthode, concernant la nature physique des corps. Or, les poisons animaux, non corrosifs, agissant plus localement que ceux tirés des autres règnes, c’est-à-dire , joignant aux phénomènes dus à l’absorption d’une manière plus tranchée, ceux qui sont purement physiques, ont dû être exposés les premiers.
Les substances minérales non corrosives se bornent aux préparations de plomb , au mercure coulant, et à quelques sels ou corps terreux.
Les préparations de plomb ont été classées, par les toxicologistes , exclusivement sous le nom de poisons astringents, parce qu’ils ont remarqué qu’ils produisent assez souvent un rétrécissement des gros intestins spécialement. Elles se composent de l’acétate, de l’oxide rouge ou litharge, du carbonate (céruse) , et des émanations saturnines.
Injectés dans les veines, les différents composés de plomb déterminent les désharmonies nerveuses et amènent la mort dans un espace de temps très-court, lors même que la quantité injectée n’est que de quelques grains. Introduits dans l’estomac, à une dose un peu plus élevée, ils développent constamment des symptômes plus ou moins intenses, qui frappent passagèrement ou avec persévérance les fonctions du système nerveux, selon l’intensité de l’action produite sur le cerveau, ou même éteignent toutes les fonctions.
Ainsi, une injection d’acétate de plomb ( 12 grains dans un gros et demi d’eau distillée) détermine instantanément quelques inspirations profondes (1), et la mort presque sur-le-champ, sans aucun signe de douleur ni de convulsion. Si l’on ouvre immédiatement l’animal, on trouve cpie le cœur continue de battre avec force; le sang renfermé dans le ventricule gauche, est fluide et d’un rouge vermeil; celui qui remplit le ventricule droit est fluide aussi, quoique plus noir; les poumons sont d’une belle couleur.rose, et leur tissu n’est pas durci.
(1) Quelquefois la respiration est haletante , et il y a suffocation.
POISONS NON CORROSIFS
Quand l’injection est moins forte , l’animal resté seulement abattu, refuse de prendre des aliments. Ses membres postérieurs deviennent plus faibles , et enfin il meurt après quelques légers mouvements convulsifs, au bout de quatre à cinq jours.
Quand la dose est très-faible, les phénomènes se bornent à quelques efforts de vomissement, et tout rentre bientôt dans l’ordre.
Lorsque l’acétate a été introduit dans l’estomac, il se déclare toujours des vomissements et souvent des déjections alvines; il se manifeste une soif ardente, de l’abattement, de la tristesse , qulquefois de l’insensibilité , de légères convulsions ; d’autrefois , des tremblements de membres thoraciques avec flexion, par faiblesse des membres abdominaux, et la mort arrive après ving-huit ou trente heures. (La mort peut survenir au bout de quelques heures, même après que le poison a été vomi, s’il a été ingéré à hautes doses. )
À l’autopsie, membrane muqueuse gastrique rouge Les mêmes phénomènes sont produits, quoiqu’à une moindre intensité, par l’oxide et le carbonate de plomb.
Chez l’homme, l’empoisonnement détermine toujours des douleurs intestinales, connues sous le nom de colique saturnine, des rétractions des muscles abdominaux avec douleurs , un pouls concentré , fréquent, quelquefois le vomissement de matières jaunes, fétides et des convulsions, assez souvent la constipation; mais, ce qu’il y a de plus remarquable dans ces sortes d’empoisonnements chez l’homme, c’est (lorsqu’il a été assez prononcé) devoir se déclarer la paralysie des muscles extenseurs des membres thoraciques , laquelle succède toujours à ces coliques; j’en ai vu qui dataient de douze années, et je dirai, en traitant de l’état anormal, comme il en est qui ne cèdent qu’à l’électro'puncture, pratiquée dans les muscles et les nerfs extenseurs.
L’autopsie, chez l’homme, montre que la membrane muqueuse gastrique est ordinairement phlogosée ; quelquefois il existe des points ou des taches noires dépendant toujours, selon M. Magendie, de l’extravasion du sang veineux.
Les émanations saturnines déterminent aussi des coliques. A l’autopsie, on ne remarque pas ordinairement de phlogose gastro-intestinale, mais assez souvent un rétrécissement dans le diamètre des gros intestins, principalement dans celui du colon.
Le mercure coulant a été quelquefois employé à l’état
POISONS NON CORROSIFS
d'extrême division de ses molécules, amalgamées avec diverses substances, administré principalement comme vermifuge, quelquefois comme antisyphilitique; mais, en cette dernière qualité, il n’est presque jamais intervenu dans la matière médicale, que combiné avec l’axonge et incorporé par frictions cutanées. Ce métal a la propriété d’influencer la muqueuse buccale, d'y déterminer des ulcérations, et d’activer considérablement la sécrétion salivaire. Les émanations du métal occasionent des tremblements et, la paralysie. L’usage interne du mercure à l’état métallique, fait naître des inflammations des gencives et du tube gastrointestinal. La préparation connue sous le nom de calomélas (mercure doux) est essentiellement purgative et vermifuge. D’après les expériences de M. Magendie, le mercure injecté dans les veines amène la mort, par obstacle mécanique, dans les vaisseaux capillaires. ( Leçons sur les Phénomènes de la vie ,
Les sels mercuriels corrosifs ont été traités au chapitre des poisons corrosifs.
L’injection du mercure coulant dans les veines, occasione la mort par l’obstruction des vaisseaux capillaires.
Parmi les substances terreuses salines , il n’y a guère que le nitrate de potasse ( sel de nitre ) qui ait été considéré comme substance toxique ; il a été rangé parmi les poisons âcres : ses effets sur l’économie animale, lorsqu’il a été introduit à dose suffisante dans l’estomac, sont de déterminer des vomissements, de légères convulsions , principalement des membres thoraciques , et une assez grande faiblesse des membres abdominaux ; il y a dilatation des pupilles, respiration lente et profonde, diminution des battements du coeur, souvent insensibilité de tout le corps, et mort L’estomac est toujours phlogosé.
Lorsque l’animal ne meurt pas , il reste un à deux jours triste et sans manger, puis il revient à l’état normal.
Quand le nitrate de potasse est appliqué sur les tissus dénudés, il ne se manifeste ordinairement aucun phénomène toxique ; quelquefois Sa plaie devient gangrenée.
Chez l’homme, les mêmes effets se produisent par l’ingestion du nitrate de potasse; on constate, en outre, qu’il y a des défaillances, des syncopes avec sentiment de froid intérieur. Le doc- i leur Butler a observé un cas qui ne s’est pas terminé par la tj mort, et où tous les phénomènes de la chorée ont été produits , et ont persisté pendant plusieurs mois.
POISONS NON CORROSIFS
11 résulte de mes expériences propres (1), que le sulfate d’alumine, appliqué à l'économie animale, doit être considéré comme un véritable poison ; celte substance étant avalée à dose d’une once par un chien d’une moyenne taille, ne produit aucun effet; mais , à deux onces , elle oceasîone de l’écume à la bouche, des envies de vomir et des déjections alvines, avec odeur prononcée d’alun, abattement, respiration gênée; à trois onces, il provoque de profondes inspirations, des horripilations, des vomissements, du météorisme, de l’abattement , plus marqué, de l’insensibilité, de la faiblesse dans les membres abdominaux, somnolence, et la mort après cinquante heures. L’application sur le tissu cellulaire , n’a pas amené d’effet bien remarquable , seulement les tissus étaient enflammés après la mort. L’injection dans les veines a occasioné immédiatement des douleurs violentes, même à dose de 40 grains : l’abattement est devenu extrêmement marqué; à l’once, la mort est infaillible : tout le sang exhale une forte odeur d’alun; il se coagule et devient noir; l’alun appliqué en poudre sur le tissu cellulaire, à dose d’une once, oceasione de vives douleurs ; mais, au bout d’une à deux minutes seulement, il faut une quantité assez considérable (5 à 4 onces), pour amener la mort à la suite d’un long abattement, et d’insensibilité
A l’occasion de l’air vital et de ses effets sur l’économie, lorsqu’il est aspiré, j’ai déjà traité de l’action délétère des gaz ; il me reste, pour compléter ce que j’ai à en dire, à exposer la manière dont les différents gaz se comportent, moins sous le rapport de la propriété respiratoire pour concourir à l’hématose et à l’acte de la respiration , que comme influençant l’organisme par l’action des corpuscules introduits par voie d’absorption et influençant les centres nerveux.
De tous les gaz introduits dans les organes respiratoires, le chlore est un des plus irritants, surtout pour le larynx. Les animaux qu'on plonge dans ce gaz y périssent promptement; respiré même en petite quantité, et mêlé à l’air, il cause une telle suffocation , un sentiment si vif de strangulation et de resserrement dans la poitrine, qu’il est impossible d’en supporter longtemps l’action.
(1) J’ai été assisté dans ces expériences par M. Edouard Bouland; elles sont relatées dans un mémoire lu à l’Académie royale de médecine , par ce jeune médecin, en notre nom collectif sur un travail important que nous avons fait sur les affections bronchiques et génito-urinaires.
1 ia
Le chlore gazeux, injecté dans les veines, ou dans les plèvres, occasione des cris de souffrance, de la difficulté dans la respiration , une violente agitation et des convulsions tétaniques; puis, après quelque repos , des tremblements des membres et de nouvelles convulsions. Les animaux périssent après un temps plus ou moins long. JNysten , qui le premier a observé faction de ce gaz, pense que ses molécules ne sont pas absorbées, et que cette action est toute locale sur les bronches et la composition chimique du sang qu’il rend noir. La toux vive est le phénomène le plus éminent qui résulte de son action sur les voies respiratoires.
Lorsque le chlore est introduit dans l’économie à l’état liquide, il détermine des vomissements et un abattement extrême. Après la mort, on trouve la membrane muqueuse de ^estomac enflammée.
Le gaz acide nitreux, respiré, occasione une chaleur sèche et âcre à la gorge, un sentiment de constriction et de cuisson à l’épigastre, une gêne assez notable dans la respiration, et une grande faiblesse. II peut y avoir des déjections alvines et de fréquentes envies d’uriner; quelquefois il se déclare des vomissements; d’autres fois du râle et du délire avec des hoquets et de légers mouvements convulsifs.
Nysten s’est convaincu que ce gaz agit en rendant le sang noir ; il laisse de l’irritation dans les bronches, ainsi que dans la muqueuse gastrique.
Le gaz acide sulfureux agit de la même manière; on peut en dire autant du gaz acide sulfurique, seulement lorsque l’empoisonnement est rapide, la face devient très-violette. On doit remarquer que tous ces gaz opèrent beaucoup plus d’effet étant respirés, qu’introduits dans les veines, dans la plèvre, sur les tissus dénudés ou dans l’estomac (1).
Le gaz acide carbonique , respiré, peut occasîoner la mort en
2 ou 5 minutes; il détermine surtout des vertiges , l'obscurcisse¬
ment de la vue, et une faiblesse radicale dans l’appareil musculaire. ,
Si ce gaz est injecté avec précaution dans les veines, il n’occasione qu’une faiblesse musculaire qui cesse au bout de quelques jours; du reste, il brunit le sang et détermine l’apoplexie, lors-
(I) Cette remarque acquiert surtout de l’importance, en ce qu’on comprend qu’étant respirés, ils agissent physiquement et par l’absorption tout a la fois, tandis qu’ils n’agissent que de cette dernière manière, étant introduits par lesYeines, les plèvres, le tissu cellulaire, ou les muqueuses.
POISONS NON CORROSIFS
qu’il esl injecté en grande quantité; il ne produit aucune lésion pulmonaire.
Les gaz qui se dégagent pendant la combustion du charbon , et qui se composent principalement des gaz oxide de carbone, hydrogène carboné et acide carbonique, font naître une grande pesanteur de tête, de forts tintements d’oreille, le trouble de la vue, une grande propension au sommeil, et surtout la diminution des forces musculaires; ils déterminent encore de la gêne dans la respiration , de violentes palpitations de cœur, enfin un coma profond et l’état de mort apparente. La chaleur se conserve long-temps après la mort réelle occasionôe par ce gaz. Les membres sont ordinairement flexibles, la face rouge et livide, les vaisseaux sanguins très-gonflés et gorgés de sang fluide, noir, très-coulant; les muscles sont ramollis, l’estomac et les intestins rougeâtres, la langue tuméfiée, les poumons comme emphysémateux , le cœur flasque.
A l’article air vital , j’ai traité, sous le rapport de la respiration, du gaz azote et de ses variétés (du protoxide ou de l’oxidule d’azote). Les effets d’empoisonnements par ce gaz doivent se rapporter à l’asphxsie.
Quant au gaz émané de V acide hydro cyaniqae pur et à cet acide lui-même (i), ce sont de tous les poisons connus, ceux qui agissent avec le plus d’énergie et de rapidité ; il suffit de tenir un flacon de cet acide pur sous le nez d’un animal , et de le faire respirer à plusieurs reprises pour qu’il tombe à l’instant raide mort; quelques gouttes de cet acide appliquées sur la langue d’un chien vigoureux, ou introduites sur sa conjonctive, lui permettent à peine défaire deux ou trois inspirations précipitées, et il tombe comme frappé de la foudre, privé, dans ses organes musculaires, de toute irritabilité.
L’absence de toute lésion cadavérique, après la mort, semblerait prouver que ce poison n’a aucun effet physique sur les tissus ; c’est par conséquent à l’absorption et à la rapidité de l’action délétère sur le cerveau qu’il faut attribuer la désharmonie subite qui, en ce cas, se manifeste dans les fonctions du système nerveux.
Ici doivent trouver place quelques réflexions sur l’absorption et ses effets.
(1) L’acide hydro cyanique (prussique) est formé d’hydrogène et de cyanogène; ce dernier est lui-même un gaz composé de carbone et d’azote.
POISONS NON CORROSIFS
On a dù être frappé, lorsqu’il a été question du virus rabieux , de la lenteur avec laquelle les phénomènes nerveux se développent. On reste surpris, au contraire, delà rapidité avec laquelle agit l’acide hydro-cyanique; l’absorption est donc plus ou moins prompte, selon la nature des substance soumises à cette fonction. Si, tenant compte de ces deux effets si opposés, on examine comparativement, ainsi que l’a fait M. Magendie, la différence de rapidité d’imbibition d’un tissu pénétré par de l’eau, de l’alcool ou de l’éther, et que Ton compare également la différence de rapidité, d’absorption de ces mêmes liquides et des effets qu'ils produisent sur l’économie, on sera forcé d’admettre que toutes les substances peuvent agir, soit par imprégnation, soit par transport, soit par conlactavec le centre cérébral et réaction dans l’organisme à des degrés différents. Je sais bien que le mécanisme des désharmonies, le secret de cette rupture entre les liens organiques, n’en seront pas mieux expliqués, lors même qu’on saura apprécier le plus ou moins de rapidité d’action des substances délétères , mais le fait est toujours là, et il sert à faire comprendre que les corps physiques et chimiques, par leurs opérations, offrent des nuances infinies dans leurs rapports avec le cerveau et dans la manière dont ils modifient ce centre nerveux; ils modifient le cerveau et le forcent à réagir sur toutes les parties de l’économie animale. Ceci trouvera plus loin son application à propos de médication.
Ce que je pourrais dire ici du gaz acide hydro-sulfurique et de tout autre gaz délétère s’applique à ce que j’ai avancé ci-dessus concernant le gaz azote.
Les alcooliques ont une action bien prononcée sur le système nerveux, comme on peut s’en convaincreen observant les effets de l’ivresse; ils agissent avec moins d’énergie lorsqu’ils sont mis en contact avec le tissu cellulaire que quand ils sont introduits dans l’estomac, mais c’est par leur injection dans les veines qu’ont lieu les résultats les plus énergiques et les plus instantanés.
Les premiers phénomènes que déterminent les alcooliques, lorsque la dose introduite dans l’économie est modérée, sont une vive excitation des sens de la sensibilité et du mouvement, ainsi que des facultés intellectuelles. Si la dose est plus forte, tous ces phénomènes se caractérisent avec plus de force encore; le corps chancelle, les membres, et surtout les membres abdominaux faiblissent et deviennent inhabiles, la langue s’embarrasse , les yeux deviennent hagards, la vue se trouble, la raison disparaît, les perceptions se font mal; il n’y a plus de précision dans les
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déterminations, ni d’ensemble dans les voûtions; quelquefois ii y a délire furieux , vertiges, vomissements, état d’hébêtude, tendance au sommeil. Enfin, si la dose des alcooliques introduits dans l’économie est très-forte, il se manifeste un véritable état apoplectique, il y a perte absolue des sens et de l’entendement respiration stertoreuse, coma. On a vu cet état durer trois ou quatre jours et se terminer par la mort.
A l’autopsie, on trouve ordinairement l'estomac vivement phlogosé , et toute la substance cérébrale laisse exhaler une odeur prononcée d’alcool; lorsque la mort est survenue rapidement, les vaisseaux delà pie-mère sont injectés.
M. Brodie et M. Orfila pensent que, dans l’ivresse, le cerveau est plutôt influencé par les nerfs qui ont reçu l’impression aux surfaces sensitives, que par l’absorption. Voici sur quoiM. Brodie fonde son opinion : 1° les animaux qui succombent après avoir pris de l’alcool , offrent une inflammation marquée de l’estomac; 2° les effets développés par cette liqueur sont si instantanés, qu’il paraît impossible que l’absorption ait eu le temps de s’effectuer; 5° une personne ivre se rétablit souvent par le vomissement; 4° lorsqu’on introduit dans l’estomac de l’alcool uni à la teinture de rhubarbe, et que l’on examine l’urine après la mort , on n’y découvre pas la teinture.
Les physiologistes savent ce qu’ils doivent penser de ces raisons. On se rappelle avec quelle rapidité de grandes quantités de liquides injectées augmentent celle des urines, sans avoir eu le temps de passer dans tout le cercle circulatoire. Voyez à ce sujet les travaux de M. Magendie et d’autres physiologistes. Un produit récemment découvert par les chimistes, auquel ils ont donné le nom à’ éther œ nanti q ue , et qu’ils croient constituer le principe aromatique des vins qui détermine l’ivresse, a été expérimenté par M. Magendie; son injection dans les veines, étendue de parties égales d’eau destillée, a produit instantanément tous les symptômes de l’ivresse : respiration bruyante, stertoreuse, assoupissement, mort après trois quarts-d’heure ; à l’autopsie, des plaques brunâtres se font remarquer à la face interne des parois vasculaires; le sang est très-fluide, quoique visqueux, sa couleur est noire, la muqueuse intestinale offre de la rougeur.
La vapeur de cet éther produit rapidement les mêmes symptômes.
L’éther sulfurique introduit à haute dose dans l’estomac ( 1 once ) , détermine instantanément des efforts pour vomir, des vertiges, Ja perte de la contractilité musculaire, la gêne et
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l’accélération de la respiration, l’insensibilité, sa flaccidité musculaire, sans qu’il y ait paralysie réelle; enfin, la mort.
La membrane muqueuse gastrique présente, dans toute son étendue, une couleur rouge noirâtre; elle est fortement enflammée, le cœur renfermé du sang noir, en partie fluide, en partie coagulé, les poumons sont gorgés de sang fluide.
Plusieurs autres substances, dont il sera parlé, et que les médecins ont appelées diffusibles , agissent aussi avec une grande rapidité d’absorption sur l’organisme.