TROISIÈME SECTION
Poisons du règne végétal agissant par absorption et quelquefois physiquement.
Les considérations que j’ai développées précédemment sur les phénomènes physiques produits par l’action directe des corps mis en contact avec nos tissus et de leur retentissement dans les centres nerveux, par le moyen des nerfs, sont assez étendues pour que je me croie dispensé d’y revenir. Je pense qu’on saura, désormais, faire la part de ces phénomènes, sans qu’il soit besoin de les mentionner; mais les corps qui, introduits dans l’économie vivante, opèrent par absorption; ceux qui, ayant été chariés dans le torrent circulatoire, sont mis en contact avec le centre cérébro-spinal, m’occuperont cependant encore d’une manière toute particulière. En effet, les modifications diverses qu’éprouvent ce centre , et la réaction qu’il exerce sur toutes les parties de l’organisme, sont trop importantes pour ne pas tenir une place éminente dans un traité où tout ce qui intéresse le système nerveux est examiné à fond.
Afin de simplifier le travail, je vais d’abord exposer les effets produits par chaque substance, par voie d’absorption sur le système nerveux, et les diverses parties de l’organisme; j’examinerai ensuite le mécanisme de ces effets et le jeu des parties organiques. Ce sont les substances qui produisent les résultats les plus marqués, qu’il conviendrait, sans doute, d’exposer d’abord; cette marche, je l’ai suivie en traitant des corps physiques, parce que là les effets sur les tissus peuvent être appréciés; j’aurais bien désiré procéder par spécialité d’action sur chacun des appareils organiques; j’y aurais trouvé plus d’un avantage pour le but que je me propose, mais les actions
étant complexes et réparties sur divers appareils fonctionnels en même temps , je ne puis que ranger les corps qui agissent par absorption, et produisent des phénomènes si variés, par ordre alphabétique.
Envain Ton se flatterait de trouver dans les autopsies cadavériques la solution du problème de la toxication , ce n’est pas là qu’il faut chercher l’explication des effets produits par une substance quelconque qui n’agit pas physiquement, c’est-à-dire en attaquant directement les tissus; jamais les lésions produites dans les organes, ne sont en rapport avec l’action délétère des corps qui ont opéré par absorption. Je l’ai déjà dit dans l’introduction de cet ouvrage, en citant les paroles de M. Magendie. C’est dans l’abolition des actes fonctionnels, c’est surtout dans les désharmonies du système nerveux qu’il faut étudier l’influence que peut exercer un corps introduit par absorption dans notre économie.
Les harmonies peuvent être définies : les liens qui unissent les organes et les appareils d’organes aux centres nerveux , sous le rapport vital ; aussi, les désharmonies consistent-elles dans les lésions fondamentales de ces liens.
S’il nous eût été permis de procéder par lésions, celles des t facultés intellectuelles et instinctives, celles delà conscience, du jugement et des voûtions, celles môme des perceptions et des actes sensoriaux, auraient dû être considérées en première ligne, comme les plus importantes dans le système nerveux; mais il n’est guère de substance délétère qui, tout en agissant sur certains organes, ou appareils d’organes, n’influence aussi quelques-unes des fonctions propres à l’encéphale, et ceci doit également s’entendre des directions auxquelles sont affectées certaines parties cérébrales, et des fonctions spéciales d’exécution et de liaison organique pour la sensibilité et la contractilité, en y comprenant les harmonies nutritives et la puissance d’innervation à l’égard desquelles la moelle épinière est l’organe fondamental.
Ce sont les fonctions digestives, respiratoires et circulatoires, qui se trouvent le plus souvent influencées ; viennent ensuite les fonctions motrices et celles de la sensibilité. Les lésions sensoriales, celles de toutes les opérations des centres d’innervations sont presque toujours provoquées par le plus haut degré d’action des substances, qui semblaient d’abord n’influencer qu’un certain ordre de fonctions; ainsi, il n’y a pas, à proprement parler, de spécificité bien tranchée dans l’action des substances
POISONS NON CORROSIFS
toxiques, et on ne peut, en aucune manière, les classer d’après leurs effets physiologiques. Les phénomènes produits dépendent d’ailleurs souvent de la dose de substance agissant sur les centres nerveux , et des conditions organiques dans lesquelles se trouvent ces centres et les parties sur lesquelles ils réagissent. 11 est encore beaucoup d’autres causes formant complication, susceptibles de modifier les effets produits, et dont l’examen ne saurait trouver place ici. Quoi qu’il en soit, on peut toujours poser en principe que dans la majorité des cas, et selon la variété des doses, les agents toxiques portent leur influence sur la plupart des animaux, sauf quelques nuances exceptionnelles (1) , qu’ils l’exercent sur les mêmes fonctions organiques, et s’attaquent aux mêmes harmonies.
Il me suffira d’établir ici succinctement, un fait dont la démonstration aura lieu en thérapeutique et à l’occasion des cas pathologiques : c’est que les agents délétères les plus formidables deviennent, entre les mains du médecin éclairé et de l’habile praticien, une source salutaire, dans laquelle, bien loin de puiser des éléments de destruction , il rencontre souvent les plus précieuses ressources là où tout semblait désespéré.
Dirai-je, pour donner à mon assertion toute sa valeur, que les homœopathes ne craignent pas d’appliquer à la plupart de leurs cures, les substances les plus malfaisantes, lorsqu’elles sont employées à certaines doses? Il est vrai qu’ils ne les manient qu’en quantités infinitésimales, et que les allopathes les accusent de ne jamais produire aucun effet, mais c’est là un point de doctrine qu’il s’agira d’examiner sérieusement; car rien ne doit être futile ni léger dans la science de la conservation de la vie, et la secte des homœopathes compte, elle aussi, dans son sein, des hommes assez graves pour qu’il nous soit permis de donner quelque attention à leurs œuvres, et de les soumettre à un examen rigoureux.
De même que je n’ai pas rejeté le magnétisme animal , employé comme moyen physique, malgré l’auréole de charlatanisme dont les esprits les moins légers se sont plus à l’entourer,
(1) Quoiqu’en général les substances toxiques agissent delà même manière j sur la plupart des animaux, il existe des exceptions, et pour certains animaux, j
et pour certains agents ; ainsi le phellandre empoisonne le cheval et ne nuit pas aux moutons; l’aloës, qui n'a pas d’action délétère sur l'homme, tue les chiens et les renards; les chèvres broutent impunément la ciguë aquatique et le tithymale ; le persil est funeste aux perroquets, etc.
POISONS NON COHROSIES,
de même, je ne crois pas devoir me joindre à ceux qui ridiculisent rhomœopathie, et raccablenf de tout le poids de leur dédain. S’il est des sujets éminemment propres à être influencés par le magnétisme, il est aussi (j’en appelle à cet égard aux praticiens qui ont traité beaucoup d’affections nerveuses, pour m’étayer de leur opinion,) d’autres individus qui ne peuvent être traités qu’avec des doses infinitésimales de médicaments, je ne dirai pas selon l’axiome similia similibus curantur , mais selon la modification indiquée par les circonstances et l’état du patient.
Aconit. Il existe quatre variétés de cette plante, toutes plus ou moins vénéneuses , m.ais produisant à-peu-près les mêmes effets; ce sont : l’aconit napel, l’aconit cammarum, l’aconit tueloup et l’aconit anthora. Un quart d’heure après que le suc de ces plantes a été mis en contact avec les voies gastriques en quantité assez notable (2 à 4 gros de l’extrait), on remarque, après un léger assoupissement, une secousse subite avec tendance de renversement en arrière, battements du cœur accélérés et inégaux, vertiges, air égaré, affaiblissement des membres abdominaux, violents efforts pour vomir, cris, pupilles dilatées; puis insensibilité et immobilité, raideur tétanique dans laquelle la tête se renverse fortement sur le dos, les pattes de l’animal soumis à l’expérience deviennent rigides et s’écartent convulsivement; de semblables accès peuvent se reproduire et se prolonger plus ou moins, pendant l’espace de 10 à 12 heures : il arrive ensuite un accès plus intense que les autres, et alors, 2 minutes suffisent pour amener la cessation de tout phénomène vital.
L’injection du suc par le rectum, produit les mêmes effets; seulement, l’animal chancelle, comme s’il était ivre, la respiration devient lente et pénible, et des convulsions par secousses se font plutôt remarquer que la raideur tétanique.
L’application sur le tissu cellulaire, quand la surface n’est pas saignante, produit des effets beaucoup plus lents ; ce n’est quelquefois qu’au bout de 24 heures, que des phénomènes assez intenses se manifestent; quoique les prodromes puissent se montrer au bout d’une demi-heure, souvent l'animal meurt, n’ayant éprouvé que de l’immobilité et de la tristesse. D’autrefos, il se déclare des vomissements, la respiration et la circulation s’exercent avec lenteur, il peut aussi y avoir de l’agitation et des vertiges, suivis d’un état d’insensibilité générale.
A l’autopsie, les parties sur lesquelles le poison a été déposé sont à peine enflammées.
Lors de l’injection dans la plèvre et les veines, les symptômes
POISONS NON CORROSIFS
sont beaucoup plus intenses, et se déclarent plus rapidement; les phénomènes de réaction sur les différentes parties cérébrales, sont surtout plus marqués. Ainsi, l’assoupissement est plus profond, la perte des sens manifestes, les vertiges plus prononcés, les déjections plus copieuses, les convulsions plus fortes, l’insensibilité plus patente. Les phénomènes se déclarent quelquefois dans toute leur force, au bout de 5 à 6 minutes, et la mort arrive ordinairement avant une heure.
Des doses assez minimes d'aconit ( 1 ou 2 grains de l’extrait) avalées, ont suffi pour déterminer des éblouissements, des défaillances, du météorisme.
Mâché, l’aconit fait éprouver un sentiment d’engourdissement dans les lèvres et les gencives, lequel ne domine qu’après 2 ou o heures.
Tous les effets produits sur les animaux par l'empoisonnement avec l’aconit, se déclarent également sur l’homme, quand la dose est forte ; ce poison détermine des douleurs précordiales violentes, des défaillances, des spasmes, des déjections alvines involontaires, des vomissements, des vertiges et quelquefois une tuméfaction générale, puis la mort; d’autrefois, il se déclare un délire plus ou moins violent. Sur d’autres sujets, le poison occasione principalement de très-fortes convulsions, quand la dose est moins considérable; il se manifeste peu après l’ingestion, une chaleur brûlante à la langue et aux gencives, les pieds et les mains deviennent froids, une sueur froide couvre tout le corps, le pouls se concentre, la respiration devient gênée; quand il se déclare des vomissements et des déjections alvines, les symptômes s’améliorent.
L’aconit introduit par blessure, provoque des douleurs et de l’engourdissement local; il s’ensuit de la cardialgie, de l’anxiété avec crainte de suffocation, des lipothymies et la gangrène.
On voit par ces effets, que sur quelque partie de l’organisme que le suc d’aconit soit appliqué, c’est par l’absorption qu'il produit ses effets, et que ceux-ci ne se déterminent qu’au moment où le poison a été mis en contact au moyen de la circulation avec le centre cérébral. Appliqué au tissu cellulaire, où les vaisseaux sanguins sont rares et par conséquent l’absorption peu active, les phénomènes produits par l’aconit se font long-temps attendre i et se développent lentement. L'application gastro-intestinale est l suivie d’un développement plus marqué, et l’injection dans la plèvre ou les veines provoque une intensité plus grande encore dans les symptômes. Les phénomènes cérébraux sont toujours
POISONS NON CORROSIFS
d’autant plus fortement prononcés, que le poison est plus sûre» ment et plus rapidement parvenu à l’organe encéphalique. Dès que le cerveau a reçu le contact de l’agent délétère (1), ce centre nerveux, à l’instant modifié, réagit par les nerfs sur toute l’économie. C’est ainsi que le faisceau qui constitue le pneumo-gastrique ou la 8e paire, portant les impressions cérébrales à l’estomac et aux organes respiratoires, détermine le vomissement et les désordres respiratoires (2). La même chose a lieu sur les organes circulatoires, par le plexus broncho-œsophagien où le pneumogastrique communique avec les nerfs ganglionnaires cardiaques: les phénomènes de motilité et de sensibilité se manifestent au moyen de la moelle cérébro-spinale et des nerfs qui s’y insèrent. Les troubles des sens, les lésions de direction, celles de l’entendement, ont lieu par les nerfs cérébraux et par la réaction opérée sur les parties cérébrales elles-mêmes, affectées spécialement aux divers centres d’action.
On voit aussi que des doses très-minimes du poison, n’ont déterminé que des effets bornés, et ce qui se trouve ci-dessus exposé, suffit pour expliquer comment on peut fractionner les doses de manière à calculer les effets à produire. Je n’ai pas cru devoir faire les expériences qui m’eussent conduit à ces résultats, car cela m’eût entraîné à donner une trop grande extension à cet ouvrage, que j’ai constamment cherché à concentrer dans toutes ses parties. 11 est probable que Hahnemann et ses sectateurs ont en grande partie fait ces expériences, surtout en ce qui concerne les doses infinitésimales, et que c’est sur elles que reposent les principes de la doctrine homœopathique. S’il en est ainsi, il serait bien à désirer que ces résultats fussent publiés: on serait a même de juger avec impartialité des faits qui excitent tant d’enthousiasme d’une part, comme tant de mépris de l’autre; et la science aurait encore fait un pas de plus, en portant son jugement sur des réalités, au lieu de l’égarement dans le vague des conjectures.
Je me dispenserai souvent de revenir sur le mécanisme des actes vitaux, à l’occasion des substances absorbées et mises en contact avec les centres du système nerveux ; ce qui a été dit à ce
r (1) On se rappelle que c’est par la circulation exclusivement que ce contact doit s’opérer , que l’application immédiate du poison sur la pulpe cérébrale, ou les nerfs même dépouillés de leur nevrilème, est sans aucun résultat. MM. Brodie, Orfila , Magendie, et tous les expérimentateurs , ont constaté ce fait.
(2) Voyez harmonies.
sujet concernant les aconits, s’appliquera à toutes les autres substances, et je me contenterai de renvoyer ceux qui désireraient de plus amples explications, à l’article des harmonies, même à toute l’exposition de la première partie de cet ouvrage, ainsi qu’aux principes précédemment établis dans cette seconde partie.
Actée en épi ou à grappes. Le suc agit en occcsionant une purgation plus on moins violente, à la manière des ellébores, des nausées, le narcotisme, le délire et la mort.
Adonis, il en existe deux variétés, l’une appelée adonis printanier, l’autre adonis de l’Appenin; toutes deux purgent violemment et peuvent enflammer les voies gastriques , lorsqu’elles sont ingérées, à la manière des ellébores et des renoncules.
Amandes amères (huile volatile d’). Distincte de l'acide hydrocyanique, celte huile âcre en a un peu les propriétés; elle est absorbée presqu’avec la même rapidité; quelques gouttes avalées provoquent des vomissements, et l’aflux d’une grande quantité d’écume à la bouche; la respiration devient très-pénible, de violentes convulsions ont lieu , et une somnolence plus ou moins profonde se déclare ; cette somnolence est interrompue de temps à autre par des cris plaintifs ; une langueur et un accablement marqués succèdent à cet état, puis la mort arrive au bout de sept à huitjours.
Anémone. 11 en existe quatre espèces, la pulsatille, celle des prés, la sauvage, et l’anémone sylvie. Introduites dans l’estomac, ces plantes occasionent de fortes envies de vomir et des selles plus ou moins copieuses; la respiration s’accélère, il y a faiblesse des membres abdominaux , insensibilité générale, perte de l’usage des sens , quelquefois des convulsions ou tremblements.
Appliqué sur les tissus non saignants, le suc de ces plantes détermine des phénomènes bien moins sensibles : ils se bornent à une grande faiblesse, à de l’insensibilité et àde l’abattement. La mort arrive au bout de vingt-cinq à trente heures.
A l’autopsie, on trouve la membrane muqueuse gastro-intestinale dans un état d’inflammation assez intense, quand la substance a été ingérée, et, lorsqu’elle a été appliquée sur les tissus, ils sont également très-enflammés, ce qui prouve que le poison a une action physique prononcée outre l’action chimicovitale.
Angusture pseudo-ferrugina ou fausse; l’ingestion détermine une raideur tétanique remarquable du tronc, avec tremblement des membres; cet état augmente par l’attouchement, il s’y joint de l’insensibilité des sens, qui est de peu de durée, et de la
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dyspnée. Les membres abdominaux deviennent ensuite incapables de soutenir le corps.
Liiez l’homme j ce sont de fortes crampes qui se manifestent par l’attouchement, après l’ingestion de ce poison.
A la mort, on trouve les poumons gorgés de sang, et le sang contenu dans le cœur est noirâtre.
Lorsque la quantité ingérée est faible, il survient des éblouissements, des tintements d’oreille, une assez giande raideur dans les membres abdominaux et du trismus. Voyez Brucine.
Aristoloche , clématite. Introduite dans l’estomac|, elle occasione del’abattement, des vertiges, des efforts pour vomir, de Linsensibilité, de la raideur avec écartement des membres, renversement de la tête sur le dos, respiration profonde. Les membres abdominaux faiblissent ; abattement, mort.
A l’autopsie, on trouve quelques taches livides dans l’estomac.
Arum. Il existe deux variétés de celte plante, l’une appelée arum maculation, l’autre est la serpe ntaire ; toutes deux causent après l’ingestion des vomissements, la cardialgie, des coliques violentes, des convulsions, une inflammation intense de la gorge, avec soif ardente, superpurgation , gonflement très-marqué de la langue avec flux abondant de salive, et mort.
Ce poison agit en grande partie physiquement.
Asclepias . Deux variétés : 1° dompte-venin , 2° alclepias de Syrie. Elles déterminent des vomissements répétés, après avoir provoqué des nausées, puis la gastrodynie, de la stupeur, des convulsions générales et la mort. Il survient quelquefois des hémorrhagies intestinales, et à l'autopsie on trouve toujours la muqueuse gastrique enflammée.
Balsamine. Ingérée, elle produit des douleurs précordiales, des nausées avec anxiété, le vomissement, la superpurgation, des vertiges, des convulsions et la mort.
Baume des Indiens. On appelle ainsi une espèce de chanvre quia une action enivrante et narcotique, elle n’est pas usitée en Europe.
Belladone. Le suc introduit dans l’estomac occasione des efforts de vomissement, avec une agitation marquée, des cris plaintifs, de la faiblesse dans les membres abdominaux, une forte dilatation des pupilles, L’aspect de l’ivresse, du vacillement dans la marche, de l’assoupissement, et la mort.
A l’autopsie, on trouve quelques ulcérations sans rougeur dans la membrane muqueuse gastrique.
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Lorsqu’on applique la belladone sur le tissu cellulaire non saignant, les symptômes sont moins intenses; les pupilles néanmoins paraissent toujours très-dilatées , les battements du cœur sont plus fréquents; il y a tendance à l’assoupissement, faiblesse dans les membres abdominaux ; c’est ordinairement dans cet état que la mort arrive.
Quand le poison est injecté dans les veines , il agit plus vite et plus puissamment. Les phénomènes se déclarent après trois ou quatre minutes; il y a alors vomissement de matières glaireuses, assoupissement, vertiges, pupilles très dilatées, faiblesse radicale dans les membres abdominaux.
Lorsqu’on a injecté 25 à 50 grains de l’extrait aqueux dans 6 gros d’eau, tous les phénomènes ci-dessus se manifestent, mais disparaissent bientôt, et l’animal est rétabli au bout de six heures; lorsque la dose a été portée à 40 ou 50 grains, selon la force de l’animal, la mort a lieu. Les phénomènes sont plus marqués et accompagnés de convulsions, de délire, cris, insensibilité et paralysie , si les doses sont très-fortes.
Sur l’homme, on observe des phénomènes très-remarquables, selon la gradation des doses. Il y a déjà long-temps que je m’occupe de ce sujet ; beaucoup d’expériences ont été faites sur moi-même.
En 1817 ou 1 848 , j’ai été à même d’étudier les effets sur l’homme, de la belladone introduite à assez haute dose, avec une grande attention; j’ai pu observer les phénomènes toxiques persistant pendant plusieurs jours , et offrant, outre les nausées, le vomissement, la constriction de la gorge, la rougeur, la tuméfaction de la face, les éblouissements, la dilatation extrême avec immobilité des pupilles, et la non perception visuelle des objets, une sorte d’hallucination somnambulique, des gestes simulant un travail continu, comme celui d’enfiler des aiguilles, et de coudre sans rien tenir dans les mains , enfin, la vue d’objets fantastiques et imaginaires (1).
A une dose moindre, il y a du délire gai, quelquefois des extravagances, d’autres fois de la stupeur, de l’hébêtude, selon l’idiosyncrasie du sujet, et même de la carphologie.
Enfin , à une dose moindre encore, il se déclare de l’embarras dans la tête, un sentiment de faiblesse des membres, des
(1) Voyez Jour*. Univ. des sc. méd. , t. 22, p. 259, où mes observations sont consignées ; voyez aussi le traité de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux , t. 1 , p. 211 , art. belladone, où elles sont rapportées.
PJISONS NON CORROSIFS.
alternatives de chaleur et de frissonnement, de l’oppression, quelquefois de légères nausées. Le phénomène le plus apte à se produire à la moindre dose, est la dilatation des pupilles, et un léger obscurcissement de la vue. J’ai dit qu’à l’autopsie, on ne remarque presqu’aucune lésion, je n’ai jamais pu apercevoir ces altérations des tubercules quadri-jumeaux et des tissus correspondants, que M. Flourens croit avoir rencontrées sur les animaux en pareil cas (1). Je suis convaincu, que la belladone, comme les autres agents toxiques, ne laisse aucune trace dans le cerveau. Tout est vital dans son action, et le professeur du Jardin-des Plantes aura attribué au toxique, des lésions qui, sans doute, reconnaissaient d’autres causes.
Berle à larges feuilles. Au rapport de Beyerstin, cette plante cause des anxiétés, des vertiges et quelquefois un délire furieux.
Bétoine. D’après Bulliard , cette plante excite le vomissement, cause des tranchées horribles, suivies de superpurgations dangereuses, et donne de la dyssenterie. J’avoue que je n’ai pas fait d’expériences pour constater le mode d’action de ces deux dernières plantes.
Brucine. Principe végétal, en base sali tîable, découvert dans l’écorce de la fausse angusture (Pelletier et Caventou), dans la noix vomique et la fève de Saint-Ignace : elle agit comme la strychnine, mais plus faiblement, c’est-à-dire, en produisant le tétanos, voyez strychnine.
Bryone. Son introduction dans l’estomac cause, après douze heures, un grand abattement, avec diminution de motilité, de la cardialgie, des vomissements violents, des déjections alvines , séreuses et abondantes, avec ténismes.
Quand la mort résulte de son administration par l’estomac, on trouve tout le canal alimentaire fortement rouge. Quand l’empoisonnement a eu lieu par le tissu cellulaire, toute la partie qui a reçu le poison est fortement enflammée.
Camphre , extrait du laurus camphora. Introduite dans l’estomac à la dose de o ou 4 gros, cette substance occasione toujours la mort; on remarque, dix à vingt minutes après l’ingestion, de l’agitation, une marche chancelante, des convulsions commençant par les muscles de la face et devenant bientôt générales, la tête fortement renversée en arrière, de l’insensibilité de la conjonctive, la perte de l’action des sens, l’afflux d’une
(T) Bech., exp. sur les fond, dusyst. nerveux, 182-i.
POISONS NON CORROSIFS
écume épaisse dans la bouche, la respiration gênée et accélérée y du vomissement, des cris, de la suffocation.
Quand la dose est peu forte, les accidents se bornent aux vertiges et à la faiblesse des membres abdominaux, ou rabattement, ou la stupeur, à un sentiment d’engourdissement et au ralentissement du pouls.
La dose étant moins forte encore, donne seulement lieu à un refroidissement assez marqué des extrémités; quelquefois elle cause des sueurs froides, de légers frissonnements et une saveur camphrée dans la bouche, des bâillements et des pandiculations. Entin, à doses très-minimes et répétées, le camphre paraît produire un sentiment de réfrigération et de léger frissonnement.
Lorsque le poison est ingéré , les phénomènes qui se montrent ordinairement dix à vingt minutes plus tard, amènent la mort ordinairement après huit à douze heures, et l’autopsie n’offre d’autres traces, que quelques ulcérations sans rougeur dans la muqueuse gastro-intestinale. Quand l’application a été faite sur le tissu cellulaire, les phénomènes toxiques ne se montrent assez souvent qu’au bout de vingt-quatre heures, et la mort n’arrive que le 5e jour. Si la dose, en contact avec le tissu cellulaire, n’est pas assez considérable, il peut se passer cinq jours sans qu’aucun phénomène soit produit.
Il suffit de 15 ou 20 grains de camphre introduit dans les veines, pour que les phénomènes se produisent : à peine l’injection terminée, la mort arrive dans l’espace de six à dix minutes (1).
Cerisier ( noyaux du ). Voyez acide hydroGyanique et amandes amères.
Cerbera ahorai et cerbera manghas, plantes qu’on assure être très-délétères et provoquer des vomissements , je n’ai pu m’en procurer pour les expérimenter.
Covctdille. Voyez vératrine.
Champignons vénéneux. On a rangé sous trois variétés les champignons , ce sont : les bolets, les agaries, et les amanites.
Je vais énumérer les espèces connues de ces trois variétés, en indiquant les phénomènes auxquels ils donnent spécialement lieu.
(I) Si l’injection est faite avec de l’huile camphrée, l'absorption est peu marquée, et même peut être empêchée par l’oblitération des vaisseaux capillaires , occasionée parles particules huileuses; quant, au contraire, c’est de l’alcool camphré qu’on injecte, l’absorption est très-rapide. Voyez à ce sujet les articles alcool et éther.
POISONS NON CORROSIFS. 133
1 Bolet de melèze, nausées, vomissement, superpurgation.
2 Bolets à tubes rouges et à tubes jaunes, vomissement, convulsions, chaleur, tranchées, spasmes, faiblesse.
3 Agaric styptique -, astriction à la gorge, douleurs gastrointestinales, vomissements, superpurgation.
4 Agaric rouge , idem.
5 Agaric caustique , id.
6 Agaric poivré , id. , moins délétère que le précédent.
7 Agaric meurtrier , id.
8 Agaric à zones y id.
9 Agaric à lait jaune , id.
10 Agaric à bords retroussés , id.
11 Agaric pâle , id.
12 Agaric testacé , id.
13 Agaric âcre , id.
14 Agaric plombé , id.
15 Agaric pointu rougeâtre y id.
16 Agaric amer , id.
17 Agaric pulvérulent, caractères toxiques non déterminés.
18 Agaric alliacé, caractères toxiques non déterminés.
19 Agaric faux mouveron , suspect.
20 Agaric crévassé , suspect.
21 Agaric blanc d? ivoire, suspect.
22 Agaric odorant, suspect.
23 Agaric ficdide , suspect.
24 Agaric à tête blanche, suspect.
25 Agaric picreas , suspect.
26 Les agarics cortinaires , suspects.
27 Agaric narcotique , suspect.
28 Agaric annulaire , suspect.
29 Agaric tête de Méduse , suspect.
30 Agaric en bouclier, suspect.
31 Amanite véruqueuse , suspecte.
32 Amanite mouchetée , suspecte.
33 Amanite orangée , suspecte.
34 Amanite verte , suspecte.
35 Amanite citrine , suspecte.
36 Amanite printannière , suspecte.
37 Amanite volvacée, suspecte.
38 Amanite solitaire , suspecte.
39 Amanite engainée, suspecte.
POISONS NON CORROSIFS
40 Amanite conique , suspecte.
41 Amanite pernicieuse , suspecte.
Quelques-unes de ces espèces sont désignées sous des noms différents par divers naturalistes. J’ai adopté les plus usités, et, bien que les symptômes varient peu selon les espèces et les dispositions individuelles, c’est principalement des quantités de substances ingérées que dépendent l’intensité et le développement des phénomènes toxiques.
Ce sont toujours des tranchées , un resserrement spasmodique plus ou moins violent de la gorge , avec chaleur âcre et afflux de salive dans la bouche , soif ardente, lièvre, météorisme et déjections sanguinolentes, quand les principes vénéneux agissent physiquement sur les tuniques du tube alimentaire. L’absorption plus ou moins rapide , et d’une plus grande quantité de matières, détermine, outre les vomissements et les déjections alvines, ou dans certains cas, delà constipation, du hoquet, de la gêne dans la respiration, des défaillances, des suffocations, du ralentissement et de la faiblesse du pouls, des convulsions, des raideurs tétaniques, des tremblements, du froid aux extrémités, delà faiblesse et même de la paralysie; quelquefois de l’insensibilité, une stupeur plus ou moins profonde, la perte d’un ou de plusieurs sens; d’autres fois, un délire plus ou moins intense, des visions fantastiques, des rêves effi ayants, des angoisses inexprimables.
Quelquefois , les premiers effets du poison se déclarent immédiatement après l’ingestion; le plus souvent ces résultats n’ont lieu qu’au bout de cinq ou six heures.
Après la mort , on trouve des traces plus ou moins étendues de phlogose, de corrosion et même de gangrène , selon l’intensité observée dans les phénomènes physiques; car ceux qui dépendent de l’absorplion ne laissent guères que des extravasations, ainsi que l’a constaté M. Magendie. Les phénomènes vitaux dûs à l’absorption dépendent plutôt de la réaction du cerveau sur l’organisme que de toute autre cause; ils portent sur les harmonies fonctionnelles plutôt que sur les tissus.
Ordinairement, après que le vomissement s’est déclaré, il y a amélioration, si toutefois il s’est effectué peu de temps après l’ingestion, et que h substance vénéneuse ait été éliminée. En effet, il ne reste plus alors que les lésions physiques déjà opérées, et le produit déjà absorbé, lequel doit nécessairement porter son influence sur la masse cérébrale. Dès que cette influence a été exercée par chacune des molécules délétères, à
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mesure qu elles sont mises en contact avec l’encéphale, et que la réaction sur l’organisme a eu lieu , il n’y a plus d’action produite. C’est là une loi invariable; mais il ne faut pas perdre de vue qu’il est des absorptions lentes et des absorptions rapides. On a vu , à l’exposition de l’alcool, des éthers, de l'acide hydrocyanique, avec quelle rapidité les phénomènes cérébraux sont excités et les réactions organiques s’opèrent; il est des principes végétaux qui sont absorbés presqu’aussi instantanément : tel est le camphre, les sucs des amandes amères, du laurier-cerisier. D’autre part, on se rappellera sans doute avec quelle lenteur l’absorption peut s’effectuer, ou au moins développer les effets cérébraux qu’elle doit produire, si l’on se reporte aux phénomènes déterminés dans la rage.
Il n’est point à notre connaissance qu’il y ait des principes végétaux (à moins qu’ils ne soient favorisés par l’alcool ou les éthers ) , aussi rapidement absorbés que le camphre el les principes volatils de laurier et des amandes; quoi qu’il en soit, quelques-uns les suivent de près , tels que la strychnine, la brucine; mais il n’en est pas non plus qui développe ses effets aussi lentement que le virus rabieux. On a vu des empoisonnements lents être opérés , et la mort survenir à la suite d’un dépérissement et d’effets insensibles; mais cela a toujours été produit par des doses toxiques très-faibles, incessamment renouvelées. 11 en est de même pour certaines émanations métalliques ou même végétales, par l’action lente et incessante des gaz délétères et de tous les produits nuisibles. C’est aux doses et à la rapidité d’absorption qu’il faut rapporter le plus ou le moins de violence ou d’énergie des symptômes.
Les effets toxiques qui se développent à l’occasion de l’ingestion des champignons, ne se déclarent (ai-je dit), qu’après cinq ou six heures ordinairement , et peuvent durer depuis quelques heures jusqu’à plusieurs jours. En général , quand les phénomènes ont apparu promptement, leur marche est rapide; mais lorsqu’ils ne se sont montrés que tardivement, leur développement a lieu avec lenteur; on a vu la mort survenir au bout de deux ou trois heures; d’autrefois, elle s’est fait attendre plusieurs semaines; il est vrai que dans ces derniers cas, tout phénomène toxique dépendant uniquement de l’absorption , a cessé depuis long-temps, et qu’il ne reste plus qu’une langueur, un état de consomption et de fièvre hectique, résultant évidemment des lésions physiques qui persistent. En effet, à l’autopsie, on rencontre des traces plus ou moins étendues de phlogose, de
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déperdition de substance, de suppuration ou de gangrène, dans les voies digestives principalement, il peut aussi se rencontrer quelques lésions physiques dans d’autres organes, par suite des réactions opérées par Je cerveau à l’occasion de l’absorption. Toujours est-il que les phénomènes toxiques purement dûs à, l’absorption, n’ont lieu qu’au moment où les molécules absorbées sont mises en contact avec le cerveau , et y exercent leur influence; il est bien vrai que, dans certains cas, comme dans la rage , ces phénomènes ne font explosion que bien long-temps après l’introduction du principe délétère dans l’économie; il existe là un mystère que nous ne comprenons pas encore bien ; mais il doit tenir ou à une stagnation dans les tissus, ou à une absorption qui s’opère après la ferrueitation qu’il y a subie sans doute; peut-être encore à une sorte de germination qu’il éprouve après le contact avec la substance cérébrale elle-même. Tout ce qu’on sait de positif à cet égard, c’est que le contact avec l’encéphale est indispensable; la réaction organique qui commence lès que le cerveau a été influencé, se développe ensuite plus ou moins rapidement.
Les phénomènes toxiques qui se sont développés à quelque degré que ce soit , n’amènent pas toujeurs nécessairement de telles désharmonies que la mort s’ensuive. Ce résultat dépend de la rapidité de l’absorption, en même temps que de la quantité de substance absorbée , ou de la continuité et du contact incessant des molécules délétères avec la matière cérébrale; d’autre part , elle est subordonnée à l’intensité de l’action physique et de la réaction que les tissus directement lésés exercent sur le cerveau. Lorsqu’une de ces conditions n’est pas remplie , le rétablissement a lieu, avec cette différence, je le répète , que les lésions physiques, même en se modifiant , laissent subsister des phénomènes pathologiques en raison de leur intensité ou des désorganisations produites, et que les lésions vitales, celles qui sont entièrement dues à la réaction de l’encéphale par cause absorbante, ne laissent chez les individus capables de réflexion, qu’une impression morale produite par le souvenir, tandis qu’elles cessent entièrement d’affecter les brutes qui, le danger éïanl une fois passé, reprennent leurs habitudes comme si rien n’était arrivé.
Chel idoine ; il y a deux variétés de cette plante, la chelidoine éc lai rie et la glauque : toutes deux sont vénéneuses. Leur ingestion occasione , au bout de cinq à six minutes , des efforts de vomissement ; quatre heures après, des inspirations
POISONS NON CORROSIFS
profondes : la motilité et la sensibilité s’affaiblissent considérablement; mais le phénomène le pins remarquable, est une illusion de l’esprit par aberration de perceptions sensoriales, une véritable manie; toutefois il arrive souvent que la vue et fouie ne sont aucunement impressionnables, il semble que l’action de la chelidoine porte ses principaux effets sur la 5e paire et sur le lobe sus-spinal , là où les opérations sensoriales et de sensibilité sont coordonnées. Ce fait est curieux et présente au névrologue , une particularité dont l’indication ne sera peut-être pas sans valeur à ses yeux.
La mort arrive quatre à six heures après l’ingestion. A l’autopsie, on trouve la membrane muqueuse de l’estomac d’un rouge vif Celle de l’intestin n’est aucunement altérée.
Quand le poison est appliqué en extrait sur le tissu cellulaire , ce n’est qu’au bout de quinze heures que l’animal éprouve une insensibilité marquée, et que la perte du mouvement se déclare. Du reste, la mort arrive dans les douze heures qui suivent l’apparition des premiers phénomènes. Dans ce cas, on ne découvre aucune lésion dans l1 estomac , mais les environs de la plaie montrent de l’inflammation. Quelques traces de lividité dans le poumon se laissent parfois apercevoir , ce qui a lieu surtout par l’injection de l’extrait aqueux dans les veines. Dans ce cas, les accidents affectent une marche plus rapide.
Chorophylium sylvestre (cerfeuil sauvage); celle plante paraît avoir occasioné des vertiges, du délire, un assoupissement très-profond, de l’étranglement, de l’engourdissement et la mort. Je ne l’ai pas expérimentée.
Ciguë aquatique ingérée; elle occasioné des vomissements au bout d’une demi-heure, afflux d’écume à la bouche, soif, anxiétés précordiales, hoquets, mouvements convulsifs trèsviolents, tétanos dans les intervalles, station impossible par vacillement, douleurs articulaires, déjections alvines, et vomissements, perte des sens; mort le deuxième ou troisième jours.
A dose moins forte, cette plante occasioné des éblouissements, un obscurcissement de la vue, des vertiges, de la céphalalgie, de l’agitation, des douleurs précordiales, de la cardialgie, une sécheresse de la gorge avec soif ardente et éructation; quelquefois vomissement de matières verdâtres, trismus, lipothymie, refroidissement des extrémités, et dans d’autres cas un délire affreux.
Lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire , il n’y a souvent nul effet produit; d’autrefois, seulement de rabattement et une démarche vacillante.
POISONS NON CORROSIFS
Injecte dans les veines, le suc a un effet bien plus actif ; les convulsions et les mouvements tétaniques deviennent alors beaucoup plus violents.
A l’autopsie, les tissus en contact immédiat se montrent phlogosés; les vaisseaux du cerveau sont distendus par du sang noir.
Ciguë commune ou grande ciguë. C’est celle qu’on croit avoir été employée comme ingrédient dans le breuvage mortel qui servait aux exécutions judiciaires des anciens ; mais M. Roques remarque qu’on est encore incertain sur la composition du breuvage qui a fait perdre la vie à Socrate, à Phocion , à Philopemen. Ces hommes illustres, après avoir bu la ciguë , n’éprouvaient, s’il faut en croire le Phidon de Platon, que de l’engourdissement et un froid mortif; ils s’éteignaient, pour ainsi dire, en discourant avec toute leur raison et sans le moindre indice de convulsion , sans douleur, ni vomissements; tandis que notre grande et notre petite ciguë (qui, certes, ne doivent pas avoir dégénéré, puisque les espèces sont indélébiles dans leurs types, comme clans leurs attributions, malgré toutes les allégations qu’on a voulu avancer à ce sujet, produit des douleurs atroces, de la soif, des convulsions, des vertiges et quelquefois un délire qui va jusqu’à la fureur, d’où l’on peut conclure, observe M. Roy eus, que les Athéniens tempéraient les principes âcres de la ciguë par le suc de pavot ou par quelqu’aulre substance narcotique que nous ne connaissons point (l).
A l’autopsie , on ne découvre aucune lésion de tissu , le cœur continue à se contracter , si l’ouverture du cadavre est faite peu de temps après la cessation des harmonies cérébro spinales, on trouve qu’il renferme un sang fluide et noirâtre.
A dose peu forte , la ciguë occasione quelques crampes d’estomac ; elle rend la respiration courte , suspirieuse , le pouls petit , fréquent ; elle cause de la céphalalgie, des engourdissements dans les membres du froid aux extrémités, une sorte de spasme musculaire, de la somnolence, des vertiges, et un délire avec hallucinations plus ou moins marqué. Au reste, ces symptômes sont variables, et je n’ai jamais obtenu exactement les mêmes effets aux mêmes doses chez des individus différents ; mais cela doit être, car les idiosyncrasies, aussi bien que les saisons dans lesquelles on récolte la plante, doivent entrer pour
(1) PlIYTOGRAPHlE MÉDICALE, t.2 p. 85.
POISONS NON CORROSIFS
quelque valeur dans ces différences. Les régions où on la cultive, doivent y être aussi pour quelque chose; il convient de tenir compte de toutes ces considérations.
Les effets sont surtout très-variables lorsque l’application a lieu sur le tissu cellulaire. Dans certains cas, aucun effet n’est produit; dans d’autres, la mort arrive après dix à douze heures , sans qu’on ait pu remarquer rien de caractéristique ; dans d’autres enfin , l’animal éprouve , quoique plus tardivement , tous les symptômes signalés par l’empoisonnement sur la surface gastrique.
L’injection dans les veines de l’extrait aqueux (28 à 30 grains) est moins infidèle et produit des effets instantanés, comme chute subite, dyspnée, tremblement général, convulsions des membres, renversement de la tête sur le dos , perte des sens , mort après quatre à cinq minutes.
Quand l’injection a été peu forte (10 à 12 grains), on ne produit souvent que de l’assoupissement ou de la stupeur, de l’accélération dans la respiration , et un peu d’immobilité. Du reste, le rétablissement peut avoir lieu après douze ou quinze heures.
Clématite . Il existe trois variétés vénéneuses de cette plante, la brûlante, la droite, et celle à feuilles entières ; leur ingestion occasione une chaleur brûlante à la langue, aux parois de la bouche et jusque dans l’œsophage, des tranchées violentes avec flux dyssenterique et la mort.
A l’autopsie , on trouve les tissus avec lesquels le suc de la plante a été mis en contact, phlogosés et corrodés.
Colchique y voyez J^ératrine.
Coloquinte. Introduite en poudre ou en extrait dans l'estomac, et enassez grande quantité, elle occasionne, au bout d’une ou de plusieurs heures , quelquefois moins , de violents efforts pour vomir, accompagnés de douleurs intestinales avec météorisme; quelquefois selles avec ténesme; d’autrefois , constipation, hoquet, refroidissement des extrémités , marche chancelante, vertiges très-forts , immobilité; enfin, mort après six à dix heures.
Lorsqu’on applique la coloquinte en poudre sur les tissus dénudés, non saignants quinze à vingt heures après, il peut n’èlre survenu nul phénomène, et cependant la mort arrive après vingtquatre heures.
L’injection dans les veines, où la plèvre, agit beaucoup plus promptement que par l’estomac.
A l'ouverture, quelle que soit la manière dont le poison ait
POISONS NON CORROSIFS
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été introduit , on trouve toujours des altérations des intestins, et particulièrement du rectum et du colon.
La coloquinte, administrée à petites doses, peut facilement déterminer l’entérite et la dyssenterie. Les individus qui échappent à la mort, restent très-îong-temps en proie à une grande faiblesse.
Coque du levant , voyez Picrotoæine.
Coriana myrtifolia ; les baies de cette plante ingérées, paraissent occasioner de fortes tranchées et des convulsions horribles , une demi-heure après l’ingestion; je ne l’ai pas expérimentée.
Coranille bigarée. Le suc des feuilles de cette plante pris par la bouche, détermine au bout de deux heures des envies de vomir et un mal-aise général, puis des vomissements et des défaillances, des spasmes, des convulsions et la mort.
A l’autopsie , on trouve les tuniques de l’estomac et des intes- • tins fortement phlogosées.
Couronne inipe'riale. M. Orfîla a constaté que le bulbe conlus de cette plante a amené la mort, au bout de trente-six, quarante-huit ou soixante heures, sans laisser de trace de rougeur, ni d’aucune lésion du tube digestif; mais i! ne dit rien des phénomènes toxiques qu’eile a produits. Je n’ai aucune expérience propre à cet égard.
Croton tiglium (1). L’huile fixe obtenue par expression des semences de celte plante, est douée d’une grande énergie. Il suffit d’une goutte appliquée sur la langue, chez l’homme, pour déterminer un effet purgatif. Une seule goutte mise sur la langue d’un chien de petite taille occasione chez lui , au bout de dix minutes, du mal-aise, l’expulsion d’une grande quantité de salive écumeuse, et une demi-heure après, une déjection alvine. Deux gouttes chez le même individu, produisent des effets plus intenses et plus prompts. Douze gouttes injectées dans l’estomac , provoquent après dix minutes, des vomissements répétés et de vives souffrances. Cinq gouttes injectées dans les veines, déterminent au bout de quelques minutes, un vomissement abondant de salive écumeuse, de la gêne dans la respiration , des grincements
(1 ) Cet arbrisseau, de la famille des euphorbes , paraît être le même qui produit les semences connues sous le nom de pignon d'Inde , et qu’on dit provenir du intropha curcas. M. Cavenlou a fait des expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard.
POISONS NON CORROSIFS
de dents, de la petitesse et de la concentration du pouls, de la tristesse et de l'engourdissement. Douze minutes après l’injection, une évacuation de matières fécales et de mucosités, et, deux heures après, la mort.
A l’autopsie, soit que le poison ait été ingéré ou qu’il ait été injecté dans les veines, on trouve la tunique intime du tube digestif (particulièrement du duodénum , et quelques parties du gros intestin ) , phlogosée au plus haut dégré.
Les émanations de cette huile fortement aspirées par le nez, suffisent pour purger certains individus.
La sécrétion de l’urine paraît chez quelques personnes, considérablement augmentée par l’usage de celte huile.
Curare , poison américain, extrait de la liane vijuco dç mavacure. On ne connaît pas précisément son mode d’action. Il est clair qu’il agit sur le torrent circulatoire par absorption comme tous les poisons ; mais ce mode d’action n’indique pas les phénomènes organiques qu’il détermine. Les indigènes se servent de ce suc épaissi, pour empoisonner leurs flèches. (Voyez Ticunas et EV oorara.)
Cyclamen d'Europe purge avec beaucoup de violence à la dose d’une drachme, et excite des vomissements avec sentiment de strangulation, étouffements, tranchées, faiblesse, des tournoiements avec tintements d’oreille, sueurs froides, mouvements convulsifs et mort. Je n’ai pas de faits particuliers sur cette substance.
Cynanchum droite, occasione des vomissements violents, du tremblement, des convulsions et la mort, il existe aussi le cynanchum viminale qui a les mêmes propriétés; il en est de même du cynanchum arguel. Je n’ai pas de faits propres non plus concernant ces plantes.
Cythise des Alpes ; propriétés vénéneuses; pas de renseignements précis sur ses effets.
Daphné-bois-gent i I . Lorsqu’on le màohe, on éprouve à la langue, aux parois delà bouche, et jusque dans f œsophage, une chaleur brûlante qui dure plusieurs heures, et amène bientôt la mort.
Daphné' gnidium ou garou , son écorce, réduite en poudre, occasione des vomissements, un afflux d’écume à la bouche, des évacuations alvines, des cris, de l’abattement, de l’accélération des mouvements du cœur, de 1 affaiblissement, de la diminution de sensibilité et la mort.
POISONS NON COiUlOSIFS.
Lorsqu’on l’applique sur les tissus dénudés, il en résulte une insensibilité assez marquée (1).
A l’ouverture , on remarque que la membrane muqueuse gastro-intestinale est d’un rouge livide, lorsque la substance a été ingérée. L’inflammation existe dans la partie opérée, quand elle a été mise en contact avec les tissus dénudés.
Daphné lauréole , agit comme violent purgatif. Cette plante ingérée, détermine dans la gorge une inflammation très-vive qui menace le patient de suffocation; il survient des tranchées horriribles, des vomissements et la mort.
Daphné odorante , comme ci-dessus.
Daphné thymloea , idem.
Daphné alpina , idem.
D attira Stramonium. L’extrait aqueux administré par l’estomac (demi-once) provoque des efforts pour vomir au bout de six minutes, et ensuite beaucoup d’agitation, des cris plaintifs, affaiblissement des membres abdominaux , respiration par intervalles accélérée, battements de cœur forts et fréquents, au bout d’une heure; assoupissement, au bout de quatre; marche vacillante, au bout de six , vertiges très-marqués, mort après douze heures.
Les phénomènes tardent beaucoup plus à se montrer quand le poison a été appliqué sur le tissu cellulaire non saignant; ayant été injecté dans les veines ou dans la plèvre (50 grains d’extrait), à l’instant les membres se raidissent, la tête se renverse fortement sur le dos, il y a perte des sens, et la mort peut survenir au bout de quatre minutes.
Quand la dose est moins forte, les phénomènes déterminés consistent en une espèce d’ivresse, un délire avec hallucination et même perte des sens, quelquefois fureur, tremblements, convulsions, sueurs froides, paralysies des membres. Cet état peut se terminer ou non par la mort.
Quand la dose est légère, il se manifeste une espèce de somnambulisme, des hallucinations, des gesticulations continuelles, la face rouge, avec perte réelle des sens; quelquefois de la stupeur et un léger état convulsif; d’autrefois, il résulte de l’ingestion de petites doses de cette substance délétère de la somnolence,
(1) On sait qu’appliquée sur la peau, celte écorce, ramollie dans le j vinaigre , excite une inflammation dont on a tiré parti pour opérer révulsivement ; dans ce cas , son action sur le système nerveux est toute physique ; il y a réaction sur le cerveau , des organes excités par les nerfs de la sensibilité.
POISONS NON CORROSIFS. 143
puis des propos et des gestes extravagants , un véritable état de folie, qui dure plusieurs heures.
L’autopsie des animaux sur lesquels le poison a agi par l'estomac, montre la membrane riiuqueusede cet organe d’un rouge vif; on ne trouve rien lorsque la mort a lieu par application sur le tissu cellulaire ou injections dans les veines.
Datura metel ,. détermine de l’ivresse, accompagnée de trouble des sens, de stupidité ou de fureur, de gesticulations, de vertiges, de tremblements et de sécheresse extrême dans toutes les parties de la bouche; quand la dose est forte, il s’y joint de la somnolence, des vomissements et des convulsions.
Daturas fastuosa, feroæ et tatula. Ces variétés produisent des effets narcotiques, troublent les fonctions cérébrales et occasionent la stupeur; toutes tiennent de l’action du slaomoine.
Delphine , principe actif delà staphysaigre; injectée dans les veines, ou introduite dans l’estomac, la substance qui contient ce principe m’a semblé agir plus spécialement sur les harmonies de direction, ou d’équilibre , en les détruisant. Mes idées ne sont pas encore bien arrêtées à cet égard ; il faudrait des expériences plus multipliées.
Dentelaire d'Europe. Lorsque l’on mâche cette plante, on éprouve une sensation brûlante, qui se répand jusqu’au fond du gosier, et qui est suivie d’une abondante salivation.
Dentelaire de Ceylan, agit physiquement en corrodant légèrement. Les effets toxiques de cette plante ne sont pas bien précis.
Digitale. Il existe plusieurs variétés de la plante de ce nom , la pourprée est la plus usitée. Les expériences faites sur ces diverses variétés ont amené des résultats divers, mais ils se concilient tous par la découverte et l’isolement du principe actif de ces plantes dus à M. Leroyer, de Genève.
Digitaline. Principe actif des variétés delà digitale (1); l’injection d’un grain de cette substance dans l’estomac, ralentit la respiration, chez un chien de moyen taille, au bout de quelques minutes, et fait tomber le pouls de quatre-vingt-dix à soixante pulsations, s’effectuant avec irrégularité. Les harmonies fonctionnelles s’abolissent graduellement sous l’influence de cette
(1) Je consigne ici une note de M. le professeur Caventou, à propos de cet article. * Les chimistes n’admettent pas l’existence de la digitaline, « qu’en a annoncée comme principe pur. C’est une matière extraliforme, « dont la nature chimique n’est pas encore bien connue. *
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substance, sans qu’il survienne la moindre agitation musculaire j ni le moindre signe d’exaltation de sensibilité.
Lorsqu’un demi-grain de digitaline dissous est injecté dans les veines, les symptômes sont les mêmes; mais ils se développent plus rapidement, la mort arrive au bout de 15 minutes. Pendant les dernières minutes, la respiration a 6 ou 8 inspirations; le pouls faible et irrégulier finit par se perdre entièrement.
L’application sur le tissu cellulaire produit nécessairement des effets plus lents.
Les expériences comparatives avec le suc de la plante en solution, ont donné des résultats beaucoup plus infidèles et moins marqués; ainsi, dans certains cas, il ne s’est manifesté aucun phénomène remarquable; dans d’autres, il y a eu des vomissements et des convulsions; dans d’autres, de la tristesse, des vertiges, de la lenteur du pouls, quelquefois de l'accélération.
L’injection dans les veines du suc de la plante n’a pu déterminer la mort qu’au bout de 40 à 50 minutes. 11 est donc clair que la digitaline agit plus rapidement et plus sûrement.
Le sang artériel des animaux qui ont succombé par suite de l’emploi de cette substance présente une teinte veineuse trèsprononcée.
A l’autopsie, le canal digestif, ni les autres organes, ne laissent apercevoir ordinairement aucune trace de lésion.
Douce amère , voyez salunine.
Elatérium , 5 gros d’extrait introduits dans l’estomac, produisent, après 10 minutes, des nausées et des efforts pour vomir; après deux heures, faiblesse et insensibilité, respiration profonde, accélérée, mort après six heures.
L’application sur le tissu cellulaire ne détermine, après 24 heures, que de l’abattement, puis une insensibilité générale et la mort au bout de trente heures.
Par l’injection dans les veines, les mêmes symptômes que par l’application gastrique ont lieu, accompagnés de convulsions , de vertiges et de vomissements répétés.
A l’autopsie, la partie inférieure du canal digestif est particulièrement phlogosée.
Ellébore blanc , voyez vératrine. I
Ellébore noir , une forte dose de la racine réduite en poudre f a été introduite dans l’estomac d’un assez gros chien (l once). Aussitôt immobilité, ralentissement sensible dans la circulation,
mouvements du cœur rares, ensuite augmentation des pulsations et quelque gêne dans la respiration , mais progression de l'immobilité, raideur des membres, efforts pour vomir, puis mort vingt minutes après l'introduction du poison.
Ordinairement une dose un peu moins forte provoque d’abord des envies de vomir au bout de 10 minutes, des vertiges légers, des vomissements et des déjections alvines, puis un peu d’anhélation, une grande faiblesse, de l’insensibilité, et la mort au bout de six à huit heures.
A une dose moindre encore, les envies de vomir ne se déclarent qu’au bout de deux heures; quinze à vingt heures après, abattement et souffrances; au bout de trente heures, vertiges, quelques mouvements convulsifs, mort après trente-six heures.
Quand la substance est appliquée sur le tissu cellulaire non saignant, on n’a quelquefois remarqué que de rabattement, après trois jours, quoique la mort puisse arriver au cinquième jour. On voit que si l’absorption et les effets qui en résultent, sont, dans certains cas, très-rapides, ils sont, dans celui-ci , excessivement lents.
Il est inutile d’ajouter que les phénomènes produits par l’application gastrique sont plus marqués, et qu’ils se développent bien plus rapidement et à une bien plus grande intensité par l’injection du poison dans les veines.
La lésion physique, la lésion de tissu, se bornent à une inflammation légère (1).
Emetine ? principe actif de l’ipécacuanha et de quelques autres plantes, telles que la violette, etc., 1, 2 à 5 grains produisent un vomissement, suivi ordinairement d’un sommeil assez prolongé. A dose de 10 grains, vomissement répété, déjections alvines et mort dans les 24 heures.
A dose fractionnée (un quart de grain), il ne se déclare que des nausées et un très-léger vomissement sans autre accident.
Les résultats sont les mêmes, mais beaucoup plus prompts et plus énergiques , si l’émétine est injectée dans les veines.
E purge , voyez eupliorbia laiyris.
Ergot, voyez seigle ergoté.
Ervurn ervilia. (ers). La semence ingérée, produit un affaiblissement marqué des membres abdominaux.
(d) M. Orfila dit que quand la mort n'est pas survenue promptement , le poison ayant été introduit par l'estomac, le rectum offre toujours des traces manifestes d’ irritation .
POISONS INONi CORROSIFS.
Ethuse fétide , voyez ciguë (petite).
Euphorbes. Il existe une grande famille de ce nom, dont tous les membres ont des propriétés délétères à peu de chose près identiques; il me suffira de les énumérer, et de présenter ensuite collectivement leurs effets.
On distingue V euphorbe, lathyris (\), le réveil-matin, lacypctrisse , Uésule , V euphorbe des bois , des marais , auxquels il faut ajouter les variétés qui ont reçu le nom de monnoye , de rond , d’auriculé, en Jaulx , maritime, des blés, denté, sapinette , de Gérard , des vallons, piquant, verruqucux, à larges feuilles. A toutes ces espèces, qui habitent nos contrées, il faut en ajouter quelques autres qui croissent en Afrique et dans l’Inde , telles que Veuphorbia anti quarum, V afficinarum, la canariensis , V heptagona , et enfin Veuphorbia ipécacuanha.
Le suc de toutes ces plantes, pris intérieurement, occasione une sensation brûlante et douloureuse dans toutes les parties de la bouche, dans la gorge et dans tout le trajet du canal alimentaire; vomissements répétés, déjections séreuses, plus ou moins abondantes, déchirement d’entrailles hémorrhagies, etc. Cependant, là, ne se bornent pas les phénomènes produits; il en est d’autres qui sont certainement dus à l’absorption , et qui s’y ajoutent, tels sont, outre les vomissements, rabattement > les tremblements, convulsions, les lésions respiratoires, de sensibilité et de sensation, dépendant de la réaction du cerveau sur les organes, et inséparables de la toxication plus ou moins fortement prononcée.
Après la mort, on trouve des traces évidentes de phlogose, des taches gangréneuses, des érosions dans les tuniques, de festomac et des intestins, toutes preuves irrécusables de l’action physique qu’exercent ces substances sur les tissus organiques. Aussi est-il reconnu que les phénomènes nerveux physiques ont la plus grande part dans l’action des poisons de la famille des euphorbes.
Fève de Saint-Ignace. Voyez strychnine.
Fritillaire méléagre , réputée vénéneuse.
Fusain d'Europe, plante éméjique et purgative, causant des nausées fatigantes , et irritant vivement 1 estomac, selon la sai-
(1) L’huile exprimée des semences d’ euphorbia latyris provoque le 1 vomissement; mais surtout' la purgation sans ténisme, ni coliques. Ce qui J prouve que les divers produits d’une même plante peuvent occasioner des effets différents.
POISONS NON CORROSIFS. i ïî
son où elle est cueillie. Je n’ai pas, sur ces deux plantes, de fait qui me soit propre.
Garou. Voyez daphné gnidium.
Gomme gutle . produit du stalagmitis gambogioides. L’inges^lion de -H 5 gros de cette substance détermine, au bout de trois ou quatre heures, de violents efforts pour vomir, tl se déclare quelques légères douleurs, et de la difficulté de respirer : la mort arrive sans convulsion ni paralysie, après dix à douze heures ; quand la dose est moindre ( 2 gros ) , la mort arrive dans le même temps à peu près sans d’autres phénomènes que de l'abattement et quelques selles liquides; il y a par fois des efforts pour vomir et des vomissements.
Quand la dose n’est que d’un gros, il se manifeste seulement de l’abattement et le rétablissement a lieu.
Lorsqu’on fait l’application sur le tissu cellulaire, la mort arrive de la même manière, mais plus lentement.
A l’autopsie, les parties qui ont été en contact avec le poison, présentent une légère inflammation.
Gratiole. 5 gros introduits dans l’estomac provoquent après dix à douze heures, des cris plaintifs, il survient de l’abattement, la motilité et la sensibilité diminuent manifestement, et la mort arrive ordinairement dans cet état.
Les mêmes phénomènes ont lieu par l’application au tissu cellulaire; l’injection dans les veines, de 50 grains de l’extrait, a déterminé l’insensibilité, une selle, une heure après l’injection, et la mort au bout de deux heures. Lorsque l’injection a été faite avec 20 grains, les accidents se bornent à des efforts pour vomir au bout de six à huit minutes; quelques selles se déclarent après une demi-heure, et le rétablissement s’effectue.
Chez les femmes, la gratiole provoque assez souvent le délire nymphomane.
Hippotnane. Voyez mancenillier.
Hydrocotyle vulgaris , plante douée d’une saveur âcre, elle est réputée nuisible : je n’ai aucun fait à son égard.
If. Bien que l’ingestion du suc de cette plante ne produise pas ordinairement d’effet toxique, son introduction dans les veines, à dose de 40 grains de l’extrait, occasione des vertiges , de la faiblesse dans les membres postérieurs, et de l’assoupissement au bout de cinq minutes. La mort peut arriver après dix à douze heures.
I pécacuanha. Voyez émétine.
Iris. Il existe plusieurs variétés de cette plante, toutes ne
POISONS NON CORROSIFS
sont pas vénéneuses : l’iris germanique excite de violentes purgations et l’inflammation à la manière des substances qu’on a rangées parmi les poisons âcres. L’iris fidèle atlaque avec énergie la membrane muqueuse alimentaire. L’iris cle Sibérie est très âcre et éminemment styptique. L’iris tubéreuse est également drastique. Les propriétés toxiques de ces plantes sont, en général, peu actives.
Ivraie. Son ingestion cause, au bout de quelques heures, des anxiétés, des nausées, des vomissements, des spasmes, de l’engourdissement, du tremblement de toutes les parties du corps, un état d’ivresse, enfin, une faiblesse générale, et une insensibilité des sens et surtout d’obscurcissement de ta vue, de tintement d’oreilles et d’aphonie. 11 y a quelquefois des convulsions : l’assoupissement s’ajoute toujours à celte série d’accidents. Lorsque la scène doit se terminer par la mort, elle n’arrive jamais promptement.
latropha. Il existe trois variétés de cette plante, le iatropha curcas , dont les semences ont fourni à M. Caventou, un produit semblable en tout à l'huile de croton tiglium ( Voyez ce mot). Ces semences ingérées déterminent le vomissement, la superpurgation, l’insensibilité et la faiblesse musculaire. Le iatropha manchot détermine l’enflure du corps, des nausées, des vomissements, des douleurs d’estomac et de tête, des vertiges, de l’obscurcissement de la vue, des défaillances, du froid aux extrémités, l’extinction des forces et la mort. Le iatropha multijîda produit des effets analogues.
Jalap. Sa résine, introduite dans l’estomac à dose de 2 à 5 gros, occasione, au bout d’un quart-d’heure , des vomissements, Les muscles de l’abdomen se rétractent avec violence, la bouche se remplit d’écume , le regard devient fixe, les membres tour-à-tour raides et tremblants. Mort après douze heures.
Quand la dose n’a été que d’un gros, l’animal ne se montre ordinairement que faible et abattu; du reste, les déjections sont les mêmes.
A 24 grains, la mort ne survient pas; il y a, comme dans le cas précédent, un grand abattement; il reste les jours suivants un peu de tristesse, puis le rétablissement devient complet.
A 0 ou 10 grains, l’effet purgatif ne se déclare qu’au bout de six à douze heures, avec quelques légers frissons.
L’application au tissu cellulaire ne produit qu’une légère inflammation.
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L’injection dans les veines et la plèvre, détermine instantanément des frémissements, de la raideur dans les membres, et un grand abattement. Les déjections ne paraissent pas être plus fortement provoquées par l’injection dans les veines, que par l’introduction dans l’estomac. L’action toxique sur le système nerveux cérébro-spinal est celle qui agit avec le plus d’énergie. L’effet purement purgatif semble résulter plutôt d’une absorption lente.
Du reste, la phlogose intestinale paraît être toujours en raison de l’effet purgatif produit.
Joubarbe des toits ( sedum acre), 4 onces du suc de cette plante introduites dans l’estomac, provoquent des envies de vomir au bout d’une demi-heure, puis, de violentes évacuations. Après dix heures, abattement, insensibilité, pertedesens, mort après vingt-quatre heures.
A l’autopsie, la membrane muqueuse gastrique est très-rouge.
Jusquiame. Il existe plusieurs individus de cette famille, doués de propriétés vireuses. On distingue la jusquiame noire , dans les semences de laquelle M. Bronde a découvert un alcali végétal qu’il nomme hyoscyamin , et qui, probablement, n’est autre que la solanine , ou du moins, qui en contient. Les phénomènes produits par les principes de cette plante, sont un spasme guttural avec aphonie, difficulté dans l’émission des urines, perte momentanée de la vue, rire sardonique, et changement de place à chaque instant; puis, faiblesse, céphalalgie, convulsions des membres, délire quelquefois poussé jusqu’à la fureur, illusions optiques, sentiment d’ardeur à l’épigastre, vomissements et soif intense, trismus; enfin, engourdissement^ stupeur, tendance irrésistible au sommeil. Tous ces syplômes se montrent avec plus ou moins d intensité selon la dose de poison ingérée, et selon l’idiosyncrasie de l’individu chez lequel ils se développent: voici, au reste, les effets toxiques les plus ordinaires ; on a vu 5 onces de la racine fraîche, introduite dans l’estomac d’un chien, ne produire d’autre effet, après quarante heures, et même au bout de trois jours, que de l’abattement.
8 onces du même suc introduit, procure de l’assoupissement, une faiblesse marquée des membres abdominaux , de la dilatation des pupiles, un grand abattement, et la mort après trente heures.
Chez d’autres animaux , une moindre dose amène une grande insensibilité, de l’immobilité après quelques mouvements convulsifs, et la mort après deux ou trois heures.
POISONS NON CORROSIFS'
Cl) ez d’autres, Inapplication sur le tissu cellulaire, amène des vertiges et de la faiblesse dans les membres abdominaux; cet état a duré quatre jours, au bout desquels l’animal meurt ordinairement; quelques-uns, n’ont succombé qu’au bout de sept jours.
L’injection de l’extrait dans les veines, a produit, comme toutes les autres substances, des phénomènes plus rapides et plus marqués.
Dans tous les cas , même dans l’administration sur le tissu gastrique; on a trouvé ce tissu, peu ou point enflammé.
La jusquiame blanche produit en général des vertiges, une très-grande débilité des membres abdominaux, une dilatation très-forte des pupilles, du délire; souvent de la dysurie , de la faiblesse dans les membres abdominaux, des convulsions, des coliques, des vomissements et des selles copieuses, surtout des illusions optiques.
La jusquiame dorée produit des tremblements et de la faiblesse dans les jambes , et la mort après cinq, six ou dix jours. Les animaux jeunes et vigoureux résistent souvent et se rétablissent.
La jusquiame phy saloide trouble l’esprit, le frappe de terreur par des images effrayantes , fantastiques, et produit une sorte de délire, qui donne aux plus petits objets, l’apparence d’une masse énorme; quelquefois cette variété excite une loquacité remarquable, énergique et indiscrète.
La jusquiame dœtora a une propriété enivrante, elle trouble la raison et cause une sorte de démence, qui dure plusieurs jours.
La jusquiame de scopoli , jette dans l’assoupissement et la stupeur.
Le principe actif de toutes ces espèces, est probablement dû à la solanine (voyez ce mot.) Cependant, les combinaisons avec d’autres éléments , doivent varier dans chaque espèce de la même famille , puisque nous avons constaté que chacune d’elle a un mode d’action en particulier, sur le système nerveux.
Laitue vireuse. L’extrait, administré par l’estomac, ne produit pas d’effet plus marqué à la dose de 5 gros qu’à celle de 2. Son absorption est très-lente; il occa.sione la mort après trente-six ou quarante-huit heures, sans avoir produit d’autres symptômes , que quelques vertiges , et un peu de raideur dans les membres, l’application sur le tissu cellulaire n’a d’effets ni plus ni moins marqués que par l’estomac; mais l’in-
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jection dans les veines, produit ses effets, en moins de deux minules; des vomissements se déclarent , de î’assoupissement après sept minutes, vertiges, marche chancelante; au bout de neuf minutes, chute sur le train de derrière, légers mouvements convulsifs, tête renversée sur le dos.
Lorsque l’injection dans les veines est portée à 48 grains d’extrait, les accidents se déclarent plus rapidement, et la mort arrive bien plutôt chez un chien, par exemple de taille ordinaire, que quand l’injection n’a été faite qu’à 24 ou 56 grains. Ôans le premier cas, la mort peut arriver en trois ou quatre minutes, dans le second, elle ne se déclare qu’après dix ou quinze minutes.
Les lésions physiques trouvées à l’autopsie, sont à peine sensibles dans tous les cas. Le sang contenu dans les ventricules du cœur , est noir.
Lathyrus cicera. Les semences de cette plante affaiblissent les membres abdominaux, et peuvent même amener une paraplégie durable. Je n’ai pas de fait particulier concernant ce végétal.
Laurier-cerise . Son action est due à une certaine quantité d’acide hydro - ciatrique combiné avec 1 huile essentielle d’amandes amères contenue dans celte plante ( voyez ces mots. )
Laurier rose ( nerium ). Introduit dans l’estomac à dose de 2 gros d’extrait aqueux, il a provoqué, au bout de douze minutes des envies de vomir, de légers vertiges ; après seize minutes, insensibilité et immobilité, stupéfaction; après dix-neuf minutes, renversement de la tête sur le dos, convulsions des membres thoraciques, mort après vingt-deux minutes.
Quand la dose est moins forte (48 grains) , vomissement, selles et légers vertiges; après vingt-huit à trente minutes, marche chancelante, faiblesse de membres abdominaux , mouvements convulsifs, etc., puis la mort arrive vers trente-six ou quarante minutes.
Lorsque le poison est appliqué au tissu cellulaire, les vomissements peuvent se déclarer au bout de dix à douze minutes, avec des déjections alvines, et de même que dans les précédents , les vertiges, l’insensibilité, la faiblesse des membres postérieurs , des convulsions, le renversement de la tête en arrière, peuvent avoir lieu .
Par l’injection dans les veines, les phénomènes sont , comme pour toute autre substance, plus rapidement développés. Ainsi, sur-le-champ, les muscles des membres se contractent violem-
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ment, les pâlies s'écartent, la tète se renverse fortement en arrière, la stupéfaction est complète en cinq minutes, et la mort, précédée drun tremblement général, se fait peu attendre.
On ne trouve presque nulle trace d’irritation lors des ouvertures cadavériques.
A dose non mortelle, le laurier-rose peut, déterminer des vomissements [dus ou moins abondants et douloureux, accompagnés d’éblouissements; de défaillance et de sueurs froides, à petites doses; il peut déterminer de la perte d’appétit, une courbature douloureuse dans les membres, une débilité musculaire très-prononcée, avec un malaise universel.
Létlnm des matais. Celte plante répand, dans la floraison ? une odeur forte, pénétrante, qui rend la tête pesante et porte au vertige. Le suc ingéré, cause des éblouissements , des tremblements, de la céphalalgie. Je ne l’ai point expérimentée.
L+cucoium . il existe deux variétés de cette espèce, une d'été et une de printemps , qui ont des propriétés émétiques, regardées comme vénéneuses et provoquant la transpiration. Je n’ai aucun fait particulier concernant leurs propriétés toxiques.
Lierre rampant . On prétend que le suc de cette plante, qui provoque le vomissement la superpurgation et peut causer de légers vertiges, doit être compris au nombre des substances vénéneuses; ce ne serait, en tout cas, que parmi les moins énergiques, que celte plante devrait être placée.
A dose plus élevé , elle n’est qu’excitante de la muqueuse bronchique, et il y aurait lieu de la classer parmi les corps médicamenteux simples, plutôt que parmi les toxiques.
Lin aire commune. Elle provoque le vomissement et la purgation; on regarde cette plante comme suspecte. Je n’ai aucun fait qui la concerne.
Lo belle brûlante .Cette plante occasione des vomissements répétés avec superpurgation, accompagnée d’une anxiété douloureuse et de convulsions; la lobéiie syphilitique, peut aussi produire des évacuations douloureuses et enflammer les organes gastriques.
Lo. lobéiie à longues fleurs est tellement délétère, que ses émanations suffisent pour faire naître une extrême oppression ; introduit dans l’estomac, le suc de cette piaule produit des vomissements affreux que rien ne peut appaiser. Après la mort, on trouve les intestins enflammés et gangrenés.
La lobéiie du chili a les mêmes propriétés. Je n’ai de fait particulier sur aucune de ces plantes.
Mancenillier. Elle produit de la chaleur intestinale et même la
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tuméfaction du ventre, de la faiblesse dans les membres abdominaux, des sueurs froides, des vomissements et des purgations répétées.
A la mort, on trouve le canal alimentaire ulcéré.
Mandragore. Son ingestion agit en produisant des hallucinations, à peu près comme la belladone; elle cause des vertiges, de la faiblesse et de la langueur, de la cardialgie, des vomissements, de la stupeur et de la somnolence; on prétend même que les seules émanations de cette plante, suffisent pour produire ces effets.
Mercuriale . Elle cause des vomissements violents, une forte diarrhée, avec céphalalgie brûlante, un sommeil profond, d’autres fois de l’étranglement, des vertiges et du délire; ces accidents peuvent aller même jusqu’à occasioner la mort.
Méthoni que superbe. Cette plante est réputée vénéneuse, mais je ne connais rien de ce qui la concerne.
Moniordique élastique ou concombre sauvage. Cette plante provoque des nausées et purge avec violence; en grande quantité elle occasione la mort.
Mo relie, voyez soianine.
Morphine, principe extractif du pavot, partie narcotique de l’opium; employée à l’état d’acétate, de sulfate, d’hydrochlorate et de citrate, donnée à l’intérieur à 12 ou 15 grains, la morphine n’excite quelquefois pas de vomissements, mais détermine la paralysie des membres abdominaux , spécialement un profond assoupissement, un peu de gêne dans la respiration, de la dilatation des pupilles; quelquefois il se déclare des secousses convulsives ; l’état normal peut se rétablir à cette dose, mais à une dose plus forte la mort a lieu : tout le monde se rappelle Casting et ses victimes; elle se trouve dans le pavot et dans l’opium, suc qui en est extrait uni à la narcotine. ( Voyez ce mot. )
A 5 ou 10 grains pris par l’estomac, des vomissements suivis de narcotisme et de débilité peuvent avoir lieu.
Appliquée sur le tissu cellulaire, la morphine cause des vomissements, provoque le sommeil et détermine du vacillement dans la marche, mais à un degré moins marqué que lorsqu’elle est introduite dans l’estomac.
L’injection dans les veines produit son effet presqu’instanlanémentet avec une bien plus grande vivacité.
A l’autopsie, nulle trace d’inflammation.
Du reste, la morphine, surtout à dose peu élevée, a une action très-variable, que M. Or ti la attribue à son peu de solubilité et à
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la difficulté avec laquelle elle est attaquée par les sucs de l'estomac.
Moutarde 11 n’est ici question que de la moutarde noire: étant mâchée, elle irrite toutes les parties de la bouche, excite une abondante salivation ; elle peut provoquer des nausées, des vomissements et même la mort.
Narcisse des prés. 4 gros d’extrait étant introduits dans l’estomac, provoquent, au bout d’une heure, des efforts pour vomir, au bout de trois heures, desselles et de l’agitation; après 10 heures, des vertiges, et la mort au bout de 15 à 18 heures.
Appliqué sur le tissu cellulaire non saignant, à dose de 40 à 50 grains d’extrait, il peut provoquer des vomissements, sans amener un état désespéré ; à dose plus forte, il se manifeste ordinairement avant les 5 premières heures une insensibilité marquée, une respiration profonde, et la mort arrive au bout de 6 à 7 heures.
L’injection du suc dans les veines agit plus rapidement, détermine des vomissements plus violents et plus répétés, et amène la mort au bout de 6 à 10 minutes.
A l’autopsie, l’inflammation locale est très-peu intense.
Narcotine. L’un des principes immédiats de l’opium, s’y trouve uni à la morphine. On l’extrait également du suc de pavot.
Administrée à dose d’un grain dans l’estomac d’un chien, cet agent produit de la stupeur et de l’hébétude, mais non un véritable sommeil ; il en résulte un état morne et immobile, qui conduit sans transition à la mort dans les 24 heures. Cette mort est précédée de quelques vertiges et de dilatation, et plus souvent de contraction des pupilles.
M. Cavenlou me fait observer, qu’on attache généralement trop d’importance aux propriétés de la narcotine; voici ce qu’il m’écrit à ce sujet : « Elle est stupéfiante, excitante ou inerte, suivant la nature des véhicules dans lesquels on l’administre, ainsi qu’il résulte des expériences d’Orfila. Bal ly l’a administrée à la dose de 72 grains, dissoute dans l’acide hydrochlorique, sans aucun effet; elle est excitante, dissoute dans 1 acide acétique, et stupéfiante dissoute dans l’huile d’olives (1) ; mais encore pour
(1) On sait (Voyez les articles alcool et éther) que l’absorption est d’autant plus sûre et plus rapide, que les véhicules sont plus diffusibles; et les expériences de M. Magendie prouvent que l’huile injectée dans les veines, peut amener la mort par obstruction en obstacle dans les vaisseaux capillaires, par conséquent, on ne peut rien statuer sur l’action d’une substance qui
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obtenir ces effets, faut- il porter la dose de la substance jusqu’à 15, 20, 50 grains d’un coup. »
Nicotiane (voyez tabac).
Noix vomique (voyez strychnine).
Ananthe. On distingue trois variétés principales de cette plante délétère; lune appelée phellanclrie (fenouil d'eau), l’autre nommée fistuleuse, et la troisième connue sous le nom de safranée. Toutes ces variétés produisent une chaleur brûlante à la gorge et à la région épigastrique, des vertiges, des nausées, des vomissements répétés ou de vains efforts pour vomir, des défaillances, des spasmes, quelquefois d’horribles convulsions. On observe rarement des hallucinations, des symptômes comateux, mais un phénomène constant et excessivement marqué, est le trismus ou resserrement convulsif et permanent des mâchoires.
La mort peut a ri ver au bout de 5 à 4 heures; après quelle est déclarée, on trouve des traces de phlogose dans l’estomac.
Je ne connais aucun fait d’application au tissu cellulaire, ni d’injection du suc de l’œnontha dans les veines.
Opium, suc concreté, extrait des pavots; ce suc contient divers principes, dont Je plus remarquable et le plus intéressant, est la morphine. ( Voyez ce mot. )
Aucun produit n’a plus divisé les médecins: les uns ont prétendu que l’opium était une substance stimulante, d’autres ont voulu qu’elle fût sédative; et quant à son classement, les uns l’ont rangée parmi les excitants, les autres parmi les narcotiques; d’autres, en l'excluant de cet deux ordres, l’ont considérée comme eoccerçant un mode d’action particulier, qui ne saurait être désigné exactement par aucune des dénominations actuellement en usage dans la matière médicale-, ce qui veut dire qu’on est fort embarrassé pour déterminer son action ; et cela doit être, si l’on cherche à limiter cette action à un seul mode ou à certains organes. L’opium comme la plupart des sublances délétères, n’attaque pas tel ou tel organe et n’exerce pas une action exclusivement stupéfiante, sédative ou excitante. Ce produit, comme tous les poisons, s’adresse aux harmonies, à la liaison des fonctions entre elles, et opère sur le système nerveux tout entier, avec moins d’intensité il est vrai, sur tel ordre de nerfs et tel centre nerveux; par exemple, sur l’appareil ganglionnaire et avec plus
influence le système nerveux, si elle est suspendue dans l’huile . au cas surtout que l’expérience, qui sert a constater ces effets, ait été faite par l'injection dans les veines.
roi SONS NON CORROSIFS.
d’activité sut tel autre ordre, tel autre centre ; comme l’appareil cérébro-spinal et spécialement le cerveau. Aussi doit-on convenir que j’ai eu grandement raison de ne pas adopter la distinction en poisons âcres, narcotiques, narcotico-âcres, astringents, etc ; parce qu’il n’en est aucun qui se borne à l’action qu’indique le titre sous lequel il est placé. J’ai dû ne considérer que deux distinctions bien net tes et fondamentales : celle des actions physiques se bornant au tissu ou réagissant sur les centres, et celle dépendante de l’absorption, s’adressant d’abord au cerveau et réagissant par lui sur tout l’organisme. Cette doctrine, quelque étrange qu’elle puisse paraître à quelques esprits, finira par être nécessairement adoptée, quand on se sera familiarisé avec les jeux harmoniques. Et moi aussi j’ai été fort étonné de me voir conduit, ou plutôt entraîné forcément, vers cet ordre d’idées, par une suite de déductions aussi positives que rigoureuses; mais tel est l’ascendant de la vérité, que quelques efforts que j’eusse faits pour sacrifier aux préjugés reçus, quelques combats que j’eusse soutenus contre moi- même pour rester fidèle, je me trouvais tellement ébranlé, tellement dérouté, lorsque je rencontrais une substance, qui, comme l'opium, ne pouvait être classée fauted’ac-
lion propre (et cela m’arriverait souvent), que j’étais malgré moi lancé, comme par une détente, dans la nouvelle roule que l’impossibilité de me frayer un autre chemin m’avait fait découvrir,
Palnia christi , voyez ricin.
Pancrace de Ceylan. On attribue à celte plante des propriétés vénéneuses que je n’ai pu vérifier.
Parisette à quatre feuilles ; il en est de même de celte plante: à dose d’un gros, elle fait éprouver des anxiétés, de l’irritation à la gorge, des sueurs copieuses, de la cardialgie, des vomissements, du narcotisme.
Pavot somnifère. Voyez morphine et opium.
Pécher. Les fleurs et les feuilles fraîches de cette plante ont une action cathartique, accompagnée de tranchées, de vomissements et d’évacuations alvines copieuses, quelquefois sanguinolentes, suivies de convoitions affreuses qui amènent la mort; on attribue cette action à l'acide hydrocianique qu’elle renferme (voyez ce mot).
Pédiculaires dcS marais , réputée vénéneuse. Je n’ai point de faits concernant cette plante.
Phalangère bicolore. Plante réputée vénéneuse. Elle produit un effet principalement purgatif; je ne saurais citer aucun fait à cet égard.
POISONS NON CORROSIFS
Phytolacca a dix étamines. Le suc ingéré à dose dhine cuillerée, purge avec violence, et a une action presque corrosive. Une petite dose même excite, chez un chien de moyenne taille, des tremblements et des mouvements convulsifs. Je n’ai fait au cune expérience particulière à cet égard.
Picrotoxine. Principe actif de la coque du Levant, cause des efforts violents pour vomir; la marche devient chancelante, les yeux saillants et hagards; il survient du tremblement musculaire, et des convulsions surtout aux muscles de la face, de la raideur dans les membres thoraciques, il y a renversement en arrière, abolition des sens, écume à la bouche, langue et gencives livides ; la mort arrive en moins de deux heures après l’ingestion du poison.
L’injection de 12 grains de picrotoxine dans les veines, détermine le vomissement , des grimaces horribles, des convulsions, la colonne vertébrale se courbe, un trismus marqué se déclare, et une gêne extrême de la respiration, insensibilité, la mort en 55 minutes. Les lésions physiques sont peu intenses.
Pignon de Barbarie. Voyez iatropha.
Pignon d'Inde. Voyez croton tiglium et iatrophe.
Pivoine. Elle produit, surquelques organisations, des nausées, du narcotisme , de la perte de sensibilité et de mouvement; sur d’autres, cette plante n’excite pas d’effet sensible.
Plambago europœa, vénéneux, caustique, produit la céphalalgie. Je n’ai pas de fait concernant cette plante.
Pomme épineuse. Voyez datera.
Popidage des marais. Celte plante cause des tranchées, des phlogoses viscérales, surtout à l’oesophage et à l’estomac, avec malaise extrême. Je n’ai non plus aucun tait sur cette plante.
Redoul à feuilles de myrte. L’ingestion de celte plante fait chanceler, occasione un mouvement de rotation, la chute à la renverse avec tremblements et convulsions dans tout le corps, avec des vertiges et un état d’ivresse marqué, des nausées, des vomissements accompagnés de malaise général de la cardialgie, la perte des sens, crampes dans les membres, des convulsions semblables à l’épilepsie, une prostration et un état comateux des plus piofonds.
Le canal alimentaire ne montre aucune lésion appréciable.
Renoncule. Il existe une grande famille de plantes vénéneuse de celte espèce. On remarque surtout les variétés de renoncule scélérate, âcre, bulbeuse, longue, flammète, thorax, graminée, des champs ou des près, et enfin la renoncule aquatique.
FOISONS VON CORROSIFS.
En général toutes les renoncules causent delà cardialgie, des angoisses, des douleurs inexprimables, des syncopes, des mouvements convulsifs , de rabattement , et l’insensibilité ; quelquefois des vomissements et une grande inquiétude avec chaleur brillante et évanouissement. Ce sont surtout les variétés scélérate , âcre et bulbeuse qui occasionent ces derniers symptômes.
Dans l’application au tissu cellulaire, on ne remarque souvent que de l’abattement, quoique la mort s’ensuive au bout de douze heures.
Par l’injection du suc dans les veines, tous les phénomènes décrits plus hauts se déclarent rapidement et avec une grande intensité.
Les tissus avec lesquels le poison a été mis en contact, sont fortement enflammées, surtout s’il s’agit des variétés scélérates, âcre bulbeuse et flammète.
Rhinante crête de coq. Elle est réputé vénéneuse : je n’ai aucun fait concernant cette plante.
Rododendron. Il existe trois variétés principales de celte plante, ce sont : le rododendron ferrugineux', 1 e portique > et celui à fleurs jaunes. Elles produisent la stupeur, des vertiges, des tremblements, des douleurs d’entrailles, avec des sueurs abondantes, quelquefois de la fureur, une sorte d’ivresse, la perte des sens, les vomissements et la superpurgation.
Une phlogose plus ou moins étendue se laisse remarquer dans Ses tissus avec lesquels celte plante a été mise en contact.
Ricin. 1 à 2 gros des fruits du ricin ingérés sur un chien, donnent lieu, au bout de 20 minutes, à des vomissements sans efforts, puis à desselles plus ou moins liquides ; elles causent aussi de l’abattement, de l’insensibilité, une grande faiblesse, quelques inspirations profondes, des vertiges.
A l’autopsie, on trouve la membrane muqueuse gastrique peu enflammée.
Rhus rodicans. Voyez toxicodendron.
Rue. Le suc introduit dans l’estomac ne produit autre chose que de l’abattement, et néanmoins la mort arrive après cinq ou six jours.
Lorsque le suc est injecté dans les veines, il détermine, au bout de deux minutes, des vomissements, des vertiges, de la Vacillation comme dans l’ivresse, et surtout de la faiblesse dans les membres abdominaux.
A l’autopsie, on ne trouve qu’une très-légère inflammation de la membrane muqueuse gastrique.
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Sabine. 6 gros en poudre introduite dans l’estomac, provoquent, après 10 minutes, des efforts pour vomir, des douleurs abdominales assez vives, et la mort après seize heures.
Lorsque la dose est de 4 gros, les mêmes phénomènes à-peuprès ont lieu.
Quand on applique à haute dose la poudre de sabine sur le tissu cellulaire, aucun symptôme appréciable ne se laisse remarquer, et cependant la mort arrive presque dans le même espace de temps que ci-dessus.
Par l’injection dans les veines, il se manifeste une grande anxiété, au bout de 4 à 5 minutes, l’animal pousse des cris, vomit, et est pris de convulsions et de tremblement général.
A l’autopsie on trouve le canal alimentaire , principalement l’estomac, le duodénum et le rectum enflammés.
Sœlanthus quadragonus. Celte plante passe pour être vénéneuse Je ne possède aucun fait qui la concerne.
Sapin. Voyez térébenthine.
Scammonées . En faisant avaler le suc concret de celte plante aux animaux, même à la dose de 4 à 5 gros, nous n’avons pu observer d’autres phénomènes, que la purgation, rabattement et la mort; mais l’autopsie a révélé des ulcérations dans l’estomac; ce qui suffît pour constater l’effet délétère de celte plante.
Scille. 2 à 5 onces de l’oignon de cette plante avalées, provoquent, après 50 minutes, de violents efforts pour vomir, puis des vomissements pendant lesquels les battements du coeur augmentent ordinairement; les inspirations deviennent profonde et un peu accélérées, les pupilles sont un peu dilatées, il y a de la stupeur, mais point de vertiges, ni de mou vements convulsifs; on remarque de la tendance à l’assoupissement, un tremblement convulsif, principalement dans les membres thoraciques, de la dyspnée, l’animal jette des cris plaintifs, la tête se renverse sur le dos, les membres se raidissent, la mort arrive un peu après deux heures.
Appliqué au tissu cellulaire non saignant, cette plante ne dé- ’ veloppe aucun phénomène remarquable dans les douze heures qui suivent; maisensuite les mêmes phénomènes ci-dessus se manifestent avec une moindre intensité et la mort a lieu en quinze ou dix- huit heures.
Lorsque l’injection du suc ou de l’extrait a lieu dans les veines, tous les symptômes se développent beaucoup plus rapidement que par l’injection.
L’ouverture cadavérique ne laisse découvrir qu’une inflamma-
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tion peu intense, laquelle est plus marquée néanmoins quand le poison a agi long-temps, et que la mort a lardé «à survenir; le sang que renferme le cœur est noirâtre et à demi coagulé.
Scrophulaire. Deux variétés de cette plante, la noueuse et l'aquatique, sont réputées vénéneuse; je ne les ait point expérimentées.
Sedum acre. Voyez joubarbe.
Seigle ergoté. On a beaucoup discuté sur les effets de l’ergot du seigle, et le groupe de symptômes qui en est résulté a pris le nom à' ergotisme . On distingue un ergotisme convulsif et un ergotisme gangreneux. M. Magendie a vainement cherché , dans ses expériences, à déterminer la gangrène; il n'y est jamais parvenu.
Quoi qu’il en soit, voici les phénomènes les plus ordinaires que produit le seigle ergoté. Lassitude extrême, une sorte de fourmillement à la peau , surtout aux extrémités, des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, des spasmes et des contractions douloureuses que rien ne saurait apaiser; viennent ensuite les vertiges, le délire, le trouble de la vue, les convulsions tétaniques et la mort, quelquefois après les douleurs les plus vives, la maladie se termine par une gangrène sèche qui s’empare des extrémités.
En tout cas ce poison agit très-lentement, et la mort n’arrive guère que douze à quinze jours après l’usage continué de cette substance.
Un effet intéressant, dû à l’action du seigle ergoté et qui est une découverte de nos temps modernes, c’est son influence sur l’utérus, tant pour la provocation du llux menstruel, que pour favoriser les contractions dans la parlurition. On s’est aperçu qu’à la dose renouvelée de 10 à 12 grains , la poudre du seigle ergoté déterminait des contractions très- marquées , lorsque l’utérus était disposé par des douleurs provocatrices de l’enfantement.
Serpentaire. Voyez aristoloche.
Sium latifolium. Celle plante, ceu il lie au cœur de l’été, cause un délire furieux et peut amener la mort; je ne l’ai pas expérimentée.
Solanii e. Principe actif des plantes solanées. On l’extrait principalement de la douce-amère et de la morelle; 4 à 8 grains de cette substance, introduits dans l’estomac d’un chien ou d’un chat, excitent des vomissements violents, suivis d’un assoupissement qui dure plusieurs heures (vingt à quarante heures). Quelquefois il survient une salivation abondante; il se manifeste
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même à de petites doses (un quart de grain), un sentiment trèsvif d’irritation à la gorge et des nausées.
Spigélie. Offre deux variétés, l’anlhelmintique et celle du maryland; elles causent des vertiges, de la dilatation des pupilles, l’obscurcissement de la vue, le coma et la mort; je ne l’ai pas spécialement expérimentée.
Staphysaigrè. Voyez de! phi ne.
Strychnine . Principe actif de la noix vomique, delà fève de Saint-Ignace, de Fripas tien té et de toutes les plantes du genre slrychnos . Ce poison agit par une absorption très-rapide: 1 grain subit pour produire chez un assez gros animal des phénomènes tétaniques très-énergiques auxquels participent les muscles de la respiration, ce qui amène promptement la mort.
A dose d’un huitième de grain, un chien de forte taille peut être tué, et chez l’homme un quart de grain détermine quelquefois des effets très-prononcés.
Ce qui est bien, remarquable, c’est que la section de la moelle derrière l’occipital, et même la décollation complète, n’empêche pas les effets de là substance d’avoir lieu et de continuerd’exister pendant quelque temps. Ce dernier phénomène est de la plus haute importance pour le praticien; car il prouve que pour la strychnine au moins, l’absorption n’est pas limitée au transport de l’agent toxique au cerceau , et que les lobes cérébraux seuls n’influencent pas l’organisme, puisque la décollation n’empêche pas les symptômes tétaniques d’avoir lieu (1) ; elle prouve que toute la masse nerveuse cérébro-spinale peut être modifiée par l’absorption, et que pour les mouvements involontaires, il n’est pas besoin de l’intervention des lobes encéphaliques, pour que les manifestations contractiles aient lieu, ni pour que la partie sensitive de la moelle transmette à la partie excitatrice des mouvements l’ordre de fonctionner (2).
Si l’on se reporte à ce qui a été dit de la promptitude des effets produits sur les centres nerveux par l’absoption des alcooliques , on concevra facilement que l’extrait alcoolique de noix vomique ou de strychnine est de toutes les formes celle sous laquelle on
(1) M. Orfiia dit que si on détruit la moelle spinale à l’aide d’une tige de baleine, l’action absorbante est nulle. Ce fait sert à prouver que lorsqu’une impression est reçue par le cerveau, les déterminations relatives au mouvement musculaire ne peuvent se transmettre que par l’intermédiaire de la moelle spinale.
(2) Voyez partie.
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peut obtenir les plus rapides effets. Ainsi, un grain d’extrait alcoolique de noix vomique (un quart grain strychnine) introduit dans l’estomac d’un lapin, lui a donné des convulsions en moins de deux minutes, et a déterminé la mort trois minutes après, tandis que 2 grains administrés dans de l’huile ne fait naître de convulsions qu’au bout de dix minutes.
L'extrait administré par le tissu cellulaire non saignant, a produit someffet en trois minutes et demie : l’injection dans les veines a agi instantanément.
Lorsqu’un demi-grain est insufflé dans la trachée, les convulsions peuvent avoir lieu avant la 2e minute.
Les tissus sur lesquels le poison a été appliqué, n’offrent aucune trace d’inflammation.
Stry chaos. Voyez strychnine.
Sumac. Voyez toxieodendron.
Tabac. Produit de la plante appelée nicotiana tabacum ; ad* ministré en poudre par l’estomac, à la dose de 6 gros à une once, il fait naître, après quelques minutes, des efforts pour vomir; après 5 à 6 heures, légers vertiges, tremblement des membres abdominaux, respiration un peu accélérée, lenteur des mouvements; après 8 heures, faiblesse extrême, tête lourde, tremblement continuel, stupeur, muscles du cou agités par des convulsions, dyspnée; mort après 12 heures.
Lorsqu’on applique le tabac sur le tissu cellulaire, les effets sont à peu près les mêmes.
L’injection dans les veines du décoctum ou de V infusion, produit des effets beaucoup plus rapides, l’insensibilité et l’immobilité se joignent aux autres symptômes, et la mort a lieu en moins de 10 minutes.
Une goutte d’huile empyreumatique de tabac appliquée sur la langue, suffit pour déterminer chez un jeune animal, des convulsions générales, de l’accélération dans la respiration, de l’insensibilité et la mort (1).
Lorsqu’on applique sur une surface saignante et simplement sur une érosion cutanée chez l’homme, une préparation dans laquelle il entre du tabac, il se déclare peu après des vertiges, des vomissements, des défaillances, des sueurs et même des convulsions.
il ) Ce qu’il y a de remarquable , c’est que si l’on applique huile empyreumatique à la surface du cerveau , ou de la moelle spinale, on ne produit aucun effet.
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Ces effetsjsont aussi produits quelquefois chez certaines personnes éminemment nerveuses y qui, n’étant pas accoutumées aux effets que produit l’usage de cette plante, fument pour la première fois; elles absorbent les particules du tabac qui touchent leurs voies aériennes sous forme de gaz, et l’on sait avec quelle puissance d’absorption les voies aériennes agissent sur les particules gazeuses. ( Voyez l’article air vital. )
Ici doivent trouver place quelques considérations qui ne sont pas inutiles aux praticiens, et que m’a suggérée une expérience faite par un célèbre physiologiste anglais, avec le tabac. M. Brodie, après avoir enlevé la tête à un chien, et s’être mis en mesure d’entretenir la respiration par l’insufflation , introduisit dans l’estomac et dans les intestins de l’animal, 9 onces d’infusion de tabac. Au moment de l’injection, le corps de l’animal resta immobile sur la table, et le cœur battait régulièrement cent fois par minutes. Dix minutes après, le pouls donnait cent quarante pulsations; le mouvement péristaltique des intestins était augmenté, et les muscles volontaires de toutes les parties du corps éprouvèrent des mouvements spasmodiques très-prononcés. Les articulations des extrémités étaient alternativement fléchies et étendues; les muscles de l’épine, de l’abdomen et de la queue, étaient tantôt relâchés, tantôt contractés } de manière que le corps tournait sur l’un et sur l’autre côté (1).
Cette expérience met hor s de doute l’influence de î’absorpiion et la modification exercée par elle sur tout l’appareil cérébrospinal; elle vient confirmer celle que nous avons faite ici à propos de la strychnine; elle est même bien plus concluante encore, car on aurait pu penser que la strychnine ayant une action spéciale sur les contractions, pouvait ne s’adresser qu’au faisceau antérieur ou abdominal de la moelle spinale , tandis qu’il n’est pas permis d’appliquer ce raisonnement à l’action du tabac, qui s’exerce évidemment ici en influençant fortement, et le cerveau, et la moelle spinale; et, puisque d’ailleurs, par l’expérience de M. Brodie, l’absorption n’a pu exercer son influence que sur la moelle, sans que le cerveau lui servît d’intermédiaire; on est en conséquence forcé d’admettre que d’autres substances que la strychnine, et peut-être même tous les corps absorbés , portent leur action sur toute l’étendue du centre nerveux cérébro-spinal.
Térébenthine. Suc résineux volatil, extrait du sapin et des conifères; à 1 ou 3 onces, ce suc produit de vives coliques, des
(1) Toxicor. Génér. , t. 2, p. 275.
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vomissements, de fortes déjections alvines rappelant l’odeur du du suc ingéré. On observe, chez l’animal soumis à l’expérience, de l’ivresse, des vertiges, du trouble des sens, de la céphalalgie, de la dyssurie avec tremblement et pesanteur extrême dans les cuisses, météorisme, anorexie, sentiment de chaleur au pharynx et à l’épigastre, anxiété, faiblesse extrême, mouvements convulsifs, insensibilité, mort.
77 cunas. Poison américain, composé de sucs de diverses lianes. Les sauvages s’en servent ordinairement pour empoisonner leurs flèches. Lorsque la blessure est faite, et que le poison a été mis en contact avec les veines, l’absorption a lieu. Les effets se manifestent moins rapidement que ceux qu’occasionent les morsures des vipères, et les indigènes ont remarquéque, quand ils peuvent à temps retrancher la partie blessée; les effets du poison restent nuis. Ces effets consistent en des convulsions, des défaillances , la perte totale des forces et du mouvement, la diminution ou l’abolition du sentiment, un état de léthargie.
Lorsque le poison est mis en contact avec les grosses veines, l’absorption se faisant en masse, les phénomènes se développent promptement; lorsqu’il n’est mis en contact que par quelques égratignures à la peau ou avec le tissu cellulaire non saignant, il peut se passer un temps considérable avant que les phénomènes toxiques se manifestent.
L’absorption du poison n’est pas dans tous les cas mortelle ; la mort dépend de la quantité absorbée , et du plus ou moins de rapidité de l’absorption, ce qui tient au nombre des veines intéressées.
Dès que la toxication a eu lieu, c’est-à-dire après que la matière absorbée a été mise en contact avec le centre cérébro-spinale, si l’influence n’a pas été assez puissante pour déterminer la désharmonie générale qui amène la mort , tout rentre bientôt dans l’ordre; il ne reste plus aucune trace d’empoisonnement, et en très-peu de minutes le patient se trouve aussi sain qu’auparavant.
Toxicodcndron. L’extrait aqueux de cette plante, introduit à dose d’une demi-once dans l’estomac , paraît n’agir que par une absorption très-lente; ce n’est qu’au bout de vingt-quatre heures qu’un chien de moyenne taille paraît être un peu abattu par cette dose de poison ; les vertiges n’arrivent que trois heures plus tard, les pupilles se dilatent, la respiration devient lente et gênée, et la mort arrive environ au boutde trente heures, sans qu’il y ait eu de convulsions, ni de désordre manifeste dans ies sens.
POISONS NON CORROSIFS
Lorsque la même dose d’extrait est appliquée sur le tissu cellulaire, l’abattement ne commence à se faire remarquer qu’au bout de vingt-sept heures. Après trente-six, on s’aperçoit que l’animal toxifié devient insensible et immobile, que la respiration ne s’exagère presque plus, et qu’il lui est impossible de se tenir debout. Enfin, vers la quarantième heure environ, après deux ou trois profondes inspirations, la mort se déclare.
Lorsque l’extrait dissous a été injecté à dose d’un gros et demi dans les veines, à l’instant la respiration devient haletante, il se déclare une grande insensibilités un tremblement universel, et la mort arrive en 1 ou 2 minutes.
A l’autopsie, on ne trouve ordinairement nulle trace de lésion viscérale, de quelque manière que le poison ail été administré.
TroLle cl’ Europe. On la dit vénéneuse, je ne possède aucun fuit tendant à le prouver.
Vpas antiar , ou suc de l’antiar. Quand ce suc est introduit dans l’estomac, à la dose de 4 ou 5 grains, on observe qu’il ne commence guère à provoquer de vomissements qu’au bout d’une heure; mais ils durent pendant trois ou quatre heures, avec des intervalles de repos; il survient des déjections alvines, des convulsions, et la mort se déclare au bout de dix à douze heures.
Lorsque le poison est appliqué au tissu cellulaire, il paraît agir plus activement que par l’estomac; mais, lorsqu’on injecte ce suc dans les veines ,jes effets se déclarent instantanément : des crisse font entendre, l’usage des sens se trouve aboli, puis l’occiput se renverse; les membres se raidissent, iis sont agités par intervalles, et la mort survient en moins de 5 minutes.
Upas tieuté. Suc de liane, servant ainsi que l’upas antiar à empoisonner les flèches des naturels de Java, comme le ticunas, le curare et le woorara, sert aux sauvages d’Amérique.
L’upas tieuté diffère de l’antiar en ce que le phénomène principal qu’il détermine, est le tétanos tandis que l’antiar agit principalement par le vomissement. Aussi l'action du tieuté estil dû à la présence de la strychnine. (Voyez ce mot).
V ératrine . Principe actif de la cévadille, du calchique, de l’ellébore blanc. Une très-petite quantité d’acétate de vératrine, injectée dans les narines d’un chien, provoque instantanément un éternuement violent, et qui dure quelquefois près d'une demi-heure.
Un ou deux grains introduits dans la gueule, excitent sur le champ une salivation très-abondante, et qui persiste quelque temps.
FOISONS NON CORROSIFS.
Si l'on injecte dans le canal alimentaire la même quantité de celte substance, la membrane muqueuse s’enflamme, et la musculeuse se contracte fortement; il s’ensuit des vomissements et des évacuations alvines, qui sembleraient plutôt dépendre d’une irritation physique des tissus que du jeu harmonique dû à la réaction qu’exerce le centre cérébro-spinal influencé par l’absorption .
Cependant, on ne peut se dissimuler que Fabsorption y a la plus grande part, car les effets sont bien plus rapides, si l’on injecte 1 ou 2 grains de cette substance dans la plèvre, ou dans la tunique vaginale ; ces effets sont plus rapides encore, si la même quantité est injectée dans la veine jugulaire. Alors, il y a, en outre, accélération très-grande de la circulation et de la respiration, bientôt suivie du tétanos et de la mort.
A l’autopsie, on trouve tout le tube gastro-intestinal fortement injecté; le poumon présente aussi des traces d’injection.
Chez l’homme, un quart de grain introduit dans le canal intestinal, détermine des évacuations alvines très-abondantes; à dose un peu plus élevée, elle provoque des vomissements plus ou moins violents. 11 reste souvent dans la bouche un sentiment d’âcreté, après que cette substance a été avalée.
Viorne, plante dont les baies enflamment la bouche, purgent avec violence et sont délétères. Je ne les ai pas expérimentées.
J4oorara , suc de liane d’Amérique, avec lequel les naturels de la Guyane empoisonnent leurs flèches. Ce suc, comme le ticunas et le curare, produit des effets d’autant plus marqués, qu’il est mis en contact plus immédiat avec le sang, et que les flèches empoisonnées pénètrent plus profondément, parce qu’alors elles ouvrent un plus grand nombre de veines. Ce poison détermine l’insensibilité, les convulsions avec gêne de la respiration, de la somnolence, puis de l’immobilité.
Des physiologistes qui s’imaginaient que ce poison agissait sur le cerveau par le moyen des nerfs, et non par Fabsorption , s’avisèrent de couper les nerfs spinaux entre la moelle et l’endroit où ils se réunissent pour former le plexus axillaire, puis d’appliquer sur deux plaies faites à la partie antérieure du bras, une certaine quantité de woorara; quand ils observèrent les résultats, ils demeurèrent fort étonnés de voir que ce poison produisait les mêmes effets sur tout l’appareil musculaire, que si les organes qu’ils regardaient comme les conducteurs de l ac-
AGENTS MEDICAMENTEUX.
lion toxique, n’eussent pas été coupés (1); mais M. Brodie donna la solution du problème, en appliquant le woorara sur un membre qu’il avait fortement ligaturé près de son attache au tronc, afin d’intercepter toute communication au moyen des vaisseaux sanguins. L’animal ne ressentit aucun des effets propres au poison, et ne mourut pas; d’où M. Brodie conclut judicieusement que le woorara est absorbé par les veines, et qu’il détruit les fonctions du cerveau par ce moyen (2).