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CHAPITRE VIII

Des substances assimilables, ou se transformant clans les tissus propres de F économie animale.

On sait que la nutrition a été considérée par B i chat s comme une fonction du premier ordre, dont la suprématie s’étend sur toute la vie organique. Ce brillant génie, non-seulement, avait cru voir dans l’appareil des ganglions splanchniques , un ensemble d’organes chargé de présider à la circulation , aux sécrétions et à l’assimilation; mais son esprit quelque peu avide de merveilleux, et trop facilement séduit par une théorie qui rendait les actes automatiques distincts des opérations d esprit et de conscience, avait encore imaginé que la vie animale devait seulese rattacher exclusivement à l’appareil cérébro-spinal, d’où il concluait implicitement que tout ce qui ne s’y ralliait pas, devait être considéré comme végétatif. Cette erreur devait le conduire-, et l’a conduit en effet à attribuer les contractions gastrointestinales, les sensations de faim et de soif, etc... à l’appareil ganglionnaire; mais une si fausse conséquence qui ne saurait subsister long- temps, est, je crois, assez complètement réfutée par les considérations exposées dans la lre partie de cet ouvrage, pour qu’il ne soit nécessaire d’y revenir ici; je rappellerai seulement que les actes régis par les nerfs cérébro-spinaux, se trouvent étroitement liés aux opérations circulatoires, sécrétoires et d'assimilation moléculaire organique, relativement aux harmonies fonctionnelles et consensuelles qui forment l’ensemble de la vie, et qui en entretiennent l’exercice; car il est clair que si la préhension , la déglutition, les exonérations, les appétits, etc , ne secondaient pas les actes purement nutritifs; la vie s’éteindrait nécessairement, faute de moyens convenables pour élaborer les matériaux propres à l’entretenir.

Les aliments ingérés, et mis en contact avec le tube gastrointestinal ; sont soumis à une sorte de fermentation, dans laquelle ils se convertissent en chyme, matièrealimentaire réduite en bouillie, soumise à la dissolution , et s’offrant au contact des membranes muqueuses, en vertu du jeu contractile péristaltique de la membrane musculeuse intestinale, que nous avons vue dépendre des nerfs pneumo gastriques et spinaux. Grâce à cette

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disposition , cl par suite d’une opération toute physique, l’imbibition s’effectue d’autant plus activement que les nerfs sensibles du tissu, fonctionnent avec plus de régularité. La matière alimentaire pénètre ainsi sous le nom de chyle dans un ordre de vaisseaux particuliers, de la nature des veines, et qui sont appelés vaisseaux lymphatiques; cet ordre de vaisseaux que M. Magendie regarde comme exclusivement affectés à l’absorption des matériaux bruts, et non suffisamment élaborés pour former le sang; lequel n’acquiert celte qualité, qu’après avoir été soumis à un travail circulatoire particulier, et après que cette lymphe a été versée dans le système veineux, pour continuer à être élaborée, et afin que les matériaux constitutifs puissent être versés et répartis dans tous les tissus organiques où l’assimitation sera nécessaire.

Il est certain que ce qu’on a nommé la vie organique, peut s’effectueur à la rigueur, sans que la vie de relation intervienne; l’accroissement et l’existence du foetus en font foi, l’état de sommeil, les animaux hivernants le prouvent également : on peut en dire autant des apoplectiques, ou de ceux qui ont une compression au cerveau ; j’ai eu sous les yeux, pendant sept mois, dans mon service médical , à l’hôpital de Montaign , un cataleptique, dont je ne parvenais à suspendre l’état comateux, qu’autant qu’il était nécessaire pour laisserai! cerveau la faculté de sentir la présence des aliments dans la bouche, et de faire exercer les mouvements de déglutition (1), bien que dans ce cas, comme dans toutes les affections comateuses très-prolongées, dans certaines paralysies résultant de compressions cérébrales, il y eût une émaciation bien manifeste, et quelquefois une détérioration de matériaux , un état scorbutique ôu gangreneux prononcé , l'excitateur immédiat, le répartiteur dans l’élaboration nutritive, chargé d’aprécier l’assimilation et les actes sécrétoires, la la puissance médiatrice qui anime la circulation, paraît résider dans la portion du système nerveux qui constitue l’ensemble de l’appareil ganglionnaire (2). L’appareil cérébro-spinal n’est véritablement ici que le ministre.

La plus essentielle de toutes les fonctions de l’économie animale, est certainement la nutrition. Voilà pourquoi la circulation,

(1) M. Flourens a entretenu la déglutition et l’assimilation pendant plusieurs mois chez une poule , a laquelle il avait enlevé ses hémisphères cérébraux , en lui introduisant dans le pharynx les grains qui devaient l’alimenter. (Voyez Reçu: ex p. sur le syst. nerv. , 1824.)

(2) Voyez I < ^ partie, Nerfs «axgliosnaires.

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ies sécrétions, l'assimilation, qui ne sont en quelque sorte que les fractions fonctionnelles de la nutrition, sont elles-mêmes des fonctions d’une si haute importance. Or, ce sont les nerfs ganglionnaires qui président à toutes ces fonctions. Dans le système nerveux ganglionnaire ( qui du reste est le premier à se former) , est véritablement la portion la plus importante de tout l’ensemble nerveux; et tout ce qui est du ressort de lavie de relation, n’est que subordonné à l’acte fondamental ; aussi, remarquons-nous combien sont grands les tourments du paralytique qui convoite les aliments placés près de lui sans pouvoir les saisir, et quelles ne sont pas les anxiétés qui accompagnent la dysphagie, les paralysies du rectum, de la vessie, etc. Les mêmes remarques pourraient être faites dans les lésions circulatoires, et même celles de la respiration, où les syncopes, les anxiétés précordiales, les suffocations amènent de si terribles phénomènes. Ceux qui ont perdu un ou plusieurs sens, le mouvement ou la sensibilité, ne sont pas malheureux de la perle de ces sensations en elles-mêmes; mais^parce qu’elles ne peuvent plus servir à satisfaire les besoins; ainsi, tout paraît subordonné à cette vie intérieure que Bichat avait pris tant de soin de distinguer de la vie extérieure.

Par quelle ordonnance admirable, par quelle prévision instinctive les mystères de la nutrition s’accomplissent-ils donc ? c’est là une question presqu’insoluble dans l’état actuel de la science, car nulle intention ne nous dévoile ce travail intestin , cette aggrégalion moléculaire organique, qui moule si merveilleusement nos organes dans des formes toujours identiques , et dont le tissage échappe à notre sagacité Toutefois , on ne peut s’empêcher d admettre que le cerveau participe d’une manière très-réelle aux opérations nutritives; d’abord , parce qu’on sait que pendant le travail de la digestion, l’esprit est incapable d’un travail important qui demande l’exercice de toutes ies facultés cérébrales, ensuite, parce que l’expérience nous apprend qu’une grande contrariété, un chagrin violent, une forte contention d’esprit , suspendent ou même anéantissent la faculté de digérer. On pourrait m’objecter, il est vrai , qu’il est question ici plutôt de sensations que d’opérations nutritives; mais on verra plus loin que les bouches absorbantes chylifères, savent retenir le bol alimentaire, lorsqu’il contient des matières nutritives, alin de s’en emparer, et que ce bol est expulsé plus vite, quand il en contient peu. Je ferai, de plus, remarquer que dans l’état comateux, dans les apoplexis étendues , tout phénomène nutritif est suspendu ; on peut, ajouter que le sentiment d’appétence pour

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les aliments qui doivent être bien digérés, et les dégoûts si manifestes chez certains animaux, pour ceux qui sont indigestes, attestent toute Ja part que le cerveau peut prendre aux opérations alimentaires (!) ; d’un autre côté, que d’animaux usent de substances nuisibles sans pouvoir résister à battrait impérieux de l’instinct vorace, et cependant il est certain, que quand l’alimentation doit être préjudiciable chez les animaux , comme dans la fièvre, et les maladies graves où tout le système nerveux est comprimé, ils s’abstiennent démanger. Cette sympathie est remarquable; est-elle le résultat d’une impression analogue à la sensation de l’appétit ou de la saciété, reçue à la surface gastrointestinale, et transmise au cerveau. Enfin, le mouvement péristaltique, celui de cbimificâtion , d’absorption et d’exonération ou de trituration et de contraction, ne sont-ils pas dus à la réaction cérébrale opérée par ie moyen des nerfs pneumo-gastriqnes, etc..., et cet accord si bien senti, cette harmonie digestive qui s’exécute si parfaitement et si facilement dans l’état normal , et lorsque les substances sont saines et d’une bonne qualité, n’éprouvent-ils pas de notables altérations, ne réagissent-ils pas évidemment sur le cerveau, quand les organes sont compromis, ou que les substances alimentaires sont de mauvais aloi ? Je ne me permettrai pas de résoudre affirmativement cette question; car elle sort du domaine de la science expérimentale et positive. J’ai pour principe, d’ailleurs, de ne m’appuyer sur aucune hypothèse; mais je livre à la sagacité du lecteur les phéno mêmes que j’ai observés, afin qu’il puisse en tirer les conclusions qu’il jugera convenables, impossible de méconnaître que la nature du régime alimentaire doit influer sur la constitution individuelle, si l’on réfléchit qu’il n’est pas un seul médecin éclairé, qui n’attache la plus haute importance au choix et à la quantité des aliments qu’il présent , et l’on peut dire que la diététique est une de ses grandes ressources curatives. Vous voyez

(1) Gaü, a dit: a Aussitôt qu’un animal rencontre la nourriture qui lui est destinée, son odorat et son goût se déclarent pour elle : il n’e^tdonc pas surprenant que la jeune chèvre dont parle Galien, appercevant pour la première fois un cythise, l’ait mangé, avec avidité. Le cochon, par la même raison, mange avec avidité le premier gland qu’il trouve; de même qu’un mets à la première impression nous plaît ou nous dégoûte; de même les animaux choisissent ou rejettent les objets du monde extérieur, d’après les lois de sympathie et d’antipathie qui existent entre leurs sens , leurs organes nourriciers et ces mêmes objets. » ( Physjot . du cerveau, t. 2 , page 6 et suiv. )

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en effet l'homme de l’art, prescrire une abstinence sévère dans tons les (roubles harmoniques et les lésions aiguës des tissus, chez les individus étiolés, ceux où il y a mauvaise éléboralion assimilatrice, les scrophuleux , les rachitiques, lymphatiques, scorbutiques, et même les patients atteints d’hydropisie, d’éléphanthiasias , etc Vous le voyez, au contraire, prescrire alors des toniques, des viandes chargées d’os mazôme, des vins trèsalcoolisés, et riches en principes amèrs et aromatiques. Traitet-il des individus dont ie système sanguin est actif et facile à incendier? alors, il prescrit les végétaux et ordonne les substances mucilagineuses; aux constitutions irritables, des acides et des sédatifs; aux sujets atteints de constipation , il recommande des fruits et des légumes relâchants et mucilagineux ; à ceux dont le canal alimentaire est facilement excitable, et qui contractent des diarhées au moindre écart de régime, il indique des mucilagineux astringents , quelquefois mêlés aux aromatiques et même aux légers stimulants diffusibles. Partout le médecin porte une attention spéciale à l’alimentation, partout l’assimilation organique fixe sa sollicitude. Le choix des aliments n’est donc pas indifférent; il est bien vrai qu’un estomac sain et robuste, sait extraire en quelque sorte la matière assimilable de toutes les substances qui lui sont contiées; on sait aussi que les cénobites, les anachorètes ne vivant que de racines coriaces, comme les peuples qui ne font usage , pendant des saisons entières , que de poissons secs , comme d’autres, qui n’ont vécu , durant de longues années , que de fruits , et les nombreuses espèces d’animaux qui ne vivent que de graines , d’autres que d’herbes, d’autres, enfin, que de particules aqueuses: tous transforment cependant leur propre nature , la matière assimilable empruntée aux substances les plus différentes. Une telle homogénéité dont les résultats prouvent que presque tous les matériaux sont susceptibles de fournir à la nutrition, les éléments nécessaires lorsqu’elle les demande ; sans choix et sans distinction ; mais lorsque la matière assimilable peut - être choisie, comme cela a ordinairement lieu chez les omnivores ; alors , il est important d’avoir égard aux considérations hygiéniques , tirées surtout de la nature des aliments, du plus ou moins de molécules nutritives qu’ils peuvent fournir, et de leurs actions sur l’économie animale.

Outre les considérations hygiéniques que j’ai signalées, et qui doivent guider le médecin dans la prescription du régime alimentaire, i! est bon de connaître au moins d’une manière géné-

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raie la quantité de matière assimilable que les espèces les plus usitées d'aliments peuvent fournir ; il est nécessaire en même temps de rechercher quelles sont les positions du tube alimentaire dans lesquelles la digestion s'opère , si toutes absorbent également, ou quelles sont les fonctions nutritives départies à chacune d’elles.

Spalhanzani , qui regardait la digestion comme un acte purement chimique , ressortant exclusivement de la dissolution du bol alimentaire dans les sucs gastriques , admettait que la principale opération s’effectuait dans l’estomac, et que la partie chymiliée ou dissoute, en s’écoulant ensuite le long du canal intestinal, était, pendant ce trajet, absorbée par les canaux chylifères; mais il s’en faut bien que la digestion soit le résultat d’une opération aussi simple; on a dû se convaincre de cette vérité, en étudiant dans la première partie de cet ouvrage, les fonctions de la portion gastrique de la 8e paire; celle de la portion abdominale de l’appareil ganglionnaire, des nerfs spinaux dorso-lombaires, et des harmonies digestives.

Je ne dirai rien des sensations de la faim et de la soif, des désordres que peut amener, dans toute l'économie, une longue abstinence, et s’il était nécessaire de peindre ici l’horreur et les tourments qui les accompagnent , il me suffirait de rappeler la lente et terrible agonie du comte Ugolin , dans la fameuse tour de la faim.

Je pourrais aussi rappeler les excès et les transports de fureur aveugle auxquels les aiguillons déchirants de la faim livrèrent les malheureux naufragés du radeau la Méduse. L’histoire fourmille de faits de ce genre, et l’on sait quels désordres pathologiques peut produire une soif intense; mais je renonce à tracer ces horribles tableaux ; d’autres objets rapellent une attention sérieuse de ma part. Les phénomènes de la nutrition doivent ici m’occuper exclusivement.

La cavité buccale et l’œsophage peuvent servir à l’absorption, comme on l’a vu en étudiant l’action de l’acide hydro-cyanique et de toutes les substances qui imbibent rapidement les tissus et cheminent avec activité dans les voies absorbantes; mais ces parties du tube alimentaire ne sont pas propres à l’élaboration du chyle. Elles ne constituent que des organes de préparation, ainsi l’action masticatoire et d’imbilion , exercée sur le bo! alimentaire parles sucs salivaires, a lieu dans la bouche; et, après cette préparation, les muscles déglutiteurs glosso-pharygiens, ainsi que le plan musculeux de l’œsophnge font cheminer le bol

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jusque dans l’estomac. Là commence une opération qui n’est en quelque sorte que la suite de la préparation buccale; il y a afflux de sucs gastriques, trituration de la pâte alimentaire pour la conversion en chyme, puis commencement d’absorption; ce qui est prouve, d’une part, par l’afflux delà matière extraite du ho! et cheminant dans les vaisseaux chylifères pendant la digestion stomacale; et d’autre part, par l’existence anormale d’individus dont les organes puisaient dans l’estomac seul les éléments de la nutrition; ainsi l’on peut voir dans le journal intitulé le Narrateur de La Meuse fl) } l’histoire d’un homme, nommé Claude Rouget, âgé de 72 ans, qui depuis sa jeunesse avait une atrophie des membres pelviens et de tous les viscères abdominaux. Cet homme a vécu malgré l’imperfection de ses organes, il rejetait tous les aliments par les voies supérieures, quelque temps après leur ingestion et totalement dépourvus de sucs pancréatique et biliaire; on remarqua seulement que le résidu, ainsi vomi, exhalait une odeur fade, douceâtre, et qu’il nageait comme dans une espèce d’émulsion ; cet individu était obligé de manger très-souvent; la nutrition jouissait, du reste, chez lui, de toute son activité. Pourvu d’une barbe touffue, il exécutait avec une énergie marquée, tous les mouvements dans la partie supérieure du tronc et des bras. La paralysie dont était frappée la partie inférieure du tronc, le forçait de rester couché nuit et jour dans une petite charette que des enfants traînaient par les rues, et d’où nul besoin ne forçait ce malheureux de sortir; sa bouche remplisant lour-à-tour l’office de la mastication de celui de la déjection.

A ce fait extrêmement curieux je crois devoir en joindre un autre non moins intéressant, constaté par Corvisart dans le courant de 1801 , à l’hôpital de la Charité de Paris , sur une femme portant une ouverture fîsluleuse, longue de 18 lignes et large d’un pouce à la partie supérieure gauche de la région épigastrique. Cette ouverture permettait de voir l’intérieur de l’estomac qui, vide d’aliments, paraissait d’un rouge vermeil, enduit de mucosités, sillonné de rides et de replis, élevés de 5 à 6 ligues. On distinguait très-bien des ondulations vermiculaires , qui agitaient ces replis et toutes les' parties accessibles à la vue. Cette femme resta 6 mois à l’hospice, avant de mourir; dès son entrée,

(1; Article Commepcy , le 11 mai 1817.

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elle consommait la même quantité d’aliments que trois individus du même sexe et du même âge (47 ans), rendait par jour une pinte d’urine, et n’allait à la selle qu’une fois tous les trois jours. Les matières fécales étaient jaunâtres, sèches, arrondies; le pouls était très-lent et ne présentait que quarante-cinq pulsations par minute, trois au quatre heures après le repas, un besoin irrésistible la forçait d’enlever la charpie dont elle couvrait la fistule, et de donner issue aux aliments que l’estomac pouvait contenir. Ils sortaient promptement et accompagnés de gaz qui s’échappaient avec bruit ; les aliments rendus de cette manière exhalaient une odeur fade, n’avaient rien d’acide ni d’alcalin; il s’en fallait de beaucoup que l’altération en fût toujours complète. Quelquefois on n’y reconnaissait pas l’odeur du vin, le pain donnait une matière visqueuse, molle, épaisse, assez semblable à de la fibrine nouvellement précipitée, de l’acide acéteux, et nageaitdans un liquide filant de la couleur du bouillon ordinaire.

Le matin, on voyait dans l’estomac vide une petite quantité de liquide filant et mousseux, analogue à la salive (probablement du suc gastrique) ne rougissant, ni ne verdissant les couleurs bleues végétales; ce liquide n’était pas homogène, mais il présentait des flocons albumineux; le mouvement vermiculaire au moyen duquel l’estomac se débarassait des matières, s’exécutait dans deux directions différentes ; l’une poussait les aliments vers rouverture fistuleuse, l’autre les clias'sail du côté du pylore qui livrait passage à la plus petite quantité (1).

Pour compléter ce qui concerne la digestion stomacale, on peut comparer les expériences faites par Gosse, de Genève, sur lui-même; on sait que ce médecin se faisait vomir à volonté par la déglutition de l’air atmosphérique, et qu’il employait ce moyen en différentes périodes graduées pour constater le dégré d’altération que chaque aliment avait subi dans l’estomac, soit par la trituration , soit par l’imprégnation.

Celle préparation par imprégnation ou par trituration est tellement nécessaire à la digestion chez les animaux, que ceux chez lesquels la mastication ne s’effectue que lentement et chez lesquels le bol alimentaire ne s’imbibe pas abondamment du

(1) Rehsmann , médecin de l’empereur Alexandre de Russie, m’a dit 1 avoir vu à Vienne, il y a une quarantaine d’années, une femme portant 1 une tistule a l’estomac , et sur laquelle il avait fait une observation semblable à celle-ci. On en trouve la description dans I’Almanach médical, rédigé par Franck , à Vienne,

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suc sécrété par les glandes salivaires; par exemple les animaux ruminants sont obligés de suppléera cette opération préliminaire par une élaboration particulière et fort compliquée; aussi, après avoir reçu une première fois dans le bonnet (2e estomac), le bol alimentaire et l’y avoir enduit de mucosités, ces animaux ont-ils la faculté de le régurgiter en le ramenant dans la bouche où il doit subir une nouvelle mastication , ce qui équivaut à l’insalivalion des animaux carnivores; de même on remarque que 1 e feuillet et la caillette des granivores, peuvent être comparés à l'estomac des carnivores (1). Enfin on observe que les liquides ne sont pas accompagnés de salive chez ces carnivores, attendu que les aliments de celle nature n’ont pas besoin de préparation; par la même raison, ils ne sont pas soumis à la rumination chez les herbivores; et l’on peut dire, par exemple, que l’agneau qui tette ne rumine pas.

On voit par les considérations précédentes, sur lesquelles j’ai été forcé de m’étendre, vu le peu de lumières positi/es que nous possédons encore sur l’alimentation , que la cavité buccale, l’œsophage et la poche de l’estomac chez les carnivores , ou les différentes poches qui précèdent le canal intestinal, chez les autres animaux, ne sont principalement que des organes de préparation à l’absorption chyleuse. On sait, il est vrai, qu’un commencement de cette absorption a eu lieu dans l’estomac; mais à l’exception de la femme, observée par Corvisart, quelque précises qu’aient été les expériences de Cosse, quelqu’importance qu’ait offerte l’exemple de Claude Rouget ou de tout autre, il n’a jamais été possible de connaître la durée de la trituration que chaque aliment subit dans l’estomac, ni le degré d’altération dont il est susceptible, ni le plus ou le moins de digestibilité qui le caractérise; on peut dire que jamais la nature ne s’est laissé prendre sur le fait, au moment du passage des aliments dans le duodénum. Quant à la digestion, considérée intégralement dans toute l’étendue du tube alimentaire, il est impossible d’en tirer des conséquences concluantes, surtout à l’égard du temps pendant lequel les aliments sont soumis à l’absorption; car le sphincter de l’anus étanlsous Indépendance de la volonté, lorsque l’état normal existe, peut retenir plus ou moins long-temps le résidu de l’alimentation, d’ailleurs les matières qui corn-

(1) Les gallinacés ramollissent les grains secs dans leur jabot humide, puis les faisant descendre dans l’estomac, ils les y exposent à s’imprégner de suc gastrique , pour ensuite être soumis a la trituration.

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posent ce résidu ayant cédé leurs particules nutritives n offrent plus qu’une masse homogène, restant en dépôt dans le rectum jusqu’à ce qu’elle soit en quantité assez grande pour être dominée par l’excitation qu’elle produit; ce n’était donc pas au-dessous d’un sphyncter volontaire, qu’il [fallait chercher à évaluer la durée qu’employait une substance alimentaire à franchir un trajet donné de la longueur du tube digestif. Il fallait calculer le temps qu emploieraient comparativement plusieurs sortes d' aliments à traverser un espace quelconque du tube digestif en les suivant jusqu/ à leur arrivée à une ouverture, non pourvue de sphincter , et incapable de retenir ces aliments par un acte de la volonté.

Je fus assez heureux pour obtenir, en 18! 6, la solution de ce problème au moyen d’expériences que je fis dans le service de M. Lallemant, professeur de Montpellier, alors interne à l’Hôtel- Dieu de Paris, qui voulut bien seconder mes recherches sur cesujet M. Lallemant se trouvait chargé de soigner les malades sur qui Dupuytren devait exécuter l’opération d’anus contre nature, et j’eus le loisir d’observer huit individus affectés de plaies intestinales à diverses hauteurs. Je donne le résultat des expérieuces comparatives faites sur trois de ces sujets, afin que l’on puisse se rendre un compte exact du degré de nutribilité respective des différentes espèces d’aliments, et de leur manière de se comporter dans la partie supérieure du canal digestif.

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