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CHAPITRE II

Expansions ci cordons de transmission des surfaces aux centres nerveux et des centres aux surfaces.

Les conclusions physiologiques que la philosophie moderne , quelle que soit sa tendance , a tirées de la nature des animaux , sont : que la matière animale est douée de propriétés appelées vitales, régies par un système organique qu’on a nommé nerveux , dont les fonctions consistent à percevoir des impressions et à réagir par des mouvements.

M’étant proposé de traiter des arrangements primordiaux de

(1) MM. Flourens en France, Marianini en Italie; la plupart des, médecins anglais, malgré les travaux de leur compatriote Bell.

(2) PI. V, fig. 2.

l’organisme, en d’autres termes, des lésions du système nerveux, j’ai dû prendre mon point de départ de ces conclusions, et commencer par l’ ex position anatomique et physiologique de ce système organique, atin de bien constater la nature, pour pouvoir ensuite mieux apprécier ses dérangements; comme j’ai dû aussi, à la suite de cette exposition physiologique, traiter de l’action des corps physiques et chimiques sur toutes les parties du système nerveux, atin de mieux apprécier les modifications qui pourraient ramener l'état anormal à l’état normal.

Aucun auteur n’avait encore traité l’importante question du système nerveux sous cet aspect, non que des hommes, qui me sont bien supérieurs sous tous les rapports, n’aient été capables de la traiter d’une manière satisfaisante, mais parce que les connaissances acquises sur les fonctions nerveuses sont restées jusqu’ici ensevelies dans les ténèbres, et il est peut-être bien téméraire à moi d’oser, un des premiers, soulever le voile et coordonner les connaissances acquises; aussi ne me serais-je pas hasardé dans cette route difficile, si je n’eusse eu qu’à m’appuyer sur mes propres forces; mais c’est à l’aide des travaux de mes contemporains et de mes devanciers que j’ose me présenter; fort des richesses que je leur ai empruntées, j’ai eu soin de toujours taire mes découvertes lorsque j’ai pu m’appuyer sur d’autres autorités , afin de donner plus de poids aux vérités reconnues , m’étant fait une loi de ne présenter les miennes que quand je n’ai pu en constater dans autrui -, la priorité dans les sciences n’étant, selon moi, qu’une vaine satisfaction d’amourpropre, tandis qu’une masse de suffrages, fondée sur l’expérience, est une véritable garantie.

L’animal est mû par des besoins organiques qui se rattachent principalement à la conservation. Ces besoins sont ressentis à l’intérieur.

Toutes les impressions venant de l’extérieur, ainsi que les réactions, sont exercées au prolit de ces besoins organiques.

La connaissance du monde extérieur ne peut être acquise par l’animal sans les organes des sens , qui sont d’autant plus parfaits qu’il est lui-même plus haut placé dans l’échelle ; ces sens sont situés à la surface de son corps, comme des sentinelles chargées de donner avis de tout ce qui l’entoure.

Les besoins organiques ou sensations venant de l’intérieur, comme les impressions arrivées de l’extérieur, se produisent sur des surfaces sensoriales placées dans les viscères ou à la périphérie du corps, Ce sont les dernières ramifications des nerfs se

CORDONS NERVEUX

distribuant à ces surfaces sensorialcs, soit internes, soit externes, qui recueillent les impressions et les transmettent à des cordons conducteurs qui sont des filaments blancs contenant de la matière nerveuse, et qui ont reçu le nom spécial de nerfs ou cordons nerveux.

Ces conducteurs nerveux portent les impressions venues de l’intérieur ou de l’extérieur à des centres de perception et de détermination, formés eux-mêmes de matière nerveuse.

Les centres de déterminations agissent sur les organes corporels aussi par des cordons nerveux. Ainsi ce sont ces cordons qui transmettent les impressions des organes sensoriaux aux centres , ou les déterminations des centres aux organes de réaction. Mais ces cordons ne sont pas les mêmes pour les perceptions et les déterminations, ils §ont même différents selon le genre de perception et probablement selon celui de détermination, et ils se multiplient en raison de la perfection ou de la complication d’organisation; car ils ne peuvent se suppléer, et chaque nerf ou partie nerveuse a sa fonction spéciale. Les ramifications ou expansions nerveuses du sens de l’olfaction et de l’odorat, reçoivent des impressions tout autres que celles de la vision et de l’audition ; les impressions du goût sont aussi différentes de celles du loucher; la même différence a lieu pour les sensations des organes internes ; le besoin de respirer est distinct delà faim ou du besoin de mouvement , etc. Toutes ces sensations offrent aussi des nuances particulières qui ne permettent pas de les confondre vaguement avec la sensibilité proprement dite : chacun des cordons conducteurs de ces impressions leur est consacré en propre; ainsi il est impossible que le nerf conducteur des impressions visuelles au cerveau y fasse parvenir des vibrations sonores, comme il l’est que l’oreille perçoive les images; à plus forte raison, un nerf de la sensibilité ne peut-il , quoi qu’en dise M. Flourens, transmettre le mouvement (1).

Les centres auxquels vont aboutir les impressions pour s’y combiner et y solliciter des déterminations, ne peuvent le faire qu’à l’aide de cordons nerveux propres ; donc là où ces cordons manquent, l’impression n’est pas transmise , ni par conséquent perçue par le centre, s’il s’agit de sensations; ou par les organes de réaction, s’il s’agit de déterminations. Ainsi, quand même les centres nerveux et les surfaces sensoriales et sensitives seraient dans les conditions normales, les cordons conducteurs

(i) Voyez. jRechcr . expèrim. de cet auteur sur le système nerveux .

CORDONS NERVEUX

ou de transmission venant à manquer ou à être lésés, on conçoit que les impressions ne peuvent être perçues pas plus que les déterminations jêtre communiquées.

L’étude des organes, ou plutôt des ramifications nerveuses qui s’y distribuent et s’y épanouissent pour recevoir les impressions ou communiquer les déterminations, ne sauraient être séparées de celles des cordons conducteurs; ainsi la marche à suivre est tracée par la nature même du sujet qui nous conduit à nous rendre compte en même temps du cordon nerveux conducteur et des ramifications affectées à chaque organe.

A ne considérer la science que dans son état actuel, seul point de vue sous lequel il nous soit permis de l’envisager ici, il serait sans doute plus méthodique de rejeter la classification des anciens anatomistes, en renonçant à décrire les nerfs par paires d’après leur ordre numérique, tels qu’on les avait autrefois classés, puisque ces nerfs ne naissent pas, comme on l’avait cru, des autres (1) pour se rendre aux organes, et que, d’ailleurs, l’ancienne classification offre l’inconvénient de présenter successivement des nerfs sensoriaux, des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs, pour reproduire encore des nerfs moteurs, sensitifs et sen*soriaux; toutefois, je pense que, jusqu’à exposition complète de tout le système nerveux, il est indifférent de commencer par un point ou par un autre; et il vaut peut-être mieux se servir du vieux langage pour ceux qui y étant accoutumés, ne sont pas encore initiés au nouveau : ainsi ils comprendront plus vite ce que voudra dire lre, 2e, 5e paire, etc., que si l’on allait tout d’abord classer méthodiquement par appareil, ou par genre de fonctions, les nerfs, avant que ces fonctions et leur jeu ne soient décrits. Dès que chaque partie nerveuse aura été étudiée et comprise, on dénommera naturellement les rameaux nerveux d’après les fonctions qu’on leur aura reconnues, ou anatomiquement d’après les trajets qu’ils sont chargés de parcourir.

Mais, ea ce moment, il n’y a aucun inconvénient de commencer l’exposition par l’étude de ce qu’on a appelé première paire cérébrale ( en rectifiant toutefois les erreurs consacrées ), et de continuer numériquement de haut en bas, jusqu’à accomplissement d’exposition de tout le système , sauf ensuite à assembler les nerfs qui concourent à un même ordre de fonctions , ou qui agissent de concert dans les harmonies.

(î) Voyez Formation p. ; voyez aussi Anatomie du cerveau., par M. Serres t. Ier.

CORDONS NERVEUX

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