‹ Traité du système nerveux dans l'état actuel de la scienceChapitre 8 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Appareil nerveux ganglionnaire . — Nerf grand sympathique (1).

Ce qu’il y a de plus obscur et de moins bien compris dans tout le système nerveux , c’est l’ensemble des nerfs dits ganglionnaires pré-spinaux ou du grand sympathique (2). Lîichat, fécondant de son génie les travaux des physiologistes qui l’avaient précédé, en a fait un département tout-à-fait distinct dans le système nerveux, étayant, sous sa dépendance exclusive, la vie organique, végétative , animale , ou automatique, soustraite à toute conscience et à toute volonté; je veux dire que, selon lui, tout ce qui n’est, ni sous l’empire de la volonté, ni dans le domaine de la conscience, appartient essentiellement à l’appareil nerveux ganglionnaire. Ainsi, les mouvements du cœur, de l’estomac et des intestins (5), les sécrétions , l’assimilation et désassimilation seraient indistinctement des opérations dépendantes de cet appareil qui doit présider spécialement à la vie organique, tan dis que le système nerveux cérébro-spinal aurait dans ses attributions la vie de relation et de conscience. 11 y a beaucoup de vrai dans tout cela ; il y a aussi beaucoup de raisonnements spéciaux et séduisants, mais tout n’est pas exactement conforme à la réalité: par exemple, il est hors de doute que le mouvement des plans musculaires gastro-intestinaux jusqu’à la moitié de l’in-

(1) PI. III. , fig. 8; pl. 6, fig. 3,

(2) Bichal et les physiologistes de son école avaient avancé que les ganglions étaient, dans tous les cas, des barrières pour les actions cérébrales; M. Ch. Bell a opposé à M. Bichat les ganglions post-spinaux, destinés comme caracière fondamental à la sensibilité. Il faut conclure des observations contradictoires de ces deux physiologistes , que les ganglions postspinaux sont destinés à la transmission de la sensibilité , elles pré-spinaux! au contraire, à intervertir l’influence cérébrale, et par conséquent à ne pas permettre que la sensibilité soit transmise.

(3) M. Bi'oussais a dit que les muscles de la vie organique n’étaient jamais en repos parce qu’ils sont sans cesse stimulés, comme le cœur par le sang, les poumons par l’air, etc.; je suis convaincu , qu’en outre du stimulus, il faut considérer la nature des nerfs, qui est ici d'être soustraite â l'influence de la volonté et dont la destination est de fonctionner sans suspension.

APPAREIL NERVEUX

testin grêle, ne soit sous l’influence exclusive des nerfs pneumogastriques (voyez 8e paire de nerfs cérébraux), lesquels communiquent avec la portion spinale intra-crânienne, et n’ont rien de commun avec l’appareil nerveux ganglionnaire, si ce n’est par les connexions de plexus , et les rapports anastomotiques de la moelle spinale avec diverses parties de cet appareil ganglionnaire; pour établir les harmonies fonctionnelles, sympathiques ou consensuelles, le mouvement péristaltique de la partie inférieure de l’intestin grêle est sous l’influence immédiate de la moelle dorsolombaire (voyez les expériences de M. Brachet, de Lyon, sur le système nerveux ganglionnaire, p. 227 et 252).

Voilà donc déjà un des grands principes de Bichat renversé, au moins sous le rapport du mouvement involontaire; il existe, dans le plan musculeux gastro- intestinal , une contractilité que ce physiologiste avait appelé organique sensible , laquelle est indépendante de l’appareil du nerf ganglionnaire, et se trouve placée sous l’influence immédiate cérébro-spinale; nous verrons qu'il en est ainsi de tous les plans musculeux servant aux mouvements involontaires, le cœur et les artères exceptés. On a tenté, mais avec moins de succès, de contester au même physiologiste l’action des ganglions sur les mouvements du cœur, en se prévalant des expériences de Legallois; nous verrons plus loin qu’on était, en effet, moins fondé à le faire. Quant à l’influence de cet appareil nerveux sur les sécrétions , il est incontestable , et tout porte à croire que l’assimilation et la désassimilation, ou les phénomènes moléculaires de nutrition, sont, au moins en très-grande parties, le résultat de l’action de cet appareil nerveux.

Les physiologistes qui se sont attachés avec le plus d’opiniâtreté à étudier les fonctions de l’appareil ganglionnaire, sont presque tous restés dans le vague et l’incertain. M. Brachet de Lyon est le seul qui soit arrivé à des résultats positifs, par des expériences sévères; aussi, est-ce principalement sur les travaux de cet habile expérimentateur, que sont basées les inductions que j’ai établies sur cet appareil.

Les physiologistes qui ont précédé Bichat, et ceux qui font partie de son école, pensent que l’appareil nerveux des animaux invertébré, n’est autre que le système ganglionnaire, viscéral, | horaco-abdominal (1) ; et ils se fondent sur les apparences ana- i

(1) J . -F. Meckel, Bumembach , Gall, Cuvier, croyaient que l’appareil ganglionnaire des invertébrés répondait à la moelle épinière des animaux

GANGLIONNAIRE

tomiques, principalement; ils croient donc que cet appareil est la portion primordiale du système nerveux, et que la portion cérébro-spinale est secondaire ou sur-ajoutée; mais, à ce compte, tous les invertébrés ne jouiraient que de la vie organique, et ne seraient passibles que de fonctions nutritives d'assimilation et de désassimilation, de sécrétions, de circulation et de locomotion involontaire; tandis qu’il est bien constaté qu’il est des vertébrés sans organes circulatoires, ou au moins sans cœur; que tous jouissent du mouvement volontaire, et que, non-seulement ils sont sensibles, mais qu’ils sont doués d’organes sensoriaux , plus ou moins étendus, selon les espèces. Il y a plus , c’est que certaines espèces d’animaux sont douées, en sus , d’une véritable intelligence, comme les abeilles...

Ainsi, il n’est pas possible d’admettre que les nerfs avec gan glions, chez les animaux invertébrés, soient exclusivement destinés aux fonctions nutritives et à la circulation : on est bien forcé de convenir qu’ils doivent servir aux mouvements volontaires, puisqu’il y a volonté, chez ces animaux; à la sensibilité, puisqu’ils sont sensibles, à la sensorialilé ou aux sensations , puisqu’ils palpent, et que beaucoup d’entre eux voient , goûtent, et même odorent ; ce serait se refuser à l’évidence que de croire le contraire (1).

M. Ch. Bell, ennemi déclaré de Bichat comme de tous les physiologistes français, avait grand intérêt à saper sa doctrine, et il ne s’en est pas fait faute. Il le blâme, surtout , d’avoir cru que le système des ganglions était isolé, et pouvait exister chez les vertébrés, par lui-même, tandis qu’au contraire, les rapports de celle partie avec le système nerveux, selon lui, sont universels (2). MM. Serres, Lallemantet Béclard , ont répondu aux assertions du physiologiste breton. 11 dit avec plus de raison que Bichat eut tort de supposer que le nerf grand sympathi-

vertébrés ; mais Reil et quelques autres pensaient qu’il n’était autre que le nerf grand sympatbyque. Walter , Landshut, assimilent cet appareil aux nerfs de la8e paire. M. Serres ne croit pas non plus à cette identité du système nerveux ganglionnaire etde la moelle spinale (An at. du cf.uveau, etc., t . 2 , p. 15, 97.

(1) D’ailleurs, le ganglion delà 5e paire des vertébrés prouverait qu’une semblable assertion est fausse. On est donc forcé d’admettre que chez les invertébrés qui n’ont qu’un appareil nerveux ganglionnaire, il existe dans cet appareil des nerfs qui correspondent aux nerfs cérébraux et sus-spinaux , aux post et pré-spinaux des vertébrés.

(2) Ouv. cité, trad., p. 255.

A PP A » E LL N fi IX V EUX

que des animaux vertébrés dût être le même que celui que Cou voit chez ies animaux inférieurs (les vers) s’étendre depuis une exlrémitédu corps jusqu’à l’autre (1). Voici maintenant, à ce sujet, le sentiment de Desmoulins, que je crois devoir rapporter à cause du grand poids dont jouissent, en physiologie, les opinions decet expérimentateur, surtout en fait d’anatomie comparée. Jl établit d’abord que l’appareil nerveux ganglionnaire communique, chezjes vertébrés , avec les nerfs spinaux r au moyen d’un cordon sorti de chaque .rende me ni i nier- vertébral , à l’extrémité inférieure avec le dernier nerf pré-spinal, à la supérieure avec 1 a 5e paire cérébrale (2); il reconnaît que la destination, des nerfs ganglionnaires est d’accompagner les artères des membres et des viscères abdominaux et thoraciques (5).

De même que M. Ch. Bell a blâmé Bicliat d’avoir pris l'appareil ganglionnaire des invertébrés pour le grand sympathique des vertébrés y Desmou lins a blâmé M. Serres d’avoir pu comparer les nerfs et le chapelet de ganglions des crustacés, aux ganglions inter-vertébraux des mammifères et des oiseaux, puisque ces mêmes nerfs des crustacés se distribuent également aux organes des sens et du mouvement et à ceux de la nutrition (-4). de répondrai tout-à- l’heure aux assertions de Desmoulins et à celles de M. Ch. Bell ; mais auparavant, je dois produire ici une opinion du dernier de ces physiologistes* qui est d’une haute gravité.

Desmoulins prétend qu’il n’existe aucun vestige de grand sympathique dans les raies, les squales et les lamproies, où cependant le système sanguin est très -développé (5), et les sécrélions*de l’appareil digestif très-actives; conséquemment, chez ces espèces, les sécrétions digestives et les fonctions circulatoires s’accompliraient sans grand sympathique, ou sans appareil nerveux ganglionnaire (6). Pour moi, je pense avoir rencontré le système nerveux ganglionnaire chez les raies, quoiqu’à un état d’excessive ténuité, et il pourrait bien en être ainsi pour les squa les et les lamproies (7), mais je n’ai pu le vérifier ; au reste,

(1) Ouv. cité. , p. 255.

(2) M. Ch. Bel! dit qu’à l'extrémité supérieure , le grand sympathique communique avec la Ce paire cérébrale.

(3) Anat. des syst. nerveux, t. 2, p. 502,

(4) Ouv. cité, t. 2, p. 505.

(5) Ouv. cité, t. 2, p. 304.

(6) Ibid., t.' 2, p. 504.

(7) Weber avait déjà r emarqué que le grand sympathique est à peine

GANGLIONNAIRE

c'est aux travaux ultérieurs des anatomistes qu’il appartient d’éclairer celte question ; toujours est-il que, chez les mammifères, le grand sympathique est l’agent spécial des fonctions nutritives et circulatoires, ainsi que l’a établi d’une manière péremptoire, M. Brachet, de Lyon.

Lobstein (1) a reconnu que les rameaux nerveux traversent chaque gang-don sans s’y terminer, et qu’ils ne font qu’entrelacer quelques uns de leurs filets avec ceux du ganglion. Cet anatomiste, ainsi que Scarpa , a cru voir que tous les rameaux du grand sympathique étaient uniformément composés, de petits faisceaux entrelacés comme des plexus. La substance grise propre des ganglions ne ressemble réellement en rien à la matière grise du cerveau, à laquelle on s’est plu à la comparer (2).

Les ganglions pourraient donc être regardés comme des plexus dont les réseaux sont à mailles plus serrées et encroûtés de matière grise et floconneuse globulaire; il est probable que leur usage est, non d’isoler les fonctions et de représenter chacun un petit cerveau , comme le dit Bicbat, mais, au contraire , de lier les fonctions organiques, de les mettre en rapport harmonique, comme tous les plexus, pour les fonctions cérébro-spinales.

On a constaté l’existence des nerfs ganglionnaires , dès la quatiième semaine, dans l’embryon humain; ils présentent alors la disposition d’un cordon épais et rouge de chaque côté , à cause du peu d'intervalle des ganglions au cinquième mois. Le ganglion cardiaque est bien marqué et le ganglion cervical supérieur déjà long de trois lignes, tandis que le ganglion semilunaire, si volumineux chez les mammifères adultes, est au contraire peu distinct , n’a pas plus d’une demi-ligne dans son plus grand diamètre; et même, à neuf mois, ce dernier ganglion est encore très-imparfait : ne pourrait on pas tuer de là l’induction que les ganglions cardiaque et cervicaux se perfectionnant les premiers, ont aussi pour usage de servir à des fonctions primordiales ( la circulation et la respiration)? et peut être sont- ils en

ébauché chez les poissons, et que ce nerf se développe en raison de la moelle spinale, où il prend sa racine ( Anatomia comparata nervi sympatici Letpsiœ , i£i 7).

(lj De nerv. symp., hom. fabr., pi. Vf, lig. 5.

(2) La texture des ganglions consiste dans une sorte de plexus formé de petits filets blancs et demi-transparents, dont les réseaux interceptent une substance cendrée, floconneuse, de forme globulaire,' très-adhésive; une longue macération ne détruit pas leur homogénéité.

APPAREIL NERVEUX

quelque sorte la racine du reste de l’appareil ganglionnaire (1), comme nous avons vu les lobes primitifs quadrijumeaux devenir le point de départ de tout le cerveau? (voy .formation du système nerveux ).

Si l’on observe attentivement la disposition anatomique du système nerveux des animaux invertébrés, et qu’on examine en même temps comparativement leurs fonctions organiques, on remarque combien l’organisation des radiaires est simple (2). Un ganglion central auquel aboutit un nerf pour chaque rayon ou chaque membre , forme tout le système nerveux de ces animaux inférieurs , qù chacun de ces rameaux nerveux rayonnants est unique, où il est multiple, ce que les meilleures lentilles ne permettent pas même de distinguer, dans une organisation nerveuse si molle et d’une si grande ténuité; mais, dans le premier cas, il faut admettre qu’un même filet nerveux préside au mou» vement et à la sensibilité, ainsi qu’à la nutrition, bans le second (ce qui est plus probable, en tenant compte de ce qui se passe dans les organisations compliquées ) , chaque fonction est régie par un filet particulier, et le ganglion central est le point de convergence ou harmonique de mise en rapport pour l’unité fonctionnelle de l’individu (3),.

En remon’ant aux articulés, aux animaux à segments et à qaembres (4) , les ganglions se multiplient en raison de ees segments, et les filets nerveux en. raison des membres; cependant il est à remarquer que l’un de ces ganglions prédomine et se dessine ordinairement en anneaux; il se trouve toujours placé. à; l’entrée de la bouche (5) , et régit véritablement l’alimentation. Les filets nerveux qui y aboutissent doivent être considérés.

(1) Il est sans aucun doute que le principe immédiat des contractions, du cœur réside- dans le ganglion cardiaque. C'est par lui que l’organisation commence (PI. II, fig. 1 , 4, 5., 0, 7, ), et Aristote appelaitle cœur de l'embryon punctum salius .

J'ai répété toutes les expériences de M. Brachet avec le plus grand soin, surtout relativement au ganglion cardiaque, dont j’ai appris depuis longtemps à constater l’importance ; et, dans les cas oùj’ai pu réussir complètement en expérimentant, tant sur les ganglions cervicaux que sur le grand ganglion thoracique central, je suis constamment arrivé aux mêmes résultats que lui. Haller et Sœmering ont voulu nier l’existence des nerfs cardiaques, mais Scarpa l’a démontrée,

(2) PI. Ifig. I.

(3) PI. I, fig. 3, 4, etc,

(4) PI. I, fig. Ibid.

(5) PI. I, fig. 2,

GANGLIONNAIRE

comme les analogues des pneumogastriques des classes supérieures, tandis que les ganglions inférieurs sont les analogues et de la moelle épinière et de l’appareil nutritif. Les articulés hexapodes ailés (1), dont l’organisation est plus parfaite, possèdent , outre le ganglion œsophagien , une portion supérieure qui lui semble inhérente, mais qui en est distincte, et qui, dans beaucoup d’espèces est bilobée; cette portion est le ganglion céphalique ou cérébral, auquel aboutissent les filets nerveux des antennes ou du toucher et les nerfs optiques (2) : c’est donc le point central où vont se rendre les filets nerveux sensoriaux qui sont principalement les analogues de la 5e paire et des nerfs optiques des classes supérieures (5). Ainsi, sous une organisation en apparence si simple, qu’elle avait été regardée comme composant uniquement , non pas l’analogne du grand sympathique , mais essentiellement ce nerf ou l’appareil dit ganglionnaire , qu’on supposait être absolument le même, fonctionnellement parlant, que dans les classes supérieures , nous apercevons au contraire une texture d’autant plus compliquée que les éléments constituants semblent plus concentrés , et l’on dirait, en remontant ensuite dans féchelleanimale, que la simplicitédes radicales nerveuses devient pl us grande à mesure que l’organisation se complique et se perfectionne, et que ces radicales se multiplient; tandis que les masses centrales , au contraire , augmentent en raison de la multiplicité et de l’étendue dés rapports, et que les ganglions, si exigus et si éloignés les uns des autres dans les classes inférieures, se rapprochent et se fondent en des lobes à commissures très-considérables dans les classes supérieures du règne animal, pour former leur système nerveux central cérébro-spinal.

D’après ces considérations établies sur la simple observation fonctionnelle et anatomique comparative , on voit que les animaux invertébrés, sont loin d’avoir un système nerveux simplement analogue de l’appareil ganglionnaire des vertébrés, mais que ce système contient à la fois les rudiments des appareils cérébro-spinal et ganglionique des vertèbres (4) , et qu’il se développe selon le perfectionnement des espèces ; qu’on y rencontre, presque jusque dans les classes les plus imparfaites* les.

(1) Pl. I, fig.

(2) PI. I, fig. 5.

(5) Serres, Anat. du cenv., t. 2, p. 50, 90, 91 , 93, 96. (4) C’était déjà là l'opinion de Weber et de Meckel.

APPAREIL NERVEUX

analogues dos systèmes nerveux partiels de la 5e et de la 8e paire cérébrale des vertèbres, et de plus, les analogues des nerfs spinaux et des nerfs nutritifs splanchniques.

C’est surtout dans les espèces les plus perfectionnées de ces invertébrés (les céphalopodes), qu’on saisit la multiplicité fonctionnelle dépendante de ces nerfs régis par les ganglions.

Si des espèces les plus parfaites des invertébrés, nous nous é!e\ons aux dernières espèces des vertébrés, que nous examinions les poissons, une immense distance sépare déjà leur organisation nerveuse, de celle des invertébrés. Une Imite osseuse (le crâne) renferme à part les masses centrales de direction ; un long conduit osseux (le canal vertébral) contenant les masses centrales d’exécution , des blets flottants , établissent la communication des organes avec ces masses centrales; des plexus ou rendez-vous de filets facilitent les rapports et déterminent les harmonies, et enfin, un appareil ganglionnaire extra-osseux préside à la circulation et à toutes les opérations de nutrition.

il demeure donc constant que les éléments nerveux changent de forme dans toute la série du règne animai , en raison des complications fonctionnelles, sans que la chaîne nerveuse, sans que le caractère propre de l’animalité éprouve fondamentalement d’interruption (4); il n’y a que des variétés d’organisation, Les espèces les moins parfaites cliea les invertébrés comme chez les vertébrés, sont les larves ou les embryons des espèces supérieures. (Serres, ouvrage cité, t. 2, p. 24.)

J’ai dit comment chez les embryons des vertébrés, le ganglion cardiaque et les cervicaux étaient les premiers développés (2). Eh bien! on trouve dans toute 1 étendue de la vie des poissons, surtout des espèces les plus simples, cette conséquence d’organisation, la partie antérieure du grand sympathique est plus développée que la postérieure, comparée aux espèces supérieures.

( » ) C’est, dans ce sens qu’il faut admettre la loi d’identité , proclamée par M. Geoffroy de Saint-Hilaire et combattue par Cuvier.

(2) On verra plus loin , et en jetant les yeux sur le système ganglionnaire, représenté pl. 111, iig. 8, et pl. 'VI, fig. 5, qu’il exhte dans ce système ganglionnaire, trois divisions bien tranchées. La 1 re comprend le ganglion cardiaque, les trois cervicaux elles einq premiers thoraciques, la seconde renferme le ganglion plexifprme sous-diaphragmatique , les derniers thoraciques et tous les lombaires; la troisième est formée du ganglion ypogaslriquè et de tous les sacrés.

GANGLION. N AISU:.

Cet appareil nerveux se termine chez les poissons en liant ou en avant, sur la branche operculaire de la 5e paire, qu’il gagne par un conduit à travers le basilaire et le pariétal; jamais aucun tilet ne va à la Ce paire, ni à une autre plus antérieure; celte anastomose avec la 5e paire n’y occasionne aucun rendement. Sous la première vertèbre , les filets du troisième ganglion forment une arcade, à laquelle aboutissent deux cordons qui proviennent de l’estomac et de l’œsophage, du foie et des premiers intestins (1); du quatrième au neuvième ganglion , il ne s’y rend en apparence aucun filet splanchnique; au onzième ganglion, plus gros que les autres, se rendent des rameaux venant des intestins et de l’ovaire. Les ganglions qui suivent, sont généralement fort petits , mais forment cependant un double chapelet, recevant les filets venant de l’aorte et des veines caves dans le canal sous-vertébral (2).

Chez les reptiles et les oiseaux, l’appareil ganglionnaire s’unit dans le crâne avec la 5° et iu 6e paires, en passant par le trou de sortie des nerfs pneumo-gastrique et glosso-pharyngien. Le premier ganglion , cle forme lenticulaire , situé sous le crâne , communique au cou avec la 8e paire et la 9e ou son analogue ; au-dessous, l’appareil s’interrompt et ne se renoue que par un rameau venant du plexus pulmonaire, formé principalement par la 8e paire, lequel va s’unir au premier ganglion thoracique, avec sept à. huit autres filets provenant du plexus brachial , des nerfs cervicaux, du plexus cardiaque et de toutes les artères des viscères de la digestion ; des filets semblables se rendent aussi aux autres ganglions thoraciques; en outre , ces

ganglions communiquent ensemble par de doubles filets.

Au-delà des côtes, l’appareil ganglionnaire devient, comme dans la partie inférieure des poissons, presque rudimentaire. Un plexus se forme sur le bas de l’aorte, auquel viennent aboutir des filets qui proviennent jusque des dernières vertèbres de lu queue.

(1) Au premier ganglion aboutissent des anastomoses venant du premier nerbranchial, et au second des anastomoses de la 8e paire.

(2) Il est probable que chez ces animaux , comme chez tous les autres , >! y a de ces filets nerveux ganglionnaires tellement ténus , qu’on ne peut les apercevoir, mêmeà la loupe. Les travaux deM. Ribeset de quelques autres anatomistes ne laissent aucun doute à cct égard , pour les filets qui accompagnent le système vasculaire artériel des mammifères, jusque dans ses ramifications les plus exiguës.

APPAREIL NERVEUX

Dans les mammifères et l’homme, l’appareil ganglionnaire communique aussi , d’une part, avec la 6e paire cérébrale, et de l’autre, avec la^5e, au moyen du ganglion dit sphéno-palatin par le canal vidien. Inférieurement, il communique avec les nerf sacrés. Tout le long de la colonne vertébrale , l’appareil ganglionnaire s’unit avec chaque nerf pré-spinal, au moyen d’un rameau qui s’insère au ganglion intervertébral; dans la poitrine, il y a souvent communication par des filets anastomotiques de la chaîne ganglionnaire d’un côté à celle de l’an Ire. Les principales dispositions qui se font remarquer dans l’appareil ganglionnaire tel qu’il est distribué chez les mammifères , sont d’abord une masse centrale thoracique (1) , représentant un ganglion étendu plexiforme placé derrière la crosse de l’aorte, depuis la naissance du tronc artériel, aorlo-clavi-lrachélien (artère brachio-céphalique ) , jusqu’à la bifurcation de l’artère pu 1 monaire. Cette masse ganglionnaire thoracique centrale, qui n’est autre que 1 e ganglion cardiaque, ou si l’on veut, le plexus cardiaque (2), communique directement avec les trois grands ganglions cervicaux (o) , placés latéralement, et avec le plexus branchu œsophagien ou pulmonaire , formé principalement par la 8e paire (4); celle masse se subdivise en deux autres ganglions que les anatomistes ont nommés coronaire antérieur et coronaire postérieur , lesquels doivent être considérés comme les prolongements du cardiaque primitif. Ces ganglions cardiaques et coronaires reçoivent de nombreux filets venant des ventricules et des oreillettes du cœur, de la crosse de l’aorte, et s’anastomosent avec le nerf pneumo gastrique. (Pl. 5, fig. 8, 48,49.)

Les trois ganglions cervicaux placés sur la ligne latérale , et en communication directe avec le ganglion cardiaque, forment un département trop tranché, et , sous le rapport fonctionnel et même sous celui anatomique, pour qu’on n’en tienne pas

(1) La plupart des anatomistes sont dans l’habitude de décrire l’appareil en commençant par les portions latérales , et suivent de haut en bas. Meckel commence par le ganglion semi-lunaire, qu’il croyait être la racine de l’appareil. Je commence par le ganglion cardiaque, qui est le premier formé , et je divise, en me guidant, d’après les données fonctionneltes.

(2) Pl. III, fig. 8, A.

(3) Les rameaux cardiaques qui vont au ganglion cervical moyen, sont composés des filets les plus considérables.

(4) Voyez à l’occasion de l’influence du cerveau sur le cœur, l’exposition du. nerf de la 8e paire, note 3, p. 99.

GANGLIONNAIRE. 173

compte. Le cervical supérieur très-alongé, fusiforme , communique avec tons les petits ganglions de la tête (1), et s’anastomose avec les l'°, 5e, 5e, G°, 7e (portion dure), 8e et 9e paires cérébrales, avec les Ie’ et 2e nerfs pré-spinaux, et souvent avec les 5e et 4e. Mais les principales communications ont lieu avec les artères du cou et de la tête, et avec les plexus formés au cou par les nerfs cérébraux-spinaux , surtout avec les filets nerveux et les organes qui concourent à la respiration , le pneumogastrique, l’hypoglosse, le larynx et le pharynx, et les muscles du cou qui servent à fixer le thorax ou la tête dans l’acte respiratoire. On voit que ce ganglion cervical supérieur doit être un organe important, un organe plexiforme (2) destiné probablement à établir les harmonies nutritives, sécrétoires et circulatoires, entre les parties constituantes de l’extrémité céphalique de l’individu.

Le ganglion cervical moyen (5) , plus petit que le supérieur, communique comme lui avec les artères du cou, les nerfs et les muscles respirateurs ; il correspond particulièrement avec le plexus de l’artère tiroïdienne inférieure, s'anastomose avec le lanryngé récurrent, et tient par quatre rameaux aux nerfs 4P, 5e, 6e pré-spinaux. Ce ganglion manque assez souvent.

Le ganglion cervical inférieur (4) manque moins souvent; il est même quelquefois double, et communique avec l’artère vertébrale, le plexus de l'artère sous-clavière, qui reçoit aussi des anastomoses des 5e, 6e, 7e, 8e et 9e nerfs pré-spinaux, et du pneumo-gast! ique ; il reçoit des filets du plexus bronchique et des muscles inter-transversaire et long du cou. Ces trois ganglions cervicaux latéraux se rallient au ganglion central plexiforme cardiaque (5), par des rameaux directs, dont les moyens, avons-nous vu, sont les plus considérables; ils se rattachent aussi, sous le rapport fonctionnel, à ce ganglion central, et forment avec lui, en quelque sorte, un département; car nous voyons , d’une part , le ganglion cardiaque être le premier point

(1) Le caverneux, situé dans le crâne, au moyen d’un filet qui est l’artère carotide, l’ophtalmique, par un filet appelé longue racine (Voyez 5e paire cérébrale), lesphéno-palalin , par le nerf vidien , ce dernier communique avec le naso-pa'atin ; enfin, le sous-maxillaire, en communication avec la glande de ce nom. (Voyez pl. III, fig. 8.

(2) PL VI, fig. 4.

(3) Pl. III, fig. 8, h.

(4) PL III, fig. 8, j.

(5) Pl. III, fig. 8 etpl. VL fig- 8, a.

APPAREIL NERVEUX

de l’économie où la contractilité apparaît (V. formation du système. nerveux), et nous voyons aussi la partie antérieure ou cervicale de l’appareil nerveux ganglionnaire, se développer d’abord dans les classes inférieures, et même dans quelques classes supérieures (1) ; d’autre part, nous constatons les connexions anatomiques avec les organes circulatoires et respiratoires de tous les rameaux nerveux qui aboutissent à ces ganglions latéraux du cou, et, enfin , nous notons que la destruction de ces ganglions latéraux, ou delà moelle spinale correspondante, abolit la circulation au cou et dans les organes respiratoires (2), ainsi que les sécrétions et la vie nutritive dans ces mêmes organes (5).

Quant au ganglion cardiaque proprement dit, sa destruction anéarlit directement les mouvements du cœur (A).

Voilà donc toute cette partie ganglionnaire centrale thoracique et latérale du cou , que l’on peut considérer comme présidant à un ordre distinct de fonctions de nutrition, la Circulation centrale, et les sécrétions des organes respiratoires. Cependant, il est juste d’ajouter qu’à la portion latérale ganglionnaire cervicale, ne se borne pas l’influence respiratoire, car, depuis le premier ganglion thoracique jusqu’au sixième, des filets de communication se rendent de ces ganglions, tant au plexus pulmonaire qu’au pneumo-gastrique et aux muscles respiratoires, et se rend aussi de ces filets de communication à l’arète pulmonaire et au plexus cardiaque. Il nous reste à rechercher si l’appareil central de la nutrition et les sécrétions digestives, ainsi que la portion du système circulatoire qui se distribue aux organes de la digestion, ne formeraient pas un autre département ou une division de l’appareil nerveux ganglionnaire, et, enfin, si un troisième département ou une troisième grande division de cet appareil - nerveux, ne présiderait pas à la vie organique ou nutritive des organes de la génération.

La raison indique que les ganglions latéraux étant doubles, doivent être destinés à régir, de chaque côté, les actes nutritifs

(1) La chaîne latérale ganglionique est même interrompue entre les portions cervicales et les ganglions thoraciques latéraux dans les trois dernières classes des vertébrés, preuve manifeste de l’isolement de cette portion ue l’appareil ganglionnaire.

(2) Voyez Brachet, de Lyon, et Legallois, Expériences sim le principe de ls Vie.

(3) Voyez Brachet.

(4) Voyez Brachet, ouv. cité, pi. Vf, fig. 4.

‘Ganglionnaire.

dés organes symétriques, et que les ganglions centraux, ou doivent centraliser et harmonier ces actions latérales, ou sont destinés à régir les actes nutritifs des organes centraux et impairs, comme aussi elle démontre que les ganglions de chaque région , et en connexion directe, an moyen de lilets de communication avec les organes auxquels ces lilets se distribuent , sont affectés aux fonctions nutritives de ces mêmes organes. Les dispositions anatomiques doivent donc puissamment guider, dans ce cas , pour mettre, ainsi que l’observe judicieusement Ma Ch. Bell, sur Ja voie de l’expérimentation.

Le ganglion central sous-diaphragmatique, appelé par les ana-, tomistes semi-lunaire , plexus solaire (1) , médian , o upisto-gastrique.y se sous-divise en plusieurs plexus qui, tous, semblent dépendre les uns des autres. Le plexus sous-diaphragmatique (2), proprement dit, se présente d’abord; il reçoit, outre les nerfs de communication avec les 6e, 7e, 8e, 9e et lie ganglions thoraciques, ceux de la partie inférieure de l’œsophage, du diaphragme et de la partie supérieure de l’estomac. Ce plexus sous-diaphragmatique contient le petit plexus sous-gastrique (5). A ces deux réseaux se rattachent le plexus cœliaque (4), qui, lui-même, se subdivise en plexus hépatique droit , et en hépatique gauche (5), recevant des filets pyloriques, duodénaux et pancréatiques, et s’anastomosant avec le nerf pneumo-gastrique ; le plexus splénique (6), recevant aussi des filets du pancréas, de la partie inférieure de l’estomac, et de la rate ; le plexus rénal (7) , recevant des filets des capsules sus-rénales, des reins et des derniers ganglions thoraciques et premiers abdominaux ou lombaires, lequel communique ensuite avec un plexus, de chaque côté, qui a été appelé spermatique (8), et qui communique lui même avec les testicules ou les ovaires, avec l’urètre et le plexus mésentérique supérieur, le plexus mésenterique supérieur (9) communiquant avec le pancréas, l’artère mésentérique, le duodénum, les reins

PL

vi, fi g.

3, fig. 8, B.

PL

VI, fig.

PL

VI, fig.

PL

VI, fis.

PL

VI, fig.

Page 1