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UNE MUSIQUE DES VERS

Au h" Al

E DR Stéphanb Mallarmé

Comme d'Auires résigné aux exils que nul ne pleure,< il faut que je me réjouisse au-dessus du Temps. ■ Mais, las du désert de mon soliloque, pourtant, j'ai voulu sans quitter cette aridité que me sussent être Quelques-uns.

Or, je viens, Faune seul prime en mes souvenirs ! distraire le songe de votre après-midi qui du doux palpiiement d'ailes s'évente, et du les envolé des pipeaux. Mais importun, non presque : car l'Instant perdu, rais de diamant qui s'éteindra, qu'îriez-vous le déplorer sous votre méridienne lumière! puisque n^y doit oser sa triste aventure la nuit, Tueuse des gloires.

Désireux de votre auguste désir, je me plais eu la hantise d'un rien immense que laissent vos deux rose.iux négligemment errer quand ils disent :

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attendsl

Oui, sur les rives de l'étang vous vîtes que, tû alentour, de la voix des puérilités se cherchant nuptiales il résonnait pour l'âme, le Roseau. Mais, en les orients, les soirs et [es tremblements d'astres, quand s'extasiait votre regard des ensanglantements et des lueurs

neigeuses, ne se souïieal-elle d'avoir ouï. votre rêverie, de glorieuses haleines trompeter, qui de Métsux sortiraient, sonores mais sans strider en l'air qui don et n'éveillant en la seule mémoire qu'une rumeur de mois : Triomphes, Heurs et Sïluts! et de Cordes, aussi surnaturelles des vibrations n'ont-elles progressé, d'où les mots éveillés : Candeur. Droit et Sérénité.

Votre rêverie s'en doit souvenir: el, n'esl-îl pas vrai qu'ils seraient d'insigne suggestion, les Vers, où (par une Invention dont s'émerveillerait U vue. mais l'ouïe matérielle aussi, et aussi notre vouloir de mots) serait rendue l'immatérielle et naturelle Instrumentation.

Mais qui dame qu'elle lamente, la présente Poésie, le veuvage qu'implique mon souliait iag^au 1

Toute Instrumentation, lui! A notre Aïeul k Tous, poite optme. Victor Hdgo! mais sans que puisse, délivré et se vantant de son épiphanie, tel timbre seul sonner hors du remoii4 à jamais continu.

Chablbs Baudelaire : premier, magique Maître ordonnequ*ea les voix propres des Instruments dénommés se distinguent ses vers : et, surtout, l'agonie solitaire s'angoisse des Violons en les notes hautes, et d'un Orgue poignant l'horreur sainte sourd.

Paul Verlaine : azur pâle oti des moutonnements, en les vesprées, de nuages songes : et, lors, sur des Violes il semble que le vent éparpille des Toisons de vierges.

Parfois, des nuits voluptueuses se glorifient de lumières, et tintent les Harpes royales!

O Faune I et, pour revenir à votre ami du bosquet

Stéphane Mallarmé : une heure, en la merveille glauque de roseaux et d'eaux Uliales quand midi est las, en l'égolsme des

êtres exquis la Flûte r£ve hésitante entre les Monts et la Terre. Puis la sérénité même monte de la Musique ultime en des atmosphères candides, louangeant, d'Instruments chimériques tant ils ne sont rien évoquée, quelque Prêtre d'un Culte disparu ou futur.

Non, qu'elle ne se lamente, l'heureuse Poésie : et que soit à mon vœu donné le pardon des Trois divinateurs, mais du dernier.

Alors, pour garder ma vénération, à l'horizon qui pour moi s'est ouvert mon adieu doit-il s'éplorer; et n'ira-t-il vers la patrie, mon désir orphelin ?

Que non! il me revient que les Trois ont, des instants prophétiques, vers on ne sait quel grand Pays marqué l'espoir on ignore de quels pas : et je gravis désormais, celui qui plus longtemps ne doute de l'assentiment, la voie droite et solitaire, disant :^u'clle multipliera ses Instruments, l'Instrumentation, et que des Voix de plus en plus diverses et voulues hors du balbutiement primordial émergeront, maitressesessculées.

Trop souvent nous phrasâmes seulement, sous nos longueurs se voila notre stérilité qui ruse. Assez patients, austères et studieux regardeurs, nous n'avons pas hanié la Nature rythmique : et vers l'Autre, sa sœur au geste parvenue, elle ne nous mena pas : vers la Vie touiel qui dans son ventre tient le dieu.

Autrement, les poètes, nous aurions vu à des heures plus hâtives, (et nous pensâmes, en parlant, rivaliser !) qu'est sonnée par le Tout une immatérielle et naturelle Instrumentation exaltant, trésor de ton sein, ô Poésie ! les Idées.

Limât

m Paul Vebl^

Au sortir de son sommeil efBearé dé sourire et de ptloNC

s'aérant, sur le perron merveilleux, d'un timide soleil paradisé et de rosée remuante en l'aurore légère d'un mirage d'eau qui ment, toute ingénue la Belle s'en viendra.

Par le parc halénant dont s'augmente la nuit sylvestre de la ramure grise des matinales vapeurs, ouvrant la lueur puérile d'une clairière elle ira.

Ce spontané parterre qui vers la pure solitude pousse, ses pas le gagneront : et là, dans un agenouillement de vierge bysanrine, d'un doux geste envolé remémorant l'aile de colombes elle prendra sans hftte une rose et un lis, puis reviendra.

Mais, mutine, la présente aube, et nerveuse vraiment du pélemèle des pétales trop ombrageant son poing mignard, elle laissera au martyre de la rose se venger ses mièvres doigts : et par le parc s' ébruitant neigera en pleurant les amants des vesprées anuitées, d'une lente efTcuillaison d'appas qui meurent, le retardé vol mauve.

Si glorieux et un, pourtant, montera vers Timminent soleil, aux adorations ouvrant son orgueil qui s'ignore, le grand lis implacable : qu'en le cœur de la Belle la mémoire d'un culte s'éveille et qu'elle l'emporte, insacrifiable, en le lieu mystérieux où son esprit s'enrêve.

Tournant de tel poète les pages trop peu liées, où dans une vaunéante inharmonie se heurtent amour, religion, philosophie, et menus propos, hélas! qui n'a d'énervement raidi ses longs doigts <i*artiste? Ce ne sont là que hasards, en quelque sorte, de variations atmosphériques : si évident est-il, qu'il rêva l'espérant poème pour l'aurore seulement qui le surprit d'un soleil triomphal, et l'autre, noir, pour le soir hivernal, quand le spleen somnolait dans la pluie lente.

Ce livre, de vanité, nous l'amassâmes Tous et n^en sourions. Il est l'inévitable veille, et de grand prix, d'un studieux apprentissage pour qui veut devenir l'Ouvrier que hante l'espoir du Chefd'œuvre : mais il ne doit s'imprimer. Beau de sa naïveté, prétentieuse un peu, mais sacrée par l'écriture juvénile et la vieille encre jaunie, que le poète garde le tant aimé Manuscrit : vieilles lettres des amours qui n'étaient pas TAmour.

Un soir harmonieux de rythmes et de pensées, sur la Terre promise la première œuvre d'une joie pure tonne.

Ce sera peut-être la liliale immortalisation de sa viride Tendresse qu'il tentera, le Poète^ montante vers le souhait des édens et de la simple et pérennelle possession des âmes : et le livre dira des Miroirs en lesquels il alla chérir son rêve l'onde fidèle ou décevante.

Ou (toute issue qu'il veut impitoyable laissant du Divin la personnalité sous le vers infrangible sourdre), dur investigateur de la

Vie, peut-être il sauvera dans la sûreté des symboles la genèse el l'ouvraison des Pubertés : en eu:x, saisi dans ses métamorptioses les plus douteuses il fera le naturel Désir soupirer, qui dans le pollen et l'ovaire tressaille : du prime trouble au mûr épanouissement de l'attente, poème, saint et tragique autant qu'apprêts de Sacrifice, de l'homme vierge et de la femme non blessée.

Mais heureux I si quelque idée si ample et si haute de la veille a surgi, que de toutes les œuvres de notre Œuvre elle sera l'immuable Dame ! Si elle doit prospérer de manière que ; parallèle à un esprit mûri à l'expérience des multiples soleils grandisse des œuvres sœurs la sapience, et que viennent à l'égal des suprêmes s'épanouir un r<îve et une philosophie : plus heureux le Chanteur, s'il n'est, hélas I indigne de ce destin roi lui ordonnaot, ud soir d'iatenw pensée, dé graver a Sagesse > aux voûtes de son palais. Tranquille il pourra s'éteindre.

Vers les avenirs ouvrira le lis impeccable et un la suggestive rêverie de sa gloire dorée d'un arôme ; et quand, ravageuse peut-être des silves aux mille pétales de rose, par les poésies passera la trop maligne Postérité, devant le lis, en vérité, la Belle aux doigts cruels ne saura comment la ruine entreprendre, et par une religion séduite elle l'emportera, insacrlfiable, pour son rêve habituel.

A Joris-Karl Hursiciws

Dangereuse vraiment est ma demande qu'en les vers désormais ■oit l'inquiétude, non de la nature plus intime mais de la Vie même et de son geste, si m'entend quelque distrait esprit.

Nue et simple photographie, pourrait-il dire : et mot, son écho : inintelligente aussi.

Donc, que luise au plein soleil d'une glose le mot de l'énigme, et que du Symbole éclat de songes de toute l'éternité soit pressentie la nature divine.

Une suite devisions, la vie.

Or (le prâneur, où s'égarait-il ?), prises une à une, les visions, de quelle misère le plus souvent I et qu'elles ne sont dignes du poète qui de son poème veut que sorte la suggestion.

Qui le nie ? pas moi si l'on veut relire, mal vus sans doute, quelques mots graves.

n Patient, austère et studieux », ei non pas << regardeur ■ seulement, sera le poète : d'où méditant.

Non magistrale et une est donnée par la Vie la leçon, mais en ses mille éléments égarée. Assez quand même s'explique mon amour d'elle si à nous de grouper, simplement, pour que soit, en la lumière de son immorraliié, l'Idée latente dans le peut-être des éléments à logiquement marier.

Qu'un exemple nous guide : et (garions-nous de séparer les sœursl) puisque à la Vie mène la Nature et qu'elles peuvent s'assimiler, ainsi qu'il sera déduii, hors du Théâtre verdissant il me plaît de l'élire.

Agitons que pour le repos vespéral de l'Amante le Poète voudrait le Site digne qui vaporeusement exhalât le mot : Aimer.

Or, en quête, sous les ramures il s'est lassé et la nuit est venue sur la vanité de son espoir présomptueux : parmi l'air le plus pur de désastre en le plus plaisant Heu une voix disparate, un pin sévèrement noir ou quelque rouvre de trop d'ans, s'opposait i l'intégral salut d'amour, et la velléité dès lors inerte demeurait, et muette sans mime la conscience mélancolique de son mutisme.

Voudras-tu, poète, te résigner?

Non, et les lieux inutiles reverront sa visite : les pierres nuées qui lui plurent il les ordonnera négligemment en un parterre de mousses dont il garde le puéril souvenir : par son unique vouloir esseulées, hors de mille s'étrangeront là quelques ramures vertes virginalement sur de droits rêves, et perplexes quand sous elles il laissera qui prévalaient d'oiseaux deux rameaux mons gésir et devinée mieux que vue aux dentelles des verdures amènera large et molle une rivière oii des lis gigantesques : un Torse nu de vierge en l'eau s'ornera d'une Toison mêlée à l'heure d'un soleil saignant son or mourant.

Alors, pourra venir Celle-Iï : tt l'Amante au seuil très noblement s'alanguira : comprenant, sa rougeur d'ange ezquisement éparse parmi le doux soir, l'Hymne immortel méJé d'oubli et d'appréhension qui de son murmure visible emplira le Site créé.

Maintenant, l'on veut lire, impatient,des Vers, vite! oCi s'épanouisse la merveille ; de quiî

Evoquant par sa hautaine sérénité Thiératique silence du mot même Symbole, le nom s'impose de Stéphane Mallarmé : mais allons à la prose vraiment ; et, hors des végétations honteuses une à une distinguées et soudain massées en l'humidité malsaine d'un soir qui ne pénétre les vitres : quelle suggestion énorme rend Des Esseintes hagard, et quelle vie elle prend vite grandie aux réves d'extase pâle, la personnelle Vérole I

L'heure n'est étrange désormais de resserrer d'un nœud solide les preuves sans ire émises, violettes faveurs de mon songe.

L'Idée, qui seule importe, en la Vie est éparse.

Aux ordinaires et mille visions (pour elles-mêmes a négliger] oCi l'Immortelle se dissémine, le logique et méditant poète les lignes saintes ravisse, desquelles il composera la Vision seule digne : le réel et suggestif Symbole d'oil, palpitante pour le rêve, en son intégrité nue se lèvera l'Idée prime et dernière, ou Vérité.

¥MflllÊMiME

A STDâRT MbRRILL

Quand, sentant l'heure qui ne revient prématurément poindre, mon esprit non sorti de l^évolution^sous le Titre générique de l'œuvre qu'un pressentiment éveillait — c légende d'Ames et de Sangs » — désormais — c légendes de Rêve et de Sang » — ouvrit en un livre d'essais les vagues et linéaires et éparses rêveries optatives de mon présent vouloir : en toute Amitié ravie tu me saluas, Très-ami I mais gratuitement humiliant aussi d'une sorte d'étrange respect ton droit regard de Poète seigneur.

Tqute se; montrait là ta native et latente simplesse ; et, la vie, m'en éplorera le^glorieux souvenir.

Ce livre, ton art de lire large et loyal le prit, selon ma prière, pour Tangélique message que vraiment je le fis : un simple dire de venue : venue qui ne devait éclater, peut-être, inutile pour un Avenir lors entrevu, et qu'aujourd'h^i, maître de mes jeunes Ténèbres, je dis et prouve voir.

Ta poétique divination, hors de la phrase aux livides lueurs et, pour secouer la vaine nuit, d'orages s'emplissant, vit la Musique logique et claire qui dans mes < légendes » sera. Légitime reine des sons,

ei de toute la vie et de tout le désistement !>'amplifîant, que de mon £tre consciencieux elle exigera: car, ainsi qu'un prêtre vers les vertus levant ses mains, je l'ai promis à notre dieu, l'Art inëmu.

Pour toi s'animait vague le noir du ciel qui devant mon geste tremblerai! de lumière ; et la présente et explicite Méthode qu'a de ma suprême méditation tirée un douloureux vouloir, tu la lus aux vers rudes : dans la rumeur d'une verbale Instrumentation momaît naturellement la pensée de l'Unité et du Symbole.

Cest alors, d'une parole non mesurée. Ami (mais tu te souvenais qu'à L'instar du géant respire le nain trop heureux], que ta plume louangea: et, à l'instant de répit prolongeant au rêve les lignes der* oières de ton Commentaire, le grand nom de AVagner par toi dit ne voulut délaisser ma stupeur!

Or, avertis, enquéroDS-nous.

Pour une œuvre une et que ne sent d'immortelle beauté l'omnivoyant Génie qu'autant qu'elle symbolise, unir et ordonner magistralement soumises et épurées toutes les artistiques expressions : c'est de Wagner sonnée par les Victoires l'atlantique entreprise.

Pour une œuvre une et de symboles grosse, en une Poésie instrumentale, 0(1 sont des mots les notes, unir et perdre les Poésies éloquente, plastique, picturale et musicale toutes encore au hasard : c'est mon rêve.

Oh I du rêve nul plus que moi, vénérateur des Talents, ne sent la gracilité de soupir parmi son impérative haleine, à lui, emplie du Tout: mais un vertige ne t'égara, et de la juste joie du Trouveur si mes yeux s'aurorent, la sainte Humilité ne s'indigne pas: car, passé pai l'entendement littéraire, Cela est wagnérîen.

Avant longtemps tes primes poèmes, dignes aussi de la malédiction, viendront dire que mon vœu n'est pas, en quête d'originalité vaine.

la pensée d'un novateur quaod même ; et que s*U est seul (à Theore qui ne Tentend) le songeur ! Tespoir peat-^re dmt amollir aon dur dédain, de mains qui vers lui se tradnmt*

Aussi mes pages appelaient ton nonit ▼oloîitaire altier et doux» toi qui, n'ignorant la lutte, la veux et» pariant du Poète idéal dont je suis envieux, disais à notre Poésie, Astarté nue et vierge:

Pour avoir cxmVui^fii tes saintes nudités - Il sera le Maudit I et, dénient ^dénétique Tendant ses yeux hagards vers les immensités. Il poursuivra sans fin son rêve limatique.

Ainsi que des Dévoués nous le poursuivrons. Ami. Car, hélas ! il a raison l'ironique sourire qui maintenant accueille

les tristes vers: et qui sait si dans le Crépuscule irrémédiable ne vaguera demain de la Poésie morte le spectre, ne venant le baiser de Wagner par notre lèvre la sauver d'agonie.

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