DE LA MOUTARDE BLANCHE
La moutarde blanche (sinapis alba, L.) (fig. 818 à 820) est aussi une plante de la famille des crucifères, que Ton cultive parfois comme plante oléagineuse. Ses graines donnent 50 à 55 pour 100 d'huile. Elles contiennent, d'après James, les substances minérales suivantes :
Potasse 10,02
Soude 9,61
Chaux 21,28
Magnésie 11,25
Peroxyde de fer 1,46
Acide phospliorique 37,41
— sulfuiique 5,41
Chlorure do sodium 0,f0
Silice 3 56
Dt LA MOUTARDE BLANCHE
Pour livrer de beaux produits, cette plante exige une terre substantielle, bien préparée et richement fumée. On la sème vers le commencement d'avril, soit à la volée, soit en lignes. Dans le premier ras.
on emploie 6 à 7 kilogr. de semences par hectare, et 4 à 5 seulement dans le second. Si le semis est fait en lignes, on donne deux binages avec la houe à cheval ; dans le cas contraire, on éclaircit les plantes et Ton pratique un binage avec la houe à main.
Fi> 819.
Fleur de la moutarde
b'anrhe.
Fig. 818. Moutarde blanche.
Fi?. 820. Fruit de la moutarde blanche.
La maturité des siliques ne s'opère que successivement, aussi n'attend-on pas pour les récolter qu elle soit complète, car on perdrait une grande partie du produit, et, qui pis est, on salirait la terre pour les cultures suivantes. Dès que les tiges commencent à jaunir, on les récolte, en apportant les soins prescrits pour les espèces précédentes.
Le produit de la moutarde blanche est beaucoup moins élevé que celui de la navette et de la caméline, car il ne dépasse pas 15 hectolitres, et c'est sans doute la faiblesse de ce rendement qui a empêché cette culture de prendre de l'extension. Toutefois, Mathieu de Dombasle a constaté que, semée avec la caméline, il résulte de ce mélange un rendement, par hectare, plus élevé que si ces deux plantes étaient semées séparément. Ces graines ainsi mélangées, mais qu'il est toujours
facile de séparer par un criblage, ne perdent rien <le leur valeur pour la fabrication de l'huile. (Test donc surtout en mélange avec la caméline que la moutarde blanche peut être cultivée comme plante oléagineuse.
Le pavot, œillette ou oliette (papaver sommfernm, L.) (fig. 821
à 825) appartient à la famille des papavéracées; il croît spontanément en Orient et dans quelques parties du Midi de l'Europe. Sa culture comme plante oléagineuse, s'est répandue en Flandre, en Artois, en Lorraine et dans une partie de l'Allemagne; mais elle pourrait être introduite avec succès dans beaucoup d'autres contrées de la France, si Ton y trouvait toujours les bras nombreux qu'elle réclame.
Fig. 8-21. Pavot.
Fig. 822. Fig. 823.
Fleur du pavot. Fruit du pavot.
Ses graines donnent 50 pour 100 d'une huile blanche, inodore, d'une saveur douce agréable, surtout lorsqu'elle est obtenue par ln pression à froid, aussi est-elle réservée pour l'alimentation dans le Nord de la France; partout ailleurs on la mélange à l'huile d'olive, soit pour la table, soit pour la fabrication du savon Les tourteaux peuvent entrer en concurrence avec ceux du colza pour la nourriture du bétail et la fertilisation du sol. Quant a ix tiges, quand elles sont sèches, on les emploie pour faire des pieds et des couvertures aux meules de grains ou de fourrages, on les étale sur le plancher des granges, après quoi, elle vont augmenter la masse des fumiers.
Variétés. — Le pavot offre les trois variétés suivantes :
Le pavot ordinaire ou à graines grises. Ses fleurs sont rouges ou lilas, ses capsules sont globuleuses et, à l'approche de la maturité, percées latéralement au sommet de plusieurs ouvertures par lesquelles les graines s'échappent.
Le pavot aveugle ne diffère du précédent que par la grosseur plus considérable des capsules et par l'absence des ouvertures.
Le pavot blanc; fleurs blanches, capsules plus grosses, également fermées, graines blanches.
Le premier est plus productif que le second, et surtout il offre une plus grande facilité pour l'extraction de ses graines. Quant au pavot blanc, il n'est guère cultivé que pour les usages médicinaux.
Composition chimique. — D'après M. Blondeau, les feuilles du pavot contiennent :
Huile verte analogue à la chlorophylle, Gomme,
Acide malique et chaux,
Chlorure de sodium en grande quantité,
Azotate de potasse,
Sulfate de chaux,
Alumine, en petite quantité,
Phosphate et carbonate de chaux,
Oxyde de fer.
Les capsules contiennent les mômes principes, seulement il y a moins de sel marin et beaucoup plus de matières goinmeuses. M. Boussingault admet dans les graines les substances suivantes :
Eau 14,7
Huile 41,0
Matières organiques non azotées 13,7
— — azotées 17,5
Ligneux 6,1
Phosphates et autres sels 7,0
Il y a dajis ces graines, 2,80 pour 100 d'azote.
M. Moride a retiré de 100 parties de graines sèches :
Huile 43,0
Tourteau :>7,0
M. Gaujac dit avoir obtenu du pavot blanc, cultivé à Dagny (Seineet-Marne) :
Huile. .
Tourteau IV rie. .
En fabrique, on ne retire guère que 55 pour 100 d'huile. Le tourteau est ainsi composé, d'après MM. Soubeiran et J. Girard in :
Il y a, dans les matières organiques, 7 pour 100 d'azote, et dans les cendres 0,G2 de sels solubles et 6,30 de phosphates.
Climat et toi. — Nul doute que le pavot ne s'accommode de tous les climats <!e la France et notamment de celui du Midi, mais les soins minutieux qu'il réclame en ont, jusqu'à présent, concentré la culture dans les parties de la France où l'agriculture est le plus avancée.
Il se plaît de préférence dans les terres légères, sablo-argilenses ou calcairo-argileuses, à sous-sol très-perméable. Dans les argiles compactes, il est impossible de donner au sol le degré d'ameublissement nécessaire, et d'ailleurs l'humidité stagnante qu'entretient leur peu de perméabilité fait pourrir les jeunes plantes; enfin, les nombreuses façons qu'on doit donner à cette récolte pendant sa végétation sont bien plus coûteuses dans ces terrains (pie dans les sols légers.
Comme les racines du pavot sont peu ramifiées et se fixent peu solidement dans le sol, on doit le placer, autant que possible, dans les localités abritées des grands vents, pour ne pas voir les tiges se pencher et perdre ainsi une notable quantité de leurs graines au moment «le ia maturité.
PUoe dan» la rotation. — Le pavot peut venir après toute espèce de récolte, pourvu que la terre soit convenablement préparée; il en est cependant quelques-unes après lesquelles il réussit mieux qu'après d 'autres ; de ce nombre sont : le trèfle, les défrichements de luzerne et toutes les plantes légumineuses. On peut aussi le mettre en tète de la rotation comme plante sarclée. Les céréales d'hiver et de printemps donnent de très-beaux produits après qu'il a occupé le sol.
Eau
Huile
Matières organiques.
Substances minérales
Préparation du sol. — L'essentiel, c'est de pulvériser et d'ameublir la terre le mieux possible par des labours dont le nombre varie suivant sa nature et l'espèce de récolte à laquelle on fait succéder le pavot; mais, en général, trois labours sont nécessaires, deux avant l'hiver, dont le premier profond de 0"25v et un troisième, au printemps. Chacun de ces labours doit être suivi de deux hersages, séparés par un roulage.
Engrais et amendements. — Le pavot est moins épuisant que les plantes oléagineuses qui précèdent; cependant il aime aussi une terre richement fumée; mais la fumure doit être ancienne ou d'une décomposition prompte et facile; car sa végétation étant très-rapide, et ses racines peu nombreuses, il faut que-la plante pu^se s'approprier facilement les engrais. Le mieux est de répandre une demifumure, en fumier, avant l'hiver, et de compléter par des engrais pulvérulents, tels que poudrette, colombine, tourteaux, répandus au printemps, immédiatement avant les derniers hersages qui précédent l'ensemencement.
Ainsi que nous venons de le dire, le pavot est moins épuisant que le colza; en effet, il ne parait absorber dans le sol que l'équivalent de 000 kilogr. de fumier par hectolitre de graines récoltées; or, le rendement moyen par hectare étant de 22 hectolitres, il enlève au sol environ 15,200 kilogr. de fumier.
Semis. — Époque convenable. — Le pavot est comme toutes les plantes annuelles : plus on le sème de bonne heure, mieux il végète, et plus son produit est abondant. Dans le Midi, il serait bon de semer à l'automne, au moment de l'ensemencement du blé ; les jeunes plantes acquerraient avant l'hiver un développement suffisant pour se défendre des gelées, et auraient terminé leur accroissement avant les premières chaleurs de l'été. Dans le Nord, on sème au printemps, même dès le mois de février, si l'état du sol le permet. Si la terre est couverte de neige, on en profite pour y répandre la semence, qui est suffisamment enterrée après la fonte. En tout cas, il ne faut pas dépasser la première quinzaine d'avril, sous peine de n'avoir que des produits presque nuls.
Mode de semaille, — On a essayé de semer le pavot en lignes; mais, jusqu'à présent du moins, ce mode n'a pas été adopté, et pourant il aurait diminué de beaucoup les frais de culture, en permettait t de faire d'une manière bien plus économique les nombreux sarclages et binages qu'exige cette plante. C'est donc presque toujours à la volée qu'on répand la semence. On emploie 2 kilogr. 500 de graines par hectare. Comme cette graine est très-line et qu'il importe de la semer le plus régulièrement pos*ible pour ne pas multiplier les frais
de sarclage, on la mélange avec quatre fois son volume de sable bien sec; un léger hersage, avec une herse d épines, suivi d'un roulage, suffit pour l'enterrer.
Entretien. — Quinze jours ou trois semaines après l'ensemencement, suivant que le temps est plus ou moins doux, le pavot commence à germer. Cinq ou six semaines après, les jeunes plantes ont quatre feuilles, et l'on peut alors les distinguer facilement des autres herbes qui- salissent la terre. C'est le moment d'appliquer le premier binage. Il faut d'abord déterminer l'espace qu'on veut laisser entre chaque sujet. Plus le sol est riche et fertile, plus cet espace doit être considérable. 11 ne faut pas, cependant, dépasser certaines limites, car on diminuerait le produit, et les plantes développera ient^^irés coup, un certain nombre de tiges latérales dont les capsules7 moins élevées que les autres, mûriraient tardivement; de plus, les pieds, trop éloignés les uns des autres, résisteraient moins facilement à l'action du vent.
Entin, un espacement trop grand facilite le développement des espèces nuisibles et augmente les frais de sarclage. L'expérience a appris que les plantes doivent être espacées de façon à ne développer que quatre à huit capsules, et qu'il faut, à cet effet, ne laisser entre chacune d'elles qu'une distance de 0"'10 à 0ro27 en tous sens, suivant le degré de fertilité du terrain.
Le premier binage est l'opération la plus importante "de cette culture, et la plus difficile à bien exécuter; aussi ne doit-on y employer que des ouvriers intelligents et qui en aient l'habitude. Lors de cette première façon, il faut placer les jeunes plantes à la distance convenable; à cet effet, on coupe, à l'aide d'une petite binette, tous les plants trop rapprochés et les herbes nuisibles. Lorsque plusieurs pavots sont nés au même point, on n'en laisse qu'un seul; mais, pour ne pas blesser les racines du jeune pied conservé, l'ouvrier enlève à la main tous les plants qui entourent celui que l'on veut garder, et qui est, en général, celui qui promet le plus. En même temps qu'on procède à ces éclaircies et qu'on nettoie le champ, on remue et on ameublit sa surface jusqu'à 0m05 de profondeur environ. Ce travail doit être fait jusqu'au pied des plantes conservées, et en prenant grand soin de ne pas blesser leurs racines.
S'il fait un temps sec, on pratique un léger roulage après le premier binage; il raffermit un peu les plantes que ce travail a ébranlées: mais, si l'on espère de la pluie, cette précaution est inutile.
Huit ou dix jours après le premier binage, les mauvaises herbes commencent à se développer de nouveau avec vigueur, et la surface du sol se durcit. Une seconde façon devient alors nécessaire; mais
elle est moins minutieuse; elle consiste seulement à ameublir jusqu'à la profondeur de 0m08 environ, à supprimer les quelques pavots inuiles qui ont échappé à la première recherche, enfin à nettoyer complètement la terre.
Après ce deuxième binage, la végétation marche vite, et, au bout de huij ou dix jours, les boutons commencent à î»e montrer. Il faut alors se hàler d'appliquer le troisième binage; mais il n'y a plus à s'occuper des pavots; il ne s'agit que de la destruction des plantes nuisibles et de i'ameublissement du sol. Ces divers travaux doivent êlre pratiqués dans l'espace de cinq à six semaines; après quoi, il n'y a plus rien à faire jusqu'au moment de la récolte.
Ce que nous venons de dire s'applique au climat du Nord. Si l'on opérai! dans le Midi, où l'ensemencement a lieu en automne, il faudrait exécuter le premier binage dès que les jeunes plantes auraient développé quatre feuilles, et donner les deux autres au printemps, de telle façon que le troisième fût terminé au milieu d'avril.
Intempéries. Insectes nuisibles. — Lorsque le pavot a été semé de bonne heure, dès le mois de février, par exemple, il arrive quelquefois qu'une gelée intense le détruit à mesure qu'il germe; parfois aussi, certains petits coléoptères le dévorent, si le temps devient sec. On doit, lorsque e s accidents se produisent, s'empresser de semer à nouveau, s'il en e t. temps encore. En outre, lorsque la saison est plus avancée, et que plante a pris plus de développement, elle est attaquée par le ver blanc. On s'en aperçoit à la lanaison subite des feuilles; il faut alors se hâter d'enlever, avec la terre qui les entoure, les pieds qui présentent ces symptômes; on découvre ainsi et l'on détruit les larves.
Récolte. — Le pavot fleurit, dans le Nord, vers le mois de juillet, et, dans le Midi, dés les premiers jouis de mai. Il est désirable de voir presque tous les boutons s'épanouir en même temps; cela indique que les plantes ont été convenablement espacées et que la maturité sera régulière. Cette maturité arrive deux mois environ après la floraison. On doit commencer la récolte lorsqu'un quart seulement des capsules de chaque pied se sont ouvertes. Voici la méthode qui parait donner les meilleurs résultats :
Les ouvriers saisissent les tiges à peu près au tiers de leur hauteur, avec la main droite, et les arrachent lentement et sans secousse, eu les tirant aussi verticalement que possible, afin de ne pas répandre les graines; puis, ils passent ces tiges sous le bras gauche et les serrent légèrement sur leur poitrine. Quand la poignée est assez grosse, l'ouvrier la prend à deux mains et la pose verticalement sur le sol en mettant ses doigts bout à bout au-dessous des capsules. Un autre ou»
ART AGKICuLE.
vrier, chargé dos liens de paille, lie cette poignée et la passe, toujours verticalement, à celui qui conlectionne les chaînes. Un ouvrier lieur suflit pour trois arracheurs.
Les chaînes sont ainsi laites : on place deux poignées appuyées Tune contre l'autre par leur sommet (tig. 824); on en ajoute ainsi plusieurs
paires, jusqu'à ce qu'on ait formé une chaîne de 5 à 5 métrés de long. Pardessus ces deux premières rangées, on en appui.' deux autres, en ayant soin de commencer par les deux extrémités et de terminer dans le milieu. Quand on met la première poignée à chaque bout, on doit relever quelques tiges à la hauteur du lien et les engager sons les poignées suivantes, atin de la consolider. En Unissant dans le milieu., il Fi g. s-24. Detu poignées de pavots faut y introduire les deux dernières déposées pour te séchage. poignées de ]a u,ênie manière qu'on
serre une rangée de gerbes dans un tas de grange. Entin, on jette avec une bêche un peu de terre au pied delà chaîne et de chaque côté, pour qu'elle résiste mieux à l'action du vent. La ligure 825 représente une de ces chaînes.
Ainsi disposée,^ récolte achève promptement de mûrir, même lors-
Fig. b25. Chuine de pavois disposés pour le sèchatjc.
qu'elle est de nouveau mouillée par la pluie, parce que l'air circule facilement à l'intérieur des chaînes.
Si l'on n'a pas à redouter la pluie, on donne aux poignées une autre disposition, qui est d une application plus facile. Elle consiste a reunir ensemble environ quatre-vingts poignées, en les adossant les unes