‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 115 sur 167 · DE LA G A II AN CF · texte numérisé non relu

DE LA G A II AN CF

pour les sécher, puis on en sépare les graines par un léger ballade. Dans les terrains légers, si favorables cependant à la production des racines, les fleurs coulent souvent, et Ton peut à peine y récolter, sur un hectare, la quantité de graines nécessaires pour l'ensemencement de cette surface. Sur les terres un peu consistantes, au contraire, on obtient un rendement quadruple. Quelques cultivateurs plantent des racines au pied de palissades ou de baies mortes sur lesquelles les tiges s'appuient. Dans cette position isolée, les plantes donnent une plus grande quantité de semences.

Les graines de la garance ne conservent leur faculté germinative que pendant une année ou deux; il faut donc toujours les choisir de la dernière récolte. Lorsque Ton ne peut s'en procurer que par le commerce, on n'achète que celles dont L» germe est blanc; c'est le seul indice pour reconnaître leur bonne qualité. Mais il est toujours plus prudent de les essayer par le procédé indiqué tome l, page 593.

Époque des semailles. — Dans le Midi, et dans tous les terrains exposés, dès le printemps, à la sécheresse, on ensemence de la fin de février aux premiers jours de mars, pour que la germination soit complète avant que le sol se dessèche. Dans le Nord, et dans tous les terrains qui conservent de la fraîcheur, on attend le commencement d'avril; le terrain est alors échauffé par le soleil; la sortie des germes est plus prompte, et les plantes deviennent plus vigoureuses.

Quantité de semences. — Dans les terrains qui n'ont pas encore porté de garance, on emploie 70 kilogr. de semences par hectare pour les terres un peu consistantes, et 82 kilogr. pour les sols légers. Mais si le terrain a déjà donné plusieurs récoltes de cette plante, la germination se fait mal, les jeunes plantes périssent en plus grand nombre, et l'on doit porter la quantité de graines jusqu'à 120 .kilogrammes.

Modes de sernaille. — La garance est semée en lignes. A cet effet, quand le sol a été ameubli, fumé et disposé en planches de lm52, on ouvre, parallèlement à la longueur des planches, avec une houe à main, une première raie distante du bord de 0m22 et profonde de 0m03 à 0m05, selon que le sol est plus ou moins consistant, puis une femme y répand la semence. En revenant sur ses pas, l'ouvrier ouvre • une seconde raie à 0m22 de la première, et de la terre qu'il en extrait il recouvre les semences versées dans la première. La troisième raie et les suivantes sont tracées de la même manière, jusqu'à la cinquième, qui se trouve aussi placée à 0m22 du bord opposé. Pour recouvrir les semences de cette dernière raie, on prend de la terre sur la plane' e suivante.

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Entretien. — Souvent, avant la levée complète des graines, une pluie vient battre le terrain et former une croûte qui adhère à sa surface; il faut, sans retard, la briser au râteau. Dans les grandes plantations, on fait usa:e d'un rouleau de bois garni de pointes de fer, et qui supplée au râteau.

Dès que toutes les jeunes plantes sont sorties de terre, on exécute un premier sarclage, et Ton répète cette opération deux fois, pendant le premier été, au moment du développement des plantes nuisibles. Après chacun de ces sarclages, on répand sur les planches environ (TOI de terre prise dans les intervalles qui les séparent, afin de rechausser les jeunes plantes, et de remplacer la terre qui a été enlevée par les sarclages. Cette terre doit être parfaitement ameublie et répandue de manière à ne pas couvrir les tiges. Dans les sols un peu compactes on néglige ces couvertures, parce que les racines sont moins dérangées par le sarclage.

Au mois de novembre suivant, on répand uniformément sur les planches une couche de terre qui couvre entièrement les tiges, et dont Tépaisseur varie entre 0ra05 et 0m0S, selon que le sol est plus ou moins compacte. Cette terre est encore prise dans les intervalles qui séparent chaque planche, et qui sont ainsi progressivement transformés en fossés.

Celte sorte de buttage n'est pas destiné à garantir la plante du froid, car elle le support*1 sans souffrir, mais à augmenter la masse végétale chargée de matière colorante.

Kn effet, la partie inférieure de la tige, comprenant le tiers environ de sa longueur, se maintient vivante, et, au printemps suivant, elle produit, à chaque nœud, de vigoureux bourgeons et de nombreuses racines en même temps que, privés de lumière, ses tissus perdent leur. couleur verte pour prendre la couleur jaune ou rouge, et acqué rir les propriétés qui distinguent les racines.

Au printemps de la deuxième année, on donne un sarclage unique. La garance pousse alors avec une telle vigueur qu'elle couvre entièrement le sol et domine toutes les plantes nuisibles. Vers la fin de Tété, les tiges lleurissent et fructifient. On coupe alors soit en fleur, pour en faire du fourrage, soit en fruit, pour en recueillir la graine, ainsi • que nous l'expliquerons plus loin. Au mois de novembre, on couvre les planches d'une couche de terre, comme on Ta fait l'année précédente; et, comme on force ainsi les nouveaux bourgeons qui se développeront l'année suivante à traverser cette nouvelle couche, ils s'y enracinent et augmentent encore la masse du produit industriel.

Pendant la troisième année, la garance n'exige aucun soin jusqu'au moment de la récolte des racines. Comme à la seconde année, on

coupe les tiges en fleur ou en fruit, selon qu'on veut obtenir du fourrage ou de la graine.

Ajoutons que, dans les terrains sers du Midi, on devra, toutes les fois' qu'on le pourra, user de l'irrigation pour empêcher l'action delà sécheresse. On fera, à cet effet, pénétrer Peau dans les fossés qui séparent chaque planche. Il ne faudra toutefois pas abuser de ce moyen, car il peut influer défavorablement sur la qualité des racines, et même les faire pourrir.

Semis en pépinière et transplantation .

Pépinière. — Les plants se composent de jeunes racines fraîches âgées d'un an, que Ton a élevées, de semis, dans une pépinière préalablement préparée et fumée comme pour le semis à demeure. Cette pépinière a été semée à la volée, et très- dru: on lui a donné les soins d'entretien indiqués pour les semis à demeure pendant la première année, moins le buttage pratiqué avant l'hiver, et, quand les plants ont eu la force voulue, on a procédé à l'arrachage.

Plantation et entretien. — Le terrain destiué à la plantation est préparé comme pour le semis à demeure. Dans le Midi, on fait cette plantation en novembre et décembre, et en mars dans le Nord. On emploie environ 1600 kilogr. déracines fraîches, bien nettoyées, par hectare. Voici comment on procède :

On ouvre, avec la houe à main, des sillons profonds de 0m06 à 0m10, selon la ténacité du sol; on y étale les racines, et on les recouvre, puis on donne à la plantation les mêmes soins que pour les semis à demeure à partir de la deuxième année.

Maladies. — La garance est exposée aux ravages occasionnés par un champignon parasite appartenant aux rhizoclotm (rhizoetonia rubise) et très-voisin de l'espèce qui attaque la luzerne. Ce champignon apparaît sous forme d'un épais réseau de couleur lie devin, et qui, passant rapidement d une racine à une autre, les fait pourrir et envahit bientôt de grandes surfaces. Dès qu'une garancière est at- * taquée par le rhizoetone, les plantes jaunissent et meurent. On ne connaît encore ni la cause de cette maladie, ni le moyen d'y remédier. La seule manière de sauver quelques parties de la récolte est de procéder à l'arrachage si les plantes sont âgées de deux ans au moins.

Récolte. Fourrage. — Nous savons déjà que les tiges de la garance donnent un excellent fourrage lorsqu'elles sont fauchées au moment de la floraison; mais est-il bien démontré que cette suppression des

4X4 ART AftlilCOI.fi.

tiges ne nuise pas au développement des ratines? Nous avons peine à le croire, quoi qu'on en ait dit; toutefois, comme l^s tiges sont coupées au moment où la plante est sur le point de cesser son accroissement, nous pensons que le tort est peu considérable, et qu'il est largement compensé par la valeur de ce fourrage. Au surplus, c'est seulement sur les garances de deux et trois ans qu'on fait cette récolte.

Graines. — La récolte des graines ne cause aucun dommage à la production des racines, puisqu'on ne coupe les tiges qu'après la maturité du fruit et lorsque la végétation de la plante est arrêtée. Mais le prix assez élevé de ces graines fait que la valeur de cette récolte dépasse souvent celle du fourrage, et qu'on lui donne autant que possible la préférence. Toutefois, comme le produit en grain est presque nul sur les terrains légers, on coupera.néeessairement pour fourrage. Nous avons expliqué plus haut les soins à donner à la récolte des graines. Ajoutons que les fanes qui restent après le battage peuvent encore servir à la nourriture des bestiaux, quoiqu'elles soient bien loin de valoir celles qui ont été coupées en fleur.

Racines. — A quel âge est-il le plus avantageux de faire la récolle des racines? Celles-ci sont vivaces, et Ton ne peut assigner aucun terme à leur vie. Non-seulement elles continuent de s'accroître pendant toute leur durée, mais encore la proportion de leurs principes colorants augmente sans cesse. D'après M. Bastet, on obtient, aux différents âges, la proportion suivante de racines sèches sur le même espace de terrain :

A 10 mois 22,047 kilogrammes.

A 18 mois 24,9f8

A 00 mois 30,0fi9

A 42 mois

Il y aurait donc avantage à laisser les racines séjourner le plus longtemps possible dans le sol, si la plus value résultant d'un séjour prolongé compensait toujours la rente de la terre et l'intérêt du capital employé: L'expérience a démontré qu'il y a plus que compensation dans les terres sèches du Midi, dont la rente est peu élevée, aussi* les garances n'y sont-elles généralement récoltées que la troisième année.

On les laisse jusqu'à l'âge de quatre à cinq ans dans le Levant où les conditions sont encore plus favorables sous ce rapport. Mais dans tous les sols riches et frais du Midi, et dans ceux de l'Alsace, le loyer de la terre est à un prix tel qu'il y a bénéfice à récolter dès la seconde année, malgré l'infériorité du prix des racines trop jeunes; on ne les

laisse en terre jusqu'à la troisième année que quand les prix courants sont bas et qu'on veut attendre la hausse.

Dans le Midi, où Ton profile de la chaleur du soleil pour le séchage des racines, c'est de la fin d'août au commencement de septembre qu'on arrache la garance. Dans le Nord, où I on sèche à l'étuve, on peut retarder jusqu'à la fin de septembre, mais il faut toujours procéder avant les premières gelées.

Dès que les tiges ont été fauchées, les ouvriers ouvrent, à l'extrémité de chaque planche, une tranchée transversale pénétrant un peu au-dessous du point où les racines sont descendues dans la terre; puis ils renversent celle-ci dans la tranchée, en allant toujours à reculons. Après chaque coup de bêche, ils brisent la terre et en extraient les racines, qu'ils jettent devant eux, dans un panier ou sur un linceul étendu sur la terre déjà fouillée.

A ce mode, long et dispendieux, on a essayé de substituer le travail mécanique. Une forte charrue à défoncer, attelée d'un nombre suffisant d'animaux de trait, ouvre successivement, et d'un seul coup, des raies dont la profondeur varie selon le besoin, mais qui ne peut dépasser 0m45. Des hommes et des femmes suivent l'instrument; les hommes, armés d'un râteau, tirent à eux, sur la terre déjà remuée, Ja tranche renversée, l'émiettent; les femmes en extraient les racines et les placent dans des paniers.

Ce procédé est moins parfait; il laisse dans le sol une certaine quantité de racines; mais il est plus prompt, moitié moins coûteux, et ces avantages compensent largement la perte de quelques produits. Comme la charrue ne peut pénétrer d'un seul coup au delà de 0m45 et qu'on ne peut augmenter cette profondeur à l'aide de deux charrues marchant successivement dans la même raie, sous peine de rompre les racines et de compromettre leur valeur commerciale, l'arrachage mécanique ne peut être appliqué qu'aux terrains un peu consistants dans lesquels les racines ne s'enfoncent pas à plus de 0^45. Pour les sols légers où elles plongent de 0m50 à 1 mètre de profondeur, il faut s'en tenir à l'extraction par la bêche. Il en est de même pour toutes les petites surfaces, quel que soit d'ailleurs le degré de profondeur atteint par les racines.

A mesure que les racines sont extraites du sol, on les transporte sur l'aire, où elles commencent à sécher, et on les remue de temps en temps pour en détacher la terre. Dans le Midi, on les laisse ainsi étendues, et la chaleur du soleil suffit pour leur faire acquérir un degré de siccité convenable. Dans le Nord, après quelques jours d'exposition à l'air, on les transporte àl'étuve.

Les racines sont suffisamment sèches lorsqu'elles se cassent net,

sans plier. On les dispose alors par paquets de 1 50 kilogr. , recouverts d'une toile, et on les conserve dans un endroit sec et aéré jusqu'au moment de la vente.

Rendement. — Le rendement de la garance varie suivant l'âge auquel on la récolte, la qualité du sol, la quantité d'engrais qu'on lui a appliquée. Dans un sol de qualité moyenne et convenablement fumé, le produit moyen d'une récolte de troisième année peut s'élever à 5500 kilogr. de racines sèches par hectare.

Le fourrage, coupé en fleurs, donne aussi un résultat assez important. La pratique a démontré que le poids du fourrage sec de la seconde année égale celui des racines sèches que Ton récoltera à la troisième. C'est donc un moyen de connaître à l'avance quel sera ce rendement. Quant au fourrage de la troisième année, il est moitié moins abondant que celui de la seconde.

Lorsque le sol est favorable à la production des graines, et qu'on préfère cette récolte à celle du fourrage, on peut obtenir, en moyenne, pendant la deuxième année, 400 kilogr. de graines par hectare, et 200 kilogr. pendant la troisième.

COMPTE DE CULTURE D'UN HECTARE DE GARANCE DE TROIS ANS SEMÉE A DEMEURE SUR UN TERRAIN NEUF ET DE CONSISTANCE MOYE!*NE.

DÉPENSE

Première année.

Un labour de défoncement à 0-50 de profondeur. . H5f. »

lin labour ordinaire 22 »

Deux labours croisés, à 22 fr. l'un U »

Un hersage 2 50

Un roulage 2 »

Un hersage ' 2 50

Un trait d'extirpateur 0 »

Un hersage 2 50

Ilayonner la surface pour la diviser en planches. . . 2 »

82 kilogrammes de semences, à 1 fr. le kilogr. ... 82

Kayonner et semer 22 »

Trois sarclages à la main 70 •

Couvrir trois fois 50 »

Couvrir en plein à l'automne 24 »

60,000 kil. de fumier, ou son équivalent, à 10 fr. les 1000 kil,, y compris le transport et l'épan lage.MO fr. Le dixième de cette somme à la charge rie la garance. 00 »

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fu-

mure non absorbée 27 »

Loyer de la terre 100 »

Frais généraux d'exploitation 20 »

Total 653f.o0

Deuxième année.

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais de la première année 31 f.65

Un sarclage au printemps 23

Couvrir 10 »

Coupe des tiges pour fourrage ou pour la graine. . . 12 »

Couvrir en plein à l'automne 24 »

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée . 27 »

Loyer de la terre 100 »

Frais généraux d'exploitation 20 »

Total 247 f. 05

Troisième année.

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais des deux

années précédentes 44f.05

Coupe des tiges pour fourrage ou pour la graine.. . . 12 «

Arracher les racines 500 »

Sécher et emballer 125 »

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 27 »

Loyer de la terre 100 »

Frais généraux d'exploitation 20 »

Intérêt pendant six mois,à 5 pour lOO.desfrais ci-dessus. 31 40

Total 059 f. 45

PRODUIT

3500 kit. de racines sèches, à GO fr. les 100 kil 2100f. *

400 kil. de semences récollées la deuxième année, à

1 fr. le kil 400 »

Intérêt de celte somme, à 5 pour 100. pendant un an. . 20 >•

200 kil. de semences la troisième année, à 1 fr. le kil. 200 »

Total 2720 f. »

BALANCE

Troduit 2720 f. »

i 1" année. . . . 633 50 i Dépense /2e année. . . . 247 65 }. . . . 1541) 60

1 3* année. . . . 659 45 )

Bénéfice net U79f.iO

Environ 70,50 pour 400 du capital employé.

COMPTE DE CUITUP.R dYn IÎECTARB DE GARANCE DE TROIS ANS, PLANTEE SUR IN TERRAIN NEUF ET DE CONSISTANCE MOYENNE,

DÉPENSE

Première année.

Préparation du sol comme pour la garance semée. . 198 f. 50 1600 kil. de racines fraîches pour planter, à 15 fr. les

100 kil m -

Rayonner le terrain et étendre les racines 22 •

Soins d'entretien comme ceux de la garance semée

pendant la deuxième année 69 »

Fumure comme pour la garance semée 87

Loyer de la terre 100

Frais généraux d'exploitation 20 »

Total 736 f. 50

Deuxième année.

Intérêt à 5 pour 100, pendant un an, des frais de la première apnée 36f.82

Récolte, intérêt de la fumure, loyer de la terre, frais généraux d'exploitation, comme la troisième année de la garance semée 584 »

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 31 04

Total 651 f.86

pnnmriT.

Comme ln garance semée 2720 f. »

BALANCE

Produit. 2720f. .

n i i" année. ... 756 50 i

1* année 051 80 j ' ' ■ 13S* »

Bénéfice net 1351 f. 64

Fnviron 96 pour 10!) du capital employé.

Ainsi qu'on le voit, la culture au moyen de la plantation donne un bénéfice plus élevé que par les semis. Par le premier mode, la récolte n'est chargée que de deux années de rente de la terre au lieu de trois, et l'on évite une grande partie des frais de culture qui grèvent la première année de la garance semée; or celte diminution de la dépense ost loin d'être absorbée par le prix des racines qu'on achète pour

m LA GAUDE.

planter. On devrait donc préférer toujours la plantation au semis ; mais l'avance que nécessite l'acquisition des racines à planter venant augmenter les Irais, déjà considérables, que réclame cette culture dés son début, il en résulte que Ton adopte presque toujours le semis à demeure, surtout lorsque le prix des graines est peu élevé.

Cependant, lorsque la contrée où Ton opère est très-exposée aux gelées tardives, si redoutables pour les jeunes plantes, lorsque le terrain est d'une nature telle que sa surface se durcit après chaque ondée de pluie, ou bien qu'il est très-exposé à la sécheresse dès le printemps, il faut absolument planter au lieu de semer, car la sortie des germes se ferait mal, et beaucoup de jeunes plantes périraient, tandis que celles qui poussent par racines plantées sont beaucoup plus robustes.

La gaude ou vaude (reseda luteola) (tig. 872 à 875) est une plante

presque bisannuelle qui appartient à la famille des cappa-

ridées.

Elle croit spontanément dans presque toute l'Europe, mais particulièrement dans les pays sablonneux.

Elle renferme dans la partie supérieure de ses tiges, notamment dans ses dernières

Fleur de la gaude.

Fig. 873. Porlion Fig. 875.

Fig. b71 Pied de gaude crû isolément . dèpi de gaude. Fruit de ta gaude.

euilles et les enveloppes du fruit, lui principe colorant jaune qui

fournit en teinture des nuances pures et brillantes , qui s altèrent moins à l'air et ne passent pas si facilement au roux que celles provenant des matières tinctoriales jaunes. De toutes les plantes tinctoriales, c'est celle dont la préparation commerciale est la moins dispendieuse, puisqu'il sulfit d'arracher et de faire sécher les tiges pour quelles puissent être immédiatement livrées à la consommation.

La gaude est aussi une plante oléagineuse. Ses graines fournissent de 29 à 56 pour 100 d'une huile à brûler de bonne qualité.

Variétés — Les soins de la culture ont créé deux variétés, distinctes seulement par l'époque à laquelle il est nécessaire de les semer : la gaude d'automne, qu'on sème à la fin de Télé, et la gaude de printemps, dans les premiers jours <ie mars.

On donne généralement la préférence à la première : d'abord parce qu'elle est plus productive et plus riche en principe colorant, puis parce que la gaude de printemps croit très-lentement et risque d'être étouffée par les mauvaises herbes, si on ne lui applique pas de nombreux sarclages. La gaude d'automne n'exige au contraire de sarclage qu'au moment de sa sortie de terre; au printemps suivant elle est déjà maîtresse du terrain, et domine les autres herbes. En outre, elle mûrit plus tôt que la variété de printemps, et l'on a plus de temps pour sécher ses tiges.

Composition chimique. — On n'a point encore d'analyse complète des diverses parlies de la gaude, de manière à savoir ce que cette plante enlève au sol. Le peu que l'on sait consiste en ceci, qu'on a trouvé dans la plante entière, ou plutôt dans la partie supérieure de la tige où abondent les fieurs et les fruits, une matière colorante jaune, un principe amer, une substance visqueuse, une matière azotée, du sucre, un acide libre, des citrates de chaux et de magnésie, des sulfates de chaux et de potasse, du chlorure de potassiuni, un sel de potasse à acide organique, un sel ammoniacal et surtout des phosphates de chaux et de magnésie.

Climat et sol. — La gaude s'accommode de tous les climats de la France; mais on ne la cultive que dans le voisinage des centres de consommation, c'est-à-dire aux environs des villes qui renferment des établissements de teinture, comme dans le midi de la France et en Normandie, dans le canton d'Elbeuf, mais surtout aux environs du Pont de l'Arche et de Louviers (Eure); on peut estimer à 520 le nombre d'hectares de terre consacrés à celte culture dans ces dernières localités.

Quoiqu'elle soit peu délicate quant à la nature du sol, la gaude préfère cependant les terres légères, les sols sablo-argileux, calcairo-argileux et même sableux, pourvu qu'ils conservent un peu de fraîcheur

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en été. Dans les argiles compactes elle se développe bien, devient plus grande, plus branehue; mais elle est bien moins riche en principes colorants, et par conséquent moins estimée des teinturiers qu « la gaude fine, droite, non rameuse et abondante m graines, des terres légères.

Place dans la rotation. — La gaude n'exigeant pas que le sol soit fraîchement labouré, on peut la mettre dans une récolte encore sur pied, au moment où l'on donne le dernier binage. C'est ainsi qu'on sème la gaude d'automne dans des haricots, du mais, des cardères, des lèves, du sarrasin, etc. En Angleterre, elle est souvent répandue dans les céréales, dès le mois d'avril ou de mai, comme on le l'ait à l'égard du trèfle, pour ne récolter que l'année suivante. L'époque ji laquelle on arrache la gaude d'automne permet encore de faire une récolte de navette sur le même terrain.

Quant à la gaude d'été, sa place la plus avantageuse est dans la luzerne, le sainfoin ou le trèfle, auxquels elle sert d'abri pendant la première année.

Dans le département de l'Eure, on alterne la gaude avec le blé et le chardon à foulon. En raison de ses racines pivotantes et des nombreux sarclages qu'on lui applique, elle est un des meilleurs composts pour le blé et les autres* céréales, qui donnent toujours, après elle, de fort bonnes récoltes.

Préparation du toi. — Soit qu elle ait été répandue immédiatement après l'ensemencement de la récolte principale, cas dans lequel elle profile de la préparation déjà donnée au sol ; soit que cela n'ait lieu que sur une récolle déjà en végétation, au moment où l'on vient de pratiquer un binage, la gaude n'a besoin d'aucune pré| aralion spéciale du sol. Ce soin n'est nécessaire que si on la cultive seule; le terrain doit alors être bien ameubli par deux labours suivis de hersages.

Engrais. — Quoique peu épuisante, la gaude ne donne d'abondantes récoltes que dans les sols convenablement fumés. Elle parait enlever à la terre 250 kilogr. de fumier pour 100 kilogr. de tiges sèches récollées.

Semailles — On ne doit employer pour semences que des graines de l'année précédente, d'un jaune tirant au noir, pesantes; plus vieilles, elles perdent leur faculté germinative. Il est, au surplus, toujours prudent de les essayer. Si l'on veut récoller ses graines soimême, il suffit de réserver, au moment de la récolte, un certain nombre des plus belles plantes, et de les laisser mûrir complètement. On les arrache ensuite, et l'on en sépare facilement les graines par le battage.

AllT AGRICOLE.

La gaude d'automne sê sème en juillet ou en août, et celle d'été en mars. On emploie par hectare 4 kilogr. de la première, et 5 kilogr. de la seconde.

Comme la graine de gaude est très-petite, on la mêle avec du sable fin pour la disséminer plus régulièrement. Cet ensemencement est presque toujours l'ait à la volée. On recouvre très-légèrement à l'aide d'une lierse formée de branchages d'épines, et que l'on fait suivre d'un rouleau si le semis est fait sur une récolte qui le permette.

Entretien. — Aussitôt après l'enlèvement de la récolte dans laquelle on Ta semée, on donne un premier sarclage à la gaude d automne, puis un second au printemps suivant. On supprime, en outre, à ce moment, les plantes trop rapprochées, de façon qu'elles restent placées à 0m12 ou 0œ 15 les unes des autres.

La gaude d'été, semée sur les luzernes, sainfoins ou trèfles, reçoit un premier sarclage lorsque les plantes deviennent apparentes; on lui en applique un second, et on leclaircit lorsque les plantes nuisibles le rendent nécessaire. Ces sarclages sont faits au moyen d'une petite houe ou serfouette, qui bine en même temps la surlace du sol. Les plantes doivent rester placées à 0m08 ou 0"10 de distance.

Récolte. — On récolte la gaude au moment où toutes les fleurs sont développées, et où les graines ont noirci jusqu'au tiers de la hauteur des épis. Les liges ont alors une hauteur d'environ 0m75, et les feuilles et les tiges sont encore assez vertes. Ce moment arrive dans le courant de juillet pour la gaude d'automne, et en septembre pour celle de printemps. L'expérience a démontré que la gaude est d'autant moins riche en principes colorants qu'on s'éloigne davantage de ces époques.

On arrache à la main la plante entière; on la laisse toujours munie de sa racine, non pas que celle-ci contienne sensiblement de matière colorante, niais parce qu'elle donne meilleure façon à la plante, et que cette dernière est alors, comme on dit, pins de vente. Aussitôt après on procède au séchage des tiges, de manière à leur faire acquérir la belle couleur jaune qui les fait rechercher. Les teinturiers repoussent la gaude qui a conservé sa couleur verte, et c'est à tort, car nous nous sommes assuré que celle qui est restée verte, par suite d'une dessiccation prompte effectuée par un beau temps, est tout aussi riche en principes colorants, et donne d'aussi belles nuances en teinture que celle qui est devenue jaune.

Pour bien sécher la gaude, on la dépose sur le sol, à mesure qu'on l'arrache, en javelles peu épaisses; quand le dessus est jauni par le soleil et les rosées, on les retourne, et la dessiccation complète a lieu ordinairement, au bout de six jours dans le Nord, et de deux ou

trois dans le Midi. Mais, pour procéder ainsi, il faut être assuré du beau temps, car une seule pluie suffit, pendant le javelage, pour faire brunir la gaude et lui enlever presque toute sa valeur. C'est donc seulement pour la gaude d'automne, récoltée en juillet, et loi-sque le beau teints est assuré, que ce mode est sans danger. Lorsque le temps est humide, on dresse les tiges contre des murs, des haies ou d'autres points d'appui. Si l'on en manque, on prend des baguettes llexibles, longues de 1 "40 environ, et l'on en forme autant de petits cerceaux d'environ 0"20 de diamètre (fig. 870), dans lesquels on fait entra*

Oa nue poignée de tiges, qu'on

^ilk dresse ensuite sur le sol

^' en écartant la bas*», de

façon que le cerceau s'ar- >|e rôle aux trois quarts

p. |Hk pe" près de leur hauteur

ï$f.} l IL' 877). Ainsi disposée, la

*•■ lenlemellt qu'en javelles Fig. 876. *-/*;^#W£&m^ sur le sol, mais elle court

XX Fig. «7.' 7er>:;<; 9aute pour -rés-peu de risques de la .

iiegoude. le séchage. Parl <Ju mauvais temps.

On applique également ce mode aux gaudes de printemps, qui ne sont récoltées qu'en septembre.

Loi*sque les tiges sont complètement sèches, on les bat très-légèrement sur un drap pour en extraire les graines dont 011 relire l'huile: puis on les lie en bottes de 5 kilogr. Ainsi préparée, la gaude peut ensuite être conservée pendant un grand nombre d'années sans que ses propriétés colorantes soient altérées, pourvu qu'elle ait été rentrée bien sèche et qu'elle soit enfermée dans un lieu exempt d'humidité.

Rendement. — Le produit de la gaude varie beaucoup en raison de la fertilité du terrain et des soins qu'on lui a donnés. Dans les circonstances les plus favorables le rendement peut s'élever jusqu'à 3900 kil. de tiges sèches par hectare; mais, dans les sols siliceux, arides, il descend souvent au-dessous de 1000 kilogr. En résumé, on peut établir une moyenne de 2500 kilogr. par hectare.

COMPTE DE CULTURE D UN HECTARE DE GAUDE D* AUTOMNE SEMEE DANS UNE RÉCOLTE DE SARRASIN.

I kilogr. de semence, a l fr. le kil 41. »

lit|ianUrc lu semeuce à la volée 1

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l'n hersage 2 »

L'n roulage 2 »

Deux sarclages à la houe à main, à 22 fr. l'un. ... 44 »

Arrachage 10 »

Séchage, boUelage et emmagasinage 20 »

30,000 kil. de fumier, à 10 fr. les 1000 kil, y compris les frais de transport et d'epandage, 300 fr.; le quint

! de cette dépense à la charge de la gaude 75 »

Intérêt pendant six mois, à 5 pour 100, du prix de la Al-

mure non absorbée Il 25

Loyer de la terre pendant six mois 5."> »

Frais généraux u'exploitation pour six mois 10 »

Intérêtpendantsixmois,à5pourl00,desfraisci-dessus. 10 71

Tolal 224 f. 96

rnoDuiT.

3000 kilogr. de liges sèches, à ÏO fr. les H O kilogr. . . 600f. »

1ULANCE

Produit OOOf. »

Dépense 224 96

Bénéfice net 57;>f.04

Environ 160 pour 100 du capital employé.

DU SAFJIAN.

Le safran (crocus sativus, h.) (fig. [SIS a 880) est une plante bulbeuse de la famille des iridees. Originaire des montagnes de l'Europe méridionale, il croit aussi, à l'état spontané, dans le Nord de l'Afrique et en Asie. De ces divers points, sa culture s'est répandue dans Unde, dans l'Asie Mineure, en Sicile, en Espagne, en Autriche et même en Angleterre. En France, c'est dans le Gàtinais, l'Angoumoiset le département de Yaueluse qu'il est exploité.

" Le principal produit du safran est le stigmate. Cet organe fournit une couleur d'un beau jaune doré, mais peu solide; aussi les teinturiers n'en tirent-ils aucun parti; aujourd'hui il n'y a plus guère que la médecine, h*s parfumeurs, les distillateurs, les conliseurs et les pâtissiers qui en fassent usage. Dans l'Inde, en Espagne et dans te midi de la France, on introduit le safran dans beaucoup d'aliments pour en rehausser le goût; on l'ajoute aussi à la farine dans la fabrication des pâtes d'Italie.

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