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DU SAFRAN

Les fanes du safran sont une excellente nourriture pour les vaches, dont elles augmentent la sécrétion laiteuse.

Composition chimique. — Tout ce qu'on sait sur la composition chimique du safran, c'est que, dans le hulbe frais, il y a 1,50 pour 100 d'azote, et, dans le stigmate : de l'eau, de la gomme, de l'albumine, de la cire, de l'huile volatile, de la cellulose, de l'acide malique, de l'oxyde de fer, et surtout 42 pour 100 d'une matière colorante qui a la singulière propriété de prendre diverses nuances par l'action de certains agents chimiques, qualité qui lui a valu le nom de polychroUe, ce qui veut dire plusieurs couleurs.

Climat et toi. — Le safran s'accommode d'un grand nombre de climats, puisqu'on le voit prospérer également dans l'Inde et en Angleterre; il redoute cependant les hivers où la température s'abaisse jusqu'à 15° au-dessous de zéro.

En 1820 et 1830 on perdit, dans le Gatinais et dans le Midi, les quatre cinquièmes des oignons.

Les étés chauds lui sont au contraire très-favorables; mais, s'ils sont froids et pluvieux, sa floraison se prolonge trop, et les produits restent faibles et irréguliers.

En général, les stigmates donnent une couleur d'autant plus vive et offrent un parfum d'autant plus prononcé que le climat est plus chaud.

Les terres de consistance et d'humidité moyennes sont celles qui conviennent le mieux au

Fruit du safran.

Fig. 877. Safran.

Fig. 880.

Sentence du safran.

Iran. Tels sont les sols sablo-argileux qui s'égouttent facilement. La présence d une faible proportion de calcaire dans le sol paraît lui être favorable. Gomme les terrains secs et légers s'échauffent plus facilement que les sols compactes et humides, il faut choisir une terre d'autant plus légère qu'on s'éloigne davantage du Midi. La végétation du safran est complètement suspendue pendant l'été; aussi est-il peu sensible aux sécheresses de cette saison.

Place dani la rotation. — Le safran ne peut entrer dans un assolement régulier, car il occupe le sol pendant plusieurs années et ne •peut revenir sur le même terrain qu'après un intervalle de sept à

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huit ans. On lui réserve donc un champ à part, comme aux prairies artificielles de longue durée.

Le safran ne doit succéder qu'à des récoltes qui auront laissé le sol dans un état de fertilité convenable, et surtout bien net de mauvaises herbes; telles sont les plantes binées et fumées; mais, comme sa plantalion n'a lieu que de juin en août, on peut la faire précéder par une récolte de vesces à couper en vert pour fourrage. Toutes les récoltes peuvent succéder au safran.

La difficulté de se procurer les oignons nécessaires, le nombre d'en? fants et de femmes qu'il faut réunir pour la récolte, au moment où tous les bras sont occupés à d'aulres travaux plus importants, el, par-dessus tout, la consommation assez restreinte de ce produit, empêchent cette culture de s'étendre et de s'éloigner des cantonnements où elle a été primitivement établie. C'est une industrie qui ne convient particulièrement qu'aux pères de nombreuses familles, aux établissements agricoles de charité, où il y a. beaucoup de bras faibles à occuper.

Préparation du toi. — Pour établir une safranière, on commence par un labour profond de 0m25, dès que l'état du sol le permet après l'hiver; puis on herse, on roule et l'on maintient, à l aide de l'extii pateur, la surface du sol nette de mauvaises herbes, jusque vers la fin de mai; à ce moment on pratique un second labour profond de OmIG. on herse et l'on donne quelques coups d'extirpateur jusqu'à l'époque de la plantation. Si Ton fait succéder le safran à une récolte de vesce semée au printemps, il suffit d'un labour de 0m25, suivi de hersages, au moment de la plantation.

Engrais. — Le sol doit être fertile, sans que pourtant sa richesse dépasse certaines limites; car les plantes acquerraient une vigueur qui nuirait à In qualité du produit. 11 est préférable aussi que le sol soit anciennement fumé. Si l'on ne pouvait remplir cette condition, il faudrait répandre la fumure avant le dernier labour d'hiver, afin que l'engrais eût le temps de se décomposer et qu'on pût le bien mélanger avec la terre, avant la plantation.

Le safran est très-peu épuisant. M. de Gasparin n'évalue son absorption qu'à 80 kilogr. de fumier par kilogramme de stigmates secs récoltés.

Plantation. — Comme la fleur du safran est coupée chaque année pour en extraire les stigmates, il ne fructifie jamais, et l'on ne peut le multiplier qu'au moyen de ses bulbes.

On se procure ces bulbes, soit dans le commerce, soit en recueillant avec soin les caïeux ou jeunes oignons, quand on détruit une vieille safranière.

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bans te cas, on arrache tous les plants immédiatement après la dernière récolte, et, dès que les oignons sont tous sortis de terre, on les épluche avec soin; on écarte ceux qui sont longs et pointus, ceux qui sont attaqués par les insectes, ou pourris ou meurtris; ceux enfin qui laissent voir à nu une.chair blanche, dépouillée de pellicule. Quant à ceux que Ton conserve, on les débarrasse de leur ancienne peau, et on les sépare de l'oignon mère. Après ce nettoyage, on les réunit dans un local sec, plutôt froid que chaud, et on les y stratifié avec (Je la terre légère, un peu sèche; dans ces conditions, ils ne peuvent ni végéter, ni pourrir, ni sécher, et se conservent jusqu'au moment de la mise en terre.

La plantation du safran peut avoir lieu depuis le mois de juin jusqu'à la fin d août. L'époque la plus favorable parait être celle qui précède un peu la moisson. Voici comment on y procède :

On tend un cordeau sur l'un des côtés du champ, préalablement ameubli; puis, avec la houe à main, on trace, en suivant le cordeau, une première rigole, profonde de 0ml2 à 0"i6, suivant la consistance du terrain. A 0m22 de cette première rigole, on en ouvre une seconde, et, de la terre qu'on en extrait, on couvre les oignons qu'un ouvrier vient de placer à 0m08 les uns des autres, au fond de la première rigole. On continue ainsi, en observant les mêmes distances, jusqu'à ce que la plantation soit terminée. 11 faut par hectare 567,500 oignons, formant un volume d'environ 25 hectolitres, du poids de 48 kilogr. chacun.

Entretien. — Quelques semaines après la plantation, on voit apparaître le sommet des jeunes pousses. On détruit alors les plantes nuisibles par un léger binage à la houe à main, pour ne pas altérer lçs jeunes pousses ; après quoi on ne s'en occupe plus jusqu'au moment de la récolte.

Au printemps de la seconde année, on donne un binage pour enlever les plantes nuisibles, et l'on répète cette opération chaque fois qu'elle devient nécessaire.

C'est vers le commencement de l'été que les feuilles, qui ont continué de s'allonger depuis le moment de la floraison, se dessèchent. Elles ont alors atteint une longueur de 0ro40 environ. On les coupe dés qu'elles commencent à jaunir, et on les donne aux vaches laitières, qui y trouvent une excellente nourriture. Après cette suppression, on exécute entre les lignes un labour à la houe à main, puis, un peu avant la sortie des Heurs, un binage superficiel.

Les soins sont les mêmes pendant la troisième année, et l'on procède à l'arrachage de la safranière après la troisième récolte.

Maladie* et animaux nuisibles. — La plus redoutable des maladies auxquelles le safran soit exposé est connue sous le nom de ///

mort; elle est déterminée par une espèce de rhizoctone (rhyzoctonùi crocorum, D) (fig. 881), formé de petits filets bleuâtres, portant des tubercules de distance en distance. Une fois établis sur l'oignon, ces filets vivent de sa substance, et s'étendent aux oignons voisins. Au printemps et en été, on voit les feuilles jaunir, dans tout l'espace in-

Fig. 881. Rh'uoctone du safran.

fecté, et cet espace s agrandir progressivement. En automne, les fleurs, au lieu d'être violettes, restent pâles et blanchâtres. On arrête les progrés du mal en entourant les parties attaquées par une tranchée profonde, ouverte un peu au delà de la partie infestée, et dont on rejette la terre dans l'intérieur de la circonvallation. On guérit les oignons malades en enlevant toute leur enveloppe, et en les faisant sécher à l'abri du soleil. Lorsque ce champignon aura envahi un champ, il serait imprudent d'y rétablir une safranière avant quinze ans, à moins que le terrain ne soit éeobué.

Deux autres maladies attaquent le safran : la première, connue sous le nom de fausset, est une sorte de protubérance allongée qui paraît sur le flanc de l'oignon et finit par le ronger entièrement ; la seconde, appelée façon, est une sorte d'ulcère ou gangrène sèche qui résulte de l'altération de la fécule formant la plus grande partie de l'oignon. Cette masse charnue passe successivement du blanc au jaunâtre, au brun clair, puis au noir, et finit par faire périr le safran. Cette maladie parait être contagieuse; on ne connaît pas d'autre remède à ces deux altérations que l'amputation, jusqu'au vif, des ulcères et des excroissances.

Certains animaux causent aussi des ravages considérables, lfe ce nombre sont d'abord les rats, les souris, les mulots, qui rongent les

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