COMME DE CULTURE* D'UN HECTARE DE CARTHAME
I)KPfc>i>fc.
I n labour avant l'hiver, à 0-25 de profondeur. . . . 221". »
l'n hersage au printemps 2 5)
Un roulage 2 •
t'n hersage 2 50
In trait d'extii pâleur G
I n hersage 2 50
Semences, 25 litres, à 20 cent, le litre 5 »
Rayonner le sol avec un rayonneur 2 50
Képandrc la semence à la main 10 »
La recouvrir " 2 50
Trois sarclages et binages à la main, 25 fr. l'un. . . . 7.'» »
Récolte et séchage des Heurs 70 »
Coupe de? liges, extraction et nettoyage des graines.. 55 » 50,000 kil. de fumier, à 10 fr. les 1000 kit., y compris les frais de transport et d'épandage, 300 tr.; les quatre septièmes de cette somme à la charge du carlhamc. I6S » Inléiét pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée G 00
Loyer de la terre 70 »
Intérêt pendant un an des frais ci-dessus 25 10
Total 527 f.SU
rnoDur.
2» 0 kil. de Heurs sèches, à 1 fr. 90 le kil 4«U I. ■
1 100 kil. de graines, à 27 fr. les 100 kil 578 »
Total 872 r. .
UAI.A>Cfc.
Produit 872 f «
Dépense . 527 20
Bénéfice net 544 f. KO
Environ 65 pour 100 du capital employé.
Le pastel, vouède ou guéde (isatis tinctoria, L.) (iig. 887 à 890), est
Mj. 887. Pastel. Fi<r. 889. Fig. 890.
f7f«r du pastel. Fruit du pastel.
une plante bisannuelle, de la famille des crucifères, qui croît spontanément en Europe, dans presque tous les terrains pierreux.
Ses feuilles contiennent la même substance tinctoriale que les indigotiers de linde et de l'Amérique, c'est-à-dire Yindigotine; mais trente fois moins, d'après M. Chevreul, que ces derniers.
Avant l'introduction de l'indigo en Europe, on cultivait le pastel dans une grande partie de l'ancien continent, surtout en Thuringe,
AIïT AGIUCOLK
♦mi Italie, en basse ^Normandie, et dans le midi de la France. Celait alors la couleur bleue la plus solide et la plus belle que Ton connut. CVsl avec cette plante qu'on obtenait ces beaux bleus, appelés bleus-Perses, qui ont fait la réputation de nos teinturiers dans le Levant.
Aujourd'hui la culture du pastel est presque nulle en France; elle ne s'est conservée qu'aux environs d'Albi, et dans quelques communes maritimes des environs de Caen, telles que Mathieu, Cresserons, Luc, Langrune, aux alentours de la Délivrante, qui est actuellement le seul marché pour cetle production.
On ne se sert plus de ses feuilles que pour monter les cuves dites de pastel, dans lesquelles on les mêle avec de l'indigo.
On met le pastel dans le commerce, tantôt en bottes séchées, tiges et feuilles, sans avoir subi aucune préparation, tantôt en petites boules coniques, dites coques de pastel ou pastel d'Albi, quelle que soit sa provenauce; ces coques sont préparées avec les feuilles réduites en pâte, et qui ont éprouvé un commencement de fermentation putride; elles ont une couleur brunâtre, et exhalent une légère odeur ammoniacale.
Le pastel est, en outre, une plante fourragère précoce, dont s'accommodent les b i ufs et surtout les moutons.
Variétés. — On connaît deux variétés du pastel : 1° celle à feuilles velues, d'un vert pille et à semences jaunes; elle donne peu de couleur, et n'est pas recherchée par les bestiaux; 2° celle à feuilles lisses, livs-larges, d'un vert foncé, et à semences de couleur bleue ou violette; c'est celle qui contient le plus de matière colorante et qui fournit le meilleur fourrage.
Composition chimique.— L'analyse des feuilles de pastel a été faite par M. Chevreul. Voici ce qu'elles Contiennent à l'état frais :
Kau ' 13,76
Fibre ligneuse i,9.j
Matières organiques azotées et non azotées Y
Substances salines, telles que citrate, sulfate et phos-/ phate de chaux, phosphates de magnésie, de 1er et) 81,i'!l de manganèse, acétate d'ammoniaque, sulfate et azo-l tate de potasse, chlorure de potassium ]
Climat et sol — Le pastel s'accommode également de tous les climats de la France. Ses feuilles sont pourtant un peu plus riches en indigo dans le Midi que dans le Nord. II exige l'exposition du
plein midi, afin de recevoir une lumière plus intense et plus prolongée.
Le terrain qui lui convienj le mieux doit être riche, profond, léger, ou de consistance moyenne, mais surtout contenir une notable proportion de principes calcaires. Il redoute les terres compactes qui retiennent l'humidité; ses feuilles y donnent, d'ailleurs, une moins grande proportion de matière colorante.
Place dans la rotation. — Le pastel peut venir à la suite de toutes les récoltes qui laissent le sol dans un bon état d'ameublissement, de fertilité et de propreté; les plantes sarclées, richement fumées, remplissent parfaitement ces conditions. Après lui on peut mettre toutes les plantes que Ton désire.
Préparation du toi. — Pour donner au sol rameublissement dont le pastel a besoin, on pratique ordinairement deux labours : le premier, profond de 0m25, avant l'hiver; le second, plus superficiel, au printemps, si l'ensemencement n'est* fait qu'à cette époque. Chacun de ces labours est suivi des hersages nécessaires.
Engrais et amendements. — Le pastel est une récolté très-épuisante, qui parait enlever à la terre environ 500 kilogr. de fumier pour 1 00 kilogr. de feuilles sèches récoltées.
Si le sol ne contient pas déjà une dose suffisante de principes fertilisants, la fumure doit être répandue avant le premier labour, afin qu'elle ait le temps de se décomposer avant la semaille. Dans l'arrondissement d'Albi, on fume avec le meilleur fumier possible, dans la proportion, par hectare, de vingt charretées pesant chacune 150 kilogrammes. Si le sol n'est pas assez riche en calcaire, on l'y introduit au moyen du marnage, du chaulage, et même du plâtrage.
Semailles. — Le cultivateur peut récolter lui-même sa semence; il lui suffit de laisser monter en graines, après la récolte des feuilles, une partie du champ. Un hectare peut donner de 500 à 000 kilogrammes de semences. Quoique les graines germent encore deux ans après la récolte, il est préférable de choisir celles de l'année précédente.
La semaille se fait au printemps et à l'automne; mais cette dernière époque est la plus convenable, parce que, les plantes étant plus avancées au printemps suivant, on peut commencer plus tôt la récolte, et couper un plus grand nombre de fois les feuilles qui poussent successivement. En outre, les jeunes plantes sont, à l'automne, moins exposées qu'au printemps aux ravages de l'altise. Dans tous les cas, qu'on sème à l'automne ou au printemps, c'est le moment do la semaille du blé qu'il faut choisir.
On sème souvent à la volée; mais il vaut mieux semer on lignes,
MO
cela rend les opérations plus faciles pendant le cours de la végétation. On ouvre, avec le rayonneur, des sillons placés à 0m32 les uns des autres, et profonds d'environ O^OS. On y %pand la graine à la main, en laissant un intervalle de 0"05 environ entre chaque graine; on recouvre avec une herse renversée et Ion roule. On emploie 12 kilogr. de semence par hectare.
Entretien. — Dès que les jeunes plantes ont développé quatre feuilles, on donne un premier sarclage à la main, en ayant soin de les espacer, sur les lignes, àOm10 les unes des autres; on supprime aussi tous les pieds dont les feuilles sont velues. Ce premier sarclage suffit ordinairement pour les semis d'automne; mais, au printemps suivant, on pratique un premier binage avec la houe à main. Cette opération est ensuite répétée pendant tout le cours de l'été, chaque fois que l'état du sol, ou la croissance des plantes nuisibles, la rend nécessaire. Si la sécheresse devenait intense, et qu'on pût disposer de l'irrigation, on en userait pour ranimer la végétation.
Maladies et insecte* nuisibles. — Une maladie particulière, nommée rouille, afTecte le pastel; elle apparaît sur les feuilles sous forme de larges taches jaunes, et est due à la présence d'un champignon parasite appartenant au genre uredo. Elle est surtout fréquente dans les années ou dans les localités humides. On doit enlever avec soin toutes les feuilles attaquées, à mesure que ce mal se manifeste.
L'altise attaque le pastel comme la plupart des crucifères. Nous renvoyons aux pages 118 et 129 du tome II, pour les moyens de combattre cet insecte. Dans le Midi, cette plante est aussi parfois dévorée par des nuées de sauterelles; il faut alors couper tous les débris de feuilles, et bientôt la végétation repart de nouveau.
Récolte et préparation. — Aussitôt que le bord des feuilles se couvre d'une teinte violette, on choisit un temps sec pour couper, avec une faucille, toutes celles qui présentent ce caractère, et Ton répète cette coupe tous les vingt ou vingt-cinq jours. Aux environs d'Albi, on fait ainsi six cueillettes; on n'en fait que quatre sur les bords du Rhin et trois seulement en Normandie. Le semis de printemps donne une cueillette de moins. Deux procédés sont employés pour la préparation des feuilles; voici le premier :
Aussitôt après chaque cueillette, on étend les feuilles sur un gazon bien propre et ombragé, afin qu'elles perdent un peu de leur eau de végétation, sans se crisper ni se dessécher par trop; puis on les porte sous une meule semblable à celles employées pour les graines oléagineuses, et on les réduit en une pâte bien onctueuse et la plus homogène possible. Celte pâte est placée, dans un endroit sec, mais à l'abri du soleil, sur une surface carrelée et inclinée, pour en laisser écouler
l'eau; là on la pétrit sous les pieds. La masse ne tarde pas à fermenter; à mesure que des crevasses s'y manifestent, on les ferme avec soin, afin de ne pas laisser pénétrer l'air, qui provoquerait Téclosion de larves blanchâtres qui altèrent le pastel. Le point important est d'arrêter à temps cette fermentation, car le pastel est perdu toutes les fois quelle devient acide ou putride; elle arrive au degré voulu au bout de huit ou douze jours, selon la température. On moule alors la pâte en pelotes de la grosseur du poing et de la forme d'un œuf; on les place sur des claies, dans un lieu où Tair circule librement, et, lorsqu'elles sont bien sèches, elles forment ce que l'on nomme dans le commerce le pastel en coques. Mais la fraude s'étant glissée dans cette fabrication, on préfère aujourd'hui le second mode de préparation; il consiste tout simplement dans la dessiccation des feuilles au soleil.
Rendement. — Le rendement du pastel varie suivant le mode de culture et le climat. Dans les circonstances les plus favorables, il peut s'élever à 25,000 kilogrammes de feuilles fraîches par hectare. Dans des conditions moindres, il n'est que de 15,000 kilogrammes. Le produit moyen peu! donc être porté à 20,000 kilogrammes, qui peuvent fournir environ 20,000 coques, ou 5000 kilogr. de feuilles sèches.