DE LA CHICORÉE A CAFÉ
il importe aussi que ces engrais n'aient pas été récemment appliqués, surtout s'il s'agit de fumier frais; autrement le produit contracterait un mauvais goût, et les racines, développées trop rapidement, seraient trop aqueuses. Le chaulage produit d'excellents effets, lorsque le terrain n'est pas assez riche en principes calcaires.
Semai lie et entretien. — Le semis est fait à la volée; on le pratique au printemps, lorsque la température moyenne s'est élevée à 12°, et l'on recouvre la semence par un hersage suivi d'un roulage. On emploie environ 5 kilogr. de graines par hectare.
Quinze jours environ après la semaille, la germination commence. Dès qu'on^ distingue suffisamment les plantes, on pratique un premier binage et sarclage, avec une petite houe à main à manche court et à lame large de 0m30. On éclaircit aussi les plantes en laissant entre elles un intervalle de 0m20.
Un mois après, on donne un second binage plus profond que la premier, et l'on éclaircit encore en laissant entre les plantes un intervalle de O^O; enfin, lorsque les plantes couvrent chacune un espace de 0B10 de diamètre, on exécute un troisième binage qui achève le nettoiement du sol.
Récolte et préparation.— Du 1" octobre au 50 novembre, aussitôt que l'abaissement de température ne permet plus d'espérer que les racines grossiront encore, on fauche les feuilles et les tiges pour les donner aux bestiaux, ou on les fait pâturer sur place. Cette nourri ture est substantielle, mais si elle est donnée seule, le lait des animaux qui en font usage prend une saveur désagréable. On arrache ensuite les racines au louchet, on les porte immédiatement à proximité des habitations des cultivateurs, où elles sont placées en tas, et recouvertes de paille pour les préserver des gelées et surtout du froid des nuits.
Les racines récoltées sont coupées d'abord longitudinalement, puis transversalement, à la longueur de 5 à 10 centimètres; on porte ces fragments dans des tour ailles chauffées au moyen d'un charbon dur, espèce d'enthracite qui ne produit pas de fumée.
Là elles sont placées sur la plate-forme de la touraille, en couches de 40 centimètres environ, et remuées très*-souvent afin qu'elles ne brûlent pas, et que la dessiccation ait lieu promptement. On fait quatre opérations en vingt-quatre heures. Les racines ainsi desséchées sont connues sous le nom de cosseltes; elles sont conservées dans des greniers; mais, en général, les cultivateurs les vendent presque immédiatement aux courtiers ou aux fabricants de café indigène; les prix varient selon l'état de la récolte, les besoins du commerce, etc.
Le fabricant de café-chicorée torréfie ces cossettes, au fur el à
mesure de ses besoins, dans de grands brûloirs à café placés sous des hottes de cheminées tirant bien; ces brûloirs sont mis en mouvement par des machines à vapeur ou par un manège. La torréfaction terminée, il ajoute 2 pour 100 de beurre, pour lustrer les cosseltes et leur donner l'aspect du café brûlé; puis, après quelques tours de brûloir, il déverse les racines dans des vases en tôle, et, quand elles sont refroidies, il les écrase au moyen de meules verticales en pierre, ou de cylindres de fonte taillée. Il passe ensuite la poudre grossière dans des blultoirs en toile métallique à mailles plus ou moins larges, plus il distribue le produit en paquets de 125, 250 et 500 grammes, qu'il étiquette et revêt de son nom.
Rendement. — Un hectare donne, en moyenne, 4500 kilogrammes de cosseltes sèches, plus le même poids en fourrage sec, dont le prix égale environ le quart de celui du bon foin de prairie.