‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 162 sur 167 · IV · texte numérisé non relu

IV

Dépréciation annuelle. . .

Entretien des harnais.. . .

Chaines, traits et crochets.

En ajoutant à cette différence de 1171 fr. la somme qui représente la plus grande détérioration des instruments et des voitures par les chevaux, somme qu'on ne peut porter à moins de 50 fr. par an, on voit que l'exploitation par le bœuf se trouve en bénéfice de 1221 fr. pour quatre têtes, soit par paire 610 fr. 50 cent.

Dans ce calcul on n'a pas fait entrer cette considération, que si Ton revendait les bœufs comme on revend ordinairement les chevaux, le chiffre de 80 fr., posé à leur compte de dépréciation, disparaîtrait tout à fait. Il n'y est pas non plus question des accidents sans nombre auxquels le cheval est exposé, accidents tout à fait nuls chez les bœufs; l'économie est donc au moins de 50 fr. par paire.

Il est bien évident que le travail des bœufs est moins cher que celui des chevaux; celui des vaches Test moins encore; mais celles-ci ne peuvent être employées dans les terres fortes et avec les gros et lourds instruments de l'ancienne agriculture. C'est surtout dans les fermes au-dessous de 50 hectares qu'il y a grand avantage à remplacer les chevaux par des bœufs et même des vaches. Le fumier est, après le travail, le seul profit qu'on tire des chevaux; tandis qu'avec les bœufs ou les vaches on a, avéfc plus d'engrais et de travail, les béné-

* Mabire fils. — Sur l'étal de l'Agriculture dans l'arrondissement de Neufchàtel en 1845, comparé à la culture ancienne. {Annuaire de l'Association normande, 12» année, 1846, p. 561)

fices que donnent le lait et la revente des animaux engraissés après plusieurs années de séjour dans la ferme.

Oucls que soient, au reste, les animaux qu'on emploie, il est nécessaire de ne pas leur faire exécuter des travaux au-dessus de leurs forces, et surtout il faut bien les nourrir. Plus la terre est forte, plus le nombre des attelages doit être considérable. Ce nombre doit être également plus élevé lorsque les animaux sont de petite taille, que les instruments sont mauvais, et que les champs et marchés sont plus éloignés. Les bœufs faisant un quart ou un cinquième moins de travail que les chevaux, doivent être en plus grand nombre que ceux-ci, et les vaches, ne devant faire qu'une attelée par jour, doivent être en nombre double des bœufs.

V. Mobilier agricole. — Le mobilier agricole comprend les instruments nécessaires pour travailler la terre, effectuer les récoltes, battre et nettoyer les grains, préparer la nourriture des bestiaux; les machines de transport; les ustensiles de la laiterie, du cellier, de la cave; les effets d'équipement des bêtes de travail; les nombreux objets de ménage, etc., enfin tout ce qui sert aux hommes et aux animaux, tant pour leur usage individuel que pour le service de l'exploitation.

La nature et l'importance du mobilier d'un établissement rural varient à l'infini, suivant l'étendue du domaine, le système de culture adopté, le mode de vente ou d'exploitation des produits, etc. On ne peut donc indiquer la quotité de ce mobilier, mais ce qu'on ne saurait trop recommander c'est que, dans toute circonstance, ce mobilier soit suffisant et en assez bon état pour que tous les travaux s'exécutent bien, c'est-à-dire avec le moins de dépense, le plus de célérité et de perfection possible.

Ce sont les instruments propres à la culture qui constituent la partie la plus importante et la plus dispendieuse du mobilier d'une ferme. Il ne faut par les multiplier au delà des stricts besoins; des instruments dont on fait rarement usage deviennent une source d'embarras et de mécomptes. Les plus simples sont presque toujours les meilleurs; leur manœuvre est plus facile, et ils peuvent être réparés par tous les ouvriers de la campagne. H faut surtout que leur construction, leur solidité répondent à la situation topographique et à la qualité du sol. On ne doit pas non plus changer légèrement ceux qui sont adoptés généralement dans le pays pour les remplacer par d'autres dont l'expérience n'a pas encore démontré la supériorité. Les jeunes exploitants commettent souvent la faute, dans l'espoir de diminuer, les frais de main-d'œuvre, d'acquérir tous les instruments nouveaux qu'on leur présente; ils augmentent ainsi, d'une manière exagérée,

ORGANISATION D'UN DOMAINK. Oï>f»

leur capital d'exploitation, et l'expérience ne tarde pas à leur apprendre que l'argent employé ainsi est, la plupart du temps, entièrement perdu. Ce n'est pas à dire, cependant, qu'il faille rejeter sans examen toute innovation, mais l'introduction doit en être faite avec la plus grande circonspection, et celui qui voudra la tenter devra s'attendre à de bien nombreuses difficultés. Nous ne pouvons mieux faire que de citer les judicieuses réflexions de Mathieu de Dombasle :

« Lorsqu'un cultivateur, dit-il, est habitué à mettre lui-même la main à l'œuvre et à conduire ses instruments, il ne doit éprouver aucune difficulté pour introduire dans son exploitation ceux dont il a reconnu les avantages. Il fera lui-même les essais nécessaires, et lorsqu'il maniera bien un instrument vraiment bon et utile, il pourra compter sur la docilité et la bonne volonté de ses ouvriers auxquels il le confiera ensuite.

« Dans les exploitations où les travaux manuels sont exclusivement réservés à des hommes à gages, cela exige plus de circonspection; si une fois on a laissé s'introduire parmi les ouvriers l'opinion que tel instrument ne vaut rien, que cela n'est bon que dans les livres, que cela ne peut convenir qu'à une autre qualité de terre, etc., on éprouvera ensuite des difficultés que la persévérance et la volonté la plus ferme ne pourront peut-être surmonter. Des préventions semblables naissent facilement dans l'esprit des ouvriers, et Ton ne doit jamais oublier que la force de l'autorité ne peut rien pour les détruire. Si l'on met brusquement entre leurs mains un instrument, peut-être imparfaitement construit, eu qu'ils ne savent pas ajuster ni manier, avec l'ordre de l'employer, on doit s'attendre que, lorsqu'ils ne pourront vaincreles difficultés qu'ils rencontreront dans des essais tentés sans aucun désir de réussir, l'instrument sera réprouvé; et comme ils ne voudront pas se déclarer maladroits, leur amour-propre mettra de trés-bonne foi à la charge de l'instrument les obstacles qui n'existent souvent que dans leur inexpérience. C'est précisément cet amourpropre, le plus puissant ressort qui puisse agir sur le cœur de l'homme, qu'il faut, au contraire, appeler à son secours; c'est sur lui qu'on doit fonder l'espoir du succès; mais il faut que ce soit sans affectation et sans laisser apercevoir les moyens qu'on emploie pour le diriger, car l'amour-propre des hommes de cette classe est plus délicat qu'on ne serait tenté de le croire. *

Il ne suffit pas d'avoir de bons instruments, il faut encore les entretenir en bon état. Faute de mettre à temps un timon nouveau à la herse, la herse se brise et il en faut une neuve; il en est ainsi de tout. Il convient de rentrer les instruments sous un hangar ou dans un magasin, lorsqu'ils ne fonctionnent pas; car l'humidité, la pluie, la

sécheresse, les l'ont se déjeter et se rouiller. 11 est économique de faire peindre solidement à l'huile les instruments aratoires; avec un pot de couleur toute broyée, un pinceau et quelques journées d ouvriers, un cultivateur peut le faire ; il y gagnera chaque année trois fois le prix de sa couleur et du temps de ses ouvriers. La morte saison offre le moyen d'exécuter à loisir toute espèce de réparations. On se plaint souvent d'avoir trop à dépenser, mais deux ou trois francs employés à propos, permettent presque toujours d'en économiser cinq ou six.

Lorsqu'on doit se pourvoir d'un instrument quelconque, il vaut mieux le prendre en fer qu'en bois; car, alors même qu'il coûte davantage dans le premier cas, il dure plus longtemps, est moins sujet à se briser et donne un meilleur travail. Presque toujours, d'ailleurs, les instruments eu fer sont plus légers, moins durs de tirage et plus aisés à conduire que les instruments en bois.

VI. Engrais. — Les développements que nous avons donnés, dans le premier volume de cet ouvrage, à la question capitale des engrais, nous dispenseront de nous étendre beaucoup ici sur ce sujet, qui embrasse l'un des points les plus importants de l'économie agricole.

Quel que soit le genre de culture qu'on adopte, c'est la quantité d'engrais qui peut seule amener le sol à fournir d'abondantes récoltes et à conserver sa fertilité. Tout l art du cultivateur doit donc être appliqué à se procurer le plus possible d'engrais et à ne rien laisser perdre de ce qui peut lui servir à en faire. C'est surtout à la production du fumier qu'il doit viser, car c'est là l'engrais par excellence, celui qui convient le mieux à tous les sols et à tous les genres de récoltes.

Nous l'avons déjà démontré, le meilleur moyen d'avoir, sur une surface déterminée- de terrain, la plus grande masse de fumier, c'est d'entretenir un grand nombre de bestiaux à 1 etable, en les nourrissant bien et en leur fournissant une litière abondante. Mais pour satisfaire à ces conditions, il faut adopter un assolement qui permette une culture étendue de prairies artificielles et de racines sarclées; or, il n'y a que^s longs assolements qui conduisent à ces résultats. Nous avons indiqué au chapitre des assolements la proportion à établir entre l'étendue des récoltes fourragères et celle des plantes épuisantes.

La faute grave que l'on commet généralement eu France, c'est de ne pas faire un.» quantité de fourrages en rapport avec la superficie cultivée; on donne la plus forte part de la terre aux céréales, aux colzas et autres plantes épuisantes, et le reste aux prairies artificielles

et aux herbages. On n'est pas assez pénétré de cette vérité, qu'avec de l'herbe en abondance, on peut nourrir plus de bestiaux; qu'avec des bestiaux bien nourris on a plus de fumier, et qu'avec plus de fumier on peut avoir, sur une moindre surface, autant et plus de grains à vendre au marché. Les bestiaux sont des machines vivantes à fumier, qu'il faut multiplier le plus possible; or, pour arriver à ce résultat avec le moins de dépenses, il suffit d'augmenter la surface des prairies sèches et arrosées, de pousser à la culture du trèfle, de la luzerne, du sainfoin, sur le tiers au moins du faire-valoir, si ce n'est sur la moitié même, parce que ces cultures consomment peu ou pas de fumier, et en produisent, au contraire, beaucoup.

Ce qui lait l'infériorité de l'agriculture française, c'est la prédominance des plantes épuisantes sur les plantes fertilisantes ou les fourrages; le rapport entre ces deux genres de culture est de 19 à 6, souvent même de 25 à ^; tandis qu'en Angleterre, en Hollande, en Belgique, ce rapport est de 1 à 1 ; en Wurtemberg et en Bavière, de 1 à 1/2; en Allemagne et dans le Danemark, de 1 à 3 1/2. Chez nous encore, chaque tête de gros bétail ne consomme pas à l'étable plus de 1000 kilogr. de foin, au lieu de 6000 qui lui seraient nécessaires pour être entretenue en bon état. Or, la plus grande quantité de fumier n'est pas produite par le plus grand nombre de bêtes, mais par la plus grande quantité de fourrage consommé. De là la nécessité de donner une nourriture abondante. Les bêtes ne produisent rien par elles-mêmes: elles ne peuvent que convertir en fumier le fourrage qu'on leur donne; une partie de ce fourrage est assimilée par elles pour leur entretien, l'autre rendue sous forme d'excréments. Plus la nourriture est substantielle, plus les excréments contiennent de principes fertilisants. Une bête maigre fait moins de fumier, et il est inférieur en qualité à celui d'une bête grasse. Cette différence est telle, qu'une bête bien traitée peut produire deux fois autant de fumier qu'une autre mal nourrie.

Tout se tient en agriculture; les fourrages, les bestiaux, les engrais se prêtent de mutuels secours et se reproduisent simultanément; c'est ainsi que se forment ces premiers anneaux de la chaîne de toutes les améliorations, de tous les progrès agricoles que l'activité et l'intelligence du cultivateur peuvent allonger à l'infini.

Les moutons surtout, dont toutes les déjections s'utilisent si facilement, et presque sans perte, sur les différentes natures de culture, sont, comme l'a dit un praticien compétent, l'âme, le véhicule de toute prospérité en agriculture*.

1 Bourgeois, Mémoires de la Société impériale et centrale tïuijricuUure de Paris, 1848-1849, 11» partie, p. 530.

Nous, avons dit, pages 431 et 450 du tome Ier, les quantités de fumier produites par chaque espèce de fourrages et par chaque lète (ranimai; il sera donc facile a tout cultivateur de connaître, à trèspeu de chose près, dès le commencement de l'année, la proportion de fumier dont il pourra disposer. Mais ce qu'il faut qu'il n'oublie pas, c'est la nécessité de fumer toujours copieusement, et par conséquent de ne pas répandre son . fumier sur une trop grande surface; 2 hectares bien fumés en valent 4 pour le rendement et souvent 40 pour le profit; un champ mal fumé coûte presque toujours plus qu'il ne rapporte.

S'il est bien vrai qu'une exploitation doive tirer de son propre fonds les engrais qui lui sont nécessaires, il est des cas où il y a profit à en faire venir du dehors; c'est surtout au début d'une entreprise, car tout retard dans la fertilisation complète du domaine serait plus onéreux, en réalité, que l'excédant de dépenses occasionné par le prix des engrais étrangers. Il y a, d'ailleurs, dans le commerce des matières autres que le fumier, et qui peuvent rendre de bons services quand on sait les eiriployer avec habileté; ces engrais, ordinairement pulvérulents et d'un plus petit volume que le fumier d'étable, sont principalement commodes dans les pays où le mauvais état des chemins vicinaux, la situation fortement inclinée des terres, l'éloignement des champs du corps de la ferme, rendent les transports pénibles et dispendieux. Tels sont les tourteaux, le noir des raffineries et le noir animalisé, la poudrette, les chiffons de drap, les débris de peaux, le guano, le sang desséché, la chair de cheval, la poudre d'os, etc.

Dans le voisinage des villes, un cultivateur entendu a mille occasions de se procurer à bon marché une foule de détritus organiques et minéraux qu'il ne doit pas dédaigner, car ils servent à accroître la production des fourrages. Ainsi les charrées, les gravois et plâtras de démolition, les écailles d'huîtres, les boues, les urines, les débris de tanneur, de bourrelier, les chiffons de laine, les os de cuisine, etc., sont autant de matières utiles qu'on peut emporter au retour et presque sans aucun frais. Il ne faut rien laisser perdre de ce qui peut être converti en compost, car l'engrais est à peu près comme l'argent, on n'en a jamais trop.

VII. Comptabilité agricole. — L'agriculteur doit toujours pouvoir se rendre un comple exact de ses dépenses, de ses receltes, de ses perles, de ses liénéfices, et embrasser d'un seul coup d'œil l'ensemble et les détails de son exploitation. Autrement, il marche à l'aventure, il s'expose à être trompé dans ses prévisions, à continuer des méthodes défectueuses et improductives, à devenir victime de la négligence ou de l'infidélité de ses agents, et à perdre enfin, dans un avenir rapproché, les fruits de ses labeurs.

Une comptabilité régulière peut seule lui éviter tous ces dangers. Une ferme, en résumé, n'est autre chose qu'une fabrique où Ton crée des denrées commerciales, grains, viande, laine, beurre, etc. ; il est donc indispensable de pouvoir en tout temps établir le prix de revient de ces produits, afin de savoir si le prix auquel on les vend est suffisamment rémunérateur.

Sans ordre et sans économie, il est impossible de réussir , dans la conduite d'une ferme, même avec les meilleurs systèmes de culture, les instruments les plus perfectionnés, l'activité la plus soutenue. Avec moins d'intelligence et de savoir, on peut, au contraire, en s'astreignant à tenir compte jour par jour de toutes ses opérations jusque dans les plus petits détails, arriver à réaliser des bénéfices satisfaisants. Les Hollandais ont dit avec raison quun homme qui tient des comptes réguliers ne peut pas se ruiner.

En Angleterre, en Allemagne, en Hollande, en Belgique, on est depuis longtemps habitué, même dans les établissements ruraux les plus petits, à noter tout ce qui se passe dans le courant de chaque journée, d'un bout à l'autre de l'année, et c'est là une des causes les plus efficaces de la prospérité agricole de ces pays. En France, au contraire, I absence de toute écriture est le vice dominant, et ce n'est que dans les très-grandes exploitations, dans les fermes-modèles et dans les fermes-écoles qu'on trouve une comptabilité rigoureuse. Il est bien vrai qu'il n'est pas toujours possible d'introduire, dans les fermes d'un* ou de deux charrues, chez la plupart des petits propriétaires exploitant par eux-mêmes, des écritures compliquées; mais rien n'empêche d'adopter quelque méthode plus prompte, plus flexible, plus appropriée aux exigences de la vie champêtre, ta meilleure est ordinairement celle que l'on se forme a soi-même, pourvu qu'on l'observe exactement.

Nous n'exposerons pas ici les règles de la comptabilité en parties doubles; il y a d'excellents ouvrages spéciaux qu'on pourra consulter. Nous indiquerons seulement les livres-registres dont tout cultivateur qui veut voir clair dans ses affaires devrait se servir.

Avant tout, le cultivateur, dès son entrée en ferme, doit procéder à un inventaire, c'est-à-dire estimer en argent, article par article, tous les objets consacrés à l'exploitation. Cet inventaire doit s'effectuer chaque année à la même époque.

Les livres nécessaires pour les comptes courants d'une exploitation sont :

1° Un registre-journal, sur lequel on inscrit au fur et à mesure^ tous les travaux, les dépenses, les recettes, les récoltas entrées à la grange ou au grenier, les récoltes vendues ou consommées, les voi-

lures de fumier portées sur les terres, tout ce qui se passe enfin rl.iiis une ferme du matin au soir. Un quart d'heure, à la fin de la journée, suffit à toutes ces inscriptions. Ce journal, qui renferme ainsi tous les événements accomplis dans l'intérieur du domaine, sert à recomposer tous les autres ;

2* l'n livre de caisse destiné à enregistrer les recettes et les dépenses en . argent . Il présente à tous les instants la véritable position financière, et empêche les pertes et les oublis;

3° l'n registre desdébiteurs et des créanciers, qui rappelle à tout moment les crédits accordés et les engagements auxquels il faut satisfaire;

\° Un livre pour les comptes des diverses cultures, où chaque genr.* de plantes a son chapitre particulier, qui indique les frais en semences, en travaux d'hommes et d'animaux, les quantités de gerbes ou d'hectolitres récoltés, ce qui entre en grange, en grenier ou en cave, ce qui sort de la ferme pour le marché, ou ce qui est consommé dans l'intérieur. Quand ce livre est bien tenu, il signale les cultures qui donnent des bénéfices, celles qui sont onéreuses, et par la comparaison des matières entrées et sorties, il fait savoir immédiatement ce qui reste en magasin ;

5° Un registre pour le personnel, où Ton inscrit les journées de travail de chaque ouvrier, et les payements qui lui ont été faits. Une colonne d'observations, placée e;i face de chaque nom, permet de mentionner la conduite particuliÎTe, les fautes de négligence, les pertes de temps, les marques de zèle et d'intelligence, enfin tout ce qui peut éclairer sur les mérites respectifs des divers agents de l'exploitation;

6° Un livre pour les bestiaux, où l'écurie, la vacherie, la bergerie, la porcherie, la basse-cour, o it chacune leur compte à part. Dans chaque catégorie, on note le nombre des animaux, leur âge, leur valeur, les pertes qui surviennent, les naissances, la consommation en aliments, les dépenses d'attelage, enfin les divers produits obtenus : fumiers, laine, viande, lait, beurre, fromage, etc. ;

7° Enfin un livre pour les dépenses du ménage, où Ton enregistre les provisions emmagasinées ou a hetées pour la consommation des gens de la ferme : pain, farine, sel, huile, j orc salé, vin ou cidre, viande de boucherie, etc.

On conçoit que chacun, suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve, peut augmenter, modifier ou restreindre les détails de sa comptabilité. Ce qu'il faut éviter surtout dans les exploitations de moyenne grandeur, où les livres doivent être tenus par le chef exploitant, c'est la perte de temps et les embarras inutiles. On peut donc à la rigueur se contenter d'un registre-journal établi par dépenses et recettes, ou par doit el avoir.

Dailly, ancien maître de poste de Paris, qui faisait valoir avec le plus grand succès, il y a une trentaine d'années, une exploitation à Trappes, près Versailles, et qui a laissé la réputation d'un des meilleurs agronomes de France, avait adopté, pour simplifier et abréger les écritures, un livre auxiliaire, contenant pour chacun des 12 mois un cahier de 18 feuilles ainsi disposé :

/ Cochons 1" feuille.

I Vacherie 2*

I Basse -cour 3* —

consommation des Troupeau de brebis 4- -

J — déjeunes moutons. . . 5* —

' Écurie . 6' —

• | Fumier de la ville 7* —

Transport du. ... — de la feiw 8* —

( des dépôts 9* —

il" quinzaine 10* —

Suite H« —

*■ quinzaine 12- -

Suite 15« -

Ouvrages, lâches et corvées U* —

Chargement et déchargement des sacs 15e —

Bottelage 16« —

Dépiotement des bergeries 17* —

Œufs sortis 18* —

Ce cahier, réglé en travers, contenait autant de lignes qu'il y a de jours dans le mois; on y inscrivait la consommation journalière; des colonnes verticales indiquaient les différences de consommations; leur nombre était subordonné à celui des diverses denrées; de plus, Tune de ces colonnes servait à fixer le nombre des animaux consommant les denrées. De cette manière, le travail de chaque jour était extrêmement simplifié. A la fin de chaque mois, on additionnait toutes les colonnes, à l'effet de déterminer la quantité de denrées consommées, et, selon sa convenance, on fixait immédiatement leur prix pour en passer écriture, ou bien on en faisait le report à l'expiration du mois suivant. Ce dernier mode permettait d'ajourner à la fin de l'année le règlement de tous les mouvements intérieurs de l'établissement.

« Ainsi qu'on le voit, dit Dailly en terminant l'exposé de sa méthode, la comptabilité n'est pas chose difficile; à la vérité, elle exige une sévère investigation de tous les détails; mais lorsqu'on réfléchit que ces mêmes détails offrent le moyen infaillible de saisir les causes de succès et dinsuccès, et que sans eux toute amélioration est impossible, on ne saurait regretter le temps que l'on consacre à tenir ses livres. En adoptant la comptabilité en partie double, ou celle qui

vient d'être exposée précédemment d'une manière simple et claire, on place ses opérations à l'abri de la routine et du hasard. »

H. Exploitation d'un domaine.

11 y a plusieurs manières d'exploiter un domaine; — par soi-même directement; — par l'intermédiaire d'un régisseur; — de compte à demi avec un cultivateur praticien; — par location ou fermage. Examinons sommairement ces divers modes.

I. Exploitation par le propriétaire. — Dans ce système, l'exploitant, ne pouvant être présent partout, a besoin de se faire aider par un ou plusieurs agents, maîtres-valets ou maîtres-ouvriers, qui, chefs de services temporaires ou permanents, exercent l'autorité sous ses ordres, et président à l'exécution des mesures dont lui seul a l'initiative. Il peut bien exiger d'eux la meilleure exécution possible des mesures qu'il leur confie, mais il ne doit pas leur imputer les suites qu'elles peuvent entraîner et le succès de l'ensemble. Les sujets qui conviendront le mieux à cet emploi seront de simples paysans en qui il aura remarqué de bonnes qualités, et qu'il aura pris soin nonseulement de former à cette destination, mais encore d'attacher à ses intérêts.

C'est surtout dans les pays de petite culture, et dans ceux où l'agriculture est de tous points défectueuse, que l'exploitation directe peut être avantageuse et procurer un accroissement de revenu, car elle imprime plus d'intensité à la culture, et permet au propriétairecultivateur de se livrer avec plus de sécurité aux améliorations foncières.

II. Exploitation par régisseur. — Lorsque les exploitations sont d'une assez grande étendue, ou que le propriétaire, ne voulant pas renoncer à la vie du monde, désire cependant conserver une certaine action sur le faire-valoir, il eh confie la direction à un régisseur. Le choix de cet agent n'est pas une chose facile en France, car les sujets y sont rares. En Allemagne, au contraire, ils sont fort communs et capables. Là, les propriétaires résident généralement dans leurs terres, et sont très-familiarisés avec les opérations d'une entreprise rurale; ils se trouvent bien du service des régisseurs, parce qu'ils sont en état d'apprécier leur capacité et de diriger leurs opérations.

Mathieu de Dombasle donne aux propriétaires qui veulent mettre leurs terres en régie d'excellents conseils que nous nous empressons de reproduire. « Le régisseur, dit-il, doit être entièrement sous les

ordres du maître, qui étend ou limite, à sa volonté, les pouvoirs qu'il lui confie, relativement à l'exécution des opérations; mais ensuite il est indispensable que le régisseur exerce une autorité entière sur tout le personnel de l'exploitation, sans que ses ordres puissent jamais être contrariés par ceux que donnerait personnellement le maître, au nom duquel il exerce l'autorité. Par la même raison, le régisseur est seul responsable envers le maître de l'exécution des ordres qu'il en aurait reçus, et le maître, à cet égard, ne doit jamais adresser à d'autres qu'à lui des plaintes ou des reproches. 11 se présente, au reste, assez souvent ici un genre d'inconvénient fort grave dans l'exercice du pouvoir. Si le maître est étranger aux pratiques agricoles, il arrivera que le subordonné est supérieur, pour la capacité spéciale, à celui dont il doit recevoir les ordres; et il résulte toujours de là une position fausse dont les fâcheuses conséquences ne tarderont pas à se faire sentir. Le maître lui-même ne pourrait y remédier en rendant le régisseur indépendant de sa propre autorité; car il en résulterait une position encore plus fausse et qui n'a jamais pu se prolonger, lorsqu'on a voulu faire cette tentative. Il n'existe qu'un seul remède à cet inconvénient; c'est que le propriétaire s'applique à acquérir promptement lui-même les connaissances spéciales qui lui sont nécessaires pour diriger le régisseur, du moins en appréciant les conseils que celui-ci pourrait lui donner, relativement à la marche des opérations. Alors seulement il pourra exercer réellement l'autorité, en approuvant ou en rejetant avec connaissance de cause les plans et les projets proposés par le régisseur. »

III. Exploitation de compte à demi ou métayage. — Dans le Midi, le Centre et l'Ouest de la France, en Suisse et dans plusieurs parties de l'Italie, les propriétaires donnent leurs terres à cultiver à une famille, à la condition d'en partager les produits avec elle. Ce mode de faire valoir est ce qu'on appelle le métayage. Voici comment M. deGasparin le définit : « C'est un contrat par lequel, quand le tenancier n'a pas un capital ou un crédit suffisant pour garantir le payement de la rente et des avances du propriétaire, celui-ci prélève cette rente par parties proportionnelles sur la récolte de chaque année, de manière que la moyenne arithmétique de ces portions annuelles représente la valeur de la rente. »

Ce mode d'exploitation, très-ancien, est le seul qui puisse êlre suivi dans les localités où la population se partage en propriétaires et en ouvriers, puisqu'il n'exige guère du métager ou colon partiaire que ses bras et ceux de sa famille, et du propriétaire qu'une faible avance de fonds. Mais il présente, pour le possesseur du fonds, de graves inconvénients, notamment l'incertitude de la valeur annuelle

de la rente, les désagréments d'une surveillance indispensable dans le choix des cultures, dans la récolte et le partage des produits, la difficulté de la vente des denrées, l'étendue et la rapidité des oscillations dans les prix, enfin et surtout l'ignorance, l'inertie, l'opposition aux améliorations de la part du métayer. Ce dernier, en effet, redoute toujours les innovations parce qu'il opère d'après un système éprouvé, qui lui est familier, et qu'il sent qu'une expérience malheureuse pourrait le réduire à la misère. D'un autre côté, le propriétaire n'éprouve pas moins de répugnance à faire de nouvelles avances, lorsqu'il s'aperçoit que les capitaux qu'il doit fournir seul profiteront, B en définitive, par moitié à son métayer. Il est donc presque impossible d'introduire des améliorations notables partout où subsiste ce mode imparfait. Aussi le propriétaire du sol doit-il faire tous ses efforts pour passer peu à peu de ce régime à celui des maîtres-valets, de la régie ou du fermage lixe.

IV. Exploitation par location ou fermage. — Dans les pays où la classe agricole dispose de capitaux suffisants, où les méthodes de culture sont avancées, où les récoltes ont des chances positives d'une réussite moyenne dans un temps donné, et trouvent des débouchés toujours ouverts, ce mode est préférable aux précédents, surtout pour les vastes domaines. Associant à la richesse du propriétaire le capital et le talent du fermier, laissant en même temps chacun d'eux libre dans sa sphère propre d'activité, donnant de l'unité à l'exploitation, et stimulant le zèle du fermier, soit en lui imposant l'obligation de s'acquitter à des termes fixes, soit en lui laissant entrevoir dans un accroissement de profits la juste récompense de son industrie, ce système rend la culture plus active, plus perfectible qu'elle ne saurait l'être dans le métayage. Il est donc éminemment favorable aux intérêts véritables de l'agriculture. Il est certain que nos départements du Nord et de l'Est, en France, où les terres sont affermées, sont dans une position agricole bien autrement avantageuse que les régions soumises encore au régime du métayage.

On donne le nom de bail au contrat qui règle la transmission du droit de jouissance d'un domaine. C'est dans les clauses de ce contrat que se concentrent tous les intérêts du propriétaire ou bailleur et du fermier ou preneur; des sages dispositions arrêtées d'un commun accord dépend la fortune de l'un et de l'autre; il est donc nécessaire qu'elles ne soient pas pris» s avec légèreté, et que la réflexion la plus grande préside à la rédaction de l'acte qui doit lier les deux parties pendant un temps plus ou moins long. En général, il ne faut introduire dans un bail que les stipulations indispensables, y omettre • celles qui font double emploi avec les dispositions du Code civil

or,:,

et les usages locaux; il faut aussi que le style en soit clair et précis.

11 y avait autrefois bien des sortes de baux; ceux qui sont généralement adoptés aujourd'hui sont : le bail à ferme et le bail à cheptel. Nous ne parlerons que de ceux-ci.

Bail à ferme. — C'est celui dans lequel le bailleur cède au preneur ou fermier la jouissance d un fonds de terre, à la condition que celuici en payera une rente annuelle et qu'il emploiera ses capitaux, son habileté et son industrie à cultiver les terres en bon père de famille.

La durée de ce bail varie suivant les pays. Dans le Midi, et avec le système de jachères bisannuelles, les baux sont ordinairement de six ans; dans nos départements du Nord, ils sont de six ou neuf ans. Ces périodes sont beaucoup trop courtes, et c'est là un des plus graves obstacles aux progrès de l'agriculture. En effet, on ne peut améliorer sans frais et sans risques, et pour tirer de la terre tous les prolits qu elle peut donner, il faut lui faire, pendant plusieurs années, des avances dont on ne recueillera les fruits que longtemps après.

Si donc le fermier n'est pas assuré par son bail d'avoir le temps de rentrer dans ses frais, et de profiter de toutes les améliorions qu'il aura entreprises, il ne se résoudra à aucun sacrifice; il ne donnera à la terre qu'en proportion de ce qu'il en attend dans une courte période; il ménagera les engrais, ne tentera aucune culture profonde; il ne marnera pas ou ne le fera que très-imparfaitement, et, dans les dernières années de son séjour sur le domaine, il épuisera le sol en le faisant produire outre mesure. Avec des baux de six et neuf ans, le fermier ne peut évidemment pas cultiver en bon père de famille. Il est donc de l'intérêt du propriétaire comme de celui du fermier que les baux soient de longue durée, de vingt à vingt-quatre ans par exemple. Le fermier y gagne, par la perspective de pouvoir tranquillement recueillir le fruit de ses travaux et de ses avances; le propriétaire, par l'amélioration qu'en reçoit le sol et par l'augmentation de valeur de sa propriété.

Le prix du fermage varie essentiellement en raison combinée dé la quantité des produits, subordonnée en grande partie à la nature du sol, du prix de vente de ces produits et des frais nécessaires pour les obtenir; il doit être en rapport exact avec ces différents éléments. Souvent le prix du fermage est exagéré par la concurrence des fermiers entre eux. C'est un très-mauvais système que de louer trop cher, car c'est ôter au preneur une partie de ses moyens d'action, et par conséquent s'exposer à courir les chances dame mauvaise gestion.

Les propriétaires interdisent quelquefois au fermier la faculté de disposer des pailles et des fourrages. Cette clause, toute dans l'intérêt de la terre, peut devenir très-onéreuse aux environs des grandes villes,

ÉCONOMfE AGRICOLE

où le culli valeur trouve, en général, à vendre ses denrées à un prix avantageux, et où il peul se procurer une grande masse d'engrais. C'est au fermier à juger s'il peut ou non supporter ces charges.

(hi impose souvent au preneur l'obligation de ne pas dessoler, c'est-à-dire de ne pas changer Tordre des cultures; on le met ainsi dans l'impossibilité de faire aucune amélioration. C'est là une clause qu'il faut faire disparaître des baux, car elle est contraire aux intérêts des deux parties.

En général, les anciens baux présentent de grands obstacles aux progrès de l'agriculture. Ils contiennent des conditions d'assolement qui, si elles eussent été exécutées strictement depuis un certain nombre d'années, auraient empêché toute espèce de perfectionnement, et qui sont aujourd'hui complètement en opposition avec les principes d'une bonne et judicieuse culture. Certaines stipulations de ces baux sont si peu rationnelles qu'il serait à la fois diflicile et dangereux de les faire exécuter.

Pour porter remède à ce fâcheux état de choses, pour préparer, stimuler, faciliter les substitutions des cultures alternes au vicieux assolement triennal actuel, qui s'oppose à l'introduction des nouveaux et nombreux perfectionnements accueillis par tous les bons agriculteurs, la Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure a rédigé un modèle de bail pour les terres en labour; nous croyons devoir le reproduire ici, parce qu'il nous semble parfaitement combiné dans toutes ses parties et qu'il peut contribuer à faire disparaître les contestations qui s'élèvent entre les propriétaires et les fermiers. C'est un cadre, au reste, que chacun pourra modilier selon les localités.

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