PLANTES FOURRAGERES A RACINES ALIMENTAIRES
dans la terre le même effet que les labours d'été donnés à la jachère : elles les détruisent, et, comme elles reviennent tous les quatre ans sur la même sole, elles nettoient plus complètement le terrain que ne le fait la jachère intermittente employée dans l'assolement triennal avec fourrages.
La division des terres labourées en quatre soles, au lieu de trois, diminue nécessairement rétendue livrée aux céréales, au profit des plantes alimentaires consacrées aux bestiaux. Mais on peut alors, avec la même surface, nourrir un plus grand nombre d'animaux, et, par suite, fumer plus abondamment. Or il en résulte que le rendement des récoltes augmente dans une proportion telle, que les céréales et les fourrages donnent des produits au moins aussi abondants, sur une surface d'un hectare et demi assolé de cette manière, que sur deux hectares soumis à l'assolement triennal avec fourrages. Le bénéfice équivaut donc au produit net en argent de la récolte des racines.
11 y a, par conséquent, un avantage direct et immédiat à cultiver des plantes fourragères à racines alimentaires. Si nous voulions envisager ce sujet d'un point de vue plus élevé, il nous serait facile de démontrer que cette culture intéresse la prospérité générale du pays, et peut inlluer sur l'augmentation et le bien-être de la population. En effet, d une part, les racines provenant de ces récoltes étant placées sous terre, on a beaucoup moins à craindre les intempéries .qui viennent si souvent détruire les céréales et les fourrages proprement dits. D'une autre part, ces racines pouvant servir, à la fois, à la nourriture de l'homme, à 1 engraissement des bestiaux, à la fabrication de matières premières nécessaires à 1 industrie, telles que sucre, fécule, alcool, etc., le cultivateur n'a pas à craindre une surabondance de produits, comme cela peut arriver pour les céréales et les fourrages proprement dits, et il trouve toujours à s'en défaire à un prix avantageux.
Enfin, ces plantes sont les plus aptes à prévenir les disettes. Fournissant une grande masse de substances propres à la nourriture de l'homme, elles peuvent remplacer momentanément les céréales, lorsque la production s'en trouve accidentellement diminuée, et cela, à l'instant même où l'on peut prévoir la rareté de ce dernier aliment, c'est-à-dire à la fin du printemps.
Les espèces de fourrages à racines alimentaires qui peuvent entrer utilement dans la grande culture de notre pays sont les suivantes :
Pomme de terre. Panais. Uiou-navel.
Betterave. Rave. Topinambour.
Carotte. .\avet. Patate.
POMMK DE IKK Ht.
La i>omme de terre (sol mu m tuberowm, L.) (tig. 450) est origi-
Fig. 156. Pomme de terre.
naire des Andes de l'Amérique méridionale; les habitants la cultivent depuis des siècles, sous le nom de papas. Llle fut apportée en Europe par les Espagnols, peu après la conquête du IVrou, et propagée par eux en Italie, dans les Pays-Bas, la Franche-Comté et la Bourgogne, vers le milieu du seiz ème siècle. Si culture se répandit en Allemagne, dès le temps de la domina ion de Charles-Quint; et. à peu près à la même époque, un marchand d'esclaves, John Hawkins, l'introduisit
en Irlande. Lorsqu'on 1623 sir Walter Raleigh rapporta de la Virginie cette plante en Angleterre, elle était déjà bien connue en Espagne et en Italie, où on la nommait tartiifoli, truffe de terre. Suivant de Ilumboldt, elle est cullivée en grand depuis 1684 dans le Lancashire. 1717 en Saxe, 1728 en Écosse, 1738 en Prusse.
Dès 1588, un habitant d'Arras appela pour la première fois, mais inutilement, sur cette plante, l'attention des cultivateurs français. Gaspard Bauhin la préconisa aussi en 1 592, et détermina quelques fermiers des environs de Lyon et des montagnes des Vosges à en tenter la culture; ces essais eurent un plein succès, mais ils furent bientôt abandonnés, le bruit s'étant répandu que ces tubercules constituaient un aliment dangereux. Cependant, vers 1765, on commença à voir paraître ce produit sur quelques tables: ce ne fut, toutefois, que vingt ans plus t;ird que, grâce à la persévérante initiative d'un homme de cœur, I illustre Parmentier, son usage se répandit dans toute la France. Dès 179\ on comptait déjà 55,000 hectares plantés c i pomme de terre; en 1815, ce chiffre s'élevait à 558,965; aujourd'hui, il est de plus d un million.
La pomme de terre est un des végétaux qui rendent le plus de services, soit comme plante alimentaire, soit comme plante industrielle. On l'introduit souvent dans le pain; sa fécule rivalise avec l'amidon des céréales; on la convertit en gomme, en sucre, en esprit-de-vin; on en fait des pâtes de toute espèce, des parements. Des contrées entières, l'Irlande. l'Ecosse, l'Allemagne, l'Alsace, la Lorraine, etc., ont fait de ce tubercule la base de leur alimentation, et, soit cuit, soit cru, il joue depuis cinquante ans un rôle important dans l'engraissement des bestiaux.
L'admission de la pomme de terre dans la grande culture est donc un des faits les plus considérables de 1 agriculture moderne. 11 n'a pas tardé à réagir favorablement sur le bien-être des populations, en empêcha t le retour fréquent de ces famines qui affligeaient périodiquement l'Europe entière, quand les récoltes des céréales venaient à , manquer. Malheureusement, dans certains pays, notamment en Irlande, on a donné à la culture du tubercule qui nous occupe une extension exagérée, en négligeant les autres plantes propres à la nourriture de l'homme; ou a converti en récolte principale ce qui ne devait être qu'un accessoire ou un auxiliaire, et 1 on en a fait l'aliment exclusif du peuple; aussi, quand la production est venue tout à coup à diminuer par suite de la terrible maladie qui, depuis 1&45, a envahi les champs de la sotanée parmenliere, de grands dé astres en sont résultés, et l'on s'est retrouvé dans la même situation qu'aux temps des famines occasionnées par la pénurie des céréales. La culture de la pomme
de terre, comme celle des autres récoltes alimentaires, doit donc être maintenue dans une juste proportion.
La pomme de terre est loin d être aussi nourrissante que le blé; cela tient à ce que la fécule n'y est associée qu'à une très-minime proportion d'albumine ou de principe azoté. Si Ton représente par 100 l'équivalent nutritif de la farine de froment de benne qualité, et celui du froment entier par 107, celui de la farine de pomme de terre sera exprimé par 126, et celui de la pomme de terre entière par 615. Aussi la pomme de terre seule ne peut-elle suffire à une alimentation convenable; il faut lui adjoindre, de toute nécessité, des aliments Irès-azotés, du lait caillé ou du fromage, ainsi qu'on le pratique en Alsace et dans l'Amérique méridionale, ou de la viande, comme dan* la Grande-Bretagne.
Voici, d'après M. Boussin^ault, la composition immédiate, en moyenne, du tubercule :
Tubercule frais. Tubercule séclié à 110».
Eau 7o,9 »
Albumine 2.ô 0,G
Matières grasses 0,2 0,K
Ligneux et cellulose 0,4 1.7
Substances salines 1,0 1,1
Amidon et corps analogues .' . 20.2 H.>,K
L'analyse a donné, pour la composition élémentaire :
Tubercule Tubercule
desséché à 110" à l'étal normal.
Carbone 44,0 10,60
Hydrogène r>,8 1,40
Oxygène 44,7 10,7 i
Azote i,:; o,3< ;
Matières salines 4,0 1,00
Kau » 7:i,00
Suivant Yogel, les cendres de pomme de terre renferment 15,7 pour 100 de matières insolubles dans l'eau, et 28,5 pour 100 de matières solubles. Les matières insolubles sont des phosphates et des carbonates* de chaux et de magnésie, avec des traces de phosphates d'alumine et de peroxyde de fer. Les matières solubles consistent surtout en carbonates, sulfates et phosphates alcalins, mêlés de quelques traces de chlorures métalliques. La totalité de l'acide phosphorique
est do 5,55 pour 100, et colle de l'acide sulfurique de 6,93 pour 100. Suivant le chimiste bavarois, il n'y aurait pas de silice, et la soude remporterait constamment sur la potasse de 1 pour 100. M. Bous singault à obtenu des résultats, différents, car il indique dans ces cendres de la silice et une proportion très-forte de potasse, contre quelques traces seulement de soude. Les analyse* de Vauquelin et de Payen signalent aussi des sels de potasse, de chaux et de magnésie, sans aucune mention de soude.
Variétés. — La pomme de terre a donné naissance à une grande quantité de variétés; le nombre s en élève aujourd'hui à plus de deux cents. Pour aider les recherches au milieu de ce dédale, il était indispensable de créer une classification simple et qui permit aux cultivateurs des diverses localités de pouvoir se comprendre. Déjà quelques essais ont été tentés dans ce sens; Vilmorin a adopté, pour la collection de la Société impériale et centrale d agriculture, une classification basée sur les qualités des tubercu'es; le professeur Philippart avait pr posé de les grouper en prenant comme caractère essentiel leur couleur, et, subsidiairement, leur forme. Ces deux modes de division ne nous paraissant pas atteindre le but complètement, nous avons songé, en IS.ïO', à proposer une nouvelle classification ainsi établie 2 :
PREMIÈRE CLASSE. — LES PATRAQl'KS OU ROMiK«.
Tubercules généralement arrondis, offrant des yeux nombreux el apparents, comme la Patraque jaune ou YOx-noble (fig. 437 ".)
l'itKMiKn niim-PK. — Tubercules blancs.
t Collection de Grignon. Pomme de terre Patraque blanche premières façons. .) envoyée d'Écosse; classée n Cri gnou
I dans les rondes jaunes.
Recueil des travaux de la Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure, années 1839 et 1841; Mémoires sur la pomme de terre, par MM. Ch ardin et Du Hreuil.
a Nous avons imposé un nom particulier a chacune de nos classes, prenant pour chacune d'elles un type bien connu, et auquel il fût facile de rapporter toutes les variétés qui ont une certaine analogie dans les caractères extérieurs. De là les dénominations génériques de patraques, de parmentieres, et de riteloftes, qui rappellent très-bien une forme distincte de tubercules. Dans chaque classe nous créons plusieurs groupes d'après la couleur, et, pour distinguer chaque variété, nous lui conservons le n«»m qu'elle a primitivement reçu lors de sa découverte ou de son introduction en France. Nous donnons ici h tableau de celle classification. Nous y avons réparti seulement les quelques variétés dont nous anions à pailer plus loin; unis il sera facile d'y faire rentrer toutes les variétés que I on connaît aujourd'hui.
3 Nous devons ces figures, ainsi que celles du plus grand nombre des racines
delx êue groupe. — Tubercules jaunes.
Patraque jaune première Wellington.
Patraque jaune premiers champions.
Collection de Grignon. Envoyée d'Écosse.
Collection de Grignon. Envoyée d'Écosse.
Indiquée dans le catalogue de la Société impériale de 1840, sous le nom de C tampion Itâlire.
Patraque jaune d'août { C°"^ impériale .Venant
Collection de la Société impériale. Noblc-
Pa traque jaune ox-noble fig. I").
! btruf de Grignon, venant d'Ecosse.
Fig. 4ô7. Palraqus jaune ox-noble.
Patraque jaune première llopson. . .
>atnlerson
— ~~* Shaw
Patraque jaune mailloche ;
Patraque jaune fruit-pain (fig. 4!>8 . . .<
Patraque jaune américaine hâtive élevée.,
Patraque jaune œil violet ou reinette fflg. 43!P \
Fig. 438 Pal raque jaune fnnt-paia.
Collection de Grignon. Envoyée d'Écosse.
Collection de Grignon. Envoyée d'Ecosse.
Collection de la société impériale.
Collection de Grignon, où elle es[ classée dans les ohlongues jaunes.
Collection de la ociélé impériale, 1840. Indiquée dans le catalogue de Grignon, sous le nom de Fruit du pain.
Collection de la Société impériale, 1844). Connue a Grignon sous le nom de la Grande hâtive américaine, venant d'Ecosse.
Collection de la Société impériale, 1810 Hangée dans les violettes rondes.
troisième croupe. — Tubercules roses.
Patraque rose Descroizilles (fig. 440).
Collection de la Société impériale, 1840. Rangée dans les blanches rosées rondes.
fourragères qui vont suivre, à l'obligeance de Vilmorin fils, qui nous mit à même de les Taire dessiner d'après nature, et qui a bien voulu aussi mettre a notre disposition la magnifique collection de dessins de plantes agricoles qu'il a fait exécuter.
m LA POMME DR TERRE.
Fig. 459. Pal raque jaune œil violet ou reinette.
Patraque rose divergente ou brugeoise.
Patraque rose de Rohan fig. 441). . .
Patraque rose de Rohan hâtive. . . . .
Fig. 440-. Patraque rose bescroizilles.
Collection de la Société impériale, 1810. Rangée dans les blanches rosées rondes.
Dans le catalogue de 1840 de la Société impériale, celte variété est confondue avec la Sommrlier. Nos expériences nous ont prouvé qu'elles sont différentes.
Cette variété est cultivée à Rouen par
i cet le \ II. G
rainville, grainier.
Pîg. 411. Patraque rose de Rohan.
Patraque rose dite Patraque blanche,
Patraque, rose prime rouge.
Patraque rose jaune.
Collpction de la Société impériale. Nommée 1 a G ro * M blanch e com mune. dite Patraque blanche (halle de Paris). Rangée dans les blanches rosées rondes.
Collection de la Société impériale, 1840. Hantée dans les rouges rondes.
Collection de la >ociélé impériale, 181a. Désignée sous le nom de la tiose jaune venue de l'Escaut sous le nom de Houge hâtive.
quatrième groupe. — Tubercules rouges.
Nous n'avons pas eu à nous occuper des variétés de ce groupe.
cinquième croupe. — Tubercules violets Patraque violette de Lankman ou de
Chandernagor.
Collection de la Société impériale, 1840.
DEUXIÈME CLASSE. — LES PARMENTIÈRES OU CYM.NDIHQrES APLATIES.
Tubercules allongés, aplatis, munis d'yeux peu nombreux et peu apparents, comme la parmentiére ordinaire mi le Cornichon fronça''* (fig. 143).
Ftpr. 412. Parmentiére jaune kyilney lisse hâtive on Marjolin.
premier croupe. — Tubercules blancs.
iNous n'avons pas eu à nous occuper de ce groupe.
deuxième groupe. — Tubercules jaunes.
Parmentiére jaune Kidney lisse hfttivei Collection de la Société impéria le, 1840
on Marjolin (fi g. 412). .
Rangée dan* les jaunes longues lisses.
Fig. 413. Parmenlitrc rose cornichon français.
troisième r.itoi ru. — Tubercules roses.
Parmentiére rose cornichon français! Collection de la Société impériale, 1840. (flg. 445) I Rangée dans les rouges longues lis«es.
quatrième CRoi PF. — Tube: culcs rouges. Nous n'avons pas eu a nous occuper des variétés de ce groupe.
cinquième croupe. — Tubercules v olets.
Tarmentiére violette dile précieuse] r<ol,ection ,,P r.rignon. rouge I
I)K Ih POMME DE TERRE