‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 37 sur 167 · HT · texte numérisé non relu

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Fig. 499. Première opération.

mence en lignes, à l'aide du rayonneur, pour ouvrir les sillons, et du semoir à brouette pour répandre la graine; puis on recouvre celle-ci en faisant passer une herse formée de branches d épines, et l'on termine par un roulage, si le sol est léger. Lorsqu'on en peut faire la dépense, il est plus prompt et plus économique d'employer un semoir qui, comme le semoir Hugues, ouvre tout à la fois les petits sillons, y répand la semence et la recouvre. Dans tous les cas, les sillons devront être placés à 0*50 les uns des autres.

En Angleterre, on procède autrement. Profitant de l'avidité des raves pour les engrais et du peu >* d'extension latérale de leurs racines, les cultivateurs réunissent toute la fumure immédiatement au-dessous des lignes de plantes.

Après la préparation du sol, et au moment même de l'ensemencement , ils font passer sur le champ une forte charrue à double versoir qui divise la surface en petits billons placés à 0m6i les uns des autres (0g. 499).

Lorsqu'une certaine étendue du terrain est ainsi préparée, une par-

Fig. 500. Deuxième opération.

Fi g. SOI. Troisième opération.

Fig. 502. Quatrième opération.

tie des attelages amène le fumier dans des chariots dont la voie est telle que les chevaux marchent dans le sillon A et les deux roues dans les sillons B. Tandis que le chariot chemine ainsi lentement, on fait tomber le fumier dans le sillon du milieu, puis une femme le distribue immédiatement dans les trois sillons parcourus par le chariot. Le terrain fumé représente alors la coupe suivante (fig. 500). Pour recouvrir de terre les sillons remplis de fumier, les charrues

à double versoir, recoupant par la moitié les premiers billons 1, 2, 3, 4, déversent la terre sur le fumier et donnent au terrain la coupp de la figure 501 .

Quand le sol est ainsi disposé, on fait passer un léger rouleau sur

les billons, parallèlement à leur longueur. Ce rouleau a une longueur suffisante pour opérer à la fois sur quatre billons.

Ces billons présentent alors l'aspect de la figure 508. C'e>t à leur soi muet qu'on répand la graine à l'aide d'un semoir. On se sert pour cela, en Angleterre, d'un semoir spécial qui donne aux billons la forme de la figure 502, ouvre à la fois les petits sillons destinés à recevoir les graines, y répand cellesci et les recouvre.

Fig. 503. Vlan du semoir pour les rai es. r

Ce semoir se compose

1° d'un bâtis en bois et de deux brancards (fig. 505 à 508); 2° d'un

Fig. 504. Vue en perspective du semoir. rouleau by qui supporte la machine et qui marche le premier pour

DES RAVES

aplatir le sommet des bi lions. Les trois renflements \ , 1 , \ , roulent dans les sillons. Le rouleau b, en tournant, communique son mouvement aux semoirs placés dans l'intérieur du coffre, au moyen de la bielle latérale ; 3° de deux socs creux en ferc, qui ouvrent les sillons où ils déposent la graine; 4° de deux rouleaux postérieurs dt qui marchent immédiatement derrière les socs et qui recouvrent de terre la graine qui a été déposée par les socs. L'axe en fer qui porte ces rouleaux est mobile, au moyen du bras % fixé à charnière sur le montant du bâtis, de sorte que cet axe s'élève ou s'abaisse suivant les inégalités du terrain; 5° d'un coffre sans fond a, qui renferme des semoirs e, pour laisser échapper la graine, et des cornets /; pour la recevoir et

Fig. 505. Coupe transversale du semoir.

Fig. 50(). Coupe hiujUudinale du semoir.

Fig. 507. Un des cornets qui enveloppent les semoirs.

la diriger dans les socs c, qui doivent la déposer en terre. Ce coffre ne sert qu'à préserver les semoirs de la pluie.

Les semoirs e sont en fer-blanc, à huit faces , percés d'un ou de deux .trous sur chaque face, pour laisser échapper la graine. Ils s'ouvrent sur une des faces par une petite porte à coulisse, par laquelle on introduit la graine. La figure 506 montre un de ces semoirs emboîté F,g* 508 Senmr tsolé' dans son cornet. Les cornets (fig. 507) sont en fer-blanc comme les

semoirs qu'ils emboîtent; leur base est engagée dans une pièce de bois percée et à laquelle s'adapte, de l'autre côté, le soc creux.

Quel que soit le mode d'ensemencement que Ton adoptera, on choisira, pour l'effectuer, le moment où la terre n'est pas trop sèche, ou bien celui qui précède la pluie, afin que la germination des graines se fasse promptement.

- On emploie environ 2 kil. de semence par hectare.

Soin* d'entretien. — Aussitôt que les jeunes plantes sont sorties de terre, et qu'elles offrent deux feuilles un peu larges, on pratique le premier binage avec la houe à cheval, pour ameublir la surface du sol et détruire les plantes nuisibles. Mais, comme cet instrument ne peut opérer sur les lignes mêmes, des femmes munies d'une petite houe à main dont le fer est large d'environ 0m16, suivent chacune une ligne de plantes, et, d'un coup donné à travers la rangée, elles enlèvent tout ce qui est compris dans l'espace embrassé par la largeur delà houe. Entre chaque espace ainsi nettoyé il reste une petite touffe de raves; les femmes l'éclaircissent à la main, et ne laissent que le pied le plus vigoureux. Suivant que la variété cultivée prend plus ou moins de développement, l'espace que l'on réserve ainsi entre chaque plante varie entre 0m30 et 0m40.

Quelque temps après cette seconde façon, on en donne une troisième avec la houe à cheval; puis une quatrième, lorsque la croissance des plantes nuisibles ou la dureté de la surface du sol la rendent nécessaire. Dès que les feuilles couvrent presque entièrement le sol, les façons d'entretien ne sont plus nécessaires, et l'on abandonne ces plantes à elles-mêmes jusqu'au moment de la récolte.

C'est surtout comme récolte intercalaire entre deux récoltes principales que la culture des raves est répandue en France; elle donne ainsi un bénéfice net d'autant plus élevé qu'elle n'est pas chargée de certains frais que supportent les récoltes principales. Ces raves, ainsi cultivées, sont d'ailleurs de meilleure qualité que les autres; elles sont plus nourrissantes, et, comme elles sont plus robustes, elles se conservent mieux pendant l'hiver.

Place dans la rotation. — C'est après l'enlèvement des récoltes précoces, et particulièrement des céréales, qu'on place la culture intercalaire des raves.

Préparation du sol. Après avoir renversé le chaume des céréales

Culture des raves comme récolte intercalaire.

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par un premier labour, on donne un hersage énergique, puis on roule, et Ton herse de nouveau; on ramasse ensuite le chaume et les racines des mauvaises herbes, on les brûle sur place et I on en répand la cendre. Si le sol est un peu argileux, on laboure une seconde fois, et Ton herse.

Semaille. Quand le sol est préparé, on répand immédiatement la semence à la volée, on la recouvre légèrement à la herse, puis on roule si le sol est léger. Cet ensemencement peut être retardé jusqu'au milieu d'août, mais Ton choisit toujours un temps humide ou qui précède la pluie. On emploie environ trois kilogr. de semence par hectare.

Soins d'entretien. Si le sol a besoin d'être fumé, on répand des engrais liquides aussitôt que les jeunes plantes ont développé quatre à six feuilles. Si Ton ne pouvait disposer de celte sorte d'engrais, on les remplacerait par des fumiers qu'on apporterait, avant le premier labour si Ton n'en donne qu'un, ou avant le second si Ton en donne deux.

Lorsque les feuilles des raves ont atteint la longueur de la main, on lierse le plus énergiquement possible, sans se préoccuper de déraciner plus ou moins quelques plantes. Cette opération détruit les herbes nuisibles, éclaircit les raves trop rapprochées et ameublit la surface du sol ; elle équivaut à un binage qu'il faudrait donner à la main et qui serait bien plus coûteux. Après huit ou dix jours, on herse de nouveau, aussi énergiquement que la première fois, mais dans le sens opposé, puis une troisième fois, huit jours après, et Ton abandonne la récolte à elle-même.

Cette sorte de binage au moyen de la herse est le procédé habituellement usité en Allemagne. Dans l'Alsace, on le remplace par un binage à la main, après lequel les raves, presque entièrement mises à nu, ne sont plus fixées au sol que par la base de leur racine au fond d'une petite cuvette où le vent les roule pendant les premiers jours. On détruit par la même opération les plantes nuisibles et les raves superflues, de manière à réserver un espace de 0m55 environ entre les plantes conservées. La terre qu'on extrait des cuvettes est réunie en petites buttes entre les plantes.

Culture dérobée. — Les raves peuvent aussi être cultivées comme récolte dérobée. Dans les départements de l'Ouest, où ce mode de culture est usité, on les sème avec le sarrasin; elles germent et font peu de progrès jusqu'à l'époque où le sarrasin leur cède la place ; mais, à ce moment, on leur donne un binage à la main pour les éclaircir, et elles prennent bientôt leur développement habituel.

Inftectet nuiiiblei. — La rave est exposée, pendant sa jeunesse, à

plusieurs accidents déterminés par divers animaux ; les limaces d'abord, les larves d'un petit papillon (le piéride du chou), puis celles d'une espèce de tenlhrède, la dévorent entièrement; mais son ennemi le plus redoutable est incontestablement Yallise bleue, nommé vulgairement liquet ou puce de terre ( altica olcracea, (ieof. ), dont nous donnons ici une figure grossie ( fig. 509 ).

Les limaces, les larves de papillons et autres peuvent être détruites avec assez de succès en faisant passer sur le cbamp attaqué un rouleau très-pesant, le rouleau Croskyll ; mais les divers moyens dr destruction proposés jusqu'à présent pour l'altise n'ont donné que dos résultats" incoin- Fig. SÛ0. Muse bleue Toutefois, comme il paraît démontré que

orosxie. jnsecl(i fixe ses œufs sur jes grai,îes mûres et

qu'on le propage en semant ces graines, on a essayé de soumettre celles-ci à une sorte de chaulage avant- leur ensemencement. En Belgique, on a employé une forte saumure qui a, dit-on, donné de trèsbons résultats.

Récolte. — Époque de maturité. La consommation des raves semées en juin peut commencer en octobre ; elles ont alors acquis leur développement complet ; celles semées en juillet et août ne doivent être récoltées qu'en novembre.

Trois procédés sont suivis pour récolter et utiliser les raves. Le premier consiste à les faire consommer sur place par les bestiaux pendant tout l'hiver ; il est surtout usité en Angleterre, où le froid peu intense et la clôture des champs permettent de l'employer sans inconvénient. On commence par faire manger les feuilles, puis on arrache autant de rangées de raves qu'il est nécessaire pour la nourriture ournalière des animaux; on entoure la place avec des claies, et Ton y enferme les bestiaux. Comme ceux-ci ne trouvent que la quantité suffisante pour leur consommation, tout est mangé, el il n'y a pas de perte. On recommence cette opération tous les jours, jusqu'à ce que la récolte du cbamp soit consommée. D'autres fois, les navels sont Successivement arrachés et transportés sur d'autres champs que l'on désire fumer ; on les y répartit également et l'on y parque les bestiaux ; lorsqu'un champ est suffisamment engraissé, on passe à un autre, et ainsi de suite pendant tout l'hiver, tant qu'il reste des raves à consommer. On ne donne aux bestiaux engraissés par ce procédé qu'un peu de paille d'orge pour leur servir de litière pendant la nuit.

C'est là incontestablement la meilleure manière de tirer parti de cette nourriture, puisqu'on évite ainsi les frais d'emmagasinage et le

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transport des engrais ; mais il faut pour cela le climat peu rigoureux de l'Angleterre.

Le deuxième mode est, en quelque sorte, un procédé mixte. Il consiste à enlever trois ou quatre rangées de raves que I on porte à la ferme, et à laisser successivement le même nombre de lignes en terre, de manière que le champ tout entier, quoique dépourvu de navets sur la moitié de sa surface, puisse servir successivement de parc aux animaux, et profite également des engrais que ceux-ci y répandent. Cette pratique est également usitée en Angleterre.

Le troisième mode consiste à récolter la totalité des racines et à les . emmagasiner pour les faire consommer au fur et à mesure du besoin; c'est le procédé le plus généralement appliqué dans les contrées où l'hiver est trop rigoureux pour qu'on abandonne les bestiaux en plein air. Lorsque cependant on manque de place pour emmagasiner toute la récolte, on en laisse une partie en terre ; mais seulement dans le cas où les plantes ont été semées en lignes. A cet effet, on arrache trois lignes de racines et on en laisse alternativement trois non arrachées ; puis, dès que la gelée commence, on couvre celles-ci de terre (pie Ton renverse à l'aide de la charrue. Ainsi recouvertes, les raves peuvent attendre sans souffrir jusqu'au printemps. Quant aux feuilles des raves que l'on enlève pour les conserver, elles sont un excellent fourrage que. l'on fait consommer sur place avant ou après la déplantation.

Arrachage. Les raves cultivées en lignes sont très-facilement et très-promptement arrachées à la charrue ; celles qui ont été semées à la volée exigent l'emploi de la fourche.

Rendement. — Le produit des raves varie suivant l'époque de leur ensemencement et le mode de culture. Pour les raves cultivées en lignes comme récolte principale, le rendement moyen peut s'élever,en France, à 30,000 kil. Il n'est que de 15,000 kil. pour les raves cultivées comme récolte intercalaire.

D'après nos expériences, la production des feuilles égale environ les deux cinquièmes du poids des racines, soit 40 pour 100.

COMPTE DE CULTURE D'UN HECTARE DE RAVES CULTIVEES COMME RECOLTE PRINCIPALE AU DÉBUT DE LA ROTATION.

DÉPENSE

Un labour de défoncement avant l'hiver, à 0-30 de pro-

fondeur 80 f. » r.

l'n labour ordinaire au printemps 22 »

Un hersage 2 00

Un roulage 2

A rêporter lOfif.CO

h20 ART AGRICOLE.

Report 106f.60

Un hersage 2 fO

Ramasser les racines traçantes avec le râteau G •

Un trait de scarificateur 0 •

Un roulaKe 2 »

Un hersage 2 60

Un labour pour enterrer le fumier 22 »

Un hersage 2 60

Semence, 2 kil. à ô fr. le kil 6 »

Rayonner le terrain pour l'ensemencement 2 60

Répandre les graines au semoir à brouette i »

Un hersage pour recouvrir la semence 2 60

Un roulage 2 »

Un binage à la houe à cheval 5 ■

l'n binage à la houe à main pour éclaircir les plantes. 14 »

Deux binages à la houe à cheval 10 •

Arrachage des racines à la charrue 10 »

Effeuillage 20 •

Transport et emmagasinage des racines 20 •

40,000 kil. de fumier, à 10 fr. les 1000 kil., y compris les frais de transport et d'épandage, 400 fr. La moitié de cette somme à la charge des raves 200 »

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 10 »

Loyer de la terre 70 »

Frais généraux d'exploitation 20 •

Intérêt pendant un an, à "> pour 100, des frais ci -dessus. 27 18

Total 570 f. 78 c.

PRODUIT

42,000 kil. de racines et feuilles équivalant à 9240 kil. de foin sec, h 71 fr. 50 c. les 1000 kil 660 f. 60 c.

BALAHCK.

Produit 660 f. 60 c.

Dépense 570 78

Bénéfice net 89 f. 82 c.

16 pour 100 du capital employé.

Ce résultat montre que la culture de la rave comme récolte principale n'est pas sans avantage lorsqu'elle échappe aux causes d'insuccès qui la ruinent souvent. Mais ce bénéfice serait bien plus élevé si le climat permettait, comme en Angleterre, de faire consommer le produit sur place ; car cette récolte n'aurait à supporter aucun des trais d'effeuillage, de transport et d'emmagasinage des racines, de transport et d'épandage du fumier, etc.

DU CHOIJ-NAVKT. 121

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