‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 45 sur 167 · INTERCALAIRE · texte numérisé non relu

INTERCALAIRE

Un labour ordinaire 22 f. » c.

Un hersage 2 60

Semence, 5 kil. à 3 fr. le kil 9 »

Répandre la semence à la volée. • . 1 »

Un hersage 2 60

Lu roulage 2 »

Un binage à la houe à main 50 »

Arrachage de.s racines à la fourche 25

Effeuillage 12 -

Transport 6 »

30,000 kil. de fumier, à 10 fr. les 1000 kil., y compris les frais de transport et de répartition, 300 fr.; le sixième de cette somme à la charge des navets . . 50 » Intérêt pendant un an du prix de la fumure non absorbée 12 50

Intérêt pendant six mois, à 5 pour 100 des frais cidessus A 71

Total 179f.41c.

PnODDIT.

8000 kil. de navets, à 40 fr. les 1000 kil 320 f. »

IIAI.AXCK.

Produit 320 f. » c.

Dépense 179 4!

BénéHcenet 140 f. M) c.

Environ 80 pour 100 du capital employé.

Le topinambour ou poire de terre (kelianthus tuberosus) (fig. 519), originaire des parties les plus septentrionales du Mexique, est connu en Europe depuis plus de deux siècles, et sa culture s'y est établie longtemps avant celle de la pomme de terre. Toutefois, malgré les efforts que firent successivement Arthur Young, en Angleterre, Yvart, en France, Schweiz et Kade, en Prusse, pour préconiser cette utile récolte, sa culture est restée confinée sur quelques points de la Franc»',

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AHT AGRICOLE.

notamment en Alsace, où son introduction date de 1823. Mais la maladie qui n'a cessé d'attaquer la pomme de terre, depuis quelques années, a appelé de nouveau l'attention des agronomes sur le topinambour; il est devenu l'objet d'essais multipliés sur différents points

de la France, et nous ne doutons pas que, cette plante étant mieux étudiée, et les services qu'elle peut rendre plus appréciés, elle ne fasse partie des récoltes habituelles de toutes les exploitations.

En effet, le topinambour donne des produits abondants même dans les sols médiocres; il n'épuise pas la terre; il se perpétue pendant un grand nombre d'années sur le même sol, n'exige que peu de frais; il ne t raint pas la gelée, et l'on peut le laisser en terre et ne l'arracher qu'à mesure des besoins; il n'est attaqué par aucun insecte, n'est sujet à aucune maladie; enfin, il offre une nourriture à peu près aussi riche que celle de la pomme de terre.

Deux parties de la plante peuvent être utilisées : les tubercules et la tige.

Les tubercules sont considérés, en Alsace, comme une excellente nourriture pour les vaches laitières, auxquelles on les donne presque toujours associés avec les betteraves, les pommes de terre et des fourrages secs. On en nourrit également les chevaux, qui s'en trouvent très-bien; la ration journalière est de 10 litres joints à une certaine quantité de fourrage sec. Les moutons s'accommodent aussi de cette racine unie à Ja nourriture sèche ; on peut la leur donner dans la proportion de 1 hectolitre par jour, pour 120 têtes. Toutefois, il est utile d'y ajouter une petite quantité de sel.

Les porcs refusent d'abord ces mêmes tubercules, mais ils finissent par s'y habituer et en deviennent si avides, qu'ils fouillent la terre pour les en extraire. Les topinambours seront d autant plus sains pour les bestiaux, qu'on les aura plus récemment réroltés.

Les //^présentent une utilité presque aussi grande, et c'est là un avantage que n'offre pas la pomme de terre. On les emploie vertes

Fig. 519. Topinambour.

ou sèches. Quoique la récolte de ces tiges, faite au commencement de septembre, puisse diminuer d'un tiers la croissance des tubercules, le fourrage qu'on en obtient peut avoir, à cette époque où Ton commence à mauquer de nourriture verte, une valeur telle, qu'elle compense largement la diminution de tubercules.

D'après les expériences de Schwerz, 100 kilogrammes de tiges vertes égalent, quant à la qualité nutritive, 51 kilog. 25 de foin sec. Dans tous les cas, elles sont données aux bestiaux en mélange avec d autres herbes; elles augmentent ainsi en valeur, et rendent les herbes d'automne plus nourrissantes en leur fournissant plus de consistance. Thaër les conseille surtout pour les moutons.

Il est bien clair que lorsqu'on peut se dispenser de couper en vert les tiges du topinambour, il y a avantage à laisser prendre aux tubercules tout leur développement. On emploie alors les tiges en sec. Klles fournissent, dans cet état, un bon fourrage que tous les bestiaux mangent volontiers. Quoiqu'il semble plus approprié aux chevaux et aux moutons, il convient cependant aussi aux hôtes à cornes.

Il ne faut pas s'inquiéter «le la couleur noire que prennent les feuilles en se desséchant; lorsque cette teinte n'est pas le résultat d'une dessiccation prématurée, elle ne nuit pa^ plus à leur qualité qu'une sorte dVffloreseence blanchâtre qui se montre à leur surface, et ressemhle à une moisissure.

Enfin, les tiges de topinambour ont, comme combustible, une valeur que ne peuvent avoir celles d'aucun autre produit de la culture des champs. Quand on les destine à cet emploi, on les laisse sur pied jusqu'à ce que la dessiccation soit devenue complète. Pour les rentrer et s'en servir plus commodément, on les coupe par le milieu, et Ton en fait des fagots. Ce combustible est surtout trèsconvenable pour chauffer les fours.

M. Boussingault a essayé de faire entrer les tiges sèches du topinambour dans la litière des porcs; la moelle, qui en forme la plus grande partie, absorbe une grande quantité de déjections liquides. Fig. 520. Topinambour à tubercules rouges.

Espèces et variétés. — On 110

cultive qu'une seule espèce de topinamboui ; la figure .V20 en montre un tubereule détacbé. Vilmorin fils a semé les graines de cette plante dans l'espoir d'en obtenir de nouvelles variétés préférables à l'ancienne, surtout au point de vue de la précocité. Ses essais lui ont

rouges.

donné une variété à tubercules jaillis ( fig. 521 ),

mais qui ne paraît p;i> différer, par ses qualités, de celle à tubercules

Fig. 521. Topinambour à tubercule? jaunes.

Composition 'chimique. | — D'après les analyses de MM. rayon, Poinsot et Fery, les tubercules de topinambour contiennent, sur 100 parties, les substances suivantes

Eau 76,04

Glucose et autres matines sucrées 14,70

Albumine et deux autres matières azotées 5,12

Cellulose 1,50

Inuline 1,86

Acide pectique , 0,92

Pectine 0,37

Matières grasses et traces d'huile essentielle , 0,20

Matière colorante violette sous l'épiderme . traces

| Phosphates de chaux, de mapnésie, de potasse, \ . ! sulfate de potasse, chlorure de potassium, I s*j citrate et malatede potasse, malate de chaux, / 1 i traces de soude )

Les proportions d'eau et de matière sècbe varient notablement suivant les climats et les sols, ainsi qu'on peut le voir par les chiffres suivants indiqués par divers auteurs :

Eau.

77,05 Braconnot.

79,30 Doussingault.

80,25 J. Girardin et Du Breuil.

80,50 Id.

79,50 Id.

76,04 Payen, Poinsot et Fery.

Le terrain de Grenelle était sablonneux et de médiocre fertilité, il avait reçu du phosphate ammoniaco-magnésien, qui s était montré trèsfavorable au développement des topinambours.

La matière sèche offre aussi des différences assez grandes; M. Boussingault donne pour la composition élémentaire des tubercules secs :

Carbone 43,02

Hydrogène 5,91

Oxygène 43,56

Azote 1,57

Cendres 5,94

M. Payen a trouvé, de son côté, dans 100 parties de topinambour desséché, -2,16 d'azote; c'est plus du double de ce que Ton obtient de la pomme de terre desséchée, un peu plus que n'en contiennent les fruits des céréales, y compris le froment.

M. Boussingault a trouvé dans les tiges sèches de topinambour :

Carbone 45,66

Hydrogène 5,43

Oxygène 45,74

Azote 0.43

Cendres 2,70

Climat et toi. — l)e toutes les plantes propres à l'alimentation, le topinambour est incontestablement Tune des moins exigeantes au point de vue du climat et de la nature du sol.

Quant au climat, il s'accommode également de celui des diverses régions de notre territoire. Il supporte, sous terre, un degré de froid auquel ne résiste aucune de nos plantes tul)erculeuses, mais l'excès d'humidité le fait périr. 11 lutte aussi avec facilité contre une séche-

Matière sèche.

Topinambours des environs de Nancy. . 22,95

— d'Alsace 20,70

[ Sable d'alluvion. . 19,:5

. „ I Sable tourbeux. . 19,50

— de Normandie. Argile 20 m

\ Calcaire 18,70

— .de Grenelle, près Paris 23,96

resse intense. On voit, à la vérité, ses feuilles se faner, mais elles résistent, et la nuit suffit pour les rafraîchir et les relever.

A l'exception des marais, toutes les stations et toutes les terres sont bonnes pour le topinambour, depuis les meilleures terres à blé, jusqu'au sable graveleux le plus aride, jusqu'au sol calcaire le plus stérile.

Les essais que nous avons faits sur le rendement comparé des diverses sortes de racines, dans les principales natures de terre, nous ont donné comme résultat pour le topinambour :

Sable d'alluvion 20 kilog. 868 de tubercules.

Sable tourbeux très-sec 26 768

Argile sableuse 22 568

Terre calcaire 18 9<>8

Ces produits nous ont été fournis par 8 tul)ercules pesant chacun environ 60 grammes.

D'où il suit que ce sont les terrains secs et légers qui conviennent surtout à cette plante.

Place dans 1* rotation. — La difficulté que Ton éprouve à détruire complètement le topinambour, dans le sol où on Ta cultivé, a engagé le plus grand nombre des cultivateurs de FAlsace à ne pas le faire entrer dans les assolements réguliers.

Us lui consacrent, pour un certain nombre d'années, un terrain spécial, comme on le fait pour les prairies artificielles de longue durée (luzerne, sainfoin), avec lesquelles on pourrait le faire alterner.

Si, cependant, on voulait faire entrer cette récolte dans un assolement régulier, voici, d'après Yvart, la meilleure rotation: Vannée: topinambour, après labour et entrais; 26 année : céréale de printemps avec prairie artificielle. Dans les labours et hersages, on ramasse soigneusement les tubercules et racines de topinambour qui ont échappé; plus tard, il est indispensable de détruire les nouvelles pousses à l'échardonnette; 3* année : prairie artificielle; 4' année : céréale d'hiver Schwerz préfère placer, après les topinambours, une récolte de vesce mélangée de trèfle.

Amendements et engrais. — Plus rustique et moins exigeant que les autres plantes à racines alimentaires, le topinambour s'accommode de tous les engrais, et, comme il a le grand avantage de puiser une partie de son azote dans l'air, on peut dire que c'est un des végétaux qui produisent le plus eu consommant le moins d'engrais, et en nécessitant le moins de frais de culture. L'Alsacien Kade a vu le même terrain produire chaque année, pendant trente ans, une récolte pas-

sable de tiges et de tubercules de cette plante, bien que ce terrain n'eût reçu depuis longtemps ni soins ni engrais. Toutefois, si Ton veut en obtenir de bons produits, tant en feuilles et tiges qu'en tubercules, il est utile de fumer et de replanter tous les ans ou au moins tous les deux ans.

Lorsqu'on plante des tubercules à la main, comme en Alsace, en faisant une fosse pour chacun, on dépose la quantité de fumier destinée à chaque fosse, et on la recouvre, soit avec le pied, soit avec la houe. M. Dujonehay, propriétaire de l'Allier, qui cultive beaucoup le topinambour, emploie le fumier de ferme court, l'engrais et le terreau Jauffret, les chiffons de laine et le tourteau, dans tous les sols, et, dans les terrains argilo-siliceux, les cendres lessivées ou charrées. On met une forte poignée de fumier consommé, d'engrais ou de terreau Jauffret, ou de charrée sur chaque tubercule, mais pour les tourteaux et les chiffons, la proportion est bien différente. Un kilogramme de chiffons hachés fume très-convenablement vingt-quatre à trente plants; ce qui fait à peu près 40 grammes par tubercule. Le chiffon se place dessus/ le tourteau se met ji côté, au moyen d'une petite mesure en fer-blanc un peu plus grande qu'un éteignoir et ayant la même forme; elle. contient de 24 à 25 grammes de tourteaux.

A Béchelbronn, chez M. Boussingault, on fume les topinambours tous les deux ans, avec vingt-cinq voitures de fumier par hectare, ou 45,450 kilogrammes. On voit, dans le tableau suivant, le rapport qui existe entre la quantité de matière organique enfouie dans le sol comme engrais, et la quantité de la même matière qui se retrouve dans les produit* récoltés .

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