‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 48 sur 167 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

PUntet propret eux prairies artificielles. — Les prairies artificielles sont des surfaces couvertes de plantes destinées à être fauchées ou à être pâturées sur place; on les forme au moyen de semis d'espèces particulières, cultivées soit isolément, soit plusieurs ensemble, et qui n'occupent le sol que pendant un petit nombre, d'années, pour y être semées de nouveau aprè> un intervalle de temps plus ou moins long.

Nous avons indiqué précédemment l'importance des récoltes fourragères en général, pour accroître la masse des engrais. Disons ici un mot des avantages particuliers que présentent les prairies artificielles comparées aux racines fourragères et aux prairies naturelles.

Et d'abord, la plupart des espèces employées pour former les prairies artificielles, loin d'épuiser le sol comme les racines fourragères, augmentent sa fertilité \m leur propriété de puiser dans l'atmosphère la plus grande partie de leurs éléments nutritifs, et par les nombreux débris qu'elles laissent dans la terre, lorsqu'on vient à rompre ces prairies. D'un autre côté, les frais de leur culture sont généralement moins élevés que ceux des racines fourragères; leur produit, desséché, est bien plus facilement emmagasiné, et peut aussi se conserver beaucoup

HANTES PROPRES AUX PRAIRIES ARTIFICIELLES. 160

plus longtemps sans altération; la manière de le faire consommer aux bestiaux offre également moins d'embarras. Enfin, les prairies artificielles sont un excellent précédent pour toutes les autres récoltes, ce qui n'a pas toujours lieu avec les fourrages-racines.

Ce n'est pas à dire, cependant, qu'on doive choisir les prairies artificielles à l'exclusion des racines fourragères. Nous avons vu qu'en adoptant seulement les premières, on crée une rotation de culture telle, que les plantes légumineuses, et notamment le trèfle, revenant trop souvent à la même place, le sol se trouve promptement effrité, et que, d'un autre côté, les plantes nuisibles, multipliées dans les céréales, n'étant que très-imparfaitement étouffées par la prairie artificielle, se propagent de façon à diminuer l'abondance des récoltes. Il s'ensuit que, pour créer une bonne succession de cultures, il faut associer ces deux sortes de récoltes dans des proportions convenables.

Comparées avec les prairies naturelles, les prairies artificielles offrent les avantages suivants. Elles donnent, sur la même étendue de terrain, une plus grande quantité de nourriture pour les bestiaux. On obtient immédiatement un maximun de produit que les prairies naturelles ne fournissent qu'après plusieurs années de création. L'excédant d'engrais prélevé par les fourrages dans l'atmosphère, et accumulé dans le sol, est utilisé au moyen de récoltes intercalaires, tandis que cette accumulation d'éléments de fertilité reste improductive sous le gazon des prairies naturelles. Pour les prairies artificielles, on choisit la plante dont on veut les composer, et l'on peut ainsi employer certaines espèces précoces qui fournissent aux bestiaux une nourriture verte, avant l'époque où les prairies naturelles pourraient en donner.

Faut-il donc abandonner les prairies naturelles? Non, assurément, car nous verrons plus loin qu'elles offrent, dans plusieurs cas, un avantage marqué sur les prairies artificielles, et qu'il convient au moins de les associer à celles-ci sur la même exploitation, ou même quelquefois de les substituer entièrement aux prairies artificielles.

En général, les prairies artificielles ne pourront être créées avec succès que dans les contrées où la sécheresse du printemps et de l'été ne sera pas un obstacle à leur développement. Ainsi, à partir de la limite Nord de la vigne et en allant vers le Sud, ces cultures ne donneront que de chétifs produits, à moins qu'on ne puisse les faire jouir des irrigations.

Les plantes propres à former des prairies artificielles peuvent être partagées en deux groupes : les espèces légumineuses et les espèces non légumineuses.

Premier groupe. — Plantes légumineuses.

Toutes les espèces appartenant à ce groupe présentent cet avantage incontestable de puiser dans l'atmosphère la plus grande paitie de leurs éléments nutritifs, et d'abandonner dans le sol, après la récolte, de nombreuses racines et une notable quantité de débris de feuilles et de tiges; il s'ensuit qu'elles laissent la terre plus riche qu'elle ne l'était auparavant. On donne, à cause de cela, le nom de récolles améliorantes à cette série de plantes fourragères. Nous devons toutefois faire remarquer que cet effet sera d'autant plus marqué, que le produit aura été plus abondant et que la récolte aura élé faite avant la maturité des graines. Ce premier groupe comprend surtout les espèces suivantes :

Le trèfle rouge, trèfle commun, trèfle de Hollânde (trifolium pru-

Fig. 536. Trcfle rouge. nèfle ronge.

teme, L.) (fig, 550 à 559)estune plante vivace qui croît spontanément

dans la plupart de nos prairies. Ce fut d'abord dans les Pays-Bas que l'on commença à la cultiver seule, et d'une manière spéciale. C'est vers 1633, et par l'influence de Sir Richard Weston, qui lavait observé en Flandre, que ce trèfle fut introduit en Angleterre. Schwerz attribue à rémigration des protestants de la Flandre la propagation du trèfle sur les bords du Rhin. Il nous apprend encore que ce fut Schrœder qui en apporta les premières graines en Alsace, en 1759, et que Mayer de Kupferzel contribua puissamment à son adoption dans cette contrée, en faisant connaître IVficacité du plâtre sur sa végétation. Il est cependant un autre point de la France où l'introduction de cette plante avait précédé cette époque; c'est le pays de Caux (Seine-Inférieure), où Ton commença à la cultiver vers 1700.

Aujourd nui, le trèfle rouge est devenu la base de l'agriculture des climats humides, et ce fourrage, soit vert, soit sec, est l une des meilleures nourritures pour les bestiaux. On a toutefois constaté que, pour les bêtes de trait, le trèfle sec ne vaut pas le foin des prairies naturelles, mais il lui est préférable pour les bêtes laitières ou à l'engrais.

Variétés. — Le trèfle commun a produit une variété connue en Normandie sous le nom de grand trèfle normand, et qui ne nous paraît pas différer de celle décrite par Schwerz, sous le nom de trèfle vert ou de Styrie. Cette variété se distingue de l'espèce type par ses tiges plus élevées et plus grosses; par sa floraison plus tardive de quinze jours et par son rendement considérable, mais que l'on obtient en une seule coupe.

Il résulte de son plus grand développement, qu'elle peut être plus longtemps consommée en vert; mais ses tiges, plus grosses, et rejetées par les bestiaux lorsqu'elles deviennent ligneuses, la rendent moins propre à servir de fourrage sec; aussi convient-il d'employer de préférence cette variété comme fourrage vert. Dans ce cas, on ne lui consacre que le tiers environ de la surface à ensemencer, et l'on ne commence à y mettre les bestiaux qu'au moment où le trèfle commun devient trop ligneux pour être consommé en vert. Elle paraît redouter les sols légers plus encore que ce dernier; elle est aussi moins fertile en graines.

Composition chimique. — D'après M. Boussingault, les fanes et les racines du trèfle, desséchées complètement à 110% ont la composition

élémentaire Suivante : Fanes ou foin, racines.

Carbone 47,53 43.4

Hydrogène 4,69 5,3

Oxygène 37.96 30.9

Azote 2,06 1,8

Substances minérales 7,76 12,0

Les substances minérales fixes propres au foin dn trèfle sont :

D'après

IVa près

M. Roussing.iull .

M Ifnrclnl.l

m . tiorsioiu.

f\ M Kt B

Chaux 2i d

riiiux

Magnésie

Acide carbonique. . . . 25,0

— sulfurique. ... 2,6

— phosphorique. . . 6,3

— phosphorique. . .

Chlorure de sodium. . .

Silice 5,:»

Oxyde de fer et alu-

Phosphate ferrique. . .

On voit que ce qui domine dans les fanes du trèfle, ce sont les alcalis, et notamment la potasse ou la soude, la chaux et la magnésie. I^es chimistes ne sont pas d'accord sur celle de ces bases qui remporte sur les autres par sa quantité. Liebig range le trèfle au nombre des plantes calcaires. Wiegmann et Polstorf fixent ainsi qu'il suit les rapports des sels alcalins solubles et des sels calcaires dans les cendres de cette plante :

Sels de potasse et de soude 39,10

Sels de chaux et de magnésie 56,00

Silice 4,90

Climat et aol. — Climat. Ainsi que nous Pavons dit, le trèfle est propre aux climats humides. La sécheresse nuit à sa première évolution au printemps, et empêche le développement vigoureux de ses liges pendant Tété. Aussi est-ce seulement sur les terrains faciles à irriguer qu on peut l'admettre dans les exploitations agricoles du Midi. Le trèfle craint peu le froid, tant qu'il n'est pas monté en tige; mais, plus tard, les gelées tardives lui font du tort.

Sol. Ce qui précède explique pourquoi le trèfle ne donne d'abon- . dants produits que dans les terrains constitués de façon à ne pas redouter la sécheresse de l'été. C'est donc surtout dans les sols argileux et argilo-calcaires, profonds, qu'on voit prospérer cette plante. Elle donne aussi cependant des produits passables dans les terres sablo-argileuses et même sableuses, mais seulement dans les années humides ou dans les climats très-brumeux, ou encore lorsque ces sols sont

assis sur un sous-sol argileux qui y entretient une humidité suffisante. Il ne faut pas toutefois que le sol arable soit placé sur une couche argileuse impennéable, car l'humidité stagnante retenue audessus de cette couche est funeste au trèfle dont elle fait pourrir les racines.

L'analyse que nous venons de donner de cette plante montre, en outre, qu'elle puise dans le sol une quantité assez considérable de chaux et de potasse, et que la présence de ces deux éléments est nécessaire à son développement. C est ce qui explique pourquoi certains terrains renfermant d ailleurs la dose d'humidité convenable, mais dépourvus de calcaire, sont rebelles à la végétation du trèfle. Toutefois il reste petit, et se dégarnit peu à peu dans les terrains purement calcaires, et, en général, partout où le sainfoin se plaît, le trèfle vient difficilement. Mathieu de Dombasle a observé que souvent il réussit mal, pendant huit à dix ans et même davantage, après le défrichement des forêts et surtout des landes.

Ce sont donc les sols argileux, un peu compactes, profonds, bien ameublis, renfermant une certaine proportion de calcaire et à sous-sol perméable, qu'on devra choisir.

PUoe dan* la rotation. — Le trèfle aime un sol complètement privé de mauvaises herbes, et surtout de chiendent. Si les plantes nuisibles se développent en même temps que lui, il est en partie étouffé, son produit est diminué, et la fertilité du sol, loin de s'accroître sous son influence, comme cela a heu lorsqu'il est bien réussi, est, au contraire, -amoindrie, et la terre infestée de mauvaises herbes pour plusieurs années. 11 y a donc nécessité de faire succéder cette plante à une récolte sarclée, comme la pomme de terre, la betterave, etc., qui nettoient complètement la terre.

Un autre motif de cette rotation, c'est que les récoltes sarclées laissent ordinairement le sol profondément ameubli, ce que le trèfle exige précisément.

(juoique le trèfle puise dans l'atmosphère une grande partie de ses éléments nutritifs, il n'en demande pas moins un sol richement fumé, pour prendre à son début un vigoureux développement. C'est un emprunt qu'il fait à la terre et qu'il lui restitue, et au delà, lorsqu'on vient à le rompre. Quand le trèfle se développe sur un sol riche, il étouffe les mauvaises herbes, tandis que, sur un sol maigre, il est étouffé par elles, et laisse le sol encore plus épuisé. Les plantes sarclées à racines fourragères, qui reçoivent ordinairement toute la fumure destinée à la rotation, remplissent encore très-bien cette condition.

Ainsi, quelles que soient les récoltes auxquelles on fora succéder

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le trèfle, elles «wont dû laisser la terre parfaitement nette de mauvaises lu rbes, richement fumée et profondément ameublie.

A l'égard des récoltes qui peuvent lui succéder, le trèfle est la plante dont l'heureuse influence est la plus remarquable, et cette action se fait sentir au moins pendant deux années. Entre toutes les cultures, celle du blé, de l'avoine et des pommes de terre sont celles qui paraissent en tirer le plus grand avantage. Le seigle et forge semblent y être moins sensibles.

Un fait remarquable, c'est que l'action efficace que le trèfle exerce sur la plupart des récoltes qui lui succèdent, ne se fait pas sentir sur lui-même, lorsqu'on le fait reparaître sur le même sol à des intervalles de temps très-rapprochés. Il faut laisser s'écouler un certain nombre d'années entre chacune de ses récoltes sur le même terrain, "sous peine de voir le produit diminuer progressivement. Il semblerait que cette plante épuise promptement le. sol des matières salines particulières dont elle a besoin, et qu'il faille un temps suffisant pour qu'il s'en reforme de nouvelles sous l'influence des agents atmosphériques.

Quoi qu'il en soit, l'expérience a démontré qu'il faut un intervalle d'environ huit ans entre chaque récolle de trèfle. Ce laps de temps pourra être un peu diminué si l'on ne fait chaque fois qu'une seule coupe de fourrage, et si l'on enterre la coupe suivante; mais il faudra l'augmenter si le trèlle est conservé pendant trois ans. On peut également diminuer cet intervalle si l'on fait précéder celte culture par un labour très-profond.

Préparation du toi. — Le trèfle est toujours semé dans une autre récolte, ainsi que nous le verrons plus loin. Aussi n'est-ce pas directement pour lui qu'on prépare le sol, mais bien pour la récolte dans laquelle on le sème. Toutefois, comme il profile de celte préparation, on lui en fait supporter la moitié des frais.

Nous avons dit que le trèfle aime une terre profondément cultivée. Ce ne doit cependant pas être immédiatement à la récolte dans laquelle le trèlle est semé que cette culture profonde devra être appliquée, mais lors de la préparation pour la récolte précédente. Ce labour profond nuirait non-seulement à la c éréale de printemps, dans laquelle on sème ordinairement le trèfle, mais encore à ce dernier lui-même, qui trouverait une terre trop creuse.

Engrais et amendements. — La terre destinée au trèfle ne doit pas avoir été tout récemment fumée, surtout si l'on emploie du fumier, car cet engrais infeste le sol d'une grande quantité de graines de plantes nuisibles qui, en se développant, salissent la récolte et diminuent le produit. C'est la récolte précédente qu'il faut fumer copieu-

sèment. Les graines de plantes nuisibles qui auront été apportées par cette fumure auront pu se développer et être détruites. Si cependant le sol se trouvait trop pauvre, il conviendrait d'y suppléer, au moyen d'engrais répandus en couverture sur les jeunes plantes, ou, ce qui vaudra mieux, d engrais liquide.

Nous avons vu précédemment que le trèfle a besoin, pour son développement, d'une grande quantité de sels de potasse ou de soude, de chaux et de magnésie. S'il puise beaucoup de carbone et d'azote dans l'air, par ses parties aériennes, en revanche il enlève au sol une forte proportion de substances minérales, puisque M. Boussingault a constaté que la récolte de i hectare en trèfle, représentée par 4029 kil. de foin sec, contient 510 kil. 200 gr. de matières minérales fixes, dans lesquelles il y a :

rotasse et soude 84 kil. 1

Chaux 76 S

Magnésie 19 5

Acide phosphorique 19 5

Silice 16 4

Chlore X 1

Acide sulfurique 7 7

Alumine et oxyde de fer 0 9

Il est évident, d'après cela, que pour remédier à cet appauvrissement du sol en alcalis, en chaux, magnésie et acide phosphorique, il faut employer de préférence les engrais qui sont les plus riches en ces principes minéraux, et notamment : les cendres, la charrée, les cendres de tourbe, les cendres vitrioliques, le plâtre, le noir animal des raffineries, les os en poudre fine, les composts de sel marin et de marne ou de craie exposés depuis longtemps au contact de l'air, les soudes de varech, les urines des bestiaux et de l'homme, les matières fécales, la poudrette, etc., etc., ainsi que tous les autres liquides chargés de substances salines.

Tous ces engrais salins doivent être enfouis dans le sol avant la semailledu trèfle, ou répandus sur la plante déjà levée, soit à l'automne, soit au printemps.

Les terres argileuses doivent être fortement marnées pour produire de bonnes récoltes. Le chaulage convient aussi très-bien et produit plus vite ses effets avantageux. Les composts faits avec les débris organiques et la chaux, qu'on forme pendant l'été ou à l'automne, qu'on arrose de purin, et qu'on laisse mûrir pendant plusieurs mois, en les retournant de temps en temps, constituent le meilleur mode de chaulage et le plus efficace; on charrie ces composts pendant l'hiver, sur le champ de trèfle, on les décharge en petits tas qu'on éparpille bien

également au printemps. Les écailles d'huîtres, les coquilles de moules, écrasées sous la meule, sont aussi excellentes; aux environs des grandes villes, ces débris coquilliers peuvent être recueillis facilement et en grande quantité; il ne faut pas négliger ce moyen économique d'approprier ses terres à la culture du trèfle.

Semaille — Choix des semences. La graine de trèfle que Ton trouve dans le commerce est souvent altérée par un mauvais procédé de dessiccation, ou par la fermentation qui lui a enlevé sa faculté germinative D'autres fois, elle est âg e de cinq à six ans et plus, et ne germe qu imparfaitement ou pas du tout. On peut, jusqu'à un certain point, reconnaître la qualité de cette graine à son aspect; si, au lieu d'être d'un jaune clair mêlé de bleu, un peu brillante ou du moins luisante, elle est brune et terne, il faut se délier. En général, il ne faut jamais acheter de semence de trèfle sans s'assurer de sa qualité au moyen du procédé décrit t. I, p. 593.

Mais le plus sûr moyen d'avoir de bonnes graines de trèfle est de les produire soi-même. Nous indiquons à la fin de ce chapitre les soins particuliers que réclame la culture du trèfle au point de vue de la production des s menées.

Plantes associées au trèfle. 11 faut au trèfle, lorsqu'il commence à lever, un abri qui empêche le sol de se dessécher et de se durcir sous l'ardeur du soleil, ou qui garantisse les jeunes plantes des froids tardifs du printemps; or, c'est en le semant au milieu d'une récolte déjà venue ou d'une végétation plus rapide que la sienne, qu'on peut lui fournir cet abri. Cette pratique offre d'ailleurs cet autre avantage, que le produit du trèfle étant peu important pendant la première année, la récolte dans laquelle on le sème Tient compenser celte année de non-production. Cette compensation devient encore plus évidente lorsque, par suite de circonstances accidentelles, l'ensemencement du Irèfle ne réussit pas.

Les récoltes dans lesquelles on peut semer le trèfle sont toutes celles qui ne sont pas rampantes, qui n'exigent pas de binages pendant 1 été, et dont la croissance n'est ni trop drue ni trop vigoureuse; de ce nombre sont les ve. ces consommées comme fourrage vert, 1 orge, le froment, le seigle, le lin, l'avoine, le sarrasin, la navette d'été. Le choix à faire parmi ces diverses plantes dépendra des récoltes qui composeront la rotation, et de 1 état du sol. Toutefois, on devra préférer les céréales de printemps à celles d'hiver, car, dans ces dernières, le trèfle trouve une terre dont la surface est durcie, dans laquelle il devient difficile de le couvrir, et où sa première végélation est souvent languissante. Parmi les récoltes de printemps qui peuvent recevoir le trèfle, le lin est incontestablement l'une des meilleures.

Époque des semailles, mode d'ensemencement. Quoique l'ensemencement du trèfle doive être fait le plus tôt possible, au commencement du printemps, le moment des semailles peut varier suivant le climat et l'espèce de récolte dans laquelle on répand la graine. Ainsi, quelquefois, on le sème à l'automne dans une céréale d'hiver; mais, si c'est dans des terres sujettes à se soulever par les effets des gels et des dégels, et surtout si 1 hiver se passe sans neige, il ne résiste pas à ces alternatives; puis il est fréquemment détruit par les limaces. S il survient un printemps humide et chaud, le trèfle nuit par sa vigueur à la céréale, et diminue son produit d'un tiers. Aussi n'est-ce que dans les climats où la sécheresse précoce de l'été s'oppose à son premier développement que I on sème le trèfle en automne. Dans ce cas, quelques cultivateurs du Midi sèment très-clair avec le blé; puis, vers la fin de février, ils répandent une nouvelle quantité de semence. On choisit aussi quelquefois l'automne dans le Nord, mais seulement poulies terrains légers qui perdent leur humidité dès la fin du printemps. C'est alors dans le seigle qu'on sème ces trèfles.

Mais, le plus souvent, c'est depuis le commencement de février jusqu'à la fin de mars qu'on sème le trèfle, soit dans les céréales d hiver, >o\t dans les récolles de printemps. On choisit, au commencement de février, un jour où le sol est couvert de neige pour semer dans les céréales d'hiver. On y trouve cet avantage, que la jeune plante a déjà pris possession du sol avant les premières sécheresses du printemps, et que 1 on peut en obtenir une première coupe à l'automne suivant. Si les céréales sont fumées en couverture pendant l'hiver, on répand la semence du trèfle immédiatement après cette fumure. Dans tous les cas, il est utile d'appliquer un roulage en avril pour raffermir le sol soulevé par l'effet des gelées.

Quelquefois on attend le mois d'avril pour semer le trèfle dans les céréales d hiver. On profite alors du binage qu'il est si utile de donner à ces céréales à ce moment. On obtient ainsi une petite couche de terre ameublie, sur laquelle on répand la semence, laquelle est recouverte au moyen d'un roulage ou d'un hersage très-lé^er.

Cependant, la difficulté que Ton éprouve souvent pour recouvrir convenablement la graine dans les céréales d'hiver fait généralement préférer les ensemencements pratiqués dans les récolles de printemps. S'il s'agit de céréales, avoine ou orge, on peut répandre la semence immédiatement après que celle de la céréale a été enterrée et après avoir donné un roulage. On la recouvre ensuitesau moyen d'un léger hersage, et l'on roule de nouveau lorsque la céréale a atteint quelques centimètres de hauteur.

Dans quelques contrées, la semaille n'est faite que huit à dix jours

A HT AGHICOLE.

après celle de la céréale. On donne d'abord nn fort hersage, on sème le trèfle, puis on herse de nouveau, mais légèrement. Enfin, dans les sols légers, on peut attendre que la céréale ait atteint trois ou quatre centimètres d élévation. On recouvre la semence au moyen d'un roulage.

Si l'on veut semer le trèfle dans le lin, comme on le fait souvent en Flandre, on attend le moment où Ton applique à cette plante le premier sarclage, et la semence est suffisamment recouverte par le piétinement des sarcleuses. En le semant immédiatement après la semaille du lin, on serait exposé à ce qu'il nuisît à cette récolte par son développement vigoureux.

Il est important de recouvrir à peine les graines de trèfle. Leur levée est d'autant plus abondante qu'elles sont plus rapprochées de la surface du sol; il en est de même pour la promptitude de la germi- , nation. Ainsi, sur cent graines de trèfle, il en lève :

0 sous 8 centimètres de couverture.

27 — 6 — en 13 jours.

93 — 5 — en 9 —

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