TRÈFLES DIVERS
Les trois espèces de trèfle dont nous venons de parler sont les seules qui, jusqu'à présent, concourent à la formation des prairies artificielles. Toutefois on a essayé, depuis quelques années, d'en employer d'autres. Parmi celles qui semblent promettre de bons résultats nous
citerons les deux suivantes.
Trèfle hybride, nommé aussi trèfle de Suède, trèfle d'Alsike (trifolium hybridttm, L.) (fig. 568 et 569). Cette espèce, qui croit abondamment dans le midi de la Suède, où elle est cultivée comme four-
« J. Girardin et Mdbranche. Examen de pelotes trouvées dans l'estomac déjeunes poulains. (Précis de l'Acad. impériale des sciences de Rouen.-Année 1855-1856.)
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rage depuis soixante ans et plus, se rapproche un peu du trèfle rouge. Ses tiges, longues et assez fortes, se tiennent droites dans les semis serrés. Ses feuilles sont larges et glabres; ses racines sont pivotantes. Ses fleurs, disposées comme celles du trèfle blanc, offrent des têtes.plus fortes et d'un rose nuancé. D'après les essais faits par Vilmorin fils, ce trèfle préfère les terres compactes, froides et humides. Sa durée égale celle du trèfle rouge, et son mode de culture est le même. On emploie, par hectare, G à 7 kil. de graines débarrassées de la bourre.
Trèfle élégant, (trifolium elegans, Savi). Ce trèfle croît spontanément dans le centre de la France. Il se rapproche assez du précédent, dont il diflere cependant par des tiges plus petites, par ses têtes de fleurs moitié moins grosses et d'un rose rougeâtre uniforme, par ses feuilles marquées d'un chevron brunâtre, enfin par une floraison plus tardive de quinze jours.
D'après les essais tentés par Mathieu de Dombasle et par Vilmorin fils, il s'accommode bien des sols argilo-siliceux peu riches et à soussol ferrugineux. Sa durée paraît être un peu plus longue que celle du trèfle hybride. On le cultive de la même manière et l'on emploie la même quantité de graine.
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La luzerne cultivée (medicago sativa, L.) (fig. 570 à 572) offre des fleurs violettes, purpurines ou jaunâtres; des gousses contournées en forme d'escargot; des tiges droites, hautes de 0m40 à 0m60. Elle est soumise à la culture depuis la plus haute antiquité. Apportée de Médie en Grèce dès le temps de Darius, elle se répandit chez les Romains, et de là dans la Gaule méridionale, d'où elle s'est progressivement avancée vers le nord.
Dans les terrains et sous les climats qui lui conviennent spécialement, la luzerne a la même importance que le trèfle rouge, et cette plante est d'autant plus précieuse que ces terrains et ces climats sont précisément ceux où le trèfle ne fournit que de chétifs produits. Dans les régions intermédiaires, c'est-à-dire qui sont également favorables à ces deux plantes, il est difficile de dire à laquelle des deux il faut donner la préférence. Le rendement de la luzerne est au moins aussi abondant que celui du trèfle rouge. Son produit est également recherché par les bestiaux, soit vert, soit sec. Toutefois, la luzerne offre cet avantage que sa durée étant beaucoup plus longue, on est moins exposé aux insuccès de l'ensemencement. D'un autre côté, elle offre, vers la fin de l'été, un fourrage vert abondant et de
bonne qualité, alors que la production du trèfle a cessé; maïs la durée prolongée de cette plante fait qu'on ne peut pas l'introduire, comme le trèfle, dans un assolement régulier. Le mieux, dans les localités également propres à ces deux espèces, est de les admettre simultanément dans l'exploitation; on est ainsi moins exposé aux accidents qui
résultent des influences météoriques.
Climat et toi. — Climat.
La luzerne aime la chaleur; elle redoute les hivers rigoureux, et surtout les gelées tardives. Aussi donnet-ellc ses plus beaux produits dans le Midi. C'est a plante fourragère par excellence des contrées méridionales, comme le trèfle rouge l'emporte sur les autres dans le Nord. Elle aime aussi une humidité modérée; celle-ci soutient sa végétation pendant les chaleurs brûlantes de, l'été, et permet d'obtenir cinq, six
Fig. 570. Luzerne cultivée. Fig. 571. Fleur Fig. 572. Fruit
de la luseme. de la luzerne.
et jusqu'à huit coupes successives, comme cela a lieu dans les sols un peu frais de l'Algérie. Toutefois, la culture de cette plante peut s'avancer jusqu'à un certain point vers le nord, et Ton ne doit y renoncer que là où la température devient insuffisante pour la faire croître rapidement après chaque coupe; car alors ces coupes deviennent trop rares et n'équivalent plus au produit du trèfle rouge. On peut, en général, considérer comme limite le Nord du climat de Paris. Cette limite pourra cependant être dépassée pour les terrains secs, où le trèfle ne pourrait pas se développer.
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Sol. — 11 est plus facile d'indiquer les terrains qui ne conviennent pas à l«i luzerne que d'énumérer ceux dans lesquels elle peut prospérer. Elle souffre et périt bientôt dans les terres compactes argileuses; elle ne réussit pas non plus dans les sols légers, ou de consistance moyenne, rendus humides par l'imperméabilité du soussol; mais ceux quelle redoute par-dessus tout, ce sont les terrains peu profonds. Ses racines, qui peuvent acquérir jusqu'à 20 mètres de long, ont en effet besoin, pour s'allonger, d'un sous-sol perméable jusqu'à une grande profondeur. Ces longues racines, presque dépourvues de ramifications latérales, sont terminées par un certain nombre de radicelles douées de fonctions absorbantes et qui ont bientôt épuisé les sucs nutritifs environnants; mais comme elles continuent de s'allonger à mesure qu'elles s'enfoncent, elles pénétrent successivement dans de nouvelles couches non encore épuisées. Si cet allongement est arrêté par un sous-sol imperméable Ja plante devient languissante, et sa durée est compromise. C'est donc la qualité du sous-sol qui importe le plus pour la bonne venue de la luzerne, tandis que pour le trèfle, c'est surtout la nature de la couche superficielle.
Place dam la rotation. — La durée de la luzerne étant de quatre à douze ans, suivant les circonstances locales, il est difficile de la faire entrer dans un assolement régulier. Aussi est-ce presque toujours sur une surface indépendante de la rotation qu'on cultive cette plante. Quant aux récoltes auxquelles il sera préférable de la faire succéder, il faudra faire en sorte : 1° que la terre renferme la moins grande quantité possible de graines de plantes nuisibles; 2° qu'elle soit riclie en principes nutritifs et à la plus grande profondeur possible; 5° qu'elle ait été très-profondément ameublie. La terre <|ui a nourri des racines fourragères sarclées et fumées, les défrichements de garance ou autres, et, en général, les sols qui ont été nouvellement défoncés, sont les plus convenables.
Malgré l'énorme quantité de fourrage qu'elle produit pendant sa durée, la luzerne bien réussie jouit de l'avantage d'améliorer le sol qui la nourrit, ainsi que cela a lieu, du reste, pour toutes les autres légumineuses. Ceci s'explique, d'abord, par sa propriété de tirer de l'atmosphère une partie notable de ses principes nutritifs; ensuite, par la grande quantité de racines qu'elle laisse dans la terre lorsqu'on vient à la rompre; quantité de racines qu'on n'évalue pas à moins de 20 à 35 mille kilogr. par hectare, suivant le laps de temps pendant lequel elle a subsisté; enfin, par les feuilles nombreuses qui se détachent de la plante pendant sa végétation, ou lors du fanage qui suit chaque coupe. Ces principes fertilisants, ainsi accumulés dans le sol, équivalent au moins à ceux que possédait la terre lors de Tensemen-
m ART AGRICOLE.
cernent, joints à ceux qu'on a pu répandre pendant la durée de la luzerne.
On conçoit qu'une terre ainsi enrichie doit convenir à toutes les plantes, à l'exception, toutefois, des céréales qui, la première année au moins, seront presque toujours exposées à y verser. Il est donc plus convenable de débuter par des racines fourragères, telles • que la betterave, qu'on ne fumera pas. L'ameublissement profond que l'on fera subir au sol pour rompre la luzerne le disposera trèsbien pour nourrir ces racines, et celles-ci, enlevant à la terre sa surabondance de fertilité, la rendront plus propre à recevoir les céi-éales, qui donneront ensuite plusieurs récoltes sans engrais. Si, cependant, la luzerne était placée sur un sol très-léger, naturellement peu fertile, on pourra, sans inconvénient, la faire suivre immédiatement par des céréales.
La luzerne ne doit jamais se succéder à elle-même; il faut laisser, entre chaque réapparition de cette plante sur le même terrain, un intervalle de temps égal à celui de sa durée précédente. Voici comment on explique cette nécessité. Nous avons déjà dit que c'est vers le point le plus profond de la couche perméable du sol que les racines de la luzerne puisent les principes fertilisants qu'elle emprunte à la terre. Elle ramène ainsi à la surface, par les débris de ses feuilles caduques, cette fertilité arrachée au fond. Aussi, un terrain qui ne pouvait donner d'abord qu'une médiocre récolte de blé, en porte une excellente dès que la surface se trouve enrichie de la fécondité répandue dans les diverses couches traversées par les racines de la luzerne. Lorsque ces racines sont arrêtées par une couche de terre ii 11 perméable, et qu'elles ont épuisé tous les principes fertilisants réunis vers ce point, la plante devient languissante et dépérit; c'est le moment de rompre la luzernière; car ces principes fertilisants, qui avaient été amenés de la surface vers ces couches profondes par l'infiltration des eaux, ne peuvent s'y accumuler de nouveau qu'après un temps très-long.
Si, immédiatement après ce défrichement, on semait de nouveau cette plante, elle présenterait bien, à son début, grâce à la richesse de la touche superficielle, une végétation satisfaisante; mais dès que ses racines s'enfonceraient, elles ne trouveraient plus qu'une terre épuisée, et la végétation s'arrêterait.
L'intervalle de temps à laisser entre deux luzernes devra donc être d'autant plus considérable que les racines de la première auront pénétré plus profondément, ou que sa durée aura été plus longue. Toutefois, ce laps de temps pourra être un peu diminué si l'on opère sur un sol très-léger, qui laissera facilement pénétrer les eaux de
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la surface jusqu'aux couches inférieures; et surtout si Ton a soin d'entretenir sa fertilité par des fumures répétées.
Préparation du fol.— La tendance de la luzerne à s'enfoncer dans Jes couches inférieures explique la nécessité d'ameublir le sol le plus profondément possible. On y procède à l'aide d'un labour de défoncement qui pénètre au moins à 0"45 de profondeur, et au moyen de l'un des procédés décrits aux pages 187 à 195 du tome I'r. On pratique ce défoncement, autant que possible, avant l'hiver qui précède l'ensemencement. S il a été fait pour la récolte précédente, il suffit de donner à la terre un labour ordinaire.
Engrais et amendement*. — Si le terrain où l'on se propose de semer de la luzerne n'a pas encore nourri cette plante, il n'est pas indispensable de le fumer, lors de l'ensemencement. Toutefois, si l'exploitation est riche en engrais, il est préférable d'appliquer une bonne fumure; la luzerne payera cette avance avec usure, soit par des produits plus abondants, soit par une plus longue durée. Mais si ce terrain a déjà porté cette récolte, il faut, de toute nécessité, y répandre d'abondants engrais, afin que les matières solubles qu'ils contiennent, entraînées par les eaux vers les couches inférieures du sol, rendent à ces dernières une partie de la fécondité que leur a fait perdre l'action absorbante des racines de la récolte précédente.
Dans tous les cas, cette fumure doit être appliquée au sol au moins une année avant l'ensemencement, et cela sous une récolte sarclée. On y trouvera deux avantages : d'abord, les graines de plantes nuisibles apportées dans la terre par le fumier germeront et seront détruites par les nombreux binages donnés à cette récolte sarclée; ensuite, une grande partie des engrais aura pu être entraînée dans les couches inférieures, où ils profiteront bien mieux à la luzerne que s'ils étaient restés à la surface, où les racines de cette plante séjournent à peine. Un très-bon moyen de rendre celte fumure plus profitable à la luzerne consiste à la mettre en deux couches séparées dans le sol, l'une le plus profondément possible, et l'autre plus prés de la surface. Cela se fait facilement en pratiquant le défoncement au moyen de deux charrues passant successivement dans la même raie. On répand la moitié de la fumure à la surface du sol, avant le labour. Cette première portion se trouve ainsi placée tout au fond du labour, c'est-à-dire à 0"45 de profondeur environ; puis, à mesure' que la première charrue a passé dans une raie, on y répand la seconde portion d'engnris, laquelle est retournée par la deuxième charrue et placn? sur la raie voisine, à 0m20 environ de la surface du sol, et à 0m25 de la première portion d'engrais.
Si la fumure est appliquée à la terre une année à l'avance, comme
nous le recommandons, et surtout si Ton a employé le moyen que nous venons de décrire, il sera bon de répandre avec la semence de lajluzerne, un engrais pulvérulent destiné à favoriser le premier développement des jeunes plantes jusqu'à ce que leurs racines rencontrent le point où les engrais ont été placés.
Les terrains les meilleurs sont ceux qui renferment du carbonate de chaux en proportions marquées, associé à une grande quantité d'humus. Lorsque l'élément calcaire manque, il ne faut pas négliger de marner, chauler ou plâtrer fréquemment et largement. C'est surtout le plâtrage qu'il faut préférer, comme plus facile et plus économique.
Les engrais indiqués pour le trèfle conviennent aussi très-bien à la luzerne. Les fumiers consommés, les terreaux bien mûrs sont préférables aux engrais récents.
Semaine. — Qualité et préparation des semences. — La bonne graine de luzerne doit être jaune, luisante et pesante. Lorsque les grains sont blancs, c'est qu'ils ne sont pas mûrs; s'ils sontbruns, c'est qu'ils ont été soumis, pour les séparer de leur enveloppe, à une chaleur artificielle trop forte. Dans tous les cas, il est prudent, comme pour le trèfle, de n'acheter de graines qu'après les avoir soumises à un essai préalable, et de ne les semer qu après les avoir froissées entre deux toiles et criblées, afin d'en séparer les semences de cuscute.
Époque des semailles. — La luzerne peut être semée au printemps et à l'automne. C'est, en général, celte dernière époque qu'il convient de préférer pour le Midi et dans toutes les localités où le printemps est sec et aride, à moins que les travaux nécessaires ne puissent être complétés d'assez bonne heure. Si l'on choisit ce moment, il faudra, pour que la plante acquière assez de force avant l'hiver, faire l'ensemencement au plus tard à la fin d'août pour le climat de Paris, et au milieu de septembre pour le Midi.
Si l'on sème au printemps, ainsi que cela a lieu dans les contrées où l'atmosphère est habituellement humide à cette époque, il faut attendre que Ton n'ait plus à craindre les gelées tardives qui détruiraient les jeunes plantes à leur premier développement. Ce moment est indiqué par la floraison de l'aubépine. On y trouvera cet autre avantage, que les graines de plantes nuisibles se seront développées, et qu'on pourra les détruire avant l'ensemencement.
Quantité de semence. — La semence de la luzerne est plus grosse que celle du trèlle, et les plantes tallent moins. 11 faut donc en employer mie plus forte proportion pour la même surlace. On en répand ordinairement 20 kilogr. par hectare
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Mode de semaille. — La première question à résoudre est celle de savoir si la luzerne doit être semée seule, ou s'il conTient de l'associer à une autre récolte, comme pour le trèfle. Dans la région du Midi, et dans toutes les contrées où les printemps secs fout préférer le semis d'automne, l'expérience a démontré qu'il vaut mieux semer la luzerne seule. Elle est moins gênée dans son premier développement, elle couvre mieux la terre, et prend plus de force avant l'hiver; en sorte que, pendant Tannée suivante, elle paye la place qu'elle • occupe en donnant une pleine récolte. Dans ce cas, après avoir parfaitement ameubli la surface du sol à l'aide de hersages et de roulages, on y répand la semence, et on la recouvre légèrement en y faisant passer une herse garnie d'épines.
Mais lorsqu'on sème au printemps, il est plus convenable d'associer la luzerne à une autre récolte, car celle-ci la protège contre le froid et plus tard contre la sécheresse ou la trop grande chaleur. En outre, cette récolte protectrice paye, par son produit, la rente de la terre, pendant cette première année; car la luzerne, semée au printemps, donne à peine une coupe à la 4in de l'été.
Les plantes auxquelles il convient d'associer la luzerne sont les mêmes que pour le trèfle. Leur choix est surtout déterminé par la nature du sol où l'on opère. On les sème avant la luzerne, si leur bonne venue exige une semaille précoce; mais, dans le cas contraire, on les répand au moment même de l'ensemencement, en semant la luzerne en dernier lieu. Dans l'un et l'autre cas, la graine de luzerne est recouverte comme pour l'ensemencement d'automne. 11 est bien entendu que, pour les récoltes associées à la légumineuse, on emploiera moitié moins de semence que dans les circonstances ordinaires, car autrement on gênerait la dernière dans son développement.
On a tenté autrefois, en Angleterre, de semer, la luzerne en lignes espacées à Onîb les unes des autres. Mais cette pratique a rencontré peu d'imitateurs, en raison des inconvénients qu'elle présente. D'abord, elle oblige à de fréquents binages, pour empêcher les intervalles d'être envahis par les plantes nuisibles. Puis, si Ton obtient plus de fourrage que par le semis à la volée, les tiges sont tellement vigoureuses et grosses, qu'elles durcissent, deviennent ligneuses, et qu'une grande partie est rejetée par les bestiaux.
Soins d'entretien. — Lorsque la luzerne a été semée à l'automne, il est convenable de lui appliquer un demi-plâtrage, aussitôt que les feuilles de la jeune plante commencent à couvrir le sol, afin de stimuler sa végétation et de lui faire acquérir plus de force pour résister aux froids de l'hiver. Pour celle qui est semée au printemps, on pra~
tique ce plâtrage aussitôt après l'enlèvement de la récolte dans laquelle on l'aura semée. Un demi-plâtrage pourra ensuite lui être appliqué tous les deux ans au printemps. Si le sol était complètement dépourvu de l'élément calcaire, cette opération pourrait même être répétée tous les ans.
Pour empêcher la luzerne d'être envahie par les mauvaises herbes, on pratique deux sarclages à la houe à main; l'un à l'automne, qui suit l'ensemencement; l'autre, aussitôt après la première coupe de Tannée suivante; on a surtout en vue la destruction des plantes vivaces. Plus tard, lorsqu'elle est bien enracinée, c'est-à-dire à partir de la fin de la seconde année, on lui donne deux hersages énergiques, l'un à l'automne, après la dernière coupe, l'autre, à la fin de l'hiver, avant qu elle entre en végétation; ces deux hersages, qu'on répète ensuite chaque année, sont faits à l'aide d'un scarificateur.
Afin de retarder autant que possible l'épuisement des couches inférieures du sol et de prolonger ainsf la durée de la luzernière en entretenant sa vigueur, il sera bon d'y répandre quelques engrais en couverture qui seront dissous par Teau des pluies et entraînés vers le sous-sol.
On devra éviter, pour cela, l'emploi des fumiers récents; d'abord, parce qu'ils contiennent une grande quantité de graines de plantes nuisibles qui salissent la prairie; ensuite parce que la décomposition en est trop lente, et qu'ils n'agissent pas d'une manière assez instantanée. On préférera donc les engrais immédiatement solubles, et qui seront entraînés dans la terre dès la première pluie. Tels sont les terreaux consommés, les engrais liquides ou pulvérulents, etc. C'est pendant l'hiver qui suit la seconde année qu'on commencera à répandre cette fumure; on la répétera ensuite tous les deux ans, en la faisant alterner avec le demi-plàtrage dont nous avons parlé, si celuici n'est pratiqué lui-même que tous les deux ans. Plus cette fumure sera abondante, plus on aura de produit et plus la durée de la luzerne sera prolongée.
Enfin, si la luzernière est située sous le climat du Midi, on la fera jouir des bienfaits de lïrrigation toutes les fois que cela sera possible. Cet arrosement sera pratiqué immédiatement après chaque coupe. On augmentera ainsi le nombre des coupes et le rendement de celles-ci; mais il faudra aussi fumer plus copieusement.
Plantes parasite! , insectes nuisibles. — Deux plantes parasites attaquent la luzerne, et parfois abrègent beaucoup sa durée.
La première est Ja cuscute, dont nous avons déjà parlé à l'article du trèfle rouge.
L'autre est de la grande tribu des champignons, et appartient au
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genre rhizoctone. Ce parasite apparaît sous forme de filets rougeâtres qui enveloppent la racine et la font périr. On voit fréquemment dans les champs de luzerne des places circulaires qui se dégarnissent et dont le rayon s'étend progressivement; c'est que le rhizoctone a atteint les racines de cette plante. On parvient souvent à arrêter le mal en le circonscrivant au moyen d'une tranchée profonde; mais ce procédé échoue quelquefois. Si le mal continue, il n'y a alors d'autre remède que de défricher la luzernière et de ne pas la faire ^revenir à la même place pendant de longues années.
La luzerne a, parmi les insectes, un ennemi redoutable, c'est la larve de Veumolpe obscur, connu aussi sous les noms de barbotte, nigril, canille (Colaspis atra, Oliv.). L'insecte parfait est d'un noir luisant, de forme ovale; le mâle est long de 4 millimètres 1/2 (fig. 573),
^ Fig. 576.
Fi g. 573. Eumolpe ob- Fig. 574. Eumolpe Fig. 575. Larve CEufi de scur, individu mâle, obscur, individu de r eumolpe r Eumolpe
femelle. obscur. obscur.
et la femelle a 8 millimètres (fig. 574). L'eumolpe, propre au Midi de la France, se montre, dès le mois de mai, à l'état de larve (fig. 575), sur les premières pousses de la luzerne, peu avant sa floraison. Les dégâts sont peu apparents d'abord, à cause du petit nombre d'insectes; mais bientôt ces larves se transforment en insectes parfaits, et les femelles ayant été fécondées, elles déposent chacune environ 200 Oeufs oblongs, luisants, et de couleur jaune foncé (fig. 576), sur les débris tombés des tiges de la luzerne. Après la ponte, la plupart des insectes parfaits périssent. Peu de temps après la récolte de la première coupe, les myriades d'œufs éclosent, les larves se jettent sur les nouvelles pousses de la luzerne et causent vraiment des dégâts désastreux. Si Ton n'y porte remède, cette seconde coupe est presque entièrement dévorée; puis une nouvelle génération succède à celle-ci et cause de semblables ravages à la coupe suivante, et ainsi de suite, jusqu'à la fin de l'été, pour recommencer Tannée suivante.
Pour détruire cet insecte il suffît de retarder le fauchage de la première coupe jusqu'au moment où les jeunes larves sont parvenues au sommet des tiges, et avant qu'elles aient acquis assez de force pour émigrer vers un nouveau champ, après avoir épuisé celui qui les a vues naître. On abat alors les luzernes, celles-ci se dessèchent et les larves meurent avant d'avoir trouvé des aliments; on les rencontre alors en grande quantité sur les bordures des champs, où elles ont pu arriver avant de mourir, et, après quatre ou cinq jours, on n'en observe plus une seule.
Quant à l'influence du retard apporté dans le fauchage de cette première coupe sur la qualité et la quantité du fourrage, elle ne parait être qu'avantageuse. On a constaté, en eflet, que la première coupe, récoltée au début de la floraison, comme on le fait habituellement, est plus aqueuse et perd beaucoup plus de son poids par la dessiccation que les autres coupes fauchées à la même époque. Ou gagne donc ainsi sur la quantité et sur la qualité du fourrage. Il est vrai que ce retard peut faire perdre une dernière coupe, mais cela n'est qu'accidentel, et celte petite perte est bien compensée par la destruction des insectes.
M. de Gasparin a récemment indiqué le procédé suivant : l'Eumolpe parait d'abord sur une surface fort restreinte du champ, et étend de là ses ravages sur la totalité. A son éclosion, lorsqu'il est encore cantonné sur un petit espace, on couvre celui-ci d'une couche de paille et l'on y met le feu. Tous les insectes sont ainsi détruits, soit qu'on brûle ceux déjà sortis de terre, soit qu'on étouffe ceux qui sont encore entre deux terres. La prairie repousse bientôt vigoureusement, pourvu que le feu n'ait pas été trop intense.
Récolte. — On récolte la luzerne lorsqu'elle commence à fleurir; plus tôt, elle est trop aqueuse, moins nourrissante et se fane plus difficilement; plus tard, i/ est à craindre qu'elle ne tlevienne ligneuse et ne soit mangée moins volontiers par les bestiaux. Toutefois, la dernière coupe est récoltée avant la fleur, afin de pouvoir profiter du beau temps pour en sécher le produit, lorsqu'on veut le convertir en foin.
La luzerne peut, comme le trèfle rouge, être consommée en vert ou en sec. Dans le premier cas, on emploie les procédés décrits pour le trèfle rouge. Il faut surtout ne pas négliger ceux qui ont pour but d'empêcher la météorisation, car la luzerne produit cet accident tout aussi facilement que le trèfle.
Pour convertir ce fourrage en foin, on emploie à peu près les mêmes procédés que pour le trèfle. Nous devons, toutefois, faire à cet égard les observations suivantes : la luzerne, étant moins aqueuse,
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se dessèche plus rapidement. Quoiqu'elle perde ses feuilles un peu moins facilement, on doit cependant conduire le fanage de façon à en conserver le plus possible, puisqu'elles forment la meilleure partie du fourrage. A cet effet, on écarte un peu les andains, et après les avoir retournés deux ou trois fois dans la journée avec une fourche de bois, on les met en petits tas que Ton se contente de retourner et d'aérer jusqu'à ce qu'ils soient assez secs pour en» former des tas moyens, et enfin de grands tas que Ton rentre le lendemain, après la rosée, avant ou après le bottelage. La luzerne, en se desséchant, perd en moyenne 75 pour 100 de son poids.
Rendement annuel. — Le rendement annuel de la luzerne varie beaucoup selon le climat, le sol et l'à^e. Sous le climat du Midi, ce rendement peut s'élever, pour une luzerniére âgée de trois ans et placée dans un sol très-favorable, jusqu'à 15,000 kilogrammes. Sous le climat de Paris et dans les mêmes conditions, ce rendement ne dépassera guère 8,000 kilogrammes. La nature du sol, sa richesse en engrais, et surtout sa plus ou moins grande dose d'humidité pendant l'été, peuvent produire des différences plus grandes encore. Ainsi, pour des luzernières du même âge que les précédentes, placées dans un sol très-sec en été, ce rendement peut descendre à 4 ou 5000 kilogrammes. La cause de ces différences doit être surtout attribuée au nombre de coupes qu'on peut obtenir dans l'année. Dans les luzernières du Midi, situées dans des terrains frais ou soumis à l'irrigation, on peut obtenir jusqu'à six coupes successives en un an; sous le climat de Paris, on en fait trois ou quatre tout au plus. Nous devons ajouter que toutes les coupes de l'année ne sont pas également productives. La première est ordinairement la plus abondante, parce qu'elle profite de tous les sucs nutritifs accumulés dans le sol depuis la fin de la végétation de Tannée précédente; les autres vont en diminuant, soit par l'épuisement du sol, soit à cause de la sécheresse de l'été.
L'âge de la luzerniére exerce aussi une grande influence sur son rendement annuel. Lors de la première récolte, ce rendement est assez faible. C'est ordinairement à la seconde année qu'on obtient le maximum de produit. Celui-ci se soutient parfois pendant la troisième année; mais, à partir de ce moment, il diminue assez rapidement, jusqu'à ce qu'il devienne tellement faible qu'on doive rompre la luzerniére.
Voici, en résumé, quel sera, par hectare, le produit en fourrage sec d'une luzerniére située dans des conditions moyennes par rapport au climat, à la qualité du terrain, à sa richesse en engrais, et sur laquelle on pourra faire chaque année quatre coupes successives :