MOUTARDE BLANCHE
La moutarde blanche, appelée aussi moulardin, herbe au beurre {sinapis alba L.) (lig. G17 à 619), jouit également de la triple propriété de pouvoir être cultivée comme engrais vert, comme fourrage et comme plante oléagineuse; mais c'est surtout sous le second de ces états qu'elle offre quelque importance.
Semée comme récolte intercalaire à diverses époques de l'année.
depuis février jusqu'en septembre, elle fournit un fourrage vert d'as-
Fig. 619. Fruit Fig. 6*1. Fig. 621
de la moutarde blanche. Flfur du pastel : Fruit du pastel.
sez bonne qualité et qui convient surtout aux vaches laitières, aux quelles on peut le faire pâturer jusqu'à la fin de décembre.
SPERGULE
L'ensemencement de cette plante est fait comme celui des navettes; on emploie la même quantité de semences.
Le pastel (isatis tinctoria, L.) (fig. 620 à 622), dont nous nous occuperons plus en détail à l'article des plantes tinctoriales, est une plante bisannuelle qui, en raison de sa grande rusticité et surtout de sa précocité, est utilisée comme fourrage printanier. Les moutons le mangent volontiers; les bœufs le repoussent d'abord, mais ils s'y habituent bientôt.
Le pastel, cultivé comme fourrage, peut être semé sur des terres médiocres, pourvu qu'elles soient bien égouttées et qu'elles offrent, dans leur composition, une notable proportion de calcaire. On sème à la volée, au printemps ou à la fin de l'été, sur un sol bien préparé; la quantité de semence est de 10 à 12 kilog. par hectare. Si l'ensemencement a été fait au printemps, le pâturage pourra commencer à Fautomne, et se continuer jusqu'à la fin du printemps suivant. Si l'on n'a semé qu'à l'automne, on ne fera consommer ce fourrage qu'au printemps.
SPERGULE .
La spergule des champs, spergoutle, spargarette, espargoutle, sporée (spergulaarvensis, L.) (fig. 623 à 625), croît spontanément sur tous les terrains siliceux du Nord et des parties tempérées de l'Europe. Cette plante annuelle est cultivée, depuis longtemps déjà, comme fourrage dans plusieurs parties des Pays-Bas et de l'Allemagne. Essayée en France depuis quelques années, elle semble devoir être admise dans certaines localités qui lui sont propres. Elle donne un fourrage qui, vert ou sec, est d'excellente qualité pour les vaches laitières; il passe pour améliorer singulièrement la qualité du beurre; il convient, du reste, à tous les bestiaux. Ses semences sont, dit-on, aussi très-nourrissantes. La rapidité du développement de cette plante est telle qu'on p«nit en obtenir une série de récoltes successives pendant tout l'été, en variant les époques d'ensemencement. Enfin, comme elle partage avec les légumineuses la faculté de puiser dans l'atmosphère une grande partie de ses éléments nutritifs, elle est plutôt améliorante qu'épuisante pour le sol. Cette dernière propriété, jointe à la rapidité de sa végétation, la rend très-propre à être cultivée comme un engrais vert.
Variétéi. — La spergule des champs s'élève à peine à 0B30; aussi
n'est-ce pas elle que Ton soumet habituellement à la culture, mais bien une de ses variétés, considérée par quelques botanistes comme une espèce distincte, et qu'ils ont nommée spergule géante (spergula maxima, Reichenb.). Elle ne diffère de la spergule des champs que par la hauteur de ses tiges, lesquelles dépassent souvent 1 mètre, et par ses semences un peu plus grosses, brunes, pointillées de jaune et de brun foncé, et dépourvues de l'anneau saillant et blanc qu'on remarque sur celles de la spergule des champs. Elle parait s'être
produite en Courlande et en Westphalie, où elle croit spontanément.
Climat et toi. — La spergule n'atteint les dimensions dont nous venons de parler que sous les climats humides, brumeux, pluvieux. Dans les climats secs et brûlants, elle fleurit près de terre malgré les irrigations, et ses produits sont presque nuls.
Quant aux sols où elle prospère, ce sont les terres siliceuses, ou sablo-argileuses très-perrnéables, et qui conservent un peu de fraîcheur en été, soit par l'humidité atmosphérique, soit par celle du sous-sol.
Fig. 623. Spergule des champs.
Fig. m.
Fleur de la spergule des champs.
Fig. 625.
Fruit de la spergule des champs.
Place dans la rotation. — La spergule est cultivée comme récolte principale ou comme récolte intercalaire. Dans le premier cas, on la fait succéder aux récoltes tardives, telles que pommes de terre, betteraves, etc., et l'on sème à diverses époques, de façon à produire du fourrage vert pendant tout Tété. Dans le second cas, on la place après toutes les récoltes précoces, tels que seigle, trèfle incarnat, etc. Celte plante n'épuisant pas le sol, l'améliorant même, devient une très-bonne préparation pour les céréales, le seigle, par exemple. On peut aussi lui faire succéder les pommes de terre lorsqu'elle a été semée de bonne heure au printemps. Enfin, elle peut se succéder immédiate-
SPERGILE. m
ment à elle-même, ce qui permet d'en obtenir, sur le même terrain, plusieurs récoltes dans la même année.
Culture. — Préparation du §ol.— La spergule ne demande qu'une préparation très-simple du sol : on laboure peu profondément, puis on herse de façon à bien pulvériser la couche superficielle. Quan à l'engrais, nous avons vu qu'elle puise une grande partie de ses éléments nutritifs dans l'atmosphère; elle est donc peu exigeante à cet égard. Toutefois son développement et son produit seront d'autant plus considérables que le sol sera plus riche. Elle se trouve très-bien de l'application des engrais liquides répandus au moment de son premier développement.
Semai Ile. — La spergule peut être semée depuis le commencement de mars jusqu'au milieu d'août. On choisit la première époque lorsqu'on veut la cultiver comme récolte principale. On la sème en récolte intercalaire aussitôt après l'enlèvement des seigles ou des trèfles incarnats, et Ton échelonne ensuite les époques d'ensemencement, de façon à faire la dernière récolte au moment de -la semaille du seigle qui doit lui succéder.
La quantité de semence à répandre est de 45 kilogr. par hectare. Comme cette semence dégénère assez rapidement dès que la plante est éloignée du climat sous lequel elle s'est produite, il est bon de la renouveler souvent; on la tire généralement de Riga. On l'enterre très-peu, à cause de sa finesse; après l'avoir répandue à la volée sur le sol préalablement hersé, il suffit de faire passer le rouleau pour qu'elle soit assez couverte.
Récolte. — La spergule est consommée en vert et en sec. Gomme fourrage vert, on la fait pâturer sur place ou à 1 etable. Dans ce dernier cas, on choisit pour la faucher le moment où elle commence à fleurir. Lorsqu'on la fait pâturer, on attache les bestiaux, comme nous l'avons indiqué pour le trèfle, sans quoi ils gâteraient une grande quantité de fourrage.
C'est surtout la spergule semée en mars, comme récolte principale, que l'on convertit en foin. On attend pour la récolter qu'elle soit en pleine floraison. On la fane à la manière du trèfle. Une longue pluie, survenue après la coupe, ne nuit pas sensiblement à sa qualité. Si le temps se maintient humide, on roule le fourrage en forme de boudins et on le sèche sur des perches semblables à celles décrites pour le trèfle.
Si l'on veut récolter les graines, on choisit la spergule semée au printemps, parce que les semences mûrissent mieux. Dès que la maturité est arrivée, il faut se hâter de faucher, de faner et de battre, car les graines s'échappent facilement. Mais, quelque diligence qu'on
fasse, il en tombe toujours une assez grande quantité pour qu en donnant un labour léger, suivi d'un hersage et d'un roulage, on obtienne une seconde récolte sur le même terrain.
Les graines de spergule sont employées encore à l'alimentation des bestiaux. On les considère comme plus nutritives que les tourteaux de colza. On les fait broyer au moulin, avant de les donner aux chevaux et aux vaches laitières; elles augmentent la quantité et la qualité du lait.
Rendement. Le rendement de la spergule peut être considéré comme égal à celui d'une coupe de trèfle en terrain ordinaire, soit 5500 kil. de fourrage sec. Cette masse de fourrage parait équivaloir à 3150 kil. de bon foin de prairie naturelle.
COMPTE DE CULTURE D'UN HECTARE DE SPERGULE COMME RÉCOLTE PRINCIPALE ET PRECEDANT UNE RÉCOLTE DE POMMES DE TERRE.
On labour superficiel Uf. »
Un hersage 2 GO
Semence, 15 kilogr. à 1 fr. le kilogr 15 »
Képandre la semence 1
Un roulage 2
Récolte 15 »
Intérêt pendant deux mois, à 5 pour 100, de 8000 kil. de fumier non absorbé par les récoltes précédentes, à 10 fr. les 1000 kil., y compris les frais de transport et
d'épandage 6 66
Loyer de la terre pendant six mois à 70 fr. par au. . . 55 • Frais généraux d'exploitation, pendant six mois, à 20 fr.
par an 10 »
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 5 09
Total 106f.35
PnODUIT.
35000 kilogr. de fourrage sec équivalant à 3150 kilogr. de foin naturel, à 71 fr. 50 les 1000 kil 225f.22
BALANCE
Produit 225 f. 22
Dépense * 106 35
bénéfice net 118 87
Environ 110 pour 100 du capital employé.