CHICORÉE
La chicorée sauvage (cichorium intybus, L.) (fig. G2Gà 628), est
une plante vivace qui croît spontanément dans toutes les terres calcairo-argileuses. Ses tiges rameuses, pourvues de fleurs d'un beau bleu, s'élèvent à 1 mètre ou lm50 et sont pourvues, vers leur base, de feuilles larges de 0œ08 à 0*10, et dont la longueur dépasse quelquefois 0m35. C'est en 1784 que Cretté de Paluel commença à cultiver la chicorée comme plante fourragère aux environs de Paris; Arthur Youn#, en ayant apprécié les bons résultats, s'empressa de l'introduire
Fig. 626. Chicorée sauvage.
Fig. 627. Fleur de la chicorée sauvage.
Fig. 628.
Graine de la chicorée sauvage.
en Angleterre. Depuis cette époque, la culture s'en est progressivement étendue dans plusieurs localités. Quelques années plus tard on utilisait sa racine comme succédanée du café, ainsi que nous le verrons plus loin à l'article des plantes économiques.
Les avantages de 4a chicorée, comme plante fourragère, sont les suivants : son fourrage est assez précoce; on peut en obtenir trois coupes successives dans la même année. Employé en vert, les moulons et les porcs le mangent avidement; les vaches le repoussent d'à-
bord, mais elles s'y habituent bientôt. On a reproché à cette plante de communiquer au lait et au beurre une amertume assez prononcée; cela est vrai lorsqu'on l'administre seule, mais cet inconvénient disparait lorsqu'on la mélange avec d'autres fourrages. Ce qui donne surtout de l'importance à la chicorée, c'est son action tonique sur les bestiaux, qui rend moins fréquentes les maladies cutanées auxquelles ils sont exposés.
En résumé, cette plante ne doit pas occuper le premier rang dans une exploitation; il faut seulement lui conserver une certaine surface, afin de la mélanger avec les fourrages verts qu'on donne aux moutons, aux vaches, aux porcs, et même aux chevaux, surtout au printemps. Comme fourrage sec, cette plante est assez médiocre.
Climat et toi. La chicorée s'accommode de tous les climats de la France. Elle est aussi peu difficile quant à la nature du sol, pourvu qu'il ait du fond. Elle donne de bons produits dans les argiles compactes; ses racines profondes la font résister à la sécheresse dans les terrains légers; mais elle aime surtout les sols de consistance moyenne, riches en éléments calcaires.
Place dans la rotation. La chicorée pouvant avoir une durée de quatre à six ans, il faut lui consacrer une surface prise en dehors de l'assolement régulier. Elle ne parait pas épuiser sensiblement le sol; aussi peut-on lui faire succéder une céréale.
Culture. — Préparation du toi. Les racines de la chicorée s'enfoncent profondément, et demandent un sol suffisamment ameubli, offrant le même degré de fertilité que pour le trèfle.
Sem aille. L'ensemencement est fait au printemps, comme celui du trèfle, et, comme pour ce dernier on sème dans une autre plante, qui lui sert d'abri pendant les premiers temps de sa végétation. Dans le Midi, il est préférable de semer à l'automne, dans une céréale, à cause des sécheresses du printemps.
La semaille est faite à la volée. On a essayé de semer en lignes, mais il en est résulté un fourrage trop grossier. On répand,! 2 kilogr. de semences par hectare.
Comme toutes les plantes qui durent plusieurs années, la chicorée est exposée à être envahie par les plantes nuisibles; il faut donc lui appliquer, à la fin de l'hiver, à partir de la troisième année, un hersage énergique. Elle se trouvera bien aussi des engrais en couverture qu'on pourra y répandre à cette même époque.
Récolte. La chicorée, semée au printemps, peut être pâturée une première fois à l'automne. On la fait consommer de nouveau au printemps suivant, dès que les tiges commencent à fleurir; plus tard, elles deviennent trop dures et sont repoussées par les bestiaux. On peut
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en obtenir ainsi trois coupes successives chaque année, surtout si le sol conserve un peu de fraîcheur pendant l'été. Ce produit est pâturé sur place ou à 1 etable. Ce dernier mode est préférable en ce qu'il facilite le mélange avec d'autres fourrages.
On récolte la graine dé chicorée lorsque la plante est encore bien vigoureuse, sur la première coupe du printemps, qu'on laisse complètement mûrir. On coupe les tiges lorsqu'elles commencent à blanchir, on les laisse sécher sur le champ, puis on les rentre et on les bat par un temps bien sec. Après une récolte de graines, on défriche la chicorée, car cette production de semence a épuisé les plantes, et celles-ci ne donnent plus que de chétives récoltes. ■
On a reproché à la chicorée de laisser dans le sol, après le défrichement, un grand nombre de racines qui, donnant lieu à de nouvelles plantes, salissent les récoltes suivantes. L'expérience a prouvé qu'une culture de plantes sarclées, placées après la céréale qui succède à la chicorée, Suffit pour nettoyer le sol.
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Nous nous sommes déjà occupés du maïs comme plante céréale (t 1, p. 640); cette graminée n'est pas moins précieuse comme fourrage. Sous cette forme, elle fournit un produit qui, sec ou vert, est très-recherché par tous les bestiaux. S'il est vrai que, donné seul aux vaches laitières, le maïs ne constitue pas une nourriture aussi riche que le bon foin, et diminue la sécrétion du lait, il est facile de faire disparaître cet inconvénient en lui associant une légère proportion de matières plus substantielles. 11 offre, d'ailleurs, sur la plupart des autres fourrages, cet avantage que les binages qu'il exige pendant la végétation nettoient le sol des plantes nuisibles qui le salissent.
Variété». Toutes les variétés de maïs ne sont pas également propres à être cultivées comme fourrage. On doit choisir de préférence celles qui acquièrent de grandes dimensions et dont les feuilles, amples et nombreuses, sont les plus tendres. Les variétés que nous avons désignées, à l'article des céréales, sous les noms de maïs d'automne et de maïs blanc tardif, remplissent bien ces conditions.
Climat et toi. Nous avons vu que le maïs, considéré comme plante céréale, ne peut être utilement cultivé en France au delà du -47° de latitude; mais, pour la production du fourrage, il peut être adopté sur presque toute 1 étendue de notre territoire, ainsi que le démontrent le succès qu'on en obtient depuis longtemps en Alsace et en Bretagne.
Place dans la rotation. Le maïs-fourrage est cultivé, comme récolte principale, sur les soles ordinairement consacrées aux prairies artificielles; on lui fait encore occuper la place d'une récolte intercalaire, et, dans ce cas, il succède au seigle, au trèfle incarnat, à la vesce d'hiver, ou à quelque autre récolte précoce. Il prépare très-bien le sol poulies céréales. Si son ensemencement a eu lieu de bonne heure au printemps, ainsi que cela se pratique dans le Midi, on peut le remplacer par un fourrage d'été, tel que pois ou vesce, afin d'occuper la terre depuis sa récolle jusqu'à l'automne; ou bien, comme il peut se succéder à lui-même, on en fait un nouvel ensemencement sur le même terrain.
Culture. — Préparation du sol. — Engrais. Le sol destiné à cette culture doit être convenablement ameubli, et recevoir au moins un labour, suivi de hersages et de roulages. S'il n'est déjà dans un état de fertilité suffisant, il faut y répandre une fumure avant le labour, car cette plante ne procure un fourrage abondant que sur les terrains un peu riches. Elle est toutefois moins épuisante, comme fourrage, que lorsqu'on la cultive pour ses graines.
Semaille. Le maïs-fourrage peut être semé dans le Midi de la France, depuis le commencement d'avril jusqu'aux premiers jours d'août. On peut, en échelonnant convenablement les époques d'ensemencement pendant ces quatre mois, soit sur le même terrain, soit sur des terrains différents, obtenir un fourrage vert de très-bonne qualité, depuis juin jusqu'à Ja fin d'octobre. Dans les autres contrées de la France, moins favorisées par le climat, le premier ensemencement ne pourra commencer qu'en mai, et le dernier devra être fait vers le milieu de juillet; après cette époque, les plantes seraient surprises par les premières gelées, avant d'avoir pris un développement suffisant.
Le mode d'ensemencement est le même que celui que nous avens décrit pour le maïs cultivé pour sa graine, à cette différence près que les lignes ne seront distantes que de 0ra55, et que les plantes seront placées à 0m10 les unes des autres. On emploie environ 80 litres de semences par hectare.
Dans quelques localités de l'ouest de la France, où l'on a commencé à adopter cette culture, on sème le maïs en pépinière, dans un terrain léger, richement fumé, bien abrité et chaudement exposé. Cet ensemencement, répété depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de juin, permet de repiquer en plein champ depuis la première quinzaine de mai jusqu'à la fin de juillet. Ce procédé peut être préféré à l'ensemencement à demeure, dans les terrains argileux où la germination procède toujours lentement. Dans le Midi, l'ensemencement à demeure sera * toujours préférable.
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Dans tous les cas, cette récolte doit recevoir, pendant sa végétation trois binages, dont un pratiqué sur les lignes avec la houe à main et deux autres entre les lignes avec la houe à cheval, plus un buttaee exécuté avec le buttoir. e
Récolte. La récolte du maïs-fourrage commence dès que les épis mâles montrent leur pointe, et on la continue jusqu'à la pleine iïoraison; plus tôt, les plantes sont trop faibles et moins nourrissantes, et Ion perd sur la quantité et la qualité du produit • plus tard, les tiges devenant trop dures, sont difficilement mangées par les bestiaux, et le sol est plus épuisé. Dans le Midi, ce n est que deux mois environ après l'ensemencement que les plantes ont atteint un développement suffisant. Dans les départements de l'Est et de l'Ouest, il faut attendre trois mois. Le fauchage des tiges doit se laire deux lois par jour : le matin, après la rosée; le soir une heure ou deux après le coucher du soleil. II faut se garder de couper le fourrage au milieu de la journée, surtout lorsque le soleil est brûlant car il s'échauffe facilement, et, dans cet état, il est refusé par les bestiaux; il les expose, d'ailleurs, à des maladies.
Lorsque la grêle a frappé le maïs avant qu'il soit suffisamment développé, on doit se hâter de le faucher; les plantes repoussent du pied et donnent encore un produit satisfaisant.
Si l'on n'a pu faire consommer la totalité de ce fourrage en vert en temps convenable, on le transforme en foin, avant qu'il soit trop dur; mais la difficulté de le dessécher rend cette pratique difficile partout * ailleurs que dans le Midi.
Rendement, Le rendement du maïs-fourrage peut s'élever, en moyenne, à 7000 kilog. de fourrage sec, ce qui équivaut à environ 5000 kilogr. de bon foin de prairie naturelle.