‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 9 sur 167 · CB · texte numérisé non relu

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Il ressort évidemment de ce tableau qu'il n'est pas possible de conclure la valeur d une pomme de terre destinée à l'alimentation, seulement par son pouvoir productif; mais qu'il faut aussi tenir compte de sa richesse en matière sèche. On voit, en effet, que la Patraque rose jaune, qui occupe le sixième rang dans la terre argileuse quand on ne considère que la production, ne se trouve plus dans les dix premières lorsqu'on vient à tenir compte du pouvoir nutritif. Par la même raison, on ne pourrait pas juger du mérite d'une pomme de terre seulement par sa richesse en matière sèche; ainsi la Patraque rose Deseroizilles, très-riche en matière sèche, dans le sable humifère, puisqu'elle en renferme 2«J,;> pour 100, n occupe que le huitième rang dans cette même terre si l'on calcule son rendement, parce qu'elle est peu productive. Il faut donc, nous le répétons, suivre la raison composée des pouvoirs productif et nutritif, pour connaître la valeur relat ive de chaque variété dans les différents sols.

On voit, par ce dernier tableau, que les variétés les plus convenables à l'alimentation ne sont pas toujours celles qu il faut choisir pour l'extraction de la fécule; ainsi la patraque blanche premières façons, qui, pour l'alimentation, occupe le second rang dans la terre argileuse, ne se trouve que la neuvième sous le rapport industriel. Nous ferons également remarquer combien il importe aussi Je tenir compte, à la fois, et du produil et de la richesse en fécule de chaque variété, pour assigner leur valeur industrielle; en effet, \a putraque jaune oxnoble, qui occupe, pour son produit, le premier rang dans le sable humifère, n est plus placée que la quatrième sous le rapport industriel; au contraire, la patraque jaune fruit-pain, qui, dans la terre argileuse, vient la seconde au point de vue industriel, n'est cependant placée que la septième dans la même terre, lorsqu'on ne considère que son m produit.

Les deux tableaux qui précèdent montrent donc d'une manière évidente quelles sont, pour chaque espèce de terrain, les variétés de pommes de terre qui doivent être cultivées de préférence, tant sous le rapport de l'alimentation que sous celui de l'extraction de la fécule. On fera bien, toutefois, de ne pas faire à toutes les régions de l'Europe une application trop rigoureuse de nos expériences, car on ne peut méconnaître l'influence que la nature du sol exerce sur la production et la constitution chimique des pommes de terre, aussi bien que sur toutes les autres plantes. Il n est pas douteux que les circonstances climatériques n'agissent pas moins sur elles, et les principes et les faits qui conviennent aux régions du Nord ne pourraient pas toujours être utilisés avec prolit dans les régions du Sud, etc. Pour n'en citer qu'une preuve, prise dans notre propre sujet, en même

temps que nous constations que la Bohan est, pour le climat de la Seine-Inférieure, une des meilleures variétés à proposer, le professeur Domenico Milano, de Turin, reconnaissait expérimentalement que c'est une des moins avantageuses à cultiver dans les terres du Piémont.

Nous pensons donc qu'il est indispensable d'entreprendre des expériences précises et directes dans les différents sols et sous les divers climats, si Ton veut connaître les variétés qui conviennent le mieux à chaque localité.

Climat et sol — Climat. La végétation rapide de la pomme de terre a permis d'en pratiquer la culture partout où l'on récolte des céréales; cette culture dépasse même cette limite, si l'on choisit les variétés hâtives qu'il suffit d'un été fort court pour amener à maturité. C'est ainsi qu'on cultive maintenant la pomme de terre en Islande, et à des hauteurs considérables sur les montagnes de 1 Europe, là où les céréales ne peuvent plus réussir. Dans les pays chauds, au contraire, et surtout dans les localités exposées à la sécheresse, les tubercules se forment, s'organisent intérieurement, mais sans pouvoir grossir; puis, s'il survient de l'humidité, de nouveaux et petits tubercules naissent, mais le grossissement des anciens n'a pas lieu, aussi cette plante est-elle peu cultivée dans ces contrées, si ce n'est dans les terrains susceptibles de conserver naturellement ou artificiellement une dose d'humidité suffisante, ou encore, dans ceux qui sont situés à des hauteurs assez considérables pour ramener le climat aux conditions convenables de température, ainsi qu'on le voit dans les Andes équatoriales, où elle est cultivée, d'après de Humboldt, entre 5000 et 4000 mètres. Les produits de la pomme de terre seront donc d'autant plus abondants qu'on la cultivera dans un climat plus tempéré.

Sol. Quoique la pomme de terre puisse donner des produits passables dans presque tous les terrains, en admettant qu'on cultive, dans chacun d'eux, et pour chaque climat, la variété qui convient le mieux, on peut dire, en général, qu'elle préfère les sols légers ou de consistance et d'humidité moyennes, les sables d'alluvion un peu humides, les terres sablo-argileuses et cnlcairo-argilenses 11 faut, en un mot, que la terre, à 0m30 de profondeur, conserve, pendant la durée de la végétation, seize centièmes de son poids d eau; cette proportion pourra, sans inconvénient, augmenter un peu dans les climats chauds ot diminuer dans ceux qui sont naturellement humides.

Dans les sols très-argileux, et dans ceux qui offrent une très-forte dose d'humidité, outre que le produit sera peu abondant, les tubercules seront peu nutritifs, et tellement aqueux, qu'ils deviendront

malsains pour les bestiaux. Dans les terrains secs et arides, le produit souffrira de l'absence d'humidité, mais les tubercules seront de bonne qualité. Ces données ressortent encore des expériences relatées précédemment. En effet, si nous prenons le rendement total fourni par nos dix variétés dans cbaque sorte de (erre (p. 14), nous voyons d'abord que :

Le sable pur d'aliuvion donne .... 71k",842 de tubercules.

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