‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 94 sur 167 · A HT AU H ICO LE · texte numérisé non relu

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menées. Cette opération, répétée pendant deux ou troi* ans. eu purgera complètement le pâturage.

Outre les plantes dont nous venons de parler, nous devons aussi signaler les feuilles des arbres qui, en tombant à l'automne, couvrent le sol jusqu'au commencement de l'été suivant. Ces feuilles sont également préjudiciables aux pâturages, soit en communiquant au lait ou à ses produits une saveur amère, soit en étouffant les herbes ou en donnant de l'acidité au terrain. Les feuilles d'une désagrégation lente, telles que celles du hêtre, du chêne, des peupliers, ont surtout une influence fâcheuse. Il convient donc de faire enlever ces feuilles au commencement de l'hiver.

Enfin, on doit encore faire faucher et enlever, à la fin de l'été, les relais ou refus, c'est-à-dire toutes les herbes isolées ou en touffes, délaissées par les bestiaux et qui, en se desséchant, nuisent au pâturage l'année suivante.

Destruction des animaux nuisibles. — Les taupes, les fourmis, les larves des hannetons sont les animaux les plus nuisibles aux pâturages.

Les taupes forment, à la surface du sol, de petites buttes de terre qui, multipliées, finissent par gâter un pâturage; mais si l'on a le soin de répandre ces taupinières de temps en temps, et surfont au printemps, il en résulte, pour la surface du sol, une sorte d'amendement qui augmente la vigueur des plantes. Dans ce cas, les taupes, qui dé (misent d'ailleurs dans la terre un grand nombre de larves d'insectes, surtout celles du hanneton, deviennent plus utiles que préjudiciables. Mais, comme leurs ravages peuvent s'étendre aux terres voisines, il est toujours convenable de les détruire. Dans les pâturages peu étendus, on se sert d'instruments à main pour ëtaupiner, c'est-à-dire pour répandre les taupinières; mais, lorsqu'il s'agit de grandes surfaces, il est plus prompt d'employer Yétaupinoir imaginé par Mathieu de Dombasle, en voici la description :

Cet instrument se compose: 1° de deux patins {a, lig. 774), recouverts dans tonte leur longueur par un madrier (/, fig. 775) sur lequel glisse l'instrument lorsqu'on le renverse pour le transporter d'un lieu à un autre; 2° de deux traverses b> dont l'une, celle de devant (fig. 775), est située à 0m04 au-dessus du plan inférieur des patins a; l'autre affleure le sol, et porte un chanfrein en-dessous, à la partie antérieure; 3" de deux couteaux c, placés obliquement, afin de faciliter leur action. Chacun d'eux est composé d une pièce de bois triangulaire, au-dessous de laquelle est fixée solidement une lame de fer tranchante de 0m08 à 0m10 de largeur, de O^OOi d'épaisseur, et de la longueur de la pièce de bois entre les deux pa-

I ifj. 774. Ëlaupinoir de Mtlhicu de I>omba*lc.

tins. Cette lame dépasse la pièce de bois en avant de 0"02, ce qui forme le tranchant. Le couteau antérieur est élevé de 0m03 au-dessus de la surface du sol; celui de derrière affleure le sol. On attelle une paire de chevaux à cet instrument, en fixant la volée au crochet d.

Quand on fait fonctionner cet étaupinoir, la traverse antérieure a, un peu élevée au-dessus du sol, attaque à peine les taupinières; mais le premier couteau les rase jusqu a 0m03 de terre, et le second les coupe au niveau du sol.

La terre qui en résulte s'accumule en avant de la traverse postérieure ([ , qui la pulvérise et la répartit dans les cavités du sol que l'instrument rencontre dans son parcours. Un seul passage de cet instrument sur le pâturage suffit ordinairement pour détruire les taupinières. Lorsque, cependant, celles-t i sont durcies ou engazonnées, on répète l'opération.

Les fourmis produisent des ravages analogues à ceux des taupes; on détruit les fourmilières avec le même instrument.

Roulage. — La-gelée agit sur certains pâturages à sol calcaire, sableux ou tourbeux, en soulevairt, la couche superficielle. Les racines des herbes sont alors ébranlées ou exposées à Fair. Pour remédier à cet accident, on fait passer, au printemps, un rouleau très-pesant. Ce roulage est toujours utile, surtout pour les jeunes pâturages, dont il force les plantes à taller davantage et à former promptement un gazon serré.

Entretien des rigoles. — 11 est enfin très-important de visiter, au moins une fois chaque année, les rigoles découvertes qui servent à l'assainissement des pâturages humides, et de creuser de nouveau celles qui ont été obstruées par les herbes ou par le piétinement des bestiaux.

Entretien dei prairies proprement dites ou prés. Engrais et amendements. — Le produit des prairies étant enlevé chaque année, tous forme de foin, sans aucune compensation pour le sol aux dépens duquel il s'est formé, on conçoit qu'il faille lui rendre de temps en ii. 20

Fig. lïh.'jCoHpe longitudinale de fétaupinoir.

temps les éléments qu'y ont puisés les plantes. Quelques agronomes se sont élevés, il est vrai, contre l'usage de fumer les prairies; ils ont dit que ces surfaces devaient non consommer des engrais, mais seulement en produire par l'alimentation qu'elles fournissent aux bestiaux, et que les prairies qui ne pouvaient se passer de fumure devaient être rompues. Cela serait vrai si les engrais répandus sur la prairie ne produisaient qu'une augmentation de fourrage égale au fumier qu'on en obtient, mais on sait depuis longtemps que, si, à une prairie amenée à son maximum de produit par des engrais suffisants, on applique de nouvelles fumures, la masse de fourrage produite par ces engrais supplémentaires sera moitié plus considérablejque ce qui est nécessaire pour reproduire cette même quantité d'engrais. Pour la plupart des autres récoltes, au contraire, et surtout pour celle des grains, les produits conversibles en fumiers sont moins considérables que la somme d'engrais puisés dans le sol. Il y a donc avantage à fumer les prés, puisqu'ils permettent ainsi d'augmenter la masse des engrais, et partant la fertilité des autres terres soumises à une culture annuelle. Toutefois il ne faut pas que cette fumure dépasse certaines proportions; ainsi, dans aucun cas, on ne devra consacrer aux prés plus de la moitié de l'engrais qu'ils peuvent produire.

Quelques prairies, cependant, conservent toute leur fécondité sans qu'il soit nécessaire d'y répandre ces éléments de fertilité. Tels sont les prés constamment améliorés par le débordement périodique des cours d'eau: ceux qui, soumis aux irrigations, sont baignés par des eaux chargées naturellement ou artificiellement de principes utiles; enfin, les prés situés au bas des pentes ou des coteaux, et qui reçoivent les engrais des terrains supérieurs, entraînés par les eaux.

En général, toutes les matières qui peuvent agir comme engrais sont bonnes à répandre sur les prairies; mais il faut avoir la précaution de les distribuer aussi également que possible à la surface. Sous ce rapport, les fumiers proprement dits, les varechs et autres substances volumineuses, non consommées ou réduites en terreau ne conviennent pas, parce qu'elles recouvrent les jeunes pousses, les font jaunir et retardent le développement des feuilles, tout en leur donnant une saveur qui répugne aux bestiaux. Les engrais pulvérulents, les terreaux bien mûrs, les engrais liquides, sont ceux qu'il faut préférer; on peut mieux les répandre, et ils pénètrent immédiatement la terre dans laquelle s'étendent les racines chevelues des graminées et des légumineuses. La marne, le sable, les cendres, les eaux bourbeuses, la poudrette, la fiente de tous les oiseaux, le guano, la chaux, le plâtre, et même la terre végétale, sont autant de substances

éminemment fertilisantes, quand on les applique à propos, à l'automne ou au printemps. Les cendres de bois, et surtout les cendres noires ou pyriteuses, sont évidemment les matières les plus efficaces pour les herbages, et on ne saurait trop y avoir recours. Lorsque les cendres noires sont trop chères par suite des frais de transport, on peut y suppléer au moyen de la couperose qu'on trouve facilement au prix de 7 à 8 fr. les 100 kilogrammes. Dans ce cas, on dissout cette substance dans l'eau, de manière que la dissolution ne marque tout au plus que £ à 1 degré à l'aréomètre de Baumé, et on fait des arrosages au printemps, comme pour tous les autres «ngrais liquides. Les cendres noires, ainsi que la couperose, ont le double avantage de détruire rapidement la mousse, toutes les autres mauvaises plantes, et de faciliter le développement des bonnes graminées et des légumineuses. Le purin, les urines, suffisamment étendus d'eau, produisent aussi des merveilles quand on les emploie au printemps.

Quand on peut disposer d'un courant d'eau pour l'irrigation d'une prairie, il y a avantage à creuser un fossé au point où l'eau entre sur le pré et d'où elle s'échappe pour se diviser et arroser. On emplit cette fosse de fumier consommé, de débris d'animaux, etc., qui achèvent de s'y décomposer lentement, et que l'eau entraine peu à peu dans un état de division extrême.

Il vaut mieux renouveler souvent les engrais que d'en mettre de grandes quantités à la fois. C'est surtout en ce sens que les engrais liquides sont encore très-utiles, car on peut les étendre autant que l'on veut et les répartir très-également.

Quand les terres sont en pente, c'est à la partie supérieure qu'il faut surtout répandre les engrais, puisque la pluie les entraine constamment vers la partie basse. Il y a même des prairies assez heureusement situées pour être entretenues en bon état par les fumures des prairies voisines qui les dominent sur plusieurs points. Sur un pré en pente, il faut donc éviter de semer les engrais pulvérulents à l'automne, dans la crainte que les eaux ne les entraînent pendant l'hiver chez les voisins.

Irrigations. — Si les irrigations sont peu usitées pour les pâturages et n'y offrent que des avantages restreints, il n'en est pas de même pour les prés, dont elles peuvent sextupler le produit, surtout sous le climat du Midi, lorsqu'on peut disposer d'eaux de bonne qualité. Nous sommes entré dans tous les détails relatifs à cette importante opération au chapitre des Irrigations (t. l'r, p. 148).

Destruction des plantes nuisibles. — Les plantes nuisibles aux | rés sont les mêmes que celles que nous avons signalées pour les pâturages. Il convient cependant d'y joindre : 1° certaines espèces qui,

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très-basses ou étalées à la surface du sol, peuvent bien être saisies par la de :t des bestiaux, mais échappent à l'action de la faux; 2° d'autres plantes qui, consommées fort jeunes, comme cela a toujours lieu dans les pâturages, fournissent un fourrage de très-bonne qualité, mais dont la tige durcit rapidement en se développant, et qui sont complètement délaissées par les animaux après leur transformation en foin. Nous donnons ici la liste de ces quelques espèces qui sont toutes vivaces. à l'exception de la carotte sauvage.

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