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PRINCIPALES PLANTES NUISIBLES AUX PRÉS

Achillée ptarmique {Achillara plarmica, L.).

Berce brancursine (Heracleum sphondilium, L.).

Carotte sauvage (Daucus carota, L.).

Cenlaurêes (Cenlanrea).

Chrysanthème blanc, grande camomille ( Chrysanihemim leucanthcmunt, L.).

Consolide officinale {Symphylnm officinale, L.).

Eupatoire d'Avicenne (Eupatorium can-

nabinnm, L.).

Pissenlit commun ( Taraxacum dens

leonis, Lain.).

Plantain majeur (Plantago major, L.).

Plantain moyen (Plantago média, L.).

Séneçon jacobée [Senecio jacobea, L.).

La destruction des plantes nuisibles s'effectue comme pour les pâturages; toutefois elle est plus difficile, parce qu'il n'est pas possible d'entrer dans les prairies depuis le commencement de mai jusqu'à l'époque de la récolte, sous peine de nuire au produit; et c'est cependant le laps de temps le plus convenable pour pratiquer plusieurs des modes de destruction que nous avons conseillés. Pour surmonter, autant que possible, cette difficulté, on procédera de la manière suivante : Pour les espèces vivaces à racines non traçantes, on les fera arra. lier à la fin d'avril et immédiatement après chaque coupe; pour les plantes vivaces à racines traçantes, comme le fauchage plusieurs fois répété de leurs jeunes tiges n'est pas possible, il n'y aura pas d'autre moyen que de transformer le pré en pâturage pendant deux années environ, et, pendant ce laps de temps, on fera les fauchages nécessaires.

Si, enfin, les plantes nuisibles sont annuelles ou bisannuelles, il sera indispensable d'effectuer la coupe du pré un peu avant la floraison de l'espèce à détruire. Cette récolte précoce étant répétée pendant deux ou trois ans, la fera disparaître complètement.

L'irrigation suffit aussi pour anéantir quelques espèces annuelles ou vivaces, telles que V arrête- bœuf, les fougères, le chrysantème blanc, le cocrète, les euphorbes.

Destruction des animaua nuisibles. — Nous avons fait remarquer

que la présence des taupes dans les pâturages est peu pernicieuse; mais il est loin d'en être ainsi pour les prés : là, les taupinières deviennent une difficulté pour le fauchage et une cause de diminution dans le produit. Les dommages sont plus graves encore si la prairie est soumise à l'irrigation, car ces animaux détruisent en grande partie l'économie des rigoles destinées à répandre ou à recevoir les eaux. Les taupes doivent donc être détruites avec le plus grand soin.

Ce que nous avons dit dés fourmilières dans les pâturages s'applique également aux prés, car elles offrent les mêmes inconvénients que les taupinières.

Roulage. — Cette opération est au moins aussi utile pour les prés que pour les pâturages. Pratiqué au printemps, le roulage raffermit le sol soulevé par l'action des gelées; après chaque coupe, et surtout lorsqu'on a fait fonctionner l'étaupinoir, il complète l'action de celuici, en faisant disparaître jusqu'aux moindres aspérités du sol; il force les plantes à taller davantage.

Entretien des rigoles, épierrcment. — Enfin, on doit encore, chaque année, veiller à l'entretien des rigoles de dessèchement, et surtout rétablir avec soin celles qui sont destinées aux irrigations.

Les pierres disséminées à la surface des prés ont le très-grave inconvénient d'entraver le fauchage et de le rendre plus coûteux; aussi est-il nécessaire de les faire enlever avec soin.

Nous avons déjà dit qu'on peut faire consommer le produit des prairies naturelles, soit en le faisant pâturer sur place, soit en le faisant faucher. Examinons tout d'abord quelles sont les circonstances qui déterminent le choix à faire entre le pâturage et le fauchage.

La transformation de l'herbe en foin est une opération assez difficile sous les climats où l'été est humide; or ce sont précisément les contrées les plus favorables à la création des prairies; d'un autre côté, il arrive souvent que, dans les localités où il existe de grandes * étendues de prairies, les bras font défaut pour couper, faner et serrer les fourrages en temps convenable. D'ailleurs, la situation de beaucoup de prairies placées sur des pentes rapides ou sur des terrainstrès-accidentés, empêche d'en utiliser le produit autrement que pour le pâturage.

Il semble résulter, en outre, d'un grand nombre de fails que, dans

la plupart des plantes fourragères, le premier décimètre de longueur pousse plus vite que le second, celui-ci plus vile que le troisième, et ainsi de suite; si bien qu'en coupant la plante chaque fois qu'elle atteint O'MO de hauteur, par exemple, et en additionnant toutes ces coupes, on arrive à une longueur totale de beaucoup supérieure à celle qu'atteindrait, toutes choses égale d'ailleurs, la même plante abandonnée à sa végétation naturelle. Or, la fauchaison ne pouvant s'appliquer avec profit qu'à une herbe d'au moins 0ro30 de hauteur, il en résulte que le produit de la même prairie, recueilli par le pâturage, est plus abondant que si la prairie est soumise au fauchage. Enfin, les frais de fauchage, de fenaison, de transport du foin et des engrais, rendent l'exploitation des prairies par le fauchage plus coûteuse que par le pâturage. Il y aura donc, en général, plus d'avantage à faire pâturer les prairies qu à les faire faucher.

Il y a cependant des exceptions à cette règle; et d'abord il est indispensable, dans tous les cas, de réserver à l'état de pré une certaine étendue de prairie, afin d'en obtenir du foin qui, avec les fourrages artificiels et les fourrages-racines, formera la nourriture des bestiaux pendant l'hiver. D'un autre côté, le pâturage est impossible sur les prairies soumises aux irrigations pendant l'été; ensuite il y a, dans quelques circonstances dont nous parlerons plus loin, avantage à substituer la fauchaison au pâturage, et à faire consommer l'herbe fraîche à l'étable. Enfin on gagnera à transformer le produit de la prairie en foin, lorsque l'on sera assez rapproché de grands centres de consommation pour se défaire du fourrage à un prix plus élevé que celui qu'il donnerait par le pâturage. Ceci posé, examinons le mode d'exploitation le plus convenable pour les pâturages et pour les prws.

Exploitation des pâturages. Époque de Vannée où il convient d'introduire les bestiaux sur les pâturages. — Pour les pâturages nouvellement créés, la dépaissance peut commencer dès l'année qui suit celle de leur ensemencement. En général, il est bon de ne mettre les bestiaux sur le pâturage, au printemps, qu'au moment où les herbes ont pris un certain développement. Une dépaissance trop précoce nuit à la vigueur des herbes et influe défavorablement sur le produit de toute l'année. Si, au contraire, on tarde trop, il en résulte, d'un côté, que plusieurs plantes précoces offrent des tiges trop dures et que les bestiaux les délaissent; et, de l'autre, que l'on retarde le moment où les plantes repousseront de nouveau, ce qui diminue l'abondance du produit. *

La floraison du trèfle rouge, qu'on rencontre dans presque toutes les prairies, indique l'époque la plus convenable pour faire commencer le pâturage au printemps. Celte floraison a lieu, pour le climat de

Paris, vers le 15 mai. On continue ensuite jusqu'au moment où les pluies continuelles ou les frimas de l'hiver mettent un obstacle plus ou moins long à l'entrée des bestiaux sur la prairie. 11 est cependant quelques contrées à hiver doux où le pâturage est continué même pendant l'hiver. Mais, dans tous les cas, on doit suspendre cette opération vers le commencement du printemps, au moment où les herbes repoussent, trois semaines environ avant l époque que nous venons de fixer pour faire pâturer de nouveau.

Depuis le moment où Ton introduit les bestiaux sur le pâturage, au printemps, jusqu'à l'entrée de l'hiver, où on les en retire, la dépaissance ne doit pas être continue; il convient de laisser s'écouler un certain laps de temps entre chaque apparition des bestiaux sur le même point, de façon à ce que l'herbe puisse s'élever de 0m10 à 0ro25 pendant chaque intervalle; autrement, les herbes seraient rapidement épuisées et leur végétation deviendrait languissante. D'ailleurs les meilleures espèces de plantes étant plus recherchées et plus souvent broutées par les bestiaux, on les verrait bientôt disparaître au profit des espèces médiocres.

La variation de 0M0 à 0m25, que nous venons d'indiquer pour la hauteur qu'on laissera acquérir à l'herbe avant de la soumettre de nouveau au pâturage, est déterminée par les sortes de bestiaux; ainsi, cette hauteur devra être plus considérable pour des bêtes à l'engrais déjà en état, que pour des vaches laitières; pour celles-ci que pour des" élèves; pour ces derniers que pour des chevaux, et pour ces animaux que pour des moutons.

Le laps de temps qu'il faudra laisser entre les dépaissances pour que l'herbe atteigne ces divers degrés de développement varie suivant le climat, la richesse du sol et l'époque de l'année. On a calculé que, pour le climat de Paris, la dépaissance commençant au 15 mai, on peut de nouveau faire pâturer l'herbe le 24 juin, puis le 27 juillet, ensuite le 29 août et enfin le 7 octobre. La même prairie pourra donc être pâturée cinq fois pendant la belle saison. Nous devons ajouter qu'il sera utile, lorsque l'organisation de l'exploitation le permettra, de ne pas admettre les bestiaux >ur les pâturages, quelle que soit la saison, lorsque le terrain est humide et qu ils laissent l'empreinte de leurs pas. Ces empreintes fatiguent le gazon et nuisent à la qualité de l'herbe en retenant l'humidité qui favorise le développement des plantes de mauvaise nature.

Choix et nombre de bestiaux pour chaque sorte de pâturage. — La richesse des pâturages détermine le nombre et surtout la taille et la nature des bestiaux qu'on y nourrit. Les très-riches pâturages servent à l'engraissement des bœufs et vaches et s'appellent herbages a"em-

bouche. Les plus célèbres sont ceux du pays d'Auge et de plusieurs autres localités du Calvados (vallée de la Touque, de Corbon, de la Vire, de l'Aure, etc., ainsi que ceux du Cotentin (Manche . On trouve encore de bons herbages d'embouche dans la Nièvre, Saône-et-Loire, le Cher, les l)eux-Sèvres, la Vendée, la Charente-Inférieure, la Haute- Vienne, etc. Les herbages moins riches qui existent dans ces mêmes contrées ainsi que dans le pa\v. de Bray (Seine-Inférieure), et sur plusieurs points du Centre et du Nord de la France, servent en général à nourrir les vaches laitières et à faire des élèves. Il en est de môme des bons pâturages des montagnes de l'Auvergne, des Alpes, du Jura, des Vosges. Ailleurs, comme dans le Poitou, on élève principalement des chevaux et des mulets. Sur les pâturages les plus pauvres vivent les chèvres et les l:êtes à laine dont la taille se proportionne à la faculté productive du sol. Enfin on réserve les herbages marécageux aux porcs et aux oies; ceux-ci nuiraient aux autres pâturages.

Il y a cependant inconvénient à faire pâturer chaque sorte d'herbage par une seule espèce d'animal; il peut en résulter la détérioration de la prairie; car certaines plantes, dédaignées par l'espèce d'animal à laquelle le pâturage sera livré, ne tarderont pas à se multiplier et à envahir tout l'espace. Si, au contraire, on fait pâturer l'herbe par plusieurs espèces de bestiaux, ce qui est délaissé par les uns est mangé par les autres, et Ton utilise ainsi tout le produit d'une manière bien plus complète.

Cette association, toutefois, ne doit pas être simultanée, mais successive; autrement ces divers animaux se gênent et se privent mutuellement de la nourriture qui leur convient le mieux. L'ordre le plus convenable dans lequel ils doivent se succéder sur le même pâturage est le suivant. D'abord, l'espèce bovine, qui broute 1 herbe à une certaine hauteur; puis les chevaux, qui tondent l'herbe un peu plus court, mais qu'il faut exclure des pâturages un peu humides à cause de leur piétinement. On termine par les moutons, qui pincent l'herbe plus près encore; mais, comme ils l'arrachent souvent lorsqu'elle n'est pas bien enracinée, on s'abstient de les mettre sur les pâturages nouvellement créés.

Quant au nombre de tètes de bétail à entretenir sur une étendue déterminée de pâturage, il doit varier suivant le degré de fertilité du sol, l'espèce et la taille de> animaux. Certains herbages peuvent à peine nourrir, par hectare, deux moutons de petite taille, pendant la belle saison; tandis qu'il en est quelques-uns qui, sur la même étendue, engraissent en deux fois (de mars à la fin de juin, et de juillet à novembre) quatre bœufs de forte taille. Voici, cependant, une donnée qui peut servir de guide à cet égard :

Si Ton prend, sur un troupeau, dix bêtes choisies parmi les grosses, les moyennes et les petites, qu'on les pèse le matin, et qu'au bout de dix jours on les pèse de nouveau, le pâturage sera réputé suffisant si elles n'ont pas perdu de leur poids; il sera classé comme bon si elles ont gagné sensiblement. On verra ensuite, à l'herbe négligée ou gâtée, jusqu'à quelle limite on peut élever le nombre de ces bestiaux, pour une surface déterminée, sans qu'aucune partie du produit en soit perdue.

Il y a, du reste, autant d'inconvénients à trop restreindre le nombre des animaux qu'à l'augmenter outre mesure. Dans le premier cas, les bestiaux foulent aux pieds et détériorent autant d'herbe qu'ils en mangent, ou bien une certaine quantité de celle-ci se durcit, se dessèche avant d'être consommée et est perdue; dans le second cas, le bétail pâtit, et il ne se borne pas à manger l'herbe, il la ronge jusqu'au collet, arrache même les racines et dégarnit le gazon. 11 suffit d'un seul jour où une pâture aura été trop chargée pour que le dommage se fasse remarquer pendant plusieurs années.

Modes de dépaissance. — Deux modes de pâturages sont employés : le pâturage en liberté et le pâturage au piquet ou au tiers. Le premier est le plus anciennement usité; il consiste à laisser les bestiaux libres dans le pâturage. Pour qu'il ne présente pas d'inconvénients, il est indispensable de partager les grands herbages en un certain nombre de parties, séparées par une clôture, et qui reçoivent successivement les bestiaux. Sans cette précaution, ces derniers gâteraient une grande quantité d'herbe, ne mangeraient que les meilleures espèces, et les plus médiocres continuant de croître et de fructilier, le pâturage serait bientôt détérioré.

L'étendue de ces enclos est en raison inverse de la richesse du sol et et de la faculté qu'ont les herbes d'y repousser plus ou moins rapidement; elle est aussi proportionnée au nombre de bestiaux qu'on peut mettre au pâturage, de façon à ce que le produit puisse être consommé dans l'espace de huit à dix jours au plus. Il en résulte que les animaux reviennent plus souvent dans le même enclos, qu'ils consomment toujours de l'herbe jeune, tendre, et que les relais ou refus sont moins considérables. Nous savons d'ailleurs que, sous le même volume, cette herbe se digère mieux et qu'elle est plus nourrissante. Ajoutons cependant que la nécessité d'enclore empêche de foire des divisions trop petites, attendu que le périmètre, à égalité de côté, ne s'accroît pas en raison de la surface. Il faut 400 mètres de clôture pour un carré d'un hectare, il n'en faut que 800 pour un carré de 4 hectares.

Nous avons déjà décrit le mode de dépaissance au piquet ou au tiers en parlant de la culture du trèfle. Restreint, dans le principe, au

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pâturage des prairies artificielles, pour lequel il est indispensable, on rétend depuis quelque temps, notamment dans le Calvados, aux prairies naturelles. 11 offre, sur le pâturage en liberté, les avantages suivants : il fait mieux la part de chaque animal; celui-ci ne gaspille aucune partie, tout en se nourrissant mieux; l'herbe est tondue plus également; les engrais, moins disséminés, peuvent être plus régulièrement répandus chaque soir, ou enlevés pour être réunis au compost; enfin, on évite ainsi de multiplier les clôtures.

Exploitation des prés on prairies proprement dite*. — Le produit des prés peut être utilisé de deux manières : on le fauche pour le transformer en foin, ou pour le faire consommer, frais, à rétable. Examinons ces deux procédés; nous verrons ensuite dans quelles circonstances on doit préférer l'un à l'autre.

1° Fenaison. — Époque convenable. — Le choix de l'époque de la coupe des foins doit être déterminé par le besoin d'obtenir à la fois le fourrage le plus abondant, et le meilleur possible. C'est au moment de leur floraison que la plupart des espèces de plantes offrent ce double résultat. Mais, malgré le soin que Ton apporte à ne composer les prairies que de plantes fleurissant à peu près à la même époque, le gazon est bientôt envahi par d'autres espèces dont les époques de floraison sont différentes. De là la difficulté de déterminer le moment convenable où la récolte doit être effectuée.

Pour s'en rapprocher autant que possible, on attend que' le plus grand nombre des espèces qui composent la prairie soient en fleur. Avant cette époque, il y aurait perte sur la quantité, car les plantes n'auraient pas acquis tout leur développement; après ce moment, le produit ne serait pas augmenté, et l'on perdrait sur la qualité, car une grande partie du fourrage serait composée de tiges sèches épuisé es, et n'ayant d'autres propriétés nutritives que celles de la paille. D'un autre côté, les plantes, épuisées par cette végétation trop complète, repousseraient à peine; de sorte que la seconde et la troisième coupe de la même année en souffriraient beaucoup. i

On comprend que l'époque de cette floraison varie suivant le climat, le degré de précocité du terrain, et surtout, suivant la nature des espèces qui dominent dans le mélange. Pour le climat de Paris, ce moment arrive, en général, vers le 15 de juin. La règle que nous venons de "poser souffre quelques exceptions. Ainsi, si le climat, la nature du sol, celle des espèces qui forment la prairie permettent à celle-ci de donner trois coupes, on devance pour chacune d'elles le moment que nous venons d'indiquer; la première est effectuée vers la fin de mai, par exemple; les herbes, moins épuisées, repoussent plus vigoureusement et donnent, pour les coupes successives, un ren-

dément plus abondant. De plus, la dernière coupe est moins tardive, et peut être fanée en temps convenable.

Si le foin est destiné aux bêtes bovines, il faut aussi couper un peu plus tôt que s'il doit être consommé par les chevaux ou les moutons.

L'époque du fauchage exerce sur la constitution de la prairie, la qualité et la quantité de ses produits, une très-grande influence. On conçoit, en effet, que si une prairie est formée en grande partie par des espèces à époque de floraison moyenne, et que Ton coupe chaque année ces espèces au moment de leur floraison, elles ne se reproduiront que très-difficilement, leur proportion ira toujours en diminuant, tandis que les espèces précoces, qui auront fructifié avant la coupe, augmenteront sans cesse, lien résultera donc qu'au bout d'un certain temps la constitution de la prairie sera complètement changée, et que, de bonne quelle était, elle pourra devenir de médiocre qualité, si les espèces favorisées par l'époque de la récolte ne sont pas celles qui donnent le meilleur fourrage. De là la nécessité de changer de temps en temps le moment habituellement choisi pour la faucha ison, afin de permettre aux espèces que Ton a intérêt à conserver de répandre leurs semences.

Fauchage. — Le fauchage des prairies naturelles se fait comme relui des prairies artificielles. 11 importe encore plus de couper l'herbe le plus près possible du sol, car, dans les prairies naturelles, c'est surtout la base qui offre le produit le plus abondant et le meilleur; tels sont les trèfles rampants, les feuilles radicales des graminées, etc.

La faux employée est celle de Champagne (fig. 776). Elle est dépourvue du crochet en fer dont est munie la faux de Picardie (fig. 777), qui sert pour les prairies artificielles, parce qu'il n'est pas nécessaire de former des andains bien distincts, ceux-ci devant être éparpillés presque aussitôt après le fauchage.

Fanage. — Tout ce qui est coupé avant neuf heures du matin est répandu avec des râteaux ou des fourches. À midi, le loin est retourné, puis, après six heures du soir, on le réunit en petits tas nommés, suivant les pays, boccottes ou chevrottes. Ce qui est fauché après neuf heures du matin reste en andins toute la journée. Le lendemain, après la rosée, on étend ces andins, ainsi que l'herbe fauchée depuis le matin; après quoi, on étend les boccottes, en les réunissant par trois ou quatre les unes près des autres, afin d'en former promptement des moyens las vers le soir, ou s'il survient de la pluie. L'herbe ainsi étendue est remuée et retournée à plusieurs reprises avec des râteaux ou des fourches en bois. Le troisième jour, on étend ces moyens

(as, on les retourne, comme le jour précédent, une, deux ou trois Ibis, et, le soir, on peut les rentrer ou les réunir au nombre de quatre à sept pour en faire de gros tas. Le foin s'y échauffe un peu, sue, et acquiert ainsi plus de qualité; on le rentre le lendemain après la rosée. On évite avec raison de rentrer le foin humide, mais il faut aussi éviter de le rentrer par trop sec, parce qu'alors il a perdu de sa qualité.

Mais si, dans le cours de ces opérations, il survient du mauvais

Fi-. 776. Faux champenoise. Fig, 777. Faux picarde.

temps, on laisse les andains et les tas sans les étendre, et Ton se contente, à chaque éclaircie, de les ouvrir et de les remuer. Tant que le fourrage est vert et disposé en andains, il souffre peu de la pluie, et, lorsque les tas sont bien faits, l'humidité y pénètre rarement; mais si le trop mauvais temps ne lassait pas d'espoir de sécher le foin par la méthode ordinaire, on aurait recours à celle que nous avons décrite sous le nom de méthode Klappmcyer, en traitant de la culture du trèfle, ou bien on le rentrerait à moitié sec et Ton ferait usage de l'un des procédés décrits plus loin, au chapitre de la conservation des fourrages.

La fenaison se fait assez facilement sur les prairies sèches ou seulement fraîches; mais il n'en e^t pas ainsi pour les prés humides ou marécageux, même par un temps sec; car l'humidité du sol vient sans cesse rendre aux fourrages qui y sont étendus celle qu'ils perdent par lévaporation. Il n'y a guère alors d'autre moyen de fanage que la méthode Klappmeyer.

Lorsque les prairies ont été soumises à des inondations tardives et que les foins sont vasés, c'est-à-dire que les tiges sont couvertes d'un , . dépôt limoneux, on les coupe et on les fane par les procédés ordinaires; mais ces foins seraient très-malfaisants si avant de les donner aux bestiaux on ne les faisait pas battre au fléau, ou soumettre à l'action de la machine à battre le grain, pour enlever la poussière qui les couvre.

La coupe que Ton fait en automne, connue sous le nom de regain ou revive, est plus difficile à faner que les précédentes, parce que Therbe est plus aqueuse, que l'atmosphère est moins chaude et plus humide. Aussi est-il plus souvent préférable de faire pâturer ce regain, surtout lorsque son produit ne dépasse pas 1000 kilog. Cependant, si on veut le faner aussi, il convient de le traiter comme les foins rentrés à moitié secs.

Lorsque les foins devront séjourner pendant quelque temps sur le sol après le fanage, on en formera des meules; nous en indiquons plus loin la disposition. Quant au bottelage, on ne le fera p;«s immédiatement, il retarderait la rentrée du fourrage, et il Exposerait trop longtemps aux intempéries; mieux vaut le botteler au lenil à mesure des besoins.

Après l'enlèvement de la dernière coupe, et jusqu'au printemps suivant, on peut, sans inconvénient, livrer au pâturage les prairies soumises à la fenaison, excepté quand le temps est trop mauvais, et que la terre est humide et boueuse. Le piétinement des bestiaux est même utile à ces prairies, en raffermissant le sol soulevé par les gelées. Mais on fera cesser ce pâturage au printemps, du 15 mars au 15 avril, suivant le climat, sous peine de nuire à la pousse des herbes.

Pour opérer ce fanage, pour retourner le foin, l'étendre ou le réu*nir, on se sert de fourches en bois et fie râteaux.

Les fourches sont à deux ou trois dents (fig. 778 et 779). Le frêne, l'orme, le charme, le châtaignier et surtout le micocoulier de Provence en fournissent de bonnes. On les choisit bien droites, afin que les efforts de l'ouvrier ne portent pas à faux. Les pièces propres à cet usage résultent des hasards de la végétation et aussi des soins particuliers donnés aux jeunes scions, comme cela a lieu dans la commune

Ain AGIUCOLE.

de Sauve (Gardi, pour le micocoulier. Après avoir taillé les fourches, ou les écorce, ou les fait sécher dans un four assez chaud pour noircir légèrement leur superficie, puis on les frotte avec un corps huileux

Fiy . 77S. fourche Kig. 77H. Fourche Yis. 780. Fi-. 7S1. Hat, oh

a iteux dents-, à trois dents Fourche à trois pour te fanage,

pour le fanage. pour le fanage, dente artificielle.

aihi de les rendre plus dures et moins cassantes. Parfois, les fourches à trois dents sont artificielles, comme le montre la fig. 780.

Les râteaux servent aussi à retourner le foin, et spécialement à le réunir; ils sont également en bois et ordinairement pourvus d une double rangée de dents fort longues (tig. 781).

Le râteau employé aux environs de Parme diffère notablement du précédent (lig. 782)". Il est long de 1 mètre à 1ro40; il est surmonté d'une pièce de bois qui lui est parallèle, et qui sert à retenir le foin

réuni par les dents; son manche est long de lro60. Ce râteau est uniquement destiné à ramasser le foin.

Pour rendre plus rapide le travail du fanage, on a imaginé diverses

Ki- . 782. Râteau de Parme pour le fanage.

machines. Parlons d'abord de celle qui a été .construite en vue d'éparpiller les andains et de retourner le foin.

La machine qui semble la meilleure est la machine anglaise à faner de Woburn (fig. 783 et 784). Elle se compose d'un grand tambour en

Fig. 785. Machine anglaise à faner tle Woburn.

forme de hérisson, qui peut s'élever ou s'abaisser à volonté, aliu d'approcher plus ou moins du sol. Ce hérisson est composé de huit râteaux à dents de fer recourbées, lesquelles, étant assujetties à la fois à deux mouvements, l'un de translation, parallèlement au terrain et commun à toute la machine, et l'autre de rotation autour d'un axe, éparpillent le loin qui se trouve sur leur passage. En voici la description :

Brancards en bois, formant'une limoniére à peu près de la force de celle d'une cariole. Us sont garnis de crochets en frr, tant pour le tirage que pour le reculeinent, ainsi que d'arcs boutants en fer qui en consolident toutes les parties.

Ces brancards sont fixés sur une traverse également en bois qui les tient à distance et sur laquelle est posée une planche de champ, dont l'objet est d'empêcher le foin d'être projeté sur le derrière du cheval attelé au brancard. M. Deux barres de fer méplates, prolongeant les brancards sur lesquels elles

sont fixées avec des boulons, et allant ensuite s'ajuster de la même manière contre les fusées de l'essieu.

N. Houes de la machine.

Elles sont à peu prés de la force de celles d'une petite cariole. Les clous à vis du cercle de bandage des roues D' ont une tête en saillie d'environ 0"027. Ces têtes de clous s'enfonçant successivement dans la terre, par l'effet du poids et du mouvement de la machine, procurent à ces roues un point d'appui qui, les empêchant de glisser sur la terre, leur aide à transmettre leur mouvement de rotation au hé-

Fig. 784. Détail de la machine de Woburn. risson' <*uand machine

marche en avant.

II. Deux pièces de fonte de fer d'une forme particulière, dans lesquelles sont fixées à écrou les fusées d'essieu. Une de ces pièces recèle les roues d'engrenage ' qui transmettent le mouvement de l'une des roues au hérisson. Ces engrenages sont dans le rapport de 3 à i, c'est-à-dire que la roue faisant un tour, le hérisson en fait trois. Ces pièces donnent aussi le moyen d'élever ou d'abaisser le hérisson, en le fixant avec un boulon, dans un trou des arcs de cercle, contre les barres C.

E. Axe du hérisson; il est en fonte de fer, de forme gctogone et creux. Il porle sur un de ses bouts un pignon.

F. Barre ronde de 1er servant de noyau à l'axe du hérisson, et en même temps de moise, qui tient à une distance invariable les deux pièces de fonte L. Cette barre de fer est plus longue que le manchon, servant d'axe au hérisson, de toute l'épaisseur des engrenages. C'est de cette disposition que résulte le moyen d'engrener ou de désengrener la machine, en donnant la faculté de faire glisser le hérisson dans le sens de sa longueur, le long de la barre F, et en soustrayant ou en soumetlant à l'action de la roue d'engrenage montée sur le moyeu de l'une des roues, le petit pignon que porle l'axe creux du hérisson. Un petit mentonnet est logé perpendiculairement dans l'axe creux, et un ressort le presse constamment contre le fond de l'une ou de l'autre gorge d'arrêt pratiquée sur la barre F, dont une sert à tenir la machine engrenée, et l'autre désengrenée.

L. Deux cercles en fonte de fer à huit rayons, correspondent aux huit râteaux qui forment le hérisson. Ces cercles sont traversés dans leur centre par l'axe octogonal et creux E, et font corps avec lui. Le prolongement des rayons en dehors de la circonférence sert d'attache et de point d'appui pour l'articulation des râteaux.

C. Huit barres en bois, dans chacune desquelles sont plantées huit, neuf ou dix dents de 1er A. légèrement recourbées vers les extrémités. Des ressorts B. fixés sur les circonférences des cercles L, maintiennent les dents des râleaux dans la direction des rayons; mais ils cèdent quand ces mêmes dénis viennent à rencontrer quelque obstacle invincible dans le travail, ce qui prévient la destruction de la machine. L'action de ces ressorts s'eierçant au delà du point d'articulation, sur l'angle extérieur des barres qui forment les râteaux, ramènent ceux-ci à leur première position dès que l'obstacle est dépassé.

Cette machine peut être conduite soit par un seul cheval, guidé . par un homme à pied au pas ordinaire, soit par deux chevaux conduits en postillon, et au grand trot.

Si le foin n'est pas très-abondant, on mène la machine parallèlement aux andains, et, le hérisson ayant deux mètres de long, il en embrasse deux qu'il éparpille en même temps, les chevaux marchant au milieu de la fauchée. Mais si le foin est abondant et long, il embarrasse la machine, et il faut alors la conduire dans une direction perpendiculaire ou oblique à celle des andains. La vitesse qu'elle acquiert dans les intervalles où il n'y a pas de foin la fait passer sans difficulté sur les andains, quelque bien fournis qu'ils soient. Cette machine, dans un pays de plaine où le sol est consistant, peut remplacer beaucoup de bras. Attelée d'un seul cheval allant au pas, elle retourne le foin d'un hectare en une heure quarante minutes, et elle double celle quantité de travail si on la mène au trot.

Pour remplacer les râteaux à main et mettre le foin en boudins, on a imaginé d'abord le râteau anglais achevai (fig. 785). Ce râteau

Fig. 7&;. Râteau anglais à cheval pour ramasser le foin.

est uni à l'axe E de l'avant-train par deux pièces de bois B, assujetties par deux autres pièces 'de bois C et une traverse D, longue de im2\ . Le même axe porte les limons F, auxquels on attelle un cheval. Le râteau A, qui a 1B53 de long, est muni de deux manches G, qui servent à le diriger. Les roues H ont 0B60 de diamètre. Les dents du râteau ont (P38 de long et sont au nombre de quinze. On supprime parfois l'avant-train, comme le montre la figure 786.

Parmi les divers instruments imaginés jusqu'à présent pour ramas-

Fig. 786. ncucmt à cheval sa m avant-train.

ser le foin, le râteau à cheval de Howardds, récemment présenté aux diverses expositions, est incontestablement le plus recommandable. Il se compose (111;. 787) de vingt-quatre dents d'acier recourbées,

Fi g. 787. /M/«ri à cheval dejhwardds.

solément mobiles, à l'aide d'une charnière placée sur un bàli traîné par deux roues. Un levier permet de les soulever toutes ensemble, lorsqu'elles sont engorgées. Si elles rencontrent un obstacle, elles cèdent sans se briser. Cet instrument coûte 200 IV.

En Hollande, on se sert, pour retourner le foin et le soumettre à l'action de l'air, d une sorte de herse (fig. 788) à laquelle on attelle un rheval.

DES PRAUUES NATURELLES. 307

Pour IVmploi utile de cette herse, le temps doit être beau, sec et venteux; il est bon qu'un homme se tienne à la suite pour la soulever lorsque le foin s'amasse entre ses dents.

Pour réunir le foin en gros tas, après l'avoir disposé en lignes au moyen du râteau, on se sert de rafleun. Celui qui est employé en Hollande est représenté par la figure 789. La figure 790 montre le rafleur anglais. Celui - ci se compose de deux traverses horizontales , maintenues entre elles, à la distance d'un mètre environ, par des montants verticaux ; de sorte que l'assemblage imite assez bien le dos d'une chaise. Quatre chaînes, attachées aux coins, se réu-

Fig. 790. Rafleur anglais pour réunir le foin.

nissent deux à deux en un point où Ton croche les palonniers.

Fig. 788. Herse hollandaise pour ramasser le foin.

Fig. 789. Rafleur hollandais pour réunir le foin.

Deu\ chevaux tirent ces rafleurs, et le foin glisse sur le sol.

En résumé, ces diverses machines peuvent rendre de grands services, mais à la condition que la surface du sol sera parfaitement unie.

2° Consommation du fourrage vert à retable. — Le second mode d'exploitation des prés ou prairies consiste à faucher l'herbe et à la faire consommer à Jetable. Imaginé d'abord, vers 1825, par M.Mariotte, de Remiremont (Vosges), il a été pratiqué, depuis 1848, avec beaucoup de succès par M. Charles de Latour, dans le Charollais. Comparée au pâturage, cette méthode donne, sur la môme surface, une plus grande somme de nourriture, parce que, dans le pâturage, il y a toujours une certaine quantité d'herbe gâtée par le piétinement des bestiaux. Elle permet d'user des irrigations d'été, ce qui est impossible avec le pâturage; et la quantité de fourrage qu'on en obtient alors devient telle, qu'on peut, avec la même étendue, nourrir et engraisser un nombre de bestiaux moitié plus considérable. Enfin, les. déjections étant toutes recueillies dans l'étable, sans perte, et le nombre des bestiaux nourris étant plus grand, il en résulte des engrais bien autrement considérables que ceux qui sont répandus à la surface des pâturages par les animaux, engrais dont une grande partie perd, dans ee dernier cas, ses principes fertilisants par une trop longue exposition à l'air.

La consommation du fourrage vert à l'étable offre, en outre, une grande supériorité sur la fenaison; car, non-seulement elle a tous les avantages du pâturage signalés plus haut, mais encore elle dispense de tous les frais et de toutes les causes de pertes déterminés par le fanage.

Ce mode nécessite, il est vrai, la construction de bâtiments spacieux destinés à recevoir les bestiaux; il faut transporter le fourrage plusieurs fois par jour du pré aux étables; il n'est pas toujours facile de fournir constamment aux bêtes une herbe convenable, c'est-à-dire ni trop jeune ni trop vieille; mais il a d'incontestables avantages quand les prairies que l'on exploite sont susceptibles d'être soumises à l'irrigation, que les étables sont assez rapprochées pour que le transport des fourrages soit peu coûteux, et que les ouvriers chargés de soigner les bestiaux peuvent s'occuper en même temps de la coupe des herbes.

Lorsqu'on adopte cette méthode, on commence à faucher de trèsbonne heure, c'est-à-dire dès que les herbes ont atteint une hauteur de 0m20 à Um30. On donne ainsi plus facilement aux bestiaux un fourrage toujours jeune et tendre.

.V Exploitation mixte des prairies naturelles— te troisième mode

DES PRAIRIES NATURELLES. 7Sd

participe des deux précédents, c'est-à-dire que la prairie est soumise alternativement à une année de pâturage et à une année de fenaison ; ou bien que, soumise habituellement au pâturage, on la fauche tous les quatre ou cinq ans.

Voici les avantages qu'il présente : il est bien certain que le pâturage, non interrompu, finit par faire disparaître de la prairie, au profit des espèces seulement gazonnantes, les grandes graminées qui ne peuvent fleurir qu'à une certaine hauteur, et qui sont constamment broutées avant d'avoir fructifié. Mais si Ton supprime de temps en temps le pâturage pour le remplacer par une année de fenaison, ces grandes espèces prennent tout leur développement, se multiplient soit par leurs graines, soit par leurs racines, et peuvent alors supporter, sans succomber de nouveau, plusieurs années de pâturage. Il suffit, pour maintenir l'équilibre entre les plantes gazonnantes et les espèces élevées, de faucher tous les quatre ou cinq ans et de se contenter de la première coupe. Un fauchage plus fréquent aurait l'inconvénient inverse; les espèces gazonnantes seraient progressivement chassées par les autres, et Ton aurait un gazon moins bien garni pour le pâturage. 11 faut aussi fumer un peu la prairie l'année où l'on fauche.

Cet alternement n'est pas moins avantageux pour les prairies habituellement soumises au fauchage, car celui-ci finit, à la longue, par faire disparaître les espèces basses et rampantes qui garnissent le pied du foin et en augmentent si notablement la qualité et la quantité. Un pâturage exclusif pendant une année, répété tous les quatre ou cinq ans, remédie à cet inconvénient.

Rien n'est plus variable que le rendement des prairies naturelles ; le climat, la nature et le degré habituel d'humidité du sol, la quantité d'engrais qu'il reçoit, la composition du gazon, sont autant de causes qui agissent puissamment sur la quotité des produits. Ainsi, tandis qu'on voit certaines prairies ne pas donner annuellement plus de 250 kilogr. de foin par hectare, certains pâturages du Calvados en produisent, pour la même surface, 15 à 18,000 kilogr. Les bonnes prairies arrosées de Vaucluse fournissent le même produit. Les prairies de la Lombard ie, connues sous le nom de Mar cites, arrosées en hiver par des eaux d'une température de H- 12°, et qui sont très-abondamment fumées, donnent plus de 19,000 kilogr. de foin par hectare. Mais ces rendements sont exceptionnels; on considère, en général, 0000 kil.

par hectare comme un très-beau produit, et 1500 kilogr. comme un rendement très-faible. Toutes les fois que ce produit descend audessous de 1500 kilogr., il y a plus d avantage à le faire pâturer qu'à le faucher.

Les prairies naturelles établies avec soin, purgées de mauvaises herbes et suffisamment fumées, peuvent avoir une durée illimitée. En vieillissant, elles ne font mémo que s'attacher davantage à la terre, car la couche superficielle devient de plus en plus fertile, et le gazon acquiert la faculté de résister plus facilement aux causes de destruction. 11 n'est donc pas absolument nécessaire de rompre ces prairies pour les rétablir de nouveau après un certain temps, comme cela a lieu pour les prairies artificielles. Mais n'y a-t-il pas avantage à rompre de temps en temps ces prairies pour faire tourner au protit d'un certain nom' re de récoltes annuelles la fertilité accumulée sous le gazon, sauf à les rétablir ensuite?

C'est là une importante question, qu'on ne peut résoudre d'une manière absolue, et pour laquelle il faut tenir compte des circonstances où sont placées ces prairies. En examinant, au commencement de cet article, la convenance des prairies naturelles, nous avons indiqué les terrains qui, dans toute espèce de cas, doivent leur être consacrés; là, sans nul doute, le défrichement ne devra jamais être opéré, soit pour l'impossibilité où l'on serait d'y cultiver avec succès des récoltes annuelles, soit parce que le bénéfice de ces récoltes n'égalerait pas celui de la prairie. Mais nous avons aussi reconnu la nécessité d'établir des prairies naturelles en dehors de ces conditions spéciales, soit pour prévenir l'embarras causé par l'insuccès des prairies artificielles, soit pour tenir lieu de ces dernières dans les localités où elles ne donnent que de chétifs produits, soit enfin lorsque le capital d'exploitation est insuffisant pour faire face aux dépenses qu'entraîne la création d'un assolement avec prairies artificielles. Dans ces diverses circonstances, il devient avantageux de rompre de temps en temps les prairies naturelles; car les principes fertilisants qui s'accumulent progressivement au-dessous de ces gazons, finissent par former un capital d'engrais dont l'intérêt n'est plus suffisamment payé par l'herbe qu'il procure. Il convient donc d'utiliser cette réserve d'engrais, en lui faisant produire un certain nombre de récoltes annuelles.

Quant à l'âge auquel on devra rompre la prairie, il est assez difficile

de le préciser, car l'accumulation de l'humus dont nous venons de parler est loin de se faire avec la même rapidité dans toutes les circonstances. Cela dépend surtout de la fertilité naturelle du sol, de l'abondance des engrais qu'on y répand, de la nature des espèces qui forment le gazon. Dans tous les cas, cette richesse en principes actifs ne commence guère à se montrer avant la douzième année qui suit la création, lorsque le sol a été maintenu dans un état moyen de fertilité.

Pour rompre une prairie, on opère comme il a été dit à l'article des défrichements (t. I, p. 563) et aussi comme nous le prescrivons pour le défrichement des luzernes. Les récoltes qu'il convient de faire succéder aux prés rompus sont les mêmes que pour cette sorie de légumineuses.

COMPTE DE CULTURE DUN HECTARE DE PRAIRIE NATURELLE NON IRRIGUEE, SOUMISE A LA FENAISON ET SEMEE SUR DE l' AVOINE SUCCÉDANT A DI S RACINES FOUHRACERFS FUMÉES.

DKPENSK.

Ira- s de créai ion.

La moitié des frais do. préparation du sol au compte

de l'avoine . Sfir.CO

Semences, 30 kilogr. de graines diverses Si

Répandre la semence en deux fois . 2

Un hersage pour chaque ensemencement, à 2 fr. 00

l'un 20

Répandre un engrais pulvérulent, en couverture, à

l'automne 00

Deux roulages au printemps suivant, à A fr. l'un. . . K »

l.'n sarclage 2

20,000 kil. de fumier non absorbés dans le sol par la récolte de racines fourragères précédente, à 10 fr. les 1000 kil., y compris les frais de transport et d'épandage, 200 fr., le tiers de celte dépense à la charge de

la prairie CG fii;

Intérêt pendant un an, à :> pour I00, du prix de la fumure non absorbée fi GT,

Loyer de la terre 70

Frais généraux d'exploitation 20 «

Intérêt pendant un an, à *> pour 100, des frais ci-dessus. 1fi •»

Total 556 T. 13

Frais d'entretien annuel.

Intérêt annuel, à 5 pour 100, des frais de création cidessus 1fif.80

A reporter lfif.80

Report 16f.80

Intérêt annuel, à 5 pour 100, du prix de la fumure

laissée dans le sol 6 66

Répandre tous les quatre ans l'équivalent de 40,000 kilogr. de fumier, à 10 fr. les 1000 kilogr., y compris les frais de transport et d'épandage, 400 fr.Le quart

de cette somme pour l'entretien annuel 100 »

Un sarclage 2 «•

Répandre les taupinières avec l'étaupinoir de Mathieu

de Dombasle S ■

Un roulage au printemps 4 »

Fauchage de deux coupes, à 12 fr. l'un 24 *

Fanage de deux coupes, à 10 fr. l'un 20 h

Transport et emmagasinage de deux coupes, à 10 fr.

l'une 20 *

Loyer de la terre 70 »

Frais généraux d'exploitation 20 »

Intérêt pendant un an, a 5 pour 100, des frais ci-dessus. 14 27

Total 299 f. 73

l'RODCIT ANNUEL.

3700 kilogr. de foin, à 71 fr. 50 les 1000 kilogr 264 f. 55

1000 kilogr. de regain 60 •

Total 324 f. 55

BALANCE

Produit annuel 324 f. 55

Dépense annuelle 299 75

Bénéfice net 241.82

Environ 81/2 pour 100 du capital employé.

COMPTE DE CULTURE D UN HECTARE DE PRAIRIE NATURELLE PLACEE DANS LES MÊMES CONDITIONS QUE LA PRECEDENTE, MAIS DONT LE FOURRAGE EST CON- SOMME VERT A L'ÉTARLE.

DÉI'K.\SE ANNUfcl.l.K.

La dépense annuelle est la même que dans le compte précédent, moins les frais de récolle 221 f. 46

Fauchages successifs 20 »

Transports successifs à 200 mètres de distance . ... 6 «

Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 12 37

Total 259 f. 83

TRODOIT ANNUEL.

L'équivalent de 6000 kilogr. de foin, à 71 fr. 50 les 1000 kilogr 429 f. »

UA LANCE

Produit 429 f. »

Dépense 259 83

Bénéfice ne» 169 f. 17

65 pour 100 du capital employé.

COMPTE DE CULTURE I) UN HECTARE DE PRAIRIE NATURELLE PLACÉE DANS LES MEMES CONDITIONS QUE LES PRÉCÉDENTES, MAIS SOUMISE AU PATURAGE.

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