DÉPENSE ANNUELLE
Intérêt, à 5 pour 100, des frais de création, et du prix de la fumure laissée dans le sol, comme dans le
premier compte 23 f. 46
Ramasser les excréments et en former un compost. . 10 » Sarclage, étaupinage, roulage, comme dans le premier
compte 8 »
Fauchage des relais, entretien des rigoles d'assainissement 6 «
Fumure, comme dans le compte précédent 100 »
Loyer de la terre 70 »
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 6 02
Total "243f.4X
PRODUIT
L'équivalent de 4500 kilogr. de foin, à "1 fr. 50 c. les 1000 kil 52lf.75
Produit 52 If. 'lu
BALANCE
Dépense 243 48
bénéfice nel 78f.27
32 pour 100 du capital employé.
Ces trois comptes de culture démontrent ce que nous avons avancé plus haut, à savoir : qu'à conditions égales, l'exploitation des prairies au moyen de la fenaison, est moins avantageuse que par le pâturage, et que la consommation du fourrage vert à l'étable est plus lucrative que ce dernier mode.
CONVKUVATION DES FOURRAGES.
En parlant de la fenaison, nou&avons indiqué comment on s'y prend pour convertir en foin l'herbe des prairies, tant naturelles qu'artificielles. La fenaison est une des opérations les plus importantes de l'économie rurale, car c'est de la manière dont elle est pratiquée que dépend la bonne conservation des fourrages, et par conséquent la bonne nourriture de, bestiaux.
Quand le foin a acquis le degré de dessiccation convenable, ce que l'expérience fait connaître, on le conserve ou en meules, au dehors, soit au milieu de la prairie, soit dans une des cours de la ferme, ou dans les bâtiments couverts de l'exploitation : granges, greniers, fenières ou fenils. Occupons-nous successivement de ces deux modes de conservation.
Conservation en meules. — 11 v a des navs où ce mode de conserration est général et le seul employé. Il présente des avantages réels, en ce qu'il évite les frais de construction et d'entretien de bâtiments spéciaux, et qu'il fournit du foin de meilleure qualité que celui qui est placé dans les granges. Dans les pays où les deux modes sont en usage, on sait distinguer à l'odeur le foin des meules, et il se paye toujours un peu plus cher sur les marchés que le foin engrangé. Toutefois, la construction des meules exige plus de travail, et présente souvent de l'embarras dans les saisons pluvieuses, parce que le fourrage n'est en sûreté contre la pluie que lorsque les meules sont terminées, et on n'est pas toujours assuré qu'il n'en surviendra pas pendant qu'on les construit. Dans ce cas, il y a toujours perte plus ou moins considérable de temps et de fourrage. On doit comparer ces pertes avec les Irais d'emmagasinement, et se décider pour le procédé le plus économique.
Il y a deux sortes de meules ou menions; celles qu'on élève temporairement jusqu'à ce que le foin ait fermenté et perdu la plusgrande partie de son eau de végétation, que le fanage n'a pu dissiper, meules qu'on défait pour botteler le foin et le rentrer au grenier; et les meules
permanentes, qui suppléent aux greniers, et qui servent à conserver le foin jusqu'à l'époque de sa consommation par le bétail ou de sa mise en vente.
Les premières sont établies sur la prairie même, dans la partie la plus élevée et la plus rapprochée du chemin, afin de faciliter le plus possible le chargement ultérieur des charrettes. Au moyen d'une fourche, l'ouvrier prend le foin aux villottes qui ont été formées après le fanage complet, l'apporte sur remplacement choisi, et en forme un tas régulier, auquel il donne habituellement une forme ronde et légèrement conique .A mesure que la meule s'élève, on tasse et on comprime le foin aussi également que possible, en retroussant sans cesse, les brins d'herbe, afin qu'ils n'excèdent pas la dimension adoptée, et, pendant ce temps, des femmes armées de râteaux tournent autour, râtelant les parois de la meule, faisant tomber les brins qui ne tiennent pas et les rejetant par-dessus. On fait habituellement ces meules temporaires les plus larges, les plus hautes et les plus rondes possible. Elles ne restent guère plus de quelques mois dans les prés. La figure 791 représente la forme des meules de Normandie.
Les meules permanentes; qu'on construit ordinairement dans une cour de la ferme, sont élevées avec plus de soins. On les isole du sol en commençant par un lit de paille, de branchages ou de fagots, ou même en établissant un plancher sur des pièces de bois de 16 à 20 centimètres; celles-ci reposent elles-mêmes sur des pierres plates, ou bien, comme en Angleterre, sur des piliers de fonte. De celte manière, le fourrage est préservé de l'humidité du sol, et mis jusqu'à un certain point à l'abri des dégâts des rats et des souris.
On donne aux meules une forme ovoïde ou carrée; la première forme est la plus ordinaire en France; dans tous les cas, le sommet se termine en pointe, le milieu est renflé, et la base va en se rét récissant légèrement. Pour les meules rondes, on les monte contre une forte perche de bois, placée perpendiculairement, et fortement fichée en
Fig. 791. Meule de foin temporaire.
AHT AGRICOLE.
terre dans le centre de remplacement. Cette perche fixe la hauteur qu'aura la meule; mais elle l'excède, parce qu'à son sommet on attache fortement de la paille tout autour pour recouvrir la meule. Lorsque la meule est carrée, on forme un parallélogramme avec plusieurs perches droites et en nombre proportionné à la longueur qu'elle doit avoir.
A mesure qu'on amoncelle le foin sur le plancher, on le tasse par
tres» de ,a même manière que les ^%r%$Z' '^MÊÊv tuiles d'un bâtiment. A l'extrémité
Fig. 792. Meule tu foin permanente, supérieure de la meule, et contre la
perche qui la traverse du haut en bas, on assujettit avec des cordes les dernières petites gerbes, et on les couronne par une forte gerbe de paille longue, qui est également liée avec force contre la perche.
On termine la confection d'une meule en creusant tout autour un petit fossé pour recevoir les eaux pluviales et les porter au loin. La figure 792 représente une de ces meules permanentes.
Quand on monte la meule, il est bon d'avoir une grande toile grossière encore pourvue de son apprêt, ou mieux même goudronnée, pour la cou vrir jusqu'à ce qu'elle soit terminée.
Ces meules permanentes, ainsi construites, renferment souvent r>0 à 40,000 kilogr. de fourrage. Il ne faut pas trop les rapprocher les unes des autres, afin que si la foudre éclate sur l une d'elles, les autres ne soient pas exposées à être incendiées par communication.
Le foin peut se conserver en meules fort longtemps. 11 se tasse telle-
couches régulières, en marchant dessus et le comprimant autant que possible ; lorsque la meule est à la hauteur convenable, on ne se borne pas à la peigner avec le râteau : on coupe soigneusement tous les brins qui dépassent, et on répare avec adresse toutes les inégalités de sa forme, afin que l'humidité n'y pénètre pas. Ces précautions prises, il ne reste plus qu à couvrir la meule, ce qui se fait en plaçant sur la pyramide de petites gerbes de paille de la grosseur du bras, liées dans la partie supérieure, et coupées également dans l'inférieure. Ces petites gerbes se posent en recouvrement les unes sur les au-
ment, que lorsqu'on en a besoin pour la consommation, il serait trop long et trop dilïicile de l'arracher avec la fourche : on le coupe perpendiculairement et d'une manière uniforme avec un instrument tranchant, ou coupe- foin, dont la forme varie suivant les localités. Parfois c'est une sorte de bêche tranchante, comme on le voit dans fa figure 793. Dans le Milanais et le Valais suisse, le coupe-foin est celui représenté par la figure 794; la lame présente une largeur de 0ro21 sur une hauteur de 0W25; le manche est long de 1 ftiètre, et offre à sa base une cheville ou hoche-pied.
En Toscane, on emploie un autre coupe-foin à manche coudé , représenté par la figure 795.
La lame, en forme de cœur, a 0m17 de long sur 0m18 de large ; la coudure est de 0m08, et le manche a 0œ40 de long.
Les meilleurs coupefoin sont ceux qu'on emploie en Angleterre et que montrent les fig.
796, 797 et 798. Le plus recommandable est celui indiqué par la fig. 796. Sa longueur est de 0m75. 11 est formé d'un manche en béquille, ayant deux poignées cylindriques A, longues ensemble de 0m39, du centre desquelles part une tige en fer R. courbée depuis son point de départ jusqu'un peu avant le commencement de la lame. Cette tige de fer est longue, depuis la béquille jusqu'à la lame, y compris la courbure, de 0B17. Ledos de la lame qui est un prolongement de la base du manche, est épais en C de 0m015, et se réduit insensiblement en lame très-acérée. La lame est convexe d'un côté, anguleuse et légèrement concave de l'autre; elle va du sommet, en s'élargissant peu à peu, jusqu'à un certain point de la base, et cette base s'atténue obliquement, des deux côtés, en biseau obtus. L'obliquité du tranchant est plus sentie que celle du dos, qui est aussi façonnée en tranchant non moins acéré.
Sur la partie supérieure de la lame C, tout le long du dos, il y a
f ig. m.
Fig. 795. Coupe- Fig. 7ÎH. Coupe- foin employé en
Coupe- foin. foin milanais. Toscane.
378 AlîT AGRICOLE.
une cannelure triangulaire qui atténue l'épaisseur du 1er et qui fait ressortir un angle dont l'un des pans se relève en arête et bombe le fer. \a lame, ainsi bombée, présente une surface de pression qui,
Fig. 7% et 797. Coupe-foins en mage en Angleterre.
offrant une utile résistance vers ce point de l'instrument, aide à la pénétration, et facilite la division de la matière traversée. L'ouvrier qui opère est à demi courbé; il tient l'instrument par les poignées, et exerce un continuel mouvement de va-et-vient en se courbant et se redressant successivement, tenant l'instrument droit et plongeant dans la matière. 11 a besoin de diriger l'instrument de manière qu'en plongeant plus ou moins verticalement il y ait une petite obliquité par laquelle la pression plus Fig 798
forte devienne favorable à la rapide et facile division de la masse. On comprend que Ton peut, suivant la volonté, faire des tranches épaisses ou des tranches minces : les Anglais font des tranches moyennes. Au- fur et à mesure que l'on coupe du
haut en bas et régulièrement, le foin tombé se ramasse pour être ensuite distribué aux animaux.
L'emploi des couteaux à foin offre cet avantage que les fleurs et les petites feuilles ne se détachent pas des tiges. Matin et soir, on enlève ainsi ce qui est nécessaire pour la nourriture des bêtes, en ayant soin de laisser dans la partie supérieure un petit rebord pour recouvrir l'inférieure; à mesure que Ton monte, ce rebord est abattu; on en laisse un autre, et ainsi de suite. Les regains nécessitent plus que le foin d'ouvrir des tranchées avec la doloire, parce que l'herbe est plus Une et nécessairement plus serrée dans la meule. Dans les meules disposées en longueur, on commence à entamer par le côté opposé à celui où vient ordinairement la pluie.
Le foin, fortement tassé dans les meules, ne tarde pas à s'échauffer et à exhaler des vapeurs aqueuses et aromatiques. Cet échauffement est le résultat d'une fermentation assez analogue à celle du raisin mis en cuve, qui se développe à cause de l'humidité que le foin, en apparence le plus sec, renferme toujours; elle dure plusieurs mois dans toute sa force; elle rend les fibres ligneuses plus tendres, plus faciles à briser et bien plus nutritives, parce qu'une partie des principes mucilagineux et parenchymateux se trouve changée en sucre; le fourrage répand alors une légère odeur de miel. Toutefois, il ne f:iut commencer à l'administrer aux animaux que lorsque la fermentation est complètement terminée, autrement il peut faire naître toutes les maladies qui sont l'effet de la pléthore. Lorsqu'il y a nécessité d'employer ce foin avant qu'il mit jeté tout son feu, il convient de le mélanger avec d'autre foin vieux ou avec de la paille. Les fermiers anglais n'entament leurs meules qu'un an après les avoir construites; les amateurs de chevaux de race ne leur donnent que du foin de deux ans. Il ne faut pas conserver une meule au delà de quatre ans; car, après ce laps de temps, le foin devient trop sec et perd de sa qualité.
Pour qu'un fourrage soit le meilleur possible, il faut qu'il soit séché, sans avoir été mouillé par la pluie ni par la rosée, et surtout qu'il n'ait pas subi d'alternatives d'humidité et de sécheresse. Or, dans les années très-pluvieuses, il est fort diffic.le, même en multipliant la main-d'œuvre et les frais, d'amener les foins au degré de dessiccation nécessaire pour les mettre en meules; ils moisissent, pourrissent, perdent de leurs qualités nutritives et peuvent même provoquer de nombreuses maladies chez le bétail. En Angleterre, en Hollande, on construit alors des meules creuses dans le centre, pour donner accès à l'air, soit au moyen de perches disposées en rond, attachées par le haut et écartées par le bas, soit au moyen d'un cylindre d osier qu'on
place au centre de la meule, et qu'on monte au fur et à mesure qu'on l'élève. Voici une meule creuse à grands courants d'air, employée avec succès par M. Monceau en 1829, année qui fut excessivement pluvieuse (fig. 799 et 800). On la construit de la manière suivante :
Sur remplacement destiné à la formation de la meule, on place six perches de C mètres de longueur, en les écartant par le bas de manière qu'elles décrivent un cercle de 2 mètres de diamètre; on les enfonce légèrement dans le sol et on les réunit à leur sommet par un lien, en sorte qu elles forment une pyramide à six arêtes ABCDEFG.
Le foin est amoncelé par couchés successives autour des perches,
Fig. 799. Meule à courants d'air Kig. 800. Plan de la meule
de M. Polonceau. à courants d'air.
H H, à travers la base de la meule, et une I à son sommet, du côté de l'Est, pour former des courants d'air; on facilite l'établissement de ces ouvertures transversales de la base, en attachant à trois des perches de la pyramide, à 0m50 au-dessus du sol, des bâtons de 2 mètres de longueur ML, placés horizontalement dans la direction du rayon du cercle, et supportés à l'autre extrémité par de petits piquets fourchus KKK, plantés en terre en dehors de la base.
Cette meule a une largeur de 5 mètres sur 6 d'élévation; elle est moins large et plus élevée que les meules ordinaires, et a surtout le sommet beaucoup plus aigu. On ne pourrait pas donner celte
forme à une meule sans appui, parce que son sommet étroit et élevé serait renversé par le vent; mais, dans la meule Polonceau, le foin qui la couronne est appuyé contre le sommet des perches, et garanti par un chapeau conique en paille MM, fixé par un lien au sommet de la pyramide. Pour donner de la stabilité à ce chapeau, et pour garantir plus efficacement la tête de la meule, on y place un cerceau NN, muni de cinq à six cordelettes, auxquelles sont attachés de petits piquets que Ton iiche dans le corps de la meule.
Le foin disposé de la sorte se dessèche très-rapidement sans s'échauffer, malgré son grand état d'humidité, et cinq jours après sa mise en meule on peut le botteler. Si on le laisse un temps plus long, il faut, pour éviter une trop grande dessiccation par reffet du courant d'air inférieur, boucher, avec du foin arraché à la base, les ouvertures du bas et celle du "sommet.
Comme dans les temps chauds et humides la fermentation pourrait se développer avec une grande énergie, on prévient cet inconvénient en tassant moins le loin, et en faisant de distance en distance dans la meule des ouvertures latérales PPPP, par renfoncement d'un pieu, ou bien en interposant, à différentes hauteurs, des lits de paille sur 10 à 15 centimètres d'épaisseur, surtout vers la base de la meule. Le transport de cette paille sera bien compensé par le goût et le parfum qu'elle acquerra par cette interposition.
Thaer et Mathieu de Dombasle ne sont pas partisans de ces meules à courants d'air. Ils affirment que, dans les pays où l'on apporte le plus de soins à la conservation des fourrages, comme en Belgique, dans le Palatinat, le pays de Hanovre et tout le Nord de l'Allemagne, on a reconnu depuis longtemps que celte méthode est défectueuse et repose sur un faux principe; aussi a-t-on le soin d intercepter le mieux qu'on le peut l'introduction de l'air dans les meules, en tassant très fortement le pourtour; c'est pour la même raison qu'on préfère les toits en paille, qui recouvrent immédiatement la meule, aux toits mobiles, qui laissent un intervalle au-dessous d'eux.
Il est certain que, lorsque les meules sont montées avec du foin qu'on ne tasse pas fortement, une grande quantité d'air reste emprisonné dans les vides qui existent entre les brins, et que la fermentation s'y développe d'une manière tellement énergique, que, dans le centre, la température peut aller jusqu'à produire l'inflammation de toute la masse. Cet accident, très-fréquent dans les meules temporaires, n'arrive jamais dans les meules fortement comprimées dans toutes leurs parties; le foin V y moisit pas davantage, à moins qu'il n'ait été entassé dans un état d'humidité tel, que la forte chaleur qui se produit soit insuffisante à en opérer lévaporation.
Il ne tant pas confondre, toutefois, ces meules remplies d'air stagnant et humide avec les meules dans lesquelles il y a des courants d'air habilement ménagés; car, dans ce dernier cas, la masse du foin, étant continuellement traversée et refroidie par de l'air qui afflue par le bas pour s'échapper par le haut, est assez promptement desséchée et mise à l'abri- de ces coups de feu qui détériorent le fourrage, quand ils n'en déterminent pas l'embrasement.
Dans plusieurs cantons des pays cités précédemment, de même qu'en Suisse, on fait souvent ce qu'on appelle du foin brun. Pour cela, en entasse le foin encore humide et on le comprime fortement. La fermentation qui s'y développe très-rapidement lui fait prendre une couleur brune; il se dégage beaucoup de vapeurs, la meule s'affaisse considérablement, puis le foin se dessèche et se trouve converti en une masse compacte, brune, très-dure, qu'on ' tranche avec un des coupe-foins décrits plus haut. Lo bétail mange avec avidité ce foin brun, et on le regarde comme plus profitable à l'engraissement que le foin vert.
En Angleterre, en Ecosse et dans beaucoup de pays du Nord, on a l'habitude de saler le foin au moment où on le met en meulons. On y répand le sel en poudre, au moyen d'un tamis, dans la proportion d'environ \ kilog. 250 pour 100 kilog. de foin. Ce sel se dissout peu à peu dans l'eau qu'exhale le foin fondant qu'il s'échauffe dans les meulons, et il se trouve, de cette manière, réparti très-également dans la masse du fourrage. C'est là, sans contredit, une excellente manière d'administrer le sel aux bestiaux. Cette méthode a encore l'avantage d'empêcher la moisissure, de modérer la fermentation et d'assurer la bonne conservation du foin. La petite dépense de sel est plus que compensée par ce que le fourrage gagne en poids et en valeur. M. Schattenmann suit cette pratique depuis 55 ans, et, depuis cette époque, il n'a pas trouvé dans ses masses de foin la moindre trace d'altération, encore bien qu'il n'emploie que 200 grammes de sel sur 100 kilog. d'herbe. « Je suis maintenant sans inquiétude, ditil, lorsque, par un temps pluvieux, je rentre quelques voitures de fourrages humides, parce qu'une longue expérience m'a prouvé que le sel neutralise les effets nuisibles de l'humidité. »
A plus forte raison doit on recourir au même moyen loi-sque les foins sont vasés, sablés, moisis, par suite de ces pluies abondantes qui n'arrivent que trop souvent dans les régions du nord à l'époque de la récolte et du fanage. L'usage de ces mauvais fourrages engendre . des maladies, souvent même des épizooties qui Qépeuplent les campagnes. Mieux vaudiait sans doute mettre ces détestables herbes au tas de fumier, mais comme souvent, par suite du manque de nourri*
ture meilleure, on est forcé de les faire consommer, on en diminue les inconvénients en les salanl; dans ce cas, il est utile de porter la close du sel jusqu'à 2 kilog. par 100 kilog. de fourrage, car il faut d'autant plus saler la nourriture qu'elle est de plus mauvaise qualité. La même pratique devrait être adoptée pour les foins aigres, mêlés de roseaux, des près marécageux.
Quand on veut se livrer à la vente du loin, il ne faut pas oublier qu'il nerd de son poids à mesure qu'il vieillit* L'herbe verte se réduit par la fenaison au quart de son poids : 400 kilog. de foin fané mis en meule ne pèsent plus guère que 95 kil., après un mois; ils sont réduits à 90 kilog. dans le cours de L'hiver, et à 80 dans le cours de l'été suivant. Pendant le second hiver, la diminution dans la meule se réduit à presque rien, de sorte qu'il est clair que la même quantité de foin pourra être vendue pour 80 kil. en été et pour 90 en hiver. Cette différence, ainsi que le rapport du prix dans les diverses saisons de l'année, pourront déterminer le cultivateur sur l'époque où il lui est le plus avantageux de vendre.
Pour le transport des fourrages du champ à la ferme, on fait usage de diverses sortes de véhicules, chariots ou charrettes traînés par des chevaux, des bœufs ou des mulets, et dont la forme et la grandeur varient suivant les pays.
Dans la plus grande partie de la France, la charrette à foin, dite guimbarde, a la forme que représente la lig. 801 . Elle ne diffère de
Fig. 801. Charrette à foin ou guimbarde.
la charrette ordinaire, à part la grandeur, que par l'addition, à l'avant et à l'arrière, de deux cadres destinés à maintenir la charge de chaque côté.
En Angleterre, on fait un grand usage de la charrette en gondole (fig. 80'2). On la renverse en arrière au moyen d'une bride placée à
lavant; il suffit pour cela d'enlever la cheville qui la retient; cette
. Fig. 802. Charrette en gondole en usage en Angleterre.
nièiiie bride sert aussi à fixer le centre de gravité lorsque le chargement est fait.
Vers le Nord de la France, en Belgique, dans l'Allemagne septentrionale, on préfère les chariots à quatre roues (fig. 803). Mais ces sortes de voitures sont lourdes et exigent un nombreux attelage;
Fig. 803. Chariot du biord de la France.
il est bien préférable d'y substituer le chariot à un seul cheval, de Roville (fig. 804); qui diffère fort peu du chariot franc-comtois.
Mathieu de Dombasle a reconnu, par une longue expérience, qu'il est plus avantageux, plus expéditif, plus économique, d'isoler les bètes pour le tirage, et que la force des chevaux s'accroît à proportion qu'on en diminue le nombre dans les attelages. Le chariot de
Roville, quoique très-léger, reçoit la moitié du chargement du chariot ordinaire attelé de quatre chevaux. Il fatuue moins les bêtes, parce qu'il leur fait éviter les ornières et les parties les plus dégradées des chemins; il est chargé et déchargé plus facilement et plus promptement; il est moins exposé aux accidents de rupture. Tous ces avan-
Fig. 804. Chariot de Mathieu de Domhasle.
tages doivent lui faire obtenir la préférence sur les gros chariots, quoiqu'il ait l'inconvénient d'augmenter le nombre des conducteurs nécessaires pendant les fenaisons et les* moissons; mais, dans ce cas, comme il ne s'agit que de conduire un cheval seul, on peut employer des enfants de douze à quinze ans, tandis qu'avec un attelage nombreux, il faut d'habiles charretiers, qui, comme on le sait, se font toujours payer fort cher.
« Dans l'attelage isolé, dit Mathieu de Dombasle, le même nombre de chevaux conduit constamment une charge à peu près double. Pour le transport des' récoltes ou la conduite des fumiers, chacun de mes chevaux conduit au moins un mille, tandis que les autres cultivateurs du pays, avec les attelages de quatre chevaux de même force que les miens, cl i argent très-rarement plus de deux mille.... Je suis convaincu qu'il y aurait encore plus d'avantage, sous le rapport de la force de tirage, à l'emploi des charrettes à deux roues attelées d'un seul cheval; mais le chargement et le déchargement seraient moins commodes, et elles sont beaucoup plus versantes que les chariots à quatre roues 1 . »
Conservation dans les bâtiments. — Dans une grande partie de la France, et surtout dans les départements du Nord, on rentre presque toujours les fourrages, soit immédiatement après la fenaison, soit après quelques mois de séjour en meules. On agit surtout ainsi pour les trèfles, lfts luzernes et les foins des prés de première qualité.
1 Annales de Roville, t. I, p. 195-197.
Généralement, on boltelle le loin sur le pré; c'est une mauvaise pratique. L'important est de mettre la récolte à l'abri, et en bottelant on perd un temps précieux; en outre, beaucoup de petites feuilles, les Heurs et les parties les plus délicates se détachent et restent sur le pré; enfin, le foin bottelé prend beaucoup plus de place dans les greniers, il ne peut pas se tasser régulièrement, et, s'il n'est pas parfaitement sec, il est exposé à moisir.
On ne doit pas craindre de l'entrer, lorsque le temps est incertain ou (m'en a une récolte considérable, du loin qui n'est pas parfaitement sec. La chose importante, c'est qu'il soit bien tassé partout également, qu'on ne laisse aucun vide, et surtout qu'il n'y ait pas de courant d air. Mathieu de Dombasle a le premier insisté sur ces conditions. S'il n'y a pas de vides dans la masse, si l'air ne peut y pénétrer, le foin fermente, sue, s'échauffe à devenir brun, mais il ne s'enflamme ni ne moisit. Si Ton trouve dans les greniers du foin moisi, c'est dans les endroits où le tassement n'a pu avoir lieu, comme dans les angles des murs ou sous des pièces de charpente. Ordinairement la surface du tas de foin dans les greniers est gâtée; cela tient à ce que les vapeurs qui sortent de la niasse se condensent au contact de Pair et restent alors dans la partie supérieure qui se détériore. On prévient cette perle en couvrant le tas de foin d'une couche de paille qui lixe celte humidité et en garantit ainsi le foin sous-jacent. On enlève cette paille aussitôt que la fermentation est terminée, et on l'utilise comme lilière.
Le foin se conserve beaucoup mieux sous chaume que sous les toits de luile et d'ardoise; cela tient à ce que la paille est bien plus mauvais conducteur de la chaleur que les autres matériaux. Sous les toits de tuile et d'ardoise, la couche supérieure du tas de foin perd facilement sa saveur, prend du moisi et de l'humidité.
Dans un grand nombre de fermes, on utilise comme greniers à fourrage ou fenils le haut des écuries, des étables, des bergeries, et, comme le plus souvent ces bâtiments n'ont pas de planchers au-dessous du comble, on construit, au moment de la rentrée des récoltes, une espèce de plancher mobile et provisoire avec des perches assez fortes, plus ou moins rapprochées, dont les deux bouts reposent sur les murs de séparation ou sur les entraits du comble. C'est, sans contredit, le moyen le plus économique, mais il offre le double inconvénient de ne pas permettre la forte compression du foin, qui assure, comme nous l'avons dit, sa bonne conservation, et de n/î pas le garantir des émanations des animaux qui, par l'humidité et les effluves odorants miasmatiques qu'elles y introduisent, le disposent à la fermentation, à la moisissure et nuisent à ses qualités. Il est donc
préférable qu'il y ait un plancher permanent au-dessus des animaux, bien jointoyé, sans trappe ni ouverture quelconque, de manière à empêcher les vapeurs de l'écurie ou de 1 etable de pénétrer au-dessus, comme aussi les graines et la poussière de tomber sur les animaux et de se mêler au fumier.
Lorsque les combles des écuries et étables ne suffisent pas à contenir les fourrages, on construit des fenils spéciaux, des hangars, des granges d'après les mêmes principes que ceux qui ont été précédemment indiqués pour les gei biers et les granges destinés aux céréales. Il faut en proportionner la capacité à la quantité de fourrage nécessaire à l'entretien de tous les animaux de la ferme pendant l'année entière. Les faits suivants permettent de calculer cette capacité, en supposant que la nourriture ne consiste qu'en fourrage fin.
Un cheval exige par jour 12 kil. 50 de foin.
In bœuf ou une vache m Ame quantité.
Un mouton adulte 1,40
Un mètre cube contenant à peu près 100 kilogr. de foin, la capacité nécessaire :
Par cheval, bœuf et vache sera de. . 0—125 par jour, soit 45—62 par an. Par mouton 0—014 — 5—11 -
Donc, en multipliant 45,62 par le nombre des chevaux, bœufs et vaches, 5,11 par celui des moutons qui sont dans la ferme, on aura la capacité totale à donner aux greniers à fourrage.
Soit, par exemple, une ferme contenant 5 chevaux, 10 vaches et 200 moutons :
45—02 x 5 = 228—101 c'est-à-dire que le grenier devra avoir une capacité de 45—02 x 10-^ 450— 20} 1706— 30 pour loger le fourrage nécessaire au service 5-.11 x200 = 1022— »\ de ces bêtes pendant toute l'année.
Que si, comme cela arrive presque partout, les bœufs ou vaches, ainsi que les moutons, passent la moitié de Tannée au pâturage, il faudra réduire la capacité pour les bœufs à 228mc10, celle pour les moutons à 51 lroo- ; de sorte qu'au lieu 1706mn 30, il n'y aura plus besoin que de 967mec20.
Enfin, si ces mêmes animaux reçoivent des racines, carottes, pommes de terre, betteraves en mélange avec le foin, il conviendra encore de déduire de la capacité des granges celle qui serait occupée par le four-
rage équivalant aux racines consommées, puisque celles-ci sont emmagasinées à part dans des caves ou dans des silos.
N'oublions pas que la salaison des fourrages, avant la rentrée dans les fenils, est tout aussi convenable qu'avant la mise en meule. Disons aussi que les foins vasés ou gâtés par les inondations doivent être battus soit au fléau, soit à la machine avant leur entrée dans les greniers. Si Ton n'a pas eu la précaution, au moment de la récolle, de saler le foin mal récolté, il ne faut pas manquer, avant de le donner aux animaux, de le secouer fortement à l'air, hors du grenier, des écuries ou des étables, atin d'en faire tomber la poussière et les moisissures, puis de l'arroser avec de l'eau salée. Pour y faire pénétrer partout la saumure, on remue le foin avec la fourche. On l'abandonne ensuite en tas pendant une demi-heure au moins, afin que toutes les parties soient imprégnées d'eau salée. Les animaux le mangent alors avec beaucoup d'appétit.
Une très-bonne précaution à prendre avec le regain, pour assurer sa conservation, c'est d'y mêler, lorsqu'on le rentre, de la paille par couches alternatives. Les pailles d'orge et d'avoine sont celles qui conviennent le mieux, parce que déjà par elles-mêmes elles sont bonnes pour la nourriture des bêtes à cornes. Ainsi mêlées au regain pendant sa fermentation, elles prennent une partie de sa saveur, et le bétail les mange aussi volontiers que le regain lui-même.
Dans une exploitation bien organisée, tout le fourrage doit être bottelé au sortir du grenier; sa distribution est alors plus facile et plus régulière entre les bestiaux : il y a moins de gaspillage. Le bottelage se fait successivement, à mesure du besoin, et on peut y consacrer les journées pluvieuses où l'on ne peut travailler dehors. Un manœuvre un peu habile fait dans une journée 200 bottes de 5 kilogr. Il y a même des ouvriers qui font jusqu'à 400 bottes dans une journée d'été, en y comprenant les liens.
En Angleterre on emploie depuis longtemps, pour conserver et transporter le foin, la compression obtenue au moyen de fortes presses hydrauliques; on le réduit ainsi en masses compactes et serrées. On a adopté cette méthode dans quelques porls de France pour le foin destiné à être transporté aux colonies et en Algérie Les principaux avantages qu'on obtient de ce procédé sont les suivants ■
1° Le foin conserve tout son arôme et toute sa force nutritive;
2° Il ne se charge pas de poussière et conserve ses graines ;
5° Exposé à la pluie, il ne se mouille qu'à l'extérieur, et par conséquent se sèche facilement ;
4° La grande densité qu'il acquiert le rend moins combustible;
«r>° La réduction de son volume au septième de celui qu'il occupe
dans les magasins fait qu'il faut beaucoup moins d'espace pour le loger, et elle apporte^ en outre, une grande économie dans les transports ;
6° 11 se conserve sans altération pendant des années entières. En France, lors de l'expédition de Morée, on embarqua de grandes quantités de foin pressé, dont une partie, ayant été rapportée plus tard, fut encore trouvée de bonne qualité à l'intérieur, malgré des avaries éprouvées par la surface extérieure.
Au fur et à mesure des besoins, on découpe ce foin ainsi pressé avec le coupe-foin. Les garçons d'écurie, en Angleterre, ont une telle habitude qu'ils atteignent juste, par ce moyen, la ration demandée, soit 2 kilogr. 500 à 5 kilogr.
On conçoit qu'avant de presser ce foin, il est essentiel qu'il soit bien sec, afin d'éviter la fermentation. Au moment de l'administrer, on lui rend son élasticité première, soit en l'exposant à l'air, soit en le soumettant à une manipulation quelconque.
Les foins des prairies naturelles sont plus propres à subir cette pression que la luzerne, le trèfle, le sainfoin et autres fourrages artificiels.
Cette préparation, très-avantageuse pour les grands fournisseurs et les munitionnaires des armées, est impraticable dans la plupart de nos exploitations rurales, où les frais d établissement d'une machine absorberaient et au delà les bénéfices qu'on pourrait se promettre de cette manutention. Dans les ateliers du gouvernement, les frais de pressage ne s'élèvent, par 100 kilogr., qu'à 1 fr. Oc.
Conservation des feuilles $ arbres. — H y a plusieurs manières de conserver, pour la nourriture d'hiver, les feuillées et feuillards dont nous avons parlé à la page 284 de ce volume.
En Italie, dans quelques endroits, on les empile dans des tonneaux, alors qu elles n'ont été qu'imparfaitement desséchées à l'air, on les y presse autant qu'il est possible, puis on les couvre entièrement avec du sable; lorsqu'on en prend pour donner au bétail, on les recouvre aussitôt après, afin qu'elles ne soient pas exposées à l'air; de cette manière, on les conserve fraîches et vertes pendant tout l'hiver.
Ailleurs on les enterre dans des trous faits exprès, en les recouvrant de paille qu'on charge de sable ou de terre.
Dans le Véronais, on se sert aussi de fosses en terre, mais plus larges et plus profondes, dans lesquelles on stratifié les feuilles avec des sarments verts de vigne; les couches ont environ G décimètres d'épaisseur. Lorsque les fosses sont pleines, on les bouche avec soin pour empêcher le contact de l'air. Les feuilles ainsi placées ne s'échauffent pas et elles s'imprègnent de la saveur de la vigne, ce qui plaît, infini-
Tm ' AftT AGRICOLE.
ment à toutes les espèces de bestiaux. On dit cette nourriture très-favorable à l'engraissement.
D'après (îronier, on conserve, pour la nourriture des chèvres du Mont-d'Or, près Lyon, une très-grande quantité de feuilles dont la majeure partie est fournie par les vignes et cueillie après la vendange. On les jette dans des fosses bétonnées, situées pour l'ordinaire dans le cellier ou sous un hangar, et toujours dans un lieu couvert. Ces fosses ont plus de vingt mètres cubes de capacité. A mesure qu'on jette des feuilles dans ces fosses, des ouvriers piétinent continuellement le tas; on y verse de l'eau en petite quantité, et, lorsque tout est rempli, on couvre les ouvertures avec des planches qu'on surcharge d'énormes pierres. Au bout de deux mois environ, on découvre les fosses pour en tirer les feuilles, qui ont contracté un goût acide, sans aucune apparence de putridité; elles sont entières, fortement agglutinées entre el'es et d'un vert plus foncé qu'à l'état frais; l'eau qui surnage est rougeàtre, d'une odeur désagréable, d'une saveur acide ; les chèvres la boivent avec plaisir.
Les feuillards n'exigent d'autres soins de conservation que d'être tenus à l'abri de la pluie, dans un lieu sec et aéré.