PLANTES OLÉAGINEUSES
ces récoltes ne laissant plus sur l'exploitation que peu ou point de litière ou de nourriture pour les bestiaux, il est bien obligé de diminuer le nombre de ceux-ci, et d'acheter des entrais pour soutenir la fertilité de ses champs; or, s'il n'en trouve pas à un prix raisonnable, il est dans l'alternative, ou de voir diminuer la production du sol, ou de dépenser en fumure au delà du bénéfice net de sa récolle de plantes industrielles.
Les piaules industrielles peuvent être partagées en quatre séries caractérisées par la nature de leurs produits: plantes oléagineuses, plantes textiles, plantes tinctoriales, plantes économiques.
PJtHHKKF SECTION.
Plantes oléagineuses. — Les progrès de la civilisation et du luxe augmentent chaque jour la consommation des huiles et donnent par conséquent plus d'extension à la culture des plantes oléagineuses.
Ces plantes épuisent beaucoup le sol dans lequel elles croissent; aussi occupent-elles le premier rang parmi les récoltes industrielles qu'on ne doit introduire sur l'exploitation qu'après s'être assuré d'abondants engrais. Si les cultivateurs se réservaient, lors de la vente des graines, les tourteaux résultant de l'extraction de l'huile, et s'ils les employaient sous forme d'engrais, ils rendraient à la terre la plus grande partie des éléments de fertilité qui en ont disparu, et cela leur permettrait de continuer la culture de ces récoltes sans appauvrir le sol. Malheureusement ils agissent rarement ainsi, et se privent, par un calcul mal entendu, de ces principes fertilisants, qu'ils remplacent par d'autres engrais souvent très-coùleux, et qui sont loin d'être aussi convenables que les tourteaux.
Les plantes oléagineuses qui peuvent être cultivées avec profit sur notre territoire sont surtout les suivantes :
Colza, Pistache do terre,
Navette, Madia, Caméline, Chanvre, Moutarde blanche , Un, Pavot, Gaude.
Sésame,
Les trois dernières espères étant plutôt cultivées comme piailles textiles, ou comme plantes tinctoriales, c'est au chapitre de celles-ci que nous nous en occuperons.
A HT AGRICOLK.
DU COLZA
Le colza (lig. 805 à 807) est une variété «du brassica campestris,
désignée par de Candolle sous le nom d'oleifera; toutes ses feuilles sont lisses, d'un vert glauque; ses siliques sont élalées. Cette plante fut introduite en France vers le milieu du siècle dernier; sa culture s'est répandue en Flandre, en Alsace, en Belgique et dans nos déparlements septentrio-
Bien que l'huile retirée de ses graines ne soit bonne qu'à brûler, cette plante ne mérite pas moins d'èlre placée en tête des espèces oléi-
il ' i
Fig. 805. Colza. Fig. 807. Fruit du colza. Fig. 806. Fleur du colia.
fères, tan! à cause de l'abondance de ses produits, que par la facilité avec laquelle on peut l'introduire dans les meilleurs assolements. Les tourteaux ou marcs, résidus des graines après l'extraction de l'huile, sont d'ailleurs une excellente nourriture pour les bêtes bovines, et constituent un excellent engrais; ses tiges sèches, sont utilisées comme litière.
La production du col/a, en France, est loin d'équivaloir à la consommation qu'on en fait ; aussi est-ce une des récoltes industrielles qu'il importe le plus de répandre partout où l'on pourra l'entourer
DU COLZA. 593
des conditions économiques qui seules peuvent la rendre profitable.
Variété*. — On connaît deux variétés de colza : le colza d'hiver, qui, semé au commencement de l'été, occupe le sol jusqu'au milieu de Tété suivant; le colza de printemps, moins développé, moins ramifié, moins productif que le précédent, mais beaucoup plus précoce, puisque, semé au printemps, on récolte ses graines pendant l'été suivant. Cette dernière variété est surtout réservée pour remplacer le colza d'hiver détruit par les gelées rigoureuses, ou pour les terrains trop humides dans lesquels ce dernier ne peut prospérer.
Composition chimique. — D'après les analyses récentes de Rammelsberg, les graines et la paille de colza contiennent les substances minérales suivantes :
Soude.
Peroxyde de fer.
— chlorhydrique.
Silice
Graine.
Mil*.
Ml
Les graines de colza, comme on le voit, contiennent de la potasse, et pas de soude, tandis que la paille renferme, au contraire, l'un el l'autre de ces deux alcalis. La chaux domine dans la paille; la magnésie se montre de préférence dans les graines. L'acide phosphorique se trouve en petite quantité dans la paille; il abonde dans les graines; c'est l'inverse pour les chlorures et les sulfates.
100 de paille fournissent 5,21 de cendres. 100 de graines en donnent seulement 4,54. Sprcngel a trouvé dans la paille de colza :
Substances solublesdans l'eau (albumine, gomme, sels alcalins). . . 14,8
— soluhles dans les lessives alcalines (albumine) 29,8
— solubles dans l'esprit-de-vin (cire, résine, chlorophylle). 0,3 Fibre végétale et sels insolubles 34,9
En sorte que, d'après Sprengel, cette paille contient 45 pour 100 de parties nutritives, en supposant que la fibre végétale ne soit nulle-
ment alimentaire, ce qui n'est pas tout à fait exact. Dans certains pays on donne cette paille aux moutons; mais, pour la leur rendre plus agréable, on la coupe menue, on la détrempe dans l'eau chaude, on la mêle ensuite avec des tourteaux ou du son, et on laisse fermenter ce mélange avant de l'offrir au bétail.
MM. Boussingault et Payen ont trouvé dans cette paille à 1 état normal 0,75 pour 100 d'azote, et, après dessiccation complète, 0,8t» d'azote et 0,30 d'acide phosphorique.
Soit comme fourrage, soit comme engrais, cette paille est donc bien supérieure aux pailles des céréales, et il est vraiment déplorable de la voir brûler presque en pure perte dans les champs, ainsi que cela a lieu généralement.
Quant aux graines, leurs principes constituants ne sont pas toujours dans les mêmes rapports respectifs, suivant les localités. C'est ce qu'on voit très-bien par les résultats suivants d'analyses dues à MM. Boussingault et Moride de Nantes :
(Jrai ne
firaine
Graine
d' Al sac p.
de
de
S au m il r.
Helle-Isle.
Huile
Matières organiques non azotées.
L'industrie en retire, en moyenne, 32 pour 100 d'huile. Le colza d'été en donne de 20 à 30 pour 100.
D'un bon colza récolté en 1842, pesant 66 kilogr. 03 l'hectolitre.
M. Boussingault a retiré :
IK« 125C kilogr. Soi! suri 00.
Huile 513,88 40,81
Tourteau 629,50 50,12
Déchet 112,62 9,07
D'après les analyses de MM. Soubeiran et J. Girardin, le tourteau de colza renferme :
Eau 15,2
Huile 14,1
Matières organiques 66,2
Sels minéraux 6,5
IOO.I)
DU COLZA
Dans les matières organiques, il y a 5,55 pour 100 d'azote, et dans les substances minérales : 1,3 de sels solubles et 0,5 de phosphates.
Climat et sol. — Quoique le colza d'hiver s'accommode de tous les climats de la France, il préfère cependant les contrées brumeuses et humides. 11 supporte, sans souffrir, 10 à 12 degrés de froid, pourvu que le sol ne soit pas trés-i nouille, et 15 ou 18, si la terre est couverte de neige. 11 craint les gels et dégels successifs, car ceux-ci le déchaussent.
Le colza ne redoute que les sols imperméables, qui se chargent d humidité stagnante en hiver, ou les terrains très-légers, exposés à la sécheresse dès les premiers jours du printemps. Ainsi les sols argilo-sableux ou sablo-argileux, particulièrement ceux de nature argile-calcaire, sont les plus favorables. Toutefois, comme les froids de l'hiver sont d'autant plus redoutables pour le colza qu'il vit dans un sol plus humide, on le placera dans un terrain d'autant plus perméable à l'eau que Ton se rapprochera plus du Nord.
Place dan» la rotation. — Le colza est très-avide d'engrais récemment appliqués. D'un aulrc côté, par les binages et buttages qu'il exige pendant sa végétation, il contribue à nettoyer le sol des plantes nuisibles; c'est donc une véritable récolte sarclée, ayant les mêmes exigences et les mêmes propriétés que celles dont nous avons précédemment parlé. 11 convient de le placer au début de la rotation des cultures, ou de le faire succéder à un défrichement de vieille prairie pour enlever l'excès de fertilité.
Quant aux plantes qu'on peut lui faire succéder, elles sont nombreuse^ car, sa récolte ayant lieu vers le mois de juillet, on peut occuper le sol jusqu'à l'automne par un fourrage, et remplacer celui-ci par le froment, le seigle, l'avoine ou le lin.
Préparation du sol. — Le terrain destiné au colza reçoit à peu près la même préparation que pour le blé. Aussitôt après l'enlèvement de la récolte qui précède, on donne un trait d'extirpateur pour déchaumer, et, lorsque les graines des plantes nuisibles commencent à germer, on pratique un labour profond que Ton fait suivre de hersages et de roulages. Dès que les graines des plantes nuisibles se développent de nouveau, on répand une abondante fumure, puis on exécute un labour ordinaire suivi de hersages.
Lois de ce second labour, on divise la surface du sol en planches, séparées par des raies d'écoulement dont le nombre et la profondeur varient selon que le sol est plus ou inoins exposé à l'humidité. Ces raies suivent exactement la pente du terrain.
Engrais et amendements. — Le colza absorbe, dans le sol, Téquivalent de 955 kilogrammes de fumier par hectolitre de graines
AKT AGIUCOLE.
récollées. Le rendement moyen étant de 35 hectolitres par hectare, il s'ensuit que celte récolte enlève à la terre près de 55,000 kilogr. de fumier.
Tous les engrais animaux, riches en phosphates et en sels alcalins, conviennent au colza, iimis surtout les tourteaux de cette même plante, puisqu'ils restituent au sol toutes les matières salines que celle-ci lui avait enlevées pour son développement. Le noir animal, la poudrette, le noir animalisé, la colombine, le guano, la charrée, associés à des matières animales sont aussi d'excellentes fumures. A Lille, on doiuie au colza 20 tonnes d'engrais flamand correspondantes à 5500 kilogr.. et 20 charretées de fumier d etable ou 200 quintaux dosant 80 kil. d'azote.
La culture du colza peut avoir lieu soit au moyen du semis à demeure, soit au moyen du semis en pépinière et de la transplantation. Examinons séparément ces. deux procédés.
Semis à demeure.
Si l'on ne considère que la main-d'œuvre et les Irais de culture, le semis à demeure parait tout d'abord plus économique que la transplantation; mais si Ton compare les deux méthodes dans l'ensemble de leurs résultats, on voit qu'il n'en est pas toujours ainsi.
En effet, la terre destinée à recevoir les semences du colza doit être préparée par plusieurs façons; d'un autre côté, ces semailles réussi-sent d'autant mieux, sous notre climat, qu'elles sont faites de la lin de juillet au milieu d'août; or il résulte de ces deux exfgences que la plupart des autres récoltes ne pouvant être encore enlevées à cette époque, il faut, si l'on veut préparer le sol en temps convenable, semer le colza sur une terre restée en jachère depuis l'automne précédent, ce qui le charge de deux années du loyer de la terre, et diminue d'autant le bénéfice de la culture. En outre, cette plante étant exposée, dans son jeune âge, aux ravages de Yalti&e, on court le risque, dans le semis à demeure, de voir toute la récolte détruite par cet insecte, tandis que la moins grande étendue de la pépinière destinée à la transplantation permet de défendre les jeunes plantes.
Le semis à demeure n'offre donc quelque avantage que dans le cas où Ton peut faire succéder le colza à un fourrage très-précoce, tel que le trèfle incarnat ou la vesce d hiver, et qu'il n'est pas habituellement exposé aux ravages de Pal lise.
Ces deux conditions étant remplies, voici comment on pratique ce semis :
DU COLZA
Le sol est préparé comme nous l'avons indiqué plus liaul; puis, du milieu de juillet au milieu d'août dans le Nord de la France, et à la fin de septembre dans le Midi, on répand la semence au moment où la terre a repris un peu de fraîcheur, afin que la germination se fasse promptement.
Comme le colza exige plusieurs façons pendant le cours de sa végétation, on sénie en lignes. Dans une terre riche et substantielle, les lignes peuvent être placées à 0mo0 les unes des autres; les diverses façons pourront ainsi être exécutées avec la houe à cheval et le butloir. Si le terrain est moins fertile, et si Ton dispose d'un nombre suffisant de bras pour faire pratiquer les façons, on n'espace ces lignes qu à 0m25. Dans le premier cas, en emploie environ 2 ki|ogr. de semences par hectare; dans le second, on double celte quantité. Le moyen le plus économique de répandre la semence est le semoir Hugues ou le semior à brouette; dans ce dernier cas, en trace à l'avance les rayons sur !e terrain, puis on recouvre la semence au moyen d'un hersage léger. 11 est toujours utile de faire succéder un roulage à cet ensemencement.
Entretien. — Dés que les jeunes plantes ont développé leur quatrième feuille, on leur applique un premier binage avec la houe à cheval ou la houe à la main, selon l'espace qui sépare les lignes. (Juinze jours après, on éclaircit les plantes sur les lignes, en laissant entre chacune d'elles un intervalle deC'io à 0m20. On doit aussi pratiquer un léger buttago avant l'hiver. Au printemps suivant, dès (pie l'état du sol le permet, on exécute un second binage, puis, (juinze jours ou trois semaines après, un second buttage. Mathieu de Dombasle a conseillé le procédé suivant pour les terrains de fertilité moyenne, et lorsqu'on est habituellement exposé aux ravages de l altise :
On sème à la volée 7 kilogr. environ de semences par hectare, on les recouvre par deux hersages légers, puis on roule. Lorsque les jeunes plantes ont développé leur quatrième feuille, on passe sur le champ un extirpaleur auquel on n'a laissé que les pieds de derrière. Les secs coupent tout ce qui se trouve devant eux, et le champ reste disposé par bandes alternatives, pleines et vides: les premières sont larges de 0m27, les secondes de 0M,r>8. Ce travail n'étant exécuté qu'au moment où le colza est as^ez fort pour résister aux attaques des altises, on a plus de chances de voir un nombre suffisant dé jeunes plants échapper aux ravages de ces insectes 11 ne reste plus qu'à éclaircir les lignes réservées et à donner les soins d'entretien décrits pour le premier procédé.
A HT AGllICOLË.
Semis en pépinière et transplantation.
Pépinière. — Une pépinière de colza, pincée dans un terrain fertile et bien cultivé, peut fournir du plant pour une surface quatre à cinq fois plus grande. Cette pépinière peut succéder à du trèfle incarnat ou autre fourrage très-précoce. On prépare le sol comme nous Pavons dit précédemment, avec cette différence que la fumure doit y être encore, plus abondante, attendu que les plantes y sont beaucoup plus rapprochées.
Vers la fin de juillet ou de septembre, ss'lon qu'on opère dans le Nord ou dans le Midi, et lorsque le sol e.-t suTisamment frais, on répand la semence dans la proportion de 1 kilogr. 33 par hectare. 11 importe de ne pas semer trop dru, car les jeunes plants s'étioleraient et cela nuirait à leur développement ultérieur.
Le semis est presque toujours fait à la volée; on recouvre par un hersage, puis on roule. Quelquefois on sème en lignes distantes de O'-Si. Alors on n'enlève qu'une ligne de plants sur deux; et les lignes
co:ise vées, se trouvant suffisamment espacées, on les éclaircit et on leur donne les mêmes soins ultérieurs qu'aux plants repiqués. Mais il faut alors doubler l'étendue de la pépinière. Dans tous les cas, celle-ci doit recevoir un sarclage lorsque les plants ont développé leur quatrième feuille. On choisit ce moment pour les éclaircirlorsqu'ils ont levé trop dru.
Transplantation. — Le repiquage du colza peut êlre pratiqué, dans le Nord, depuis le milieu de septembre jusqu'au milieu d'octobre, et dans le Midi, depuis la mi-novembre jusqu'au milieu de décembre. Mais, en général, il est préférable de choisir le commencement de ces deux époques; les plants ont plus de temps pour s'enraciner avant l'hiver, et ils soutirent moins de l'intensité du froid.
La bonne conformation des plants in- Fig. 808. Jeune plant de colza . {]m |)e.,uamp 5Ur ](.UI. s„ és> „ jj
bien cou formé. . r
leurs sont ceux qui, obrant a leur base
une circonférence de. 0m03, n'ont que 0m20 de tige (iig. 80K). Si la
DU COLZA
lige est plus courte, ou e t exposé à les enterrer au-dessus de la naissance des feuilles terminales, ce qui nuit à leur végétation; si elle est beaucoup plus longue, sans être plus grosse, ce qui a souvent lieu quand les plants ont été trop serrés dans la pépinière, il est difficile de Us enterrer suffisamment; ils sont alors moins bien abrités par les neiges de l'hiver et souffrent davantage de l'intensité du froid.
Le repiquage peut être pratiqué avec le plantoir ou avec la charrue.
Repiquage au plantoir. — On trace sur le terrain, à l'aide du rayonneur, des lignes distantes de 0m25 ou de 0m.*»0, selon que le sol est plus ou moins fertile, en n'oubliant pas, toutefois, qu'un des avantages de cette récolte est de nettoyer le sol par les binages et buttages qu'elle réclame. Or, il importe de pouvoir donner ces façons de la manière la plus économique, c'est-à-dire au moyen d'instruments attelés. 11 y aura donc généralement plus d'avantage^ i laisser entre les rangs la plus grande distance, et à n'adopter celle de 0m25 que pour les terrains peu fertiles où la diminution de produit qui résulterait d'un grand espacement ne serait pas compensée par les avantages des façons à l'aide d'instruments attelés.
Ce rayonnage terminé, on procède à l'extraction des plants de la pépinière; on les lie en petits paquets et on les transporte sur le champ à planter. Là , un homme armé d'un plantoir flamand (tig. 800) suit chaque rayon et y ouvre des trous placés à 0'"20 les uns des autres. Il est suivi par une femme ou un enfant, qui introduit un plant dans chaque trou, et comprime la terre avec le pied autour de chaque tige. Les plants doivent être placés de façon ({ue la naissance des premières feuilles touche la surface du sol.
Repiquage à la charrue. — Cette méthode, nfoins parfaite que la précécédente, offre l'avantage d'être plus prompte et plus économique; aussi estelle plus fréquemment employée dans les grandes exploitations, et là où les bras sont rares et le prix de la main-d'œuvre élevé. Voici comment on opère :
Les paquets de jeunes plants étant apportés sur le chai:' \* des femmes les placent dans la raie ouverte en les appuyant contre !; ,'erre
Fig. 800. Plantoir flamand.
remuée, et de façon que la tète ne soit pas trop enterrée. Le trait de charrue suivant vient recouvrir les racines.
Les deux chevaux qui conduisent la charme doivent êlre attelés à la file, et marcher tous deux sur la terre non labourée; car si l'un d'eux entrait dans la raie, il dérangerait les plants avec ses pieds. On termine l'opération en parcourant chaque ligne pour relever les plants qui auraient été trop profondément enterrés. On plante ainsi soit toutes les raies, soit toutes les deux raies, selon les circonstances indiquées |H)ur le repiquage au plantoir.
Très-souvent les plants ont une tige d'une longueur telle que les trous du plantoir, ou la raie du labour, ont une profondeur insuffisante pour pouvoir les enterrer jusqu'à la naissance des premières feuilles. On peut, il est vrai, les placer assez profondément en contournant la racine dans le trou du plantoir ou dans la raie, mais cela nuit
à leur vigueur et prolonge l'opération.
Pour remédier à cet inconvénient, quelques cultivateurs des environs de Caen réduisent la racine de chaque plant autant qu'il le faut pour que la racine et la tige réunies ne présentent qu'une longueur totale d'environ 0m20. 11 s'ensuit que si la tige est très-longue (fig. 810), la section étant faite en A, toute la racine disparait et la plante est transformée eu bouture. Ces jeunes plants étant mis en terre au moyen du plantoir ou de lu charrue, développent à leur base, au hout de vingt jours environ, un bourrelet duquel naissent de nombreuses racines qui déterminent bientôt une végétation
vigoureuse.
De nombreux essais tentés en ce genre ont démontré que ce mode donne un rendement plus considérable que le repiquage des plants a longue tige, et conservés entiers; aussi est-il généralement adopté en Normandie. Mais le succès de ce procédé sera d'autant plus assuré que l'on plantera de très-bonne heure et dans un terrain frais.
Entretien. — (Juel que soit le mode de plantation employé, on donne un premier binage trois semaines
Kig. 810. Jeune plant de colza à tige trop longue.
DU COLZA
environ après la mise en terre; puis on pratique un huilage avant les premiers froids de l'hiver. Si le sol est exposé à l'humidité, il est convenable d'augmenter, à ce moment, la profondeur des rigoles qui séparent les planches, en les creusant à la bêche.
Au printemps suivant, on donne un second binage, puis un second buttage dés que les plants ont atteint une hauteur de 0m40 environ. Ces opérations sont pratiquées avec les instruments attelés, ou les instruments à main, selon l'espace réservé entre les lignes.
Insectes nuisibles. — L'insecte le plus redoutable pour le colza est Y al lise bleue (fig. 811), dont nous avons déjà ^ ' / parlé. Quoique ses ravages se produisent pendant y j>
toute la vie du colza, c'est surtout pendant le pre- ^\^Cf mier développement de la plante que ses attaques Jîfit sont le plus redoutables, parce qu'il dévore les /j^PfcV feuilles séminales des jeunes sujets. Il n'est pas e ^Ll^h^ rare de voir des semis complètement anéantis avant l'apparition de la troisième feuille. f \
Nous avons déjà indiqué plusieurs moyens pour 811. Altise bleue. ' éloigner cet insecte (t. H, p. 110 et 120). Le guano, employé comme engrais, et les arrosages avec des eaux de féculerie ont donné de bons résultats.
La présence d'une espèce de puceron (aphis) qui apparaît très abondamment sur les tiges, au moment de la floraison, diminue souvent aussi très-notablement le produit en nuisant à la fruclilication. On n'a trouvé jusqu'à présent aucun moyen de prévenir cet accident.
Récolte. — Le colza est arrivé à un point de maturité convenable lorsque les feuilles sont flétries, que toutes les tiges et les siliques ont pris une teinte jaunâtre, et que les graines ont atteint une couleur brune. Cela a lieu ordinairement vers le milieu de juillet dans le Nord, et vers le commencement de juin dans le Midi. Si Ton récolte avant ce moment, on obtient des graines moins nourries, qui occupent moins de volume et qui donnent moins d'huile. Il y a autant d'inconvénients à retarder la récolte au delà de l'époque favorable ; car, les graines mûres se détachant avec une grande facilité, les oiseaux, les vents, les orages produiraient une perte considérable.
Pour récolter le colza, on le coupe avec la faucille, à 0m08 ou 0m10 du sol, et l'on en forme des lignes de javelles à mesure que l'on avance. Lorsque le temps est beau et sec, on choisit de préférence le matin, car, pendant les heures les plus chaudes du jour, les siliques s'entrouvrent et laissent échapper les semences.
lorsque la surface des javelles est complètement sèche, on les rc-
tourne avec précaution le matin, pour qu'elles reçoivent, sur toutes leurs faces, l'action du soleil, et, deux ou trois jours après, au premier beau temps, on les transporte sur l'aire où elles doivent être battues. Pour éviter, dans ce transport, les pertes de semences, on emploie des
Fig. 813. Traîneau pour le transport des javelles de colza.
civières ou des traîneaux (fig. 812 et 813) garnis intérieurement d'un drap, et dans lesquels on pose les javelles.
Le procédé que nous venons de décrire offre cet inconvénient que le javelage prolongé expose à une perte considérable de semences, soit par le déplacement des javelles, soit par les oiseaux qui continuent leurs déprédations, soit enfin et surtout par les orages fréquents dans cette saison. Deux moyens ont été proposés pour remédier à ces inconvénients : le premier consiste à mettre le colza en meules immédiatement après la coupe. On dispose une place circulaire surélevée de 0"6 ou O^OS; pour la garantir de l'humidité, on y répand une couche de paille de 0m08 à 0ro10 sur laquelle on étale un lit d'égale épaisseur de regain destiné à recevoir les graines qui tombent au
DU COLZA
fond de la moule, et c'est sur celte surface qu'on dépose les javelles en plaçant le sommet des tiges en dedans. On donne à ces meules 12 mètres de circonférence sur A de hauteur, de telle sorte qu'elles présentent au centre un vide circulaire de 2 mètres iie diamètre à la base, et terminé en cône vers le sommet. l/air pouvant circule r facilement entre les tiges et au centre de celte meule, la fermentation s'y développe difficilement et les graines mûrissent sans accidents. Cependant on reproche à ce mode d entraîner une certaine perte de semences lorsqu'on démonte la meule pour le battage; aussi croyons-nous qu'on devra préférer le procédé qui était employé à Roville, par Mathieu de Dombasle, et que voici :
Aussitôt après la coupe du colza, on en forme des petits menions de C mètres de tour sur 2 de hauteur, et garnis en dessous comme nous venons de l'indiquer pour les meules. Lorsque l'air a desséché les liges et les siliques, et que le temps est assez beau pour procéder au battage, on étend, à côté de chaque mouton, une toile de 2m()0 en carré, et garnie, sur deux de ses côtés, d une perche solidement fixée de façon à simuler une sorte de civière (fig. 8 14). On passe sous le
Fig. 814. Civière pour transporter les petits menions de colza.
moi ilon deux autres perches; deux hommes le soulèvent de chaque côté et le renversent sur la toile. Comme le battage du colza est presque toujours effectué en plein air, il est indispensable de choisir un beau temps. On étend une grande toile ou bâche, disposée sur le .champ même, dont on a nivelé une certaine surface entourée d'un bourrelet de terre.
Après ces dispositions, on apporte le colza et on le place circulairement sur le drap. Aussitôt que l'aire est garnie aux deux tiers, les batteurs se mettent à l'œuvre en marchant circulairement; à mesure qu'ils avancent, des ouvriers ramassent les tiges battues, les lient en bottes et les enlèvent pendant que d'autres ouvriers, précédant les "batteurs, placent des couches de nouveau colza.
Assez souvent on vanne la graine sur le lieu même; on se sert du
van ordinaire, ou mieux, du tarare. D'autres fois, on no la nettoie complètement que lorsqu'elle est parfaitement sèche, ou même lorsqu'on veut la vendre. L'expérience a démontré qu'elle se conserve mieux lorsqu'elle reste mêlée à un peu de menue paille. Dans l'un et l'autre cas, comme elle est sujette à s'échauffer, on doit l'étendre au grenier en couches minces et la remuer fréquemment pendant les premiers temps.
Dans les exploitations pourvues de machines à battre, on a substitut l'emploi de cette machine au battage au fléau en plein air. Il en est résulté qu'on n'a plus été exposé aux intempéries qui dérangent si souvent cette opération lorsqu'elle est faite en plein air.
Rendement. — Le rendement moyen de \ hectare de colza s'élève à 38 hectolitres.
Col%a de printemps.
Le colza de printemps est moins productif que celui d'hiver; sa graine donne, à poids égal, moins d'huile; cette différence est dans le rapport de 5 à 0. Enfin cette huile est de moins bonne qualité. Sa culture, toutefois, offre de l'avantage lorsque le sol présente, en hiver, une humidité surabondante, ou bien encore lorsque le colza d'hiver a été détruit, ou lorsque enfin on n'a pu préparer assez tôt le sol qui devait le recevoir.
Le colza de printemps redoute beaucoup la sécheresse, aussi lui réserve-t-on de préférence les sols humides où le colza d'hiver réussirait mal. Sa végétation étant très-prompte, il exige une terre plus riche encore que celle qui est destinée au colza d'hiver. Le mode de préparation du sol et la nature des engrais qui conviennent à ce dernier, sont également nécessaires au colza de printemps.
Cette variété, n'étant presque jamais binée, on la sème à demeure, et le plus souvent à la volée. L'époque la plus favorable dans le Nord est le mois de mai; malheureusement elle commence à sortir de terre au moment de la plus grande activité des attises, et celles-ci la dévorent souvent en entier. Il faut donc employer avec plus de soins que pour le colza d'hiver les moyens indiqués plus haut pour éloigner ces insectes. Dans le Midi, où cette plante exige encore plus qu'ailleurs un terrain frais, l'ensemencement peut être fait à la lin de mars. On répand la semence dans la proportion de 5 kilogr. par hec-< tare, on la recouvre au moyen d'un hersage, puis on termine par un roulage.
DU COLZA. 405
Trois semaines environ après la semaille, on pratique un sarclage a la main, et on éclaircit les plants de façon qu'ils soienl placés à 0m<25 environ les uns des autres.
La maturité du colza de printemps a lieu, dans le Nord, vers le milieu d'août, et dans le Midi au commencement de juin. Les soins que demande sa récolte sont ceux indiqués pour le colza d'hiver.
Le rendement du colza de printemps est, en moyenne, de 26 bec tolitres.
COMPTE DE CULTURE DÏ'N HECTARE DE COLZA D'HIVER REPIQUÉ A M CHARRUE ET CULTIVE COMME RÉCOLTE SARCLÉE.
Vingt ares de pépinière.
Un trait d'extirpalcur ' . 1 f. 20
Un labour de 0"25 de profondeur *i fiO
Un hersage » 52
Un roulage • 40
Un hersage - 52
Un labour ordinaire. . • 4 40
Un hersage » 52
10,000 kilogr. de fumier, à 10 fr. les lOOOkilogr., y compris les frais de transport et d'épanda^e, 100 fr.; les sept dixièmes de celte somme à la charge du
colza 70 *
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 1 50
Semence, 210 grammes, à 32 cent, le kilogr . 7
Répandre la semence à la volée » .50
Un roulage x .40
Un sarclage 2 »
Loyer de la terre pendant un an 14 »
Frais généraux d'exploitation, 20 fr. par hectare. . . 4 -
Total io;;r.r,r>
Plantation d'un hectare.
Préparation du sol comme pour la pépinière 59 80
Arrachage, habillage et transport des plants 8 »
Labour pour la plantation et mise en terre 62 »
Un binage à la houe à cheval 5 »
Un buttage avec le buttoir 5 »
Approfondir les raies d'écoulement 3 »
Un binage au printemps 5
Un buttage 5 »
Itécolle: scier et faire les menions 15 »
Hallage et vannage 20 »
A reporter 293 f. 33
neport 295 f. 33
45,000 Kit de fumier, a 10 fr. les 1000 kil., y compris les frais de transport et d epandage, 450 fr.; les sept neuvièmes de celte somme à la charge du colza. . . 350 • Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 7 »
Loyer de la terre 70 »
Frais généraux d'exploitation 20 »
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 57 44
Total 777 f. 77
PRODl'lT.
3S hectolitres de graines, à 25 fr. l'hectolitre 950 f. »
BALANCE
Produit 950 f. *
Dépense 7"7 77
Bénéfice net 172 f. 25
22 pour 100 du capital employé.