‹ Traité élémentaire d'analyse qualitative des matières minéralesChapitre 114 sur 197 · I. — Mercure · texte numérisé non relu

I. — Mercure

353. Il doit être recherché dans les urines, les matières fécales et la salive, quand l'empoisonnement n'a pas eu de résultats fâcheux. Après la mort, on devra examiner les parois gastro-intestinales, la bile, le pancréas, le sang et surtout le foie, dans lequel ce métal se retrouve pendant très longtemps.

354. On commence par détruire la matière organique en la divisant en petits morceaux que l'on place dans une capsule de porcelaine, puis on la traite par un poids d'acide chlorhydrique pur égal à peu près à celui des matières sèches ; on ajoute de Teau pour former une pâte claire, on chaufie la capsule au bainmarie, et, quand le liquide est bouillant, on y ajoute par petites portions du chloratede potasse pulvérisé jusqu'à ce qu'il devienne jaune clair, homogène et limpide ; on chauffe encore quelques minutes, puis on filtre ; on lave à l'eau bouillante le résidu qui

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demeure sur le filtre, on réunit toutes les liqueurs filtrées, puis on les concentre de manière à diminuer de moitié environ leur volume. Tous les composés merçuriels toxiques seront dissous par le liquide acide; le vermillon ou le cinabre, qui ne sont pas vénéneux, resteront inattaqués dans la partie non dissoute, et on les reconnaîtra à leur couleur rouge caractéristique. Si Ton soupçonne la présence de Tiodure de mercure, il faut opérer la destruction des matières organiques dans une cornue munie d'un récipient; l'iode se rendra dans celui-ci, sous la forme de chlorure d'iode, avec de l'acide chlorhydrique, du chlore et de l'eau. On neutralise par la potasse la liqueur distillée, on évapore à sec, on calcine pour transformer en iodure l'iodate qui a pu se former, et l'on caractérise l'iodure alcalin par les réactifs habituels.

355. Le liquide acide provenant de la destruction des matières organiques est soumis à l'action d'un courant d'hydrogène sulfuré. S'il y a du mercure, il se forme un précipité d'abord blanc, puis jaune, et enfin noir, de sulfure de mercure (5 centigrammes de chlorure mercurique HgCl' dissous dans 1 litre d'eau donnent dans ces conditions un précipité sensible). On sépare par filtration le sulfure de mercure et on le lave avec le plus grand soin pour le dépouiller de toute trace de chlorures. On constate alors qu'il est insoluble dans l'ammoniaque, le carbonate d'ammoniaque, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'acide azotique pur; l'eau régale le dissout facilement, et la liqueur évaporée à sec, puis reprise par de l'eau acidulée d'acide azotique, donne une dissolution qui présente les caractères des sels mercuriques.

356. Si le métal n'est qu'en proportion extrêmement faible, il faut opérer par voie électrolytique. Au lieu de diriger dans la liqueur qui provient de la destruction des matières organiques un courant d'hydrogène sulfuré, on la soumet à l'action d'une pile de Smée de six éléments : le pôle positif est une lame de platine de 1 centimètre de large et de 4 de long ; le pôle négatif un fil d'or de \ millimètre de diamètre en haut et de 2 en bas. On peut

retrouver ainsi au bout de trente-six heures un dixième de milligramme de chlorure mercurique HgCP dissous dans 300 centimètres cubes d'eau distillée. On nedoitpas se contenter de Taspect blanchâtre que présente le iil d'or, il faut de toute nécessité sublimer le mercure et le soumettre à l'action de la vapeur d'iode qui le transforme en iodure rouge, devenant jaune sous l'influence de la chaleur. Le fil d'or placé au fond d'un tube de verre que l'on chauffe fortement laisse dégager son mercure qui se condense sur les parois en gouttelettes microscopiques. Pour rendre visibles ces dernières qui peuvent échapper à la vue simple, on peut les frotter avec un fil de platine qui les rassemble en gouttelettes plus grosses, facilement visibles à la loupe ; Roussin se sert d'un tube à thermomètre très capillaire et recouvert d'émail sur la moitié de sa surface; on y soufHe deux petits renflements distants l'un de l'autre d'environ 10 centimètres, et dans l'un d'eux on introduit les petits globules mercuriels dont on veut faire des pièces à conviction. En chauflant légèrement l'autre boule et la laissant refroidir ensuite, le mercure s'introduit dans le tube capillaire, où il occupe une longueur très appréciable, de plusieurs centimètres quelquefois. Il ne reste alors qu'à enlever les boules, en fermant le tube à la lampe à ses deux extrémités.

357. On peut également opérer avec la pile de Smithson. C'est un fil d'or d'un demi-millimètre environ de diamètre, autour duquel est enroulé un mince ruban d'étain laminé. On plonge ce petit appareil dans le liquide suspect, après l'avoir acidulé par de , l'acide chlorhydrique, et au bout de quelques heures, s'il y a du mercure, le fil d'or blanchit. Toutefois, Orfila a démontré que ceci ne prouve pas d'une manière absolue l'existence du mercure dans la liqueur, et que dans certaines circonstances le dépôt blanc efifcctué sur l'or peut être dû à de l'étain qui s'y est transporté. Pour s'assurer que le fil d'or est réellement blanchi par du mercure, on l'introduit dans un tube de verre terminé par une portion capillaire et dont on ferme l'extrémité large à la lampe après cette introduction; puis on chaufle cette partie large. Le mercure chassé par la chaleur vase réunir dans le tube capillaire

en gouttelettes visibles à la loupe, et quelquefois en colonne continue. Chauffé en présence d'une paillette d'iode, le sublimé de mercure prend très rapidement une couleur caractéristique jaune ou rouge, suivant la température, et due à la formation d'iodure mercurique HgP.

Le fil d'or peut être remplacé par un fil de platine, mais celuici est incommode en ce sens qu'il est dilYicile d'observer à sa surface le dépôt de mercure qui ne se manifeste pas par un changement de couleur.

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