CHAP. XVIII. - RECHERCHE DU PHOSPHORE. !2I
doit remplir à moilié. On ferme le ballon A (fig. 8) par un bouchon portant un long tube à dégagement B, de â à 3 centimètres de diamètre et de 50 à 60 de longueur. Ce tube, deux fois recourbé à angle droit, s'adapte par un bouchon à la partie supérieure d'un tube vertical G, plongé dans un manchon rempli d'eau froide, et dont la partie inférieure qui traverse la base du manchon se rend dans un petit flacon D. L'eau froide du manchon est constamment renouvelée par les tubes a, b et le flacon K. On place tout l'appareil dans une chambre obscure, et l'on chauffe le ballon avec une lampe à alcool H, en interposant un écran noir entre lui et le tube de condensation pour ne pas être gêné par la lumière de la lampe. On distille doucement le liquide, et dès que l'ébullition commence, on voit apparaître dans le ballon des lueurs phosphorescentes. Elles remontent peu à peu dans le tube de dégagement et s'établissent d'une manière permanente et très nette à l'endroit où les vapeurs passent dans la partie froide du tube vertical. Les lueurs phosphorescentes peuvent persister en ce point pendant plus d'une demi- heure, quand on distille une liqueur contenant seulement un cent-millième de phosphore. Si l'on interrompt la distillation pendant que la phosphorescence se manifeste, et qu'on la recommence après plusieurs semaines, l'appareil étant resté pendant tout ce temps dans le même état, on peut observer la phosphorescence aussi complètement qu'auparavant.
367. Pour éviter l'oxydation de petites quantités de phosphore par. l'air que renferme l'appareil, on peut commencer par le remplir d'acide carbonique et distiller dans un courant lent de ce gaz. Le phosphore se condense alors dans le tube droit refroidi sous la forme de petits globules, et se rend avec l'eau dans le vase inférieur D où on peut le retrouver; cette eau a la propriété de luire quand on l'agite dans l'obscurité. On peut reconnaître ainsi 6 milligrammes de phosphore mélangés à 200 grammes de matières étrangères.
Ce procédé si délicat présente pourtant une cause d'erreur. Certains produits de la putréfaction des matières animales empêchent l'apparition des lueurs phosphorescentes; il en est de même
de la créosote el de Tessence de térébenthioe. L'alcool el Téther agissent d'une manière semblable, mais comme ils passent très rapidement à la distillation, la phosphorescence apparaît aussitôt
qu'ils se sont dégagés.
Au fond du flacon dans lequel s'écoule le liquide distillé on retrouve de petits grains de phosphore qu'il est facile de reconnaître pour tels.
368. Pour recueillir le phosphore disséminé dans une grande quantité de matière oi^anique on peut se servir du soufre. La matière soupçonnée, rendue acide par de Tacide sulfurique, est placée avec quelques morceaux de soufre dans une cornue tubulée, el l'on fait bouillir le mélange pendant une demi-heure environ; on laisse refroidir le tout, on enlève les morceaux de soufre et on les lave : ils contiennent tout le phosphore libre que renfermait la substance examinée. Si ce métalloïde est en excès, le produit est liquide à la température ordinaire ; si c'est le soufre qui domine, la combinaison est solide et cristallisée, mais molle. Quand le soufre ne contient que 1 ou 2 centièmes de phosphore, il peut encore fumer à l'air et se colorer en noir lorsqu'on le mouille avec une dissolution d'azotate d'argent ; chauffé au bain-marie il devient phosphorescent dans l'obscurité, même quand il contient encore moins de phosphore. En traitant ce soufre par l'acide azotique, le phosphore se dissout facilement à l'état d'acide phosphorique, qu'il est facile de précipiter, après neutralisation de la liqueur, à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien.
369. Quand le phosphore est partiellement oxydé et transformé en acide phosphoreux, on peut reconnaître sa présence à l'aide de la réaction suivante qui se produit également avec le phosphore libre. La matière soumise à l'examen est traitée par du zinc pur et de l'acide sulfurique, dans l'appareil de Marsh pu dans un appareil analogue, en ayant soin que le dégagement d'hydrogène soit lent. Le phosphore passe à l'état d'hydrogène phosphore, facile à reconnaître à son odeur et à sa propriété de brûler avec une flamme éclairante, qui, écrasée contre une plaque de porcelaine, prendra
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une teinte verdâtre caractéristique. Il faut faire brûler le gaz à Torifice d'un bec de platine et non pas d'un tube de verre, car la coloration jaune due à la soude du verre masquerait celle du phosphore; il vaut mieux allumer le jet gazeux à la lumière du jour que dans l'obscurité, la coloration verte est bien plus sensible; enfin la présence de l'alcool, de l'éther et de certaines vapeurs organiques empêche la réaction.