II. — Arsenic
370. Le poison doit être recherché dans le contenu de l'estomac et des intestins, dans ces organes eux-mêmes, puis dans le foie, la rfite et les poumons, l'urine et les matières fécales. Avant tout on doit examiner les aliments et les matières vomies : on les place dans des capsules de verre ou de porcelaine netrves et propres, puis on les examine à la loupe; on retrouve ainsi parfois de petits grains blancs et durs, quelquefois translucides, qu'on enlève avec des pinces. On les rencontre souvent dans les replis de la muqueuse de l'estomac ou des intestins. L'acide arsénieux étant très-lourd, en lavant le contenu de ces viscères avec de l'alcool et décantant les matières organiques les plus légères, on arrive parfois à séparer une certaine quantité de poudre d'acide arsénieux.
371 . La matière blanche soupçonnée d'être de l'acide arsénieux doit être lavée avec grand soin pour la débarrasser complètement des matières organiques, puis soumise aux essais suivants :
Elle doit être en grains blancs, laiteux, durs et cassants, ou en poudre blanche.
Un grain d'acide arsénieux sec, placé dans un long tube bouché et chauffé sur le bord d'une flamme, se volatilise sans fondre et se condense à la partie supérieure du tube en un dépôt blanc, qui, examiné à la loupe, surtout au soleil, se montre formé d'octaèdres brillants ; ce sublimé se déplace très facilement par la chaleur.
Un petit fragment jeté sur un morceau de charbon rouge se volatilise en produisant une forte odeur d'ail ; sur de la porcelaine
chauffée au rouge ii se volatiliserait sans éprouver de réduction, et ne dégagerait pas cette odeur alliacée caractéristique.
Une parcelle d*acide arsénieux chauffée dans un tube bouché avec un fi^gment d'acétate de potasse fondu, gros comme une tète d'épingle, dégage l'odeur repoussante qui caractérise l'oxyde de cacodyle.
On introduit un fragment d'acide arsénieux dans un tube étroit fermé par un bout avec quelques fragments de charbon préalablement calciné ; on chauffe le tube d'abord à l'endroit où est le charbon, puis l'acide arsénieux en même temps que le charbon. L'arsenic est ramené à Tétai métallique et se condense sous la forme d'un anneau dans les parties froides du tube. On peut remplacer le charbon par un mélange à parties égales de carbonate de soude sec et de cyanure de potassium fondu, qui joue le rôle d'un réducteur énergique. Il suffira de chauffer l'acide arsénieux avec six fois son poids de ce mélange dans un tube bouché, pour voir apparaître Tanneau d'arsenic métallique.
La solution bouillante d'acide arsénieux dans l'acide chlorhydrique est réduite à l'état métallique par le protochlorure d'élain. Le métal se sépare sous la forme d'un dépôt brun volumineux. On peut retrouver ainsi 1 milligramme d'acide arsénieux dans 500 grammes de liqueur (Beltendorff, Ztsch. f. Chem,^ t. V, p. 592).
La solution d'acide arsénieux, acidulée par l'acide chlorhydrique, donne un précipité jaune sous l'influence de l'hydrogène sulfuré ; la précipitation est complète, et une liqueur qui ne contient que 3 centigrammes d'acide arsénieux par litre donne après vingtquatre heures un précipité très visible. Ce précipité, insoluble dans l'acide chlorhydrique, doit se dissoudre au contraire dans les sulfures alcalins et dans l'ammoniaque.
Les arséniles en solutions neutres donnent avec l'azotate d'argent un précipité jaune caractéristique d'arsénite d'argent, soluble dans l'acide azotique et l'ammoniaque; la solution ammoniacale chauffée abandonne de l'argent métallique. On peut reconnaître ainsi 4 milligramme d'acide arsénieux dissous dans 200 grammes d'eau.
Une petite quantité de la matière, dissoute dans l'eau aiguisée
d'acide chlorhydrique et introduite dans l'appareil de Marsh, doit donner l'anneau caractéristique d'arsenic métallique.
On dissout dans l'eau une parcelle de l'acide arsénieux avec une goutte d'acide chlorhydrique et Ton évapore à sec dans une capsule de porcelaine; après avoir ajouté quelques gouttes d'ammoniaque, le résidu repris par l'eau donne avec le sultate de cuivre un précipité vert d'arsénite de cuivre. Cette réaction, très sensible, permet de reconnaître 3 centigrammes d'acide arsénieux dilués dans 8 litres d'eau.
372. Lorsqu'on n'a pas pu isoler d'arsenic sous la forme de grains ou de poudre d'acide arsénieux, le poison est intimement mêlé aux matières organiques ou même dissous par elles, il peut également être contenu dans la masse du sang ou des différents organes qui ont pu l'absorber. Dans ce cas, avant d'entreprendre la recherche de l'arsenic, il faut tout d'abord dissoudre et détrifire entièrement, par des réactifs appropriés, la masse des matières organiques, et il est bon d'examiner séparément chaque organe avec les matières qu'il renferme, afin de savoir jusqu'où l'arsenic a pu pénétrer. La destruction des matières organiques peut s'effectuer de plusieurs manières.
373. I"* Méthode de Vré«énlas et Babo. — On détruit ces substances, comme on l'a déjà vu à propos de la recherche du mercure, avec de l'acide chlorhydrique et du chlorate dépotasse; on ajoute d'abord au liquide, que l'on chauffe aubain-marie dans un ballon, 15 grammes de chlorate pulvérisé pour lOOde liqueur, puis, dès que le liquide se fonce en couleur, on y projette de ce sel par portions d'environ 2 grammes; l'addition de chaque quantité nouvelle détermine un dégagement de gaz; il faut donc prendre garde à ce que le liquide ne mousse etne sorte du ballon, accident moins à craindre quand on ne chauffe qu'au bain-marie. Lorsque, après la dernière addition de chlorate, le liquide jaune ne se colore plus sensiblement après quinze à trente minutes de chauffe, on chasse l'excès de chlore par l'évaporation à l'air libre, ou mieux par un courant d'acide carbonique que l'on dirige dans la liqueur :
le passage lent de ce gaz pendant deux minutes produit plus d'effet qu'une évaporation d'une heure au bain-marie; enfin le liquide est filtré chaud, et les lavages du filtre se font à l'eau bouillante. Par ce procédé, la destruction des matières organiques n'est pas totale, une partie du tissu cellulaire, de la graisse reste dans le résidu dont le lavage devient incomplet et difficile, et qui peut retenir un peu du toxique ; il faut se rappeler aussi que tout excès d'acide chlorhydrique ou de chlorate de potasse est nuisible.
374. â*" Méthode de Flandin et Danger. — Les matières organiques coupées par petits morceaux, ainsi que le résidu de la dessiccation des liquides, sont introduits dans une capsule de porcelaine avec le quart environ de leur poids d'acide sulfurique concentré pur; on chauffe et l'on dessèche avec précaution la pâte noire qui se produit. Le charbon obtenu est friable ; on le divise et on le mouille avec de l'acide azotique ou de l'eau régale, pour transformer l'acide arsénieux en acide arsénique. On évapore à siccité afin de chasser l'excès d'acide, et l'on reprend le charbon broyé par de l'eau distillée bouillante, puis on le sépare par filtration. Par ce procédé on perd un peu d'arsenic à l'état de chlorure quand les matières organiques renferment de petites quantités de sel marin, ce qui est le cas général; on remédie à cet inconvénient en opérant dans une cornue, et condensant dans un récipient les produits de la distillation ; mais il se produit une mousse qui rend très difficile la conduite de l'opération.
375. 3"* Méthode de Schneider et Fjrfe. — On introduit dans une grande cornue tubulée la matière organique, solide et liquide, et on lui ajoute un poids égal au sien de sel marin pur, fondu et en petits morceaux. On ajuste un récipient au col de la cornue et, par un tube à entonnoir adapté à la tubulure, on verse une quantité d'acide sulfurique suffisante pour décomposer tout le sel marin. Quand l'effervescence et le dégagement d'acide chlorhydrique ont cessé, on distille le mélange renfermé dans la cornue en refroidissant bien le récipient. Tout l'arsenic passe à l'état de
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chlorure, qui se produit surtout à la fin de l'opération, quand les liqueurs sont concentrées, de sorte qu'il faut pousser assez loin la distillation. On doit éviter un excès d'acide sulfurique, qui, avec la matière charbonneuse, donnerait de l'acide sulfureux; tout l'arsenic se condense danslaliqueur que renferme le récipient.
876. it" Méthode de Wéhier. — Les substances empoisonnées, broyées et réduites à l'état de pâte, sont placées dans un grand flacon (on facilite la division de la matière en la mélangeant dans le mortier avec du sable siliceux bien lavé), puis on y fait passer jusqu'à saturation un courant de chlore, préparé à l'aide de l'acide chlorhydrique et du bioxyde de manganèse ; le gaz est lavé dans une colonne d'eau de petit volume mais de grande hauteur. Le flacon qui renferme la matière organique est placé dans un bain d'eau chauffée à 50 degrés environ, afin de rendre la réaction plus facile. Quand la matière est complètement saturée de gaz, elle est coagulée et blanche; on ferme le flacon et, vingt-quatre heures après, il doit répandre une forte odeur de chlore. S'il en est ainsi, on porte la masse à l'ébullition pour chasser l'excès de chlore, on filtre et on lave à l'eau bouillante le résidu.
377. La liqueur arsenicale dépourvue de matière organique obtenue par l'une de ces méthodes, est traitée par un courant d'hydrogène sulfuré, jusqu'à ce qu'elle en soit sursaturée. On chauffe le liquide à 50 ou 60 degrés pendant une demi-heure, tandis qu'on y fait passer le courant de gaz, pour faciliter la précipitation du sulfure d'arsenic, puis on le laisse refroidir, tout en entretenant le passage de l'hydrogène sulfuré ; après vingt-quatre heures de repos, on décante sur un filtre aussi petit que possible le précipité gris sale qui s'est formé ; la liqueur filtrée est saturée de nouveau d'acide sulfhydrique, puis abandonnée à elle-même, afin de s'assurer qu'elle ne donnera pas un nouveau précipité.
Le sulfure d'arsenic est plus ou moins mélangé de matières organiques précipitées en même temps que lui et qu'il est indispensable de détruire. Pour cela, on place le filtre lui-même dans un grand creuset de porcelaine avec de l'acide nitrique, jusqu'à ce que toute
la niasse soit homogène. On neutralise l'acide libre pardu carbonate de soude et l'on évapore doucement à sec, en ayant soin que la liqueur contienne une quantité suffisante de nitrate de soude. On chauiïe graduellement le creuset jusqu'à ce que le sel soit en fusion ; il noircit d'abord, puis se résout en un liquide incolore et limpidequiresteimmobile; on estsûr alors que toute la substance organique est brûlée, et l'arsenic transformé en arséniale de soude. On ajoute dans le creuset même, après son refroidissement, de l'acide sulfurique concentré goutte à goutte, puis on chaufre doucement de façon à chasser la totalité des composés nitrés et à transformer la matière en bisulfate de soude. 11 faut éviter dans cette opération la présence de tout composé chloré, qui occasionnerait une perte d'arsenic à l'état de chlorure.
La masse saline refroidie est dissoute dans le creuset & l'aide d'une petite quantité d'eau bouillante, puis introduite dans l'appareil de Marsh.
â78. Api^apcU de Marsh. — Cet appareil se compose d'un flacon A à deux tubulures, de 1 litre environ de capacité (fig. 9
L'une des tubulures, fermée par un bouchon neuf, laisse passer uD entonnoir; l'autre porte un tube recourbé ù angle droit,
muni sur sa partie verticale d'une boule B de 2 centimètres de diamètre environ, destinée à retenir les petites bulles de liquide qui pourraient être entraînées et qui jretombent dans le flacon. Aussi l'extrémité du tube à boule par laquelle le gaz arrive doit-elle être terminée par une section oblique, afin de faciliter cet écoulement du liquide condensé. L'autre bout s'adapte, par l'intermédiaire d'un bouchon, & un second tube C de 2 centimètres environ de diamètre, de 15 de longueur, rempli de fragments de chlorure de calcium pur, fondu, et bien exempt de poussière. Deux tampons d'amiante préalablement calcinée retiennent le chlorure de calcium aux extrémités. Après le tube desséchant on en adapte un autre DE, en verre de Bohême peu fusible, absolument exempt de plomb, long de 50 à 75 centimètres, de 5 à 7 millimètres de diamètre intérieur, et dont le verre a 1 millimètre i/2 d'épaisseur. Ce tube effilé à son extrémité E sera chauffé au rouge sur une longueur de 30 centimètres environ et pendant une heure au moins, soit avec une forte lampe à alcool F, soit avec une grille à gaz ou à charbon, en ayant soin de soutenir le verre qui se ramollit. Le flacon à deux tubulures peut être remplacé par un flacon à col droit muni d'un bon bouchon percé de deux trous.
379. On commence par introduire dans le flacon 400 grammes environ de zinc en grenaille, et on le remplit à moitié d'eau distillée, puis on verse à l'aide du tube à entonnoir, et par petites portions, de l'acide sulfurique pur, en opérant lentement, de manière h éviter un trop grand échauffement du liquide et la production d'hydrogène sulfuré. On continue le dégagement de gaz jusqu'à ce que tout l'appareil soit bien purgé d'air et entièrement rempli d'hydrogène; c'est alors seulement qu'on chauffe le tube jusqu'au rouge, en entretenant le dégagement continu d'hydrogène au moyen de petites quantités d'acide qu'on ajoute de temps en temps; il ne faut alors se servir que d'acide étendu de sept fois son volume d'eau et refroidi. Si les réactifs employés contiennent des traces d'arsenic, il se forme un anneau métallique miroitant dans le tube au delà de la partie chauffée, et il faudra renouveler l'appareil. Il va sans dire que l'on devra examiner, en les intro-
duisant dans l'appareil bien exempt d'arsenic, tous les réactifs, sans exception, que l'on devra employer dans l'analyse : l'acide chlorhydrique, l'acide sulfurique, le zinc, le bioxyde de manganèse, etc. Pour cet essai, le chlorate de potasse devra être préalablement calciné et transformé en chlorure de potassium, les azotates et la potasse seront amenés à l'état de sulfates. Dans ces épreuves il faut opérer toujours sur 30 grammes, au moins, de matière. Si le zinc dont on se sert contient des traces d'arsenic, le meilleur moyen de l'en débarrasser consiste à le fondre à plusieurs reprises avec du nitrate de potasse, l'arsenic s'oxyde, passe à l'état d'arséniate de potasse, et reste dans la scorie saline qui surnage le culot de métal.
380. Quand, après l'essai des réactifs et de l'appareil, on est certain que le tout est complètement exempt d'arsenic, on introduit par le tube à entonnoir la solution suspecte (1), et l'on continue le dégagement d'hydrogène tout en maintenant au rouge la partie chauffée du tube DE. On a bien soin, en versant le liquide, de prendre garde qu'il ne s'introduise pas d'air en même temps que lui dans le flacon. S'il y a de l'arsenic, on ne tardera pas à voir apparaître au delà de la partie chaufl'ée du tube un anneau qui, d'abord brun, devient brillant et s'accroît peu à peu, de manière à constituer un miroir métallique opaque quand l'arsenic est en quantité notable; ou enflamme alors l'hydrogène qui sort à l'extrémité du tube de dégagement, et l'on écrase la flamme avec de la porcelaine un peu épaisse, de manière à la refroidir et à empêcher la combustion de l'arsenic, qui se dépose alors en taches brillantes, brunes ou noires, que l'on peut quelquefois obtenir en grand nombre. Cela arrive surtout lorsque la partie chaufiee du tube n'est pas très longue et qu'il échappe à la décomposition une portion plus ou moins grande d'hydrogène arsénié
(1) Il faut que la solution destinée à être introduite dans Tapparei] de Marsh soit absolument privée de matières organiques ; celles-ci en effet, même en faible quantité, détermineraient la formation d'une mousse abondante qui remplirait le flacon, puis en sortirait par les tubes, et rendrait ainsi l'opération impossible.
qui donne lieu aux taches en question. On peut se servir à volonté d'une plaque de porcelaine dégourdie, d'un couvercle de creuset, d'une capsule ou d'une soucoupe de porcelaine G; la plaque doit être promenée dans la flamme, pour que l'arsenic qui s'est déposé ne soit pas volatilisé par la température trop élevée qui se produirait en un seul point; il ne faut pas se servir de terre de pipe ni de faïence, dont la couverte, qui contient du plomb, donnerait, par sa réduction, des taches noires, lors même qu'il n'y aurait pas d'arsenic. La flamme qui brûle à l'extrémité du tube de verre est jaune, colorée qu'elle est par la soude de ce verre ; mais si, comme cela est nécessaire dans la recherche du phosphore, le tube est terminé par le bec de platine d'un chalumeau, la flamme de l'hydrogène mélangé d'hydrogène arsénié est blanc bleuâtre et livide.
381. Quand le miroir métallique cesse de s'accroître et que la flamme ne donne plus de taches, on arrête l'opération, on fond le tube de dégagement en sa partie rouge, puis on le ferme à sa pointe effilée, de manière à conserver l'anneau miroitant en vase clos. Si la liqueur renferme beaucoup d'arsenic, on ne l'introduit qu'en plusieurs fois dans l'appareil ; le tube de dégagement est alors très long, et chauffé successivement en diff^érents points, de manière à produire l'anneau métaHique à plusieurs places ; l'opération terminée on le coupe à la lime en autant de morceaux qu'il y a d'anneaux, et on les enferme dans des tubes scellés jusqu'au moment où on les examinera.
Si après une heure de chauff'e on n'obtient ni anneau ni miroir, et si la flamme ne produit pas de taches, on en peut conclure l'absence de l'arsenic, si dans la première partie de l'examen des matières on a pris les précautions suffisantes pour ne perdre aucune quantité du poison qu'elles peuvent contenir. D'après Otto, 100 centimètres cubes d'une liqueur contenant 1 milligramme d'acide arsénieux donnent un dépôt très visible; d'autres auteurs admettent un dixième de milligramme comme limite de la sensibilité. Il parait, dans tous les cas, nécessaire de n'introduire que par petites portions le liquide arsenical.
»]82. Mais il faut se rappeler que Tantimoine, surtout lorsqu'il » est dissous sous la forme d'un sel, donne, dans les mêmes conditions que Tarsenic, de l'hydrogène antimonié gîizeux. Celui-ci, comme l'hydrogène arsénié, se décompose en traversant un tube chauffé, et produit sur le verre ou la porcelaine, soit un miroir, soit des taches tout à fait semblables à celles de l'arsenic. Or, des préparations antimoniées, en particulier l'émétique, sont souvent administrées comme remèdes internes , de sorte qu'il est de la plus grande importance de savoir distinguer sans ambiguïté si les anneaux et les taches que l'on a obtenus proviennent de l'arsenic ou de l'antimoine.
Caractères distinctifs de !^antimoine et de V arsenic.
383. a. Le dépôt arsenical (anneau ou tache) doit présenter l'aspect d'une couche mince d'un brun métallique à nuance fauve quand il est mince. Le dépôt d'antimoine est noir velouté.
b. Les bords de l'anneau antimonial ont l'aspect fondu, ce qui n'a pas lieu avec l'arsenic.
c. L'anneau arsenical ne se produit qu'au delà de la partie chauffée; avec l'antimoine, qui est bien moins volatil, on obtient souvent un anneau à chaque extrémité de cette partie du tube; de plus, l'anneau arsenical présente souvent deux régions distinctes, l'une mate et blanche, l'autre plus brillante, ce qui avec l'antimoine n'a jamais lieu.
d. L'anneau arsenical chauffé dans un courant de gaz inerte (hydrogène, azote, acide carbonique, etc.) se déplace très facilement, et Ton peut l'amener jusqu'à l'extrémité du tube. En l'en faisant sortir, l'arsenic s'oxyde partiellement à l'air et donne l'odeur alliacée caractéristique ; chauffé dans un courant d'air, il se transforme en acide arsénieux qui se dépose dans les parties froides du tube sous la forme d'un enduit cristallin très réfringent, formé d'octaèdres ou de tétraèdres réguliers. L'antimoine se déplace difilcilement dans le courant de gaz inerte, et tandis que
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Farsenic se volatilise sans présenter la moindre trace de fusion, il fond, lui, avant de se volatiliser, en petits globules brillants facilement observables à la loupe. En s'oxydant au contact de Tair , Tantimoine ne développe aucune odeur alliacée, et il se transforme en une poudre amorphe d'oxyde d'antimoine.
384. e. Une solution d'hypochlorite de soude fait disparaiti^e instantanément une tache arsenicale; l'antimoine n'est pas dissous et ne se détache que mécaniquement; si la tache contient les deux métaux à la fois, on verra le bord plus riche en arsenic se dissoudre, et le centre rester intact. L'hypochlorite alcalin ne doit pas renfermer de chlore libre; on l'obtient en précipitant par du carbonate de soude une solution d'hypochlorite de chaux et conservant le liquide filtré dans des flacons bouchés à l'émeri.
/*, Une goutte de sulfhydrate d'ammoniaque versée sur une tache d'antimoine la dissout instantanément. La matière évaporée avec précaution, laisse un dépôt orangé de sulfure d'antimoine immédiatement soluble dans une goutte d'acide chlorhydrique.
Le même sulfhydrate ne dissout que plus lentement une tache arsenicale; le résidu de l'évaporation est du sulfure jaune d'arsenic , insoluble dans l'acide chlorhydrique , mais soluble dans Tammoniaque étendue.
g. Si l'on fait traverser le tube qui contient l'anneau par un courant d'hydrogène sulfuré, en chauffant légèrement, le métal se transforme en sulfure, jaune si c'est de l'arsenic, orangé rouge et le plus souvent noir si c'est de l'antimoine; de plus, le sulfure d'arsenic est beaucoup plus volatil que celui d'antimoine. Si l'on fait alors passer dans le même tube un courant d'acide chlorhydrique sec, le sulfure d'arsenic demeurera inattaqué, tandis que celui d'antimoine se volatilisera sous la forme de chlorure.
h. Une goutte d'acide nitrique de densité égale ai, 3 dissout a froid l'arsenic et l'antimoine ; l'arsenic est transformé en acide arsénieux, et si l'on ajoute une goutte d'azotate d'argent ammoniacal, elle donnera un beau précipité jaune d'arsénite d'argent, tandis que l'antimoine n'est pas précipité dans ces circonstances.
L'azotate d'argent ammoniacal s'obtient en versant goutte à goulte de Fammoniaque dans une dissolution de nitrate d'argent, jusqu'à ce que le précipité formé d'abord se soit redissous.
L En employant de l'acide azotique plus concentré et en quantité plus grande, l'arsenic se transforme en acide arsénique ; on évapore doucement à sec, puis on ajoute un peu de nitrate d'argent ammoniacal, et Ton évapore de nouveau. L'arsenic donnera un précipité rouge-brique d'arséniate d'argent, soluble dans les acides et dans l'ammoniaque, et caractéristique. L'antimoine transformé en oxyde ne donne rien avec le nitrate d'argent.
k. Le sulfure d'arsenic se dissout dans une solution concentrée de carbonate d'ammoniaque; celui d'antimoine y demeure insoluble.
l. La tache arsenicale exposée aux vapeurs d'iode devient blanc jaunâtre, puis brune; elle disparaît ensuite quand on chauffe faiblement au contact de l'air, et de l'hydrogène sulfuré versé sur la place qu'elle occupait y produit une tache jaune que l'ammoniaque fait disparaître. L'antimoine, dans les mêmes circonstances, devient d'abord brun, puis orangé. L'hydrogène sulfuré donne une tache rouge orangé que l'ammoniaque ne fait pas disparaître.
m. Le dépôt d'antimoine dissous dans l'acide chlorhydrique donne, quand la liqueur n'est pas très acide et qu'on lui ajoute de l'eau, un précipité blanc d'oxychlorure d'antimoine, soluble dans l'acide tartrique ; la liqueur produit avec l'hydrogène sulfuré le précipité orangé caractéristique.
n. Le sulfure, dissous dans un peu d'eau régale, est traité par de l'acide sulfureux qui réduit l'acide arsénique à l'état d'acide arsénieux ; on évapore à sec pour chasser l'acide sulfureux en excès, puis on reprend par de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, et l'on chauffe la liqueur concentrée après y avoir plongé un fil de cuivre ou une lame de laiton. L'arsenic et l'antimoine réduits, déposeront sur le fil ou sur la lame un enduit gris de fer, qui se détache facilement quand on chauffe le cuivre avec de l'ammoniaque; il est facile alors de reconnaître sur le précipité à quel métal on a affaire. Si les deux métaux sont mélangés, on les chauffera très doucement
dans un courant très lent d*hydrogène ; l'arsenic se volatilisera seul. On peut ainsi retrouver ces métaux dans une liqueur diluée au îTôHôô- ^1 f^^^ éviter la présence de l'acide sulfureux, qui donnerait sur le cuivre un dépôt de couleur analogue.
Telles sont les réactions principales qui permettent de distinguer les anneaux et les taches d'arsenic de ceux que donne l'antimoine; il faudra autant que possible les effectuer toutes pour acquérir le plus grand degré de certitude; on se bornera, quand on n'aura que peu de matière à sa disposition, aux réactions les plus caractéristiques.