Appareil digestif des Oozoaires
L'appareil de la digestion se présente , chez
les Oozoaires, sous des formes variées à l'infini.
Tantôt il n'y a point encore de cavité pour la fonction digestive, absolument comme dans les plantes et les Proto-organismes. Parmi ces derniers j'ai figuré le volvox globator (pi. 1 , fig. 1) , afin de faire voir qu'il ne constitue qu'une simple vésicule pleine d'eau, sans nulle ouverture orale , et sans cavité spéciale pour la digestion.
Tantôt on trouve des excavations en forme de sacs , qui s'ouvrent à l'extérieur , soit par un seul orifice , soit par un très-grand nombre de bouches absorbantes.
Tantôt enfin il se développe un appareil digestif complet , avec une bouche , un anus et des circonvolutions intestinales.
Les ordres des Lithozoaires et des Phythozoaires ne nous offrent ordinairement que l'une ou l'autre des deux premières d'entre ces trois formes.
Les Nullipores et les Éponges , chez lesquels on n'aperçoit encore aucmi vestige d'organisation animale particulière , n'ont pas non plus de cavité digestive , et l'on serait peut être en droit de les rapporter au règne des Proto-organismes, intermédiaire entre les végétaux et les animaux, s'ils ne faisaient pas si manifestement le passage aux Coraux et dMX Gorgones, chez lesquels une multitude de corps polypiaires particuliers se développent. Ces corps polypiaires ont des cavités digestives en forme de sacs , mais sans contre-ouverture , et qui souvent remplissent en outre les fonctions génératrices, attendu qu'elles livrent passage aux œufs.
Le Veretillum cynomoriumj parmi les Pennatules , peut être cité comme un exemple de ce degré d'organisation (pi. i, fig^ iv-vi). Le tube contractile de chacun des polypes qui naissent de son tronc principal, est muni d'une ouverture orale , entourée de huit bras , qui même dans un sac stomacal simple etobîong (fig. VI , a) , au bas duquel s'insèrent huit oviductes (b). Le liquide alimentaire assimilé peut, en traversant les parois de l'estomac^ se communiquer à la substance celluleuse du tronc (fig. V , e) , et s'y distribuer au moyen de deux conduits longitudinaux inférieurement partagés en quatre (d) .
Les organes digestifs des Plumatelles (1)
(1) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. III , pi. i, fig. X.
se divisent plus distinctement en œsophage , estomac et intestin terminé par nn anus, quoique d'ailleurs ils se rapprochent beaucoup des précédents, en ce qu'ils sont également libres dans la cavité cylindrique du corps , et que les liquides qu'ils contiennent transsudent à travers leurs parois pour se répandre dans la cavité du tronc.
A l'égard des Protozoaires , la conformation la plus simple des organes digestifs est celle que nous rencontrons chez les Hydres , où de nouveau on n'aperçoit pas de parois stomacales distinctes , et où le corps entier consiste uniquement en une substance ponctiforme , où matière animale primaire , formant un sac ouvert par le haut et par le bas (pi. I, fig. m) , dont la surface interne et la surface externe sont tellement homogènes, que , quand on retourne l'animal, il digère aussi bien avec sa surface externe devenue interne , qu'il le faisait auparavant avec l'autre. Quant aux Lacinulaires , leur organe digestif , suspendu dans la cavité d'un corps pétiole comme la feuille d'une plante (1) , ressemble beaucoup à celui des Plumatelles. Mais les Vorticelles , qui sont également pédicellées, nous offrent une autre organisation , que les recherches d'Ehrenberg ont dévoilée (2) , et dont voici les caractères. Au bord de l'espèce d'urne qui forme le corps de l'animal , se trouvent deux couronnes de cils, entre lesquelles on aperçoit des fibres rayonnantes ; pas tout-à-fait au milieu de l'urne, on découvre un enfoncement dans lequel peuvent entrer les aliments attirés par le tournoiement des fibres , et par où peuvent sortir aussi les excréments. Quand l'animal avale une substance colorée , on voit une multitude de vésicules se remplir de cette dernière , ce qui annonce que de l'enfoncement part un intestin, qui vient également s'y terminer , et autour duquel sont disposées une foule de cellules globuleuses, dans lesquelles les aliments séjournent pendant quelque temps , circonstance qui leur donne de l'analogie avec des estomacs.
Ehrenberg a parfaitement démontré aussi
(1) Voyez mes Tabulas illustrantes , cah. III ,pl. i, fig. IV. V.
(2) Organisation der In f usions thiercJien, 1030, pag. 101.
que les Infusoires proprement dits se divisent , sous le rapport de leurs organes digestifs , en deux grandes familles. La première comprend ceux dans l'intérieur desquels on aperçoit plusieurs cellules globuleuses , qui reçoivent les substances alimentaires. Ici se rangent les Monades , les Paramécies , les Kolpodes, etc. (Polygastriques d'Ehrenberg), dans le nombre desquels il s'en trouve quelques uns où ces cellules n'aboutissent à l'extérieur que par une seule ouverture ( Monas ) , et d'autres où il y a aussi une contre-ouverture , c'est-à-dire un anus {Enchelys , Trachelius , Kolpoda , Leucophrys ; voyez le Leucophrys patula , (pi. I , fig. vu, A B). A l'autre famille appartiennent ceux qui ont un canal intestinal bien distinct dans leur corps , et souvent renflé d'une manière évidente en une sorte d'estomac , c'est-à-dire tous les Piotifères. L'organisation intime de l'appareil digestif des premiers sera toujours couverte de quelque obscurité , à cause de la petitesse extrême des individus. Ce n'est qu'en répétant nombre de fois et variant à l'infini le procédé déjà mis en usage par Gleichen (3), et qui consiste à nourrir ces Infusoires avec des substances colorées, notamment avec du carmin, de manière à rendre visibles leurs cellules globuleuses internes , dont le nombre s'élève souvent à cent ou deux cents , qu'Ehrenberg est parvenu à s'en faire une idée un peu précise , et qu'il a pu découvrir que leur corps est parcouru par une voie digestive, tantôt droite , tantôt courbe ( Leucophrys , fig. vin , B ) , sur les côtés de laquelle sont suspendues ces vésicules. A l'égard des Rotifères , ils ont toujours un pharynx, la plupart du temps fort , et armé aussi (4) de dents dont j 'ai parlé précédemment (S 1 4 1 ) ; à ce pharynx aboutit ordinairement un œsophage plus ou moins long , puis une dilatation stomacale^
{3) Mikroskopische Entdeckungen. Nuremberg, 1781, pag. 48, pi, XXII.
(4) On rencontre çà et là des phénomènes qui ne se concilient point avec cette description. Ainsi , dans une Leucophrys pleine de gloliules verts (provenant probablement du parenchyme globuleux vert des conferves dont l'eau était remplie) , j'ai vu tout le contenu de l'animalcule agité d'un mouvement périphérique lent , presque semblal)le au courant qu'on observe dans les Chara, ( F.-V. Raspail, Nouveau système de chimie organique.PsiTis 1833 , in-8o , pag 317, a consigné des observations curieuses sur le mécanisme de la circulation des Chara. )
souvent pourvue de plusieurs eœcums , enfin un intestin court , qui parfois se renfle en un rectum énorme. V. l'intestin de VEosphora najas , (pi. 1 , fig. x, b), et la figure de l'organe digestif de hMegalotrocha alha, (fig. xi) .
Les Acalèphes j, qui préparent le passage aux Mollusques inférieurs (Salpa Pyrosoma) , sont également très-diversifiés sous le point de vue de leurs organes digestifs ; mais ces derniers demeurent toujours développés d'une manière assez imparfaite.
Quelques uns pompent encore leur nourriture tout à fait à la manière des plantes , par le moyen d'un ou plusieurs suçoirs, absorbent ainsi des animaux plus ou moins gros , comme dans autant d'œsophages , les reçoivent dans leur cavité intérieure , et en rejettent ensuite les débris par le même orifice qui les a laissés pénétrer. Tel est le cas des Acalèphes siphonophores , parmi lesquels les Velelles et les Physalies ont un grand nombre de suçoirs , tandis que les Eudoxies n'en ont qu'un seul (1).
La même chose a lieu pour les Rhizostomes , parmi les Acalèphes discophores. Les vaisseaux absorbants qui parcourent les huit bras (pi. 1 , fig. xm} ,se réunissent en quatre troncs, lesquels n'en forment enfin qu'un seul à leur tour ; ce tronc unique représente , en quelque sorte , un pharynx intérieur , qui se dilate ensuite en un estomac placé dans le milieu du disque (b) et entouré des quatre cavités respiratoires (f.xiv) , ce qui fait qu'on ne rencontre jamais d'aliments grossiers dans cet estomac , qu'on pourrait d'ailleurs tout aussi bien comparer aune simple citerne lombaire. Il est digne de remarque encore que ni l'estomac ni les conduits absorbants n'ont de membranes propres , et qu'ils semblent seulement avoir été , en quelque sorte , creusés dans la substance albumineuse commune du corps.
Dans d'autres genres {YeMla , Porpila), on trouve , à la face inférieure du disque , un large estomac en forme de bouteille , dont l'orifice est conformé comme un suçoir, et dans lequel parviennent de petits animaux, même recouverts d'un test coriace, qui sont digérés
(1) EscHSCHOLTZ, System (1er Akalephen , pag. 14.
en entier, à l'exception de leurs parties dures, dont la Méduse se débarrasse ensuite.
L'organisation des Béroïdées, parmi les Acalèphes cténophores, est plus singulière encore. Le corps de ces Méduses est tout à fait creux , sans que leur cavité représente un véritable estomac ; seulement elle sert à l'animal pour engloutir, pendant qu'il nage, d'autres animaux plus petits , qui , une fois parvenus dans le fond du sac , s'y trouvent incarcérés par la contraction de la partie moyenne , et digérés (2) ; de cette cavité part aussi un canal droit et court , qui se porte au dehors , mais paraît cependant être moins un intestin qu'un conduit de dérivation pour l'eau qui s'introduit dans l'intérieur du corps.
Enfin , d'après Eschscholtz , les Callianirides et les Mnémiides ont une véritable cavité stomacale , revêtue d'une membrane particulière, qui reçoit et digère des animaux entiers. La Médusa aiirita , parmi les Discophores, offre aussi une cavité stomacale plate , située dans le milieu des quatre bras , et entourée de quatre sacs ou appendices.
Des cavités stomacales des Acalèphes naissent immédiatement des vaisseaux , qui portent le liquide nourricier assimilé jusqu'aux régions les plus éloignées du corps.
Parmi les Radiaires , les Actinies se rapprochent encore beaucoup des Acalèphes , et même des Polypes individuels des Coraux et des Plumes de mer , par la simplicité de leur estomac sacciforme. Ce sac, plus large que profond, composé d'une membrane délicate, et formant des plis onduleux dirigés vers la périphérie du corps , est fixé dans le milieu de la partie charnue du corps par plusieurs saillies lamelleuses de la cavité de ce dernier , mais toutefois de manière à ce que l'ouverture de la bouche , qu'entourent de nombreux tentacules , puisse se renverser de dedans en de- ^ hors , à la volonté de l'animal.
A cette organisation se rattache immédiatement celle des Astéries , chez lesquelles l'estomac est encore formé , comme dans les Actinies , par un cul-de-sac simple , à parois
(2) Loc, cit. pag. 12. Cette contraction de la masse molle interne du corps autour de chaque bouchée que l'animal avale, ne pourrait-elle point être comparée à une reproduction sans cesse renouvelée d'une partie des cellules globuleuses des Infusoires polygastriques ?
ORGANES DE LA DIGESTION
minces , qui peut se retourner sur lui-même , et sortir par l'unique bouche souvent armée de cinq dents et située à la face inférieure du corps , pour aller saisir de petits poissons ou coquillages ;, dont l'animal rejette plus tard les parties qu'il n'a pu digérer. Ici donc encore , comme chez la plupart des espèces qui appartiennent aux dernières classes , l'animal vit de matières animales. Du reste , la cavité stomacale envoie, dans chacun des cinq rayons du corps , un large canal entouré d'une multitude de cœcums , et terminé lui-même en cul-de-sac , qu'on pourrait comparer aux vaisseaux chargés de conduire , chez les Acalèphes discophores, le liquide nourricier de l'estomac à la périphérie , mais qui cependant réunit aussi en lui les fonctions des vaisseaux biliaires.
La Comatule fait le passage des Astéries aux Oursins. A la surface inférieure de son corps , on trouve deux ouvertures , rapprochées de la circonférence du disque , dont la plus large représente une bouche , tandis que l'autre est un anus assez proéminent, qui communique avec la première par un intestin décrivant deux tours , et dont la largeur est partout la même à peu près , suivant Meckel (1).
Chez les Oursins, les organes masticatoires ont acquis un développement considérable. Dans l'ouverture orale du test , qui regarde en dessous , se trouve enchâssé un remarquable appareil à cinq branches (lanterne d'Aristote) , que j'ai déjà décrit en traitant du squelette , et dans chacun des rayons duquel (sorte de mâchoire) une longue dent est mise en mouvement par plusieurs muscles ( pi. 1 , fîg. xix). De ce pharynx armé part un œsophage grêle , auquel succède un intestin à parois minces et décrivant deux tours , qui s'ouvre par un anus, soit vis-à-vis de la bouche (E chinus) , ?,oii sur le côté (Spatangus). Cet intestin est toujours fixé dans l'intérieur du test par des membranes et des vaisseaux particuhers faisant en quelque sorte office de mésentère { pi. i, fig. xvni).
Dans les Holothuries , enfin , on aperçoit , autour de la bouche , une couronne de nombreux cœcums , qui peuvent être considérés
(1) System der vergleichenden Ànatomie , tom. IV, pag. S4.
comme des rudiments de vaisseaux salivaires ; ensuite commence (pi. i , fig.xvi) le canal intestinal , qui est assez long et uniforme , se replie quatre fois sur lui-même dans le corps , est retenu en place par une espèce de mésentère mince et souvent réticulé , et s'ouvre dans une dilatation destinée à la respiration ( fig. xvi, g) , qui réunit , d'une manière fort remarquable, l'idée d'un cloaque, d'une vessie urinaire et d'une cavité pulmonaire. L'intestin contient ordinairement une masse terreuse brunâtre , et offre cette singularité que ^ quand l'animal éprouve quelque irritation extérieure , il le fait volontairement sortir par l'anus , ainsi qu'une portion de l'appareil respiratoire , et détache lui-même le tout de son corps.
U. Organes digestifs dans les Mollusques.