VIL ORGANES DIGESTIFS DES
MAMI^iîFÈRES.
1. Organes de mastication, de gustation, de succion et de déglutition des mammi- FÈRES.
C'est une répétition très-significative des formations dévolues aux classes antérieures ^ que nous retrouvious ici les organes chargés cle s'emparer des aliments constitués de manière à pouvoir être employés comme appareil de succion , seul office même qu'ils remplissent durant la première période de la vie. Cette disposition est générale dans tous les Mammifères. Cependant il mérite d'être remarqué que la succion n'est opérée, chez eux , ni seulement par la bouche , les lèvres et les muscles du pharynx , comme dans les Zoophytes , les Mollusques, les Vers et quelques Poissons , ni seulement non plus par la langue , comme chez les Insectes et plusieurs Oiseaux , mais à la fois par les lèvres ,. les muscles des joues et la langue , qui , avec l'appui des organes respiratoires , y concourent tous comme parties e-sentielles. Il y a même des cas où la petite et ronde ouverture de la bouche exerce en quelque sorte une succion continuelle sur le mamelon; tel est celui des jeunes Marsupiaux renfermés dans la bourse maternelle (3).
L'ouverture orale elle-même se rapproche déjà beaucoup du type humain ; car c'est ici , pour la première fois , qu'on voit paraître de véritables lèvres contenant des mnscles propres à clore et ouvrir la bouche. Parmi les formes diverses qu'affecte cette ouverture , nous signalerons ici les suivantes..
La bouche des Vampires {PhyUostoma) demeure toujours propre à exercer la succion. Les lèvres qui se dilatent en une ouverture parfaitement ronde, rappellent d'une manière frappante la bouche en suçoir des Lamproies (S 525) , par les saillies gîanduliformes qu'on aperçoit sur leur bord et principalement sur leurs parties latérales (4).
(3; Voyez mes Tahulœ illustrantes , cah. III.
(4) Voyez la figure de la bouclie du PhyUostoma perspicillatum dans mes Tahulce illuxtrantos, cah. ÎV, pi. vu , fig. 1.
TRAITÉ D'ANATOMÏE COMPARÉE.
Une autre forme intéressante , sous le point de vue physiologique , est celle qu'on rencontre dans un grand nombre de Mammifères ( Souris , Lièvres , Chauve - Souris , Chats , Chiens , Brebis , etc. ) , où la lèvre supérieure oiïre une fente dirigée vers le nez. Cette fente prouve que la région maxillaire supérieure , dont le développement , semblable à celui d'arcs costaux , part des deux côtés du crâne , est moins comi)létement fermée que chez l'homme par exemple, fait attesté d'ailleurs par ce que nous avons dit plus haut de la scission complète de l'intermâclioire. On sait que la même fente se présente aussi quelquefois chez l'homme, comme vice primitif de conformation , et qu'on la désigne alors sous le nom de hec de lièvre.
La bouche des Mammifères diffère presque toujours de celle de 1 homme par son allongement d'avant en arrière , et par sa largeur , qui la rapprochent tant du bec des Oiseaux que de la bouche des Reptiles et des Poissons. Cette disposition tient à la largeur de l'os maxillaire supérieur , et à ce que les mâchoires sont extrêmement longues en proportion du crâne. Mais ces dernières étant bien plus petites chez les jeunes sujets (S 299 ) , il suit de là que ceux-ci doivent avoir aussi la bouche moins fendue que les adultes , ce qui lui permet de prendre plus aisément la forme ronde nécessaire pour exercer la succion.
Enfin nous devons signaler , comme répétition remarquable d'une forme de bouche propre à la classe précédente , celle de l'Ornithorhynque , dont les mâchoires semblables à un bec n'ont point de lèvres proprement dites , et sont seulement couvertes d'une peau nerveuse analogue à celle qui tapisse le bec du Canard.
A l'égard de l'armure des mâchoires dans les Mammifères , elle varie au plus haut degré , et reproduit de diverses manières les organisations qui ont été décrites précédemment.
JNous trouvons d'abord quelques genres, par exemple les Fourmiliers , qui n'ont pas de dents du tout , comme l'Esturgeon parmi les Poissons.
D'autres , semblables à plusieurs Poissons, le Brochet entre autres , ont des dents au pa-
lais et à la langue , mais n'en portent pas aux mâchoires ; tel est , d'après Home ( 1 ) , le cas de l'Echidné , qui a la base de la langue garnie de vingt petites dents cornées , auxquelles correspondent sept rangées de dents pareilles au palais.
D'autres encore ont des dents maxillaires , mais non enclavées , et composées en quelque sorte de fibres cornées perpendiculaires. C'est ce qu'on voit dans la Vache marine (S 311 ) et dans l'Ornithorhynque. Ce dernier porte une dent molaire dans chaque moitié de mâchoire. Pendant le jeune âge , il en a deux, qui , avec le temps , se soudent ensemble. Sa langue est chargée aussi de deux pointes dirigées en avant.
Ailleurs, nous voyons les os palatins et maxillaires supérieurs garnis, à peu près comme les deux mâchoires des Tortues , de plaques cornées imbriquées , dont les fibres sont perpendiculaires et pendent librement à leur extrémité inférieure. C'est le cas des Baleines (2) , dont les fanons (3) ont déjà été décrits précédemment.
Enfin , le cas le plus ordinaire est celui des .dents proprement dites , semblables à celles qui arment les mâchoires des Poissons et des Reptiles. Quoique , chez les Mammifères , elles soient en général implantées dans des cavités de la mâchoire , au lieu de naître sur cette dernière , comme elles le font chez certains Reptiles et Poissons , elles n'en appartiennent pas moins au splanchnosquelette ; aussi avons-nous fait connaître leurs principales formes en traitant de ce dernier (S 31 1 à314).
Les détails dans lesquels nous sommes entrés sur l'articulation de la mâchoire inférieure (§ 297 , 298), sur l'os zygomatique (S 294) , sur les fosses temporales et les crêtes musculaires du crâne (§ 301), ont
(1) Lectures on comparative anatomy, pag. 303.
(2) Geoffroy Saint-Hilaire rapporte un fait remarquable , c'est que les jeunes Baleines ont aussi quelques germes de dents, mais dans la mâchoire inférieure seulement.
(3) Quoique cette masse semble entièrement composée de poils feutrés , elle diffère cependant des poils, sous le point de vue chimique, en ce qu'elle ne contient pour ainsi dire pas de gélatine, étant presque entièrement formée d'albumine et de phosphate calcaire. (Voy. IIojiK, loc. cit., p. 2(50.)
ORGANES DE LA DIGESTION
déjà éclaire quelques points relatifs aux divers mouvements que la mâchoire inférieure exécute pour mordre et pour opérer la mastication , qu'à proprement parler nous commençons seulement à rencontrer dans la classe des Mammifères. Nous avons dit aussi quelque chose (S 369) des muscles qui accomplissent l'action de mordre et de mâcher , et qui déjà ressemblent parfaitement à ceux de l'homme , quant aux circonstances essentielles. Nous avons trouvé que là où les molaires agissent plutôt comme des ciseaux que comme des meules , c'est-à-dire chez les Carnivores proprement dits , les muscles temporaux surtout ont un volume énorme , tandis qu'au contraire, chez les Herbivores, notamment les Ruminants , où les mâchoires servent plus à broyer qu'à couper et déchirer , ces muscles sont proportionnellement petits ( pi. xvni , lig. xvn, b). Le masséter se porte quelquefois un peu plus obliquement d'avant en arrière que chez l'homme (fig. xvn, 7). Les ptérygoïdiens sont surtout importants pour les mouvements latéraux de la mâchoire inférieure , par exemple chez les Piuminants. Enfin , indépendamment de ces muscles , il en est encore un autre , chez beaucoup de Rongeurs , par exemple les Cochons d'Inde , les Ecureuils et les Rats , qui élève la mâchoire inférieure et la porte en avant; ce muscle , dont on doit la première description à Meckel , s'attache aux racines de Tapophyse malaire de l'os maxillaire supérieur.
L'abaissement de la mâchoire inférieure est opéré , comme chez l'homme , non-seulement par quelques muscles de l'hyoïde , mais surtout par un muscle correspondant au digastrique , qui cependant n'est réellement composé de deux ventres que chez un trèspetit nombre de Mammifères , quelques Singes , par exemple , et qui , suivant Cuvier , n'existe point dans le Fourmilier , non plus que dans les Tatous.
Nous devons passer maintenant à la description de l'hyoïde ; mais ces principales formes ont déjà été indiquées à l'occasion du splanchnosquelette des Mammifères (S 310), de sorte qu'il nous reste peu de chose à ajouter ici relativement au rôle qu'il joue dans les mouvements de la déglutition , d'autant plus
qu'en général cet os offre le prototype presque parfait de celui de l'homme.
Nous avons vu que sa forme se rapproche de celle qu'il affecte dans les classes inférieures , sous ce rapport que , dans beaucoup de Mammifères , par exemple les Ruminants , lesSolipèdes et les Cochons, les parties auxquelles on donne chez l'homme le nom de petites cornes , tantôt sont plus longues que les cornes postérieures , ou composées de deux pièces , tantôt s'unissent à la base du crâne par le moyen d'un long os aplati , et non à une apophyse styloïde par l'intermédiaire d'un ligament , comme on le voit chez l'homme. Ces os plats sont donc réellement les grandes cornes de l'hyoïde des Poissons ou clés Reptiles , tandis que les grandes cornes , ou cornes postérieures , correspondent à celles des Oiseaux et sont des métamorphoses de la partie antérieure d'arcs branchiaux. Au reste , les cornes antérieures et les os qui les fixent au crâne (os styloïdes) se font remarquer , chez les Carnivores , par leur minceur et leur forme cylindrique.
Pour ce qui concerne le corps de l'hyoïde , je puis renvoyer au § 310.
Quant aux muscles de cet os , ils sont trèsnombreux , chez les Mammifères comme chez l'homme. Ils aboutissent les uns au sternum et à l'épaule (1) , les autres à la mâchoire inférieure et au crâne , quelques-uns au larynx et à la langue. Cependant , comme leur marche ressemble assez à celle qu'ils affectent chez l'homme, je puis me dispenser d'en parler longuement, et je me contenterai de dire qu'on ne trouve presque jamais celui qui correspond au stylo-hyoïdien percé par le tendon du digastrique.
La langue des Mammifères a également été examinée déjà comme organe du goût (S 400 , 401). Je n'ai plus à l'envisager que sous un seul point de vue , celui des fonctions qu'elle remplit comme organe d'ingestion.
Ce rôle est joué aussi , mais d'une manière peu active , par la langue épaisse , charnue ,
(1) Cuvier dit que l'oinoplat-hyoïdien manque chez les Mammifères prive's de clavicules. Cependant Meckel l'a trouvé dans la Loutre , où il naissait toutefois, non des os de l'épaule , mais du muscle trapèze.
lardacée (1) et peu mobile des Cétacés , qui , fixée à la base de la cavité orale , rappelle celle de certains Poissons. Il n'est pas rare que le bout de cet organe soit fendu en deux, comme chez plusieurs Reptiles ; c'est ce qu'on voit , par exemple , dans le Dromadaire , mais surtout dans le Phoque (pi. XX , fig. ni). La langue déchiquetée sur les bords des Sarigues est également une répétition de la langue frangée de certains Oiseaux ($ 486). La langue vermiforme du Fourmilier et de l'Echidné a de même beaucoup d'analogie avec celle des Serpents (S 549) , tant par sa forme et ses mouvements , que parce qu'elle paraît n'être qu'un simple organe d'ingestion. Enfin nous retrouvons encore , dans la classe des Mammifères , les armures de la langue qui ont été décrites à l'occasion de celle des Poissons. Ainsi les piquants dont la langue des Felis , notamment du Tigre et du Lion , est garnie , ressemblent parfaitement aux dents linguales des Poissons , puisqu'ils consistent de même en gaines endurcies , pointues et recourbées en arrière (pi. XX, fig. iv) , dont les papilles molles de l'organe sont enveloppées , et qu'on sait qu'ils procurent à ces animaux la faculté de lécher jusqu'au sang. Il a été parlé précédemment des dents linguales de rOrnithorhynque et de l'Echidné. Les Phyilostomes ont aussi la langue presque entièrement couveite d'écailles tranchantes et dentelées , qui font d'elle un organe d'ingestion.
Sous le rapport de la forme , la langue des Mammifères diffère de celie de l'homme en ce qu'elle est ordinairement plus étroite , plus longue, plus mince et plus mobile.
En général , ses mouvements sont opérés par les mêmes muscles que chez Fhomme.
Cependant il n'est pas sans intérêt pour la physiologie de faire remarquer que le muscle lingual , en sa qualité d'organe appartenant à la sphère de la reproduction , diffère toujours de ceux qui servent à la locomotion , par une plus grande mollesse et une plus grande délicatesse de ses fibres.
Au reste , le mécanisme des mouvements de la langue vermiforme du Fourmilier et de l'Echidné mérite de nous arrêter un peu.
(1) Dans la Baleine, elle fournit souvent trois tonnes fl'hiiile. Voyez Oki-x, Zoologiff , lom, II, papf. G07.
Suivant Cuvier , un long muscle pair , né du sternum , s'enfonce dans le corps de la langue , comme le font les fibres longitudliiales des bras d'un Céphalopode ou des cornes d'un Limaçon ; c'est lui qui retire l'organe et le fléchit latéralement , tandis que sa protraction et ses autres flexions sont le résultat de fibres circulaires qui constituent • la couche charnue extérieure. Blumenbach a trouvé la langue longue de deux pouces et demi dans le Fourmilier didactyle , dont le corps n'en a cependant qu'environ huit de longueur.
Le mouvement de la langue étroite , plate et longue de plusieurs Carnivores est favorisé par un ligament élastique , arrondi et entouré d'une gaîne , qui a l'apparence d'un ver , et qu'on a souvent considéré comme la cause de la rage. Ce ligament , qui est situé à la face inférieure de la langue , le long de la ligne médiane et assez près de la superficie , s'aperçoit surtout très-bien dans les espèces du genre Chien ; mais Blumenbach Ta trouvé aussi (2) dans les Sarigues. Je l'ai découvert également dans la langue de la Taupe , sous la forme d'un ligament long de trois lignes et d'une grosseur égale partout. Enfin , Otto l'a figuré tel qu'il apparaît dans celle de l'Ours (3). Ce n'est qu'un rudiment de l'os ou du cartilage lingual qui existe ordinairement dans les classes orécédentes.
Quant à ce qui concerne le reste des cavités orale et gutturale , un fait important c'est qu'elles sont maintenant bien séparées l'une de l'autre par un voile du palais. Ce voile diffère , en général , fort peu de celui de l'homme ; mais la luette n'existe ordinairement pas. Cependant les Singes ne sont pas les seuls Mammifères qui en aient une , car je l'ai aperçue très-distinctement , par exemple dans le Lièvre , où cependant elle est plutôt membraneuse que musculeuse.
Le voile du palais est surtout remarquable chez les Cétacés et l'Eléphant. Dans les premiers de ces animaux il forme une voûte placée au dessus du pharynx , et offrant une ouverture vers le lai'ynx élevé en manière de
(2) Ilandbuch der vergleichenden Anatomia , pag. 33i}.
(S) Voyez mes Tahulno illustrantes, cah. IV, pi. vu, fie', lo.
ORGANES DE LA DIGESTION
yjs
cône. Le larynx fait même saillie à travers cette ouverture , et il peut y être serré avec tant de force par le voile du palais , que quand la cavité gultui-ale est pleine d'eau , lair trouve un accès libre de la cavité nasale à la glotte. Mais , d'un autre côté aussi , lorsque , le larynx étant fermé , l'eau pénètre à travers l'ouverture du voile du palais , les muscles puissants de ce dernier peuvent la soulever dans les cavités nasales , et la rejeter au dehors par l'appareil qui est placé en cet endroit (S,41 9) (1).
Dans l'Eléphant, le voile du palais descend également jusqu'au desL^ous de l'épiglotte , qui est prolongée et soudée avec les cartilages aryténoides , ce qui permet à l'animal de souffler en même temps qu'il avale sa boisson , chose dont il a besoin , par exemple , quand il a commencé par aspirer cette dernière dans sa ti'ompe.
Je remarque, enfin , dans la Chauve-Souris fer-de-lance une troisième conformation qui , d'un côté , se rapproche des précédentes , et de l'autre rappelle le rapport existant entre les narines postérieures et la glotte des Oiseaux. A l'ouverture postérieure du canal nasal , au lieu d'un voile du palais , on trouve un rebord membraneux saillant , correspondant de la manière la plus parfaite à l'ouverture du larynx , entourée d'un rebord semblable , qui se prolonge par devant en forme d'épiglotte (pi. xix , fjg. xxu).
Celte répétition jusqu'ici inaperçue d'une ouverture nasale postérieure simple , se retrouve même parmi les Rongeurs ; car, dans le Rat , par exemple , je n'aperçois à la voûte gutturale qu'un simple trou ovale , conduisant dans la cavité nasale , sans voile du palais libre.
Enfin , le voile du palais présente une singulière conformation dans le Dromadaire (2). Les deux piliers de chaque côté sont distants l'un de l'autre de cinq pouces ; les postérieurs embrassent l'ouverture de la cavité orale dans la cavité gutturale ( isthme du gosier ) ,
(1) Voyez- en la figure dans mes Tabidœ illustrantes, cah. IV, pi. VII, fiy. 4.
(2) Voyez la description et la figure par P. Savi , dans le Giornale Pisano, 1C24 , el dans ses Memorio scientifîchc , dec. I. Pise, 1028 , pag. 147. Voyez aussi ItiCHTER, Analecla ad anatomen cameli dromedarii xprctanlia, Kœnigsberg , 1824.
dont la forme diffère peu de celle qui lui est ordinaire, si ce n'est qu'à sapailie supérieure elle est très-reculée en arrière ; mais , entre les antérieurs , on aperçoit , toutefois chez le mâle adulte seulement , une excavation dirigée en avant de la partie molle du palais , à laquelle Savi donne fort improprement le nom de luette, car elle représente plutôt une sorte de sac à air , ayant quatorze à quinze pouces de long , et susceptible de sortir par la bouche de l'animal , à l'époque du rut , sous la forme d'une vessie charnue rouge.
A l'égard du passage de la cavité gutturale à l'œsophage ou au pharynx , je rappellerai qu'il est garni de fortes couches musculaires , dont la direction ditîère d'ailleurs fort peu de celle qu'elles affectent chez l'homme.
Dans la classe des Mammifères , comme chez les Reptiles et les Oiseaux , la cavité orale est souvent munie d'appendices sacciformes, appelés abajoues, qui servent principalement à mettre des aliments en réserve , mais qui cependant , d'après la découverte de Geoffroy (3) , remplissent d'une manière remarquable le rôle de réservoirs à air dans certains Chéiroptères du genre Nycteris. Ces animaux ont , de chaque côté de la cavité orale , une ouverture qui conduit entre la peau et les muscles du corps , de manière c|u'en fermant leur canal nasal par le moyen d'un mécanisme particulier , ils peuvent pousser Tair qu'ils expirent sous leur peau , et se rendre ainsi le vol plus facile.
A l'égard des abajoues proprement dites , elles représentent , par exemple dans le Hamster , deux vastes sacs , ayant depuis deux pouces et demi jusqu'à quatre lignes d'épaisseur , qui marchent sous la peau , des deux côtés de l'articulation de la mâchoire. Ces sacs sont tapissés en dedans par la membrane de la bouche et couverts à l'extérieur d'une membrane musculeuse qui s'insère à la nuque , aux apophyses épineuses des vertèbres. De pareilles abajoues existent dans VArctomys cUil'us ,• seulement leurs muscles s'attachent ici au sternum (4). On en trouve aussi dans l'Ornithorhynque , les Babouins ,
(3) Annales du Muséum, vol. xs, pag. l.*)'. (A) Voyez-en la figure dans mes Tabuhe illastrftniss , cah. IV , pi. m , fig. m.
les Cynocéphales et les Cercopithèques. Elles remplissent en partie le même office que le jabot chez les Oiseaux.