‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 128 sur 318 · MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES

La peau n'est encore non plus , chez la majeure partie des Mollusques, qu'une membrane muqueuse , sécrétant une mucosité albumineuse , et se concrétant fréquemment en pièces squelettiques, tantôt cartilagineuses, tantôt cornées , mais le plus souvent calcaires. Elle ressemble , sous beaucoup de rapports , à la membrane muqueuse du canal intestinal, et quand elle ne devient point im dermatosquelette particulier, on a de la peine à la distinguer de la masse du corps située au dessous d'elle.

Cette peau extérieure est surtout difficile à détacher des parties molles dans les Apodes et les Pélécypodes. Elle est très-mince , et jouit souvent d'une grande élasticité , car on ne voit pas par exemple de plis bien marqués se former à la surface du pied des Moules , quand cet organe vient à se contracter , quoiqu'il soit cependant susceptible de s'allonger beaucoup.

Chez les MoUuques supérieurs , les Gastéropodes, les Ptéropodes , les Céphalopodes , la peau se sépare mieux des parties sous-jacentes , dans les régions où le corps est mou. Cette séparation s'opère surtout avec assez de facilité chez les Céphalopodes , tandis que, dans les deux autres ordres , la peau adhère encore d'une manière très-intime à l'enveloppe fibreuse générale du corps (§ 323) , en même temps qu'elle a moins d'élasticité que chez les Pélécypodes, ce qui fait que quand le corps (la surface du pied exceptée) se contracte , on y voit apparaître un assez grand nombre de plis.

Au reste , la peau est tantôt lisse , comme dans les Apiysies, tantôt couverte de papilles, comme dans les Doris; mais toujours elle sécrète abondamment un mucus albumineux.

C'est chez les Seiches et les Poulpes que son organisation offre le plus de caractères particuliers. En effet, il suffit déjà de l'œil nu pour apercevoir , à la surface du corps de ces animaux , une multitude de petits points d'une couleur foncée , qui à la loupe paraissent comme des masses de pigment logées dans des creux de la peau , mais qui , à un grossissement de six cents diamètres, deviennent des corpuscules cellulo-spongieux , pénétrés d'un pigment violet fonce , qu'on pourrail très-bien comparer aux cotylédons épars sur le chorion des Ruminants. C'est principalement de ces points que dépend le jeu particulier de couleurs qu'offre la surface du corps des Céphalopodes vivants (1).

On ne trouve point encore de poils proprement dits à la surface molle du corps des Mollusques , à moins qu'on ne considère comme tels les byssus de certaines Bivalves {Mytihis cdulis, Pinna nobilis) , qui cependant doivent pkitôt être comparés aux fils des Araignées , puisqu'ils sortent d'un organe glanduleux particulier du pied , sous la forme de filaments albumineux , acquérant bientôt la dureté de la corne (2). Mais les cils dont j'ai parlé plus haut (§ 590) s'aperçoivent aussi sur les branchies de plusieurs Mollusques , quoiqu'on ne puisse les distinguer qu'avec le secours du microscope.

Lorsqu'il se forme un dermatosquelette cartilagineux ou calcaire , comme dans les Ascidies, les Pélécypodcs , les Gastéropodes , les Crépidopodes , etc. . on trouve toujours à sa surface extérieure un mince épiderme corné , d'où partent souvent des prolongements particuliers , qui sont les premiers in-

(1) Voyez à ce sujet un Mémoire que j'ai inséré dans les Nova acla Leop. tom. XII, p. ii , pag. 313. Sangiovanni a décrit ces organes comme constituant un système organique particulier, qu'il appelle chromophorc.

(2) Voyez Poli, Testacea utriusque S/ceWœ, tome II, pi. XXXIV, fig. II. On doit remarquer les larges plaques par lesquelles ces fils se terminent, ou plutôt commencent , car c'est par là que la matière visqueuse se fixe d'abord , et que l'animal la lire ensuite en fils.

dices de la formation pileuse. C'est ce qu'on voit dans les fœtus de la Paludina vivipara , où Swammerdam les a déjà décrits (3) , et dans \Arca pilosa. Mais cet épiderme doit être considéré comme le produit le plus extérieur de la surface qui sécrète la coquille , et qui appartient généralement au bord du manteau. Au dessous de lui vient une couche comparable au réseau muqueux des animaux supérieurs , qui est le siège du pigment , et par conséquent détermine la couleur. Sous ce réseau se déposent les couches du dermatosquelette, composées elles-mêmes de lamelles cornées et calcaires alternant ensemble, et dont les plus extérieures sont encore imprégnées des couleurs du réseau, tandis que les plus internes demeurent blanches (4).

La coloration de la surface du corps et des coquilles varie beaucoup dans cette classe. Souvent elle est déjà très-vive , et elle a plus de vivacité dans les Mollusques marins que dans ceux d'eau douce (5).

Parmi les Apodes , les Biphores sont encore gélatineuses et presque incolores. Les Ascidies n'ont pas non plus de coloration bien tranchée. Chez les Pélécypodcs , les coquUles sont ordinairement plus colorées que le corps qu'elles renferment, qui parfois cependant répand une lueur phosphorique (6), et dont il n'y a souvent que le pied exsertile qui présente une teinte décidée , par exemple rouge ou jaune. La même chose s'applique , parmi les Gastéropodes, à ceux qui habitent des coquilles; mais les espèces nues, comme les Limaces , les Doris , ont parfois des couleurs très-vives , orangées , brunes , grises , bario lées , etc. Les Céphalopodes sont moins colorés (rougeâtres, violets, etc.); mais ils offrent en revanche ce jeu de lumière dont j'ai parlé plus haut , qu'accroissent encore les couleurs entoptiques et chatoyantes engendrées dans les couches albumineuses de la peau. Du reste , les dessins réguliers de la coquille des Gastéropodes s'expliquent par l'accroissement de cette dernière qui suit pas

(3) Bibel derNatur, pag. 73.

(4) Voyez, pour plus de détails, Heusinger, Histologie, I, pag. 238.

(15) Goethe , Zur Farbenlehrs, tom. I, pag. 23fi. — Il est digne de remarque que la phosphorescence appartient principalement aussi aux Mollusques marins.

(G) Par exemple dans les Pholadcs.

ORGANE CUTANE.

à pas celui de la surface cutanée sous-jacente ,

dont l'organisation sécrétoire n'est pas la

même sur tous les points de son étendue.

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