‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 129 sur 318 · Animaux articulés · texte numérisé non relu

Animaux articulés

Dans les ordres inférieurs de celte classe , l'organe cutané ressemble encore , quant au fond , à ce qu'il est chez les Apodes gélatineux parmi les Mollusques.

C'est ce qui a lieu en particulier chez les Enthelminthes , presque toujours incolores (1) , dont la surface cutanée diffère encore si peu de la surface intestinale , qu'elle joue également le rôle d'un organe très-actif d'arbsorplion.

L'organisation de la peau est la même dans les Annélides terrestres et aquatiques , ainsi que dans beaucoup de larves d'Insectes , surtout parmi celles qui sont apodes.

Chez les Crustacés , la peau ressemble à celle des Mollusques conchylifères , sous le rapport du squelette qui s'y est développé.

Cependant, même dans les Vers, l'épiderme paraît être déjà plus séparé du corps. Ainsi , par exemple , dans le Ver de terre , on parvient très-aisément à enlever la couche extérieure , qui se montre alors parfaitement semblable à l'épiderme humain. Il y a même, au dessous de cet épiderme , une autre peau , qui tient davantage , il est vrai , à la couche fibreuse sous-jacente , mais cpii reproduit avec le temps un nouvel épiderme quand on l'a dépouillée du sien. Il en est de même de la peau des Crustacés, des Arachnides et des larves d'Insectes. L'épiderme , formé d'abord par la coagulation du mucus , se soude avec le réseau muqueux devenu tantôt corné , tantôt osseux ou plutôt calcaire , et produit ainsi un test corné ou terreux , analogue à la coquille des Mollusques , avec cette seule différence que , quoique dans un cas comme dans lautre , le dermatosquelette une fois formé ne soit plus nourri par des vaisseaux , ce qui distingue toujours un test ou une coquille d'un os , cependant le test des animaux articulés ne s'accroît pas comme la coquille des Mollusques, par l'accollement de nouvelles

(1) Le seul Leucochlondiumparadoxxim , dont j'ai le premier donné une descriptiou exacte , et qui vit dans la Succinea amphibia , fait ici exception , par les J)elles bandes vertes qui entourent son corps blanc. Voyez iYot>. act. Leop. tom.XVlI.

couches au dessous des anciennes; toutes les fois qu'ici une nouvelle couche se forme , elle devient un test entier après la chute de celle qui la précédait , à peu près comme une dent de remplacement chasse la dent de lait (2).

Cependant il est un genre de productions de la surface cutanée qui arrivent à un assez grand degré de développement chez les animaux articulés , et dont la première origine remonte au règne végétal ; je veux parler des poils. Dans la plante , en effet, où l'épiderme est principalement destiné à la respiration , les poils paraissent d'un côté concourir à cette fonction , et de l'autre accomplir déjà des sécrétions plus matérielles (3). Nous les voyons reparaître , chez les animaux , lorsque l'épiderme commence àprendreplus distinctement le caractère de formation spéciale, et qu'en même temps la respiration se prononce d'une manière plus décidée. J'ai déjà dit précédemment (S 590) , et plus haut encore ( S 1 56 , 1 59 ) , en traitant du squelette, que ces rayonnements simples de la surface du corps , qui affectent d'abord la forme de cils, sont les premiers rudiments de toute foi'mation , non seulement de branchies , mais même de membres. On s'en aperçoit déjà dans les Oozoaires et les Mollusques (§ 590 , 592), mais plus encore dans les Vers, et il faut ranger ici les soies déliées de certains Enthelminthes , par exemple du Pentastoma denticulatum , celles du Ver de terre , qui servent en partie d'organes locomoteurs , celles des Néréides , mais surtout les grandes soies dorées , creuses et mues par des muscles particuliers, des Aphrodites.

Les poils ne disparaissent même point chez les Crustacés, malgré la pétrification partielle de la surface cutanée , et l'on en aperçoit, par exemple , au bord des boucliers , aux pattes oîi ils semblent sortir des pores du test , et principalement^ à la paire externe de mâchoires dans l'Ecrevisse : ils sont même ordinairement disposés par paquets ou faisceaux comme les Annélides (4). Du reste , ces poils

(2) L'Histologie de Heusinger ( pag. 233) contient uu grand nombre d'observations précieuses sur ce sujet , de même que sur ceux qui seront traités dans les paragraplies suivants.

(3) KiESER, Anatomie der Pflanzen, pag. IGO.

(4) On pourrait considérer les poils en quelque sorte comme des zoophytes implantés sur des animaux ; le

diffèrent toujours de ceux des animaux supérieurs et de l'homme , en ce qu'ils sont plutôt des prolongements immédiats de l'épiderme , que des organes libres , naissant de follicules propres. Les seuls poils à parois celluleuses qui garnissent la membrane respiratoire des Cancérides , qui naissent par faisceaux, dans des enfoncements particuliers, et qui ont été décrits pour la première fois par Heusinger, s'éloignent de la conformation qu'on a coutume d'observer dans la classe des Crustacés , et peuvent être comparés aux cils des classes précédentes , comme formations ayant l'apparence de branchies.

Les poils des Arachnides ressemblent à ceux des Crustacés. Ils acquièrent surtout une grande longueur et sont d'une belle couleur brune dans les espèces du genre Teraphosa.

La même chose peut s'appliquer à une foule de larves d'Insectes , chez lesquelles nous voyons ces productions se développer en grand nombre et avec une grande perfection , dès que l'épiderme s'éloigne de la membrane muqueuse des Mollusques et devient un peu plus corné. Ainsi , on trouve des soies peu colorées , disposées seulement par faisceaux , dans les larves des Cousins , des Fourmilions et des Dermestes. Ceux des Chenilles sont souvent très-longs , parfois rameux , tantôt mous , tantôt durs , et de couleurs variées.

Des observations microscopiques faites tant sur les poils des Chenilles que sur les soies des Crustacés , m'ont appris qu'ils forment la plupart du temps des canaux non interrompus , et qu'il est rare de trouver dans leur intérieur du tissu cellulaire semblable à celui qu'on renconti'e dans les poils humains. Les poils composés , comme ceux des Chenilles hérissonnées , ont des épines latérales pointues et inclinées , ce qui fait que , quand on y touche , ils restent engagés dans la peau , où ils causent une douleur cuisante , et qu'ils s'implantent dans la membrane interne de l'estomac du Coucou ( § 554). Du reste , ces poils aussi naissent déjà manifestement de petites fossettes particulières (1).

groupement en faisceaux qu'ils afTectent presque tou- ,]ours d'al)ord , rappelle celui de certains Polypes , qui se re'unissent également en espèces de pinceaux.

(0 Voyez Eble , Lehre von den Uaaren. Yienne , 1831 , tom. I , p. 110, pi. VI , tig. &7, yn et S9, ouvrage dans lequel on trouve beaucoup d'observations précieuses sur ce sujet ; on y voit la figure des papilles

Enfin , dans les Insectes parfaits , le tégument cutané est souvent arrivé à un degré extraordinaire de développement , sous le rapport des parties qui en émanent. Les Aptères , les Coléoptères , les Diptères , les Hyménoptères , les Névroptères ont un dermatosquelette corné construit d'après le même type que celui des Araignées et des Scorpions , mais ordinairement orné déjà de couleurs plus vives , et souvent même doué d'un véritable éclat métallique. Aux ailes surtout la peau cornée devient d'une finesse excessive et presque semblable à l'épiderme humain. On doit cependant excepter à cet égard les Coléoptères et les Hémiptères , dont les ailes supérieures (élytres) constituent des plaques cornées plus épaisses. Au reste , nous retrouvons dans tous les ordres que je viens d'énumérer, soit des écailles, soit des poils , qui tantôt sont isolés les uns des autres , mais fort nombreux , comme , par exemple , dans beaucoup de Mouches , les Bourdons , où ceux du dos sont pennés , et les Cousins', tantôt sortent du test agglomérés en manière de pinceaux , comme dans beaucoup de Coléoptères.

Enfin l'organe cutané déploie , chez les Lépidoptères , les couleurs les plus riches , de même que les productions lesplus délicates et les plus simples. L'enveloppe albumineuse extérieure , qui forme aussi la première base de la peau dans les animaux articulés , ne se coagule pas seulement en un test corné plus mou , mais encore des poils , tantôt simples et veloutés , tantôt ramifiés (plumes) , et de petites écailles pédiculées répétant les formes très-diversifiées des feuilles des végétaux , s'élèvent au dessus de la surface , couvrent même les membranes minces des ailes , et constituent la poussière dont les teintes infiniment variées rendent si agréables à la vue ces animaux redevenus presque des fleurs. En examinant au microscope ces rayonnements périphériques du dermatosquelette corné , qui d'ailleurs sont bien distincts de la peau , dans des excavations particulières de laquelle ils prennent naissance (S 595) , on acquiert la conviction que leur structure intime est une mine inépuisable de formes propres à flatter

d'où sortent les faisceaux de poils de la Chenille du Bombyx caja.

ORGANE CUTANE.

rœil. Ainsi déjà dans quelques Aptères , notamment les Forbicines, la contexture des écailles semble presque répéter celle de certaines coquilles bivalves , car ces écailles , tantôt arrondies , tantôt oblongues et portées par un pédicule , offrent à leur surface des stries longitudinales dont la finesse dépasse de beaucoup les limites de tous les micromètres connus. De même lesécailles des Papillons, non seulement ont une structure tout aussi complexe , mais encore fournissent matière à d'amples recherches par la faculté dont elles j ouïssent de reproduire les couleurs de l'iris (1 ) . Si , avant de passer aux animaux supérieurs, nous reportons encore nos regards sur la série du développement de l'organe cutané , nous voyons , dans les Oozoaires , l'albumine exhalée par la surface extérieure du corps , se concréter d'abord en une masse terreuse grossière , coquille , corne , ou simple cuticule épidermique ; dans les Mollusques , la peau devenir une membrane muqueuse proprement dite , les coquilles calcaires , quand il s'en forme , être cependant couvertes d'un épidémie bien distinct , et l'animal en général , comme dans la classe précédente , être peu coloré , quoiqu'il soit encore quelquefois capable de répandre une lueur phosphorique semblable à celle qui émane d'un grand nombre d'Oozoaires; dans les animaux articulés , enfin , dont le nom indique déjà une évolution plus avancée des parties extérieures , ces parties offrir d'abord , chez les Vers et les Crustacés , la répétition de ce qu'elles sont chez les Mollusques , puis arriver chez les Insectes au plus haut degré de développement , tant sous le rapport de la contexture que sous celui de la coloration'(2). La peau reproduit ici au plus haut point de perfection les organes respiratoires de la plante , les poils , même les feuilles ( dans ses écailles colorées ) , et quand les poils , en se ramifiant , prennent l'apparence de plumes ,

(1) Voyez RoESEL, Insektenbelustigungen, tom. III, pag. 254.

{'à) La coloration de cette série animale et des suivantes offre cela de particulier que le côté dorsal a toujours des couleurs plus vives que le ventral. Celte circonstance , jointe à la coloration plus intense des animaux qui habitent les pays chauds, prouve que la lumière ne se borne pas à rendre les couleurs visibles , mais encore qu'elle les produit.

comme ils le font , par exemple , aux ailes des Ptérophores et au corps des Abeilles , nous devons voir en cela la répétition d'une forme d'organes respiratoires dont la description sera donnée plus loin, les branchies.

Page 1