ORGANE CUTANÉ
pelle l'absorption par la surface extérieure du corps chez les Enthehninthes et les Oozoaires. En effet, Townson a constaté que ces animaux ont la faculté d'absorber tous les liquides nécessaires à l'entretien de leur vie , non par la bouche , mais par la peau , notamment par la portion ventrale de cette dernière , qu'ils les pompent ainsi en quantité considérable , égalant presque le poids total de leur corps , et qu'une grande partie de ces liquides , mise en réserve dans l'organe auquel on donne le nom de vessie urinaire , paraît être exlialée ensuite peu à peu par la peau , à moins que l'animal ne l'exprime subitement de sa vessie , non pas tant dans l'intention de se défendre , que pour rendre sa fuite plus facile.
Dans le Crapaud , la peau est pourvue en outre de follicules muqueux , qui sécrètent une humeur jaunâtre et épaisse , douée de propriétés vénéneuses. Ces follicules abondent surtout autour du cou et aux épaules , quoique d'ailleurs ils soient assez généralement aussi répandus sur toute la surface du corps. Les téguments cutanés ont une solidité particulière , provenant d'une couche demi - transparente , située immédiatement au - dessous du réseau muqueux , couche qu'on a de la peine à couper , et qui contient un excès de phosphate et de carbonate calcaires , avec du carbonate de magnésie. Davy, à qui j'emprunte ces données (1) , ajoute que la sécrétion de la peau est essentiellement de nature combustible , et qu'en conséquence elle aide aux fonctions du poumon , opinion à l'appui de laquelle vient cette circonstance remarquable , qu'il a vu chaque artère pulmonaire se partager en deux branches , dont l'une allait au poumon, tandis que l'autre, presque aussi volumineuse, se distribuait dans la peau de la tête et des épaules , et se divisait surtout en ramifications très-déliées dans l'endroit où sont placés les follicules chargés de sécréter le mucus vénéneux , et où l'on aperçoit aussi un plexus veineux considérable.
Quant à la peau des Chéloniens , elle se comporte , généralement parlant , comme celle des Reptiles de l'ordre précédent. Je
(1) Philos. Trans. 1826, P. n, pag. 127.
ferai seulement remarquer , au sujet des boucliers , qu'on doit les considérer comme analogues aux écailles des Poissons ou aux coquilles des Mollusques , puisqu'ils naissent du réseau muqueux , comme ces dernières productions, qu'ils lui doivent leurs couleurs, et qu'ils sont revêtus d'un prolongement de l'épiderme et des parties molles. Il y a cependant cette dilïérence qu'au côté dorsal et au côté ventral du corps , on trouve ici , sous les plaques cornées , des couches osseuses du dermatosquelette, qui s'unissent avec les parties du névrosquelette , comme nous avons eu précédemment occasion de le dire. Au reste , la dureté des plaques cornées , leur situation et leur forme varient beaucoup , mais leurs couleurs ne sont jamais vives.
Si les Batraciens et les Chéloniens se rapprochent , à plusieurs égards, des Mollusques et des Poissons cartilagineux , quant à la structure de leur peau , les Ophidiens et les Sauriens ont plus d'affinité , sous ce rapport, avec les Poissons osseux. En effet , la peau et les écailles de ces Reptiles ressemblent parfaitement à celles d'un grand nombre de Poissons osseux , fossiles surtout. Ainsi , dans le Crocodile , elles s'ossifient peu à peu, presque comme chez l'Esturgeon. Il y a plus même; les plaques ventrales des Serpents, qui correspondent toujours à une vertèbre dorsale et à une paire de côtes , rappellent de la manière la plus positive la segmentation du corps des Vers , et je crois devoir faire remarquer que cette répétition d'une forme si inférieure n'a souvent lieu qu'à la face abdominale du corps seulement , l'autre face , qu'ornent des couleurs plus vives ou plus variées , étant entièrement couverte d'écaillés proprement dites. La peau de ces Reptiles diffère de celle des Poissons , tant parce qu'elle adhère moins aux muscles , que parce que ses écailles sont rarement imbriquées les unes sur les autres , enfin parce que l'épiderme est moins muqueux , plus ferme même que dans les Batraciens et les Chéloniens , ce qui fait que , quand il s'en est produit une nouvelle couche, l'ancienne se détache d'un seul morceau , sans entraîner avec elle les écailles , dont cependant elle porte très- distinctement l'empreinte. Mais nous sommes déjà entrés dans quelques dé-
tails à ce sujet , en traitant du dermatosquelette des Reptiles.
Les couleurs du réseau muqueux acquièrent une grande vivacité chez ces animaux. L'organisation de cette couche cutanée est sans doute aussi la cause des changements de couleur qu'elle subit chez le Caméléon , changements dont on a souvent parlé avec beaucoup d'exagération , et qui paraissent dépendre de l'afflux d'une plus grande quantité de sang dans les vaisseaux cutanés , à peu près comme chez l'homme qui rougit.
Enfin le tissu papillaire , siège proprement dit du sens cutané , dont il n'existait encore aucune trace dans les classes précédentes , apparaît dans celle-ci à la surface des pattes des Grenouilles , des Salamandres et des Sauriens, mais surtout , d'après Cuvier , chez le Caméléon , où les papilles cutanées ont la forme de mamelons.
Les glandes cutanées existent déjà chez les Ophidiens , dont quelques uns leur doivent même l'odeur musquée qu'ils exhalent. Elles sont plus développées encore chez les Sauriens. On doit remarquer surtout l'abondante sécrétion visqueuse qui a lieu sous les doigts lamelleux des Geckos , la glande que le Crocodile porte à la mâchoire inférieure et qui répand une odeur de musc , enfin les couches glanduleuses qui se voient aux cuisses de certains Sauriens.