Respiration des Oozoaires
Il est impossible de démontrer des organes respiratoires spéciaux dans les Proto-organismes , tels que les Volvoces et les Bacillaires. Ici , la respiration ne s'accomplit que par les oscillations de la superficie , c'est-à-dire par le mouvement vital primordial , qui met à chaque instant de nouvelles ondes d'eau en contact avec la périphérie du corps.
De pareils organes n'existent pas non plus chez les Lithozoaires et les Phytozoaires. Le tournoiement de l'eau , excité par les oscillations de leurs surfaces ou au moins de leurs bras , et , comme Grant l'a observé chez les Eponges, la transgression de ce liquide dans des canaux intérieurs , déterminée également par un mouvement oscillatoire , paraissent être les moyens à l'aide desquels ces animaux respirent.
La plupart des Infusoires semblent être dans le même cas , et n'avoir d'autre mouvement respiratoire qu'une oscillation de leurs
cils qui fait tournoyer l'eau. Les seuls Rotifères, dont les organes rotatoires jouent d'ailleurs en partie le rôle de branchies extérieures , paraissent , d'après Ehrenberg , posséder des espèces de Ijranchies internes. Cet observateur m'a fait voir , dans VHydatina senta , des organes particuliers , adhérents aux vaisseaux latéraux (pi. i, fig. iv, e, g), qu'on aperçoit aussi dans YEosphora , organes dans l'intérieur desquels on distingue trois lamelles agitées d'un vif mouvement d'oscillation , qu'on peut assurément considérer comme des organes respiratoires.
Ces organes existent d'une manière plus précise , et en partie déjà sous la forme de cavités pulmonaires , dans les Méduses. Ici , d'après Eschscholtz (1) , non-seulement les crêtes natatoires des Acalèphes cténophores , tels que le Béroes , ressemblent à de véritables branchies , par la manière dont les vaisseaux s'y répandent, mais encore la face inférieure des Discophores offre ordinairement autour de la bouche, quand elle existe, quatre ouvertures conduisant à des cavités particulières , qui ne communiquent point avec l'estomac , et qui ne peuvent avoir d'autre usage que de servir à la respiration et peut-être aussi à la génération; c'est ce qu'on voit, entre autres , dans les Méduses et les Rhizostomes (pi. I, fig. xm, a, a, et fig. xiv). Enfin , les Siphonophores , comme Physalies , Rhizophyses et Velelles , ont des cellules ou vessies aériennes , dont le contenu influe sans doute également sur l'oxidation des humeurs du corps , et , qu'au dire d'EschschoItz (2) , l'animal peut quelquefois vider à volonté , au moyen d'ouvertures particulières semblables à celles qu'offre , par exemple , la crête située au-dessus de la vessie natatoire dans les Physahes.
Au reste , il mériterait la peine d'examiner si c'est uniquement de l'air atmosphérique qui se trouve contenu dans ces cavités. En effet, dans toute respiration, on observe deux phénonèmes, entrée de l'oxigène dans les humeurs du corps , et exhalation par celles-ci de matériaux volatilisés ( carbone , azote , hydrogène). Nous trouvons ordinairement les deux opérations réunies dans un même
(1) System der akalephen , pag. 16.
(2) Ibid.pag. 139.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
organe, par exemple le poumon, chez l'homme et beaucoup d'animaux : mais , assez souvent aussi , elles sont séparées l'une de l'autre , et il n'est surtout pas rare , ce dont la vessie natatoire des Poissons entre autres nous offrira un exemple , que nous observions une exhalation de substances gazéiformes dans des parties tout-à-fait différentes des organes respiratoires. Or il peut arriver que ce soient des exhalations de ce genre qui produisent les cellules aériennes des Acalèphes, car l'existence d'une véritable respiration aérienne n'est point vraisemblable chez les animaux placés si bas dans l'échelle.
Des organes respiratoires internes paraissent indispensables chez les Echinodermes , dont la surface du corps est souvent rendue peu propre à en remplir les fonctions par les tests coriaces ou calcaires qui la recouvrent. En effet, on trouve, notamment chez les Holothuries, une sorte de cloaque à parois minces , auquel aboutissent , avec le rectum, des tubes partagés , dans VEolothuria tubulosa et autres , en deux longues branches rameuses elles-mêmes , et à parois peu épaisses (pi. I, fig. XVI, i, k), qui, étant propres à admettre l'eau, entretiennent la respiration (1). Quand l'animal vomit son canal intestinal , ce qui lui arrive dès qu'on le touche , comme je l'ai dit en traitant de l'appareil digestif , ces organes respiratoires se déchirent ordinairement aussi, mais à demi seulement, parce que la branche droite est trop adhérente à l'enveloppe musculeuse.
Suivant Tiedemann , la respiration , c'està-dire l'aspiration de l'eau , se répète environ trois fois par minute chez l'Holothurie tubuleuse , et le liquide reste jusqu'à vingt secondes dans le corps. Nous trouvons donc chez ces animaux , ainsi que chez plusieurs autres , tous cependant placés à un degré fort peu élevé d'organisation , que la respiration et la fonction de l'intestin sont peu séparées encore l'une de l'autre , puisque l'organe respiratoire semble même n'être qu'une portion du canal intestinal. Cependant un fait fort remarquable , et qui s'accorde parfaitement bien d'ailleurs avec ce que nous avons dit de
(1) L'eau expirée' est chassée avec force par l'anus, et c'est ainsi que l'animal avance dans la mer. Voyez Oken , Zoologie, tom. II , pag. 330.
l'opposition entre la digestion et la respiration, c'est que la cavité digestive proprement dite, l'estomac, ne devient jamais cavité l'cspiratoire, et que, des deux autres portions du canal alimentaire , l'œsophage et l'intestin , la seconde remplit la fonction de la respiration bien plus souvent que l'autre , et d'autant mieux qu'elle est déjà, de sa nature , surface sécrétoire et exhalante (2). Cependant la fonction revient quelquefois aussi à la portion du canal alimentaire qui précède l'estomac , et si, chez les animaux supérieurs, nous trouvons généralement les organes respiratoires en connexion avec l'ouverture orale , nous ne devons pas perdre de vue que l'œsophage est la première pièce de l'intestin , qu'il est souvent la seule , et qu'en conséquence il est primordialement tout aussi bien organe d'exhalation qu'organe d'inhalation. Enfin il importe de remarquer que l'organisation au moyen de laquelle la respiration intestinale a lieu , est fréquemment encore indiquée ou répétée chez les animaux supérieurs, ce dont on peut citer comme exemple les diverses dilatations précédemment décrites qui s'observent sur le trajet de l'intestin , tantôt au pharynx et à l'œsophage (sacs laryngiens, goitres , etc. ) , tantôt à l'intestin lui-même (gros intestin, cloaque, etc.)
Dans les Oursins, l'espace compris entre le test et les viscères se remplit d'eau, qui est absorbée et rejetée par cinq paires de tubes (trachées) entourant l'ouverture inférieure de cette enveloppe où se trouve la bouche. Je serais tenté de regarder comme des branchies proprement dites les productions cellulo-membraneuses qui revêtent les ambulacres en dedans (pi. i, fig. xvm, e, d).. tant parce qu'il y a là un gros vaisseau longitudinal, que parce que le microscope y fait apercevoir des oscillations , qui constituent , comme nous l'avons vu , le mouvement respiratoire primordial (3).
L'appareil respiratoire des Astéries ressemble à celui des Oursins , c'est-à-dire qu'il
(2) En décrivant le canal intestinal , j'ai plus d'une fois parlé de l'étroite connexion qui existe fréquemment entre l'extrémité de cet organe (gros intestin) et les organes respiratoires.
(3) Voyez mes Analekten zur Naturwissenchaft, pag. 132. — DelleChiaje, dans Memoriesulla s toria et notomia , etc. vol. II , pag. 341. •
se compose de petites trachées qui pénètrent l'enveloppe extérieure et mènent dans la cavité du corps (1).
Chez les Actinies, des cloisons offrant l'aspect d'une tête de pavot coupée en travers, divisent le cylindre du corps , jusqu'à l'estomac , en cellules qui se remplissent d'eau par le moyen de tentacules ouverts au sommet et parfaitement semblables aux trachées des Échinides , et qui , bien qu'elles contiennent aussi les ovaires , doivent être considérées essentiellement comme des organes respiratoires.