Organes respiratoires des Mollusques
Nous avons déjà vu se prononcer , dans la classe précédente , la différence entre les deux principales formes des organes respiratoires , savoir entre les branchies ( organes respiratoires en forme de membres) et les cavités ( organes respiratoires splanchnomorphes). Elle devient plus sensible encore dans la classe des Mollusques et dans plusieurs de celles qui suivent.
Parmi les Apodes et les Pélécypodes , qui tous respirent l'eau , les Ascidies ont , pour recevoir cette dernière , une grande cavité respiratoire intérieure (pi. ii, fig. iv, e, fig. V, k) qui constitue l'un des trois sacs dont l'animal entier semble , au premier aperçu , être formé , le plus interne et le plus délicat de tous , celui qui est plissé dans le sens de sa longueur. Au fond de ce sac , on aperçoit l'œsophage , comme nous l'avons dit précédemment (§ 435). Ayant eu occasion, en 1815, de disséquer une espèce très-voisine de VAscicUa microcosmus (2) , je remarquai que ce sac commence par une portion orale dilatée en forme de trompette (pi. ii, fig. v, f), qu'il est garni d'une valvule et d'une frange de lamelles à son entrée (c) et qu'indépendamment de l'orifice œsophagien, il offre une ouverture latérale, pourvue de valvules (i),
(1) Voyez TiEDEMAivN, Anatomie der Roehrenholothurie. Landshut, 1017, ellsis, 1818, p. 730.
(2) Losque j'entrepris cette dissection, je ne pouvais encore connaître le travail de Cuvier (Mémoires du Muséum, cah. 7, lCi;;,pag. 10). Le mien a été imprimé dans Meckel' s Archiv, tom. II, cah. 4; les dessins qui s'y rapportent ont paru plus complets depuis (lansles Nov. act. nat. cur. tom, X, P. n.
dont aucun anatomiste n'a encore parlé.
Cette particularité me frappa en ce qu'elle expliquait un fait cité par plusieurs écrivains , et par Cuvier lui-même (3) , savoir que les Ascidies peuvent lancer l'eau qu'elles ont aspirée , non-seulement par la bouche , mais encore par l'anus. Du reste , ces êtres singuliers doivent se nourrir aussi des substances animales contenues dans l'eau qu'ils respirent , car j'ai trouvé dans le sac branchial d'un très-petit individu , un crabe qui en occupait plus de la moitié. Le développement de leur cavité respiratoire présente aussi des particularités remarquables , car il est facile de constater qu'elle fait partie intégi^ante du canal intestinal chez les jeunes sujets , et qu'à mesure que le corps s'accroît , elle apparaît d'abord sous la forme d'une dilatation en forme de goître , puis acquiert peu à peu ime ampleur considérable et une structure différente de celle de l'intestin , c'est-à-dire des parois distinctes , extrêmement minces et transparentes (4) .
Les Biphores ont aussi des organes respiratoires internes , mais qui ressemblent davantage à des branchies. Dans la Salpa cristala , on trouve , suivant Cuvier , une cavité admettant l'eau, et qui offre deux larges ouvertures, l'une antérieure, l'autre postérieure, en un mot une branchie longue, étroite et plissée (pi. n, fig. i, m).
Chez tous les Pélécypodes , les organes respiratoires ont la forme de branchies, dont la configuration varie d'ailleurs à l'infini.
La cavité intérieure , munie d'un feuillet branchial simple , qu'on trouve dans les Biphores, paraît faire le passage des Ascidies aux Tarets , dont le manteau tubuleux renferme, au dessus de l'intestin, deux feuillets branchiaux étendus en long, où l'eau pénètre et d'où elle sort par deux tubes situés à l'extrémité postérieure du corps.
Dans les Moules, au contraire, on aperçoit, des deux côtés du corps ou du pied , quatre grands feuillets branchiaux, protégés par une membrane branchiostége ( manteau ) et par
(3) Loc. cit. pag. 10. Rondelet représente déjà les Ascidies lançant de l'eau par les deux ouvertures.
[A) Voyez , pour plus de détails sur ce développement, dont ne parlent ni Cuvier ni aucun autre auteur, le Mémoire que j'ai inséré dansles Archives de Meckel.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
un opercule ( valves de la coquille ) ; il y a en outre quatre petites lamelles , également branchi formes, à la bouche. Dans la Mulettc des peintres {Unio lïiclorum) , outre les quatre petits feuillets en forme de branchies ou de lèvres qui garnissent la bouche (pi. n , fig. xn, b), on aperçoit des deux côtés , un peu derrière le pied , les deux grandes paires de lames branchiales, qui pendent librement du dos de l'animal ( pi. ii , fig. xn , d , e , fig. xvni , p , 0 ) , Accolées l'une à l'autre par leur partie supérieure , elles forment ainsi une cloison entre l'espace inférieur qui , les renfermant elles-mêmes , reçoit l'eau par la grande ouverture du manteau , et le conduit supérieur, qui s'ouvre au dehors par le tube anal du manteau (dans la fig xn, le trajet de ce dernier conduit est indiqué par la sonde).
Il est très-facile de voir , sur une Moule vivante , que l'eau pénètre jusqu'aux lames branchiales par la fente du manteau , et qu'elle ressort par le tube anal de celui-ci, qui sert en même temps à l'évacuation des excréments et des œufs. Mais ce flux et ce reflux ne forment ensemble qu'un courant non interrompu , de sorte que, quand l'animal n'est pas couvert d'une couche d'eau trop épaisse , il produit un tourbillonnement continuel à la surface de cette dernière. Comme l'atïïux de l'air ou de l'eau vers les organes respiratoires n'a lieu que d'une manière intermittente chez presque tous les autres animaux , la simultanéité et la noninterruption du courant afférent par la fente du manteau et du courant efférent par le tube anal, dont je me suis assuré par de nombreuses observations , ne peut être expliquée qu'à l'aide du mouvement oscillatoire qu'on aperçoit déjà dans les organes respiratoires des Oozoaires, et ce mouvement est si marqué dans les lames branchiales des Moules, où il dépend aussi en partie des cils déliés dont elles sont couvertes , qu'on parvient trèsaisément à le voir en examinant un petit lambeau de la branchie à l'aide d'un microscope qui grossit beaucoup les objets. C'est donc lui qui excite un tournoiement autour des branchies, et par suite le courant continu dont je viens de parler. Ce qui prouve d'ailleurs qu'il commence de très-bonne heure , c'est qu'il s'annonce déjà dans l'œuf par le
mouvement tourbillonnaire qu'il imprime au liquide ovaire , et qui produit ces rotations remarquables de l'embryon des Moules sur lesquelles j'ai publié, il n'y a pas longtemps, des observations très-détaillées (1).
Je dois encore faire remarquer , au sujet des grands feuillets branchiaux de la Mulette, que les deux paires sont pénétrées de vaisseaux sanguins formant un réseau très-fin , à mailles rectangulaires ,, et qu'elles sont en outre couvertes d'une membrane délicate.
Mais les deux feuillets externes ont en outre une texture qui mérite d'être décrite. Au dessus de chacun d'eux , règne un conduit , allant de la partie postérieure du pied vers le tube anal , et qu'Oken a déjà décrit depuis longtemps sous le nom d'oviducte (2). Ce conduit offre à sa face inférieure une longue série d'ouvertures transversales (pi. n , fig. xvin, q*), qui sont les orifices des compartiments de la branchie elle-même. Ces compartiments sont tous perpendiculaires dans la ]3ranchie , et séparés les uns des autres par des cloisons. Ils doivent naissance à la diduction ou à l'écartement de la membrane externe et de la membrane interne de la branchie , qui ne sont plus unies ensemble qu'au moyen de vaisseaux perpendiculaires, dont la présence explique les cloisons. L'ovaire , situé à l'intérieur du pied , fait passer les œufs dans ces compartiments , où ils acquièrent un nouveau degré de développement , en quelque sorte comme dans un utérus (3) . C'est là un exemple remarquable de connexion entre les organes respiratoires et génitaux ; nous en trouverons plusieurs autres encore par la suite.
Parmi les formes diverses que les branchies revêtent chez les autres Pélécypodes , je signalerai d'abord la différence qui existe dans la disposition des lames branchiales lorsque les valves de la coquille ne se ferment qu'au moyen d'un grand muscle médian , comme chez les Huîtres (pi. H,fig. vui). Alors
(1) Neue VutersuchungenueberdieEntwickelungsgeschichte unserer Flussmuschel. Léipzick, 1832, avec 4 planches.
(2) Gœtting.gel.Anzcigen , 180G.
(3) Voyez, pour plus détails à ce sujet, mes Neue Untersuchungen.
les quatre lames , ici fort grandes , se réunissent immédiatement et s'appliquent autour du muscle adducteur (k, h).
Chez les Bivalves munis de longs et larges tubes respiratoires, comme les Solen (fig. xx), les plus grandes lames branchiales , qui sont ici très-étroites , pénètrent fort avant dans le siphon, tandis que les lames labiales (h) sont assez grandes.
Des observations ultérieures sont nécessaires encore pour décider si Meckel a eu raison ou non (1), lorsqu'il a avancé , sous forme de conjecture , que les branchies de quelques Bivalves , comme VArca pilosa, les Peignes , les Spondyles , au lieu d'être des lames simples, sont composées de franges ou de crêtes effilées , disposées à la manière des folioles d'une feuille. Je me souviens de les avoir vues construites ainsi dans la Moule (Mytilus edulis). Mais cette conformation ne pouvait point être l'état normal du Mollusque; car alors je concevrais avec peine qu'elle eût échappé à Poli. Elle dépend sans doute de quelque état pathologique survenu pendant la vie et plus commun dans une espèce que dans les autres.
Je ne puis pas non plus partager une autre opinion , exprimée par Meckel (2) et Bojanus (3), suivant laquelle les lames branchiales, dont on vient de lire la description , ne sont pas l'appareil respiratoire proprement dit, qui consisterait alors en un organe celluleux noirâtre, situé au dessous du cœur, et livrant passage à l'eau par deux fissures. En effet, la forme de branchie précédemment décrite offre trop clairement le type de l'appareil qui est consacré à la respiration dans les ordres voisins.
Les organes respiratoires présentent bien plus de différences chez les Ptéropodes et les Gastéropodes que dans les ordres précédents, et ils y varient d'autant plus que plusieurs animaux appartenant à ces ordres respirent l'air en nature. La division des Gastéropodes en Dorsibranches, Cyclobranches , Tectibranches , Scutibranches , Sipho-
(1) System dervergleichenden Anatomie, tom. VI, pag. 60.
(2) IbidAom.W, pajj. b'C.
(:$) Bussische Sammlunq fuer Naturwissenschaft , lom. II, 4c cahier, pag. b'iîJ.
nobranches, Pectinibranches et Pulmonés, en fournit déjà une preuve.
Nous examinerons d'abord les formations qui se rattachent d'une manière immédiate à celles des ordres précédents , c'est-à-dire les branchies.
On trouve des branchies chez le plus grand nombre des Ptéropodes et des Gastéropodes. Elles s'y présentent sous les formes les plus diversifiées, surtout dans les espèces marines.
Ainsi, par exemple, les branchies des Clios sont des feuillets situés autour de la bouche, qui rappellent les lames labiales des Bivalves, et qui , tant ici que dans plusieurs autres genres , remplissent même l'office d'organes locomoteurs (pi. m, fig. x, d, d).
Les Glaucus ont également des branchies pinniformes , mais disposées en manière d'éventail ; on en compte de chaque côté du corps trois , dont celles de devant sont les plus grandes et celles de derrière les plus petites.
Les branchies des Thetis forment quatorze princeaux sur les deux côtés du dos.
Celles des Doris sont disposées en pinceaux qui entourent circulairement l'anus.
Dans les Aplysies (pi. ni, fig. i, y y), comme dans un très-grand nombre d'autres genres (4) , elles sont situées immédiatement à l'anus , et chez ces Mollusques , de même que dans le Pleurobranche , la BuUée , les Doridies , et autres, on les trouve toujours au côté droit du corps. C'est ainsi que nous avons déjà vu , dans les Pélécypodes , l'eau qui a servi à la respiration s'écouler par le tube anal.
Du reste , on n'aperçoit point d'appareil spécial pour le mouvement de ces branchies, et la respiration s'accomplit par le frottement libre de celles-ci dans l'eau.
En voyant, dans le Lièvre marin {Aplysia camelus), comment ces faisceaux branchiaux font saillie au dessous d'une petite membrane analogue au manteau , et même sont protégés par un opercule , débris de la coquille des Bivalves , on reconnaît que cette organisation fait le passage à celle des Gastéro-
(4) Dans la série d'excellentes anatomies de Gastéropodes que Cuvier a insérées parmi les Annales du Muséum , les formes diverses de ces organes respiratoires sont décrites fort en détail.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
podes porteurs de coquilles , chez lesquels, par exemple dans les Buccins , les Strombes, les Rochers et les Paludines , nous rencontrons une vaste cavité , formée par le man^ teau et cachée sous la coquille, dans laquelle les branchies représentent ordinairement des saillies pectinées.
Dans la Paludina vivipara, les branchies forment trois séries de filaments disposés comme les dents d'un peigne (pi. m, fig. vu, vni , g) , dont les extrémités ne font que peu de saillie au dessous du bord du manteau , et à côté desquelles on découvre le rectum , le canal muqueux et les organes génitaux femelles. J'ai très - distinctement aperçu dans ces branchies , même après en avoir détaché de petits fragments , le même mouvement oscillatoire que celui dont j'ai parlé à l'occasion des branchies des Bivalves. A un grossissement de deux cents diamètres, il est déjà si fort , qu'en contemplant les inflexions onduleuses du bord , on serait presque tenté de croire que des globules isolés les uns des autres circulent avec la plus grande vélocité autour de ce bord. Le phénomène de l'oscillation a certainement heu dans les branchies et cavités pulmonaires de tous les Mollusques qui appartiennent à ces deux ordres , et ce qui le prouve , c'est que leurs embryons subissent dans l'œuf une rotation qui dépend de lui et du tournoiement qu'il imprime au liquide ovaire , rotation que j'ai observée chez les Gastéropodes nus et testacés , pectinibranches et pulmonés , et que je décrirai en traitant de l'évolution des individus.
Dans d'autres genres , par exemple les Rochers et les Strombes, le bord du manteau se prolonge , à peu près comme chez beaucoup de Bivalves (§ 623), en un tube respiratoire qui conduit l'eau à la cavité branchiale. Ce siphon n'est indiqué que par une échancrure dans la Paludine ; mais , dans les Strombes et les Rochers , il occupe une gouttière particulière de la coquille.
Les branchies pectiniformes sont ordinairement doubles ; mais , d'après Meckel, l'une des deux est au-delà de douze fois plus petite que l'autre , et semble être réduite à un faible rudiment.
Nous voyons enfin les branchies disparaître
de ces cavités , et les vaisseaux contenant les liquides qui doivent être soumis à l'action de l'air , se répandre , sous la forme d'un réseau délicat , à la face interne de l'organe respiratoire.
Dès lors l'animal ne peut plus se contenter de respirer l'eau , et il a besoin de l'air atmosphérique lui-même. Cependant il n'en continue pas moins quelquefois de vivre dans l'eau , ce qui arrive au Lijmnœus slagnalis , aux Physes, aux Planorbes, etc.; mais il est obligé de venir souvent à la surface pour humer de l'air , et la cavité respiratoire semble contribuer en même temps à lui rendre la natation plus facile , c'est-à-dire à remplir l'office d'une vessie natatoire , disposition qui nous rappelle les vessies aériennes de plusieurs Acalèphes (S 617).
D'autres genres , tels que les Limaçons et les Limaces , vivent entièrement dans l'air.
Chez tous les Gastéropodes porteurs de coquilles , la peau du manteau , en se soudant avec le col , forme une sorte de collier (pi. ni, fig. ui, e). Au côté droit de ce collier, on remarque un trou , au bord duquel s'ouvrent l'anus et le canal muqueux (g) , et à qui des fibres charnues circulaires donnent la faculté de se fermer et de s'ouvrir , pour admettre l'air dans la cavité respiratoire (poumon), ou l'en faire sortir. La cavité pulmonaire elle-même ( fig. ni , o , où on la voit ouverte ) est tapissée d'un mucus noirâtre , et les ramifications déliées des vaisseaux sur ses parois forment un spectacle fort agréable à contempler.
Dans les Limaces , la cavité respiratoire est également située à droite , mais sur le dos de l'animal ; un opercule corné la protège ; elle a un orifice susceptible de se fermer , et , quant aux points essentiels, elle ressemble parfaitement à celle des Limaçons.
L'Onchidie , suivant Ehrenberg , possède à la fois des branchies extérieures et des cavités pulmonaires ; les faisceaux branchiaux, situés à l'extrémité postérieure , se développent dans l'eau, et les cavités pulmonaires dans l'air.
Je ne dois pas omettre de faire remarquer que Délie Chiaje a décrit le premier, chez les Gastéropodes , un appareil qui probablement appartient à tous les Mollusques , et qui
TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.
mérite d'être signalé , parce qu'il offre une répétition manifeste de l'appareil pour la respiration de l'eau que nous avons trouvé dans les Echinodermes. Mais , tel que Délie Chiaje le décrit et le représente (1) , il consiste en plusieurs canaux naissant, par de petites ouvertures, de la circonférence du corps et particulièrement du contour de la masse musculaire qui forme le pied de l'animal. Ces canaux se dirigent vers la cavité qui contient les viscères, et s'y terminent. Ils absorbent l'eau , et la conduisent dans les interstices de la masse musculaire , ainsi que dans l'intérieur du corps en général , de sorte qu'il résulte jusqu'à un certain point de là une seconde respiration aqueuse interne. Dans le Buccinum galea , Délie Chiaje a vu huit de ces conduits aquifères naître du réceptacle commun situé à cette région de la tête. Ils se comportaient de la même manière dans VHahjoiis tuberculata , où il y en avait cinq , dans la Nerila Glaucina, qui en offrait neuf, etc. Leurs orifices extérieurs étaient au nombre de dix-sept dans la Nérite, de cinq dans l'Halyotide et de huit dans le Buccin.
Meckel pense bien (2) que l'eau se répand entre les faisceaux musculaires de la peau , mais il ne dit pas qu'elle y arrive par un système de canaux particuliers. Je doute cependant qu'il ait fait des recherches spéciales à cet égard , car je trouve les canaux trèsapparents sur des Mollusques conservés dans la liqueur , et il m'a été facile , par exemple , de les préparer dans la masse du pied d'une HaJyotis tuberculata.
Baer a démontré aussi Texistence d'un système parfaitement semblable de tubes aquifères dans la masse musculaire du pied de la Mulette et de l'Anodonte.
Mais ce qui le rend surtout fort remarquable , c'est qu'on peut manifestement voir en lui le premier rudiment du système lymphatique des animaux supérieurs.
Les Crépidopodes , les Cirripèdes et les Brachiopodesrespirent tous par des branchies.
Dans rOscabrion , les branchies , composées de lamelles lancéolées , sont rangées des
(1) Memorie sulla storia e notomia, tom. II, page 239, pi. XVII.
(2) System der vergleichenden Anatomie , tom. VI, pag. 71.
deux côtés du coi^s , sous le bord du manteau. Chaque lamelle est striée en travers; elle offre à son côté externe la veine , et à son côté interne l'artère , qui communiquent par des vaisseaux transversaux , auxquels sont dues les stries.
Parmi les Brachiopodes , la Lingulea, des deux côtés du manteau , un grand nombre de petites lames saillantes , étroites , et en forme de y\ , qui sont les branchies.
Dans les Cirripèdes , les branchies sont des lames pyramidales, dont le nombre varie. La Lepas anatifera porte de chaque côté , près du pharynx et sous les cinq paires de pattes, deux lames branchiales situées en travers (pi. iv, fig. i, n), tandis que , dans la Lepas aurita, on en trouve huit paires de chaque côté. Les Balanes n'ont que deux lames frangées , mais assez grandes , qui sont fixées au manteau , en dedans.
Quoique certains Céphalopodes puissent vivre plusieurs jours dans l'air (3) , cependant l'eau doit être considérée comme l'élément de tous les Mollusques compris dans cet ordre , chez lesquels nous trouvons , en effet , des branchies pour organes respiratoires (4). Ces branchies sont au nombre de deux dans les Seiches , les Calmars et les Poulpes ( pi. iv , fig. IV , h , h) , une de chaque côté du sac péritonéal qui enveloppe les viscères (n). Chacune d'elles est formée par l'artère et la veine branchiales , qui en suivent les bords , et qui communiquent fréquemment ensemble par des ramifications vasculaires transversales. Ces vaisseaux transversaux sont petits et nombreux dans la Seiche , moins nombreux , mais plus forts et garnis de flocons sur les bords, dans le Poulpe. Mais constamment un ligament membraneux (pi. iv, fig. vni, v) les fixe à la face interne du manteau. C'est ce dernier , avec l'entonnoir , qui détermine le mécanisme de la respiration , qui pousse l'eau vers les branchies et l'en fait ressortir. En effet, le manteau (fig. iv, i, i) , sac charnu
(3) Oket , Zoologie, tom. I , pag. 343.
(4) La possibilité qu'un animal respire l'air avec des branchies devient moins extraordinaire , quand on se débarrasse de l'idée d'une prétendue grande différence entre la respiration des animaux inférieurs et celle des animaux supérieurs. Voyez Nasse , Mémoire sur la respiration , dans Meckel's Ârchiv, tom. 11.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
et ouvert par le haut, qui entoure les viscères abdominaux , paraît laisser affluer l'eau quand il se dilate , et la refouler par l'entonnoir (fig. IV, a) quand il se contracte, de sorte que ce mouvement respiratoire ressemble beaucoup à celui des Bivalves , chez lesquels aussi l'eau entre par la fente du manteau et ressort par le tube anal.
Au reste, je remarque encore dans le Poulpe une cloison charnue de la cavité du manteau, qui naît de la paroi antérieure du sac musculaire, et postérieurement, là où elle contient le rectum , s'attache à la partie supérieure de la paroi dorsale et du sac péritonéal , de sorte qu'il reste en bas une communication libre entre les deux moitiés de la cavité du manteau (fig. iv, g, fig. vni*). Cette cloison doit surtout contribuer à accroître l'énergie des contractions du manteau.
L'Argonaute est organisé de même , sous ce rapport , et il offre également une branchie de chaque côté. Quant au Nautile, il a de chaque côté du corps , d'après les recherches d'Owen^ deux branchies qui d'ailleurs ressemblent à celles des autres Céphalopodes (1).
Je ne puis passer sous silence que plusieurs observations semblent établir qu'il y a aussi des amas d'air , notamment dans le sac péritonéal des Seiches. Ainsi, Tilesius (2) a vu ces animaux s'élever avec rapidité au sein des eaux, en gonflant leur corps; assez souvent des bulles d'air se dégagent lorsqu'ils meurent ou qu'on les ouvre; enfin l'organe appelé os de Seiche a une structure poreuse , et renferme de l'air dans ses cellules (3). Cependant ces amas d'air ne doivent pas plus que ceux qu'on rencontre chez certains Zoophytes , être considérés comme des preuves d'une véritable respiration aérienne ; ils tiennent seulement à des gaz qui se dégagent
(1) Voyez de belles figures des organes respiratoires des Ce'phalopodes dans : Descriptive and illustrated catalogue of the physiological séries of comparative anatomy contained in the museumofthe royal collège of surgeons , tom. II. Londres, 18;J4 , 10-40.
(2) De respiratione sepiœ ofjicinalis , pag. 64, 60. Ces observations, au dire de l'auteur, avaient déjà été faites en partie par Rondelet, Lecat et Monro.
(3) Aussi , comme le dit Sw^ammerdam ( Bibel der Natur, pag. 3S4) l'os de Seiche est- il si léger au moment où on le retire du corps de l'animal , qu'il surnage l'eau.
du sang, c'est-à-dire qu'ils résultent d'une véritable expiration.
Du reste , Délie Chiaje croit avoir trouvé aussi un système de tubes aquifères (§ 627 ) dans les Céphalopodes ; il a entrevu , dans la Seiche , l'Argonaute et le Poulpe , le long des bras , un canal qui , injecté avec du mercure , laissait ce métal s'écouler en partie par l'extrémité du bras , et pénétrer en partie dans les suçoirs. Meckel (4) nie qu'il soit tel que l'anatomiste italien le représente , et je partage en cela son opinion , car le canal logé dans l'intérieur des bras paraît être uniquement destiné à des nerfs et à des vaisseaux ; d'ailleurs il est rempli d'un tissu cellulaire dense ; c'est ainsi , du moins , que je le trouve dans les Calmars , les Poulpes et les Seiches.
Il n'est point encore question d'organes vocaux chez les Mollusques; tout au plus peut-on considérer comme un indice fort éloigné de la voix qui doit apparaître plus loin, le bruit simple que les Gastéropodes pulmonés produisent quelquefois en fermant ou ouvrant l'orifice de leur poumon.